Mémoires et documents de la Société d’histoire de la Suisse romande

Edition numérique

Roger Ch. LOGOZ

CLEMENT VII (Robert de Genève)
sa chancellerie et le clergé romand au début du Grand Schisme

Dans MDR, Troisième série, 1974, tome X, pp. 1-283

© 2026 Société d’histoire de la Suisse romande

ROGER CH. LOGOZ

CLEMENT VII
(ROBERT DE GENÈVE)


SA CHANCELLERIE ET LE CLERGÉ ROMAND AU DÉBUT DU GRAND SCHISME (1378-1394)

Tête de Clément VII
Pl. I. Tête de Clément VII, débris du gisant de son tombeau (env. 1401).
Avignon, Musée Calvet

 


 

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Première partie

CLÉMENT VII ET LE DÉBUT DU GRAND SCHISME D’OCCIDENT

 

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La jeunesse de Robert de Genève et sa carrière jusqu’en 1378.

Clément VII était le cinquième fils du comte de Genève 1 Amédée III 2 et de Mahaut de Boulogne 3; il porta le prénom de son grand-père maternel, Robert VII, comte d’Auvergne 4. Des /4/ liens étroits le rattachaient à plusieurs familles princières. Par sa grand-mère paternelle, il descendait du roi de France Louis VII 5. De plus, la belle-mère du roi Charles V, la reine Jeanne de Boulogne 6, était sa cousine germaine. Cette parenté expliquera la présence de trois petites fleurs de lis sur les bulles de plomb du pape 7.

généalogie de Clément VII

Arbre généalogique de Clément VII

Voici la parenté de Robert de Genève et de Charles V
Notons aussi la parenté du pape Clément VII et de l’empereur Charles IV

On mentionne par erreur une tante Yolande qui aurait épousé Béraud, comte de Clermont en Auvergne 8. Sa tante Marguerite épousa vers 1315 le comte de Valentinois et /5/ /6/ Diois 9. De ses cinq sœurs, Marie 10 épousa en 1361 Jean de Chalon-Arlay, puis en 1368 Humbert de Thoire et Villars 11; Blanche de Genève 12 se maria vers 1363 avec Hugues de Chalon-Arlay; Jeanne de Genève épousa vers 1358 Raymond IV des Baux, prince d’Orange 13; sa quatrième sœur Yolande devint vicomtesse de Narbonne le 7 janvier 1359 14; la cadette enfin, Catherine de Genève, épousera le 22 septembre 1380 Amédée de Savoie, prince d’Achaïe 15. /7/

Robert de Genève pouvait aussi faire état d’une brillante parenté dans le clergé. Son grand-oncle, Amédée de Genève 16, fut évêque de Toul. En remontant la lignée, nous trouvons entre autres un évêque de Valence et Die 17, un archevêque de Bordeaux 18, des évêques de Genève 19, Viviers 20, Die 21, Langres 22, Maurienne 23. Enfin, le futur pape était le neveu du cardinal Gui de Boulogne. Et sa cousine germaine, Marie de Boulogne, fille de Jean, avait épousé le plus célèbre des seigneurs bandits de Provence, Raymond Roger de Turenne, sire des Baux, qui d’ailleurs fut presque constamment en guerre avec Clément VII devenu pape, et lui occasionna de lourdes dépenses et mille avanies; mais la famille Roger avait donné deux papes avignonnais, Clément VI et Grégoire XI, qui n’était autre que l’oncle de Raymond.

On voit donc par là que Robert de Genève pouvait se flatter d’alliances et d’ascendances illustres: autant de garanties que le futur pape se montrerait favorable à la noblesse et au haut clergé et, par nature, peu enclin à des réformes spectaculaires, peu disposé à ramener l’Eglise à la modestie de ses débuts, au grand dam du luxe déployé par les dignitaires ecclésiastiques. Mais ce luxe s’accordait si bien avec l’époque que l’on appela le Siècle des Valois et avec la somptuosité de l’Italie du Trecento. /8/

D’ailleurs jusqu’en 1378, Robert de Genève avait vécu dans le faste.

Il naquit au château d’Annecy en 1342. Son enfance s’écoula dans cette petite cour princière qui vivra de 1342 à 1349 une période de tranquillité rare pour l’époque 24. Comme il avait quatre frères plus âgés: Aimon 25, né vers 1335, Amédée 26, Jean 27 et Pierre 28, il paraissait improbable qu’il héritât un jour du comté. On le destina donc aux ordres, où il pouvait compter sur l’appui de son oncle, Gui, et sur les avantages de son rang. Il quitta de bonne heure la Cour d’Annecy pour entrer dans la carrière, si l’on peut employer ce terme pour un enfant de sept ans. Notons qu’il n’était pas rare à l’époque de voir des « clergeons » ou enfants clercs, souvent munis de bénéfices 29. En tout /9/ cas en 1350, le petit Robert faisait déjà partie de la famille cardinalice de son oncle Gui de Boulogne 30, quand Jean de Murol d’Estaing y entra, qui devait devenir son meilleur ami 31. /10/ Jean de Murol 32 appartenait à la famille auvergnate des comtes d’Estaing. Il sera le 27 janvier 1378 évêque de Genève, puis de Saint-Paul-Trois-Châteaux (12 juillet 1385) 33 en même temps que cardinal du titre de Saint-Vital. Il se dépensera sans compter pour Clément VII, qui l’enverra plusieurs fois comme nonce en France ou en Italie 34. Il expliquera un jour l’amitié profonde qu’il porta à notre pontife. Excusant sa gêne, contrastant avec l’opulence habituelle des cardinaux, il écrira: « Afin que personne ne s’étonne que mon testament puisse être tel qu’il est ici écrit, attendu que j’eus la bonne, opulente et fidèle église de Genève dès le temps de dom Grégoire et que je fus convenablement pourvu de bénéfices par dom Clément, et certes cela est vrai, mais il est aussi vrai que je fus nourri dès l’enfance avec Clément, pendant quarante-cinq ans jusqu’au jour de sa mort, et que je l’ai aimé en ma vie plus que moi-même, au point que je ne pouvais ni ne voulais lui faire défaut, fût-ce au prix de mon propre sang ; et lui de même ne m’aurait point abandonné, comme j’en suis sûr. Mais il est notoire dans quelle pauvreté, détresse et gêne se trouva ce même Clément dès son élévation au pontificat jusqu’à son dernier jour, du fait du schisme. Car vraiment le jour de son élévation, en bien-fonds et de tous ses biens et joyaux, il n’avait pas de quoi faire un capuce fourré d’hermine. Il n’est donc pas si étonnant que je me sois dépouillé pour lui des biens que j’avais /11/ ou que je pouvais avoir » 35. Jean de Murol survivra cinq ans à son ami d’enfance et mourra le 10 février 1399 36.

Robert de Genève choisit modestement de devenir franciscain et il rappellera plus tard son appartenance aux Frères Mineurs 37. Nous retrouverons ensuite les deux amis chanoines de Paris 38. Comme Clément VII écrivit un jour qu’il avait effectivement résidé à Paris, on peut penser qu’ils y fréquentèrent l’Université, la plus célèbre du temps. Puis les bénéfices s’accumulèrent, grâce à l’oncle cardinal. Robert de Genève fut successivement chancelier de l’Eglise d’Amiens, clerc, puis notaire apostolique 39, familier du pape Innocent VI, qui régna de 1352 à 1362. Le testament de son père lui assura en 1360 les châteaux de Beauregard et de Gaillard. M. Duparc pense qu’il échangea cette dernière terre /12/ contre Cruseilles. Il faut y joindre encore le château de Mornex 40. Le 3 novembre 1361, à 19 ans et avec dispense d’âge, il devint évêque de Thérouanne 41, aujourd’hui simple village du Pas-de-Calais. Son père Amédée III mourut en janvier 1367 et son frère aîné Aimon lui succéda. Je pense que Robert entra à cette date en possession de ses deux terres genevoises. Mais le 30 ou 31 août suivant, Aimon, qui revenait d’une croisade en Orient avec Amédée VI de Savoie, mourait au château de Pavie, hôte de Galéas Visconti. Amédée IV lui succédait, obtenant de brillants succès diplomatiques: immédiateté impériale, droit de battre monnaie, titre de comte palatin. Robert de son côté échangea son petit évêché contre celui de Cambrai, plus important, le 11 octobre 1368. Il le gardera jusqu’au 6 juin 1371 42. Mais déjà un nouveau deuil compromettait l’ascension du comte de Genève. Amédée IV, venu à Paris signer un accord avec le roi de France Charles V, y mourait peu après le 4 décembre 1369, sans laisser d’enfant. Jean de Genève ne lui succédait que pour quelques mois. Le 21 septembre 1370, malade, il faisait son testament où, craignant pour l’avenir du comté, il instituait Pierre héritier universel, en lui substituant Robert, son dernier frère et enfin leur mère Mahaut 43, puis ses oncles et cousins de Boulogne et Auvergne. A la fin de 1370, Pierre devenait comte de Genève.

Il ne semble pas que Robert entre-temps ait laissé un grand souvenir dans ses deux évêchés des Flandres. Probablement il n’y résida guère, mais vécut plutôt à la Cour d’Avignon dans l’entourage du pape et du cardinal-évêque, son oncle. En tout cas, il faut bien constater que tant l’évêché de Thérouanne, que celui de Cambrai, lui préférèrent parfois Urbain VI ou acceptèrent plus tard souvent difficilement son autorité. /13/

Le 30 mai 1371, il reçut en Avignon la pourpre et le titre de cardinal-prêtre de la basilique des Douze-Apôtres, faisant ainsi partie de la première promotion de Grégoire XI, avec Pierre Gomez de Barroso Albornoz, archevêque de Séville, Jean de Cros, évêque de Limoges et neveu du pape, Bertrand de Cosnac, évêque de Saint-Bertrand-de-Comminges, Bertrand Lagier, de Figeac, évêque de Glandèves, Guillaume de Chanac, évêque de Mende, Jean Lefèvre, évêque de Tulle, Jean de la Tour, abbé de Florac, Jacopo Orsini, romain, notaire apostolique, Pierre Flandrin, de Viviers, et Guillaume Noëllet, tous deux référendaires, tout comme Pierre de Vergne, de Tulle, archidiacre de Rouen et auditeur des causes; donc en tout une promotion de douze cardinaux, dont sept étaient des Limousins, compatriotes du pape 44.

Comme cardinal, il obtint de nombreux bénéfices. A l’époque, le cardinalat impliquait un grand train de vie, mais aussi des ressources énormes, franchement démesurées et même scandaleuses. Une pluie de bénéfices et de florins s’abattait sur les membres du Sacré-Collège, ce que dénonçaient âprement certains fidèles tels Pétrarque ou Catherine de Sienne. Tant que les registres de Grégoire XI ne seront pas entièrement publiés, il sera difficile de préciser quels furent les biens qui échurent au cardinal de Genève, Gebennensis cardinalis, comme on l’appela. J’ai du moins pu retrouver quelques traces de ces bénéfices. Il eut le prieuré d’Etoy 45 et, quoique franciscain, celui de Payerne de l’ordre de Cluny 46. Il eut aussi le prieuré de Douvaine 47 en Haute-Savoie. Il eut certainement de nombreux autres bénéfices situés hors des limites de nos diocèses.

En décembre 1371, nous retrouvons le jeune cardinal à Annecy, où les 3 et 5 il règle avec son frère Pierre et leur mère Mahaut des questions successorales. Il avait échangé la terre de Pouilly au Pays de Gex et ses biens du Pays de Vaud contre le vidomnat des Bornes 48. /14/

Comme les autres membres du Sacré-Collège, il se voit sans doute chargé de diverses missions administratives ou judiciaires. C’est ainsi qu’il règle en 1374 un cas de justice concernant des clercs valaisans. Le 30 avril 1374, c’est aussi dans son hôtel à Villeneuve-lès-Avignon, que le trésorier du comte de Savoie, Pierre Gerbais, traite de la ligue conclue contre Bernabò Visconti 49.

Il dut favoriser au printemps de cette même année 1374 le mariage de son frère Pierre avec Marguerite de Joinville. Pierre acquérait ainsi comme dot les terres de sa femme: comté de Vaudémont, seigneuries de Joinville et de Houdan. Le 3 mai, Grégoire XI leur accordait une dispense de mariage pour une parenté au quatrième degré. Il assista probablement aux fêtes qui célébrèrent ce mariage, puisque nous savons qu’il séjourna en été 1374 dans le comté de Genève. Il a d’ailleurs reçu le 16 mai tous pouvoirs pour négocier et établir la paix entre le comte Amédée VI de Savoie et Frédéric, marquis de Saluces 50.

Nous en arrivons à la période la plus sombre de la vie de Clément VII, celle qui lui fut le plus âprement reprochée, sa légation en Romagne et en Lombardie. Les terres de l’Eglise en perpétuelle révolte étaient un souci constant pour les papes. Les Romagnes, pas plus que le Patrimoine de Saint-Pierre, n’étaient sûres. Il ne faut pas oublier que c’est l’insécurité de l’Italie centrale qui chassa au XIVe siècle les papes vers le Comtat Venaissin, le moins agité de leurs Etats, et Grégoire XI engloutit des sommes exorbitantes dans ces guerres continuelles. Dès lors, le cardinal-légat ne pouvait être ce bon berger, administrateur débonnaire et paternel, qu’aurait dû être un prince de l’Eglise. /15/ Là où il fallait un général pour défendre les terres de Saint-Pierre, un saint homme eût tout perdu. Peut-on faire grief à ces cardinaux de s’être montrés princes plus qu’hommes d’Eglise et d’avoir endossé le haubert sous le rochet ? Je ne le crois pas et même je pense qu’ils étaient choisis pour ces postes périlleux en fonction de leur énergie, de leur courage, de leurs talents diplomatiques, voire de leur sens militaire, bien plus que pour leurs qualités sacerdotales et leur piété.

Ainsi, jeune, il n’avait que 34 ans, mais jugé à la hauteur sans doute, Robert de Genève quitta Avignon le 27 mai 1376 pour devenir un de ces proconsuls que le pape envoyait gouverner ses terres d’Italie 51, où précisément les affaires du Saint-Siège prenaient une tournure fâcheuse, et où les Etats de l’Eglise n’avaient guère connu de crise pareille depuis le XIIIe siècle. Florence avait soulevé non seulement la Toscane, mais aussi Bologne, la Romagne et la plus grande partie des terres pontificales; seules quelques places tenaient encore, qu’il fallait se hâter de secourir 52. Grégoire XI vit dans ces événements l’occasion de faire d’une pierre deux coups en enrôlant les routiers bretons qui désolaient la vallée du Rhône et qui iraient ainsi bientôt ravager l’Italie centrale en son nom et restaurer son domaine temporel chancelant.

Robert de Genève emmenait avec lui son ami Jean de Murol 53. Détail piquant: il avait projeté de prendre également son futur rival Bartolomeo Prignano, l’archevêque de Bari, qu’il avait connu, familier de son oncle Gui de Boulogne, et il n’y renonça que parce que Prignano s’occupait avec compétence de la Chancellerie 54. /16/

L’armée de secours était plus difficile à réunir que cet état-major. Non que les vocations militaires aient manqué dans cette malheureuse terre de France ravagée par ces bandes de soudards féroces que l’on désigne dans l’histoire par les noms expressifs d’écorcheurs, d’armagnacs, de routiers, de gascons, de bretons ou de grandes compagnies et que périodiquement les souverains et les papes essayaient d’écarter de France et de la vallée du Rhône, où les retenaient la richesse du terroir, les approches du Saint-Siège et les opérations de la guerre de Cent Ans. Ce conflit indéfini leur offrait ce que l’on pourrait appeler un emploi intermittent et officialisait au prix fort pour quelques mois leur banditisme et leur vie de rapines. Mais les difficultés provenaient surtout de leurs exigences financières et non pas d’une pénurie d’effectifs.

Ils abondaient donc et, précisément, dans la basse vallée du Rhône sévissaient des bandes plus ou moins bretonnes, conduites par Olivier du Guesclin et Sylvestre Budes, qui n’étaient autres qu’un frère et un cousin de Bertrand du Guesclin, le célèbre connétable de France, et par Jean de Malestroit. Attirées quelques mois au Nord par Enguerrand VII de Coucy 55, qui les prit à son service en juin 1375 pour l’expédition qu’il mena en Suisse occidentale dans l’hiver 1375-1376, plus connue sous le nom de guerre des Gougler, elles étaient revenues au soleil provençal dès février 1376, après leur triple défaite 56 et avaient reparu dans le Comtat Venaissin au début de mars 1376 déjà. La Cour pontificale aussitôt dut entrer en pourparlers avec eux, menacée sur ses voies d’accès par leurs détestables pratiques. Tergiversant cependant comme toujours et serré financièrement, Grégoire XI retardait le moment de prendre une décision et les discussions avec les chefs bretons traînèrent deux mois. Certain /17/ enfin que la situation en Italie était désespérée, le pape les prit à sa solde pour deux mois au prix de 31 000 florins 57.

Le 18 mai, Robert de Genève les passe en revue à Carpentras et, le 24, ils ont quitté le Comtat Venaissin sous le commandement de Jean de Malestroit, leur capitaine général 58; il semble que Sylvestre Budes ait commandé en second 59. L’armée qui réunissait en juillet 1844 lances, en octobre 1400 lances, si l’on en croit les comptes de la Chambre apostolique, pouvait, à raison de 6 hommes par lance, grouper un peu plus de 11 000 hommes, une immense armée pour l’époque 60. Par le Dauphiné et probablement le Pas-de-Suse, l’armée pontificale atteignit le Piémont, bousculant les garnisons rencontrées, précédée d’une réputation de bravoure et de féroce cruauté bien méritée, qui semble avoir /18/ provoqué chez les Florentins et leurs alliés un chassé-croisé de lettres, de demandes de secours et d’exhortations au courage, et chez les chroniqueurs italiens un certain mélange d’horreur étalée et d’admiration voilée. Le cardinal et ses « pestilentiels barbares » traversèrent la Lombardie par Asti, Alexandrie et Pavie, où Galéas Visconti négocia et les reçut bien.

Robert de Genève avait, semble-t-il, pour mission de signer la paix avec le duc de Milan aux meilleures conditions possibles, fût-ce en sacrifiant quelques terres occupées durant le conflit, au grand dam des partisans du pape dans ces régions; ce qu’il fit 61. Puis l’armée du pape pénétra dans le Bolonais à Panzano. Sans entrer dans les détails de cette campagne, relevons que si le cardinal put soutenir efficacement les pontificaux et reprendre bien des places, négocier habilement avec les princes comme le marquis d’Este 62 ou des condottieri comme Hawkwood, qui le rejoint début août avec 500 lances 63, il échoua dans sa tentative de reprendre Bologne par la ruse et y perdit un temps précieux qui aurait peut-être été mieux employé à secourir Gomez Albornoz, assiégé dans Ascoli et qui finit par capituler. Il ne put donc réduire complètement la révolte et le chroniqueur pontifical invoque la dureté des cœurs italiens, la malice humaine et l’astuce des Florentins, puis énumère, à côté de l’« inconstance naturelle » des Italiens, des causes plus sérieuses à nos yeux, la lutte contre une domination étrangère, ce patriotisme local si fort dans l’Italie médiévale et le poids des taxes et des impôts 64. On inscrivait alors déjà sur les bannières ce mot de LIBERTAS 65, qui est resté dans les armoiries de Bologne. Cette révolte prenant une couleur nationaliste 66, le péril provoqua-t-il le voyage de Grégoire XI en Italie ? Baluze et Pastor l’avancent et c’est possible 67. /19/

Quoi qu’il en soit, le pape partit d’Avignon le 13 septembre, quitta Marseille le 2 octobre et prit pied le 2 ou le 6 décembre 1376 à Tarquinia (jadis Corneto), où il s’assura de la fidélité des habitants de Rome. Toutefois, Grégoire XI ne tarda guère à regretter son voyage qui n’améliorait pas ses affaires italiennes. C’est dans cette situation qu’il faut maintenant présenter le sac de Césène 68.

Hivernant autour de cette ville, les bandes bretonnes renouvelaient dans la campagne romagnole les exploits que nos campagnes de Suisse occidentale avaient subis l’hiver précédent. Le pays se remettait à peine d’une affreuse famine. De retour d’expédition, il semble que des soudards se soient rendus coupables de viol ou de pillage. Une rixe éclata, quatre bouchers succombèrent et cette bagarre déclencha l’émeute. Le peuple de Césène massacra impitoyablement de nombreux Bretons, peut-être même 400 69, les 1er et 2 février. Robert de Genève et Sylvestre Budes échappèrent au trépas, mais non point aux menaces. De plus, il fallait coûte que coûte enrayer la révolte qui pouvait chasser de Romagne le parti pontifical et détruire d’un coup tout le succès de la campagne. En outre, pour une fois, les soldats eurent peur, probablement très peur. Sylvestre Budes conseilla au cardinal d’appeler à l’aide Hawkwood et ses bandes. Le condottiere vint, après avoir mis en sûreté les partisans de l’Eglise hors de Faenza, qu’il quittait ainsi dans un moment crucial, et entra le 3 février dans Césène, où les troupes de l’Eglise avaient été enfermées dans la citadelle, après deux /20/ jours de combats meurtriers. Elles étaient étroitement bloquées et manquaient déjà de vivres. Pris entre les deux armées, les habitants furent massacrés. Robert de Genève excita-t-il les troupes ? Etait-ce nécessaire ? On connaît bien d’autres cas à toutes les époques, où les soldats vengèrent ignoblement le massacre de leurs camarades et où la frayeur ressentie les rendit d’autant plus impitoyables qu’ils avaient craint davantage pour leur vie. Les chroniqueurs italiens rendent le cardinal responsable de l’événement, suivis en cela par plusieurs historiens modernes. Mais ne pourrait-on pas s’étonner qu’on accuse surtout Robert de Genève, dont par ailleurs l’ascendant sur les écorcheurs reste assez faible, alors que les vrais coupables, ceux qui commandèrent cette sinistre tuerie sont Sylvestre Budes, mais aussi Hawkwood (Giovanni Acuto) et Albéric de Barbiano qui, pour avoir passé et repassé d’un parti à l’autre, laisseront un souvenir moins noir dans les chroniques italiennes. Elles n’insisteront plus sur cet épisode nullement exceptionnel, hélas ! dans la carrière de ces condottieri, alors qu’elles en flétriront d’autant mieux le cardinal en qui elles voient un futur antipape. Quoi qu’il en soit, le massacre fut horrible. Près du quart de la ville succomba, si nous retenons, des chiffres cités, plutôt la proportion que le nombre, qui paraît fort exagéré pour l’époque 70. Les Florentins tentèrent d’exploiter cette exécution contre Grégoire XI, mais en réalité le massacre poussa Bologne à se soumettre, en mars déjà, et accentua plutôt la désagrégation de la ligue italienne. Ni la barbarie du fait d’armes, ni aucune vertueuse indignation n’empêchèrent Bernabò Visconti de prendre à la solde de la ligue florentine le véritable boucher de Césène, Hawkwood, moins de /21/ trois mois plus tard, tandis que Robert de Genève devait engager sa mitre, huit anneaux et son argenterie pour trouver l’argent indispensable, s’il voulait empêcher les Bretons de rejoindre, eux aussi, le camp de leurs victimes. Le cardinal resta avec une partie d’entre eux en Romagne, tandis que le reste passait guerroyer en Ombrie.

A la longue cependant, l’énergie du pape et de ses légats finissait par amener la ruine progressive du commerce florentin et les marchands se lassaient sur les bords de l’Arno d’une situation précaire qui s’éternisait.

Ayant rempli sa mission, la Romagne et la Marche d’Ancône pacifiées, Bologne recouvrée, Robert de Genève reçut l’ordre de gagner l’Ombrie et quitta Césène le 13 août. Il semble bien que des conflits de compétence aient alors surgi entre notre légat et le cardinal de Bourges. Faut-il suivre L. Mirot, quand il nous dit que le pape rappela auprès de lui Robert de Genève le 13 septembre 1377 71 ? Quoi qu’il en soit, le parti pontifical triomphait, l’Italie désirait la paix, les Florentins, isolés, commençaient à perdre leur intransigeance ou leurs illusions. Le 12 mars 1378, s’ouvrait à Sarzana un congrès pour le rétablissement de la paix, où Grégoire XI avait dépêché le cardinal Jean de la Grange. Mais la mort du pape, le 27 mars, remit tout en question, car si Urbain VI parvint à signer la paix avec Florence, le 28 juillet suivant, le schisme qui suivit n’amena pas la paix si désirée dans la péninsule.

Rappelé par Grégoire ou disponible de par la fin de la guerre, peut-être songeant à ses propres affaires, Robert de Genève gagna Rome, où la Curie résidait alors et où l’état de Grégoire XI empirait. Il y arriva le 12 ou le 13 mars, car le 13, il touche sa portion des services communs 72.

Il habita à Rome une maison au Transtévère 73.

 

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La vacance du Saint-Siège

Le 27 mars 1378, le décès de Grégoire XI s’apprêtant à regagner Avignon 74 ouvrait une crise très grave qui allait marquer pour l’Eglise le passage du Moyen Age à la Renaissance dans ce climat de tension, que provoquait la formation des Etats modernes. La plus inébranlable en apparence des institutions médiévales subissait à son tour une crise grave qui allait bouleverser les consciences: l’Eglise de Grégoire VII s’effaçait sans retour dans une confusion inouïe, comme le Saint-Empire d’Othon le Grand l’avait fait au XIIIe siècle, et la chrétienté prenait brusquement conscience de la fragilité des deux institutions qui avaient marqué jusqu’alors le centre de son univers politique.

Il ne s’agit pas pour nous de refaire l’histoire du Grand Schisme d’Occident, trop d’historiens de valeur l’ont fait, et avec quel souci d’érudition, si nous songeons à l’œuvre de Noël Valois. De plus, débordant largement la période de Clément VII, un tel travail sort trop nettement du cadre d’une introduction à la correspondance de ce pape. Enfin, si cette période devait susciter une nouvelle somme, il serait à souhaiter qu’une étude complète des pièces d’archives fournît au préalable une information plus étendue que celle dont nous jouissons.

Toutefois, il n’est peut-être pas inutile de présenter ces événements sous un angle de vue un peu différent, car si les faits /24/ demeurent, leur interprétation restera le tableau perpétuellement changeant, où chaque siècle apportera les retouches et les suggestions de sa propre expérience 75.

Un Valois, un Pastor, un Hefele et plus encore un Salembier, ne peuvent se détacher suffisamment de l’image de la papauté que le Saint-Siège de la fin du dix-neuvième siècle leur offrait, et ce sentiment nous parut accentué par la reconnaissance de ces érudits à l’égard d’un Léon XIII qui avait ouvert aux chercheurs cette mine extraordinaire qu’est l’Archivio Segreto Vaticano.

Une citation de Salembier nous donnera la preuve de ce que nous avançons: « Ce qui nous a frappé surtout dans l’étude que nous avons faite de cette époque troublée, c’est l’ignorance ou la méconnaissance du pouvoir pontifical, de ses bases, de sa force, de ses privilèges; c’est l’oubli pratique de la constitution même de la souveraineté spirituelle » 76. Ce qui nous inquiéterait plutôt, c’est notre difficulté à cerner la réalité du pouvoir pontifical au XIVe siècle, tandis qu’un Salembier nous paraît se référer très fortement à la monarchie absolue théocratique, dont la conception trouve son aboutissement dans le premier concile du Vatican (1870). D’où son effroi de rencontrer tant d’erreurs dans les débats théologiques de l’époque, « principalement sur le pouvoir de l’Eglise. Il n’est guère d’erreur, condamnée depuis, que l’on ne puisse retrouver dans les questions singulières que pose cette théologie de décadence... » 77.

Moins naïvement exprimée, une telle conception préside aux travaux d’un Pastor et de bien d’autres historiens de ces faits /25/ et nous n’avons pas trouvé dans Valois le détachement que nous espérions vis-à-vis de l’institution pontificale. Le Grand Schisme a alimenté une partie des controverses majeures de cette époque de transition de la fin du XIXe siècle, comme en témoigne l’abondance relative des travaux consacrés à cette question. Le bouillonnement d’idées de la fin du Moyen Age, loin d’être un venin subtil 78, est le creuset où se formera la conscience de la Renaissance, c’est-à-dire une part importante de la nôtre, et l’on y voit se mêler les révoltes démocratiques, les patientes constructions monarchiques, les inquiétudes mystiques, voire la folie des rois. L’incertitude règne, mais elle est riche de tant de virtualités.

Il nous a paru utile de relever de quelles tendances l’historiographie des papes a été marquée au temps du Syllabus et du « Kulturkampf » et même longtemps plus tard. Enfin, des origines à nos jours, la papauté n’a cessé de se transformer profondément.

A l’heure où Grégoire XI pressent sa fin prochaine et, dit-on, les troubles qui vont agiter l’Eglise, quelle est cette institution pontificale ? Au haut Moyen-Age, la papauté fut parfois monopolisée par la famille Colonna (la même qui domine au XIVe siècle le parti gibelin, celui qui se soulèvera encore en 1404 contre le pouvoir pontifical), elle fut parfois toute-puissante, sous un Grégoire VII ou un Innocent III. Mais les grands papes furent plutôt rares. Au XIIIe siècle, les papes sont mêlés de très près à toutes les luttes qui agitent l’Italie, princes d’une nature un peu particulière, mais dans une terre qui offre une des plus extraordinaire variété de potentats qui se puisse contempler. Et dans la personne du pape, la majesté de « pontifex maximus » n’évite pas toujours au seigneur de Rome et du Patrimoine de Saint-Pierre les avanies et les vilenies d’usage, que le peuple italien réserve à ses sires. Les courants démocratiques au XIVe siècle sont tout aussi vivaces qu’au siècle précédent, les révoltes tout aussi fréquentes et contre le pape on brandit sans complexes l’oriflamme libertaire. C’est même un des princes les moins obéis de la péninsule. /26/

Loin d’être funeste, le séjour d’Avignon a éloigné la papauté des luttes de factions romaines, des conflits de l’époque féodale et de la longue guerre entre guelfes et gibelins, si profonde qu’elle survécut à la fin des Hohenstaufen. Sur les bords du Rhône, en fin de compte, relativement stable, située à un carrefour d’influences vivifiant, la monarchie pontificale s’est organisée et définie dans un calme relatif, à l’heure où les autres monarchies s’affermissaient, grandes monarchies comme la couronne de France 79, princes de second rang comme le comte de Savoie 80 ou le duc d’Autriche. Pour le Saint-Siège, avec les Clémentines, s’achève la compilation du Corpus du droit canon, que viennent encore compléter les Extravagantes au cours du siècle. L’administration du Saint-Siège devient une bureaucratie solide et possédant son langage, le « stylus cancellarie », dont nous parlerons plus loin, ses habitudes, voire ses tics 81. A la fin du XIVe /27/ siècle, l’« appareil » de la Curie fonctionne bien. Accusé de rapacité, il l’est surtout parce qu’il arrive à percevoir avec régularité et une relative efficacité les multiples taxes que les papes ont créées naguère dans leur dénuement 82.

Les papes partageront avec les cardinaux la responsabilité du Grand Schisme et de son évolution. Avant d’esquisser le drame de 1378, ne convient-il pas de jeter un regard sur les cardinaux du XIVe siècle ?

De même que la Bulle d’Or faisait de l’élection impériale une certaine imitation du conclave, et des électeurs impériaux des façons de cardinaux, de même les cardinaux seront tentés de comparer leur rôle à celui des princes électeurs. Plusieurs d’entre eux auront joui, comme prélats, d’un pouvoir temporel parfois étendu, que la commende leur permet éventuellement de conserver. Avec le temps, leur rôle dans la gestion de l’Eglise n’a fait que croître. Un Bertrand du Pouget, un Gilles Albornoz sont bien plus que des exécutants dociles. Avec le camerlingue et le trésorier, plusieurs d’entre eux dominent les rouages de l’administration du Saint-Siège et conservent leur fonction d’un pape à l’autre; cette permanence accroît leur importance. Conseillers des princes parfois, ils comparent leur rôle à celui des grands officiers de la couronne et à celui des grands feudataires. Auprès du pape, ne sont-ils pas l’un et l’autre dans l’optique médiévale ? Et la privation, dont ils peuvent être la victime, s’apparente /28/ assez bien à la commise féodale. Et le trône de Saint-Pierre n’est-il pas, en général, promis à l’un d’entre eux, sans qu’on puisse dire lequel ? A leurs yeux, un pape ne doit point gouverner ses Etats et son troupeau sans les consulter. A tout prendre, le pouvoir pontifical, s’il n’est pas une monarchie constitutionnelle au sens strict du terme, en a par un ensemble de règles non écrites un des caractères majeurs: le partage du pouvoir avec le Sacré-Collège. Les subscriptions cardinalices sur les lettres solennelles témoignent de cette participation à la décision, comme aussi bien des passages où le pape dit ouvertement avoir pris sa décision en accord avec les cardinaux.

Je ne puis mieux résumer la situation du pape et de ses cardinaux qu’en citant saint Vincent Ferrier qui dit de l’Eglise: « Romana ecclesia, id est collegium apostolicum, scilicet papa et cardinales » 83.

Qu’un pape prétende gouverner seul et cette prétention lui sera vertement reprochée, passera pour tyrannie pure et simple, si ce n’est pas démence 84. Contre un Grégoire XII, qui veut lui aussi régner seul, cardinaux et curiaux vont se liguer 85. Parfois aussi une certaine complicité unit le pape et ses cardinaux dans les méandres de la politique et le jeu des intérêts personnels 86. /29/

Ainsi donc en cette fin du XIVe siècle, nous sommes loin de trouver chez les cardinaux la soumission respectueuse ou l’acceptation inconditionnelle des volontés pontificales et chez les clercs de la Cour de Rome l’obéissance inconditionnelle « perinde ac cadaver », qui fera du Saint-Siège cette monarchie absolue, indiscutée jusqu’à ces toutes dernières années.

Un certain concours de circonstances va amener ces hommes et ces institutions à se heurter d’une manière dramatique dans l’été 1378. Retournons cependant à Rome à cette époque.

Les Romains du XIVe siècle semblent s’être taillé une réputation de violence et de versatilité, sur laquelle la concordance des témoignages est éloquente. Un franciscain urbaniste, l’évêque de Cordoue, note que les Romains, selon la règle italienne, se mettent toujours du parti du plus fort: vive qui triomphe ! Pour saint Vincent Ferrier, les Romains ont un penchant naturel au mal. Le conseil du roi de Castille conclut l’enquête de Médina dei Campo en 1381 en admettant comme fondée l’accusation de violence, justifiée entre autres par le caractère des Romains 87. /30/ Français ou Allemands ne tiennent pas un autre langage. C’était méconnaître la richesse et l’ardeur de la vie municipale dans l’Italie médiévale, comme aussi le fait qu’une partie importante du peuple romain, à l’instar des autres cités italiennes, cherchait à se libérer de la tutelle seigneuriale, tantôt pour se donner un régime démocratique 88, tantôt pour être dominé par l’oligarchie des grandes familles de l’aristocratie militaire romaine. Dans l’un comme dans l’autre cas, il était fâcheux que le seigneur féodal fût un pontife universel, capable de s’assurer des secours nombreux proches ou lointains. Notons en outre qu’à Rome la situation se compliquait beaucoup, car à la lutte du peuple contre son seigneur, avivée par les souvenirs antiques, se superposait le conflit entre guelfes et gibelins, et en outre les rivalités des grandes familles romaines venaient bouleverser le jeu. Rome voulait sa liberté municipale, encouragée par le souvenir de la Rome de Caton, mais n’avait pas comme les autres grandes /31/ villes d’Italie une forte bourgeoisie, enrichie par le commerce, la banque ou l’artisanat, pour faire triompher ce projet. L’aristocratie romaine, forte de ses grands domaines, avait beau jeu de jeter dans la ville des hordes de paysans à la dévotion d’un de ces princes, tout en sachant quel abri sûr et quelle impunité les castelli familiaux du Latium offriraient en cas d’échec. Cette situation déterminait à la fois toute une politique locale bouillonnante et toute une stratégie particulière qui firent le désespoir de maint pape. A la fin du XIVe siècle, les Orsini, plus ou moins chefs des guelfes, alternaient dans les faveurs de la Fortune avec les Colonna, qui dominaient la faction gibeline. Mais les étrangers, qui comprenaient souvent fort mal l’imbroglio romain, étaient tentés de porter sur le peuple de Rome un jugement assez péjoratif.

Il nous intéressera toutefois de savoir que si le peuple romain avait fêté la venue de Grégoire XI et lui avait offert la seigneurie de la ville, il ne l’avait point fait sans des conditions qui nous paraissent fort restrictives. Grégoire XI avait signé un compromis avec la vieille république romaine, il avait dû maintenir les institutions, notamment les deux « banderesi » (abolis par Urbain V et restaurés malgré les censures ecclésiastiques, sous le nom d’executores justitiae), les « caporioni » et les quatre conseillers ou chefs de la guilde des arbalétriers, c’est-à-dire les chefs de la milice du peuple. Non seulement la république s’était maintenue face au pape, mais encore elle avait déjoué un complot de la noblesse, dirigée par le puissant comte de Fondi et Anagni, Onorato Caetani, et le prince Luca Savelli, le même qui était venu négocier en Avignon la venue de Grégoire XI, dans l’espoir évident d’utiliser le retour de la Curie pour renverser le régime populaire 89.

Une Cour de Rome qui aspire à retrouver la paix provençale et les avantages d’Avignon, un peuple romain inquiet, désireux de s’appuyer sur la papauté pour résister à la noblesse, mais rendu méfiant par la collusion de cette même noblesse et de la Curie et dont les passions xénophobes ont été excitées, tant par des écrivains célèbres comme Pétrarque ou de saintes femmes /32/ comme Catherine de Sienne, que par des hommes politiques comme les chefs florentins, Coluccio Salutati en tête, une noblesse turbulente qui cherche à recouvrer sa domination, autant de données dont il faudra tenir compte pour expliquer le schisme.

Dès le décès de Grégoire XI, le peuple de Rome s’agitait, manifestait sa volonté d’avoir un pontife romain ou tout au moins italien et, à mesure que les jours s’écoulaient, cherchait davantage à faire pression sur les cardinaux. Robert de Genève avait-il pensé d’emblée à la tiare ? C’est possible, il ne manquait pas d’ambition; en tout cas, il ne parut pas être candidat, au début du moins. Agé de 36 ans, il était trop jeune pour pouvoir prétendre sérieusement au pontificat. Il se rattacha au parti français 90 avec Hugues de Montalais, Breton, Bertrand Lagier, un Auvergnat, ancien franciscain lui aussi, Pierre Flandrin qui paraissait le mieux « papable » et l’Espagnol Pierre de Luna, avec lequel il fut peut-être assez lié. Jean de la Grange ne viendra les rejoindre qu’après le conclave.

Le parti « français » s’opposait aux cardinaux « limousins » principalement (Jean de Cros, de Limoges, Guillaume d’Aigrefeuille, Pierre de Vergne, Gérard du Puy, Pierre de Sortenac et Guillaume Noëllet qui soutenaient Gui de Malesset) et pour leur faire échec, se rapprochait des quatre cardinaux italiens: Francesco Tibaldeschi, Pietro Corsini de Florence, Simone de Borsano et Giacopo Orsini de Rome. Ainsi Robert de Genève se rallie volontiers, dit-il, à la candidature de l’archevêque de Bari, Bartolomeo Prignano, ou à celle d’un autre qu’il ne veut pas nommer. Est-ce lui-même, comme le suggèrent certains 91 ? Devant la pression populaire, d’après les dépositions de Fredo da Canale et d’Angelo Feducci, il aurait proposé, allié à Hugues de Montalais et Pierre de Luna, leurs trois voix à Tibaldeschi en /33/ échange de la sienne, au cas où le vieux cardinal ne réunirait pas suffisamment de suffrages: il faisait donc là implicitement figure de candidat possible 92. En revanche, il avait déclaré à Marino de Judice, alors évêque de Cassano et son familier, qu’il ne recherchait personnellement pas la tiare 93. Il était peut-être fort conscient de n’avoir, à l’époque, quasiment aucune chance.

Celui qui allait devenir son rival, Bartolomeo Prignano, était-il dépourvu d’ambition ? Il le semble encore moins et les témoignages concordent. Prignano était le fils d’un Pisan et d’une Napolitaine. Il était né à Naples dans un quartier assez peu renommé pour être baptisé l’Inferno 94. Diacre, docteur en décrets apprécié, nous le trouvons recteur de l’Université de Naples en 1360 95. Il fut ensuite plusieurs années à la Cour d’Avignon, où il s’acquit la faveur du cardinal de Pampelune, Pierre de Monteruc, vice-chancelier de l’Eglise; il fit partie de sa famille cardinalice où il trouvait le gîte et l’habit 96. Cela lui valut à n’en point douter d’être « examinator in gratiis specialibus » à la chancellerie, c’est-à-dire préposé à l’examen de capacité des clercs postulant sans les titres prévus un bénéfice vacant en Cour de Rome, et de devenir archevêque d’Acerenza le 22 mars 1363 97. Thierry de Nyem, qui partagea sa chambre de nombreuses années, témoigne de sa piété scrupuleuse, de sa modestie et de son caractère compatissant 98. /34/

Il semble bien s’être attiré les sympathies de la Cour d’Avignon par la dignité de ses mœurs, par son honnêteté et par sa dévotion, plus que par ses qualités de théologien. Nous verrons plus loin comment le pouvoir lui tournera la tête au soir de sa vie. Il était donc encore cependant le « pauper archiepiscopus Acherontinus » 99 lorsque, investi de la confiance du cardinal vice-chancelier et du pape, il vint en Italie, à la tête des clercs de la chancellerie, que Grégoire XI entraînait à sa suite. En récompense de son zèle, il eut l’archevêché de Bari en Pouilles le 13 janvier 1377. A soixante ans, Prignano avait finalement obtenu un petit archevêché, dont le service commun était bien modeste (600 florins). Sa carrière paraissait achevée 100. Or son ambition était grande, aiguillonnée par un vif besoin de se valoriser qui subsistera après son élection et explique plusieurs de ses faux pas. Tenant compte des critiques qu’il adressera plus tard à la Cour de Rome, nous pouvons même penser qu’il mettait quelque ostentation réprobatrice dans ses pratiques de dévotion. A la fermeture du conclave, le 7 avril, ne l’a-t-on pas vu rester seul avec les cardinaux pour les exhorter et les supplier de faire fi de leurs intérêts personnels, de n’avoir en vue que Dieu et la justice et d’élire un bon pape, puis, les portes closes, aller dire la messe à la basilique de Saint-Pierre voisine, pour supplier Dieu d’éclairer les cardinaux et de leur accorder sa grâce 101. Imagine-t-on /35/ l’ensemble des curialistes agir de la sorte ? Les cardinaux n’étaient-ils point assez grands pour connaître leur devoir ? Si l’on ajoute à cette attitude le fait que Prignano ait acheté une maison à Rome pour prendre rang parmi les citoyens 102, qu’à l’un des services célébrés pour le repos de l’âme de Grégoire XI, il se soit placé entre les « banderesi » et le sénateur, le provençal Gui de Prohinis, qu’il se soit fait présenter à ceux-ci et qu’il ait assisté à des réunions du Capitole 103, nous ne pouvons douter qu’il ait /36/ intrigué pour avoir la tiare, même fort maladroitement, comme lorsqu’il va recommander sa candidature au cardinal Pierre de Vergne 104 ou lorsqu’il va jusqu’à prodiguer des promesses, les unes naïves et suspectes, mais d’autres qui ne sont pas impossibles et qui ont trait à la réparation des édifices de Rome et au respect qu’il aurait pour les institutions républicaines 105. Nous ne pensons pas que la remarque du banneret Leonardo (Nardus apothecarius) soit douteuse, quand il relève que Prignano haletait pour avoir la papauté 106.

Or il était peu probable que le conclave élise Tibaldeschi décidément trop vieux, si ce n’est pour ménager une transition. Orsini pour sa part était trop jeune. Corsini venait de Florence, une ville en guerre avec le pape, et l’origine milanaise du quatrième cardinal italien Simone de Borsano n’était peut-être pas un atout pour lui. Dans ces conditions, on pouvait raisonnablement envisager que, pour avoir un pape romain ou italien, les cardinaux fussent obligés de porter leur choix en dehors du Sacré-Collège. Un prélat italien connu favorablement à la Curie depuis longtemps entrait tout naturellement en ligne de compte.

Concluons à ce sujet: Tous ces témoignages sont à prendre avec beaucoup de circonspection ; ils tendent tous, peu ou prou, à démontrer soit qu’Urbain est le vrai pape, soit qu’il est un intrus et c’est là leur tort. Ils sont toujours postérieurs au schisme. Que l’archevêque de Bari ait désiré la tiare paraît certain, car on ne peut manquer d’être frappé du faisceau de présomptions et de bruits divers qui coururent sur son compte et l’attitude qu’il eut après l’élection témoigne d’un évident arrivisme 107. Qu’il ait eu /37/ des chances sérieuses dès le début et ait fait figure de prélat papable, voilà qui est également indéniable. L’embarras du parti clémentin et trop de témoignages sont là pour nous l’assurer 108. Que Prignano ait intrigué, apparaît somme toute vraisemblable, mais il faut relever d’une part que plusieurs cardinaux ou prélats ont dû faire de même 109, et de l’autre que jamais la foule ne semble avoir marqué sa préférence pour un candidat déterminé, tout en réclamant un Romain ou, au moins, un Italien.

Ainsi donc, le 7 avril 1378, au moment où le conclave allait débuter, Robert de Genève espérait peut-être coiffer la tiare et Barthélemy encore davantage. L’un et l’autre ne manquaient pas d’atouts, puisque l’élection d’un Français ou d’un Limousin eût entraîné vraisemblablement un soulèvement meurtrier. /38/

 

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L’élection d’Urbain VI

Nous allons évoquer le premier conclave de 1378, pour nous attacher ensuite à la discussion des causes du schisme 110. Avant le conclave, pendant la neuvaine de deuil du pape défunt, la population fait preuve d’un anticléricalisme qui choque de nombreux clercs et curialistes et même leur fait craindre pour leurs biens et leur vie 111. Les Romains se sentaient frustrés du droit de regard que beaucoup estimaient avoir dans l’élection pontificale, même s’il s’était encore affaibli au XIIIe siècle au point de n’être plus qu’un reste d’influence. Ils craignaient un nouveau /40/ départ de la Cour pour Avignon 112. L’occasion était là de faire pression pour avoir un pontife d’origine romaine, il ne fallait pas la laisser passer. Ainsi donc les autorités font pression sur les cardinaux à plusieurs reprises 113. Le peuple s’agite, lui aussi, d’une manière plus vive, qui finit par tourner à l’émeute. Deux décisions accroissent encore les sentiments de crainte du Sacré-Collège et de la Curie. Tout d’abord la garde du conclave et du Borgo est confiée aux Romains, qui ont une attitude fort ambiguë. D’une part, ils fournissent certaines assurances, les officiers municipaux prêtent serment de respecter les dispositions canoniques 114 et même font exposer sur la place de Saint-Pierre les instruments de supplice 115. Mais de l’autre, ils prennent des mesures pour empêcher le Sacré-Collège de sortir de Rome s’il était tenté d’aller élire ailleurs le successeur de Grégoire XI: ainsi s’expliquent l’occupation des portes et des ponts, assortie d’un certain blocus à l’encontre des prélats 116, la saisie des voiles et gouvernails sur les bateaux du Tibre 117. De plus, ils expulsent la noblesse de Rome, sans égard pour ceux qui occupaient un emploi dans l’Eglise, comme le comte de Fondi, Onorato Caetani, /41/ ou celui de Nola. C’était priver les cardinaux d’un appui sûr 118. Ajoutons encore que les autorités romaines tolèrent les manifestations de la foule qui envahit le Borgo et jusqu’au palais pontifical, hurlant des slogans et menaces tels que « Romano lo volemo o almanco italiano; o per la clavellata di Dio, saranno tutti quanti Francigene ed Ultramontani occisi e tagliati per pezzi e li cardinali li primi » 119. Mieux encore, Rome se voit envahie d’une foule de campagnards ou de montagnards de la Sabine, soit qu’ils aient été attirés sciemment, soit qu’ils soient venus alléchés par un désordre prometteur. Espéraient-ils le pillage traditionnel de quelque palais cardinalice ou de la demeure de l’élu selon l’étrange coutume qui s’était instaurée à Rome ? Ils attendaient du moins une fête sortant de l’ordinaire. Combien étaient-ils ? Probablement environ six mille. De surcroît, ils étaient armés de lances et d’épées ou de couteaux 120. S’il est difficile d’apprécier dans quelle mesure les autorités auraient pu s’opposer à la venue de ces hommes 121 et jusqu’à quel point elles étaient capables de se faire respecter, il semble bien acquis qu’elles n’étaient point fâchées que des manifestations populaires viennent étayer une ultime démarche officielle que le Sacré-Collège avait /42/ dignement rejetée 122. Bon gré mal gré, les autorités romaines laissent donc le peuple envahir jusqu’au conclave, dont l’évacuation est rendue pénible par leur mauvaise volonté ou leur incapacité. Elle sera limitée aux seules pièces « fermées », car le peuple continue d’occuper une partie des bâtiments pontificaux et va troubler la discussion des cardinaux par son tapage, où la passion politique le disputait aux excès de boisson, ce qui maintenait un climat de violence et de menaces. Le 7 avril donc, les cardinaux entrent en conclave non sans peine et désordre, à travers une foule hostile 122 bis. Robert de Genève endosse le haubert sous son rochet 122 ter.

La nuit du 7 au 8 avril est agitée, dominée par la crainte à l’intérieur du conclave, où les cardinaux percevaient distinctement le slogan populaire « Romano lo volemo o italiano », rythmé par les coups de bâtons et de piques qui ébranlaient le plancher du conclave 123 et devaient rappeler opportunément aux conclavistes les moyens dont le peuple romain disposait pour obtenir satisfaction. Le grésillement distinct d’un grand feu allumé dans la pièce inférieure ajoutait encore à la panique dans un palais où le bois était abondamment employé. /43/

Au matin du 8 avril, les cardinaux entendent deux messes; la seconde est troublée par le tocsin que reprennent de proche en proche les différentes églises de Rome, ainsi que par le grondement de la foule en fureur 124. La place de Saint-Pierre était noire de monde. Un des gardiens du conclave, l’évêque de Marseille, Guillaume de la Voulte, à la demande des autorités romaines, fait appeler les trois doyens d’ordre ou prieurs des /44/ cardinaux 125. A deux reprises au moins, Guillaume de la Voulte vient leur parler pour leur montrer à quels périls ils s’exposaient en ne satisfaisant pas les aspirations de la foule, ou même en la faisant languir. Avait-il besoin de parler ? Il ne semble point, tant les cris de la foule, parmi lesquels se percevaient des menaces de mort, dominaient sa voix. Devant le péril, le jeune cardinal romain Orsini, qui n’hésitera pas à rudoyer ses compatriotes, ira peut-être jusqu’à proposer d’élire un quelconque franciscain romain, puis de quitter Rome pour choisir ailleurs librement un autre pape 126. Tant bien que mal, les cardinaux pressent leurs délibérations et portent assez rapidement leur choix sur l’archevêque de Bari, Bartolomeo Prignano. Orsini s’abstient, considérant que le Collège ne jouissait pas de sa pleine indépendance et que l’élection était dès lors sans valeur. Deux autres cardinaux, dont Bertrand Lagier, protestent de vive voix ou par écrit contre l’irrégularité de l’élection. Pierre Corsini se ralliera l’après-midi à la candidature de l’archevêque de Bari. Comme l’archevêque ne participait pas au conclave, il s’agissait d’avoir son acceptation. Les électeurs le font donc venir, accompagné, pour donner le change, de six autres prélats. Les cris s’apaisant quelque peu, les cardinaux émus et affamés prennent leur repas.

Après le dîner, sur proposition de l’un d’entre eux, Tibaldeschi semble-t-il, treize cardinaux présents sur seize procèdent à une réélection de Prignano, profitant d’un calme tout relatif, puisque le cardinal G. Noëllet tient à faire remarquer que les troubles continuaient, ce qui allait être confirmé l’instant d’après 127. /45/ Jacques Orsini doit probablement s’abstenir de nouveau. Prignano n’obtient que dix suffrages, chiffre insuffisant 128. L’émeute grossissant, les portes du conclave sont brisées, le conclave est envahi de partout et pillé 129. Robert de Genève se confesse dans la chapelle. Il semble qu’une confusion entre le nom de Bari (siège de Prignano) et celui d’un parent de Grégoire XI particulièrement détesté, le prélat limousin Jean de Bar, ait accru la fureur de la foule 130. Tandis qu’on recueille l’assentiment de l’archevêque de Bari pour son élection, la plupart des cardinaux et des prélats croient leur dernière heure venue. Dans cette atmosphère de panique et de désordre populaire, commence alors une des scènes les plus étranges de la longue histoire pontificale, qui confère un caractère unique et scandaleux au conclave d’avril 1378: l’intronisation fictive du vieux cardinal romain Francesco Tibaldeschi, imaginée par les cardinaux et les prélats du conclave pour sauver leur vie 131. /46/

Malgré son opposition farouche, le vieux cardinal, perclus de goutte, est revêtu du manteau rouge, mitré et installé sur le trône pontifical. L’ensemble du conclave procède ensuite selon le rite à l’intronisation, tandis que le peuple, joyeux de l’élection, prend part à la cérémonie. Plus encore, un neveu du cardinal, peut-être dans l’espoir de tirer parti de cette aubaine, n’hésite pas à frapper son oncle pour qu’il se tienne tranquille et se prête à la comédie. Tant bien que mal, le cardinal de Saint-Pierre proteste qu’il n’est pas et ne veut pas être pape. La foule, tiraillant son pied et sa main malades pour les baiser, lui fait subir le martyre 132. A la fin, la supercherie se sait et l’émeute se /47/ déchaîne de plus belle, tandis qu’on cherche Prignano pour le contraindre à abdiquer au profit du vieux cardinal romain. Cependant, profitant de l’attention projetée ainsi d’une façon si fâcheuse sur leur doyen d’âge, les autres cardinaux et les prélats étrangers avaient pu s’enfuir du conclave 133. Ce n’est point sans peine ni péril qu’ils réussissent à se mettre en sûreté. Prenons un des épisodes les plus violents pour donner une idée de la gravité des troubles. Alors, semble-t-il, que se déroulait cette intronisation fictive, pendant la fin du conclave, la foule mettait à sac le palais du cardinal de Bretagne qui donnait sur la place de Saint-Pierre, maltraitant ses familiers, tuant peut-être l’un d’entre eux, avant d’attaquer le cardinal lui-même à sa sortie du conclave, de lui arracher ses bagues, le couteau sur la gorge, et de le laisser aller plus mort que vif. Il se sauve dans son palais dévasté et échappe, en se cachant sur un toit, aux recherches d’une seconde escouade qui se proposait de le faire périr. Pour finir, il parvient à se réfugier, déguisé, au château Saint-Ange 134, /48/ où il retrouve cinq autres cardinaux français 135. A la nuit, quatre autres cardinaux quittent Rome: Robert de Genève s’arme et part pour Zagarolo chez Agapito Colonna, tandis que Jacques Orsini, Pierre Flandrin et l’évêque de Marseille gagnaient Vicovaro, fief des Orsini, et que Guillaume Noëllet chevauchait jusqu’au château d’Ardée 136. Une telle dispersion n’est-elle pas significative ? Ne témoigne-t-elle pas de la peur qui s’empara du Sacré-Collège ?

L’appréciation de cette série d’événements est matière à controverses. Les clémentins évoqueront la crainte et le danger couru, mais seront moins à l’aise pour justifier l’attitude des cardinaux pendant tout le printemps de 1378. Les urbanistes minimiseront les troubles 137 et rejetteront l’entier de la faute /49/ sur les cardinaux. Pour L. Salembier par exemple, les troubles se réduisent à des excès de boisson, car il adopte la thèse d’Urbain VI « non fuit... violencia, sed vinolencia » 138 et il en déduit qu’« Urbain a été élu dans la crainte, mais non par la crainte » 139. E. Delaruelle, E. Labande et P. Ourliac se rangent à cet avis, sans que nous puissions les suivre 140. N’est-ce pas là une argutie de casuiste, du moment que la crainte était motivée non par quelque objet extérieur, mais uniquement par l’objet essentiel de la réunion, l’élection ? Quelle valeur accorder désormais à ce jeu de mots sur les prépositions dans et par ?

Trop de témoignages concordent sur la réalité de l’émeute et sur la crainte des cardinaux 141. Nous suivons donc quoique avec mesure leurs conclusions, observant avec un témoin d’époque que sur seize cardinaux, treize étaient « doctores juris » et par conséquent bien placés pour apprécier la situation du point de vue juridique 142. Sans les pressions romaines, qui ne le visaient pas nommément, Prignano avait-il des chances sérieuses d’être élu ? C’est ce que contestent les clémentins 143. M. Seidlmayer, /50/ analysant le conclave, observe que quatre ou cinq cardinaux choisissent sans hésitation l’archevêque de Bari, que trois ou quatre autres s’abstiennent, comme Orsini, ou choisissent des formules embarrassées. On peut donc douter de la validité de leur choix. Et les autres ? Au nombre de sept à neuf, ils forment la moitié des cardinaux présents à Rome, le tiers du Sacré-Collège. Ils ont récusé plus tard Urbain VI, mais quelle fut leur position le 8 avril ? Il faut avouer qu’on ne peut pas exactement la déterminer. La pression des Romains pour avoir un pape romain ou italien et les troubles durant le conclave furent suffisants pour rendre le choix d’Urbain non libre, et partant, non valable 144. La réélection proposée par Tibaldeschi n’apporte pas d’éléments nouveaux. De toute manière les troubles continuaient et s’amplifiaient, puisque peu après le conclave était forcé, le palais envahi et pillé, les cardinaux molestés 145. Les cardinaux, qui pouvaient se croire privés de défenseurs, furent pris à partie et quelques-uns victimes de voies de fait. Pour apprécier leur degré de liberté, il n’est que de songer à ce qui se serait passé si leur choix s’était porté sur un autre prélat qu’un Italien. Les cardinaux ont-ils voté pour Prignano en pensant que celui-ci, dont ils connaissaient le dévouement, se désisterait pour leur permettre de procéder à une élection régulière ? Ils l’affirment et certains l’ont peut-être réellement pensé au moment du vote 146. La suite des événements va prolonger l’ambiguïté. Urbain VI va douter de son élection et l’on semble avoir passablement agité la question à la cour de Rome 147. Les cardinaux eux-mêmes ont peut-être craint d’en parler ou l’ont fait avec discrétion, mais ils se sont très tôt préoccupés de la question 148. /51/

D’un autre côté, officiellement, toutes les cérémonies furent menées à chef et toutes les démarches furent faites, poussées peut-être trop loin, puisque des cardinaux en tireront argument, comme nous le verrons, pour montrer qu’ils n’agirent point librement.

En fait, les électeurs du conclave eurent des doutes. Bertrand Lagier, entre autres, avoue déjà le 8, avant que l’élection soit rendue publique, avoir agi par crainte de la mort. Il est loin d’être le seul. Robert de Genève, devant fléchir le genou devant Urbain VI, disait: « Il me semble que je vais adorer un morceau de bois » 149. Ces doutes cependant n’empêchent point les cardinaux fugitifs de revenir pour procéder à la suite des cérémonies, car au matin du 9 avril, l’archevêque de Bari n’était ni intronisé, ni proclamé. Ils reviennent donc les uns après les autres. Certains se font sérieusement prier 150 et Prignano a-t-il demandé aux bannerets de forcer les cardinaux réticents 151 ? C’est un point discuté. En tout cas, il est amené à dépêcher un homme de confiance au château Saint-Ange, auprès des cardinaux qui s’y sont réfugiés et sont peu enclins à venir de leur propre chef auprès du nouvel élu. Cette attitude nous incite à poser le /52/ problême sous cet angle: la peur a-t-elle été telle que, les jours suivants, les cardinaux aient craint pour leur vie, leurs serviteurs et leurs biens ? Cette crainte n’était pas infondée, loin de là, car la brutalité directe des mœurs de l’époque pouvait fort bien l’autoriser. Après la sécession des cardinaux, les clercs et curiaux français seront bel et bien l’objet de sévices et de persécutions 152. Il faut noter cependant que personne ne met en doute officiellement, le 9 avril, l’élection si mouvementée du 8. Mais réticents ou résignés, ils ne sont plus que douze sur un Sacré-Collège de vingt-trois cardinaux au total pour introniser le nouvel élu 153. Malgré tout, ils n’hésiteront pas à notifier aux princes l’élection de l’archevêque de Bari 154, à lui demander des faveurs, bref à agir en tout comme si l’élection était incontestable. Cette attitude leur sera très tôt reprochée et le jugement de Seidlmayer sur le long délai de réaction des cardinaux résume assez bien ce point de vue: « C’est là et non dans l’élection du 8 avril que la prétention d’Urbain à la tiare est assurée de manière inattaquable » 155. Il semble pourtant que, dans les conversations courantes, la question dut revenir souvent, car Urbain, lui-même, à plusieurs reprises, insiste sur sa légitimité, un peu trop lourdement pour qu’il ne révèle pas un certain malaise 156.

Le jour de Pâques enfin (le 18 avril), intronisé et couronné, « adoré », Urbain VI semble reconnu par tous et les circonstances singulières de son élection sont certes décrites, mais chacun s’évertue maintenant à ne point leur attribuer de rôle /53/ déterminant 157. Les cardinaux notifient l’élection, le 19 avril, à leurs collègues restés en Avignon et parlent d’un choix fait « librement et unanimement » 158. L’encyclique annonçant l’élection aux archevêques et évêques parle de « rara concordia » 159, mais n’est-ce pas la phraséologie usuelle, comme le style et le reste de ces écrits en témoignent et, quand un historien moderne fait grief aux cardinaux des formules usitées 160, n’oublie-t-il pas que nous avons aussi nos formules de courtoisie, dont nous usons, alors même qu’il ne s’agit que d’apparences cachant de graves dissentiments. Quoi qu’il en soit de leurs sentiments personnels, les cardinaux vont traiter Urbain VI en pape légitime pendant trois mois, ils n’hésiteront pas à lui adresser leurs suppliques, à réclamer de lui les faveurs habituelles, même lorsque les tractations seront déjà bien avancées pour le détrôner.

Que les cardinaux aient adressé à Urbain leurs humbles suppliques, il n’y a rien là que de très normal. L’adjectif humilis est de rigueur et des formules comme celle dont use le cardinal de Bretagne, et qui qualifie Urbain VI de « colonne destinée à soutenir sa Sainte-Eglise » 161 sont en fait stéréotypées; elles ne /54/ sont pas en principe l’œuvre des cardinaux eux-mêmes, mais des clercs de la Cour, qui semblent avoir rivalisé dans ce domaine, tout en étant tenus à des formules toutes faites pour l’essentiel. Nous ne saurions trop insister sur le formalisme de la Cour de Rome. Tout se fait au nom du pape et s’adresse personnellement à lui, puisque toute l’administration est liée à sa personne. Ainsi donc, même s’ils projettent de proclamer sa déchéance et jusqu’à la veille du geste, les cardinaux, pour l’expédition des affaires de l’Eglise comme pour celles de leurs protégés, doivent s’adresser au pape 162. Il ne peut en être autrement à leurs yeux et il faut avouer que lorsqu’on a étudié de près cette chancellerie, où l’on découvre que même les gestes « spontanés » du pape, « motu proprio », sont souvent l’objet de demandes intéressées des clercs, l’attitude des cardinaux s’explique. On nous permettra de renoncer à la juger selon nos usages modernes, et de leur poser directement la question. Un des cardinaux répondra que même si Urbain était reconnu intrus, les grâces obtenues seraient confirmées par le pape élu à sa place 163. Simplement, /55/ ces cardinaux dissocient la continuité administrative de la papauté de la personne même du pape. Quant aux lettres expédiées par le Sacré-Collège pour présenter sous un jour favorable à Urbain VI l’élection mouvementée dont il fut l’objet, les cardinaux répondent qu’ils ont agi par crainte et sur ordre, et même qu’elles furent scellées inhabituellement par d’autres cardinaux 164. Enfin, si l’on examine bien toutes ces lettres, on trouve aussi des motivations qui ne laissent pas de présenter toute l’élection sous un jour fâcheusement nationaliste. N’est-ce pas le cardinal Pierre Corsini qui écrit au précepteur de Saint-Antoine en Pouilles, Johannes Pistoris: « Nous avons travaillé pour l’honneur du nom italien et par la grâce de Dieu avec succès » 165.

Est-ce à dire que l’élu du 8 avril ne bénéficia d’aucun appui sincère ? Expliquées ainsi, les choses seraient trop simples. Non, il semble bien que, quoique mécontents d’eux-mêmes et du peuple romain, les cardinaux aient eu un attachement sincère, bien qu’éphémère, pour le nouveau pape. Leur estime pour l’archevêque de Bari avant Pâques 1378 est très réelle. Prenons /56/ Robert de Genève, qui a failli emmener Prignano dans sa légation de 1375 en Romagne: il n’est pas fâché de cette élection, car l’archevêque de Bari fut naguère le familier de son oncle Gui de Boulogne 166. C’est dans cette famille cardinalice qu’ils se sont connus. Il est donc en droit d’espérer que, devenu pape, Urbain VI s’en souviendra. Pour renforcer ce lien, il n’hésite pas à faire don au nouveau pape d’un anneau précieux qui lui vient de sa mère 167. Il est bien loin de s’attendre à être payé en retour de l’épithète de ribaud.

Ainsi donc nous constatons que le Sacré-Collège, fin avril, s’accommode bon gré mal gré du pape qu’il a élu.

 

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La rupture et le schisme

Comment dès lors expliquer le revirement des cardinaux et le schisme qui s’ensuivit ? Certains voient dans le schisme « l’occasion qui permit aux erreurs latentes de se produire, de s’étendre et de se perpétuer » 168. Nous avons relevé plus haut tout ce que cette position nous paraît avoir d’anachronique, de dogmatique et de peu soutenable. D’autres historiens ont incriminé les abus de l’Eglise et la volonté nette d’Urbain VI de les corriger, en commençant par les cardinaux, qui auraient ainsi été amenés par intérêt à réagir 169. Mais plusieurs papes annoncèrent de semblables intentions ou agirent dans ce sens, et d’ailleurs les cardinaux étaient les premiers à reconnaître la nécessité des réformes 170. Force nous est de relever cependant qu’Urbain VI avait jusqu’ici participé aux abus qu’il dénonçait si vivement et que, par la suite, il cherchera à user de sa charge pour procurer des domaines démesurés à sa famille, ce que l’on ne saurait reprocher à son rival. Urbain VI lui-même incrimine particulièrement Jean de la Grange, cardinal d’Amiens, et, derrière lui, le roi de France Charles V, et cette version est suivie par de nombreux /58/ historiens 171. Il faut remarquer cependant que le roi de France s’engage avec beaucoup de prudence, qu’il se borne initialement à prendre les cardinaux sous sa protection. N. Valois, qui démontre que Charles V ne peut avoir été l’initiateur de la révolte, son action étant toujours postérieure aux événements, conclut fort justement: « Supprimez Charles V: vous ne supprimerez ni les troubles de Rome, ni l’incertitude des droits d’Urbain, ni le mécontentement des cardinaux, ni le schisme par conséquent » 172. On invoque aussi comme cause du schisme le refus d’Urbain VI de regagner Avignon 173. Mais ce n’est point une raison suffisante et nous verrons Clément VII et les cardinaux se cramponner le plus longtemps possible à l’Italie, pourtant si décevante. Ils n’ont donc manifesté aucun empressement à regagner leurs palais avignonnais. Certains historiens enfin, à la suite de quelques témoins de l’époque, voient la cause essentielle du schisme dans l’humeur du pape à l’égard des cardinaux. Thierry de Nyem (ou Nieheim), ami et partisan d’Urbain VI, montre les maladresses du nouveau pape, qui culminent avec le sermon du 3 mai 1378 sur le texte du Bon Berger (Jean 11, 14), où Urbain VI dénonça les mœurs des cardinaux et des prélats, ce qu’ils souffrirent difficilement. Et le curial allemand de conclure: « Fuerunt enim increpaciones ille intempestive fomentum scismatis subsequentis » 174. En écho, nous pouvons citer l’opinion /59/ clémentine accusant l’ambition, la volonté et l’appétit immodéré de ce pape 175. Si la plupart des historiens également mettent en cause le caractère d’Urbain VI 176, M. Seidlmayer nous paraît le plus affirmatif, quand il conclut: « Man darf wohl mit Sicherheit sagen: ohne diese unglückliche Persönlichkeit wäre es nie zum vollendeten Bruch zwischen Papst und Kardinälen gekommen » 177. Le caractère du pape romain est-il seul en cause, on nous permettra d’en douter. D’autres pontifes furent durs ou maladroits, sans pour autant amener un schisme. Un Benoît XII n’enthousiasma point son Sacré-Collège par son austérité et ses rigueurs, tandis qu’un Jean XXII risqua l’assassinat, tant fut vive l’opposition d’une partie du clergé, pour ne prendre que des exemples chronologiquement proches. Dans le cas d’Urbain VI, deux éléments nous frappent: le parallélisme des réactions des deux collèges cardinalices qui entourèrent successivement l’élu de Rome et la conception que les cardinaux se firent de leur rôle. Le caractère d’Urbain VI est décrit tantôt en termes flatteurs 178, tantôt présenté sous des aspects sombres 179 et, en fait, il tient de l’un et de l’autre. /60/

Si, à Pâques 1378, il semble bien que les cardinaux ne songent pas à remettre en cause l’élection du 8 avril, très rapidement le Sacré-Collège va d’une part s’avouer qu’il a agi sous l’empire de la menace et de l’autre découvrir que le pontife n’a pas et de loin /61/ les qualités qu’il en attendait. Quelques faits nous permettront de jalonner l’évolution de leurs sentiments. Ils noteront tout d’abord son orgueil: il a crié sa joie à l’élection au lieu de s’humilier; est-ce par hasard qu’il garde sa tiare au sortir du /62/ Latran pour la procession qui le ramenait au Vatican 180 ? Le lundi de Pâques, à Vêpres, lui qui fut tout son épiscopat un évêque de curie, coupable d’absentéisme, le voilà qui traite les évêques présents de parjures, parce qu’ils résident en Cour de Rome 181. Dans un silence glacial, l’évêque de Pampelune, Martin de Zalba, lui répond qu’il n’est là que pour le service général de l’Eglise et qu’il est prêt à regagner son diocèse. L’impression fut grande. Quinze jours plus tard, le 3 mai, Urbain tient ce fameux consistoire public, où il choisit le thème du Bon Berger pour attaquer les cardinaux et leur train de vie 182. Il va chercher à limiter leurs dépenses de table à un seul plat, leur interdire de toucher des pensions, leur ordonner de réparer leurs titres cardinalices, les menaçant de poursuites contre la simonie, etc. 183. Non seulement /63/ il les attaque collectivement, mais il les rudoie nommément: il traite le cardinal Orsini de fou et autres injures 184, le cardinal Corsini et le camerlingue de voleurs 185, Robert de Genève de ribaud 186 et il le juge indigne d’une promotion 187. A Marmoutiers, il reproche ses relations avec le châtelain du château Saint-Ange 188. Surtout, il s’en prend violemment au cardinal d’Amiens qui deviendra un de ses adversaires les plus actifs. Il lui reproche vivement d’avoir trahi les intérêts de l’Eglise, insistant peut-être dans son irritation sur le terme de trahison; cette scène impressionne très vivement les contemporains qui sont nombreux à l’avoir relatée 189. Avec de tels procédés, Urbain /64/ pourra se lamenter de n’avoir plus à Pentecôte que sept cardinaux à sa cour190.

Si ces propos blessaient inutilement les plus proches collaborateurs du pape, l’attitude de celui-ci face aux autres princes européens s’avère peu à peu des plus fâcheuses. Nous ne sommes plus au temps de Grégoire VII et d’Innocent III et nous voyons le pape Urbain VI, mal obéi dans ses Etats, issu d’une famille sans influence, ni importance, adopter une attitude d’orgueil insoutenable. Il vexe des ambassades royales; recevant celle du roi de Castille, il feint de s’étonner de l’existence du conseil royal formé des barons et des grands : « Quod isti barones et proceres, quid faciebant in consilio ? » à quoi un des membres de l’ambassade rétorque: « Et quid faciunt cardinales in vestro consistorio ? » Les deux cardinaux d’Aragon et de Genève sont obligés, le lendemain, de réparer l’erreur et de réconforter l’envoyé Alvaro Martinez 191. Au même ambassadeur, accrédité auprès de Grégoire XI, et qui, sur le conseil du cardinal de Genève, vient faire sa révérence à son successeur au nom des souverains de Castille, alors même qu’Urbain n’est pas encore couronné, il adresse gratuitement cette menace : « Que les rois veillent à servir l’Eglise en actes et non en paroles seulement, autrement je les déposerai » 192. Alvaro Martinez, « tout stupéfait », lui fait observer qu’une telle remarque est peu de mise à l’égard d’un roi de Castille qui « était le rempart de la chrétienté ». D’autres fois, le pape se vante de déposer les rois et de disposer des trônes 193. /65/ Il tient des propos incohérents et jugés ineptes par l’ambassadeur de l’empereur Charles IV et traite d’une manière humiliante le prince Othon de Brunswick, époux de la reine de Naples, tout dévoué aux intérêts de l’Eglise 194. Il dédaigne même de faire la paix avec la Ligue florentine, paix qui aurait assuré sa situation, croyant déjà « voler sur l’aile du vent » 195. Nous ne pouvons que nous rallier aux reproches que lui adresse Gilles Sanchez Muñoz, qui fut son ami avant d’être un clémentin affirmé: « Vous menacez les rois et les princes et vous exaspérez les cardinaux 196 ». Rien d’étonnant qu’on songe à modérer ses fâcheux excès de parole et son hostilité envers le Sacré-Collège. Le cardinal Orsini demande au médecin Francesco da Siena d’intervenir en ce sens 197. Car le pape tient des propos jugés étranges, extravagants, témoignant d’une certaine confusion d’esprit 198. Othon de Brunswick, qui tint longtemps son parti, /66/ finit par avouer, découragé, qu’on aurait dû l’appeler Tourbin plutôt qu’Urbain 199. Il semble que le pape ait cherché à faire de l’esprit, parlant pour ne rien dire ou peut-être assez souvent pour se valoriser, ce que sa cour, choquée par certaines de ses attitudes et bon nombre de ses propos, ne comprendra pas toujours 200. Il ne peut s’empêcher de disserter sur son élection. Tantôt il va répétant que c’est le Saint-Esprit qui l’a désigné, tantôt que le Saint-Esprit a inspiré les émeutiers romains, tantôt que c’est l’ivresse qui l’a fait élire 201. Est-ce un timide à qui l’accès à la plus haute charge inspire une loquacité incohérente et immodérée ?

L’attitude d’Urbain VI à l’égard de la Curie est tout aussi maladroite, et c’est d’autant plus grave que, quatorze ans durant, il en a partagé la vie, les soucis, les routines et les préjugés. Un collecteur vient-il rendre des comptes et apporter le produit de sa recette ? La Cour de Rome stupéfaite voit le pape refuser cet argent, qui appartient à l’Eglise, et chasser le collecteur en citant le passage célèbre des Actes des Apôtres, où Pierre chasse Simon, /67/ qui avait offert aux apôtres de l’argent pour acquérir le pouvoir de transmettre le Saint-Esprit: « Sois damné toi et ton argent ! » (puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent) 202. A travers ce collecteur, s’acquittant de sa fonction, n’était-ce pas la Chambre apostolique tout entière qui pouvait s’estimer accusée de simonie, parce qu’elle gérait la fortune du Saint-Siège 203 ? Mentionnons encore au passage le fait que le nouvel élu retire au comte de Fondi l’administration de la Campanie 204, tout en refusant de lui rembourser une dette du Saint-Siège 205. Là encore, Urbain va à l’encontre d’un usage bien établi qui veut qu’un prince, qui ne peut payer une dette, accorde au moins le revenu d’une fonction ou d’une terre en dédommagement. D’ailleurs tout ce qui touche aux questions financières semble l’irriter très fortement. Il a raison en un sens; mais, ainsi que nous avons pu nous en rendre compte, à côté de la simonie condamnée unanimement, il semble bien qu’il existe en fait toute une simonie admise et quasi institutionnalisée, par exemple avec l’échange de bénéfices de valeurs inégales. Urbain VI, cherchant trop vite à tout corriger, mettait brutalement en cause toute la base matérielle de l’Eglise. Encore faut-il relever que, dur aux princes et grands de la chrétienté, Urbain n’est guère accueillant envers les simples clercs et compatriotes, ajoutant des propos vexants au rejet des requêtes 206.

Citons en dernier lieu deux incidents fort révélateurs, autant pour comprendre les réactions du Sacré-Collège que le caractère du pape.

Un jour Urbain VI reproche à un clerc de célébrer la messe avec une hostie trop petite, cette hostie étant au surplus du modèle utilisé à la Cour de Rome. Simon de Borsano, le cardinal /68/ milanais, indigné de la remarque, réplique au pape que la grandeur de l’hostie importait peu au corps du Christ. Le pape s’humilie et demande pardon au cardinal, mais celui-ci acquiert la conviction que Prignano n’était pas un vrai pape 207. On comprend donc mieux l’expression employée par le cardinal de Milan à l’adresse des clercs venant faire révérence à Urbain VI: « Vous allez idolâtrer » 208.

Une autre fois, Urbain VI, écoutant un dominicain prêcher contre la simonie, s’emporte et dit au prédicateur: « Ajoute aux peines prévues pour la simonie que j’excommunie désormais tous les simoniaques de quelque condition qu’ils soient, même les cardinaux. » Simon de Borsano lui fait alors observer le triple avertissement prévu par le droit canon, mais le pape réplique: « Je peux tout et je le veux » 209.

Ainsi donc, après avoir pris à partie, menacé ou inquiété les princes et les rois, les cardinaux, les prélats et la Cour de Rome, /69/ Urbain VI heurtait son entourage tant sur le plan théologique que juridique. Nous laisserons de côté l’accusation ultérieure de faux portée par son ancien secrétaire, le chevalier Stefano de Millarisis et reprise par le général des franciscains Angelo de Spolète 210. Songeant à l’impression que, dans les premiers jours de mai, la Cour de Rome devait retirer d’un mois de pontificat, nous comprenons mieux l’irritation grandissante que Prignano, consciemment ou inconsciemment, provoquait autour de lui 211. En fait le pape était tenu désormais pour un incapable 212 et un avertin. A la même époque, les cardinaux constatent qu’Urbain VI refuse de les écouter et gouverne seul 213, ce qui augmente leurs craintes pour l’Eglise. N’entendent-ils point /70/ Urbain VI railler le roi d’Aragon de prendre conseil de ses barons 214 ? Qu’en adviendra-t-il d’eux, qui se sentent traités de haut et insultés, à qui un jour le pape daigne offrir les reliefs de son repas: à l’un une cuisse de poulet, à l’autre une assiette de bouillon, à un troisième quelques crudités 215 ? Volonté du pape de faire des exemples, de ramener la table cardinalice à une austérité monacale, mais ce sont autant de gestes mal compris et taxés de « fatuitates » 216.

Dès le mois de mai, le Sacré-Collège va se pencher sur les conditions de l’élection du 8 avril et chercher des arguments 217. Dans ce même mois de mai 1378, on semble en Cour de Rome avoir passablement agité la question de l’élection d’Urbain VI et de savoir s’il était ou non vraiment pape 218. On n’a pas manqué de demander aux cardinaux pourquoi, s’ils jugeaient l’élection viciée par l’intervention de la foule romaine, ils n’avaient pas, au lieu de risquer un schisme, réélu Prignano, le danger passé. La réponse de l’un d’eux est révélatrice, quand il dit que la conduite de Prignano fut telle, qu’ils comprirent qu’ils ne devaient pas le réélire 219.

Profitant par ailleurs des chaleurs, les cardinaux vont /71/ chercher à quitter ce pape qui ne cesse de les morigéner et ne partage plus avec eux le gouvernement de l’Eglise. Ils se réfugient peu à peu à Anagni, où l’été précédent, Grégoire XI avait fui les rigueurs du climat romain et surtout parce qu’Onorato Caetani, seigneur de la région, garantit leur sécurité. Aigrefeuille et Malesset s’y rendent début mai, trois semaines environ après le temps de Pâques, qui fut celui de l’accord éphémère du pape et de son collège. Pierre de Sortenac, Jean de Cros et Hugues de Montalais y vont ensuite et vers le 15 juin, ce sera le tour de Bertrand Lagier; autour du 24 juin, arriveront enfin Robert de Genève et Pierre de Luna. A cette date, tous les cardinaux, à l’exception des quatre italiens, se trouvent réunis 220.

Hors d’atteinte des Romains, libres de parler, puisque le pape n’est pas avec eux, les cardinaux d’Anagni peuvent discuter sérieusement et sans réticences les événements que l’Eglise vient de vivre. Ils entrent en pourparlers avec les trois cardinaux italiens valides, qui ont suivi fin juin Urbain VI à Tivoli et que le pape leur envoie, redoutant maintenant la rupture 221. Achevé par l’étrange cérémonie dont il fut le héros malgré lui, le vieux cardinal Tibaldeschi ne compte plus. Son infirmité est telle qu’elle ne lui laisse pratiquement pas le choix. Qu’il n’ait pas suivi ses quinze collègues ne signifie probablement rien, car il est moribond à l’heure de la rupture définitive 222.

Le 20 juillet, les cardinaux d’Anagni invitent formellement leurs quatre collègues italiens à les rejoindre. La lettre dénonce la nullité de l’élection faite sous l’empire de la violence et les prie de venir compléter à Anagni le Sacré-Collège pour délibérer et pourvoir au salut de l’Eglise; elle ne préjuge d’aucune solution 223. Les cardinaux italiens se rendent alors le 26 juillet à Vicovaro pour négocier avec leurs collègues. /72/

D’une part le Sacré-Collège tentait de pousser Urbain VI à une abdication honorable et dans cette voie l’évêque de Pampelune lui est dépêché, comme aussi un prieur des chartreux 224.

D’un autre côté, pour éviter le schisme, certains cardinaux consentaient à la rigueur à conserver Urbain VI, à condition qu’il acceptât d’avoir un coadjuteur 225. L’une et l’autre des solutions proposées s’expliquent par le souci de retirer le gouvernement de l’Eglise des mains d’un pontife jugé désormais incapable de remplir sa tâche.

Ces démarches restant sans succès, le Sacré-Collège publie le 2 août une « déclaration » 226. Les trois cardinaux italiens ont encore le 5 août une entrevue à Palestrina avec trois de leurs collègues, représentant les cardinaux d’Anagni: Robert de Genève, Gui de Malesset et Pierre Flandrin 227. Les trois Italiens proposent au nom d’Urbain la réunion d’un concile qui trancherait la querelle. Mais la majorité du Sacré-Collège, qui voit dans ce cas bien plus qu’une querelle de clercs, refuse cette solution. Elle conservera cependant la faveur des cardinaux italiens, et finira par être la « voie conciliaire » choisie plus tard à Pise, puis à Constance. Il est possible aussi que l’on ait buté sur une difficulté d’ordre formel: un concile général ne peut être convoqué /73/ que par le pape. Laisser Urbain VI le convoquer, c’était en quelque sorte le considérer officiellement comme le pape légitime et c’est justement ce titre que les cardinaux lui refusaient désormais. Cette difficulté se retrouvera à Pise et à Constance plus tard.

En réponse à l’échec de leurs démarches, les cardinaux publient le 9 août une encyclique dénonçant l’intrusion et jetant l’anathème sur l’archevêque de Bari 228. Le thème de la messe qui précède la publication de cet acte: « De Spiritu Sancto », reprenait, comme en écho, celui de l’office qui avait précédé l’élection et la solennité de la forme marquait l’intention du collège de ne pas revenir en arrière.

Ensuite les cardinaux ultramontains se rendent à Fondi le 27 août, où leur protection est encore mieux assurée contre un coup de main de leurs adversaires. C’est là que, après avoir hésité entre les deux partis en essayant de faire prévaloir l’idée d’un concile, les trois cardinaux italiens viennent rejoindre leurs collègues, pour participer au conclave qui s’ouvre le 20 septembre 1378. Ont-ils espéré la tiare 229 ? Cette opinion a été soutenue, mais l’ambition personnelle n’était pas le seul motif de leur peu d’attachement à la cause d’Urbain VI. En fait, le cardinal milanais n’avait-il pas été un de ceux que l’attitude d’Urbain VI avait le plus choqués ? Quant à Orsini, il n’avait déjà pas voulu, par deux fois, voter pour Prignano le 8 avril. Le troisième Italien, le Florentin Corsini, ne devait guère avoir de bonnes dispositions pour celui qui hésitait si fort à faire la paix avec sa patrie. /74/

On peut trouver que le Sacré-Collège a brusquement précipité les choses. S’il convient de relever à ce sujet que certains cardinaux ont pensé très tôt à déclarer Prignano intrus, tout en hésitant par crainte de provoquer un schisme 230, il faut aussi remarquer que l’intention délibérée d’Urbain VI de doubler d’un coup le Sacré-Collège 231, qui fut affirmée en juin devant Robert de Genève et Pierre de Luna, joua certainement un rôle déterminant dans la hâte et le parti pris des cardinaux, et c’est encore bien là une des maladresses qui dénotent l’incapacité politique du pape d’avril. Ainsi, à la brusquerie avec laquelle Urbain VI crée d’un coup vingt-neuf cardinaux, précipitation telle que certains refuseront un chapeau accordé si hâtivement 232, correspond bien la rapidité avec laquelle le Sacré-Collège entre en conclave à Fondi le lundi 20 septembre 1378.

Le choix des cardinaux va se porter très rapidement sur Robert de Genève, élu au premier tour de scrutin par douze voix contre une et trois abstentions, celles des trois cardinaux italiens.

A l’heure des grandes rivalités nationales, Robert de Genève avait l’avantage de joindre à ses qualités politiques réelles le fait d’être issu d’une famille de grands vassaux du Saint-Empire, tout en étant un lointain parent du roi de France.

A peine l’élection est-elle connue, que la Cour de Rome rallie en bloc le nouveau pape et Urbain VI se retrouve quasi seul « comme l’oiseau sur sa branche » 233. Le pape de Rome, voyant les curiaux l’abandonner toujours plus, de jour en jour, pleure amèrement devant son entourage et récompense par de flatteuses nominations les rares curiaux qui lui restent fidèles 234. /75/

On a le plus souvent insinué que les sentiments nationalistes avaient joué un rôle déterminant dans l’apparition du schisme, mettant en cause principalement le roi de France, déçu de voir la papauté quitter Avignon. N. Valois a montré comment Charles V et son frère Louis d’Anjou n’avaient fait que suivre les cardinaux, en leur apportant un soutien qui ne fut réel qu’après la rupture 235. C’est d’ailleurs une fois le schisme consommé que les nationalismes vont surtout opérer et que chaque parti cherchera à en tirer profit pour accroître les limites de son obédience.

Pour notre compte, nous ne pouvons que relever combien le nationalisme italien manifesta sa vitalité dans toute cette affaire: n’est-ce pas le cardinal florentin Pierre Corsini qui, ayant voté pour Prignano, écrit « qu’il a travaillé pour l’honneur du nom italien » ? On peut le déplorer, mais nous devons le constater: la forte conscience que les hommes de ce temps commencent à avoir des grandes divisions politiques de l’Europe exerce une influence déterminante sur leur choix: l’Europe du XIVe siècle se donne des patries. Il était donc naturel que l’un et l’autre parti essayât de faire jouer en sa faveur de telles forces. Le premier, Urbain VI, joue des sentiments antifrançais de l’Italie et des Romains 236. Les urbanistes vont ensuite utiliser l’antagonisme anglo-français pour s’attirer les sympathies du roi d’Angleterre. (Il n’est pas étonnant dès lors de voir l’Ecosse choisir Clément VII). Un Perfetto de Malatesta va présenter toute la question au roi d’Aragon comme un choix entre Rome et la France 237, alors que c’est fausser délibérément tout le problème.

Car il faut bien insister: les nationalismes expliquent le plus souvent le choix fait par un pays entre les deux papes, mais ne sont point la cause qui provoqua la rupture entre l’élu du 8 avril et ses électeurs. Si l’appui du roi de France eut une telle /76/ importance ultérieure, c’est parce que ce pays est le centre géographique de la chrétienté occidentale, que c’est la monarchie occidentale la plus peuplée et la plus riche et que chaque fois que ce pays traverse une époque de puissance, la papauté doit tenir compte de l’avis de ses princes. Observant que la France de Charles V est puissante et bien gouvernée, il n’y a rien d’étonnant à relever que son appui aux cardinaux et à Clément VII ait été déterminant. De même nous pouvons remarquer que les incertitudes du règne de Charles VI ne seront pas sans exercer une certaine influence sur le développement ultérieur du Grand Schisme et sur l’effritement de la cause avignonnaise au début du XVe siècle.

Il serait cependant erroné de ne considérer que le facteur nationaliste. Bien d’autres éléments politiques vont intervenir, que mettront en lumière des études particulières. Les grands Etats de l’époque ne sont pas unanimes: par exemple N. Valois a bien fait ressortir les variations de l’Université de Paris à l’égard des pontifes rivaux 238. Dans le territoire compris entre le Léman et le Bodan, nous allons voir les deux papes se disputer le terrain. Le duc Léopold d’Autriche va opter pour Clément VII et la noblesse du Plateau va suivre ce prince dans son choix, alors que les villes et les cantons vont plutôt prendre parti pour Urbain VI. Clément VII n’a cependant rien fait pour s’aliéner les villes suisses. Ce sont les Confédérés qui furent tentés de choisir leur pape en fonction de leurs problèmes politiques. Nous verrons d’ailleurs ce choix se retrouver à l’intérieur même des villes comme Bâle, Soleure ou Zurich. A Bâle, que se disputent partisans et adversaires de l’Autriche 239, le chapitre est divisé; un Werner Schaler, un Conrad Münch de Landskron soutiennent Clément 240, tandis que la bourgeoisie bâloise et ses chanoines choisissent le parti d’Urbain. A la mort de Jean de Vienne, la /77/ bourgeoisie appuiera l’urbaniste Imier de Ramstein qui fut un temps partisan de Clément 241.

A Soleure, le chapitre de la collégiale, formé en majorité de nobles plus ou moins dévoués aux Kibourg-Berthoud et à l’Autriche, trouve dans cette querelle d’obédience l’occasion d’alimenter ses démêlés avec la commune. La Mordnacht du 10 au 11 novembre 1382 et l’exécution du chanoine Inlasser montrent bien à quel degré l’exaspération des passions montera, sans que les mérites respectifs des pontifes puissent être mis en cause 242. Ainsi, nous verrons les évêchés de Bâle, Constance et Coire connaître dans leurs limites le drame des deux obédiences, et le choix de telle ville ou de telle seigneurie sera bien plus dicté par les oppositions locales que par des considérations théologiques 243.

La ville de Fribourg se tourne vers le pape d’Avignon et lui adresse ses suppliques le 10 février 1380 244. Mais Fribourg est une ville autrichienne à cette époque.

L’évêché valaisan vivra avec fièvre cette période où la présence, sur le siège de saint Théodule, d’un prince de Savoie-Achaïe vaudra à Clément VII l’hostilité finale des Haut-Valaisans et de la famille de Rarogne 245. Mais la lettre de Clément aux habitants d’Uri témoigne-t-elle vraiment d’une adhésion uranaise à la cause d’Avignon 246 ?

Ainsi partout, qu’il s’agisse de monarchies importantes ou de libres cités, voire de communautés alpestres, nous voyons le schisme nourrir les antagonismes politiques, qui y puisent un /78/ supplément d’arguments, sans pour autant que nous puissions accuser ces oppositions politiques d’avoir été à l’origine de la rupture.

On peut même se demander si l’Occident n’allait pas hésiter entre l’unité catholique et le principe d’Eglises nationales autocéphales, qui triomphera dans les Eglises issues de la Réforme, comme dans l’Eglise grecque 247. Paradoxalement, le schisme a peut-être servi pour un siècle la cause de l’unité catholique en déviant sur une question de personnes des tendances à la division qui auraient pu aussi bien s’exprimer différemment. A Constance en 1415, les nations lutteront d’influence, mais ne mettront pas en cause l’unité du magistère. En définitive, la grande querelle des deux papes prendra un peu les aspects d’un procès de deux clercs se disputant le même bénéfice. La nature du bénéfice n’étant point discutée, le litige porte désormais sur la validité de la collation.

Quelle raison majeure faut-il alors assigner au schisme ? Longtemps, en vertu de la règle: malheur à celui par qui le scandale advient, l’histoire a désigné les cardinaux comme les fauteurs du schisme. Tout au plus leur accorde-t-on plus ou moins nettement les circonstances atténuantes. Très critique à leur endroit à la fin du XIXe siècle, l’histoire tempère peu à peu son jugement et déjà N. Valois va jusqu’à leur accorder dans une certaine mesure le bénéfice d’une amnistie générale 248. Surprenant, ce vocabulaire juridique marque bien à quel point les historiens du début du siècle se sentent directement concernés par ce vieux débat et combien il est difficile d’échapper aux tentations d’en faire un procès. Juger les motifs des cardinaux trop bas pour avoir été clairement exprimés, comme le pense Hefele 249, nous paraît insoutenable face à cette réalité: à l’exception d’un Tibaldeschi moribond, Urbain VI rencontra l’opposition de la totalité du Sacré-Collège, suivi en cela par la Cour de Rome dans sa très grande majorité. Repeuplant sa Curie de fond en comble, avec /79/ des prélats opposés aux premiers cardinaux, il provoque par sa conduite une opposition identique aussi bien de son deuxième Sacré-Collège que de sa seconde Curie. Estimer que seul le caractère malheureux du pape est en cause 250, c’est ne point aller jusqu’au cœur du débat, soit jusqu’à la notion de capacité du pontife romain et renoncer à tenir suffisamment compte de l’idée que se faisait le XIVe siècle des rôles réciproques du pape et des cardinaux. Penser comme L. Salembier que les erreurs latentes n’attendaient qu’un scandale pour se manifester 251, n’est-ce pas étaler un manichéisme simpliste, négligeant superbement l’évolution des institutions ? Que penser enfin de la conclusion du chapitre de l’Histoire de l’Eglise qui se retranche derrière l’avis, combien passionné ! de Catherine de Sienne 252 ? Quant à N. Valois, si attentif à toutes les sources, si désespérant d’érudition précise et fouillée, nous avouons que ses conclusions nous déçoivent. Il pense que les cardinaux ont agi sous l’impulsion du ressentiment, du dépit, de l’égoïsme et de la tentation dans un « état de doute ou, si l’on veut, d’étourdissement moral » où « leur jugement devait vaciller comme la flamme exposée aux vents: de là l’incohérence de leurs paroles et de leurs actes ». Et pourtant le grand historien français nuance à l’extrême sa critique, et en cela il se distance des historiens germaniques; ressentiment, dépit et égoïsme sont les moindres, les plus excusables, les plus inconscients. Et N. Valois de conclure que l’opposition des cardinaux à Urbain « n’a pas tardé à s’appuyer sur une conviction raisonnée, et probablement sincère » 253. C’est bien l’impression que nous avons ressentie à lire, par-delà les siècles, les justifications et les témoignages des acteurs de ce drame, à quelque camp qu’ils appartiennent d’ailleurs. Et c’est ce qui nous a incité à accepter la plus grande partie de ces dires, quoique avec réserve /80/ et non sans en nuancer la signification véritable. N’est-il pas frappant, le parallélisme de l’attitude des deux Sacrés-Collèges que Barthélemy Prignano eut autour de lui: celui qui eut la malencontreuse idée de le choisir le 8 avril 1378 et celui qui fut intégralement peuplé de ses propres créatures ?

En 1385, tout comme en 1378, les cardinaux d’Urbain sont décontenancés par les violences et les erreurs politiques de leur pape. Ils craignent son orgueil face au roi Charles de Naples et son manque du sens des réalités. De même, ils lui reprochent d’agir seul, sans leur avis. Ils hésitent alors entre proclamer sa déchéance ou lui imposer un coadjuteur 254. Rendu prudent par ses malheurs précédents, Urbain VI va prendre les devants et la dispute entre le pontife et son propre Sacré-Collège s’achèvera par la tragédie de Gênes et le massacre odieux des cardinaux les plus compromis 255.

Nous avons aussi cherché à tenir compte du fonctionnement du Saint-Siège à cette époque pour tenter une très modeste synthèse de ces événements, peut-être un peu rapide, au demeurant /81/ utile, si l’on veut comprendre la situation créée par le schisme, situation insolite qui impressionnait les clercs et les prélats des documents que nous avons analysés et dont ils devaient tenir compte à chaque instant de leur action.

Bien loin donc d’être l’expression d’un égoïsme de possédants aveugles et bornés, agissant d’une façon incohérente, l’action des cardinaux m’apparaît relativement cohérente, explicable et complexe. Le Sacré-Collège de 1378 se sent responsable avec le pape, conjointement, du gouvernement de l’Eglise. Il n’est pas le conseil docile et attentif d’un monarque absolu. Il se sent aussi responsable en mai-juin 1378 d’avoir porté au pontificat un incapable et un insensé. N’est-il pas naturel de voir les cardinaux s’inquiéter de ce choix et chercher à le rectifier, d’abord à l’amiable, ensuite avec fermeté ? Les troubles survenus à l’élection en laissaient entrevoir la possibilité à ces juristes expérimentés, mais qui ne savent pas prévoir sérieusement qu’il en résulterait un schisme. La sécurité du droit leur a masqué une certaine perspective historique. Au surplus, le principe de monarchie élective de la papauté, malgré le charisme réel qui éloigne le magistère pontifical de bien des comparaisons, pouvait laisser envisager la déposition d’un chef qui s’avérerait incapable et qui n’avait point qualité d’héritier naturel à faire valoir, pour affirmer son droit unique et se maintenir sur le trône. N’est-il pas significatif que les princes allemands aient à la même époque déposé l’empereur Venceslas de Luxembourg, qu’ils avaient élu et couronné, en le remplaçant par Robert de Bavière, sans davantage s’embarrasser de l’onction du sacre ? Que des intérêts matériels se soient mêlés à ces dépositions, le fait est indéniable, mais point nouveau. Quel que fût le pontife élu, des questions de ce genre auraient amené des tensions et il nous a semblé qu’il ne faut point négliger d’aller au-delà de ces questions pour examiner d’autres éléments 256. Y sommes-nous parvenus ? Peut-être. Il nous a semblé utile d’en faire un des objets de notre thèse. /82/

 

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Les embarras d’un choix:
le schisme entre le Bodan et le Léman

Dès la fin de 1378, les pays et les clercs se trouvèrent donc placés devant une situation entièrement nouvelle dans l’Eglise: ils avaient à choisir entre les deux champions de la papauté: « contendentes de papatu » (comme les désigne Thierry de Nyem). Dans les grandes monarchies, comme nous le verrons plus loin, ce choix fut dicté par un prince, soit qu’il inclinât d’emblée à suivre le Sacré-Collège, comme les princes français ou le duc de Savoie, soit qu’il refusât purement et simplement la volte-face des cardinaux, tel l’empereur Charles IV, soit qu’il fît procéder à une étude approfondie avant de se déterminer, comme le roi de Castille et l’enquête de Médina del Campo. Bon gré mal gré, les clercs ratifièrent le choix princier 257. D’autres régions en voie de christianisation et très éloignées du Saint-Siège comme la Scandinavie, les pays baltes ou les confins hongrois et polonais ne semblent pas avoir intensément réagi. Tout autre fut la situation de pays politiquement morcelés, déchirés entre l’influence française, favorable à Clément VII, et celle du Saint-Empire, en majorité fidèle à Urbain VI. Flandres, vallée du Rhin, Italie, Plateau suisse, autant de régions disputées entre les deux obédiences. Le choix du pontife semble y avoir été souvent dicté par des rivalités ou des antagonismes régionaux, dont une bonne partie nous échappe à six siècles de distance.

Quelques exemples pris dans les évêchés helvétiques montreront la complexité des choix et l’embarras du chercheur qui s’aventure à les expliquer, embarras d’ailleurs qui ne reflète que /84/ trop celui des contemporains du drame, car partout, même dans les régions les plus sûrement acquises à une obédience, nous trouvons des clercs qui tiennent ouvertement ou secrètement le parti de l’autre pontife, incités par des raisons qui vont de l’idéal fiévreux à l’intérêt mal déguisé.

Les évêchés de Genève et de Lausanne vont suivre fidèlement le parti clémentin. Clément VII n’est-il pas un prince de ce pays ? Tout au plus peut-on noter que vers 1390, Boniface IX, successeur d’Urbain, va nommer évêque de Lausanne Jean Münch de Landskron, d’une famille de la noblesse bâloise, un temps favorable à Clément VII, qui sera soutenu en 1397 par Berne contre Guillaume de Menthonay, mais Jean Münch n’a jamais été qu’un antiévêque 258. Notons, à ce propos, que Berne, qui lors de la guerre de Sempach avait dévasté le prieuré de Rüggisberg et le village d’Alterswil dépendant de ce prieuré, fait amende honorable auprès du pape d’Avignon et ce pontife exige réparation 259. Pendant la première partie du schisme, sous Urbain VI, je n’ai point trouvé trace d’une quelconque tentative d’opposer un évêque urbaniste à Gui de Prangins. Celui-ci, d’ailleurs, /85/ conserve une certaine indépendance et n’hésite pas à pourvoir à certains bénéfices sans s’inquiéter des collations pontificales 260.

A la suite de l’exécution de Johannes Inlasser, chanoine de Saint-Ours, compromis dans le complot autrichien de 1382, l’avoyer et les conseils de Soleure vont exiger l’absolution des justiciers excommuniés et la reprise des offices, dans la ville soumise à l’interdit, pour ce que la Cour de Rome considère comme un assassinat. Les Soleurois menacent, en cas de refus, de recourir à Urbain VI et de remplacer le clergé clémentin par des urbanistes 261. Cet exemple montre assez à quel chantage pouvaient se livrer les communautés ou les princes, même ceux d’importance mineure, en jouant des deux obédiences. Ils acquéraient de ce fait une assez grande indépendance à l’égard de la papauté, comme nous le verrons aussi à propos du choix des titulaires des évêchés bâlois ou valaisan, lors des vacances de ces sièges.

Nous pouvons confirmer aussi les hésitations des familles nobles du Plateau, hésitations qui ne sont probablement que le reflet de leurs incertitudes politiques, face au choix à faire entre l’Autriche et les cantons, témoin l’attitude des Bubenberg 262.

Il nous a paru utile de développer un peu le sort de l’évêché de Bâle, très proche de celui de Lausanne, appartenant à la même province et dont les principaux dignitaires paraissent dans nos actes.

De plus, les avatars de l’évêché bâlois, pris dans les remous consécutifs à la fin de l’époque féodale, permettent une utile comparaison avec les vicissitudes des évêques de Sion que nous verrons plus loin.

Mais nous nous bornerons à résumer très simplement la situation des sièges voisins de Constance et de Coire dont les rapports étaient beaucoup moins étroits avec nos diocèses. /86/

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A Bâle, la situation fut délicate. Partisans et adversaires de l’Autriche se disputaient la ville. Le duc Léopold III, dont la famille possédait depuis très longtemps les terres voisines, le Sundgau, le Brisgau et l’Argovie, cherchait naturellement à faire de la cité rhénane une ville habsbourgeoise, dont la position économique et stratégique eût renforcé singulièrement ses possessions occidentales. A la même époque d’ailleurs, l’Autriche visait à s’assurer le contrôle d’autres cités suisses; elle réussissait à conserver pour un temps Fribourg, mais échouait à Soleure, où la Mordnacht de 1382, déjà citée, mit une fin dramatique à ses manœuvres et valut à la famille Roth la reconnaissance durable de la ville de l’Aar, marquée par l’octroi de l’habit mi-parti rouge et blanc, qui lui fut remis, jusqu’au XXe siècle. Les villes et les communautés pour leur part maintenaient donc jalousement leur indépendance ou luttaient pour se libérer de l’emprise seigneuriale, et le choix fait par les gens de Sempach en 1385 de l’alliance lucernoise, comme aussi la politique menée par Weggis ou Gersau, montre assez dans quelle perspective les habitants du Plateau agissaient, cherchant, à défaut d’une autonomie complète, à entrer comme sujets ou protégés dans l’alliance des cantons confédérés.

A Bâle, la noblesse dispose, cependant, à la fin du XIVe siècle, d’une influence encore considérable et les jeux sont loin d’être faits.

En 1375, Léopold III a obtenu en nantissement le Petit-Bâle, à l’extrémité du seul pont fixe construit entre Constance et Strasbourg 263 et le 21 janvier 1376, il obtenait de l’empereur Charles IV l’avouérie impériale sur le Grand-Bâle 264. La même année, à l’issue d’un tournoi qui s’achève par une tragique émeute, où quelques nobles partisans de l’Autriche perdent la vie, il obtient une éclatante réparation, humiliante pour la bourgeoisie. Liant son sort à celui du duc, la noblesse bâloise, les Schaler, /87/ les Münch, les Ramstein, soutiennent fermement le pape d’Avignon, jusqu’au jour où la mort de Léopold III à Sempach va tout remettre en question. Aussi la bourgeoisie va-t-elle se réclamer du pape de Rome et le conflit politique prend aussitôt un aspect schismatique, qui divise d’autant plus le chapitre, le clergé et les habitants. En 1378, l’évêque de Bâle était le Bourguignon Jean de Vienne 265 dont un cousin homonyme était le célèbre amiral de France. Il semble avoir assez mal géré son évêché, provoquant l’hostilité du chapitre bâlois, qui l’accuse d’avoir vendu la mitre épiscopale, engagé une croix précieuse auprès de prêteurs juifs et vendu ou aliéné une foule de châteaux et de droits 266. Plus prince temporel qu’homme d’Eglise, en butte à l’hostilité d’un chapitre, qui rageait d’avoir été privé de son droit d’élection, et d’une ville, dont il cherchait à contenir le mouvement d’émancipation, il passera son temps à leur faire la guerre 267, n’hésitant pas pour cela à recourir au duc d’Autriche Léopold, avec lequel il s’allie de plus en plus fortement 268. /88/ En 1367, il est en guerre avec Berne 269. Il semble, en fait, avoir maladroitement cherché à restaurer ses droits épiscopaux, qui souffraient de l’érosion du pouvoir seigneurial, et avoir été gêné financièrement du fait des conflits qu’il soutint pour cela 270. Jean de Vienne commence naturellement par reconnaître Urbain VI 271, puis il adhère à Clément VII, suivi de la majorité de son clergé. Les suppliques et les bulles concernant les Bâlois abondent à cette époque 272. Nous comptons parmi les partisans du pape d’Avignon l’archidiacre Werner Schaler, le prévôt Conrad Münch 273, les doyens Walther de Klingen, Jean de Kibourg, l’official Franz Boll, le chantre Jean Münch de Landskron, l’écolâtre Imier de Ramstein, le trésorier Eberhard de Kibourg et l’immense majorité du chapitre, etc.

Urbain VI conservait cependant quelques fougueux partisans: les chanoines Lüthold von Irflikon 274, Johannes von Hirzbach 275, Heinrich Velmini 276, Heinrich von Brunn (de Fonte) 277 et surtout le trésorier Rodolphe Fröwler (Vroewelarii), dont le comte Eberhard III de Kibourg demande la place le 19 juillet 1380 278. Ce champion d’Urbain VI avait pourtant été compromis avec son neveu Jean Fröwler dans l’affaire du carnaval tragique de /89/ 1376 et banni de la ville. Il semblerait qu’on devrait les retrouver du côté clémentin, épiscopal et habsbourgeois. Eh bien non, et cela prouve une fois de plus combien les jeux étaient embrouillés aux confins des deux obédiences 279.

Urbain VI intervient au moins une fois (en 1379 ?) dans les affaires bâloises pour annuler la vente du château et du bourg d’Olten, faite par l’évêque au comte Rodolphe de Neuchâtel-Nidau contre l’avis du chapitre 280.

Jean de Vienne meurt le 7 octobre 1382 281. K. Schönenberger suppose que le chapitre a cherché, en prévision de difficultés, à réserver son choix en désignant aux côtés de l’évêque moribond un vicaire, en la personne du chanoine Henri de Massevaux 281 bis, mais les textes sont peu clairs. Ce qui est sûr, c’est que trois compétiteurs sont ensuite pourvus de l’évêché. Une partie du chapitre élit l’archidiacre Werner Schaler, qui a probablement quatre voix, dont la sienne, tandis que la majorité porte son choix sur l’écolâtre Imier de Ramstein. Chacun d’eux est agréé du conseil de Bâle et s’empare de ce qu’il peut des biens et des droits de l’Eglise de Bâle 282. Urbain VI pour sa part avait déjà un candidat, un certain Wolfhart von Erenfels, un noble carinthien, chapelain /90/ de l’empereur Venceslas, peut-être déjà désigné du vivant de Jean de Vienne, considéré à Rome comme un schismatique 283, mais qui ne sera jamais reconnu.

Werner Schaler est confirmé le 21 novembre 1382 par Clément VII, mais fera rapidement figure d’antiévêque 284. En mars 1384, on le voit à Rheinfelden, réfugié sur les terres du duc d’Autriche 285. Le pape confie ensuite, le 19 juillet 1384, le soin de rétablir la paix entre les deux prétendants au cardinal Guillaume d’Aigrefeuille 286. Début février 1385, Werner Schaler fixe une journée avec les Bâlois au Petit-Bâle pour, semble-t-il, essayer de se faire reconnaître 287. Cette entrevue est un échec et Léopold d’Autriche parvient à faire remettre le soin de trancher la dispute aux trois baillis autrichiens d’Alsace, du Brisgau et d’Argovie. Le 7 juillet, ils obtiennent que les deux prétendants se désistent de la juridiction ecclésiastique sur les terres autrichiennes 288. Pratiquement, Werner était abandonné, mais les clémentins ne seraient pas poursuivis. Imier restait en possession des droits et biens épiscopaux qu’il avait et la paix était rétablie /91/ entre Werner et lui. Schaler cependant ne s’avoue pas encore vaincu. Le 6 août 1385, Clément VII écrit à l’archevêque de Besançon, à l’évêque de Lausanne, au prévôt de Rheinau (Bas-Rhin) et à l’official de Constance de prendre toutes mesures utiles pour mettre Werner Schaler en possession de l’évêché 289. Je n’ai pas trouvé trace d’un traité tendant à accorder Istein à l’évêque vaincu, en compensation du diocèse qui lui échappait. Werner Schaler était en possession d’Istein depuis 1376; de plus, il n’est pas entièrement abandonné par Léopold III, puisque les Bâlois se plaignent qu’il ait sévi en 1386 contre des bourgeois de Bâle 290. Son pouvoir épiscopal devait se limiter aux terres du duc d’Autriche, mais il y avait là de quoi l’inciter à se cramponner. Après la bataille de Sempach, cependant, il va être complètement abandonné. Le 12 octobre 1387, en effet, Albert d’Autriche recommande aux baillis habsbourgeois de prêter assistance à l’évêque Imier et déclare que le clergé résidant sur les terres ducales est justiciable de cet évêque 291. En fait, les provisions de canonicats faites aux clémentins sont toutes antérieures à la mort de Jean de Vienne, ce qui marque bien le changement d’obédience 292.

Imier de Ramstein l’avait donc emporté, avec l’appui de la majorité du chapitre et des Bâlois. Fort imbu de sa noblesse baronniale 293, il était le fils du baron Rudolf ou Rütschmann de Ramstein et d’Ita de Weissenbourg. Avant d’être banni, son oncle avait été bourgmestre de Bâle en 1372. Il est mentionné /92/ pour la première fois comme chanoine bâlois le 5 septembre 1376 dans un acte où il est créancier de l’évêque 294. Avec la majorité du chapitre, il se rallie à Clément VII qui lui accorde le 23 février 1380 la dignité d’écolâtre de Bâle 295. Puis il devient vers 1380 prévôt de Saint-Ursanne 296. Peut-être paraît-il au chapitre, en 1382, sous un jour plus favorable, d’un caractère plus doux et personnellement plus riche, d’une famille plus puissante aussi, que son compétiteur, qui ressemblait davantage au bouillant évêque défunt. Il faut noter cependant que seuls les appuis donnés à Werner Schaler par Clément VII et le duc Léopold III amènent sa soustraction d’obédience. Quel que fût le choix du pape d’Avignon, il est clair que l’autre élu du chapitre allait changer d’obédience, et je ne suis pas sûr que les convictions avignonnaises du chapitre et du clergé aient été aussi nettes que le prétend K. Schönenberger 297. Plus préoccupés de politique locale et de leurs problèmes, les clercs bâlois étaient plus indifférents qu’on ne le pense à la personnalité des deux papes, au demeurant inconnus et fort lointains d’eux. Face à Schaler, Imier se présente d’abord comme « nommé par le chapitre » dans trois confirmations de franchises 298 données au château de Delémont le 9 décembre 1382. Le texte dit clairement qu’Imier n’est que l’élu du chapitre et c’est le chapitre qui appose en premier son sceau. Pour assurer à son élection la confirmation pontificale, Imier à cette époque s’était aussi adressé à Clément VII, mais celui-ci, mal conseillé, semble-t-il, par Léopold d’Autriche, auquel il ne peut rien refuser, avait déjà choisi Werner Schaler. Imier, déçu, se tourne vers le pontife romain. Urbain VI, malgré le fait /93/ qu’il avait naguère confié cet évêché à Wolfhart von Erenfels, va sauter sur l’occasion qui lui est donnée d’arracher un évêché important à l’obédience de son adversaire. En mars 1383, il lui adresse les bulles solennelles d’usage, plus une bulle commettant à l’abbé de Paris le soin de recevoir l’abjuration d’Imier et de le relever de l’excommunication, encourue pour son adhésion première au pape d’Avignon 299. En mars 1383, l’évêque Imier doit lutter contre Werner Schaler et cherche à se procurer des appuis et des troupes 300. Peu à peu, cependant, les ralliements se multiplient. La majorité du chapitre s’était détachée de Clément VII pour suivre le parti d’Urbain VI et de l’évêque qu’ils avaient élus 301. Le pape de Rome relève alors de l’interdit la ville et le diocèse 302. L’accord paraît complet entre la bourgeoisie et l’évêque, qui promet d’y résider toute sa vie ou de ne pas résigner sa charge sans l’avis du conseil, le 29 mars 1384 303. Cette démarche n’était pas tant dictée, comme on pourrait le croire, par la lutte contre Schaler, mais répondait indirectement à une lettre du roi des Romains Venceslas mettant en demeure les Bâlois de reconnaître Wolfhart von Erenfels (24 janvier 1384). Il allait d’ailleurs user de menaces plus graves le 31 mars 1384, parlant de leur retirer leurs libertés's’ils n’acceptaient pas l’évêque Wolfhart 304. Cette démarche était d’autant plus insolite que Venceslas avait /94/ commencé par prendre Imier sous sa protection et qu’il avait cherché à lui ménager l’appui des villes impériales et même du duc d’Autriche, qui était son obligé comme avoué impérial en Souabe 305. La démarche impériale tardive en faveur de Wolfhart von Erenfels était un faux pas de plus d’un souverain sur le compte duquel l’Allemagne ne se faisait plus aucune illusion. Comprenant l’inanité de ses menaces, le roi des Romains revient sur sa décision et finit par reconnaître définitivement Imier en lui conférant les droits régaliens 306, non sans obtenir en indemnité une pension annuelle de 300 florins d’or pour Wolfhart von Erenfels 307. A cette époque, comme nous l’avons vu, Clément VII cherche un compromis entre Schaler et Imier et amorce une manœuvre visant finalement à la reconnaissance d’Imier 308. Le 13 mars 1386, Imier réconcilié avec les Hasbourg leur cède tous ses droits, seigneuries, juridictions et dépendances in spiritualibus et temporalibus pour sept ans, contre une rente annuelle de 200 florins 309. Ses difficultés financières sont telles qu’il brade l’évêché: ainsi contre 11 000 francs or, il engage au comte de Montbéliard Porrentruy, ville et château, et 19 villages alentour, le 5 juillet suivant 310. Si la mort de Léopold III d’Autriche à /95/ Sempach lui vaut d’être reconnu sur tout le territoire du diocèse, cette même bataille délivre tout autant les Bâlois du dernier seigneur qui pouvait les inquiéter. Bâle achève de se libérer le 1er août 1386, en se faisant attribuer par Venceslas l’avouerie impériale sur la ville, vacante par le décès de Léopold III 311. Le Grand Schisme consommait ainsi la ruine du pouvoir épiscopal, tandis que la faiblesse impériale permettait d’achever l’émancipation communale. En automne 1386, la ville, mettant la main sur le Petit-Bâle, achevait par cette possession stratégique d’assurer son indépendance 312. A fin janvier 1386, Urbain VI avait envoyé un collecteur dans le diocèse 313. Pourtant le diocèse n’était pas complètement urbaniste. Les dominicains, les Frères mineurs et les augustins, dominés par la personnalité de Johannes Hiltalinger, restent clémentins et un prédicateur urbaniste, le fougueux Johannes Malkaw, qui déchaînait les passions sur son passage, venu à Bâle pour les convertir et les dénoncer, finira par se faire arrêter en 1390 et échappera à grand-peine à l’Inquisition. L’adhésion urbaniste d’Imier ne sera jamais remise en question; et ce prélat finira par obtenir plein appui d’Albert III d’Autriche, qui ordonne aux baillis autrichiens de le protéger, le 12 octobre 1387 314. Mais le prélat bâlois n’est pas pour autant en meilleure /96/ situation. L’évêché est complètement obéré 315. Las de cette situation, Imier résigne son évêché 316 et, le 10 juin 1391, il transmet ses pouvoirs à l’évêque de Strasbourg, Frédéric von Blankenheim 317, laissant le souvenir d’un homme simple et incapable 318.

Pressenti par Imier de Ramstein et, semble-t-il, sur la suggestion de chanoines appartenant aux deux chapitres de Bâle et Strasbourg 319, Ferry ou Frédéric de Blankenheim devait probablement dans l’idée des Bâlois exercer de loin une suppléance peu onéreuse. Il appartenait à une famille de barons rhénans de l’électorat de Cologne, qui devaient accéder en 1405 à la dignité comtale. Lointain cousin du roi de France, certains chroniqueurs nous le montrent érudit et sage. A vrai dire, il fut querelleur et /97/ prodigue, comme tant de princes-évêques du XIVe siècle 320. Boniface IX le confirme comme administrateur le 13 octobre 1391 321. Ce prélat opportuniste et avide ne voyait certes pas un service dans cette commende qui lui tombait brusquement du ciel, mais l’occasion de tirer quelque revenu supplémentaire et, qui sait, d’accroître ses chances de parvenir à une des églises métropolitaines électorales, qui aurait fait de lui l’un des principaux princes allemands. Le chapitre, probablement d’autant plus divisé que la situation financière était mauvaise, voyait dans ce prélat lointain l’occasion de garder les rênes de l’évêché, et singulièrement la faction des Kibourg et d’Henri de Massevaux. La situation ne s’améliore guère et la débâcle financière s’accroît 322. Un coup de théâtre vient mettre une fin subite à cet épiscopat discutable: Frédéric, qui a réussi à se faire attribuer le riche évêché d’Utrecht par Boniface IX 323, s’enfuit dans la nuit du 20 au 21 juillet 1393 de Strasbourg 324.

Le chapitre unanime élit, le 19 août 1393, le prévôt Conrad Münch de Landskron, qui prête aussitôt serment 325. Le nouvel /98/ évêque appartenait à une famille de la noblesse bâloise qui dominait alors le chapitre: deux de ses frères, Rodolphe, le doyen de Bâle, et Johann, le chantre, étaient dignitaires du chapitre; trois autres Münch, parents éloignés, étaient chanoines.

Boniface, cependant, avait saisi l’occasion de cette vacance pour attribuer le siège épiscopal de Bâle à un de ses prélats in partibus, Guillaume de Cordenberghe, qui ne parvenait pas à s’imposer à Tournay 326. Il faut noter à ce propos que cette nomination ne va pas pour autant pousser le chapitre bâlois à un rapprochement avec Avignon; le clémentisme est bien mort, mais sans pour autant que l’adhésion à Rome soit passionnée. Loin de là. Cette adhésion est très proche de l’indifférence. Le chapitre fait dresser acte authentique du serment du nouvel élu. Du pape romain, on n’attend plus qu’une bénédiction qu’il ne saurait refuser. Le chapitre cependant est trop accaparé par une aristocratie déclinante pour jouir d’un appui populaire et politique suffisant et pour que la désignation de l’évêque échappe pratiquement au pape avec la sanction de la ville. Faute de cet appui politique et par le fait aussi des difficultés financières, cette indépendance accrue du chapitre ne durera guère au-delà du Concile de Constance. D’ailleurs, les chanoines désiraient-ils /99/ vraiment rester maîtres du choix de l’évêque ? Car si l’évêché est pauvre, les chanoines disposent de ressources importantes et, faute de mieux, ils s’accommodent fort bien d’une situation qui laisse intacts leurs avantages matériels. L’évêque Conrad n’a-t-il pas un différend au sujet de dettes avec l’ancien évêque Imier de Ramstein ? pour lequel, détail piquant, ils demandent l’arbitrage d’un dignitaire clémentin, le doyen de Saint-Dié 327.

Après avoir accru lui aussi le nombre de biens mis en gage, Conrad se retire devant les difficultés en août 1395, et redevient prévôt de Bâle. L’égoïsme des chanoines et des dignitaires ne permet pas un redressement financier. Il ne restait plus qu’une chose à vendre: la dignité d’évêque. Le chapitre va trouver un acquéreur en la personne du comte Thibaud VI de Neufchâtel, en Bourgogne. Ce prince avait profité des embarras de l’évêque pour accroître sa puissance et ses domaines 328. Il voit en 1395 l’occasion de caser l’un de ses fils, Humbert, tout en parachevant sa main-mise sur le Jura. Le chapitre et le comte tombent d’accord sur les points suivants: Thibaud requerra auprès du pape la confirmation pour son fils « demandé pour évêque de Bâle »; il entretiendra le jeune prélat pendant quatre ans et toutes les recettes épiscopales iront à l’extinction des dettes; si le pape refuse la reconnaissance, il rendra au chapitre toutes les places fortes 329. Thibaud administrera l’évêché de 1395 à 1399, au nom de son fils qui sera reconnu le 5 février et pourvu le /100/ 14 juin 1399, non sans que le pape ait exigé une pension annuelle de 150 florins pour Guillaume de Cordenberghe 330.

Tel fut le sort du diocèse de Bâle sous le pontificat de Clément VII. Les troubles apportés par le schisme, les manœuvres du chapitre et la gestion lamentable des évêques auront eu du moins pour résultat l’indépendance de la commune bâloise.

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Nous allons découvrir au siège épiscopal de Constance 331 une situation qui n’est pas sans rappeler celle de l’évêché de Bâle. L’évêque de Constance, depuis le 15 mai 1357, est Henri de Brandis, issu d’une vieille famille baronniale de l’Emmental et dont l’épiscopat ne fut pas exempt de critiques. Lui aussi se trouve en opposition avec sa ville épiscopale, toute bouillonnante alors d’une activité que son effacement ultérieur (qui semble prendre fin cependant) minimise sérieusement à nos yeux. Henri de Brandis, attaché à la cause autrichienne, embrasse peu à peu le parti d’Avignon 332, tandis que sa ville se déclarait pour Urbain VI, et il ne peut y résider 333. Tous les territoires de ce grand diocèse, où la double pression de l’évêque et du duc d’Autriche peut s’exercer, se tournent vers Avignon: ainsi Fribourg-en-Brisgau et les abbayes de la Forêt-Noire, Schaffhouse, Aarau et l’Argovie, /101/ les abbayes de Beromünster, Schönenwerd, Zofingue, Winterthour, la Thurgovie. Mais Zurich, Lucerne, Saint-Gall ou Einsiedeln, bref ! les Confédérés et ceux qui tenaient leur parti, se rangent alors du côté d’Urbain 334. Au décès de l’évêque Henri, survenu à Klingnau le 22 novembre 1383, après un épiscopat de 28 ans jugé catastrophique par les contemporains, c’est son neveu, l’abbé du puissant monastère nullius de Reichenau, Mangold de Brandis, que le chapitre élit le 27 janvier 1384 et que Clément VII confirme le 24 octobre suivant 335. De son côté, le pape de Rome désigne à la succession d’Henri de Brandis un chanoine de Magdebourg /102/ et de Breslau, Nicolas de Riesenbourg 336, aussitôt soutenu par les bourgeois de Constance. Mangold, cependant, constitue vicaires généraux le clémentin Jean de Randegg et l’urbaniste Nicolas Schnell et désigne comme official le chanoine Hartmann /103/ (Hermann) de Bubenberg, fils de l’avoyer bernois Jean de Bubenberg le Jeune. Ulm, la principale des villes de la ligue souabe, fidèle à Urbain VI, le reconnaît et lui accorde sa combourgeoisie (7 mai 1384), de même que Constance. Mangold tarde cependant à venir y prendre possession du siège épiscopal et, brusquement, Constance se déclare pour Nicolas de Riesenbourg, le 14 juin 1384, et, en juillet, chasse de ses murs les clémentins. Mangold, apparenté à la noblesse suisse, a l’appui de Léopold III de Habsbourg et des comtes Albert IV de Werdenberg et Frédéric VII de Toggenbourg. Mais il va rapidement se trouver pris dans la lutte entre les communes et les puissances féodales en déclin. Le 21 février 1385, Berne, Zurich, Zoug, Soleure, les villes de Souabe (y compris Bâle, admise en 1384, Constance et même Appenzell, etc.) et celles du Rhin, de Strasbourg à Mayence, signent pour neuf ans une alliance dirigée contre l’Autriche 337. Peu après, Léopold III se brouille avec l’empereur Venceslas, qui retire au duc l’avouerie de la Souabe et requiert les villes impériales de poursuivre les clémentins, cherchant par là principalement à atteindre le duc d’Autriche. Dans ces circonstances, en butte à l’hostilité des villes, abandonné par la majorité de ses chanoines, Mangold sent son domaine se rétrécir. Alors qu’au début de son épiscopat il était reconnu dans la plus grande partie du diocèse, il n’était plus guère obéi maintenant que sur les terres du duc de Habsbourg et de ses alliés. Il avait contre lui les villes de Souabe, les cantons et les seigneurs adversaires de Léopold III (qui pour faire pièce au prince autrichien soutenaient l’évêque urbaniste); une partie de son clergé et de ses sujets /104/ faisaient donc défection 338. Alors qu’il se préparait activement à entrer en campagne pour reconquérir les positions perdues, il meurt subitement à sa résidence de Kaiserstuhl en montant à cheval, le 19 novembre 1385 339. Ce décès allait entraîner encore d’autres défections pour le parti clémentin, tandis qu’il suffit qu’une élection amène au pouvoir à Lucerne un avoyer démocrate 340, pour que les Lucernois engagent à Rotenbourg les hostilités avec l’Autriche qui aboutiront à la catastrophe habsbourgeoise de Sempach. Cette défaite entraîne un tournant décisif pour le diocèse de Constance, comme pour celui de Bâle. Plusieurs des principaux champions de la cause avignonnaise avaient perdu la vie: Léopold III duc d’Autriche, le plus puissant, mais aussi son capitaine, le prévôt de Strasbourg Jean d’Ochsenstein, le comte Walram IV de Tierstein et son frère, le chanoine bâlois Jean de Tierstein, Jean de Randegg, chanoine de Constance, etc.

La défaite de Näfels, où d’autres partisans d’Avignon tomberont, dont Henri de Randegg, frère du chanoine Jean, Jean de Klingenberg, bailli du Hegau, parent probablement de l’évêque clémentin de Castoria coadjuteur de celui de Constance, et tant d’autres seigneurs habsbourgeois, aggrave le désastre. On oublie habituellement, en célébrant ces victoires suisses, l’influence qu’elles exercèrent sur le Grand Schisme d’Occident et, /105/ à travers la sèche évaluation numérique des chevaliers tués, on évoque rarement les personnalités, dont la disparition pesa si lourdement sur la suite des événements politiques ou religieux.

Après Sempach, Albert III de Habsbourg s’empare de la tutelle de ses trois neveux et donne presque l’impression d’avoir, sur le plan des affaires religieuses, pris une revanche sur son frère, dont il jalousait les talents et les domaines. Il annonce que son premier acte serait de ramener les terres habsbourgeoises à l’obédience romaine (14 février 1387) et envoie une ambassade à Rome pour demander l’absolution pour son frère. Ses neveux cependant tempéreront de leur mieux son zèle et Léopold IV finira, en 1397, par promulguer un édit de tolérance pour ramener la paix religieuse dans ses Etats. Albert III lui-même en vient à accepter au moins très partiellement le fait du schisme, puisqu’il protège les couvents, schismatiques à ses yeux, de Beromünster et de Muri et qu’il nomme chapelain l’abbé clémentin de Saint-Blaise en Forêt-Noire.

Désemparés par la mort de Léopold III, d’autres partisans de Clément VII passent au parti adverse. Les chanoines de Constance Rodolphe Tettikover et Jean de Steinegg se réconcilient avec l’évêque Nicolas et deviennent bourgeois de Constance (21 août et 8 novembre 1386). Nicolas de Riesenbourg triomphait, mais il ne sait pas se faire apprécier. Sa position devient intenable, car il dissipe les derniers biens de l’évêché. Au printemps de 1387, ce prélat dépensier et qui devait se sentir quelque peu en exil sur les bords du Rhin, louche vers un riche évêché de son pays devenu vacant, celui d’Olmütz, et intrigue pour l’obtenir. Il se rend même en Italie à cette fin. Urbain VI le lui accorde et, tout heureux, Nicolas de Riesenbourg, le 4 mai 1387, résigne Constance et se met en route pour Olmütz. Enchanté de ce départ, le chapitre élit, sans plus tarder, pour lui succéder, le prévôt Bourcard de Hewen. C’était compter sans la réserve pontificale, puisque Constance avait été résignée en Cour de Rome, et sans l’empereur Venceslas, qui demandait à la même époque Olmütz, pour le prince Jean Sobieslaw de Luxembourg, frère des margraves Josse et Procope de Moravie. Urbain VI, qui ne peut le désobliger, confirme le choix impérial et, pour que Nicolas ne se trouve pas sans évêché, refuse l’élection de Bourcard de Hewen et tente de /106/ revenir sur la résignation. Nicolas, tout penaud, revient à Constance pour récupérer son siège épiscopal. Il entre en pourparlers avec Bourcard et les deux prélats tombent finalement d’accord pour laisser à Bourcard l’administration de l’évêché et à Nicolas la prévôté de Constance accompagnée d’une grosse pension viagère, qui va amoindrir encore sensiblement les ressources épiscopales 341. Mais Bourcard devra attendre plus d’un an la ratification d’Urbain VI qui lui permet, le 14 août 1388, de confirmer les franchises de Constance et, le 19 août, de prendre possession de la cathédrale avec la pompe habituelle.

Ni batailleur et violent comme Mangold, ni dilapidateur et aussi ouvertement avide que Nicolas, Bourcard de Hewen est issu du même milieu qu’eux et, comme eux, il voit surtout dans l’épiscopat la seigneurie ecclésiastique. Mais il est probablement plus accommodant, et c’est la raison de sa popularité et les motifs de son élection. Il a accepté de bonne grâce la limitation de ses droits et de sa juridiction et ne s’est pas fait prier pour confirmer les franchises de sa cité épiscopale. Ses succès politiques sont /107/ minces. Il sait conserver l’évêché, mais non point triompher du schisme. On le voit peu enclin à agir énergiquement contre les clémentins du diocèse, dont son frère, le prévôt de Beromünster, est un des piliers. Il ne peut remédier à la ruine financière de l’évêché, qu’il aggrave par de fâcheuses aliénations (Klingnau, Gottlieben). La ruine de l’évêché de Constance fait ainsi le pendant de celle du siège de Bâle. Bien des éléments sont identiques: situation confuse en limite d’obédience, caractère et nature des prélats, milieu dont sont issus les chanoines, ascension des bourgeoisies et déclin seigneurial, aboutissement du mouvement communal. C’est dans le détail de cette évolution, bien plus que dans les combats héroïques, que se précise cette formation de la Suisse des cantons. Plus que les foudres romaines et les censures ecclésiastiques, plus que les menaces d’un empereur fantasque, c’est la ligue des villes souabes qui finit par imposer son choix au diocèse, ce sont les bourgeois de Constance qui, en refusant aux clémentins leur combourgeoisie et en les chassant de leurs murs (et de leurs sources de revenu), obligent les chanoines /108/ à suivre le prélat urbaniste, pour lequel ils se sont prononcés. Du fait qu’il était influent auprès des princes, Clément VII ne trouve pas grâce auprès des communes. Un monde l’en sépare et tragiquement il ne sait pas leur parler. Pour les communes suisses et les villes de Souabe, il ne sera que le « Widderbabest », auquel on décide souverainement de ne point adhérer, d’autant qu’il est le pape du duc d’Autriche 342. Cette distance réelle, comme aussi l’insuffisance et probablement le caractère très unilatéral des informations parvenant en Avignon, expliquent que Clément VII n’ait pas su mettre à profit le faux départ de Nicolas de Riesenbourg et les atermoiements d’un Urbain VI envers Bourcard de Hewen en 1387. Instruit par l’exemple de Mangold, Bourcard, déçu de Rome, ne cherche pas une confirmation de son élection auprès du pape d’Avignon, qui pourtant attend seize mois avant de repourvoir le siège de Constance. En effet, pour remplacer Mangold et restaurer son parti dans ces vastes régions d’Allemagne méridionale et de Suisse, Clément VII va faire appel à l’un de ses chapelains, chambriers et ardents partisans, l’archidiacre de Cambrai, maître Henri Bayler, qu’il pourvoit du siège de Constance le 22 mars 1387 343. Henri /109/ Bayler était chanoine de Constance et originaire de ce diocèse. Il tente d’entrer en possession de son évêché, mais il se voit contraint d’y renoncer, malgré les appuis sérieux qu’il peut trouver en Argovie et à Fribourg-en-Brisgau notamment, qui reste un /110/ milieu clémentin actif 344. Parmi les chanoines clémentins du chapitre de Constance, Jean de Randegg, l’archidiacre de Thurgovie, est mort à Sempach; Rodolphe Tettikover, le prévôt, s’est rapproché de Nicolas de Riesenbourg; il reste encore Jean de Landenberg, l’official Hartmann de Bubenberg, Heinrich Truchsess; le sous-collecteur Jean d’Altstetten ou Kalchofen vit probablement en Avignon; il y possède une maison, où il meurt en décembre 1390.

Rebuté par les difficultés, Henri Bayler se fait transférer à l’évêché de Valence et Die le 15 juin 1388, tout en conservant /111/ l’administration de l’évêché de Constance 345; mais il habite Avignon. Deux ans plus tard, il est transféré une nouvelle fois et devient évêque d’Alet, le 27 mai 1390 346, tout en séjournant à la Cour pontificale, où le retiennent l’essentiel de ses fonctions. D’ailleurs le pape lui donne une maison, celle précisément de Jean d’Altstetten qui vient de décéder. C’est donc de bien loin qu’il essaie de maintenir vivace une obédience au pape d’Avignon qui a fortement décliné. Car le parti clémentin subsiste malgré tout, comme en témoigne le nombre de clercs du diocèse qui sont nommés dans les registres avignonnais et que E. Göller a patiemment relevés dans son répertoire. Il énumère une vingtaine de chanoines de la cathédrale avec ou sans prébendes, plus de quarante monastères et près d’une centaine d’églises et de chapelles, dont le titulaire ou le postulant s’adressent au pape d’Avignon 347, surtout dans la première moitié du pontificat. Il est néanmoins certain que, dès la mort de Léopold III, le parti de Clément VII s’effrite redoutablement, sans que ce déclin soit aussi prononcé qu’à Bâle. /112/

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A Coire 348, si l’évêque Jean II von Ehingen (monté sur le trône épiscopal le 2 avril 1376) reste fidèle à Urbain VI, le chapitre penche au contraire vers Clément VII 349. Quand l’évêque Jean II meurt, le 30 juin 1388, Clément VII lui donne pour successeur, le 24 octobre suivant, Hartmann de Werdenberg-Vaduz, sans rencontrer beaucoup d’opposition. L’évêque Hartmann était issu de la famille des comtes de Werdenberg, la plus puissante famille féodale de la haute vallée du Rhin 350. Les couvents grisons suivent le même parti et l’on ne /113/ s’étonne pas trop de voir un chanoine soleurois rechercher la cure engadinoise de Zuoz 351.

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Au moment où le schisme éclate, le Valais est encore secoué par les luttes et les troubles consécutifs au meurtre de l’évêque Guichard Tavelli, précipité le 8 août 1375 d’une fenêtre du château de la Soie, par ordre d’Antoine de la Tour-Châtillon. La vallée et ses accès, ainsi que l’évêché, sont disputés âprement par le comte de Savoie aux communiers du Haut-Valais, qui cherchent à sauvegarder leurs pouvoirs et leurs droits face à l’emprise croissante des Savoyards. A ce jeu politique déjà complexe, se superposaient les efforts des familles féodales, qui sentaient la situation peu à peu leur échapper et cherchaient à sauver leur domination contre les communautés paysannes des dizains, de plus en plus fortes. Ces luttes, s’entrecroisant dans la vallée, maintenaient un climat de violence, dont l’ensemble /114/ de la population finissait par souffrir très fortement. Les passages des documents contemporains mentionnant la détresse financière de l’évêché et la ruine du pays ne nous paraissent nullement exagérés.

Le pape Grégoire XI avait donné pour successeur à l’évêque assassiné un prince savoyard, cousin au second degré du comte Amédée VI, Edouard de Savoie-Achaïe, qui fit son entrée à Sion le 6 janvier 1376 352. Le nouvel évêque, qui semble avoir été un homme assez faible et influençable, inaugura son épiscopat par une grave erreur politique. En achetant au comte de Savoie, le 9 juillet 1376, pour 46 000 florins, la majeure partie des biens d’Antoine de la Tour, l’assassin de son prédécesseur, il fit le jeu du Comte Vert et se mit dans des difficultés financières inextricables 353.

Edouard de Savoie avait dû son élection à l’appui de la noblesse opposée aux Haut-Valaisans, ainsi qu’au soutien du Comte Vert. Par reconnaissance il ne sut pas s’opposer à cet achat, dont le principal bénéficiaire était Amédée VI, qui gardait ainsi pour 4000 florins tous les biens des nobles de la Tour en Bas-Valais, depuis la Morge de Conthey. De plus, il ne restait réellement du domaine acquis si cher le 9 juillet 1376, que le château de Châtillon qui résistait encore. L’évêque ne s’exagérait-il pas l’importance stratégique de cette place 354 ? /115/ Les Haut-Valaisans, vainqueurs à Saint-Léonard, avaient occupé tout le reste et assujetti le Lœtschental. Le prix accepté par Edouard de Savoie pour ces droits était donc hautement discutable. Il est difficile de préciser dans quelle mesure le chapitre approuvait cette politique, mais l’official Henri de Blanches de Villate est le seul chanoine présent à la Majorie à Sion, lorsque l’évêque donne procuration pour traiter cette vente 355.

Les difficultés créées aux dignitaires du diocèse par les Haut-Valaisans n’avaient pas cessé et Grégoire XI désigne, le 7 janvier 1378, des conservateurs chargés de protéger les biens du chapitre de Sion 356. L’évêque multiplie les mesures d’apaisement 357, mais les rentrées de fonds ne doivent guère s’améliorer, car en 1378 Edouard de Savoie n’a pu payer que le quart de ce qu’il devait au Comte Vert. Dans l’été, il envoie à Rome Jacques Mochonis, de Belley, chargé de solliciter des secours d’Urbain VI et des cardinaux 358. Mais ni ce secours, ni la taille extraordinaire 359, levée pour faire face à cette dette, ne permettent à l’évêque de satisfaire à ses engagements.

Dès le début du schisme, le diocèse de Sion se range dans l’obédience de Clément VII, ce qu’atteste par exemple le rôle de suppliques présenté par Edouard de Savoie le 27 novembre 1378 360. Comme il ne parvenait pas à payer ni son service commun, ni les quatre services subséquents, il est excommunié, ainsi que le sous-collecteur Henri de Blanches, par le collecteur /116/ de Lyon, Guillaume du Lac 361. Au début de 1379, l’évêque doit encore 34 200 florins au comte Amédée VI et supplie le pape de lui venir en aide. Clément VII accepte, le 28 mars 1379, de secourir le prélat si embarrassé, en payant cette dette directement au comte de Savoie, sur les revenus pontificaux de la dîme, prélevée sur les terres de ce comte 362. L’évêque entretient à l’époque de bons rapports avec ses ouailles. Un de ses futurs adversaires, le chanoine Henri de Blanches, l’assiste comme official, sous-collecteur et juge général du Valais 363; son frère, Albert de Blanches, reçoit la jouissance viagère d’une tour épiscopale à Valère 364 et les habitants de Sion lui font un don gratuit important pour l’aider à payer les biens des frères de la Tour 365. L’évêque remet le chapitre en possession de certains biens et droits le 1er août 1381 366 et le chapitre confirme des concessions épiscopales le 1er mars 1384 367. Un acte du 17 mai 1383 nous montre Henri de Blanches agissant comme sous-collecteur de Clément VII et faisant percevoir le nouveau subside imposé par Guillaume de Vermont au nom de ce pape 368.

Examiné d’après les seuls documents d’archives publiés par l’abbé Gremaud, le soulèvement des Haut-Valaisans et du chapitre paraît subit, vrai coup de foudre dans un ciel plutôt serein, même s’il s’inscrit dans le cadre de la longue lutte des dizains contre la puissance savoyarde.

En fait, les difficultés financières n’avaient pas cessé pour Edouard de Savoie, qui n’avait point payé ses dettes envers la Chambre apostolique et que le collecteur de Lyonnaise, Guillaume du Lac, avait une nouvelle fois excommunié ainsi que le sous-collecteur Henri de Blanches. Le 14 mai 1382, le pape les relève tous deux de l’excommunication, tout en exigeant le paiement /117/ des annates et autres dettes 369. Le 8 avril 1385, Clément VII est encore obligé d’assigner une somme de 4000 florins par an pendant 3 ans, à verser au comte de Savoie, pour éteindre cette dette 370.

A cette date, en outre, le pape d’Avignon pouvait-il compter tous les Valaisans dans son obédience ? Certains actes des archives pontificales sont révélateurs à ce sujet. Le 7 janvier 1380, Clément VII prive le puissant official valaisan et sous-collecteur Henri de Blanches de son canonicat sédunois et de sa cure de Vissoie, pour les accorder à un clerc savoyard, Rodolphe Covet 371. Par la personnalité du chanoine déchu, certainement appuyé par d’autres chanoines, dont son frère Albert de Blanches, cette mesure révèle l’adhésion urbaniste d’une partie importante du clergé. De plus, elle s’avère inefficace 372. Loin d’être l’homme de confiance de l’évêque de Sion 373, Henri de Blanches nous apparaît comme un des champions du parti anti-savoyard et le véritable meneur du chapitre, conduisant probablement son double jeu entre l’évêque qu’il assiste et inspire parfois, et les Haut-Valaisans, ou peut-être cherchant à influencer les décisions épiscopales en qualité de porte-parole de ce que nous appellerions aujourd’hui un groupe de pression.

Les positions sont cependant loin d’être tranchées et nous voyons les bourgeois de Loèche présenter au pape d’Avignon, les 24 et 26 août 1381, un rôle de suppliques, une demande de réconciliation de leur église, polluée par une effusion de sang, et même une demande de dispense matrimoniale 374. Nous pouvons trouver /118/ ces hésitations, quant au parti à prendre, jusque dans les rangs des chanoines, où nous voyons le chantre Guillaume Guyon, cité avec les chanoines rebelles en 1384, conserver pourtant sa chantrerie et sa prébende, alors que les frères de Blanches sont privés de leurs bénéfices 375. Devant ces témoignages, nous ne pouvons que rester prudent, quand il s’agit de préciser les positions et les choix valaisans.

La tension cependant montait entre les Haut-Valaisans et leur évêque. Le 1er juin 1384, Clément VII envoie un nonce, afin de ménager la paix, et le recommande aux Sédunois 376. C’est à cette époque qu’il faut situer l’expédition haut-valaisanne qui chasse l’évêque et le parti savoyard et les refoule jusqu’au Chablais, provoquant une nouvelle chevauchée savoyarde.

Fin août, le comte de Savoie et l’évêque signaient à Sion la paix avec les Haut-Valaisans des Sept Dizains 377. Au cours des hostilités, Edouard de Savoie avait remplacé Henri de Blanches comme vicaire général par un chanoine de Saint-Maurice, Jean de Balmo 378; mais, au traité de paix d’août 1384, il doit reconnaître de nouveau ce titre à Henri de Blanches. La paix n’était cependant pas complète car, peu après, le clerc haut-valaisan Georges Matricularii se plaint au pape de ne pouvoir rejoindre la cure d’Ernen, qui vient de lui être conférée (17 septembre 1384) 379.

L’évêque s’est réconcilié avec les Haut-Valaisans et réside à Sion. Il confie bien la châtellenie de Naters à Rodolphe de Rarogne, mais il s’appuie plus que jamais sur la Savoie, dont le capitaine et bailli pour le Bas-Valais, Rodolphe de Gruyère, est en même temps bailli épiscopal du Valais 380. /119/

Son second séjour à Sion va cependant peu durer; car, le 21 février 1386, Edouard de Savoie devient archevêque de Tarentaise et gagne bientôt un diocèse qui lui réservera moins de déboires 381. Clément VII confirme, le 18 avril 1386, le traité de paix entre le comte de Savoie, l’évêque sortant et ses sujets Haut-Valaisans 382, puis désigne, le 27 avril, pour succéder à Edouard de Savoie, l’abbé de Saint-Claude, Guillaume de la Baulme Saint-Amour 383. Cet évêque n’a probablement pas résidé dans son évêché et nous savons par ailleurs qu’il a continué à toucher les revenus de l’abbaye de Saint-Claude, où il décède probablement avant la fin de l’année 384.

Le chapitre de Sion se hâte d’élire, le 6 janvier 1387, Robert Chambrier 385, chanoine de Sion dès 1362, ancien official de Genève et le chanoine le plus en vue de cette cathédrale, qui était de plus le vicaire général de l’évêque Jean de Murol. /120/ Ce choix n’était pas mauvais; car Robert Chambrier n’avait-il pas été élu évêque de Genève par le chapitre genevois une dizaine d’années auparavant, sans que Grégoire XI ne ratifie cette élection 386 ?

Le 9 octobre 1387, par le traité de Salquenen, conclu entre le comte de Savoie et la commune de Loèche, Amédée VII s’engageait à faire son possible pour obtenir du pape la désignation d’Humbert de Billens comme évêque de Sion 387. Il nous paraît évident que ce prélat, doyen de Neuchâtel et prévôt in partibus de Bâle, était tout dévoué à la cause savoyarde; et l’absence de toute référence au chapitre dans cette clause du traité n’est-elle pas fort significative ? Le 2 décembre 1387, Clément VII accédait au désir exprimé à Salquenen 388.

Humbert de Billens ne sera pas reconnu partout. Il semble en effet qu’une partie du chapitre, la majorité peut-être des chanoines résidents, se retire dans le Haut-Valais. Pendant quelque temps, ils continuent à voir dans Edouard de Savoie leur évêque légitime, ignorant ou refusant le transfert de ce prélat 389, tandis que les hostilités ont repris avec la Savoie.

A l’approche de la Noël de 1388, les Haut-Valaisans remportent à Viège une éclatante victoire sur les troupes savoyardes. Cette victoire assure l’indépendance des dizains supérieurs, sans toutefois leur permettre de chasser les Savoyards du Valais. Humbert de Billens continue de résider à Sion, ayant à ses côtés une bonne partie des chanoines, protégé par Rodolphe de Gruyère, bailli du Valais.

C’est après le 17 décembre 1388, et même probablement entre la bataille de Viège et le 24 janvier 1389, qu’il faut placer la soustraction d’obédience des dizains supérieurs. Ils étaient sans /121/ doute encouragés par les trois défaites successives du parti des grands féodaux clémentins à Sempach, Näfels et Viège, car l’effet de cette libération des communes du Plateau suisse, qui paraissait irréversible à la fin du XIVe siècle, dut se faire également sentir en Valais, préparant le terrain aux traités d’alliance de 1403. Urbain VI saute sur l’occasion et ratifie le choix de l’official et chanoine Henri de Blanches comme évêque de Sion. Le 24 janvier 1389, il lui donne pouvoir d’absoudre tous les schismatiques du diocèse, adhérents de Clément VII 390. Le pape de Rome était peu au courant de la situation, car le 5 février suivant il écrit à l’évêque Henri d’absoudre Edouard de Savoie qui avait été touché par la grâce et de lui faire prêter un long serment de fidélité, dont la formule est jointe dans la lettre 391. Le chapitre de Sion prive alors Henri de Blanches de son canonicat et de sa prébende, pour les accorder au Savoyard Jean de Vernet 392, neveu homonyme du maréchal de Savoie.

Il est difficile de préciser la frontière des deux obédiences. L’abbé Gremaud ne cite aucun acte émané de l’épiscopat urbaniste d’Henri de Blanches. Si la cure de Saint-Léonard est aux mains d’un schismatique 393, le prieuré de Saint-Pierre-de-Clages paraît assez sûrement acquis à l’obédience avignonnaise, pour que le cardinal de Brogny le revendique et soutienne un procès pour l’obtenir 394. A la Cour d’Avignon, toutefois, on n’est pas /122/ toujours au clair sur la situation réelle. Après avoir privé de ses bénéfices le chanoine schismatique Albert de Blanches 395, Clément VII lui fait assigner un délai de trois mois pour reprendre sa place au chapitre 396. Tandis que les Haut-Valaisans recherchent la sympathie des communautés suisses 397, la situation d’Humbert de Billens se dégrade brusquement. Alors que le Haut-Valais est aux mains de Guillaume de Rarogne, dont nous parlerons plus loin, Humbert avoue à Clément VII que la majorité de ses ouailles lui refusent l’obéissance et qu’il vit des subsides de ses amis. Clément VII lui assigne, le 3 juillet 1392, une réserve sur les bénéfices vacants jusqu’à concurrence d’un revenu de 500 florins 398 et la même grâce bénéficiale sur des bénéfices situés au diocèse de Lausanne, avec préférence sur tous les autres candidats 399. D’autres prélats ou clercs valaisans, partisans de Clément VII, sollicitent d’ailleurs des biens dans d’autres diocèses 400. La guerre a repris et les chanoines de Sion obtiennent du pape avignonnais l’incorporation de la cure de Bex aux biens du chapitre 401. Humbert de Billens s’est réfugié au château de Gruyères 402. Manifestement lâché par la Savoie 403, Humbert de /123/ Billens ne s’est jamais résigné et six ans plus tard il revendique encore cet évêché 404. Il doit jouir d’une partie de la mense épiscopale, celle qui était située sur les terres du comte de Savoie, en Bas-Valais, mais c’était la part des revenus de beaucoup la plus faible 405.

L’année 1393 voit le triomphe de Guillaume de Rarogne, chanoine de Sion et curé de Viège, fils de ce Pierre de Rarogne, sire d’Anniviers, qui avait su acquérir l’hégémonie en Valais, tant grâce à l’étendue de ses domaines dans la partie centrale de la vallée, que par une politique habile qui le mit à la tête des Haut-Valaisans, lors de la révolte de 1384. Pourtant les Rarogne commencèrent par être des partisans de Clément VII 406. Il est vrai qu’ils sont alors en bons termes avec le comte de Savoie 407.

En 1384, c’est en qualité d’adversaires d’Edouard de Savoie et du comte que nous retrouvons Pierre et Guillaume de Rarogne 408. La puissante famille valaisanne se réconcilie avec la maison de Savoie pour un temps, car autrement je ne m’expliquerais pas qu’il soit question de lui pour l’épiscopat en 1387, après le décès de Guillaume de la Baulme et cela dans les milieux /124/ savoyards 409. Nous avons vu qu’Humbert de Billens lui fut préféré, peut-être, en vérité, à la demande de quelques Valaisans 410.

Cet échec dut rejeter Guillaume de Rarogne dans les rangs des adversaires de l’évêque Humbert.

Le 19 septembre 1391, il paraît encore comme simple particulier dans une vente passée à Brigue 411. Le 25 novembre 1391, il est cité comme élu de Sion; il a succédé à Henri de Blanches, à qui Boniface IX demande de l’absoudre et de recevoir de lui un long serment d’allégeance à l’obédience romaine 412. L’évêque urbaniste réside alors à Loèche et son pouvoir s’étend jusqu’à la Lienne 413. Le 29 octobre 1392, Boniface IX lui accorde de choisir le prélat qui doit le consacrer 414. Le traité de Sion, cependant, conclu le 24 novembre 1392 entre les Valaisans et la comtesse de Savoie, ne le reconnaît pas, mais nous avons déjà dit que la Savoie abandonnait pratiquement Humbert de Billens, dès le moment où le reste du traité évitait soigneusement de préciser à quel évêque les forteresses reçues en gage par les Savoyards devaient être restituées. Il s’agissait pour les contemporains certainement de Guillaume de Rarogne 403 bis. /125/

Tandis qu’Henri de Blanches retrouvait canonicat et prébende, c’est à un autre official que Guillaume fait appel: Ardizon de Brusatis 415. Le parti urbaniste triomphe à Sion 416, tandis que les clémentins se lamentent d’être privés de leurs revenus 417.

Le pape avignonnais conservera toutefois le Bas-Valais en dessous de la Morge de Conthey, avec l’abbaye de Saint-Maurice et la prévôté du Grand-Saint-Bernard.

*  *  *

En fin de compte, le parti qui l’avait emporté est celui des communautés valaisannes, qui vont s’allier plus fermement avec les cantons suisses 418 dès l’avènement du neveu homonyme de Guillaume de Rarogne, à qui l’évêque confie en 1392 sa cure de Viège, avant de lui laisser dix ans plus tard le trône épiscopal. Comme à Bâle, où les bourgeois profitent du schisme pour se libérer de la tutelle de l’évêque, si le parti de Rome l’emporte à la fin, ce n’est pas que la position romaine y soit prédominante, car tant Guillaume de Rarogne qu’Imier de Ramstein ont commencé par être clémentins. Leur volte-face s’explique par le refus de Clément VII de leur confier le diocèse. Le pape d’Avignon, qui triomphe au début grâce à l’appui des princes, n’arrive pas à se dégager de leurs intérêts ou ne songe peut-être pas le moins du monde à s’en distancer suffisamment le jour où les communautés l’emportent sur les grands seigneurs féodaux. Les dix-huit mois qui s’écoulent entre juillet 1386 et décembre 1388 marquent bien un tournant. Confondue avec le parti des grands princes médiévaux, l’obédience avignonnaise perd du terrain. /126/

Mais ce n’est pas réellement au profit du pape de Rome, car, pour les communautés du Plateau suisse, le fait de jouer du parti adverse contre le pape d’Avignon ne grandit guère le pouvoir pontifical. Boniface IX, après Urbain VI et avec plus d’habileté que lui, est trop heureux de confirmer le candidat des communes triomphantes, quitte à désavouer sans autre le prélat que Rome a d’abord pourvu. En fin de compte, le vrai vainqueur est le pouvoir politique et, sur les terres helvétiques, les principales villes et les communautés rurales, unies désormais en une confédération solide.

 

/127/

Le pontificat de Clément VII

Acceptant son élection, Robert de Genève, qui n’avait que trente-six ans 419, choisit le prénom de Clément 420 et la devise figurant sur sa rota sera « Oculi mei semper ad Dominum » 421.

Le 24 septembre, les cardinaux notifient l’élection de Clément VII et sa validité canonique à leurs six collègues restés en Avignon, où la nouvelle ne fut connue que le 13 octobre 422. /128/

Le couronnement a lieu à la cathédrale de Fondi le 31 octobre 1378 423.

Nous avons trouvé aux Archives pontificales dans un registre d’obligations 424 un résumé succinct de ces événements donnant sûrement la version officielle de la Curie et dont voici la teneur:

« Nominatio intrusi
Anno quo supra et die VII mensis aprilis Bartholomeus de Pinhanno civis Neapolitanus, archiepiscopus Barensis, per potenciam et impressionem Romanorum in Summum Pontificem fuit nominatus et vocatus Urbanus sextus.

Coronatio intrusi
Anno quo supra et die XVIII ejusdem mensis aprilis, dictus Bartholomeus intrusus fuit per potenciam et impressionem dictorum Romanorum coronatus.

Declaratio intrusi
Anno quo supra et die nona mensis augusti, in civitate Anagnie, ubi domini cardinales residentiam faciebant, fuit declaratum dictum Bartholomeum non esse neque nunquam fuisse papam per patriarcham Constantinopolitanum de mandato et voluntate dominorum cardinalium predictorum.

Obitus cardinalis
Anno quo supra et die XX mensis augusti, in Roma, dominus Franciscus de Theobaldosis diem suum clausit extremum, qui de sequentibus servitiis nullam recipiet portionem.

Creatio pape
Anno quo supra et die XX mensis Septembris, dominus Robertus de Gebennis in civitate Fundorum, ubi omnes domini cardinales in partibus Italie existentibus presentes fuerunt, in Summum Pontificem fuit creatus hora prima, qui Clementem papam Septimum nominari voluit. /129/

Coronatio pape
Anno quo supra et die ultima mensis octobris, in civitate Fundorum, dictus dominus Robbertus de Gebennis papa septimus fuit coronatus.

Ordinatio pape
Eodem die fuit ordinatum per dictum dominum nostrum papam Clementem VII, quod comes Fundorum habeat istud privilegium quod, quandocumque papa creaveritur, in coronationem suam primo ponat coronam suam vocatam Tiara supra capud suum. »

Je joindrai à ce document un bref survol d’un livre de la Chambre apostolique. En effet on peut remarquer que la Curie ne se hâta pas de noter dans ses registres la déchéance d’Urbain VI. L’incertidude a peut-être régné en juillet, août et dans la première moitié du mois de septembre. Dès le 22 septembre, on trouve par contre la mention « sede vacante », tandis que la fin de ce registre mentionne Clément VII 425.

Le pape d’Avignon entame aussitôt le procès de son rival et de ses adhérents 426. /130/

Urbain VI, nous l’avons vu, avait déjà pris les devants et privé de leurs titres, pour les conférer à d’autres 427, les cardinaux qu’il jugeait les plus rebelles. Il va déclarer Clément VII antipape, déchoir tous les cardinaux, se réserver les bénéfices de tous les clercs ou prélats clémentins et les excommunier; de plus, il va excommunier et priver de leurs fiefs la reine Jeanne de Naples, le comte de Fondi, Jean Orsini et Rinaldo Orsini, comte de Tagliacozzo 428. /131/

Malgré l’appui des routiers gascons et bretons, de la reine de Naples et d’autres seigneurs d’Ombrie ou du Latium, le séjour du nouveau pape en Italie n’était guère agréable. Clément VII, pourtant, s’accrochait à la péninsule avec l’idée d’y évincer Urbain VI. Il reste jusqu’au 30 mars 1379 à Fondi, puis gagne le 31 le château de Sperlonga, non loin de Gaète, qui appartenait à Onorato Caetani 429. Valois attribue ce déplacement à une question de santé, car Fondi, située près des marais, n’était pas un séjour idéal pour Clément VII, qui venait d’avoir la malaria au début de 1379. Une défaite des troupes clémentines à Marino, le 30 avril, pousse la cour pontificale à se réfugier à Naples. Clément VII, accompagné de trois cardinaux, s’embarque donc le 9 mai à Gaète et gagne Naples, où il arrive le 10 au matin 430. La reine l’accueille au Castel dell’Ovo. Mais l’émeute le contraint à regagner précipitamment Sperlonga le 13 mai déjà 431. On le signale ensuite à Fondi le 18 mai 432. Le 19, il est à Sperlonga, comme le 17 et le 20 d’ailleurs 433. Le 22 mai, enfin, il quitte l’Italie pour toujours. De Sperlonga, il gagne l’île de Monte Cristo, où nous le trouvons le 25 434. Le 1er juin, il parvient à Nice 435, non sans que ses équipages se soient pris de querelle entre Aragonais et Provençaux. Le 7, le 8 et le 9, nous le trouvons /132/ à Toulon 436. Le 10, il arrive et débarque enfin à Marseille 437, où il reste le 11 et le 12 438. Le 14, il est à Auriol, puis à Saint-Maximin, où il passe la nuit 439. Le lendemain, il gagne Aix, où il reste trois jours 440. Enfin, il fait le 20 juin 1379 son entrée solennelle dans la cité d’Avignon 441. Dès lors, Clément VII ne quittera plus guère Avignon, ou en tout cas la région avignonnaise 442. /133/

A sa cour défilent princes et seigneurs. Sa mère et son frère, le comte Pierre, l’entourent avec de nombreux officiers ou fonctionnaires originaires de nos régions, et dont on trouvera les traces à la table des noms. Car, comme ses prédécesseurs, Clément VII va favoriser les hommes de son pays, par amitié autant que par prudence. On n’assistera pourtant pas à la même invasion de compatriotes que du temps des papes limousins. Dans tout le Sacré-Collège, je ne relève que deux cardinaux « romands », Jean de Brogny 443, qui fut semble-t-il un ami d’enfance, quoique d’origine modeste, et qui était par ailleurs doué d’une vaste intelligence, et Jacques de Menthonay, dont il fera son vice-chancelier. Faut-il y joindre, bien qu’il fût Auvergnat, Jean de Murol, qui fut quelques années évêque de Genève ? Notons encore le Bourguignon Jean de Neufchâtel et Amédée de Saluces, ses cousins 444.

*  *  *

Dès septembre 1378, le schisme était patent et la chrétienté devait choisir entre les deux papes rivaux. L’activité diplomatique internationale va se centrer sur cet objet et les positions vont peu à peu se préciser.

En Italie, Clément VII peut rapidement compter sur le comte de Fondi, recteur de la province de Campanie, dont il était l’hôte depuis l’été, ainsi que sur le royaume de Naples (20 novembre 1378) 445. Le Piémont, possession de la maison de Savoie, et le Montferrat, géré par Othon de Brunswick, mari de Jeanne de Naples, lui sont aussitôt acquis. Dans les Etats de l’Eglise, outre la Campanie et les domaines des Caetani, Clément VII peut compter sur Viterbe, tenue par le préfet de Rome, François de /134/ Vico, sur le seigneur de Marino, maître des monts Albains, Giordano Orsini. A Rome même, le château Saint-Ange était défendu en son nom par Pierre Gandelin et Pierre Rostaing. Enfin, les bandes de routiers bretons ou gascons sont à son service.

Urbain, pour son compte, bénéficiera, malgré ses défauts, de la popularité que lui attire sa nationalité italienne et que renforce dans la péninsule un Sacré-Collège tout neuf, peuplé en immense majorité d’Italiens, vivante preuve d’une italianisation active de la Curie. Entraînée ou non par la parole enflammée et xénophobe de Catherine de Sienne, l’opinion publique italienne était acquise au pape de Rome. Les villes d’Italie centrale, Florence, Pérouse, Pise, restent urbanistes, comme aussi l’Italie du Nord, Venise, ou le duc de Milan, qui ne seront pas pour autant des partisans inconditionnels du pape romain.

C’est alors que germe dans le cerveau de Clément VII l’idée de créer, sous le nom de royaume d’Adria, dans la partie septentrionale des Etats de l’Eglise, celle-là même que la papauté dominait très mal ou pas du tout, un royaume vassal, sur le type du royaume de Naples et couvrant au nord la Toscane et le Latium pontificaux 446. Il le confiait à Louis d’Anjou, frère du roi de France et l’un de ses plus chauds partisans. La bulle d’érection de ce royaume marquait bien ce souci d’établir un contrepoids efficace. Ces deux royaumes vassaux de Naples et d’Adria n’avaient le droit ni de se combattre, ni d’être unis par héritage dans la même main. Cette bulle copiait enfin les dispositions majeures de la bulle créant le 28 juin 1265 le royaume de Naples, pris comme modèle. On ne manqua pas de reprocher très vivement à Clément VII cette aliénation des terres de l’Eglise et il le reconnut plus tard comme une faute. En fait, n’oublions pas que les terres en question avaient échappé à l’Eglise et que ce royaume devait être tout d’abord conquis. Clément VII, comme légat, avait pu mesurer sur le terrain les difficultés d’une telle /135/ opération. Sous cet angle, le projet prend une autre apparence, comme aussi dans la perspective des idées de l’époque sur le fief et la souveraineté.

En France, dès le début, par sa correspondance avec les cardinaux, puis en juin par Pierre de Murles, l’un des ambassadeurs accrédités par Urbain VI à Paris 447, Charles V sait que l’élection d’Urbain a été entachée de violences et qu’elle est contestée. Néanmoins, Urbain VI est reconnu comme pape jusqu’à la fin d’août 1378 448. En août, mieux informé de la position des cardinaux par Jean de Guignicourt, Charles V leur accorde son appui financier et écrit aux routiers gascons et bretons de les secourir 449. Ayant reçu une nouvelle ambassade des cardinaux, composée de l’évêque de Famagouste et du dominicain Nicolas de Saint-Saturnin, maître du Sacré-Palais, Charles V convoque, le 11 septembre, une grande assemblée de prélats et de théologiens. L’assemblée se prononce très nettement pour l’expectative, fait toutes sortes d’objections pertinentes à la thèse cardinalice de l’illégitimité du pape, estimant les cardinaux juges et parties. A la demande du roi, la situation nouvelle, créée par une élection pontificale viciée et contestée, est examinée sous tous ses angles : clergé, élections d’évêque, bénéfices vacants, collecteurs, diplomatie. Enfin, l’assemblée suggère six voies pour résoudre le conflit, allant du concile général à l’arbitrage commun du roi /136/ et de l’empereur, préconisant encore les processions. L’assemblée cependant approuvait les secours apportés aux cardinaux 450.

La seconde promesse de subside était accompagnée d’une lettre personnelle du roi au cardinal de Genève; elle arriva pourtant à Fondi après le couronnement de Clément VII, trop tard pour avoir exercé une pression quelconque 451. Il semble cependant que Charles V ait pressenti l’élection de Robert de Genève, qui aurait ainsi fait figure de candidat papable à la fin du mois d’août, avant le départ du secrétaire de Charles V pour son voyage de retour. D’emblée donc, Clément VII bénéficie de l’appui du roi de France, son cousin éloigné.

L’élection de Fondi sera connue dès la mi-octobre dans toute la France. Le 16 novembre, Charles V réunit en assemblée son conseil, les prélats de passage à Paris et quelques théologiens et canonistes. L’assemblée se prononce pour Clément VII et le roi fait aussitôt publier l’élection du nouveau pape dans tout le /137/ royaume. Une nouvelle assemblée, le 7 mai 1379, confirme ce choix, suivie le 15 d’une nouvelle proclamation solennelle. Dans tout cela et sans hâte excessive, le roi de France se bornait à suivre les cardinaux. Il n’est en rien le fauteur du schisme que l’on a parfois présenté 452. Malgré la proclamation solennelle de l’élection de Clément VII dans toutes les églises, Urbain VI continue d’avoir quelques partisans en France 453. L’Université de Paris, enfin, qui est au courant des arguments de la thèse urbaniste, et qui compte de nombreux étrangers, notamment des maîtres et étudiants allemands, sera moins facile à entraîner. Officiellement, elle adhère le 30 mai 1379 à Clément VII, mais la Faculté des arts est divisée et les étudiants des « nations » anglaise et picarde restent secrètement urbanistes, influencés par le choix de leurs pays d’origine 454.

Dans l’ensemble, la France allait dès lors rester fidèle à Clément VII, dont elle sera la position majeure 455.

L’adhésion française en entraîne d’autres, mais il ne faudrait pas conclure que partout les raisons politiques l’aient emporté sur les convictions religieuses. Finalement, la diplomatie française recueillera à cette occasion plus d’échecs que de succès. Aucun des souverains ibériques, pourtant alliés de Charles V, ne se rend d’emblée à ses raisons 456. L’empereur Charles IV qui était son oncle, puis son fils Venceslas, le roi des Romains, refuseront /138/ toute avance à ce sujet. Même refus chez le roi Louis de Hongrie et de Pologne, de la maison d’Anjou 457. Charles V ne rencontre plein succès qu’auprès de petits princes, qui s’empressent de lui complaire, parce qu’ils dépendent un peu du roi de France 458; l’évêque de Toul Jean de Neufchâtel est apparenté à Clément VII ; celui de Verdun, Gui de Roye, qui avait suivi Grégoire XI en Italie, puis son successeur; l’évêque de Metz; l’évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim, apparenté à Charles V ; l’archevêque de Besançon, Guillaume de Vergy. Tous ces prélats s’appuyaient peu ou prou sur le roi de France ou sur des princes français, comme le duc de Bourgogne. Il faut y joindre le duc Jean de Lorraine, qui tente d’entraîner le clergé et les bourgeois de Trêves 459 et Robert, duc de Bar, beau-frère du roi de France, le duc de Juliers, Guillaume VI, Adolphe, comte de Clèves, et Engelbert III, comte de la Marck, le comte de Montbéliard. Le duc d’Autriche, Léopold III, se rallie à Clément VII, non sans se faire payer son adhésion, et il sera son meilleur partisan en Allemagne. Quant au comte de Genève, sa qualité de frère du nouveau pape allait faire de lui un champion de la cause avignonnaise et les liens de parenté qui unissaient leur maison à celle des comtes de Savoie suffisent à expliquer l’adhésion de la Savoie. La Provence était aux mains de la reine de Naples qui avait une des premières choisi le pape élu à Fondi.

Clément VII ralliera facilement, semble-t-il, le roi de Chypre, Pierre de Lusignan. Dans les Balkans, l’évêché de Budua (province de Raguse) est occupé de 1379 à 1401 par des évêques clémentins, sans compétiteur romain 460. Joignons enfin l’Ecosse où Robert II, autant par son opposition aux Anglais que par son alliance avec le roi de France, restera un ferme soutien de la cause avignonnaise. /139/

Urbain VI, de son côté, multipliait les efforts pour conserver ses partisans et les accroître. L’empereur Charles IV, dont il avait au printemps méprisé les avances et vexé les ambassadeurs 461, reste un de ses plus fermes soutiens. Après son décès (29 novembre 1378), son successeur Venceslas persévère dans l’obédience romaine et fait autant d’efforts pour l’accroître que les rois de France n’en déployaient pour augmenter leur parti.

Le Saint-Empire était loin d’être complètement rallié au pape de Rome. La partie occidentale, archevêque de Besançon, évêques de Toul, Metz, Verdun, Strasbourg, Liège pour un temps, les duchés de Lorraine, Bar, Julier, les comtés de Clèves, de la Marck, de Montbéliard, de Bourgogne, de Genève, de Savoie et de Provence, les terres du duc d’Autriche, qui échappaient en fait au contrôle impérial, étaient clémentins, comme nous l’avons vu. De proches parents du roi des Romains, son oncle et homonyme Venceslas, duc de Luxembourg et de Brabant 462; son beau-père, Albert de Bavière, régent de Hainaut, Hollande, Zélande et Frise 463; son cousin, le margrave Procope de Moravie 464, tenaient le parti de Clément VII. Malgré les efforts du pape de Rome et de l’empereur, Adolphe de Nassau, élu archevêque de Mayence, premier des électeurs et archichancelier du Saint-Empire, était résolument partisan du pape de Fondi et /140/ triomphait 465. Par-ci, par-là, d’autres adhésions au pape d’Avignon se manifestaient en Allemagne 466.

Hongrie et Pologne, unies sous le sceptre de Louis Ier d’Anjou, ne donnent aucune suite à la volte-face des cardinaux. Bien plus, le roi de Hongrie et Venceslas, roi des Romains, vont signer une déclaration de loyauté à Urbain VI 467.

Les Etats Scandinaves restent fidèles à Urbain VI, mais ils étaient de peu de poids. Quant à la Lithuanie, elle n’était pas encore christianisée.

Que le roi d’Angleterre, Richard II, choisisse le parti d’Urbain VI contre le pape soutenu par le roi de France, il n’y a là rien d’étonnant; et si en Guyenne les clémentins peuvent compter de solides appuis, ils ne peuvent entamer la foi urbaniste de l’Angleterre 468 qui entraîne l’Irlande dans l’obédience romaine.

A la fin de 1379, les positions s’étaient donc précisées et l’Europe se trouvait déchirée entre les deux pontifes.

Il était, cependant, des régions où les prélats et les clercs des deux obédiences se disputaient les bénéfices avec âpreté. En Flandre, les quatre évêques clémentins se heurtaient à l’hostilité du comte Louis de Male, de la population et du clergé local 469. Liège fut âprement disputée. Le parti d’Avignon commence par l’emporter avec l’élection d’Eustache Persand de Rochefort, mais, dès l’automne, Eustache n’est plus qu’un évêque in partibus, chassé par l’urbaniste Arnoul de Horne 470.

Dans les évêchés rhénans et du nord de la Suisse la lutte est également vive et opiniâtre, comme nous l’avons vu.

Sur un autre plan, Clément VII l’emporte sur son rival. Les /141/ principaux ordres religieux lui sont acquis. Plusieurs avaient leur siège en France ou dans des régions acquises au parti d’Avignon : Cluny et trois de ses « filles », Cîteaux et ses quatre « filles », Prémontré, La Grande-Chartreuse, Saint-Antoine-de-Viennois. Leurs abbés choisissent le parti de Clément. Les maisons des dominicains étaient mieux réparties en Europe, mais dans leur chapitre général, réuni à Lausanne le 13 mai 1380, la majeure partie de l’ordre suit le maître général, Elie Raymond de Toulouse, et opte pour Clément VII. Une minorité fait sécession et élit comme général l’urbaniste Raymond de Capoue. Les franciscains étaient surtout nombreux en Italie, mais Clément VII avait été frère mineur. Leur général, le Napolitain Leonardo Rossi de Giffonio les entraîne dans le camp clémentin 471. Clément VII pourra encore compter sur l’appui du grand maître des hospitaliers, Jean Fernandez de Heredia, qui fixera sa résidence en Avignon 472. Les ordres militaires, qui fleurissaient dans la péninsule Ibérique, vont également opter pour le pape d’Avignon, tandis que les chevaliers teutoniques resteront fidèles au pape romain.

Telles sont les positions initiales.

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Devant une telle situation, il y aura des réactions variées. Un puissant besoin d’information entraîne un nombre exceptionnel de témoignages contradictoires, qui ne sont pas tous publiés, tant s’en faut. Les juristes sont sollicités d’apporter leur concours. Un des premiers, avant la seconde élection déjà, Jean de Legnano, est sollicité pour un avis de droit, peut-être par les cardinaux italiens, alors qu’ils étaient à la recherche d’un accord possible 473. Le jugement de Legnano est à la base de l’argumentation /142/ urbaniste 474. Baldo degli Ubaldi, autre célèbre juriste du temps, écrivit deux traités, dont l’un en juillet 1378, sur demande du cardinal Jacques Orsini 475. Urbain trouvera des défenseurs jusqu’à l’Université de Paris 476. Du côté d’Avignon, les écrits se multiplient pour répondre à ceux qui défendaient la cause rivale 477.

Il ne manquera pas non plus de suggestions pour mettre fin au schisme. Quand l’accord entre les cardinaux et Urbain avait paru impossible, les cardinaux italiens avaient proposé la convocation d’un concile général. Sur cette « voie conciliaire », qui finira par triompher, l’on avait trébuché dès la question de la convocation. Seul le pape pouvait la faire. Mais, ce faisant, Urbain VI agissait donc en pape légitime, ce que le parti adverse ne pouvait admettre. Une convocation faite par l’empereur ou par un groupe de souverains ne serait pas canonique. D’ailleurs depuis la mort de Charles IV (29 novembre 1378), il n’y avait plus d’empereur couronné. Un accord des deux prétendants sur une convocation commune était impensable. Une série d’embûches se présentaient ainsi sur cette voie, qui, par le Concile de Constance en 1415, permettra la fin du schisme. A Pise, en 1409, ce sera un demi-échec, car des minorités demeureront attachées aux papes déposés. Déjà pourtant, la lassitude avait fait admettre /143/ que, pour résoudre le schisme, l’on n’avait guère à disposition de meilleur moyen. Qu’en aurait-il été, en 1378, de l’entente entre les nations, avant que l’expérience de ces luttes stériles ait amené l’un et l’autre parti à une certaine modération ?

On se flattera également d’obtenir l’abdication des papes, mais cette « voie de cession » ne sera jamais du goût des pontifes rivaux, même quand les collèges cardinalices prendront la précaution d’exiger des successeurs d’Urbain et de Clément le serment préalable de démissionner, si le rival en faisait autant.

Restera alors la « voie de fait », c’est-à-dire le recours à la victoire militaire, pour faire triompher son parti et accroître son obédience. N’est-elle pas baptisée parfois « voie de chevalerie » 478 ? ce qui indique bien quelle attraction la solution de force pouvait exercer sur l’imagination des hommes de ce temps, qui voyaient dans la guerre l’accomplissement d’une des fonctions sociales, celle de la noblesse, et n’avaient pas nos réticences horrifiées devant le fait militaire. La voie de fait, assortie d’une intense activité diplomatique, ne servira qu’à durcir les positions. Partout la différence d’obédience s’alignera sur des rivalités nationales ou locales et la division religieuse en arrivera à coïncider avec les « schismes » politiques, comme nous l’avons montré sur un territoire restreint, en esquissant l’évolution du schisme dans les communautés vivant entre le Jura et les Alpes. Mais, à ce point, la querelle religieuse ne pouvait guère être mieux résolue par la violence que les conflits politiques. Encore fallait-il qu’on en prît conscience.

En attendant, les deux papes vont faire assaut de diplomatie, surtout dans les pays « indifférents » (Espagne, par exemple, ou Italie du Nord) ou disputés (Flandre, Allemagne occidentale); mais les envoyés de Clément ne parviendront pas à présenter leur thèse aux souverains allemand, anglais ou hongrois, pas plus que les urbanistes ne pourront se faire entendre de la Cour de France 479. Bientôt, l’un et l’autre parti optera pour la voie de /144/ fait et se flattera d’éteindre le schisme par une victoire militaire, autant que par une manœuvre diplomatique. L’Histoire de l’Eglise parle d’une tentation de la violence 480. N’y a-t-il pas plus qu’une tentation au Moyen-Age, une véritable pratique, car le Moyen-Age est une époque violente un peu partout 481. C’était un climat général: il suffît de penser pour l’Espagne à Pierre le Cruel, aux ravages de la guerre de Cent Ans en France, tels que les conte par exemple le Journal d'un bourgeois de Paris, voire au caractère impitoyable des luttes que soutiennent les Confédérés et à la renommée de brutalité qu’ils s’attirèrent au loin après Sempach, /145/ si l’on en croit le Chronicon Moguntinum. Les Anglais n’ont pas gardé meilleur souvenir de la guerre des Deux-Roses. En Italie, les chroniques font constamment état de campagnes ravagées, et de luttes urbaines, non moins violentes, où les tortures (chevalet ou estrapade), sévices et exactions sont monnaie courante. N’est-il pas significatif qu’Ambrogio Lorenzetti ait peint face à l’allégorie du Bon gouvernement celle du Mauvais gouvernement au palais de la Seigneurie de Sienne ? En notre siècle, qui a donné une dimension inouïe à la violence, mais l’a en fait étroitement cantonnée à des durées relativement brèves, il était utile de rappeler à quel point, dans ce XIVe siècle finissant, la violence est partie intégrante du climat social de très vastes régions 482.

Rien d’étonnant à voir Urbain VI proclamer la croisade contre son rival, après avoir excommunié Clément VII et tous ses partisans, le 29 novembre 1378 (bulle Nuper cum vinea) 483.

Aux exploits des routiers, à la solde des cardinaux, puis de Clément VII, répondent les actes de force accomplis par les urbanistes 484. Les témoignages de l’un et l’autre camp rendent /146/ finalement le même son de cloche et témoignent d’une égale vigueur dans les deux papautés.

Ajoutons encore que chaque parti donnait à ces spoliations de clercs et de prélats le plus de publicité possible. Le cardinal Gentile de Sangro contraint, le 4 septembre 1381, et ce n’est point difficile ! les cardinaux clémentins prisonniers, Leonardo Rossi et Jacques d’Itri, à brûler leurs chapeaux et leurs habits cardinalices dans l’église Santa Chiara de Naples, avec d’autres défroques, sans songer qu’il faisait brûler les insignes dont il était lui-même revêtu 485. Voir un cardinal faire brûler la pourpre /147/ cardinalice, tout comme le spectacle de ces destitutions publiques, ne devait certes pas rehausser le prestige du clergé aux yeux de fidèles qui, la veille encore, honoraient les hommes ainsi tournés en dérision. Il n’y avait pas que la dérision ; une partie des sévices aussi était donnée en pâture à la population, qui ne pouvait manquer d’éprouver un très grand désarroi à ce spectacle. A travers ces pratiques, c’était l’essence même de l’Eglise qui était atteinte et son caractère sacré. Néanmoins chaque parti crut à la voie de fait.

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Voyons rapidement l’évolution du schisme.

Dans le sud de l’Italie, le royaume de Naples fut l’enjeu d’une âpre lutte. Venu pour venger le prince André de Hongrie 486, Charles de Durazzo se met au service d’Urbain VI, conquiert Naples (été 1381) et s’empare de la reine Jeanne Ire, qu’il fera étrangler l’été suivant. En été 1382, Louis d’Anjou, adopté le 29 juin par la reine Jeanne, et descendu en Italie pour la délivrer 487, conquiert à son tour les Pouilles, tandis que Charles se maintient à Naples. Mais la chevauchée angevine, qu’accompagnaient les comtes de Genève 488 et de Savoie et le maître d’hôtel de Clément VII, Georges de Marlioz 489, tourne court à la fin de /148/ l’automne 1384, après la mort inopinée de Louis Ier d’Anjou à Bari (21 septembre 1384) 490. Clément VII concède alors en fief le royaume de Naples au fils de Louis d’Anjou, Louis II, mais il n’était âgé que de sept ans 491. En attendant, Charles de Durazzo triomphait et restait maître du sud de la péninsule.

Mais Urbain VI, projetant de créer pour son neveu, Francesco Prignano, une vaste principauté dans le sud de l’Italie, n’allait pas tarder à entrer en conflit avec Charles de Durazzo, qui n’entendait point faire les frais d’une pareille dotation 492. En 1383, le pape romain avait fui Rome, où sévissait la peste et, contre le vœu de ses cardinaux, était venu à Naples, pour presser l’accomplissement de son projet familial 493. Urbain VI passe /149/ l’hiver 1383-1384 à Naples, plus en otage qu’en hôte, et s’échappe en juin pour se réfugier à Nocera, que son neveu avait obtenu depuis peu. Il ne tarde pas à y être assiégé par le roi de Naples, contre qui il prêche derechef la croisade. Mais cessant d’être une nouveauté, la croisade n’est plus qu’une image de style, dont par ailleurs le pontife romain avait déjà usé abondamment, et Charles de Durazzo va jusqu’à mettre la tête pontificale à prix, en réponse à l’excommunication journellement brandie du haut des murs 494. Urbain VI se brouille également avec une partie de ses cardinaux et de sa Curie, ce qui le conduit à faire preuve à leur endroit d’une cruauté indigne d’un pontife 495. Paradoxalement, Urbain VI doit finalement son salut aux barons angevins de Naples, ce qui prouve que leur haine de Charles de Durazzo l’emportait singulièrement sur leur adhésion à Clément VII 496. Il s’enfuit par Bénévent dans les Pouilles, qui étaient au pouvoir des barons angevins, où une flotte génoise vient, à prix d’or, le chercher. Au terme de cette aventure, au moment où Urbain VI traîne ses cardinaux, accusés de trahison et prisonniers, à Gênes, pour le dernier acte du drame 497, nous pouvons observer qu’une /150/ fois de plus des historiens relèvent que le pape n’a pas eu la main heureuse en choisissant ses envoyés auprès de Charles de Durazzo 498. A vrai dire, il saute aux yeux qu’aucun roi de Naples ne pouvait souscrire au projet politique d’Urbain. Plus que l’exécution de ce projet, c’est sa conception même qui pèche. Au contraire de son rival des bords du Rhône, le pape romain n’a jamais compris que la politique était l’art du possible. La situation dans le sud de l’Italie allait cependant évoluer de façon fort imprévue. Le 31 décembre 1385, Charles de Durazzo se fait couronner roi de Hongrie, mais il meurt assassiné au château de Visegrad le 14 février 1386 499, laissant deux trônes chancelants. Sa femme Marguerite et son fils Ladislas n’ont bientôt d’autres ressources que de s’enfermer dans Gaète, tandis que les Angevins commandés par Othon de Brunswick, dernier mari de Jeanne Ire, entraient dans Naples (juillet 1387). Le 18 avril 1389, Naples proclamait son adhésion à Clément VII et appelait au trône Louis II d’Anjou. Pour la quatrième fois, le parti avignonnais l’emportait.

En Italie centrale, si Clément VII perd quelques positions, il conserve de fougueux partisans avec, au premier rang, le comte de Fondi 500. Après l’assassinat de Francesco di Vico (8 mai 1387), Viterbe, Todi et Amelia tombent au pouvoir du légat d’Urbain VI, /151/ comme en 1386 Montefiascone. Mais la région de Soriano, Orvieto, Spolète 501 est toujours aux mains des routiers clémentins de Bernardon de la Salle et du comte de Tagliacozzo 502, qui enserrent Rome d’une véritable zone de guérilla et d’insécurité. Le pape d’Avignon pousse la sollicitude envers les Ecorcheurs qu’il a pris à son service jusqu’à pourvoir à leurs besoins spirituels 503. Les apparences sont sauves. Plus au nord, Clément VII peut compter sur les da Polenta, seigneurs de Ravenne 504.

Milan, aux mains des Visconti 505, et Bologne, avec sa célèbre université, louvoient entre les deux obédiences, s’adressant tour à tour aux deux papes. En 1389, cependant, Bologne était en principe clémentine 506. Mais n’était-ce pas que cette ville /152/ pontificale voyait dans cette allégeance le moyen de sauvegarder sa liberté en se déclarant pour le pontife le plus éloigné ?

Rome passait par des alternatives de révoltes et de soumission à l’égard d’Urbain, sans pour autant esquisser le moindre geste envers Avignon. Quant à la réforme prêchée par Urbain, elle n’avait point survécu au prône du 3 mai 1378 sur le Bon Berger, et les cardinaux romains avaient le même train de vie que les Avignonnais 507.

En fin de compte, l’Italie centrale et méridionale vivait dans un état d’anarchie permanente, où pullulaient les bandes de brigands, de l’un et l’autre camp, car la soldatesque utilisée par les deux pontifes était une seule et même engeance.

In extremis, Urbain VI s’était réconcilié avec les Romains, auxquels il avait fait miroiter les profits d’un jubilé, dont il abrégeait l’intervalle à trente-trois ans 508. Pour une ville dont les témoins s’accordent à souligner la profonde dépression économique, la perspective d’un afflux exceptionnel de pèlerins était de nature à faire espérer un renversement de conjoncture, même provisoire, et qui sait ? une série d’années meilleures. C’est peut-être un des motifs qui incita les Romains à sacrifier une part de leur liberté après une dernière émeute 509.

Lorsque, sur ces entrefaites, Urbain VI décéda dans la lassitude de son parti et la déconsidération, le 15 octobre 1389, on put croire un instant le schisme terminé. Clément VII, qui avait accueilli les deux cardinaux transfuges, Pileo da Prata 510 et /153/ Galeotto Tarlato di Pietramala 511, avait prouvé à l’envi qu’il respecterait les situations acquises. Ainsi le schisme, où Clément VII avait juridiquement un certain avantage sur son rival par la quasi-unanimité en sa faveur du collège cardinalice de 1378, mais partageait à peu près également avec lui les suffrages du peuple chrétien, pouvait prendre fin honorablement.

Or, le 2 novembre déjà, dans une hâte suspecte, quatorze cardinaux urbanistes élurent un des leurs, le Napolitain Pierino Tomacelli, comme successeur de Barthélemy Prignano, et se hâtèrent de le couronner une semaine plus tard, sous le nom de Boniface IX. Ce n’est, semble-t-il, qu’au début de décembre, que Clément VII apprit le décès de son rival, et ce délai n’a pas de quoi nous surprendre. Jules César ne se vantait-il pas d’avoir fait un trajet analogue en huit jours de chevauchée harassante dans un pays uni et pacifié et d’avoir à cette occasion battu un record ? Sans relations directes prévues entre les deux papautés, la nouvelle devait mettre près de trois semaines pour parvenir de Rome en Avignon. La précipitation romaine marque donc le désir d’empêcher toute discussion et fait éclater la gravité du schisme, qui perd ainsi ce caractère d’accident juridique que la double élection confuse lui avait imprimé. Jusqu’au 2 novembre 1389, on pouvait juger sévèrement le schisme à l’obstination des deux papes à conserver à tout prix la tiare contestée, bien loin de se faire l’assaut de charité que l’on était en droit d’attendre de chefs spirituels chrétiens. Le décès de l’un d’eux pouvait faire espérer une fin honorable et fortuite du procès. Cette querelle /154/ apparaissait semblable à ces litiges entre clercs, qui abondent dans nos documents, simplement plus impressionnante par l’importance de l’enjeu. Mais voilà que, ce 2 novembre 1389, la coupure montre sa gravité profonde: de litige particulier, de querelle de personnes, le schisme est vraiment devenu un conflit de parti. Quitter ou refuser la tiare désormais, c’est peut-être trahir un parti. Il faudra s’en souvenir lorsqu’on juge la politique de Clément VII, tout aussi bien que l’élection, trop rapide elle aussi, de son successeur Benoît XIII. Seul un concile pourra restaurer l’unité, et encore, une génération sépare le Concile de Constance de la fin réelle du schisme, dans nos régions tout spécialement.

En attendant, Clément VII ne pouvait que tirer les conséquences du geste des cardinaux romains, ce qu’il fit le 27 novembre 1389 512.

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Boniface IX était aimable, jeune et beau, et contrastait en cela avec son prédécesseur. Il ne manquera pas d’habileté et de sens de la manœuvre et grâce à lui la cause romaine, qui allait déclinant, va reprendre une nouvelle vigueur. Il restaurera profondément l’autorité pontificale sur Rome et l’Italie centrale et son obédience va gagner du terrain en Italie et en Allemagne notamment. Sa fortune avait été subite 513, mais il était peu lettré, n’avait pas fait d’études complètes, et il était peu au /155/ courant du fonctionnement des bureaux pontificaux 514. La chance le servit en politique, estime Thierry de Nyem, très critique à son endroit 515. Surtout il pratiqua hautement le népotisme 516 et sous son règne la vénalité et la simonie devinrent illimitées 517. Sa famille, surtout sa mère et ses deux frères, /156/ s’est taillé une belle réputation d’avidité en amassant le plus d’argent possible à la Cour de Rome 518. Il pouvait faire preuve à l’occasion d’une certaine cruauté 519. Ajoutons enfin qu’il eut une santé fragile et finit par être emporté par la maladie 520.

Boniface va soutenir Ladislas, prétendant au trône napolitain, mais le parti de Louis II d’Anjou l’emporte dans presque tout le royaume, et sa venue à Naples en 1390 en est l’éclatante démonstration.

En Italie centrale cependant, la situation était moins brillante. Rinaldo Orsini est assassiné le 14 avril 1390 et Spolète tombe au pouvoir de Boniface qui y installe un de ses frères 521. Les routiers clémentins avaient repris Toscanella, Montefiascone, Viterbe même (23 octobre 1390). Mais le cardinal légat de Clément VII, Pileo da Prata, faillit faire tout échouer en trahissant le pape d’Avignon au profit du romain (février 1391). Viterbe tient bon, appelant un neveu de Francesco di Vico, Giovanni /157/ Sciarra. Après la mort de Bernardon de la Salle, les routiers eurent pour chefs le Cahorsin Jean Jandon de Grammont et le Genevois Raymond de Chissé 522, ainsi que Tandon de Badefol, à qui Clément VII remet Soriano le 15 février 1393 523. Le pape d’Avignon accordait d’ailleurs en septembre 1392 à trois de ses familiers le pouvoir d’organiser les conquêtes de Bernard de Serres et de ses acolytes 524. A la fin de son règne et malgré quelques abandons, Clément VII avait maintenu l’essentiel de ses positions en Italie 525, plus peut-être du fait du caractère des papes romains que par adhésion sincère. La voie de fait avait en fin de compte lamentablement échoué, tant d’un côté que de l’autre.

En Espagne, Clément VII allait triompher, malgré les efforts de son rival et des légats urbanistes Perfetto da Malatesta, Menendo, évêque de Cordoue, et du cardinal Colonna. Face à eux, Clément VII avait dépêché le cardinal Pierre de Luna, le futur Benoît XIII, et Martin de Zalba, évêque de Pampelune. Le roi de Castille avait voulu se documenter à fond. Le 23 /158/ novembre 1380, il réunit à Medina del Campo 526 une assemblée pour juger des résultats de l’enquête et, le 19 mai 1381, le roi Jean Ier proclame l’adhésion de la Castille à Clément VII 527.

Tant qu’il fut en vie, Pierre IV d’Aragon maintint son royaume dans l’« indifférence » 528, mais à peine est-il mort (5 janvier 1387), que son successeur, Jean Ier, obtient, le 24 février 1387, qu’une assemblée rattache l’Aragon à l’obédience d’Avignon 529. Le cardinal Pierre de Luna y avait beaucoup contribué, de même que saint Vincent Ferrier.

Charles le Mauvais avait, lui aussi, maintenu son royaume de Navarre dans l’indifférence 530 jusqu’à son décès (1er janvier 1387), bien qu’il eût recouru à Clément VII à plusieurs reprises dès 1384, mais l’adhésion officielle se fera attendre jusqu’au 6 février 1390.

Le Portugal 531, indifférent en 1378, avait opté en 1380 pour le pape d’Avignon. Mais le 19 août 1381, est-ce dû aux efforts anglais ? est-ce dû à l’antagonisme entre Portugais et Castillans ? Ferdinand Ier se déclarait pour Urbain VI. Dès 1382, redevenu fortement clémentin 532, le Portugal allait changer de nouveau /159/ d’obédience, lorsque le roi meurt le 29 octobre 1383, sans laisser d’héritier. Fondateur d’une nouvelle dynastie, Jean Ier d’Aviz, fils naturel de l’avant-dernier souverain portugais, adversaire acharné des Castillans, amène le royaume lusitanien à se rattacher définitivement au pape de Rome (1385).

Dans l’ensemble, après des années d’indifférence, les royaumes espagnols, glissant toujours plus vers le pape d’Avignon, avaient fini par proclamer leur adhésion, non sans souhaiter qu’un concile vînt trancher le problème insoluble.

En Irlande, Clément VII avait fini par prendre pied, malgré l’acharnement des Anglais à combattre le parti avignonnais 533.

L’Angleterre 534 restait beaucoup plus une adversaire résolue du pape d’Avignon, en qui elle voyait une créature des rois de France, qu’une alliée fidèle des papes de Rome. En fait, à l’extérieur, elle cherchait à mener des croisades contre Clément VII (Flandre, Espagne), elle luttait contre ses agents 535 au Portugal, en Italie, en Gascogne, voire même en Provence; mais c’est aussi l’époque où le Parlement se déchaîne contre les taxes pontificales, l’époque de Wyclif et des Lollards, dont l’action n’est pas sans affaiblir la position du pape romain.

Dans les Flandres, la victoire de Charles VI à Roosebeke (fin 1382) permet d’installer de force des prélats clémentins, mais les villes flamandes resteront foncièrement acquises au parti romain. La croisade anglaise, cependant, dont les buts politiques rejoignaient les intérêts spirituels, s’achève par un échec (été 1383). Le pays demeurait donc divisé 536. A partir de 1392, l’influence de Clément VII croît.

En Allemagne 537, le roi Venceslas mène une campagne active contre le pape d’Avignon. A plusieurs reprises, il fait approuver /160/ par la Diète la reconnaissance d’Urbain VI 538 et la condamnation de Robert de Genève, son cousin au troisième degré, le frère d’un de ses vassaux, à qui il venait de demander d’être l’un de ses interprètes dans une démarche délicate 539. A part les diocèses occidentaux échappant au contrôle de l’empereur et qui ont été déjà mentionnés, Clément VII aura quelques succès pour la plupart initiaux dans certains évêchés. Bâle, Constance et Coire, comme nous l’avons vu, étaient sous l’influence du duc d’Autriche. Il faut y joindre Brixen et en partie Salzbourg, qui étaient dans le même cas. A Mayence, le pape avignonnais bénéficie de la rivalité entre Louis de Misnie et Adolphe de Nassau 540, qu’il patronne et qui triomphe. Le frère d’Adolphe, Jean de Nassau, qu’il désigne à Spire, animera lui aussi un foyer clémentin 541. /161/

A Utrecht, n’est-ce pas l’appui d’Albert de Bavière qui explique les foyers clémentins d’Utrecht même et de Deventer ?  542

Nous trouvons encore d’autres foyers clémentins à Münster 543, en Westphalie, ou à Würzbourg 544. Au cœur de l’Allemagne, Erfurt obtient de Clément VII la fondation d’une université le 16 septembre 1379 545.

A Strasbourg, l’évêque Frédéric de Blankenheim s’est prononcé d’abord pour lui 546 et la cause avignonnaise semble avoir été assez largement entendue. Jusqu’en 1386, Clément VII y conservera de bonnes positions 547. /162/

Dans l’archidiocèse de Cologne, malgré l’opposition, nette dès le début, de l’archevêque Frédéric, Clément VII peut compter sur certains appuis ou intelligences, dans le chapitre cathédral lui-même, dans plusieurs des huit collégiales de la ville 548, parmi les chanoines de Bonn 549. Peut-être est-ce dû à l’appui clémentin du comte Engelbert de la Marck, mais ce patronage n’explique pas tout, car Cologne et Bonn sont au cœur du territoire épiscopal. Reste l’opposition politique à l’archevêque-électeur.

On trouve aussi quelques clémentins dans le diocèse de Worms 550.

Il existera également un foyer clémentin à Prague, où le doyen Hinko et son frère Henri s’efforceront vainement de défendre le parti d’Avignon 551. Je ne pense pas que Leitomischl ait été vraiment un centre clémentin, l’évêque Hinko n’y a probablement jamais été reconnu. A Breslau par contre, un foyer clémentin très vif se développe autour de l’évêque Theodoricus 552. /163/

A Brême, on note aussi quelques chanoines clémentins, et l’archevêque est incité à poursuivre les schismatiques 553.

Ailleurs, un peu partout, les archives pontificales avignonnaises signalent des clercs ou des bénéficiaires. D’une part, il faut admettre que ces clercs isolés sont ceux qui se plaignent aussi de ne point jouir de leurs bénéfices. D’un autre côté, ils vont entretenir, contre le pape de Rome, une agitation qui trouvera, à plus d’une reprise, des oreilles attentives, celles des clercs et des laïcs que la fiscalité romaine met en état de révolte.

Le parti d’Urbain obtient cependant quelques succès éclatants. Le retournement de la situation à Liège en 1379, où l’évêque Eustache perd sa mense; ou bien le revirement de Frédéric de Blankenheim à Strasbourg, en 1380, en sont des exemples. En 1381, Venceslas se réconcilie avec Adolphe de Nassau, l’archevêque-électeur de Mayence et archichancelier 554. Dès lors Mayence passe à l’obédience romaine. C’était un point d’appui sérieux qui s’écroulait. Mais la perte la plus sensible est la mort de Léopold III à Sempach. Clément VII qui, grâce à lui, pouvait agir dans toute la partie méridionale de l’empire, y perd le 9 juillet 1386 la plus grande part de son pouvoir 555. L’évêque de Brixen se rallie à Urbain, tandis que les clémentins de l’évêché de Constance se réfugiaient dans les collégiales suisses ou à Fribourg-en-Brisgau.

Après les démarches infructueuses du début, Clément VII ne fut pas le seul à tenter de rallier peu à peu l’empereur à son parti. Les rois de France, Charles V, puis Charles VI, renouvelèrent /164/ leur tentative, et l’une des plus imposantes est bien l’ambassade de 1383 à Prague, mais ce fut peine perdue 556.

Le 13 février 1382, Urbain VI écrit vraisemblablement à tous les évêchés allemands pour faire publier les indulgences qu’il accorde à ceux qui combattent Clément VII, Louis d’Anjou, les comtes de Savoie et Genève, etc. 557. Les efforts d’Urbain VI et de Boniface IX n’empêcheront pas cependant le pape d’Avignon de compter sur quelques princes, Léopold d’Autriche, puis plus tard ses fils, qui protégeront les clémentins dans les domaines habsbourgeois de l’Autriche antérieure (Argovie, Thurgovie, Forêt-Noire, etc.), ainsi que des seigneurs rhénans, le margrave de Bade 558, le comte Eberhard III de Wurtemberg 559 et temporairement des bourgeoisies, comme celles d’Erfurt ou de Lübeck.

Des efforts fournis pour accroître chaque obédience, va résulter une surenchère entre les pontifes. Clément VII gagne des monastères en y incorporant des cures 560, fait des remises de dettes aux prélats 561. Urbain VI ne procède pas autrement. /165/ Un exemple éloquent suffira: le 14 mai 1380, il fait remise à Frédéric, archevêque de Cologne, de 120 000 florins dus pour certains motifs, plus 11 000 florins dus pour des services 562.

Tout en restant foncièrement opposée au pape d’Avignon, l’Allemagne va se détourner quelque peu d’Urbain VI. Il est significatif de constater que les trois princes archevêques rhénans refusent en 1384 le chapeau de cardinal, préférant, à n’en pas douter, le pouvoir effectif dans leur électorat à la dignité cardinalice, bien déconsidérée dans l’obédience romaine 563.

Lentement, la politique de Boniface IX regagnera le terrain perdu, sans pour autant éteindre toute activité avignonnaise.

Clément VII entretient des intelligences plus lointaines encore. Un évêque clémentin réussit un temps à Dorpat 564 en Livonie (1379-1385) et certains actes concernent les diocèses de Riga ou d’Œsel 565. Le pape d’Avignon désigne un évêque d’Œsel 566 et un dominicain au siège de Strengnäs 567 en Suède. Il correspond, en 1389, avec la reine de Danemark et Norvège, Marguerite de Waldemar 568. Mais ces actions isolées ne peuvent constituer que des coups d’épingle pour l’obédience urbaniste. En Pologne, une tentative avignonnaise auprès de l’héritière de Louis Ier, Hedwige, échoue 569. Mais en Hongrie et Dalmatie, Clément VII entretiendra une agitation en sa faveur 570 qui alimentait /166/ d’ailleurs pas mal d’illusions. Néanmoins, il eut sur place des prélats et des clercs de son obédience.

En Orient, le pape d’Avignon peut compter d’emblée sur le roi de Chypre, Pierre II de Lusignan. Il est reconnu aussi à Corfou, où il peut lever les décimes 571, en Morée, etc. Si, sous l’influence des républiques marchandes italiennes, Gênes et Venise, le royaume de Chypre lui est disputé 572, Clément VII obtient sans doute l’appui des Catalans, qui s’arrogent aux dépens des Italiens une place dans le commerce du Levant, ce qui expliquerait la présence de clercs du parti avignonnais en Grèce et au Péloponnèse. Plus encore, l’appui des Hospitaliers permet au pape d’Avignon de rattacher à son obédience les terres que l’ordre domine : Rhodes, Smyrne et la « Romanie » 573. Il y délègue, de 1387 à 1390, le patriarche de Jérusalem, Aymon Séchaux 574, prévôt du Grand-Saint-Bernard, mais il faut lui rendre cette justice que, s’il y lève les taxes apostoliques, c’est pour les consacrer aux besoins de la défense, principalement de Smyrne, menacée par les Turcs. /167/

*  *  *

Quinze années de luttes ont permis de constater l’échec de la manière forte, la voie de fait, pour résoudre la crise. Jusqu’au décès d’Urbain VI, le parti avignonnais progresse, mais dès 1389, Boniface IX redresse la situation. Toutefois, on s’achemine vers une lutte indécise, où ce que gagne un parti dans un pays est compensé par ce qu’il perd ailleurs, et si l’obédience avignonnaise s’accroît en Flandre et s’y consolide, elle s’affaiblit par contre en Italie. Voyant l’inutilité relative de tels efforts ou du moins leur coût disproportionné, l’opinion publique se lasse d’une querelle sans issue. Des conceptions se font jour aussi qui menacent la structure traditionnelle de l’Eglise. En Angleterre, pour John Wyclif « les deux papes se disputent le pouvoir comme deux chiens se disputeraient un os: la seule manière de les apaiser, c’est de leur enlever l’os, autrement dit le pouvoir temporel » 575. A l’Université de Paris, l’idée ne germait-elle pas que chaque nation pouvait avoir son propre pape ? 576. La conception de l’unité de l’Eglise était cependant trop forte, pour que ces deux thèses mûrissent rapidement. On espère encore fermement que l’Eglise saura se régénérer. Car les faits sont là : la crise a précipité le mouvement de décadence de l’Eglise; matériellement, les deux papes sont dans une détresse financière impressionnante 577. On a fortement insisté sur la fiscalité du parti clémentin, mais n’est-ce pas l’Allemagne, où la fiscalité romaine tout aussi exigeante n’a pas été freinée comme en Angleterre par un Parlement, qui va insister le plus fermement au Concile de Constance sur les limites à imposer aux appétits pontificaux ? 578 Les besoins d’argent des deux papes rivaux ont pesé donc des deux côtés plus lourdement qu’avant sur les populations. Car les dépenses se sont accrues considérablement. Il y a tout d’abord l’entretien de deux Cours de Rome. Si Boniface IX a cherché à s’enrichir personnellement et à faire /168/ la fortune de sa famille, Clément VII en sera réduit à utiliser, dès 1392, sa fortune patrimoniale pour boucher les trous de la caisse pontificale. De son côté, Urbain VI, qui aura toujours une cour relativement modeste, ne sera pas mieux loti.

Les pontifes rivaux ne sont pas responsables entièrement de cet état de fait. Car, au cours de sa lente centralisation, l’Eglise n’a jamais prévu des moyens financiers cohérents, réguliers et suffisants, pour faire face à l’entretien de cet appareil administratif 579. Le schisme avait doublé ce coût en doublant l’appareil. De plus, l’entretien et l’indemnisation de nombreux prélats « in partibus schismaticorum » et de moult clercs dépossédés avait grevé chaque obédience. Enfin, la voie de fait a coûté, tant en cadeaux et subsides qu’en subventions et soldes, des sommes vertigineuses 580. /169/

En nous penchant sur les questions financières, nous comprenons mieux l’accusation de rapacité portée contre Clément VII (ou contre ses rivaux) et qu’un Nicolas de Clamanges ait pu écrire: « L’origine du schisme, la racine de tout le désordre, c’est l’argent. 580 bis »

Par ailleurs, il ne faudrait pas négliger l’évolution de la conjoncture. Le XIVe siècle est une époque de crise. J’en ai souligné les aspects violents. Il serait bon de réfléchir aux incidences économiques de cette crise 581. L’effet de la crise sur l’Eglise /170/ me paraît assez bien illustré par l’état matériel des églises, bâtiments de culte, presbytères, etc. des pays victimes des troubles du XIVe siècle 582. Le renversement de conjoncture a ainsi affecté gravement les revenus ecclésiastiques, tout comme elle affectait les assises économiques du monde seigneurial. Faut-il tellement s’étonner, dès lors, que souvent la détresse financière, jointe aux impératifs de la diplomatie, ait mis chacun des deux pontifes à la merci des princes temporels et leur ait, de ce fait, dicté des démarches ou des attitudes, qui trouvèrent des censeurs énergiques pour les condamner ? Le début du concile de Constance fera bien voir le discrédit frappant en 1415 le pape et les cardinaux dans l’opinion publique 583.

En attendant, dans les dernières années du siècle, on commençait à préférer la voie de cession 584, c’est-à-dire l’abdication simultanée des papes, à une voie de fait si onéreuse et si décevante. C’était cependant ce que redoutait chaque pontife dans son obédience et, pour son compte, Clément VII espérait encore recouvrer l’autre moitié de la chrétienté, grâce à une expédition française conduite par Charles VI. Au début de 1392 cependant, des difficultés surgissaient, notamment entre la France et l’Angleterre, et le projet de chevauchée en Italie subissait quelque retard 585.

C’est dans ces alternatives d’espoirs et de déceptions que Clément VII allait brusquement être le dernier prince de la maison de Genève. En mars 1392, le comte Pierre de Genève rendait le dernier soupir en Avignon, à la cour de son frère; il ne laissait pas d’enfants. Comme dans son testament il avait /171/ déshérité son plus proche parent, Clément VII 586, conformément déjà au testament de leur frère Aimon III 587, la succession ne va pas sans difficultés. Clément VII, se fondant sur sa parenté avec Pierre de Genève et sur les testaments de son père, Amédée III 588, et d’un autre frère, le comte Jean 589, hérite du comté. Il n’y remettra pas les pieds 590, se contentant de goûter de loin aux fromages et vacherins de son pays 591. Il confie l’administration de ses terres à sa mère et à quelques hommes de confiance et de métier. Il nomme receveur général Nicolas des Graviers 592, et chancelier du comté un clerc de la Chambre apostolique, Pierre de Juys 593. Il met la main sur le trésor comtal, car comme toujours il avait un pressant besoin d’argent. Pierre de Juys en effet recueille le 8 juin 1392 dans une tour du château d’Annecy 2099 écus d’or et 3401 florins de 12 sous genevois et, le 17 juillet, il reçoit de Jean Pollier, marchand d’Annecy, 816 florins de Genève comme solde de compte 594.

Clément VII doit négocier avec sa belle-sœur, la comtesse de Genève et de Vaudémont, Marguerite, qui devait se marier une troisième fois avec un fils du duc de Lorraine en 1393. Une transaction a lieu le 10 juin 1392 595. Clément VII avait délégué trois hommes de confiance: Pierre de Juys, nouveau chancelier du comté, le donzel Nicolas de Hauteville, capitaine général du Comtat Venaissin, et Guillaume de Vienne, sire de St-Georges et Ste-Croix, époux de Louise de Villars, nièce du pape. Puis Clément VII assure à la maison de Villars, selon le testament de son frère Pierre, l’héritage du comté de Genève, en la personne de son neveu Humbert, fils d’Humbert VII de Villars et de Marie de Genève. Il était en excellents termes d’ailleurs avec cette /172/ famille, puisqu’il avait choisi Odon de Villars, frère d’Humbert VII, d’abord comme capitaine d’Avignon le 22 juin 1381 596, puis comme vice-recteur et régent du Comtat Venaissin, en remplacement d’Henri de Sévery.

Enfin il récompense une foule d’amis et de serviteurs, et accorde à ses sujets certaines faveurs: le 5 janvier 1393, il oblige les ecclésiastiques d’Annecy à contribuer à la construction de l’enceinte de leur ville et exempte tous les habitants du comté de répondre en justice hors du comté pour un délai de cinq ans 597.

Vis-à-vis du comte de Savoie, Clément VII se sent mal à l’aise. Comme pape, il se refuse à prêter hommage de fidélité pour certaines terres. On trouve finalement une solution: le comte de Savoie accordait aux envoyés de Clément VII, Pierre de Juys, chancelier, Nycod (ou Nicolas) de Hauteville, bailli du comté de Genève, et Pierre Girin, un délai de deux ans pour prêter serment (12 mars 1393) 598.

Ce délai était plus long qu’il ne fallait. Après une légère indisposition de trois jours 599, comme le pape rentrait dans ses appartements après avoir entendu le messe, le mercredi 16 septembre 1394 au matin, il fut foudroyé par une attaque d’apoplexie /173/ « circa horam diei decimam », avant même d’avoir pu prendre un verre de vin pour se réconforter 600. Certains pensent que la lettre de l’Université de Paris sur le schisme, qu’il avait reçue et jugée perfide et qui l’avait rendu mélancolique, fut pour quelque chose /174/ dans sa disparition inattendue 601. Il n’avait que cinquante-deux ans, dont seize années de pontificat.

Il fut enseveli en Avignon le vendredi 18 septembre, en présence de vingt-deux cardinaux, dans la cathédrale de N.-D. des Doms, à côté du tombeau de Jean XXII 602. C’était une sépulture provisoire et, le 8 septembre 1401, il est transféré solennellement dans l’église en construction du couvent des Célestins, qu’il avait /175/ fondé, et son tombeau y subsistera jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Il y reposait près des reliques du fameux Pierre de Luxembourg, qu’il éleva au cardinalat à l’âge de dix-sept ans et qui fut canonisé peu après sa mort. Il se mettait ainsi sous la protection d’un saint qui l’avait ardemment soutenu dans le conflit d’obédience et dont les miracles avaient contrebalancé les mérites de Catherine de Sienne 603. /176/

La Révolution, qui détruisit tant d’œuvres d’art, ne nous a légué du monument funéraire pontifical que la tête du pape, d’ailleurs fort mutilée, conservée de nos jours au musée Calvet d’Avignon [Voir page 1]. Valois a repéré un autre portrait dans un missel qui /177/ a appartenu à Clément VII 604. Pour compléter l’iconographie, citons le dessin à la plume que nous avons retrouvé dans un des registres de lettres, et qui fut exécuté en novembre 1386 par un des copistes du palais d’Avignon 605.

Clement VII
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Pl. II. Lettrine représentant le pape Clément VII.
Première page d’un cahier de la neuvième année (1386/7).
La lettre concerne Jean de Brogny, originaire du comté de Genève.
Archivio Segreto Vaticano, R. Av. 248, f. 138 r. (H. 29 cm, L. 22 cm)

C’est peu de chose, mais nous pouvons compléter ces documents par les récits de contemporains 606. De taille élevée et de /178/ mine affable, Clément VII avait le front haut et large, les traits assez réguliers 607; il était plutôt maigre. Il louchait, ce que confirme le dessin des archives du Vatican. D’une stature avantageuse, il avait de la prestance, de l’aisance, quoiqu’il fût légèrement boiteux. Sa santé semble avoir été excellente. On ne remarque qu’une fois la mention d’une maladie, en automne 1388 608. Il écrivait avec facilité et parlait bien plusieurs langues, d’une voix sonore. On appréciait l’élégance avec laquelle il célébrait les offices, l’agrément de sa conversation, sa générosité. Intelligent, voire rusé, il avait peut-être plus de sens politique que de piété.

Issu d’une famille princière, il en avait la formation, mais aussi les préjugés, encore qu’il ne faille pas lui attribuer sur le chapitre noblesse l’idée exclusive qu’en aura plus tard l’Ancien Régime: il réservera autant de faveur en fin de compte à un Jean de Brogny, de modeste origine, qu’à un Jean de Murol, ami d’enfance, issu de la famille des comtes d’Estaing. Mais il n’en reste pas moins qu’il ne s’opposera guère à l’évolution qui portait les papes à considérer prieurés et abbayes plus comme des fermes à partager entre favoris et princes de l’Eglise, que comme des maisons de Dieu. Son énergie et ses talents sont attestés par sa légation de près de deux ans en Italie du Nord et l’activité qu’il y déploya. C’est dans ses qualités d’homme d’Etat et d’action que ses collègues du Sacré-Collège placèrent leurs /179/ espoirs: ils songèrent à lui quand la situation devint franchement mauvaise, dans l’été de 1378, alors qu’au printemps aucun d’entre eux probablement n’eût soutenu sa candidature 609. Ils ne furent pas trompés et Clément VII se montra meilleur diplomate que son rival. Plaça-t-il sa tiare au-dessus des intérêts supérieurs de la chrétienté ? N’oublions pas que ces « intérêts supérieurs » ne devaient pas être si apparents et nettement définis pour les acteurs du drame. Avant d’accuser son ambition, il faut encore se souvenir qu’ambition et conscience devaient forcément se mêler étroitement dans une telle situation et qu’en acceptant l’arbitrage d’un concile, même universel, il plaçait le concile au-dessus du Saint-Siège, en contradiction avec un des critères majeurs et les principes les plus stricts de la politique pontificale de tous les temps, qui finit par imposer à l’Eglise romaine son régime de monarchie absolue universelle. Un Grégoire VII ou un Innocent III auraient-ils accepté l’arbitrage d’un concile ? Elu et couronné, intronisé, imbu de la réalité de sa mission, un pape peut-il s’avouer intrus après plusieurs années de règne ? Peut-il se reconnaître coupable de ce péché d’orgueil et s’avouer tout bonnement « diabolico spiritu instigatus » ? Non, abdiquer n’était pas si simple !...

Cependant, pour la première fois, la chrétienté était scindée en deux moitiés de forces sensiblement égales. L’obédience de Rome était plus étendue et elle comprenait cet atout majeur qu’était le véritable siège apostolique. Le succès du Jubilé de 1390 avait fait voir quelle en était l’importance aux yeux des fidèles 610. Mais bien des contrées urbanistes étaient périphériques, peu peuplées et fort éloignées du siège pontifical. En revanche l’obédience avignonnaise formait un bloc plus /180/ homogène de territoires contigus. La position centrale d’Avignon en facilitait le contrôle et le gouvernement.

L’excellente étude de M. Jean Favier a fait ressortir l’inégalité de la capacité financière des deux obédiences 611. Clément VII eut pour sa part les pays où l’organisation administrative et la fiscalité pontificales s’étaient le plus développées 612. Les meilleurs contribuables sont donc dans le camp avignonnais, les moins bons, dans celui d’Urbain VI.

Après les territoires et les ressources, voyons les services. D’emblée, et nous savons pourquoi, Urbain VI s’était aliéné la majeure partie de la Cour de Rome, notamment toute la Chambre apostolique, ce qui le privait des services administratifs et des archives. Dans les trente années qui suivirent, les papes de Rome se montrèrent incapables de se constituer une administration comparable à celle de leurs rivaux 613 et nous soulignons plus loin combien la continuité avignonnaise fut profitable à l’Eglise 614.

Ainsi donc, de par leurs forces et leurs faiblesses, les deux obédiences s’équilibraient et pour peu que les cardinaux d’Avignon se décident, eux aussi, à donner un successeur à leur pontife défunt, le schisme allait durer.

 


 

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Deuxième partie

L’ÉDITION DES LETTRES, SUPPLIQUES ET ACTES DIVERS DE CLÉMENT VII ET LA CHANCELLERIE DE CE PONTIFE

 

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L’édition des actes de Clément VII

La première impression qui frappe le jeune archiviste venu travailler à l’Archivio Segreto et qui le change des archives provinciales, pittoresques comme la tour de Valère, où l’électricité n’était pas encore parvenue, ou fonctionnelles comme les archives vaudoises de la rue du Maupas, c’est la masse, la masse accablante de documents. Nul ne peut dire combien de millions de pages se cachent derrière les quelque 27 000 volumes que Mgr Mercati, amusé et condescendant, laissait tomber dans la conversation, du haut de sa chaire, aux Américains naïfs venus photocopier l’ensemble des Archives pontificales pour leur Université. Cette masse, qui les accabla malgré les myriamètres de film dont ils étaient certainement pourvus, accable aussi une fois ou l’autre qui s’y risque. Et c’est avec la papauté avignonnaise que l’ample développement des archives commence, bien qu’une masse énorme d’actes, la majorité probablement, soient perdus. Le professeur Lenzweger de Linz évaluait (on ne peut songer à compter), pour les lettres et suppliques seulement, de 1305 à 1378, les 206 Regesta Avenionensia, les 250 Regesta Vaticana et les 49 Regesta Supplicationum à environ 375 000 pages.

Si je reprends les chiffres de M. Lenzweger pour les appliquer aux pièces de Clément VII, j’obtiens pour les Registres d’Avignon, du Vatican et les Suppliques ainsi que pour les autres séries le total de plus de 110 000 pages, dont 17 000 environ concernent les pièces comptables. Cent mille pages, où les abréviations, une, parfois deux et plus par mot, réduisent de la bonne moitié la dimension du texte, posent de tout autres problèmes de publication que le manuscrit littéraire d’une œuvre ou tel cahier, ou tel registre d’archives. Publier l’ensemble est impensable actuellement et d’ailleurs pour avoir contribué à reclasser un ou deux documents, égarés parmi les miens dans le /184/ beau désordre que nous a légué le passé, je ne puis affirmer que désormais la totalité des pièces soient connues, mais ce que l’on retrouvera ne sera guère que l’exception.

Dans ces conditions, la présente édition 1 appelle quelques explications préliminaires, avant que nous ne passions à la description des rapports entre la chancellerie et les clercs.

Présentant essentiellement les bulles et les suppliques, nous avons excepté de cette publication les actes de caractère financier, soit les quittances, les ordres de paiement, etc., les réservant pour une recherche ultérieure. Ils ont une importance considérable, mais leur caractère particulier nous a incité à les mettre à part. Par contre, notre choix s’est porté sur:

— tous les documents mentionnant un lieu de nos diocèses;

— tous les documents mentionnant un fonctionnaire originaire de nos diocèses, cité à propos d’une autre contrée. Nous avons cependant résumé brièvement en français ce qui n’est pas intéressant pour la région délimitée par nos diocèses de Genève, Lausanne et Sion et l’Ajoie comprise dans le diocèse de Besançon ;

— tous les actes ou pièces intéressant la carrière d’un personnage issu de nos diocèses.

Il faut toutefois faire quelques réserves. D’abord seul un dépouillement sur fiches de tous les actes, bulles ou suppliques, permettrait une publication parfaite de tous ces documents. /185/ Il se peut donc que quelque bulle ou quelque supplique nous ait échappé 2. Par contre, après l’analyse scrupuleuse des registres et après avoir éliminé, dans ce fouillis, ce qui était d’un autre pontificat 3, nous pensons pouvoir garantir la date de tous les actes donnés. Une autre réserve concerne les noms de personnes : quand le diocèse est nommé, il n’y a pas de doute possible; mais ce n’est pas toujours le cas et même si le personnage est un Romand, il peut être question d’un diocèse d’une tout autre région. De là certaines hésitations. Le nom de Favre, Lefèvre, Fabre, Fabri, etc. est bien fréquent. Tous les personnages désignés par Fabri ne sont donc pas des Fabri de la Roche-sur-Foron 4. Ainsi, par exemple, nous avons écarté avec bien d’autres Fabri, un Geraldus et un Raymundus Fabri 5 mentionnés au diocèse de Cahors; et ce Pierre Fabri 6, viguier d’Avignon, mentionné le 24 décembre 1380, il est téméraire d’en faire un Romand. Autre cas: la famille de Albiaco. Si Fabri peut paraître commun, Albiacum, un village, peut sembler plus sûr. Détrompez-vous : il y a bien Alby au comté de Genève, mais aussi Albiez en Maurienne, par ailleurs bien proche. De fait, les trois de Albiaco, Aymon, Martin et Jean, accusés d’homicide, sont d’Albiez 7. Un dernier cas: Jean de Murol, évêque de Genève de 1378 à 1385, devint cardinal du titre de S. Vital, avec tout ce que ce rang comporte de lettres, de parts à la curée sur les bénéfices. Fallait-il mentionner chaque prieuré ou chaque portion d’un canonicat en Espagne ? Nous avons écarté cet Auvergnat pour tout /186/ ce qui ne concernait pas le diocèse de Genève. Que ceux qui songeraient à nous le reprocher jettent un coup d’œil sur la table des noms, à Jean de Brogny, par exemple, qui n’eut pas plus de bénéfices que lui. Il fallait donc une limite.

De plus, nous ne faisons que citer en note les doubles, les copies, ce qui va de soi, et aussi les suppliques dont nous avons la bulle correspondante. Comme la bulle est rédigée d’après la supplique et qu’elle est plus importante, nous avons évité de dire deux fois exactement la même chose. L’exemple donné plus loin justifiera ce point de vue. Il va de soi que si la supplique donne un détail de plus, nous l’avons mentionné.

Enfin nous avons exclu les actes in eodem modo qui ne fournissent pas le nom de l’exécuteur, mais seulement son titre ou sa fonction. C’était sans importance pour nous.

Il ne faut pas perdre de vue en outre que ces pièces exclues ou citées seront un jour publiées par celui qui s’attachera à l’étude du diocèse qu’elles concernent.

Les suppliques dont nous n’avons pas retrouvé la lettre correspondante sont intercalées chronologiquement. Parfois nous avons eu quelques difficultés, la même demande étant représentée sous une autre date dans un autre registre 8. D’autre part, les rotuli émanés de personnes de nos diocèses sont en principe jugés comme faisant un tout et publiés comme tels, en conservant leur disposition particulière.

Tous les actes sont donnés dans l’ordre chronologique, sans tenir compte des différences de nature, ou du volume qui les a fournis; ils sont numérotés et c’est ce numéro qui est cité comme référence dans les tables ou les notes. La bulle in eodem modo est considérée comme formant un acte distinct, puisque c’était effectivement le cas.

Les abréviations ont été limitées à un choix restreint 9; elles ne sont pas toujours utilisées, lorsque leur emploi eût rendu le sens moins clair. Nous avons tenu compte du fait que cette édition n’était pas réservée à des spécialistes du latin médiéval, /187/ qui nous pardonneront ici et là une explication de grammaire ou de vocabulaire qui leur paraîtra élémentaire.

Le commentaire, limité, est donné à la fin de chaque acte. Nous avons cherché, à l’aide de ces notes, à faciliter la consultation de ces pièces d’archives et parfois à en aider l’interprétation. Par exemple, nous ne donnons pas une date comme le Corpus Domini, trop connue, mais nous indiquerons la Saint-Antoine, etc. Par-ci, par-là, nous avons mis un nom de pape, indiqué une source d’information qui sera, pensons-nous, de quelque utilité pour un début de recherche, note qui n’est pas exhaustive, il va sans dire. Nous avons aussi corrigé ici et là, très rarement, il est vrai, une orthographe erronée. Chaque fois l’italique signale les lettres changées et nous fournissons la graphie du manuscrit en note. De même l’italique indique dans le texte un mot essentiel, mais disparu ou omis par le copiste. Le commentaire précise, chaque fois qu’il s’agit d’une omission du copiste, que le mot manque dans le manuscrit. Les variations dans l’orthographe des noms propres sont d’ailleurs respectées avec soin. Bien des textes hélas ont souffert de l’humidité au point de n’être plus qu’une trame légère, où l’illisible le dispute aux lacunes pures et simples.

L’aspect de cette édition a frappé plusieurs personnes à qui j’en ai montré quelques pages. Cette succession de mots séparés par des points de suspension a de quoi surprendre. Elle s’inspire pourtant à la fois des éditions françaises de l’Ecole du palais Farnèse et des travaux belges de Hanquet ou Berlière. Plutôt que de traduire l’essentiel en français, ce qui donne un texte plus long ou des phrases impossibles, plutôt que de mettre juste une référence à la mode du Repertorium de Göller, ce qui peut entraîner des erreurs 10 et n’est pas une publication de documents, nous avons préféré donner de chaque acte l’essentiel, le squelette du texte, en le dépouillant des innombrables formules creuses ou /188/ adjonctions, dont l’effet rhétorique ne nous émeut plus, mais pourrait par ailleurs dérouter un lecteur ou fausser une citation. Ainsi, nous avons cherché à respecter à la fois le texte original, la grammaire et le sens d’une part, le temps de l’historien et une économie raisonnable du papier d’autre part. Chaque phrase se tient, la ponctuation étant résolument moderne, car le lecteur d’aujourd’hui n’est pas habitué à la ponctuation fantaisiste d’autrefois. De plus, quand les lettres se confondent, c et t par exemple, et lorsqu’il fallait résoudre une abréviation, nous avons donné l’orthographe qui se rapproche le plus de celle utilisée par les textes scolaires. Le procédé est arbitraire, mais la lecture est facilitée et notre but est avant tout de mettre les documents que nous avons recueillis à la portée du plus grand nombre d’historiens ou d’amateurs cultivés 11. Parfois nous n’avons pu résister au plaisir de donner des extraits plus longs que nécessaire, mais qui donnent leur saveur au texte 12. Ils sont hélas rares, de tels passages, perdus dans la masse des pièces administratives !

L’« arenga », ce préambule que l’usage plaçait au début des lettres pour leur conférer un caractère juste, les situer sur le plan moral, et donner en quelque sorte à une décision intéressée et contingente le caractère de cas particulier dans le cadre d’une éthique universelle, a été laissé soigneusement de côté, sauf s’il avait une certaine valeur pour le texte 13.

Voici d’ailleurs quelques exemples qui illustreront la méthode employée. Tout d’abord un exemple de bulle complète du 5 septembre 1387. Nous donnons en italique les mots que nous avons conservés 14 et en caractères ordinaires ceux qu’il nous a paru inutile de publier. /189/

 

Bulle pontificale accordant au cardinal Jean de Brogny le canonicat et l’archidoyenné de Sagonte en Espagne.
 

R. Av. 248, f. 36 r-37 v
5 septembre 1387

Dilecto filio Johanni tituli Sancte Anastasie presbytero cardinali salutem et apostolicam benedictionem.

Dum ad personam tuam, quam divina clementia magnis dotavit muneribus gratiarum, paterne considerationis dirigimus intuitum et attente perspicimus quod tu Romanam ecclesiam, cuius honorabile membrum existis, tuorum honoras magnitudine meritorum, dignum reputamus et congruum ut Sedem apostolicam reperias in exhibitione gratie munificam et etiam liberalem.

Dudum siquidem omnes dignitates, personatus et officia ceteraque beneficia ecclesiastica quorumcumque capellanorum Sedis apostolice tunc vacantia et in antea vacatura collationi et dispositioni nostre reservavimus, decernentes extunc irritum et inane si secus super hiis a quoquam, quavis auctoritate, scienter vel ignoranter, contingeret attentari, et deinde, archidiaconatu de Muroveteri in ecclesia Valentina, quem quondam Johannes de Cabrespino, archidiaconus de Muroveteri in eadem ecclesia dicteque Sedis capellanus dum viveret, obtinebat, per obitum ipsius Johannis, qui extra Romanam Curiam diem clausit extremum, vacante, tu, sicut accepimus, reservationis et decreti predictorum inscius vigore quarundam litterarum nostrarum, per quas duo beneficia ecclesiastica in civitate et diocesi Valentinen. consistentia, etiam si dignitates vel personatus et unum eorum in dicta ecclesia existerent, ad quorumcumque collationem, provisionem, electionem, presentationem seu quamvis aliam dispositionem pertinentia expectabas, archidiaconatum predictum sic vacantem infra tempus debitum acceptasti et de illo tibi provideri fecisti licet de facto. Cum autem dictus archidiaconatus adhuc per obitum dicti Johannis vacare noscatur nullusque preter nos hac vice de illo disponere potuerit neque possit, reservatione et decreto obsistentibus supradictis, nos, volentes tibi, ut incumbentia tibi expensarum onera, que te oportet continue subire, facilius supportare valeas, de alicuius subventionis auxilio providere gratiamque facere specialem, canonicatum ipsius ecclesie ac dictum archidiaconatum sic vacantem, etiam si dictus Johannes /190/ fructuum et proventuum Camere apostolice debitorum collector vel subcollector seu hospitiorum Romane Curie taxator aut dicte Sedis familiaris vel alias officiarius fuerit, cum plenitudine juris canonici ac omnibus juribus et pertinentiis suis, motu proprio, non ad tuam vel alterius pro te nobis super hoc oblate petitionis instantiam, sed de nostra mera liberalitate, apostolica tibi auctoritate conferimus et de illis etiam providemus. Prebendam vero, si qua in dicta ecclesia vacat ad presens vel cum vacaverit, quam tu per te vel procuratorem tuum ad hoc legitime constitutum infra unius mensis spatium, postquam tibi vel eidem procuratori vacatio illius innotuerit, duxeris acceptandam, conferendam tibi post acceptationem huiusmodi cum omnibus juribus et pertinentiis suis motu simili donationi apostolice reservamus, districtius inhibentes venerabili fratri nostro episcopo et dilectis filiis capitulo Valentinensibus ac illi vel illis, ad quem vel ad quos in eadem ecclesia prebendarum collatio, provisio, presentatio, seu quevis alia dispositio pertinet communiter vel divisim, ne de huiusmodi prebenda interim etiam ante acceptationem eandem, nisi postquam eis constiterit quod tu vel procurator predictus illam nolueritis acceptare, disponere quoquo modo presumant, ac decernentes irritum prout est et inane, si secus de dicto archidiaconatu a quoquam, quavis auctoritate, scienter vel ignoranter attemptatum forsan est hactenus vel de ipso et aliis premissis contigerit imposterum attemptari, non obstantibus de certo canonicorum numero et aliis quibuscumque statutis et consuetudinibus dicte ecclesie et illo presertim, quod caveri dicitur, quod nullus ibidem dignitatem, personatum vel officium obtinere valeat, nisi sit ipsius ecclesie canonicus actu prebendatus, contrariis juramento, confirmatione apostolica vel quacumque firmitate alia roboratis, aut si aliqui apostolica vel alia quavis auctoritate in eadem ecclesia in canonicos sint recepti vel ut recipiantur insistant, seu si super provisionibus sibi faciendis de canonicatibus et prebendis ac dignitatibus, personatibus vel officiis ipsius ecclesie speciales aut aliis beneficiis ecclesiasticis in illis partibus generales dicte Sedis vel legatorum eius litteras impetrirent, etiam si per eas ad inhibitionem, reservationem et decretum vel alias quomodolibet sit processum, quibus omnibus in archidiaconatus, in prebende vero predictorum, /191/ assecutione ceteris preterquam auctoritate nostra in ecclesia ipsa receptis vel prebendas expectantibus in eadem te volumus anteferri, sed nullum per hoc eis quoad assecutionem prebendarum ac dignitatum, personatuum vel officiorum aut beneficiorum aliorum prejudicium generari, aut si eisdem episcopo et capitulo vel quibusvis aliis communiter vel divisim a predicta sit Sede indultum, quod ad receptionem vel provisionem alicuius minime teneantur et ad id compelli non possint quodque de canonicatibus et prebendis ac dignitatibus, personatibus vel officiis ipsius ecclesie aut aliis beneficiis ecclesiasticis ad eorum collationem, provisionem, presentationem seu quamvis aliam dispositionem, coniunctim vel separatim spectantibus nulli valeat provideri per litteras apostolicas non facientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de indulto huiusmodi mentionem et qualibet alia dicte Sedis indulgentia generali vel speciali cuiuscumque tenoris existat, per quam presentibus non expressam vel totaliter non incertam effectus huiusmodi nostre gratie impediri valeat quomodolibet vel differri et de qua cuiusque toto tenore habenda sit in nostris litteris mentio specialis, aut si presens non fueris ad prestandum de observandis statutis et consuetudinibus ipsius ecclesie solitum juramentum ad cuius presentationem, dummodo per procuratorem ydoneum illud prestes, te volumus non teneri. Nos enim tecum, ut dictum archidiaconatum libere recipere et una cum ecclesia Sancte Anastasie de Urbe, que titulus tui cardinalatus existit, ac prioratibus, dignitatibus, personatibus, officiis, canonicatibus et prebendis, ecclesiis et aliis beneficiis ecclesiasticis secularibus et regularibus, cum cura et sine cura, que obtines et expectas et in quibus et ad que jus tibi quomodolibet competit, quotcumque et qualiacumque fuerint, licite retinere valeas, generalis concilii et quibuscumque aliis constitutionibus apostolicis et statutis et consuetudinibus supradictis contrariis nequaquam obstantibus, motu simili auctoritate predicta de uberioris dono gratie dispensamus, proviso quod prioratus, dignitates, personatus et officia, canonicatus et prebende, ecclesie et alia beneficia supradicta debitis non fraudentur obsequiis et animarum cura in eis, quibus illa imminet, nullatenus negligatur. Nulli ergo omnino homini liceat paginam nostre collationis, provisionis, /192/ constitutionis, dispensationis et voluntatis infringere vel eis temerario contraire. Si quis autem hoc attemptare presumpserit, indignationem omnipotentis Dei et Beatorum Petri et Pauli apostolorum eius se noverit incursurum.

Datum apud Ruppemmauram Avinionensis diocesis nonis septembris pontificatus nostri anno nono.

In eodem modo venerabilibus fratribus Aniciensi et Vasionensi episcopis ac dilecto filio officiali Valentinensi salutem et apostolicam benedictionem.

Dum exquisitam etc. usque negligatur. Quocirca discretioni vestre per apostolica scripta mandamus quatenus vos vel duo aut unus vestrum per vos vel alium seu alios eundem Johannem cardinalem vel procuratorem suum eius nomine exnunc auctoritate nostra in dicta ecclesia in canonicum recipi faciatis et in fratrem, stallo sibi in choro et loco in capitulo ipsius ecclesie cum dicti juris plenitudine assignatis, inducentes eum vel procuratorem suum eius nomine in corporalem possessionem archidiaconatus juriumque et pertinentiarum predictorum et deffendentes inductum, amoto exinde quolibet detentore, ac facientes ipsum vel dictum procuratorem pro eo ad huiusmodi archidiaconatum, ut est moris, admitti. Prebendam vero per vos, ut premittitur, reservatam, si tempore reservationis huiusmodi vacabat aut postea vacavit, vel cum vacaverit, eidem Johanni cardinali post acceptationem predictam cum omnibus juribus et pertinentiis supradictis, auctoritate predicta, conferre et assignare curetis, facientes ipsum vel procuratorem pro eo dicte prebende pacifica possessione gaudere sibique de ipsorum canonicatus et prebende et archidiaconatus fructibus, redditibus, proventibus, juribus et obventionibus universis integre responderi, non obstantibus omnibus supradictis, seu si prefatis episcopo et capitulo vel quibusvis aliis, communiter vel divisim, a predicta sit Sede indultum quod interdici, suspendi vel excommunicari non possint per litteras apostolicas non facientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de indulto huiusmodi mentionem. Contradictores auctoritate nostra appellatione postposita compescendo. Datum ut supra, (Expedita... mentio deficit). Tradita parti XII kalendarum aprilis anno decimo. Johannes (Abonis). /193/

 

Voici un autre exemple de bulle complète, d’un autre modèle, que nous réduisons généralement très fortement.

R. Av. 212, f. 462 r-v

X
A
X

Clemens episcopus servus servorum Dei a dilecto filio officiali Gebennensi, salutem et apostolicam benedictionem.

Dignum arbitramur et congruum, / ut illis se reddat Sedes apostolica gratiosam, quibus ad id propria virtutum merita laudabiliter / sufragantur b. Volentes igitur dilectum filium Aymonem Fabri, presbiterum Gebennensis diocesis apud / nos de vite ac morum honestate aliisque probitatis et virtutum meritis multipliciter / commendatum, horum intuitu favore prosequi gratioso, discretioni tue per apostolica scripta mandamus, quatenus, si / post diligentem examinationem dictum Aymonem ad hoc ydoneum esse repperieris, super quo tuam / conscientiam oneramus, beneficium ecclesiasticum cum cura vel sine cura, consuetum clericis secularibus / assignari, cuius fructus, redditus et proventus, si beneficium ipsum in partibus in quibus antiqua / taxatio decime ad medietatem eiusdem taxationis non est reducta c et cum cura sexaginta / et si sine cura quadraginta, si vero in aliis partibus et cum cura quadraginta et si / sine cura extiterit triginta librarum turonensium parvarum secundum taxationem huiusmodi decime valorem / annuum non excedant, ad collationem, provisionem, presentationem seu quamvis aliam dispo/sitionem dilectorum filiorum prioris et conventus prioratus Sancti Vitoris extra muros Gebennenses d /Cluniacensis ordinis communiter vel divisim pertinens, si quod vacat ad presens vel cum vacaverit, quod / idem Aymo per se vel procuratorem suum ad hoc legitime constitutum infra unius mensis spa/cium, postquam sibi vel eidem procuratori vacatio illius innotuerit, duxerit acceptandum, con/ferendum eidem Aymoni post acceptationem huiusmodi cum omnibus iuribus et pertinentiis suis au/ctoritate nostra donationi tue reserves, districtius inhibendo eisdem priori et conventui, ne / de huiusmodi beneficio interim etiam ante acceptationem eandem, nisi postquam eis constiterit, quod / Aymo vel procurator predicti illud noluerint acceptare, disponere quoquomodo presumant / ac nichilominus beneficium /194/ huiusmodi, quod reservabis e, si, ut preffertur, vacat vel cum va/caverit, eidem Aymoni, post acceptationem huiusmodi cum omnibus iuribus et pertinentiis antedictis / eadem auctoritate conferre et assignare procures, inducens per te vel alium seu alios / eundem Aymonem vel procuratorem suum pro eo in corporalem possessionem beneficii ac iurium et pertinentium / predictorum et deffendens inductum ac faciens sibi de ipsius beneficii fructibus, redditibus, / proventibus, iuribus et obventionibus universis integre responderi, contradictores per censuram ecclesiasticam appellatione / post posita compescendo, non obstante si aliqui super provisionibus sibi faciendis de / huiusmodi vel aliis beneficiis ecclesiasticis in illis partibus speciales vel generales dicte Sedis vel lega/torum eius litteras inpetrarint, etiam si per eas ad inhibitionem, reservationem et decretum vel / alias quomodolibet sit processum, quibus omnibus preterquam auctoritate nostra huiusmodi beneficia ex/pectantibus dictum Aymonem in assecutione beneficii huiusmodi volumus anteferri, sed // nullum valeat f per hoc eis quo ad assecutionem beneficiorum aliorum preiudicium / generari, seu si eisdem priori et conventui vel quibus aliis communiter vel divisim a predicta / sit Sede indultum, quod ad receptionem vel provisionem alicuius minime teneantur / et ad id compelli aut quod interdici, suspendi vel excommunicari non possint quodque de huiusmodi vel aliis / beneficiis ecclesiasticis ad eorum collationem, provisionem, presentationem seu quamvis aliam dispositionem con/iunctim vel separatim spectantibus nulli valeat provideri per litteras apostolicas non facientes plenam / et expressam ac de verbo ad verbum de indulto huiusmodi mentionem et qualibet alia dicte Sedis / indulgentia generali vel speciali, cuiuscumque tenoris existat, per quam presentibus non expressam / vel totaliter non insertam effectus earum impediri valeat quomodolibet vel differri et de qua, cuiusque / toto tenore habenda sit in nostris litteris mentio specialis, seu si hodie pro alio vel aliis / super equali vel equalibus gratia vel gratiis de simili beneficio ad collationem, provisionem, presentationem seu quam/vis aliam dispositionem dictorum prioris et conventus communiter vel divisim pertinente litteras / nostras duxerimus concedendas. Nos enim tam illas quam presentes /195/ effectum sortiri volumus, / quacumque constitutione apostolica contraria non obstante. Et insuper, si dictus Aymo ad hoc repertus / fuerit ydoneus, ut prefertur, exnunc perinde irritum decernimus et inane, si secus super hiis / a quoquam quavis auctoritate scienter vel ignoranter contigerit g attemptari ac si die date h / presentium huiusmodi beneficium, si quod tunc vacabat vel cum vacaret, quod idem Aymo per se vel / procuratorem suum, ut premittitur, duceret acceptandum, conferendum eidem Aymoni donationi apostolice / cum interpositione decreti duxissemus specialiter reservandum.

Datum Fundis XVI kalendas decembris pontificatus nostri anno primo.

Notes: a) Ces mots manquent dans le ms., car ils sont le plus souvent omis dans nos registres. Ils figurent par contre en tête des bulles, b) Le ms. porte sufrangatur. c) Le ms. porte reduta. d) Le ms. porte Geben. e) Le clerc avait écrit reservabit et corrigea son mot en transformant le t final en s. f) Ce mot est exponctué sur le ms., mais reste nécessaire au sens. g) Le ms. porte contingerit. h) Le ms. porte dat.

Ramené à l’essentiel, ce texte prendra la forme suivante dans notre édition :

165 R. Av. 212, f. 462 r-v
16 novembre 1378

D. f. officiali Gebennen. ...

... d. f. Aymonem Fabri, presb. Gebennen. dioc. ... mandamus quatenus... benef. ecclesiasticum cum cura vel sine cura, consuetum clericis secularibus assignari, (fructus cum cura 60/40, sine cura 40/30 Lib. T. p.), ... ad coll. ... prioris et conventus prioratus S. Vitoris extra muros Gebennen. clun. o. ... pertinens, ... conferendum eidem Aymoni... reserves... .

Dat. Fundis XVI kal. dec. p. n. a. primo.

A titre de curiosité, nous donnons ici un texte de supplique relativement peu abrégé, tel qu’on peut le lire en réalité; les points remplacent un signe d’abréviation plus ou moins bien tracé. Nous le faisons suivre du texte complet, tel qu’il doit être transcrit, puis de la version que nous en donnons. /196/

R. Supl. 77, f. 56 v
2 février 1390

Item silem gram facien. Jacobo de Arsina pbro Gebennen. dioc./ de bnficio ecciastico cu cura ul sine cura vacan. ul vacaturo spectan. / coit. ul divisi ad coll &c. Epi ppositi & capli singulor.q. cancor. eccie / Gebennen. nec non curator. civitat. et. si in dicta eccia catheli fu.it/ dicto Ja. digni mir. pvide. non obstan. q. dictus Jacobus quandam / ppetuam capellania in eccia Gebennen. obtineat & cum cet.is no/ obstan & clis oportun. « fiat p omnbus » G.

Datu Avinion scdo Idus febr. Anno duodecimo.

Sine alia lectoe &cu comiss. examis ad pt. pro Absent.

fiat. G.

 

Item similem gratiam facientes Jacobo de Arsina presbitero Gebennensis diocesis / de beneficio ecclesiastico cum cura vel sine cura vacante vel vacaturo spectante/ communiter vel divisim ad collationem etcetera episcopi, prepositi et capituli singulorumque canonicorum ecclesie / Gebennensis, nec non curatorum civitatis, etiam si in dicta ecclesia cathedrali fuerit, /dicto Jacobo dignemini misericorditer providere, non obstante quod dictus Jacobus quandam/ perpetuam capellaniam in ecclesia Gebennenis obtineat, et cum ceteris non/ obstantibus et clausulis oportunis. Fiat pro omnibus. Gebennensis. / Sine alia lectione et cum commissariis / examinis ad partes pro absente. Fiat. Gebennensis. / Datum Avinione secundo idus / februarii anno duodecimo.

 

4301 R. Suppl. 77, f. 56 v
12 février 1390

Item... Jacobo de Arsina, presb. Gebennen. dioc., de benef. ecclesiastico cum cura vel sine cura... ad coli. ... episcopi, prep. et capituli... ecclesie Gebennen. necnon curatorum civitatis... dignemini... providere, non obst. quod d. Jacobus quandam perpetuam capellaniam in ecclesia Gebennen. obtineat... .

Fiat pro omnibus. G. ...

Dat. Avinione II id. febr. a. duodecimo.

 

Enfin, dans l’exemple suivant, nous mettons en parallèle une bulle et la supplique correspondante, concernant la reconstruction d’un pont. /197/

 

Bulle
 
Supplique
 
R. Av. 253, f. 395 r.
 
Cod. Barberini lat. 2101, f. 63 r.
 
... Universis ...Beatissime Pater
Ex parte devotarum filiarum vestrarum priorisse et conventus domus Melani ordinis carthusiensis Gebennensis diocesis ... V.S. exponitur
Cum itaque ... quidam pons supra riperiam Gifferie, prope domum Molani cartusiensis ordinis Gebennensis diocesis, Christi fidelibus...quod cum pons supra rippariam Giffrie, prope dictam domum situatus,
oportunus, de novo construatur ope valde sumptuosode novo construatur sumptuose de lapidibus et idem pons summe sit eisdem neccessarius totique patrie propter periculum dicte aque impetuose defluentis,
et ad constructionem ... sint ipsorum Christi fidelium suffragia non modicum oportuna, ... nos ... 
 dignetur E.S.
omnibus vere penitentibus et confessis 
qui ad constructionem ... manus porrexerint adjutrices,ad dicti pontis refectionem, manus suas porrigentes adjutrices,
unum annum et 40 dies de injunctis eis penitentiis... relaxamus... .tres annos et tres quadragesimas de injunctis penitentiis... relaxare....
Dat. Avinione VIII id. dec. p.n.a. decimo.Concessit dominus noster annum et quadragesimam VIII id.dec.a. decimo.

/198/

Il était naturellement inutile de reproduire exactement le même texte 15. Aussi avons-nous choisi, quand supplique et bulle concernent le même objet, de publier la seconde qui nous donne la décision pontificale et qui de ce fait présente à nos yeux une valeur plus grande. Nous mentionnons alors la supplique dans les notes. Si d’aventure, comme dans le cas que nous avons choisi pour illustrer notre mode de faire, la supplique présente une variante (ici les moniales de Mélan sensibles à la surenchère des indulgences désiraient trois ans et trois quarantaines et le pape ne leur en accorda que le tiers), ou une différence d’orthographe, ou un détail supplémentaire, nous en avons rendu fidèlement compte dans les notes.

Certains actes sont d’un type si stylisé que leur texte, même réduit, ne présente plus guère d’intérêt. C’est surtout le cas des nominations de protecteurs (littere de conservatoribus) 16 ou de certaines grâces spirituelles pour lesquelles une simple indication latine après l’adresse suffisait. L’autorisation d’avoir un autel portatif et d’y faire célébrer la messe, comme la faculté de faire dire les offices en lieu interdit, celle de la messe avant le lever du soleil, ne prenaient dans leur formule assez brève que peu de place et nous les avons conservées. De même l’absolution plénière, malgré des différences de formules, présente en fait un seul renseignement intéressant l’historien.

Nos cahiers distinguent soigneusement les grâces faites aux cardinaux, les provisions des prélats, les lettres concernant les bénéfices vacants, ceux en expectative, les canonicats, etc. et par contre ne tiennent aucun compte de l’ordre chronologique. Nous avons donc fait le contraire, donnant à la date la place essentielle dans le classement, les tables permettant les regroupements d’actes désirés.

*  *  *

Le soin apporté à l’écriture de ces registres est très variable. Si les registres de suppliques et l’une des séries de registres de /199/ lettres, dits du Vatican, sont écrits avec soin sur un parchemin de qualité et parfois comparables à de beaux manuscrits littéraires 17, il n’en va pas de même des registres avignonnais, destinés à être recopiés peu après, ou d’une façon générale des actes sur papier. L’écriture est parfois microscopique 18 et il n’est pas rare de trouver des textes où la hauteur des lettres est de l’ordre de un ou deux millimètres. Certaines pages serrées dépassent même les soixante lignes. Les mains nombreuses alternent au hasard des cahiers, bien que l’on puisse à l’occasion reconnaître dans toute une série d’actes la besogne d’un seul copiste. Les lettrines sont rares, même dans les volumes de parchemin, où parfois la lettre est inachevée, quoique simple. Dans les volumes de papier on trouve de ces initiales, œuvres maladroites d’un copiste poussé à introduire un peu de fantaisie dans un travail dont nous comprenons fort bien le caractère fastidieux. Ainsi, outre le portrait du pape que nous reproduisons [ILL pl II] 19, on rencontre au détour d’une page un clerc de la Curie, par exemple Gilbert 20 ou Jean de Naples 21. Ici c’est une figure féminine qu’accompagnent les armes du comté de Genève 22, là les mêmes armoiries ornent une trompette dont le joueur, pris dans l’orbe imparfait du C initial, semble quelque clair de lune romantique 23. D’autres armoiries se rencontrent, comme ce fanion de trompette orné d’une bande et de croisettes 24. D’autres symboles se retrouvent encore, telle la fleur de lys 25. Ailleurs l’artiste maladroit s’est inspiré du bestiaire médiéval, notamment le poisson, jadis déjà cher aux copistes irlandais 26. Et même j’ai trouvé une curieuse lettrine moderne, presque cubiste, présentant une bande de /200/ parchemin aux replis symétriques, qui forme un S ingénieux 27. Enfin on descend jusqu’à l’absurde 28.

armoiries de Clément VII surmontées de la tiare
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Pl. III. Page d’un manuscrit de suppliques:
début du Rotulus quorundam Gebennensium non intitulatus (16 nov. 1378)
La lettrine porte les armoiries de Clément VII surmontées de la tiare.
Archivio Segreto Vaticano, R. Suppl., 56, f. 148 r. (H. 42 cm, L. 29 cm)

Ordinairement les lettrines marquent un début de cahier et rares sont celles qui se trouvent dans le corps même du cahier au verso d’un folio 29.

De toute façon il s’agit là d’un reflet bien pâle des enluminures du temps, inspiré parfois par une certaine verve caricaturale non dépourvue d’impudence et l’on peut imaginer sans peine le ravissement du bureau à la vue du pape représenté louchant.

D’un tout autre intérêt sont les remarques faites dans la marge. En général, ce sont des remarques de service, telles que scriptus in pergameno huc usque30, rubricatus est31, collatio facta est cum originali. J. Derleke32. Elles sont précieuses, quand elles indiquent le motif d’une radiation, qu’il s’agisse d’un ordre supérieur ou de la suppression d’une copie à double, ce qui est encore relativement fréquent. Quelques rares remarques concernent d’autres objets ou apportent des précisions sur un personnage, voire même un vœu, tel que celui dont nous respectons l’orthographe: « Qui scripcit scribat semper cum Domino. Vivat. Amen » 33.

Sans prétendre expliquer complètement le fonctionnement de la Chancellerie pontificale à la fin du XIVe siècle, ce qui serait hors de notre propos, nous pensons utile de fournir quelques détails simples à propos de ces sources. Notons tout d’abord que la reliure de ces ouvrages est tardive. Effectuée pour les lettres au XVIIIe siècle, elle mélange les cahiers. Qu’on se reporte par exemple à l’analyse du R. Vat. 298, qui donne l’ordre que connut le copiste de l’époque et la correspondance avec les registres /201/ d’Avignon, tels qu’ils se présentent après la reliure 34. Ainsi donc ni la reliure qui mêle jusqu’aux pontificats, ni la classification, sommaire dans de telles conditions et de surcroît tardive, ne sauraient nous guider sûrement.

Nous allons tenter de décrire le cheminement de l’acte dans la Chancellerie pontificale à l’aide des détails que nous fournissent les manuscrits du temps de Clément VII.

 

/202/

/203/

La supplique

En principe toute provision apostolique et toute grâce pontificale font l’objet d’une demande, la supplique (supplicatio), présentée par l’impétrant ou un représentant dûment mandaté, le procureur (procurator), qui suivra avec une sollicitude intéressée le cheminement de l’acte à travers les bureaux. Ce procureur est parfois un laïc 35, parfois un clerc, toujours initié au mécanisme savant de la lourde bureaucratie pontificale. Souvent peut-être, il fait partie des services apostoliques et arrondit de la sorte ses gages ou revenus, ce que déplorera un esprit moderne, prévenu contre la confusion des fonctions. C’est le cas lorsque le prieur de la chartreuse de Pierre-Châtel, Jean d’Orgelet, entame des négociations difficiles pour réunir à sa chartreuse qui n’est pas démunie, comme le fera remarquer l’abbé de Saint-Rambert, le prieuré d’Yenne au diocèse de Belley. Ce prieuré vient de passer, moyennant une pension, des mains d’un cardinal, l’évêque d’Ostie, à celles d’un autre membre du Sacré-Collège, Jean de Brogny. Fin mars 1391, le prieur, d’une part, va payer mille florins à deux donzels de Belley, dont le concours et l’appui furent décisifs, dit-il, et de l’autre va constituer six procureurs ou nonces, soit quatre clercs dont nous savons qu’ils travaillent dans les bureaux d’Avignon: Jean de Verbouz, chambrier du pape, qui travaille à la Chancellerie, dirigée dès fin juillet par Jean de Brogny lui-même; Pierre Berchiet, familier de ce cardinal; Gui d’Alby, docteur en lois, employé à la Chambre apostolique et dès l’automne suivant collecteur des provinces de Sens et Rouen, et maître Pierre de Petrafixa; les deux derniers clercs, Pierre de St-Maurice et Gui de Martello, sont peut-être dans ce cas, mais /204/ nous ne pouvons l’affirmer 36. Comme l’affaire est délicate, les chartreux de Pierre-Châtel, plus conscients semble-t-il des difficultés de la captation de prieuré que des règles de saint Bruno, multiplient les procureurs paraissant efficaces et paient une fortune 37 à ces deux donzels, les deux frères Pierre et Guillaume de Martello, qui portent le même patronyme qu’un des procureurs avignonnais 38. Ainsi s’esquisse à nos yeux une activité parallèle à celle des services ordinaires de l’Eglise et que les textes habituels laissent à peine entrevoir aux non-initiés.

La supplique faisait donc l’objet d’une première rédaction sur papier ou sur parchemin selon un style particulier, dénommé dans nos actes stilus cancellarie, proposé obligatoirement aux suppliants dès le XIIe siècle par des formulaires officiels 39. Cette rédaction porte le nom d’originalis dans nos registres de suppliques 40 et elle n’était pas datée. Présentée au pape, elle recevait /205/ sa griffe 41 et la mention « fiat » en cas d’acceptation (nous trouvons aussi les formules « fiat ut petitur », « fiat sine alia lectione »), elle était déchirée, biffée de deux traits ou ignorée en cas de refus 42. Parfois, il s’y ajoutait des remarques ou des instructions, par exemple des remarques de service 43; des demandes de renseignements supplémentaires, comme « exprime valorem » 44; une condition qui prouve la connaissance que le pape a de la situation de St-Maurice d’Agaune, dont il ne convient pas de surcharger le nombre des chanoines 45 ; ailleurs Clément VII, jugeant la foule des clercs qui attendent un canonicat à Liège trop considérable, offre une autre église: « Va à Lavaur » 46. Le pape peut refuser une des demandes d’une supplique qu’il juge excessive, tout en acceptant d’accorder une grâce  47. Enfin le pontife pouvait revenir sur sa décision et biffer son acceptation initiale 48. Souvent une remarque en marge « responsio domini nostri » souligne l’intervention papale.

Lue et acceptée par le pape, la supplique n’était pas au bout de ses vicissitudes. Elle était confiée à un secrétaire qui dépistait /206/ à l’occasion un vice de forme. C’est pour cette raison que le secrétaire du pape, Ponce Béraud, refuse d’expédier une bulle, car le droit à la collation pontificale, d’un bénéfice vacant par le décès d’un soi-disant familier, ne lui semble pas suffisamment établi. Toute la question revient alors à Clément VII avec une nouvelle supplique et, dans le cas évoqué, il tranche en accordant le bénéfice en vertu d’une autre réserve apostolique 49.

Les suppliques étaient présentées soit en nom propre, soit par l’entremise d’un personnage influent: prince souverain, dignitaire ou prélat, parent du pontife, voire d’une collectivité, commune ou université. L’appui d’un grand personnage ou d’un proche du souverain assurait pratiquement le succès, à cette époque où le lien personnel, exalté par la féodalité, gardait encore toute son utilité dans les nominations. De même il était avantageux d’être patronné par une de ces collectivités influentes, telle l’Université de Paris, qui constituaient à cet égard ce que nous appellerions de nos jours un groupe de pression. Que l’appui vînt d’un homme ou d’une communauté, le quémandeur n’était en général pas seul, mais compris dans un groupe de protégés. Humbert de Colombier demande pour tous ses fils qui font carrière dans l’Eglise et pour son chapelain 50, Mahaut de Genève, mère du pape, pour une foule de sujets, excités par la chance inespérée d’un fils de leur ancienne souveraine devenu maître tout-puissant et dispensateur de tant de bénéfices 51, et la commune de Fribourg quémande pour tous ses curés 52. Ces /207/ demandes étaient donc groupées en un rôle (rotulus) 53 qui était lu au pape.

Page d’un manuscrit de suppliques
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Pl. IV. Page d’un manuscrit de suppliques isolées
Dans la seconde, la comtesse de Genève, Mahaut de Boulogne, demande à son fils Clément VII de confirmer la collation de la cure de Lonay (Vaud), faite à son chapelain Jean Basset de Malval (Genève). La dernière concerne un moine de Talloires, qui demande un bénéfice à la collation de l’abbé de Savigny, avec l’aide d’un familier du pape (20 mai 1379?).
Archivio Segreto Vaticano, R. Suppl. 51, f. 13 r. (H. 42 cm, L. 29 cm)

La présentation par rôles n’avait pas que des avantages intéressant les postulants, elle en présentait aussi pour la Chancellerie, car elle permettait d’ordonner l’afflux des demandes en dossiers plus ou moins bien classés; aussi ce mode de faire jouit-il à la fin du XIVe siècle d’une faveur considérable, qui fut d’ailleurs éphémère, et l’on en arriva à grouper artificiellement les demandes éparses par rotuli. Certains de ces rôles se justifièrent par un appel à la charité du vicaire de Jésus-Christ en des occasions, où l’usage ne lui permet point de se dérober, occasion ecclésiastique (rotulus de Septimana Sancta, etc.) ou profane: rôle de la Joyeuse Entrée (rotulus de aduentu domini nostri apud Avinionem, etc.) 54. Dans de tels groupements, l’archiviste ne trouvera guère de lien organique, les diocèses sont mêlés, les types de demandes ou de bénéfices aussi. Ces rôles peuvent être considérables 55. En principe et pour respecter une fiction, ils sont sous le patronage de quelqu’un; je présume d’ailleurs que c’est le clerc qui a groupé les demandes et va les présenter au pape; pour les rôles de Jean de Brogny, de Gilles Bellemère, de l’évêque de Viviers ou de Jean de Verbouz par exemple, il n’en faut point douter, puisqu’ils travaillent à la Chancellerie. Dans ce cas, les formules d’obséquieuse soumission font place à d’autres, empreintes de sécheresse et de concision 56. A la rigueur, on peut se passer d’un patron et se contenter d’un titre de ce genre: « rotulus aliter non intitulatus » 57. L’idée initiale de patronage a disparu, mais le /208/ rôle subsiste. Ces rôles artificiels vont se multiplier au cours du pontificat même si cette façon de grouper les suppliques peut aller jusqu’à montrer un aspect absurde, tel ce rôle où l’on voit un simple curialiste, Guillaume Bye, présenter des suppliques des cardinaux Pierre Corsini, Jean de la Grange, Jacques de Menthonay et Thomas degli Ammanati 58. Les vrais rôles se maintiennent cependant durant tout le règne, tel celui des familiers du cardinal défunt Jacques de Menthonay, qui sont unis par le souvenir d’un protecteur, ami de Clément VII, disparu prématurément 59. Chaque rôle, une fois établi, était fermé et scellé 60.

Malgré les formulaires, les suppliques peuvent être variées et cela non seulement par les détails des demandes, mais encore par les tournures. Certaines mêlent les constructions en une syntaxe acrobatique 61, d’autres, telle celle de Fribourg, témoignent d’une certaine rusticité dans le maniement du latin 62. Les candidats redoutaient beaucoup une modification, aussi ajoutent-ils souvent la remarque : « signez tel quel » 63. Parfois certains renseignements touchant les bénéfices déjà possédés et les grâces bénéficiales reçues étaient indiqués à la Chancellerie, mais ne figuraient pas sur la supplique. Une allusion à ces faits « in curia » ou « in cancellaria declaranda 64 » nous permet de le signaler. Très exceptionnellement des pièces pouvaient être annexées, cousues à la supplique 65.

L’usage des suppliques est si bien admis, qu’on en fait même pour les actes donnés motu proprio, bien que la « supplication » /209/ exclue un geste « spontané » du pape ! 66 Peut-être passait-on sur cette considération logique par esprit pratique, parce que la supplique servait de base à la composition de la bulle.

Comment expliquer que les dates des suppliques et des bulles ne coïncident pas toujours ? Erreur ou intention  67 ? J’y ajouterai cette interprétation qui est peut-être la bonne: il arrive qu’un quémandeur particulièrement inquiet présente plusieurs fois la même demande. J’ai même trouvé trois suppliques et toutes les trois enregistrées ! pour une seule bulle correspondante, du 25 avril 1387 68. Dès lors, si nos dates divergent entre bulle et suppliques, on peut croire à l’existence d’une seconde demande disparue, et qui aurait porté la date de la lettre: la divergence est très souvent faible, mais deux ans et demi de délai s’écoulent entre la supplique datée du 10 avril 1389 et la lettre accordant une paroissiale du diocèse d’Uzès, le 23 septembre 1391 69. N’y a-t-il pas là de quoi nous rendre circonspect sur la valeur des suppliques et sur leur date ? La date enfin pouvait être révisée: sur une supplique et son original ce fut le cas, mais pas sur le registre des lettres où figure directement la date définitive 70. Mais la correction était-elle toujours faite ? On peut en douter, car elle devait nécessiter une certaine recherche, étant donné le manque de classement rationnel, si l’on songe, par exemple, que j’ai trouvé des demandes datées du 22 novembre 1378 dans neuf registres différents et pêle-mêle dans ces registres 71.

D’une façon générale, peu de suppliques et de bulles /210/ correspondent; le R. Suppl. 79 n’a même qu’une seule correspondance à signaler; c’est assez dire, après avoir émis une réserve, que l’étude des suppliques se justifie pleinement à côté de celle des lettres communes. Cette importance était déjà reconnue au XIVe siècle, puisque l’intéressé faisait souvent enregistrer à ses frais sa demande, une fois agréée, dans un registre, le registrum supplicationum, où elle était copiée très soigneusement.

Acceptée avec ou sans modifications, la supplique recevait une date 72. Comme cette date, par les droits d’antériorité qu’elle confère, a une valeur considérable et souvent décisive, il n’est pas étonnant que ce soit un homme de confiance qui inscrivît ces mots essentiels. A Jean de Brogny, évêque de Viviers, dont la carrière fut éclatante, succédera Pierre Gérard, évêque de Lodève, et tous deux seront promus par Clément VII au cardinalat 73. A l’intérieur même du rôle, la date peut varier d’une supplique à l’autre, suivant le cas ou la qualité des personnages 74.

Le fait que de très nombreux actes soient antidatés apparaît déjà évident à quiconque songe à la disproportion entre le nombre de pièces datées de la première année du pontificat et celles des années suivantes, d’autant plus que c’est pendant la période où la vie de la Chancellerie clémentine fut la plus agitée avec les déplacements et séjours provisoires en Italie, que les bureaux auraient prétendument le plus œuvré. Ayant réintégré leurs locaux habituels en Avignon, ils auraient vu leur travail régresser, alors qu’ils étaient désormais bien installés. Enfin le 22 novembre 1378, ils auraient expédié, rien que dans nos régions et uniquement pour les actes que l’on se soucia d’enregistrer, 267 bulles, c’est-à-dire en réalité, car les actes n’étaient pas tous /211/ copiés, probablement au total de 1000 à 1200 actes pour trois diocèses (dont l’un, il est vrai, était subitement devenu privilégié le 20 septembre précédent, avec l’élection d’un de ses clercs au magistère suprême). La fiction de cette performance cependant fut si bien admise et respectée, qu’elle ne m’apparut jamais dénoncée par un clerc évincé et que les actes sont rares, qui nous permettent par un détail surprenant ou saugrenu d’affirmer leur caractère antidaté. Il est évident que chaque fois qu’il est question d’un décès la date est bien réelle, mais il est tout aussi évident que le 27 novembre 1378, Etienne Gresset, doyen d’Ogoz, ne peut pas savoir que le 3 juin 1388 une prébende sera vacante au chapitre de Sion 75. La bulle est expédiée le 13 juin et livrée le 19 juin 1388. C’est donc le 3 juin 1388 qu’une grâce en expectative devient intéressante pour Etienne Gresset, mais pour que la bulle soit efficace, il faut en faire remonter la date d’attribution dix ans en arrière. Le même cas se retrouve par exemple pour la prébende que revendique Jean Balliod, à Sion également, vacante le 10 mars 1392 et cette pièce nous amène à nous poser un certain nombre de questions sur la valeur réelle de certains rotuli et des dates qui y figurent 76. D’autres exemples sont aussi éloquents: une supplique mentionne une dispense accordée postérieurement; une bulle mentionne par erreur un bénéfice accordé quatorze mois plus tard 77. Un rôle entier est accordé le 28 novembre 1378 à l’occasion du retour de Clément VII à Sperlonga, or il n’y est allé que le 30 mars 1379 ou à la rigueur le /212/ 19 mai qui suivit 78. Ainsi encore le rôle de la Joyeuse Entrée du pape en Avignon fut daté du 28 novembre 1378, alors que Clément VII rentra dans la cité des papes le 20 juin 1379. Il y a donc une séparation nette à faire entre l’occasion qui parut propice à la présentation d’une demande et la date obtenue pour prendre rang 79.

Certaines de ces dates fictives étaient fixées par le pape, pour créer ainsi les tours de faveurs qu’il désirait réserver aux différentes catégories de solliciteurs 80.

Aussi ne faut-il point s’étonner de voir les clercs prendre l’habitude de demander « propter multitudinem impetrantium » 81 une date précise 82, ou celle d’un séjour du pape 83, ou encore la date d’un rôle bien défini 84, voire plus simplement « cum data fructuosa » 85 et justifier cette démarche insolite 86. Ainsi cette décision de fixer une date arbitraire pour quelques catégories de clercs privilégiés finissait-elle par augmenter l’anarchie et la confusion du système et se révéler source de procès. Enfin ajoutons encore que la date pouvait être modifiée plus tard par le pape 87. Il est évident que ces questions de dates n’avaient réellement de sens que lorsque le clerc, au lieu d’une bonne cure /213/ ou d’une fructueuse sinécure vacantes, ne touchait qu’une réserve, une grâce ou une prébende en expectative. Par contre les collations de bénéfices précis ne peuvent évidemment pas être antidatées.

Même avec des dates de faveur, la foule des clercs en quête de revenus était gênante, quand on ne pouvait accorder qu’une expectative, et j’imagine assez qu’il devait se trouver des services à récompenser, des familiers de princes ou de prélats à ménager, pour qui l’offre d’une simple grâce bénéficiale équivalait presque à une fin de non-recevoir. Il fallut donc pallier l’excès de générosité, que l’habitude avait créé peu à peu et que la situation fausse du schisme n’allait certes pas diminuer, et ce fut la clausula anteferri, qui permit de recommencer à distribuer des expectatives susceptibles de devenir des réalités. Cette clause donnait la préséance à tout clerc porteur de cette bulle, hormis sur les grands privilégiés comme les cardinaux et les familiers du pape. Mais bien naturellement les clercs se mirent aussitôt à la revendiquer et, comme il n’était pas toujours opportun de la leur refuser, la clausula anteferri perdit rapidement de sa valeur, témoin cette supplique du 6 décembre 1391, où un ecclésiastique demande à être préféré même à ceux dont la bulle porte ou portera la clause convoitée 88. On trouvera peut-être que je me suis étendu sur des détails, mais ne mettent-ils pas en lumière la circonspection avec laquelle il faut analyser ces documents médiévaux ? La nécessité de cette prudence était, nous semble-t-il, à démontrer./214/

/215/

La lettre

Une fois la demande admise et notée au bureau des suppliques, l’expédition de la lettre était obligatoire dans les six mois, car il fallait bien un délai pour que des examinateurs vérifient la qualité et la capacité des postulants, que ce fût en Avignon ou ailleurs. L’examen fait, l’expédition des bulles commençait 89.

L’opération est à peu près décrite dans l’un de nos actes et nous allons nous contenter d’en reprendre les détails en les complétant. L’abréviateur90 confectionnait une minute (nota ou minuta) donnant la substance de la bulle; un correcteur91 vérifiait la minute, puis la passait au bureau de la grosse, où les scribes (grossarii, scriptores litterarum apostolicarum92) grossoyaient la /216/ bulle définitive en multipliant les synonymes, en précisant les cas d’application et les réserves d’usage, en ornant la décision d’un préambule moral et en achevant la lettre par des menaces diverses de sanctions, brandies sur ceux qui ne la respecteraient point; bref, ils enrobaient la matière de la grâce dans l’ampleur des formules et des clauses de chancellerie. Un correcteur reprenait alors pour le vérifier le document et l’auscultator le collationnait avec la minute. Enfin le rescribendarius taxait la lettre pour les émoluments. Les lettres retournaient alors au correcteur qui les divisait en deux séries, celles qui étaient à lire devant le pape et celles qui seraient lues à l’audience des lettres contredites. Ce tribunal cherchait à dépister les contestations possibles, mais n’empêchait pas toujours les cas de double collation du même bénéfice. Enfin la lettre était scellée par les bullatores92 bis.

Une dernière opération attendait parfois la bulle: l’enregistrement. Soit sur ordre de l’administration pontificale, désireuse de garder copie d’une lettre importante, soit sur demande d’un clerc soucieux de se garantir en cas de contestation ou d’éviter que les aléas pouvant frapper les archives personnelles n’aient /217/ des conséquences catastrophiques, la bulle pouvait être enregistrée, c’est-à-dire copiée sur un des registres de lettres qui nous sont parvenus.

Pour apprécier la proportion des lettres qui nous sont ainsi connues, il faut tenir compte de deux circonstances déterminantes. D’une part, tous les cahiers, où ces bulles étaient enregistrées, ne sont pas arrivés intacts jusqu’à nous. Nous ne nous étendrons pas longuement sur ces accidents. Comme les rubriques ne furent pas toujours reliées dans le même volume que les lettres et qu’une partie du bullaire fut recopiée sur parchemin, nous pouvons estimer que les lettres communes enregistrées de Clément VII nous sont parvenues quasi en totalité. Par contre ses lettres secrètes ont entièrement disparu, comme nous l’indiquons plus haut. Mais son rival fut moins heureux et, des archives d’Urbain VI, il ne subsiste que des épaves.

D’autre part, variable selon les papes, l’enregistrement ne couvre qu’une partie des actes émanés des bureaux pontificaux, et il est difficile de se faire une idée de la proportion des lettres enregistrées dans l’ensemble de la correspondance apostolique. Les registres de Boniface VIII, soixante-quinze ans plus tôt, contiennent 8097 bulles pour près de neuf ans; avec les actes expédiés en plusieurs exemplaires, c’est entre 10 000 et 11 000 lettres dont nous aurions la trace et ce serait en neuf ans le travail de cent scribes ! environ une lettre par mois et par scribe ! L’invraisemblance saute aux yeux. Certains registres permettent de s’en rendre compte. R. Fawtier a démontré que le registre 46 A, recueil de bulles concernant la question de Sicile, comportait plus de 50 % de lettres qui ne furent pas copiées dans les registres ordinaires, malgré leur caractère important. Reprenant les comptes de la Chancellerie, il a extrait les chiffres suivants d’achat de plomb pour les bulles. En 1299: 9705 livres (à 327 gr la livre romaine) soit 3173,135 kg de plomb et 19 livres, soit 6,214 kg de soie pour une partie seulement des cordonnets (qui étaient tantôt de soie, tantôt de chanvre). En 1302, il trouve 572,250 kg de plomb et 2,180 kg de soie. Les bulles de Boniface VIII pèsent en moyenne 40 gr; en comptant 50 gr avec le déchet, le savant français arrive à plus de 63 000 bulles écrites en 1299 et plus de 11 000 en 1302. Or les registres révèlent respectivement /218/ 1073 bulles pour 1299 et 1500 bulles pour 1302 93. Même en tenant compte des expéditions diverses d’un même acte à divers diocèses ou personnes, ces chiffres nous incitent à ne voir dans nos registres qu’une partie mineure de l’activité de la Chancellerie. Le dépouillement des comptes de Clément VII permettra peut-être de mieux l’évaluer. Nous ne pouvons pas cependant articuler une proportion précise des lettres qui furent enregistrées.

Les regestratores94 déterminent dans quel cahier la bulle est copiée et surveillent cette besogne. Pour une raison que j’ignore, la Chancellerie d’Avignon procéda à une double opération. La lettre fut d’abord copiée sur un cahier de papier, puis ce cahier fut à son tour recopié avec soin sur un autre cahier d’excellent parchemin. Que les registres sur parchemin soient la copie de ceux établis sur papier ne fait aucun doute 95. D’autre part il faut exclure que les registres sur papier aient jamais constitué les minutes. En effet, les actes se suivent souvent de la même main, mais, s’ils ne sont pas sur le même objet, jamais ils ne respectent l’ordre des suppliques. Ils donnent donc l’impression d’être non pas la mise au net d’un cahier ou d’un rôle de demandes, mais la copie en vrac d’un tas de lettres de destinations diverses, quoique d’un même secteur, tas analogue aux pièces d’un casier de correspondance d’une de nos administrations modernes. De plus ils comportent très peu de ratures et l’écriture ne révèle généralement aucune hésitation ou repentir, enfin on y trouve /219/ des fautes de copie typiques, mots sautés ou saut d’un mot au même mot répété plus bas 96. Enfin toute administration compte en ses rangs des nigauds, ou simplement des débutants maladroits, et mal chapitrés; ainsi celle d’Avignon a-t-elle vu, entre autres, un de ces benêts copier intégralement une grande bulle complète avec sa rota et ses subscriptions cardinalices. Jamais un secrétaire n’aurait pu imaginer des jours à l’avance les cardinaux présents à la signature, il avait donc la pièce sous les yeux 97.

Page d’un manuscrit des lettres communes
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Pl. V. Page d’un manuscrit des lettres communes
avec le début de la grande bulle érigeant l’église Saint-Jacques de Sallanches en collégiale (8 mai 1391).
Archivio Segreto Vaticano, R. Av. 268, f. 435 v. (H. 29 cm, L. 22 cm)

Un certain désordre régnait malgré tout dans ces bureaux. Bien des bulles sont enregistrées par mégarde deux fois, parfois le double reste inachevé au milieu d’une phrase, parfois il est radié avec une remarque 98, parfois on ne s’en est pas aperçu 99. Généralement les copistes sont différents et les cahiers aussi. J’ai pourtant trouvé des actes copiés trois fois 100. Ailleurs un copiste recopia la même bulle à la suite de la première version 101. Plus troublantes sont les bulles qui concernent le même objet, tout en présentant des variantes dans le texte qui excluent la pure copie. Y eut-il deux minutes confectionnées sur la même supplique par deux abréviateurs distincts 102 ? Enfin une /220/ supplique comportant une double demande peut faire l’objet de deux bulles 103. Parfois l’existence de deux actes semblables s’explique par la présence de l’un d’entre eux dans des cahiers de bulles camérales 104.

En effet une série particulière de cahiers groupe des actes émanés ou recopiés dans les services de la Chambre apostolique: les lettres camérales. Nos registres les appellent bulles camérales 105. Leur intérêt pour la Curie saute aux yeux. Les clercs de la Chambre devaient avoir la liste des nouveaux bénéficiaires pour percevoir les taxes et les annates. Parfois nos actes font allusion à ce souci et demandent qu’un nom soit communiqué à ces comptables. Mais était-il nécessaire de recopier la bulle entière ? Une simple liste aurait suffi. D’ailleurs il est probable que ces listes existaient, analogues à celles des chapelains d’honneur et de fonctionnaires que nous trouvons parfois dans certains de nos registres. Si donc quelques-uns de ces actes sont des copies d’actes ou de bulles au nom de Clément VII, on en lit qui sont émanées de la Chambre elle-même ou du Trésorier 106. /221/ Certaines de ces lettres nous montrent que la correspondance officielle se doublait d’une correspondance plus simple et parfois familière 107. Toutefois le scrupule et le souci de la forme restaient très vifs, témoin les actes du 23 juillet 1385, où, accompagnant une lettre du camerlingue, le clerc annonce, dans un billet qu’il joint, la bulle pontificale 108. Trois lettres et trois enregistrements sur le même objet, c’est beaucoup, même s’il s’agit de la nomination d’un collecteur. Ces bulles camérales étaient visées par le camerlingue et non plus par le vice-chancelier 109. Quand ces actes étaient de nature financière, nous avons utilisé les renseignements d’ordre administratif qu’ils présentaient, mais en en réservant la publication avec l’ensemble des pièces comptables ou de nature analogue.

La forme habituelle de la lettre est la lettre gracieuse (littere gratiose) adressée au bénéficiaire de la nomination ou de la collation. L’exécution de la grâce dut se révéler vite ardue ou impossible pour un clerc dépourvu d’une autorité ou d’une puissance suffisante. C’est pourquoi la lettre gracieuse se doubla d’une lettre exécutoire (littere executorie), par laquelle le pape confiait à trois ecclésiastiques, les juges exécuteurs, le soin de rendre efficace la première 110.

Les exécuteurs étaient choisis parmi les ecclésiastiques d’une autorité reconnue, capables de promulguer les censures, parmi les officiaux, les chanoines, les prélats, les doyens, les supérieurs de monastères. Ils pouvaient agir ensemble, individuellement ou même par procuration au moyen d’un sous-exécuteur. En général un seul, celui qui recevait la lettre, se chargeait de la démarche, /222/ après avoir vérifié l’authenticité de l’acte qui lui était remis. Le choix des exécuteurs est difficile à préciser. Tantôt on trouve des personnages de premier plan, deux évêques et un official par exemple 111, tantôt il ne s’agit que de simples chanoines ou prieurs 112. Dans certains cas, il n’est pas douteux que l’intéressé a choisi lui-même ou suggéré des noms. L’importance de ces mandataires n’est pas toujours dictée par celle du bénéficiaire 113. Ils peuvent se trouver les trois dans le diocèse concerné 114 ou tous les trois réunis en Avignon 115. Souvent un des exécuteurs est un évêque, un autre est un official. En général il semble qu’on ait cherché à désigner tout d’abord soit un personnage de la cour pontificale (ou résidant en Avignon comme les doyens de Saint-Agricol et de Saint-Pierre, l’archiprêtre de Saint-Didier ou le prévôt de la cathédrale), soit un des évêques suburbicaires de cette nouvelle Rome (évêques de Vaison, de Viviers, de Carpentras, d’Apt, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Maguelone, d’Uzès, de Nîmes, de Lavaur ou d’Orange); avec celui-ci, tantôt un ecclésiastique du diocèse concerné ou son official, tantôt l’évêque ou l’official d’un diocèse voisin ou parfois un abbé d’une abbaye proche. Souvent le titre de ces personnages paraît surprenant, s’agissant d’un exécuteur nommé pour un clerc romand. Mais quand les mandataires sont les évêques de Lavaur ou d’Alet, cités perdues dans le Midi, de Rennes en Bretagne ou de Beauvais en Oise, il faut savoir que ces prélats sont en Avignon, soit qu’ils y travaillent comme Gui de la Roche, Henri Bayler, Antoine de Lovier, soit qu’ils s’y trouvent pour un long séjour « ad limina ». Et pour prendre un cas précis, il ne faut pas s’étonner de voir un de nos clercs avoir pour juges-exécuteurs le prévôt de Saint-André à Grenoble, l’archiprêtre de Capdroc au diocèse de Sarlat /223/ et un chanoine de Narbonne, car ce sont trois de ses compatriotes employés à la Cour d’Avignon 116.

La lettre exécutoire 117 comprenait, après l’adresse et les salutations d’usage, le texte de la grâce à rendre effective, puis le mandat impératif de faire le nécessaire et la clause laissant toute latitude aux juges d’agir seuls ou par délégation de pouvoirs. Dans nos manuscrits, la lettre exécutoire suit la lettre gracieuse. Précédée des mots « in eodem modo » 118, elle est fortement abrégée dans la première partie qui n’est que la copie de la lettre précédente. La date, identique, est très rarement répétée et remplacée par la formule « Datum ut supra ». Il peut arriver que la lettre exécutoire soit seule enregistrée, c’est le cas lorsque la bulle porte la triple adresse habituelle aux lettres de cette nature 119. Il peut aussi arriver que par inadvertance la lettre exécutoire soit enregistrée deux fois, une fois à sa place habituelle, à la suite de la lettre gracieuse, et une seconde fois indépendamment dans un autre cahier 120. Les originaux retrouvés, comme aussi ces constatations, nous ont incité à traiter la lettre exécutoire comme un acte en soi et par conséquent à lui attribuer un numéro, tout en en restreignant le texte au strict nécessaire.

A la suite de nos actes se trouve souvent la formule Expedita avec une date ou encore Tradita parti avec une autre date. On ne la trouve pas dans les premiers actes 121. Le sens en est clair, il faut entendre « expédiée » 122, « livrée » à l’intéressé. Mais dans l’exemple que je viens de citer, il y a dix ans entre la date de /224/ la bulle et celle de son expédition. C’est beaucoup. Passe pour un bénéfice en expectative, mais pour une cure un tel retard serait impensable 123. Souvent l’« expedita » est enregistrée en même temps que la bulle. Par contre la mention « tradita » est généralement plus tardive 124. Enfin il semble que ce ne soient pas les mêmes clercs qui procèdent aux « expéditions » et aux « livraisons » 125. Une bulle nous aidera peut-être à trouver: le 10 août 1387, Clément VII accorde un canonicat de Saint-Jean-de-Maurienne à Jacques Poralis. Comme il y a numerus clausus, c’est un canonicat en expectative et le pape accorde trois ans pour revendiquer une place vacante, soit jusqu’au 16 août 1390. Or la bulle mentionne une expédition le 30 et une livraison le /225/ 31 août 1390 126. Il semblerait donc que notre candidat se soit précipité en Avignon en août 1390 pour se faire délivrer une expédition de cette bulle qu’on lui remit le lendemain, mais il est plus plausible que Jacques Poralis se précipita en Avignon lors d’une vacance au chapitre, survenue précisément le 16 août 1390, et que pour lui assurer des chances supplémentaires ou encore parce que le titre du dernier possesseur n’était pas exempt d’un vice de forme quelconque, la lettre fut antidatée.

On trouve dans nos textes plusieurs fois des allusions à des grâces expectatives dont les lettres apostoliques ne furent pas faites 127. Il semble bien que, devant le résultat très aléatoire de telles bulles, certains clercs aient reculé devant des frais de chancellerie. Peut-être alors faisait-on enregistrer la supplique par précaution. Puis à l’occasion d’une vacance ou à cause d’un procès, cette grâce prenait tout à coup une valeur réelle ou décisive. Ainsi des mois ou des années plus tard la lettre était-elle confectionnée et expédiée 127 bis.

On peut trouver trace d’une double expédition à quelques semaines d’intervalle et comme le même scribe a signé les deux expéditions, il ne s’agit certainement pas d’une erreur, mais c’est un cas exceptionnel 128. Les deux dates d’« expedita » et de « tradita » n’étaient pas mises en même temps, aussi peut-on trouver seulement la date d’expédition ou uniquement celle de livraison ou encore, ce qui est plus typique, dans le cas d’une bulle enregistrée deux fois par mégarde, sur une des copies l’expédition et sur l’autre la livraison 129. Ces dates n’étaient donc pas toujours marquées ; probablement les clercs de la Chancellerie se souciaient-ils peu de remuer les piles de cahiers ou de faire des recherches pour les noter 130, ce qui est fâcheux, car elles /226/ peuvent être pour l’historien moderne d’une certaine utilité 131. Et l’on nous posera la question: là où elles manquent, peut-on les restituer ? Il est tentant de le faire parfois, mais dans des cas fort limités et il faut être d’une extrême prudence 132. Personnellement nous nous sommes abstenu. /227/

 

Langue et onomastique

Sans prétendre faire l’étude de la langue de nos textes, car cette analyse nous entraînerait trop loin, nous pensons que quelques remarques ne seront pas superflues. Entraînés par des humanistes, dont le souci d’épurer les langues antiques déboucha sur une préciosité philologique comparable aux préciosités littéraires et autres gongorismes des milieux intellectuels du temps, conditionnés par les préceptes arides et impérieux des philologues des cent dernières années, nous nous sommes mis à écrire un mauvais latin d’une docte platitude, à faire de la grammaire au lieu de cultiver une langue. Et nous avons eu l’outrecuidance condescendante de juger dédaigneusement le latin médiéval et ceux qui le parlaient avant qu’il ne soit devenu une langue morte. Nos clercs parlent encore parfois latin dans la vie courante, car, dans cette cour cosmopolite d’Avignon, chacun ne peut pas toujours utiliser son patois, et l’on va jusqu’à traduire dans cette langue son patronyme, puisqu’on n’a pas encore tout à fait oublié qu’il recèle une signification. La prononciation joue parfois des tours 133, mais avec raison on a remplacé la diphtongue -ae par -e, en suivant une prononciation au moins quinze fois séculaire et de même on prononce « mencio specialis », comme nous parlons d’une mention spéciale 134. Par contre, nous pouvons /228/ affirmer que nos scribes connaissent le latin classique et certaines de leurs tournures sont recherchées 135; enfin, s’ils imposent le « stilus cancellarie », leur souci d’une expression claire et précise n’est-il pas aussi la meilleure façon de défendre leur langue 136 ?

Ce n’est certes pas dans le cadre d’une langue d’administration que la richesse du style et du vocabulaire peut s’épanouir, et l’on ne s’en étonnera point. Toutefois le préambule moral donne une très modeste possibilité à la verve des rédacteurs, si contenue par les clauses officielles du style de chancellerie, et certaines formules révèlent des dons d’humour inattendu, comme lorsqu’un rédacteur parle de Louis, duc d’Anjou et de Calabre, « qui status eiusdem ecclesie relevamen sue potentie bracchiis viriliter amplexus est » 137. L’image n’est pas sans évoquer d’autres métaphores, telle l’alliance du trône et de l’autel, chère au XIXe siècle. Que pensait réellement celui qui écrivait d’un ton docte à l’étudiant en droit désirant rester dans son université: « cum... tu juris civilis studio, ut equum ab iniquo et licitum ab illicito decernere valeas, cupias immorari » 138 ?

Plus souvent ce souci littéraire, qui rappelle en son genre la verbosité des grands rhétoriqueurs, s’épanche dans une prolixité dont nous ne sommes plus friands et dont nous donnons quelques exemples en note 139. D’ailleurs ils n’étaient pas sans faire école /229/ et les clercs de province pouvaient enchérir dans le genre et tomber franchement dans le plus mauvais goût 140.

Mais sous la plume de nos scribes, le latin administratif reste clair et net et la difficulté principale vient de l’absence des coupures, que nous avons pris l’habitude de mettre dans nos textes; et cela malgré une notation surabondante des faits où la précision est cherchée davantage dans la multiplication des synonymes que dans la propriété des termes. C’est pourquoi, malgré le souci de clarté que nous discernons chez ces clercs de la Chancellerie, cette habitude du pléonasme transforme certaines lettres apostoliques en un monumental galimatias. /230/

Un problème se posait dans cette langue véhiculaire qui n’était plus la langue de tous les jours, celui des noms propres. Faut-il dire Schwarzenbourg ou Nigrum Castrum ? En fait il n’y eut jamais une décision nette à ce sujet et l’usage flotta. La difficulté peut exister dans le corps même de la lettre: Evrard Cerrod se nomme « Cerrodi alias Blancheti », mais dans un autre acte il se fait appeler « Albi » 141; ailleurs la traduction est indiquée, quand la lettre précise à propos du patronyme d’un Veveysan: « Johannes Magni, alias Grant » 142, mais elle se devine facilement derrière des noms comme « Oliverius Maligenerii » (Maugendre) ou « Johannes Nigri » 143, « Huguetus Cavallerii, seu Militis » 144 ; un Leschet se fait appeler ailleurs Leccatoris 145. Mais que penser de « Jacobus Aperiocculos » 146 ? Les abréviations peuvent être une source de difficultés et bien des toponymes ou des patronymes sont l’objet d’audacieuses tentatives de réduction. Seul alors un autre texte nous permet de comprendre 147. La préposition de ne se trouve pas toujours (on trouve « Matheus de Peillonay » ou « Matheus Peillonay » 148; elle peut être soudée: « Girardus Darlo » (Gérard d’Arlod) 149. Une autre source d’hésitation vient de la confusion qui existe au sujet de certains prénoms: on sait que Guillaume a plusieurs formes latines, mais on peut trouver tantôt Nicodus, tantôt Nico, tantôt Nicolas 150 pour le même personnage. Enfin certains noms semblent avoir défié l’imagination orthographique des scribes, comme ceux de /231/ Pierre de Begnins ou de Pierre Bouczan 151. Cela s’explique particulièrement quand il s’agit en fait de noms patois ou qu’une prononciation locale s’en mêle: nous trouvons ainsi « Aix » pour Château-d’Œx 152 et « Chandouro » pour Champdor 153. /232/

 

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La Curie sous Clément VII

Voilà donc esquissé le fonctionnement de cette lourde machine qu’était devenue la Curie Romaine sous la crosse des pontifes d’Avignon. Sous Clément VII, elle fonctionnera sans faille, car en fait, malgré le schisme, notre pape a hérité de l’appareil administratif de ses prédécesseurs. C’est lui que tous les anciens cardinaux ont élu, c’est aussi lui que la majeure partie 154 des services a choisi, celle restée en Avignon et une part difficile à évaluer de ceux qui suivirent Grégoire XI en voyage. Nous avons évoqué, dans un autre chapitre, comment Urbain VI pleura d’amertume de se voir à tel point délaissé. Pour la moitié de la chrétienté, la période avignonnaise continue. A la tête de cette administration, ce n’est que peu à peu que des Genevois s’introduiront; il était d’usage en effet pour un pape de désigner à son avènement la plupart des titulaires des fonctions dirigeantes, mais la coutume voulait que si l’administration centrale de l’Eglise était confirmée 155, seule la maison privée du pape, pour autant que la distinction ait pu se faire entre ces deux parties de la Curie Romaine, changeait de responsables. Clément VII confirma /234/ le camerlingue (camerarius) Pierre du Cros 156, archevêque d’Arles, un Limousin, qu’il élèvera au cardinalat le 23 décembre 1383; puis il choisira un des vassaux de son père, François de Conzié 157, qui restera camerlingue plus de trente-cinq ans. Le camerlingue était assisté du trésorier: Pierre de Vernols 158 (jusqu’à son décès en 1389), puis Antoine de Lovier 159 de 1389 à 1405. Aidés des quatre clercs de la Chambre, ces deux personnages dirigeaient une quarantaine de fonctionnaires. Clément VII garda également le cardinal vice-chancelier Pierre de Monteruc 160 jusqu’à son décès; il eut ensuite de 1385 à 1391 Jacques de Menthonay 161, d’une famille de la noblesse genevoise, puis Jean de Brogny 162, qui restera vice-chancelier de 1391 à son décès en 1426, à travers tous les avatars du schisme.

Les carrières parallèles, et que je ne peux guère imaginer si indépendantes l’une de l’autre, du chef de la Chancellerie et cardinal-doyen Jean de Brogny, considéré à Constance en 1417 comme papable, et du chef de la Chambre apostolique, l’archevêque François de Conzié, ont une certaine importance que je /235/ désire brièvement souligner ici. Par ces deux ministres de Clément VII, la continuité administrative de la Curie fut assurée à travers tout le schisme. Au-dessous d’eux, les fonctionnaires et les scribes gardèrent une certaine cohésion et une certaine identité de gestion. Grégoire XI, Clément VII, Benoît XIII (un temps renié) et, après le Concile de Pise (1409), Alexandre V, puis Jean XXIII; enfin, après le Concile de Constance, Martin V: voilà une succession de pontifes qui n’est pas orthodoxe, peut-être, mais qui marque les choix successifs de l’appareil de la Curie romaine à travers les positions prises par ceux qui la dirigèrent en fait. Paradoxalement ils incarnèrent la continuité, stupéfiante au travers d’un monde en désarroi, d’une institution plus d’une fois menacée de dislocation complète. Leur carrière témoigne donc à sa manière de la permanence des institutions pontificales auxquelles ils présidaient, et leur choix fut dans ses grandes lignes celui d’une partie notable de l’Europe et entre autres de nos régions romandes. Pour cela aussi leur attitude n’est pas dépourvue d’intérêt 163.

Le vice-régent de la Chancellerie sera Gilles Bellemère, un juriste célèbre de l’époque, qui semble avoir remplacé dès le début du pontificat de Clément VII Barthélemy Prignano, devenu Urbain VI, qui tenait cet office à la fin du règne de Grégoire XI.

A la pénitencerie, Clément VII confirma de même le cardinal-régent ou grand pénitencier Jean de Cros 164; après son décès, il fit appel à Pierre d’Ameil, qui garda la pénitencerie jusqu’à sa mort, survenue le 10 août 1389. Jean de Brogny lui succéda 165, puis céda cet office au cardinal Pierre Gérard, quand il reprit la Chancellerie en 1391 166. /236/

A part ces grands postes de responsabilités, d’autres charges étaient des offices perpétuels et le pape confirmait les titulaires dans leurs fonctions 167.

Les offices assurant le maintien de l’ordre et la sûreté du pontife sont confiés à des hommes sûrs, tantôt laïcs, tantôt ecclésiastiques. Le vice-recteur et régent du Comtat fut dès 1379, pendant une douzaine d’années, le prieur de Romainmôtier, plus tard évêque de Maurienne, puis de Rodez, Henri de Sévery 168; il fut remplacé par un parent des comtes de Genève, Odon ou Eudes de Villars 169, chevalier lyonnais, puis par Pons de Langy 170, un Auvergnat (comme la moitié de la parenté du pape). Le capitaine général sera Nicolas de Hauteville 171, puis Gérard de Ternier 172, deux vassaux des comtes de Genève. Le capitaine d’Avignon sera Odon de Villars 173, auquel succéderont Nicolas de Hauteville 174, puis François de Menthon 175, que Benoît XIII conservera 176. Citons encore parmi ces nobles du Genevois le châtelain du Palais des papes, Nicolas de Foras 177, les viguiers de Banon 178 (François de Syon), Carpentras 179 (Jacques de Mionnaz), l’Isle-sur-la-Sorgue 180 (Nicolas de Hauteville), Mornas 181 (Etienne de Menthonay), Mormoiron 182 (Nicolas de Foras), Pernes 183 (François le Camus de Chanayo), les sous-viguiers /237/ successifs d’Avignon 184 (Henri de la Balme, Jean de Vernier ou Verneyo, Jean de la Naz).

Mais c’est dans l’entourage immédiat de Clément VII que le nombre de Genevois est le plus grand. D’abord ce sont les chambriers dont le rôle est important, où nous trouvons les noms de Jean de Brogny, Jacques de Menthonay, Guillaume de Lornay, Guillaume de Menthonay, Jean de Verbouz, etc. On mesure l’importance de la place en constatant que pour plusieurs d’entre eux ce poste fut un marchepied, avant d’accéder à un évêché ou un titre cardinalice. Il faut noter encore

— le maître d’hôtel, Georges de Marlioz 185 (ou Marie), qui sera également plus tard sénéchal de Provence;

— l’acheteur du pape (« emptor coquine ») Guillaume Pollier 186, puis son neveu Guyonnet de Vourey 187 ;

— le panetier, Boson de Ballaison 188 ;

— les bouteillers Jacques Pollier 189 et Aynard de Domo de Musièges;

— le maître de la cire, Guillaume Thonerat 190 de 1378 à 1387, puis Nicolas des Graviers 191, un Belge, secrétaire de son frère le comte Pierre de Genève;

— le maître de la maréchalerie (« magister palafrenarie ») Jean de la Naz 192 ;

— le gouverneur de la Pagnote 193, Anserme de Chavanne et peut-être à la fin du pontificat Girod Mestral. /238/

Il faudrait ajouter certains évêques non résidents des évêchés suburbicaires d’Avignon (Saint-Paul-Trois-Châteaux, Vaison, Viviers, même Genève, etc.) et des laïcs, comme le comte Pierre de Genève, qui sont constamment à sa cour et furent appelés à diverses missions; on trouverait encore des compatriotes nombreux parmi les aumôniers, comme Gérard du Pas, les maîtres huissiers, les portiers, les sergents d’arme, les courriers et les scribes de la pénitencerie ou de la Chancellerie. La liste serait alors longue à dresser.

Nous avons renoncé à faire ici une étude des Genevois et Romands à la Curie d’Avignon sous Clément VII. D’abord M. S. Stelling-Michaud, sur la base des suppliques qu’il a dépouillées, a traité déjà ce sujet 194; certes le dépouillement des registres de lettres et d’autres actes que nous donnons permet d’en avoir une idée plus nette, mais seul le dépouillement des séries des Collectories, Obligationes, Introitus et Exitus, etc., que nous avons commencé, permettra de dresser un tableau complet de la situation. En attendant, un coup d’œil à l'index rerum de l’ensemble des actes, qui cite les fonctionnaires du pape sous leur titre latin, permettra une mise à jour provisoire des connaissances.

Si néanmoins nous avons fait figurer ces quelques noms et désignations, c’est pour donner d’ores et déjà un aperçu de la situation sous Clément VII. Ce pape pratiqua peu le népotisme, en comparaison des papes du XIVe siècle ses prédécesseurs, ou par rapport à ses rivaux, Urbain VI 195 et Boniface IX 196. De même, s’il est en proie aux embarras financiers et recourt à de multiples moyens discutables pour se procurer de l’argent (levée /239/ de procurations, mise en gages), c’est pour les besoins de l’Eglise et de son obédience, et non pour lui-même ou ses proches. Au contraire, il a plutôt utilisé les ressources du comté de Genève entre 1392 et 1394, au moment où cet Etat lui échoit 197, pour combler ses déficits, alors que tant d’autres pontifes, avant et surtout après lui, utiliseront les ressources de leur pontificat pour doter et établir fastueusement leur famille (que l’on songe aux titres ou aux fortunes de certaines familles princières romaines ou italiennes 198). Cette honnêteté ne lui a pas été fondamentalement contestée par ses rivaux, qui attaquent en lui le fauteur du schisme et l’ambitieux. S’ils avaient pu l’accuser sur ce chapitre, eux, qui le dénonçaient comme l’Antéchrist, ils n’auraient pas manqué de le souligner avec éclat. Deux circonstances expliquent en partie cette honnêteté, sans d’ailleurs en diminuer absolument le mérite. D’abord Clément VII est d’une famille princière, du rang de celles des Habsbourg ou des Savoie. La tiare peut procurer aux neveux ou aux frères du pape régnant des fiefs ou des domaines 199, elle peut difficilement procurer une monarchie, comme César Borgia en fera l’expérience. Il n’y a pas de couronne vacante à briguer pour la maison de Genève. Face à l’argent et aux titres, le parent du roi de France a l’attitude de ses pairs: il est au-dessus de certaines cupidités, parce qu’il n’a jamais envisagé, même un seul instant, d’être plongé dans le dénuement. Les faiblesses d’Urbain VI pour son neveu Francesco Prignano témoignent d’une autre origine sociale. Enfin, pour pratiquer un népotisme de grande envergure, il faut, comme Clément VI, avoir de nombreux neveux et Clément VII en a peu. Dernier homme de la lignée légitime des comtes de Genève, ses soucis dynastiques sont d’un autre ordre. Il aurait pu combler de faveurs les enfants de ses sœurs, mais il ne l’a pas fait. Il éleva au cardinalat son cousin Amédée de Saluces 200, mais des raisons /240/ de famille ne militaient pas seules en faveur de cette promotion, car le beau-frère d’Amédée, le marquis de Saluces, Frédéric II, affermirait l’obédience en Italie du Nord.

La présence plus nombreuse de gens du comté de Genève à la cour du pape s’explique par d’autres considérations. Chaque pape à son avènement confirmait une série de dignitaires, ceux qui étaient nommés pratiquement à vie, et insérait sa propre maison dans l’appareil de l’Etat pontifical, en pourvoyant aux offices dont le titulaire était nommé pour la durée du pontificat. Le schisme ne semble pas avoir eu beaucoup de répercussions sur ce mode de faire, car certains bureaux avaient été en partie dédoublés pour le voyage de Grégoire XI en Italie et une grande partie était restée en Avignon. Clément VII confirma donc les dignitaires nommés du temps de Grégoire XI et s’il choisit un vice-régent de la Chancellerie, c’est à Gilles Bellemère, dont le talent est reconnu, qu’il fit confiance. Dans ces postes, c’est au fur et à mesure des décès ou des promotions, que des Genevois parviendront aux places élevées de camerlingue ou de vice-chancelier. De même, une fois arrivés, ils resteront en fonctions de pape en pape et un Jean de Brogny sera encore, trente ans plus tard, vice-chancelier de Martin V.

Comme ses prédécesseurs, Clément VII fit confiance à des gens de son pays, en l’occurrence aux vassaux de son frère, pour les places garantissant sa sécurité, et il casa sa propre maison cardinalice en l’élargissant pour le service particulier de sa personne. Dans cette cour cosmopolite, l’intimité fraternelle que créait l’usage d’un même patois, renforçait la cohésion de la « famille » pontificale. Cette clientèle ressemble, à notre avis, curieusement à celle qui, sous le nom de « brain trust », entoure chaque président américain, et l’on a pu observer à diverses occasions combien ces hommes étaient liés et dévoués non pas aux intérêts de l’Etat, mais à ceux de la personne qui les avait désignés. Cette comparaison nous aidera à comprendre les raisons qui poussaient chaque pontife à placer ses hommes aux postes clés. Clément VII ne manquait point d’hommes de confiance dans son comté natal.

 

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La politique bénéficiale du pape et celle des clercs

En l’absence des lettres secrètes, les lettres communes donnent aux bénéfices ecclésiastiques la première place dans la correspondance de Clément VII qui nous est parvenue. Qu’on ne s’étonne pas des précautions dont elle était entourée et que j’ai décrites, ni de l’importance qu’elle revêtait aux yeux des contemporains. La politique bénéficiale était un des moyens essentiels de la papauté pour asseoir son pouvoir et exercer son autorité. Le Saint-Siège était entré dans un processus de centralisation qui dura des siècles. Au XIVe, et depuis fort longtemps, puisque le mouvement remontait à la réforme grégorienne, il avait enlevé à l’autorité laïque non seulement la nomination des prélats, mais encore et surtout la vraie possession de centaines de principautés temporelles, détenues par des évêques ou des abbés, et de milliers de domaines. De tout cela, il tirait des revenus énormes et la multiplicité des obligés, des assistés et des protégés augmentait encore sa puissance. La large répartition de tous les éléments de ce pouvoir aurait pu être une faiblesse, mais la nature du magistère faisait de cette universalité une force. Un des éléments essentiels de cette force, qui n’eut pas d’équivalent dans l’histoire, est la politique bénéficiale, qui se développa à partir du milieu du XIIIe siècle et mit en cent ans (de Clément IV à Urbain V), au moyen du droit de collation, l’essentiel des biens de l’Eglise à la disposition du Saint-Siège. Même si elle soulève des rancœurs et des passions, cette politique donne au pape la possibilité de récompenser à l’infini ses hommes de confiance et tisse à travers l’Europe un réseau immense d’obligés qui lui doivent tout et que double la trame de ceux qui espèrent tout de sa part pour leur carrière. Il n’est pas jusqu’aux grâces spirituelles, qui ne détournent vers l’église de son choix le pactole ingénu d’un modeste ou d’un grand pèlerinage ou n’en /242/ amplifient le rapport. Après des siècles de décadence de ce pouvoir, vivant dans une économie d’échange, nous ne mesurons plus de nos jours l’importance primordiale de ces faits. Il nous a paru utile, même dans le cadre d’une introduction forcément succincte, d’esquisser quelques traits de la politique bénéficiale du pape à quoi correspond, tout aussi logique, la politique bénéficiale des clercs, qui en est comme le répons.

Il ne s’agit que d’éclairer et d’expliquer quelques aspects de cette situation, où la politique des papes, consciente et autoritaire, rivalise avec les combinaisons plus ou moins naïves et ingénieuses des clercs. J’ai cherché ici et là à démonter le mécanisme complexe des mutations bénéficiales, pour examiner quelle était la logique interne qui présidait aux changements de titulaires. Ce que j’en donne ne peut être qu’un petit échantillonnage et une proposition de méthode pour l’utilisation du matériel publié. Le faire plus amplement m’aurait pris encore des mois et ce que j’en donne me paraît suffisant pour rendre le lecteur attentif aux questions à poser, face à ces textes et aux renseignements qu’ils nous proposent.

*  *  *

Sans entrer dans la genèse de l’institution, nous partirons de cette excellente définition quasi officielle du bénéfice: un office sacré ou spirituel auquel l’autorité ecclésiastique a annexé le droit perpétuel de percevoir les revenus de biens d’Eglise 201. On peut y discerner quatre éléments: l’exercice d’une fonction de caractère sacré et l’accès à cette fonction d’une part et, de l’autre, le droit de jouir de certains revenus et le caractère viager de ce droit 202. Parce que la structure de l’institution lui permettait de contrôler l’exercice de la fonction en question et de la confier à quelqu’un dont il était sûr, en application de sa doctrine de la papauté, le pape est intéressé par les deux premiers éléments du bénéfice, et l’exercice de cette surveillance et de cette collation, /243/ s’il dépouille les évêques ou d’autres prélats, renforce d’autant plus son magistère. La recherche de la dignité de l’Eglise, face à certains excès du pouvoir temporel, et le souci d’une plus grande assise de son autorité l’intéressent donc à cette démarche. Les deux derniers caractères, par contre, sont ceux qui intéressent au premier chef les clercs. Comme les objectifs se complètent et ne s’opposent guère, les deux politiques bénéficiales vont se manifester parallèlement à propos de chaque collation.

Avant de montrer quelques exemples de cette curée sur les bénéfices, si souvent dénoncée, il nous paraît opportun de présenter l’action pontificale, ses modalités et sa dimension.

Si les bénéfices sont sous la main des papes, ils ont restreint un peu la portée de cette mainmise par un choix de ce qui les intéressait. Ils décident souverainement des nominations épiscopales en cassant au besoin les élections capitulaires, comme ils le firent à Genève, où ils refusèrent Robert Chambrier en 1377/8 ou Gui d’Alby, en 1423 et en 1426. Pourtant ces chanoines avaient eu, pour d’autres charges, toute leur confiance 203 et les papes leur accordèrent des compensations. Ils se réservent aussi les abbayes, les dignités importantes des chapitres. Ainsi la double hiérarchie séculière et régulière dépend d’eux. Plus que du clergé, l’opposition à leur libre choix vient des monarchies ou des Etats naissants, qui ont aussi leurs candidats à proposer. De là, la lutte pour les évêchés de Sion, Humbert de Billens contre Henri de Blanches 204; de Bâle, Werner Schaler contre Imier de Ramstein 205 ; ou de Constance, Mangold de Brandis et Henri Bayler contre Nicolas de Riesenburg.

Ensuite, comme le Saint-Siège emploie une administration nombreuse, qu’il faut rémunérer, il se réserve de disposer des bénéfices de tous les curialistes décédés, ce qui lui permet de conserver pour son personnel ces ressources indispensables. Comme les papes y joignent également des bénéfices déclarés vacants en Cour de Rome et provenant de clercs décédés à leur /244/ cour ou chemin faisant pour y aller et en revenir, la masse des bénéfices à la disposition du Saint-Siège croît au fil des ans.

Enfin les papes s’intéressent aussi aux bénéfices de moindre importance, soit par des réserves générales en leur faveur, soit en accordant ces réserves à de hauts personnages de l’Eglise, ou plus simplement en octroyant des grâces bénéficiales en expectative, bénéfices non désignés ou canonicats. Ce système présente l’avantage de permettre au pape de favoriser immédiatement quelqu’un, surtout à son entrée en fonctions, de se créer ainsi une clientèle dévouée et intéressée, sans avoir à tenir un compte minutieux et compliqué de toutes les vacances. Pourvu de son expectative, le clerc surveille alors les bénéfices qui viennent à vaquer et cherche à en obtenir un à tout prix... Son ambition, quelque peu apaisée par l’espoir, est canalisée sur un objectif immédiat et guette l’occasion favorable. L’intérêt lie désormais le clerc au pontife bienfaiteur. Que le système entraîne des procès n’est point fâcheux pour le Saint-Siège, car les procès lui rapportent 206 et surtout aboutissent devant ses instances, ce qui renforce d’autant son pouvoir.

Dans la répartition de cette masse de revenus divers, quelques catégories d’ecclésiastiques sont privilégiées dans l’attribution des bénéfices vacants. Nous trouvons là les cardinaux, les notaires du Saint-Siège, le correcteur des lettres apostoliques, les référendaires du pape, les auditeurs des causes et les autres familiers et officiers du pape 207. D’autre part un ensemble de règles compliquées vint définir les droits limitant la valeur ou la nature des bénéfices qu’on pouvait obtenir et qu’il est hors de propos d’évoquer ici 208.

Il pouvait arriver que le requérant eût oublié dans sa supplique de préciser son propre nom ou celui du bénéfice ou de son /245/ collateur ordinaire. Bon prince, le pontife accordait parfois la demande en blanc-seing 209. (Il est vrai que les autres limites étaient assez précises sur la lettre pour éviter des surprises.)

Lorsqu’un clerc, dont les bénéfices se trouvaient dévolus au pape, décédait, ses bénéfices étaient assez rapidement repourvus. Ainsi quand le chanoine de Lausanne Jean Billet trépasse le 16 janvier 1385 210, la nouvelle met bien huit jours pour gagner Avignon. Or le pape accorde le 27 janvier son canonicat lausannois à Jacques Pollier et sa cure d’Essertines à Jean de Bettens 211 et le 11 février 1385 son personnat de Peney à Grégoire de Bayle 212.

L’intervention pontificale pouvait survenir plus tard, si, en cas de contestation, le pape était amené à confirmer la possession d’un bénéfice. Ainsi cela arrivait souvent, lors des échanges de bénéfices dont nous parlerons plus loin. Prenons la situation d’Othon Chifflet de Clairvaux-sur-le-Doubs. Cet honorable clerc a fait une excellente affaire en troquant avec un compatriote sa chapellenie d’une église bisontine contre le canonicat de Lausanne, mais il craint fort d’être inquiété (« posse super eisdem molestari »), quand son partenaire aura constaté que les revenus des deux bénéfices sont loin d’être de même valeur et qu’il a perdu au change. Clément VII devra donc le rassurer et sa confirmation arrangera définitivement les choses 213.

Le résultat cependant était que certains bénéfices échappaient de la sorte totalement au contrôle des gens du pays. Quand il s’agissait d’une partie des canonicats, les chapitres cathédraux pouvaient le supporter sans autre; certains bénéfices comportant la simple prière, également. Que la messe de telle chapelle pour l’âme d’un défunt fût négligée ou expédiée au plus pressé n’était peut-être pas si grave en soi; par contre, il en allait autrement /246/ du sort des paroisses, comme nous le verrons plus loin à propos de l’absentéisme.

Les papes réagirent à ce danger et Clément VII exclut nettement les églises paroissiales des bénéfices touchés par ses réserves 214. Il n’empêche que de nombreux cas d’absentéisme se produisaient, où Clément VII était engagé par des situations acquises sous ses prédécesseurs, sans que ce fût toujours au bénéfice de fonctionnaires du Saint-Siège. A Sallanches, la cure passait déjà d’un titulaire absent à un autre, longtemps avant la naissance du pontife 215. Mais voici un exemple net et qui touche la Curie. La paroisse d’Arzens, dans l’Aude, est transmise d’un curialiste à l’autre et nous voyons que, lors d’un changement de titulaire, le 22 décembre 1393, un cardinal, un chambrier, un abréviateur et trois autres juges exécuteurs sont mêlés à ce changement. Ils sont tous originaires du diocèse de Genève et tous résident en Avignon 216. Les ouailles du curé devront encore longtemps se contenter d’un remplaçant.

Certains bénéfices sont d’une parfaite inutilité et il faudra s’en souvenir lorsque sonnera dans certaines régions le glas de la hiérarchie ecclésiastique. On pourrait penser que le « trésorier » d’un chapitre et d’un diocèse est une personne indispensable. Détrompez-vous, car à Lausanne, le trésorier est un noble Savoyard, Jacques d’Arenthon, qui vit en Avignon 217. Un comptable lui succède 218, Guillaume Pollier d’Annecy, mais il est acheteur du pape (« emptor coquine ») et sa charge le retient étroitement à Avignon. Lorsqu’il décède, c’est un étudiant de dix-neuf ans, Richard Georges 219, qui lui succède, parce qu’il a /247/ besoin d’argent pour vivre en étudiant et qu’on vient delui retirer une grosse pension de 100 florins par an 220.

Tandis que les paroissiens maugréent et que l’on cherche à éviter ces inconvénients dans les fondations pieuses par des prescriptions de résidence, d’ailleurs tournées, ou par l’augmentation des ecclésiastiques de la paroisse, comme les habitants de Sallanches 221, les églises importantes et les cathédrales s’efforcent de redevenir maîtresses des nominations de chapelains ou de chanoines. Elles cherchent à obtenir des bulles excluant ces bénéfices de la griffe du Saint-Siège et obligeant le titulaire à résider et à remplir lui-même son office 222. Mais elles ne sont pas à l’abri d’exceptions et le pape est le premier à en créer, malgré les privilèges concédés, pour payer les fonctionnaires de la cour pontificale 223.

Quoi qu’il en soit, nous constatons que la notion d’office sacré s’était nettement séparée de celle du bénéfice dès le XIIe siècle. Si les règles contre la simonie empêchaient qu’on l’achetât ouvertement, il n’était pas interdit de procéder à de savantes combinaisons d’échange ou à des cessions faites en faveur d’un proche, et ces pratiques, interdites à l’origine et qui présentaient souvent des aspects simoniaques, se développèrent singulièrement jusqu’à la fin du XIVe siècle et au-delà. On avait aussi la possibilité de céder son bénéfice contre une pension, avec droit de le récupérer en cas de vacance; de plus, le paiement de l’annuité était garanti par les censures ecclésiastiques. En fait, on avait là purement et simplement affaire à une sorte de simonie organisée et contrôlée. Nous avons naturellement quelques bons exemples de ces trafics. Qu’on ne me reproche pas dans les pages suivantes, ici et là, un terme plus propre au langage d’affaires qu’au langage ecclésiastique, /248/ car il me semble traduire plus heureusement le type de préoccupations de certains de mes clercs, plus pêcheurs de deniers que d’âmes, et rendre un son plus vrai. J’ai déjà cité le troc auquel se livra Othon Chifflet pour devenir chanoine de Lausanne [p. 245] et il n’est que de parcourir les pièces publiées pour en voir abonder les exemples. Cependant, il me paraît intéressant de noter un fait comme le trafic organisé entre collègues d’un bureau, la Chancellerie, et patronné par le vice-chancelier. Jacques de la Rochette est prévôt de Genève et en tant que tel, chanoine prébendé. Il obtient du pape d’être nommé chanoine de cette cathédrale avec expectative de prébende 224, car il désire échanger la prébende, mais garder la prévôté. Cela fait, il échange sa prébende genevoise contre un canonicat prébendé à Embrun, possédé jusqu’ici par Pierre de Magnier, un abréviateur 225, qui désirait depuis seize ans s’introduire au chapitre de Genève 226. La dernière phase de cette opération n’a pas pu laisser de trace: Jacques de la Rochette n’a plus qu’à attendre la première prébende genevoise vacante pour la revendiquer et, à moins qu’il ne faille l’accorder à un cardinal, on ne saurait décemment la refuser au prévôt de Saint-Pierre.

On peut aussi échanger des prieurés, puis s’apercevoir que l’affaire est décevante et pour cela les rétrocéder mutuellement quatre ans plus tard. Ainsi procèdent le cardinal Jean de Brogny et Thierry Ozile avec les prieurés de Saint-Gilles (Marne) et de Saint-Amatre à Langres 227.

Nous donnerons encore un exemple de trafic de personnats, échangés pour leur valeur comme de simples titres boursiers. Jean de Marcossey, neveu de l’évêque Guillaume Fournier, cède, le 19 novembre 1381, les quatre personnats de Jussy, Grilly, Faucigny et Arâches à Jacques d’Arenthon 228. Celui-ci, le 7 /249/ décembre 1381, complète le lot par le canonicat et la prébende de Saint-Géry à Cambrai, accompagnés de la chapelle de la Paix dans la maison des échevins. Il échange le tout contre la paroisse de Montreux, que lui cède Guillaume Thonerat, d’Evian 229. Guillaume Thonerat va bientôt se défaire, le 11 juin 1382, de trois des quatre personnats, ceux de Grilly, Jussy et Faucigny, qu’il échange avec Mermet Dutruit contre le canonicat de Beaune 230.

L’on pourrait ainsi continuer l’étude de ce singulier marché, mais nous nous arrêterons plutôt sur deux questions: tout d’abord nous ne sommes pas sûr que l’on puisse, comme on pourrait le supposer, étalonner la valeur des bénéfices. Montreux est taxé, au compte de la décime du XIVe siècle, 25 livres lausannoises 231, soit la valeur d’une prébende du chapitre cathédral de Lausanne (20-25 livres) ou un peu plus. D’autre part, le chapitre de Beaune est taxé en moyenne 35 livres de Dijon, soit près du double des prébendes du chapitre cathédral d’Autun son diocèse (20 livres) 232 et cela également selon un compte de la décime du XIVe. Quant à Cambrai, dans un compte de la décime de 1362, je trouve pour la prébende de Saint-Géry la taxe de 42 livres tournois et celle de 30 livres tournois pour la chapelle de la Paix, soit au total 72 livres tournois, équivalentes à trois bonnes chapelles ou à la moyenne d’un archidiaconé, ou encore un peu inférieures à une prébende du riche chapitre cathédral cambrésis 233. Ainsi, si j’additionne aux quatre personnats, que j’estime ensemble à 30 livres tournois, les bénéfices de Cambrai, j’obtiens au moins quatre fois la valeur de la paroisse de Montreux. Même si l’on m’objecte que l’éloignement et les aléas du schisme aient pu faire fléchir les rendements, ce que l’intérêt répété de Savoyards pour le chapitre de Saint-Géry suffirait à /250/ combattre en partie, il n’en reste pas moins qu’il y a là un marché inégal. De même, l’échange de trois personnats d’une région plutôt pauvre contre un canonicat richement doté et convoité de Bourgogne ne saurait à nos yeux être équitable. Dès lors se pose toute la question des compensations non dévoilées par nos textes et qui accompagnaient ces curieuses transactions.

En conclusion provisoire, nous constaterons que le bénéfice ecclésiastique devient objet d’échange et prend les aspects d’un titre obligataire, de créance ou de gratification, si l’on veut. Quand, dans le dernier des exemples évoqués, nos trois clercs, qui sont tous trois chanoines de Genève et dont deux sont domiciliés à la Cour d’Avignon, échangent personnats et prébendes contre des paroisses, se préoccupent-ils de la fonction ecclésiastique attachée à ces titres de rente ? Il n’est jamais question du ministère; pour eux, une cure se jauge en florins d’or ou en livres tournois, jamais en âmes. Si même elle échappe à la taxe par sa pauvreté, c’est l’occasion de le proclamer, le droit de se plaindre de l’insuffisance de ses ressources et d’en revendiquer une autre. Parallèlement, soit dit en passant, le bénéfice laïc est devenu le fief et il a pris, lui aussi, la même valeur obligataire en se dépouillant peu à peu des services auxquels il obligeait à l’origine. L’illusion se maintiendra jusqu’à la fin du XVIIIe siècle où, croyant abolir des sujétions, on soldera ou supprimera d’un coup des titres de rentes, en une gigantesque dévaluation. Si l’étude du clergé relève de l’histoire ecclésiastique, celle des bénéfices ressortit aussi à l’histoire économique, susceptible d’en tirer des études fécondes.

Aux bénéfices s’ajoutent les pensions prélevées sur les revenus des églises et des monastères, pour qui elles sont un fléau. Chaque cardinal essaie d’acquérir le maximum de prieurés ou de bénéfices, puis, les ayant gardés quelques mois, il les cède contre une forte pension, et les exemples de cette pratique abondent dans nos textes, car les cardinaux, qui se considèrent un peu comme les grands feudataires du pape, entretiennent un train princier, qui est peut-être encore loin de soutenir la comparaison avec le train de vie des cardinaux du XVe ou du XVIe siècle, mais qui suscite déjà d’âpres commentaires. A la mort de l’Eminence, la Cour romaine essaie de faire reverser la pension sur un autre /251/ cardinal. On ne touche pourtant pas aux grands monastères ou aux diocèses, à quelques rares exceptions près, comme on le fera au siècle suivant; on se contente encore de multiplier les prestimonies, les canonicats, les prieurés ou les dignités, dont la somme arrive à composer ces fortunes imposantes 234. Enfin, comme c’est encore insuffisant pour ces avidités, le pape tente sans motif de frapper les monastères d’une pension, mais il doit souvent la révoquer devant les réactions 235.

Le bénéfice peut avoir encore une utilité sociale, que les deux exemples suivants laisseront entrevoir. François Valengnière de Clermont a servi trente ans au prieuré de Saint-Victor et se retrouve, à cinquante ans, vieillard et démuni, sollicitant des secours. Clément VII lui accorde de recevoir pour le restant de ses jours l’équivalent de ce que reçoit un autre moine du prieuré, à titre de pension 236. Il n’y a pas à l’époque d’assurance sociale: l’institution de la retraite implique qu’il y ait un certain nombre de vieillards et qu’ils soient doués d’une certaine longévité. Comme les vieux sont rares, l’Eglise est là pour les secourir et elle ne songe pas à développer une institution spéciale. Les hospices pourvoient aux cas ordinaires et l’attribution d’un modeste bénéfice résoudra une situation, où la reconnaissance le disputerait à la charité.

Gérard Mestral, de Dingy, étudiant en droit civil en Avignon, n’est que diacre; il est probable que la prêtrise le rebute, car elle est un pas définitif vers le célibat. Si Grégoire VII imposa la règle du célibat pour tous les ordres majeurs, cette loi rencontra bien des résistances et les papes durent souvent la rappeler avec force. Au XIVe siècle la discipline s’était bien relâchée et, quoique /252/ diacre, Gérard Mestral espérait peut-être faire une carrière laïque fructueuse dans le notariat, voie d’accès fréquente à la noblesse occidentale. Il est cependant curé de Veigy (Haute-Savoie, Canton de Douvaine) et devient chanoine prébendé de Besançon le 19 août 1388 237. L’octroi d’un bénéfice remplace pour lui une bourse d’étude. Ces bourses existent, et le cardinal de Brogny par exemple en créera vingt-quatre au collège Saint-Nicolas en Avignon, au début du XVe siècle, mais elles sont rares et l’on en vit misérablement. Le bénéfice peut accroître l’aisance de l’étudiant ou doter le fils d’un notable, comme dans le cas évoqué ci-dessus. Par ce moyen, le pape peut à sa guise proportionner les revenus à la qualité de l’étudiant. Là encore, on utilise le bénéfice pour répondre à un besoin social. Dans l’appréciation de la politique bénéficiale des papes, c’est un élément qu’il ne faut point négliger.

L’acquisition et la « possession pacifique » d’un bénéfice n’allaient malheureusement pas toujours sans vicissitudes. Les cas étaient nombreux où une circonstance imprévue écartait le bénéfice convoité: statut particulier d’une église ou valeur du revenu 238, mais aussi naissance non noble ou manque de titres universitaires pour un canonicat, défaut d’âge pour les clergeons 239, défaut de naissance pour les bâtards 240. Des dispenses opportunes, requises auprès du Saint-Siège, levaient les difficultés, mais celles confectionnées pour les fils illégitimes étaient souvent empreintes de réticences et devaient être complétées en cours de carrière. Le formalisme pédant de l’époque pesait sur les malheureux. Exclus dans certaines régions de l’héritage et de la condition de leur père, ils l’étaient encore, et cela nous choque, des fonctions ecclésiastiques, pour lesquelles des dispenses presque toujours conditionnelles devaient être accordées. Si le père est un seigneur illustre, le fils naturel s’en prévaut, comme Dunois qui signe « le bâtard d’Orléans », ou Antoine, le Grand Bâtard /253/ de Bourgogne, qui revendiquent ainsi leur part, si modeste soit-elle, d’un lignage illustre. Le défaut de naissance apparut comme particulièrement grave à l’Eglise par l’infraction à la règle chrétienne du mariage et à son indissolubilité, qu’il représentait. Due peut-être à d’autres motifs, l’attitude de l’Eglise est toute semblable à celle de la société civile, et la « macula infamie » se trouve décrite avec une précision qui nous fait comprendre qu’il y a là quasi une gradation dans la bâtardise, comme il y en a dans le juste lignage. Nos textes distinguent les postulants nés « de soluto et soluta » 241, « de soluto et conjugata » 242, « de presbytero et soluta » 243; ils peuvent aller jusqu’à des détails intéressants, comme quand l’acte spécifie qu’Aymon Bourgeois souffre de « defectu natalium, quem pateris de canonico ordinis Sancti Augustini in presbyteratus ordine constituto et soluta » 244 ou que Pierre de Pellier est « de presbitero religioso cluniacensi genitus et soluta », ce qui nous indique qu’il faut probablement voir en lui le fils du prieur de Saint-Victor, Humbert de Pellier. On peut assister à des échanges de cures entre fils de prêtres, comme celui des cures de Chancy et de Reignier 245 et il est probable que cette irrégularité provoqua mainte inscription dans nos registres; car, comme ces clercs étaient plus menacés dans la possession de leurs bénéfices, ils étaient peut-être davantage portés à s’entourer de précautions: si François de Bettens, bâtard d’un curé et d’une jeune fille, n’avait pas craint ce défaut pour la jouissance paisible de la cure de Conthey, aurait-il fait confirmer sa cure par Clément VII 246 ? Des restrictions les frappaient encore, même s’ils étaient dispensés, lorsqu’ils voulaient changer de bénéfice ou lorsqu’ils visaient une situation plus haute, puisqu’un fils de prêtre (ce qui semble avoir été considéré comme un cas plus grave) ne peut obtenir de dispense que pour des bénéfices allant jusqu’au prieuré, /254/ « dignitatibus abbatialibus exceptis » 247. Ce n’est que vers l’extrême fin de l’époque médiévale et au XVIe siècle, que la règle s’assouplit considérablement, d’après ce que nous pouvons juger. Des bâtards pourront accéder à l’épiscopat comme Jean-François de Savoie à Genève (1513-1522) ou à la papauté comme Jules de Médicis (1523-1534, sous le nom de Clément VII). S’il était si désavantageux d’être le fils d’un ecclésiastique, être par contre son neveu était un avantage souvent décisif pour une carrière. Simple curé, l’oncle pouvait vous céder sa cure, mais, s’il était cardinal, la carrière était éblouissante; Gui de Boulogne conduisit Robert de Genève par l’épiscopat au cardinalat et Jacques de Menthonay, malgré son décès prématuré, valut à Guillaume son épiscopat juvénile à Lausanne. Le contraste est frappant.

Si le clerc besogneux pouvait admettre ces difficultés contre lesquelles nulle plainte ne s’exhale dans nos textes, il n’en était pas de même d’une circonstance qui ne pouvait lui être imputée: la masse des porteurs de grâce en expectative qui rendait sa bulle illusoire. Jean Baillod, chanoine le 29 novembre 1378, ne fut prébendé que le 5 juin 1384 248; Jean de Pougny attendit douze ans peut-être un bénéfice à la collation de l’archevêque de Toulouse 249; Etienne de Dommartin sollicite en 1378 un canonicat à Lausanne, mais il n’aura sa prébende qu’en troquant le 17 juin 1393 sa chapelle du Pont du Rhône contre la prébende de Gouraud Mosseres 250. Trop de grâces demeurent inefficaces pour cause de procès 251, mais surtout « ces lettres sont inutiles à cause de la foule des clercs qui attendent un bénéfice et précèdent » le malheureux candidat 252. Mathieu Cologny qui était pourtant, /255/ comme sous-collecteur, de ceux qu’on ménageait, attendra plus de treize ans sa prébende genevoise, car il a reçu son canonicat avec expectative de Grégoire XI 253. La guerre ou le schisme allaient ajouter d’autres aléas aux difficultés ordinaires déjà présentées. Clément de Vulbens, curé de Saint-Léonard en Valais, n’en jouit pas « propter guerras, que ibidem diutius vigerunt prout vigent » 254 ; un Allemand clémentin se trouve dépouillé par les urbanistes 255; Pierre de Bretigny, prieur de Colmar, se réfugie à Payerne, heureux de n’y pas laisser la vie 256, et l’on peut tenir pour assuré que le chantre de Sion, Guillaume Guyon, ou le curé de Sierre se trouvent dans une situation identique, même s’ils ne le disent pas expressément 257. Et la difficulté d’entrer en possession d’un bénéfice peut aller jusqu’à inquiéter un cardinal-évêque 258. Un dernier cas me paraît significatif de ces situations, où le clerc s’engageait dans une longue suite de querelles et de procès, et de l’âpre lutte qu’on se livrait autour d’un bénéfice. Jacques de Ponthouz, issu pourtant d’une famille importante du pays fribourgeois, chanoine de Sion et sous-collecteur, curé de Serraval (Haute-Savoie, canton de Thônes) et pourvu d’autres bénéfices, déjà engagé dans une bonne carrière ecclésiastique, a obtenu sous Grégoire XI une réserve de prébende à Lausanne. Le 14 mai 1378, à la mort de Jean de Fiez, il réclame donc sa succession, la co-prébende de Pully, mais il aura successivement quatre adversaires face à lui, dont trois clergeons. Le premier, Jacques de Colombier, triomphe le 15 mai 1378 259, fort de la puissance de son père Humbert, /256/ seigneur de Vullierens; en 1381, un autre fils d’Humbert, Henri, âgé de 12 ans, reprend la co-prébende 260, malgré les efforts de Jacques de Ponthouz, puis il la passera à un autre chanoine, aussi jeune, mais bien pourvu d’appuis, Aymon de Penthéréaz 261. Au décès d’Aymon, emporté prématurément, un Piémontais, Melozzo di Medino, chanoine de Turin, lui dispute le bénéfice, et si Jacques de Ponthouz finit par triompher de l’ultramontain, c’est au cours d’un procès 262. Nous imaginons sans peine la colère de l’homme mûr, qui voit ces jeunes adversaires l’emporter et siéger au chapitre convoité.

A côté de ces ennuis, un autre pouvait surgir, d’ailleurs aisément surmonté. Si étonnant que cela puisse paraître, un clerc important et choyé pouvait dans cette pénurie être trop comblé. Ainsi Jean de Verbouz se vit gratifier de deux canonicats avec deux prébendes à la cathédrale de Langres par des procureurs différents, agissant et prenant possession en son nom 263.

Face à ces difficultés, nous comprenons mieux ce phénomène que l’on a appelé la curée sur les bénéfices, dont le XIVe siècle ou l’époque du Grand Schisme furent loin d’avoir le monopole. Nous nous permettons de montrer quelques objectifs visés par nos clercs et de suggérer quelques méthodes utilisées pour obtenir un peu plus que la portion congrue; et cela à l’aide de quelques textes pris dans la masse de ceux que nous éditons 264. Les objectifs étaient variés. Tel clerc vise un poste important par de longues études, dont il vante d’ailleurs plus la durée que le résultat, car de nos jours le passage à l’université semble rapide en comparaison du temps d’étude médiéval. On peut observer en effet une préférence du Saint-Siège à accorder des évêchés ou des abbayes à des gradués en droit ou en théologie. Le droit, /257/ qui permet d’obliquer sur une carrière laïque, recueille les préférences. Dans ce cas, les personnats ou les canonicats, surtout ceux des villes d’études (Paris, Toulouse) sont recherchés. C’est la voie choisie par Mermet de Châtillon, fort de ses douze ans d’étude et qui ne demande qu’à continuer 265, ou de Jean Moine, qui a passé six ans à Bologne, auxquels il ajoutera plus de trois ans en Avignon 266. Ce fut la voie suivie par un Jean de Brogny, docteur en droit à vingt-huit ans, qui par sa science arrivera au cardinalat et serait peut-être parvenu à la papauté. C’est aussi la voie où s’engage Guillaume de Menthonay, pour aboutir à l’évêché de Lausanne.

D’autres clercs visent moins haut et travaillent à se tailler une situation plus modeste, mais lucrative. Tous sont gênés par l’incompatibilité de certains bénéfices, c’est-à-dire par les règles qui veulent qu’un clerc ne possède qu’un bénéfice avec cure à la fois et les papes n’accordent pas volontiers des dispenses pour ces charges. Jean de Marcossey, chanoine de Genève et neveu de l’évêque Guillaume Fournier, croit trouver son avantage dans l’accumulation des personnats, ces bénéfices qui n’impliquent pas de cure d’âmes, ni de juridiction, et dont les obligations vagues peuvent s’exercer à distance. Non résidentiels, ils sont compatibles, quoique doubles. Il en possédera jusqu’à quinze, mais il finira par en échanger quatre contre la cure de Copponex 267, outre sa prébende et probablement d’autres sources de revenus.

D’autres collectionnent les canonicats, mais de tels cumuls sont plus difficiles à réaliser: Guillaume Thonerat obtiendra, entre autres bénéfices, les canonicats de Lausanne, Genève, Sion, Saint-Géry à Cambrai, et Beaune; Guillaume de Menthonay va rafler successivement les canonicats de Genève, Lausanne, Reims, /258/ Chartres, Saint-Paul à Narbonne, enfin Paris, où il étudie, probablement.

Adhémar Convers d’Argonnex, pour son compte, procède à des échanges avantageux. Ce familier du cardinal de Brogny est plus éclectique: il cède la paroisse de Vandœuvres, non loin de Genève, contre celle de Dieupentale 268, proche de Toulouse, et cette dernière contre celle d’Arith 269 en Haute-Savoie; de même, il troque le canonicat de Sion « in partibus schismaticorum » contre celui, plus substantiel, de Besançon 270. Si je prends les comptes de la décime, je trouve que, dans le même compte, Vandœuvres est taxée 7 livres et Arith, 20 livres 271 et, dans des comptes à peu près contemporains, je trouve en moyenne 5 ou 11 sous pour une prébende sédunoise, mais 30 sous pour une prébende moyenne bisontine 272. Adhémar Convers a donc pu tripler ses bénéfices pour le moins.

D’autres encore groupent des prestimonies en Espagne, comme le cardinal de Brogny 273, ou fondent de vains espoirs sur les bénéfices valaisans, qu’on est peut-être d’autant plus enclin à leur accorder qu’ils sont moins demandés. Rodolphe Covet de Bonne se signale par cette spéculation, mais semble n’en avoir guère retiré qu’amertume et désillusions.

Plus pratiques, enfin, certains s’attachent à un terroir, dont ils exploitent les ressources. Jean Belin est de ces sages. Chapelain du château de Gray (en Haute-Saône), il a obtenu la chapelle de l’église Saint-Maurice de Gray-la-Ville (à un kilomètre de là) et il devient chapelain du cimetière de Gray 274. Je pense que cet horizon lui plaisait.

Après ces quelques objectifs, voyons les moyens mis en œuvre. Il faut être attentif à certains engouements, car il semble bien que la soudaine floraison de grâces bénéficiales à la collation /259/ du prieur de Rougemont (c’était alors le cardinal Jean de Neufchâtel), soit à mettre en rapport avec la vacance de l’église de Château-d’Œx 275. Des actes qui s’annulent réciproquement témoignent des hésitations à la collation et sont le reflet des luttes dans l’attribution des bénéfices 276.

Il ne fallait échanger son bien que lorsqu’on était sûr de son affaire, car une fois la résignation admise, même dans un cas d’échange, il fallait une décision pontificale pour revenir en arrière 277. Certains clercs savaient user du formalisme de l’administration. C’est le cas de ce Jean de Chessenaz qui échangea sa chapelle de la Vierge à la cathédrale de Genève contre la cure de Scionzier (Haute-Savoie, canton de Cluses). Peu après, Grégoire XI mourut et notre clerc conçut l’espoir de recouvrer sa chapelle. Résignée par son titulaire, elle avait été conférée à quelqu’un par le légat pontifical auprès du comte de Savoie. Or Jean de Chessenaz, profitant du changement de pontife et espérant qu’un pape issu de la maison de Genève va contester qu’un légat, dont les pouvoirs sont limités aux Etats du comte de Savoie, puisse valablement accorder une chapelle à Genève, recourt et demande son ancienne chapelle, malgré l’appel interjeté par son adversaire 278. Ce n’est peut-être pas très correct, mais il n’est pas le seul à chercher son avantage de la sorte.

Pour qui était adroit, un bénéfice en expectative pouvait devenir rapidement une substantielle prébende. Ainsi, quand Clément VII accorde le 2 septembre 1385 un bénéfice non précisé aux diocèses de Lausanne ou Genève à un clergeon, Jean Martin, âgé de dix ans et fils du chevalier Aymon Martin 279, il pense certainement que cet adolescent n’a qu’une possibilité assez lointaine d’obtenir quelque chose. Mais c’est sûrement ce papier que Jean Martin présente au chapitre et qui lui permet d’obtenir, /260/ le 18 novembre 1385, la succession de Pierre de Laubegg, la prébende de Belmont 280. En agissant rapidement, ce jeune clerc ou son père et le chapitre complice mettaient les autres postulants et même le pape devant le fait accompli. Il s’ensuivit d’ailleurs un procès 281. Mais que faut-il penser de Mermet Piaget, qui demande naïvement à porter l’habit des clercs et chapelains de la cathédrale de Lausanne, auquel il n’a pas droit, tout en cherchant à obtenir un bénéfice à la collation de l’évêque ? Peut-être estime-t-il que l’habit fait le moine et que le reste ne saurait tarder 282 ?

Amusés par l’astuce des Martin ou par le moyen de pression saugrenu de Mermet Piaget, nous serons tentés d’être plus sévères parfois, car la poursuite du revenu ecclésiastique atteignait partout un degré que nous avons appris, depuis, à estimer indécent, par exemple quand des clercs demandent à recevoir la chapellenie des lépreux pour prélever leur tribut sur les dons faits à ces infortunés 283. Ils étaient peu nombreux et les léproseries, qui abondaient au bord des routes, attiraient vaille que vaille pas mal d’aumônes modestes des gens émus par le terrible état de ces malheureux. Aussi leur chapelain y trouvait-il son compte. Mais nos ancêtres étaient moins délicats que nous sur ce chapitre, peut-être parce que leur niveau de vie était sensiblement plus bas.

Toutefois la chasse au bénéfice s’avérait souvent le travail d’une coterie, où réussissait le clerc qui bénéficiait d’appuis et de complicités étendus. Trois cas vont nous permettre d’illustrer ce que nous avançons.

Jean de Pougny fut précepteur des donzels du diocèse de Lausanne Pierre et Guillaume Claret, probablement établis en Languedoc 284, aussi ne faut-il pas s’étonner qu’après avoir demandé un bénéfice à la collation de l’ordinaire de son pays d’origine, l’évêque de Genève, il cherche fortune ailleurs devant la masse des postulants et attende un bénéfice à la collation /261/ de l’archevêque de Toulouse 285. Là encore, il n’est point satisfait, car en douze ans il n’a rien obtenu. Une « clausula anteferri » vient le 30 juillet 1390 lui redonner quelque espoir 286 et un mois plus tard, il est pourvu de la cure de Miremont 287, non sans qu’il doive s’engager dans un mauvais procès, car la cure de Miremont excède la valeur maximale du bénéfice, définie sur la lettre qu’on lui avait accordée. Juridiquement sa bulle du 20 novembre 1378 était sans valeur pour Miremont. Un autre clerc s’en aperçut et dans l’automne 1390, attaqua en nullité la collation ainsi faite. Si je me fonde sur les dates d’expédition des bulles, je puis reconstituer ainsi les faits 288. Clément VII confirma d’abord simplement la paroisse à Jean de Pougny 289. Une réplique de l’adversaire provoqua une autre réponse du pape: il écartait alors toute autre prétention sur Miremont 290. Ce n’était pas tout, et le concurrent dut faire observer que le fond du problème restait en suspens, quand bien même il venait d’être écarté brutalement, car l’église de Miremont était un trop beau bénéfice, excédant les termes de la lettre jadis reçue par Jean de Pougny. C’est pourquoi ce n’est que le 24 avril 1392 que fut expédiée la bulle qui portait à 60 livres la valeur du bénéfice toulousain réservé à Jean de Pougny. En l’antidatant au 20 novembre 1378, la Curie levait les dernières difficultés, car si elles avaient été datées réellement de 1392, ces lettres n’auraient pas été applicables à cette église 291 et le procès aurait pu durer bien davantage. /262/

Il nous a paru utile de donner cet exemple, qui permet de mieux saisir les mécanismes de la Chancellerie et des causes bénéficiales.

Etienne Wachet de Cologny fut moins heureux dans le procès qu’il soutint contre Jean Trenchent pour la cure de Rumilly. Jean Trenchent n’hésita pas à céder ses droits à un parent du cardinal de Murol, puis à ce cardinal lui-même, pour l’emporter sur Etienne Wachet; celui-ci éliminé, Trenchent put enfin et moyennant une forte pension recouvrer de l’Eminence la cure tant convoitée 292. J’imagine que de tels cas faisaient l’objet de maints commentaires dans cette cour pontificale, peuplée de fins juristes et divisée en autant de coteries qu’il y avait de cardinaux et de hauts dignitaires.

Après cette admirable combinaison, un autre exemple d’astuce et de complicité sera tout aussi révélateur. Quand le jeune Guillaume de Menthonay, peut-être parce qu’il y étudie, lorgne un canonicat de Notre-Dame de Paris, les espoirs sont plutôt minces. Dans une ville d’étude d’une telle renommée, capitale du plus riche des royaumes chrétiens, la position de chanoine doit exciter bien des ambitions et les stalles de ce chœur doivent être pour la plupart hors de portée d’un simple étudiant. Et pourtant grâce à son oncle cardinal, il va entrer au chapitre sans trop de peine. Pourvu d’une expectative ordinaire, même le neveu d’un cardinal, adolescent de seize ans en troisième année de droit, aurait pu attendre quelques années son tour. Voici par quel moyen il s’évita cette longue attente si souvent inutile. Comme son oncle Jacques de Menthonay est lui-même chanoine prébendé de Notre-Dame, il suffira qu’il cède ce bénéfice en faveur de ce neveu et le résigne entre les mains du pape, pour que la prébende ainsi libérée soit conférée à Guillaume de Menthonay 293. Quant à l’oncle cardinal, il ne perdait pas trop, car une bulle lui accordait le même jour une expectative de prébende à Paris, où son rang le désignait pour la première vacance qui suivrait, et même une dispense opportune lui permettait de ne pas manquer dans l’intervalle /263/ une dignité intéressante, si elle se présentait 294. Si d’oncle à neveu un tel service allait de soi, on peut se poser d’autres questions, notamment celle du prix versé en compensation, quand on voit un Vaudois, Girard Bataillard de Baulmes, ancien curé d’Agiez et familier d’Henri de Sévery, s’assurer de la même manière une prébende à la cathédrale de Lausanne avec la complicité d’un cardinal italien, qui ne lui est, semble-t-il, nullement parent ni obligé, Jean de Placentinis 295.

De telles manœuvres se concertent à plusieurs et nous ont amené à nous pencher sur certaines séries dans la transmission des bénéfices et sur certains groupes d’intérêt dépassant le cadre du simple népotisme. Un double favoritisme règne, facilitant l’accès aux bénéfices: privilège de naissance, mais aussi de clientèle.

Le privilège de naissance concerne au premier chef les nobles. La noblesse a commencé à accaparer certaines places, par exemple les chapitres cathédraux : à Lyon 296 la noblesse est une condition indispensable, puisque les chanoines de Saint-Jean sont collectivement comte de Lyon. Ailleurs, il faut être noble ou gradué. Souvent le clerc qui demande une place souligne sa qualité de noble, parfois son appartenance à une famille de chevaliers 297 ; Imier de Ramstein mentionnera son origine baronniale 298. Mais l’influence de familles très bourgeoises peut être plus efficace, si l’un des membres de la famille est un prélat en vue. Adhémar Fabri, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux (puis de Genève), en fournit plusieurs bons exemples: il accorde une cure de son diocèse, celle de Lamotte, à Humbert Fabri (d’ailleurs archidiacre de son diocèse) 299 ; Humbert cède alors la chapelle Sainte-Croix à Ramus Fabri 300, qui à son tour résigne la paroisse de Chevrier en faveur de Jean de Lavenay 301, un autre parent originaire /264/ lui aussi de la Roche. Enfin plus simplement un oncle pouvait céder sa cure à un neveu 302, ou, si les bénéfices sont trop beaux, obtenir pour le jeune clerc une compensation. Ainsi Guillaume de Musièges, chanoine de Besançon et curé d’Arith, désire certes faire passer ses revenus à Nicolas et Pierre Brunet de Musièges. Un familier du cardinal de Brogny, Adhémar Convers, saisit alors comme nous l’avons déjà signalé, l’occasion d’un fructueux échange. Il reprend les bénéfices de Guillaume de Musièges et remet à son tour sa cure de Dieupentale à Nicolas Brunet et son canonicat de Sion à Pierre Brunet 303. L’amitié, ou des liens que nous ne pouvons toujours préciser, peuvent expliquer aussi certaines cessions 304.

Faire partie d’une clientèle dut être l’espoir de bien des clercs du XIVe siècle, d’une clientèle au sens antique, c’est-à-dire d’une « familia ». Ce privilège est signalé dans nos textes, car l’expression « familiaris pape » ou « familiaris cardinalis » ou encore familier d’un autre dignitaire, justifie par avance la faveur qui va échoir à l’heureux postulant. Pour nous ce terme évoquera très souvent un non-résident, car le familier a des devoirs qui le retiennent auprès du prélat ou à la cour d’Avignon. Chaque cardinal entretient une cour sur le modèle de celle du pape, plus modeste bien sûr, mais qui finit par grouper plusieurs dizaines de personnes, dont les plus favorisées ont ce titre de familier. Les familles cardinalices sont les plus importantes de ces clientèles 305. Elles semblent compter environ deux douzaines d’ecclésiastiques en moyenne 306, quand elles ont atteint toute leur ampleur. Parce qu’ils se connaissent, mais aussi parce qu’ils ont des intérêts communs qui les lient, les familiers échangent entre /265/ eux les bénéfices 307. Il est plus frappant de constater combien les bénéfices restent dans les familles cardinalices, constituant une sorte de catégorie de bénéfices pratiquement réservés, à l’instar de ceux que la « familia » pontificale se transmet. Ainsi la cure de Flérier (Haute-Savoie) reste dans le cercle entourant Jacques de Menthonay 308. La cure de Dieupentale (Tarn-et-Garonne) passe d’un familier du cardinal de Brogny à l’autre, comme celle de Vandœuvres 309. Lors des décès, l’héritage est soigneusement réparti entre des familiers survivants: à la mort de Rodolphe de Presles, sa cure de Saint-Léger à Genève et sa chapelle de Saint-Pierre passent à deux autres clercs, familiers comme lui du cardinal de Brogny: son parent Pierre de Presles et Adhémar Convers; Pierre décède peu après et c’est un troisième familier, Jacques Bochard, qui reçoit Saint-Léger 310.

Dans la famille cardinalice de Jacques de Menthonay, un autre cas est tout aussi révélateur. Lorsque son familier Pierre Pascalet, chanoine de Lausanne et de Genève, décède en Avignon, le cardinal dispose en fait de ses bénéfices et procède à une nouvelle répartition entre d’autres protégés : ses neveux Guillaume de Menthonay et Nicolas de Darmaz et son cousin Gérard Mestral de Dingy, tous trois étudiants, son chapelain, Jacques Dunant, et Guillaume de Grigny 311. Quand Jacques Dunant décédera, /266/ Guillaume de Menthonay reprendra la prébende de Genève 312. Ainsi les bénéfices restent bien dans le même cercle étroit qui avoisine les dignitaires.

Tant s’en faut qu’il n’y ait que les cardinaux qui protègent une clientèle. Nous en trouvons aussi autour du camerlingue, François de Conzié, c’est ce qui explique que le prévôt d’Agde (Hérault), Arnaud André, ait pour successeur le Savoyard Guillaume de Vermont, curé de Chessenaz. Le bénéfice passe d’un collecteur de Narbonnaise à un clerc de la Chambre apostolique, il ne sort pas de ce cercle 313. Ailleurs, on peut deviner la protection d’Henri de Sévery, le recteur du Comtat.

Ce n’est pas seulement en Cour de Rome que l’habitude de ces clientèles s’est installée, on la trouve dans les diocèses, autour des prieurés et des abbayes. J’ai cité l’entourage de l’évêque Adhémar Fabri (notes 299 à 301). Mais celui de Nicolas de Begnins, évêque de Belley, est tout aussi révélateur 314. Même le prieur de Lutry a ses protégés et la « famille » change au décès du prieur 315. La mainmise du groupe est nette, et le procédé si général que même des clercs d’importance moyenne jouent ce rôle de patron. Ainsi à la suite de Guillaume Thonerat ses compatriotes d’Evian se glissent dans les places 316. Avant de décéder, Guillaume Thonerat a songé aux siens.

De telles pratiques n’allaient pas sans provoquer des résistances. Clément VII avait attribué le « tabularium » de la curie épiscopale de Carpentras à l’un de ses protégés, le donzel Perceval d’Arenthon 317. L’évêque de Carpentras protesta et entama un /267/ procès 318. Clément VII s’obstina, mais en vain, car Perceval renonça devant les frais et la perspective d’avoir ces soucis pour un résultat improbable 319. Clément VII s’inclina et remit le choix du titulaire à l’évêque qui s’était montré si tenace 320. Pour un office analogue en Avignon, le pape put imposer son client, mais c’est un office des causes civiles et le pape détient le pouvoir comtal sur le pays 321. Un autre cas de résistance aux nominations pontificales est fourni par les difficultés de Gui de Penthéréaz, adolescent de seize ans, au doyenné de Neuchâtel en 1387 322.

Une étude de nos pièces multiplierait les constatations de ce genre sur les relations de nos clercs et les groupes sociaux, sur leur rôle. Notons encore toutefois que ces méthodes aboutissent à deux résultats également fâcheux pour l’Eglise: la mainmise d’étrangers sur certaines églises qu’ils se passent entre eux et l’instabilité des titulaires, pris dans un tourbillon d’échanges. Financièrement c’est un mouvement d’affaires, socialement les responsables en titre sont de plus en plus nombreux à laisser leurs responsabilités à des remplaçants, et du point de vue ecclésiastique, c’est une calamité, dont témoigne la désolation de certaines églises ou paroisses. La succession des curés savoyards à Dieupentale en Tarn-et-Garonne est significative du premier de ces défauts, car à Guigonet Chamonis succède Adhémar Convers (d’Argonnex), puis Nicolas Brunet (de Musièges), âgé de dix-huit ans 323. Tous trois vivent à la Cour d’Avignon. Les mutations font l’objet de savantes combinaisons. Quand le prieuré de Saint-Hugues devient vacant par le décès d’Aymar des Arces, familier du pape, c’est un autre familier et non des moindres, Girard du Pas, curé de Marigny, qui s’en fait pourvoir 324, soi-disant « motu proprio ». Aussitôt, Nicolas Morel abandonne sa cure de Corsier pour celle de Marigny 325, Guichard de Freynet /268/ lâche sa cure de Vinay contre celle de Corsier 326 et Jean Gaillard, chapelain de Grésy, accède à la dignité de curé avec la paroissiale de Vinay, pour laquelle il supplie le pape 327.

L’accaparement des bénéfices, l’instabilité des titulaires, le règne de ces coteries ne sont pas les seuls défauts de l’Eglise médiévale; le cumul, l’absentéisme et la distribution de bénéfices à des clergeons les accompagnent et sont tout aussi nuisibles, et ce n’est ni Clément VII, ni les autres papes du temps, qui vont y porter remède, car leur résistance est molle aux appétits et aux abus des clercs. Le cumul 328 peut prendre des proportions impressionnantes, gigantesques chez les cardinaux, si l’on songe qu’un Jean de Brogny couvre de ses réserves pratiquement toute l’Espagne, à raison des deux bénéfices par évêché qu’il peut revendiquer dans deux provinces ecclésiastiques et onze autres diocèses 329; ou que Clément VII accorde à Pierre Corsini, cardinal-évêque de Porto, une réserve de bénéfices dans vingt-deux diocèses différents 330. Le cumul reste considérable chez des dignitaires d’importance moyenne: un Guillaume Thonerat d’Evian acquiert par voie d’échange, le 11 juin 1382, un sixième canonicat, celui de Beaune. Il est pourtant bien pourvu : chanoine de Lausanne, Genève, Sion, Rouen, Saint-Géry à Cambrai, il y joint la sous-chantrerie de Lausanne, une chanoinie seigneuriale à Sion, le personnat d’Arâches en Haute-Savoie, la chapelle de la Paix à Cambrai, et il attend de pied ferme un bénéfice à Rouen. De plus, il est maître de la cire à la cour pontificale et, par conséquent, absent de tous ses bénéfices. Jean de Marcossey, simple neveu d’un évêque, posséda en plus de son canonicat de Genève /269/ jusqu’à quinze personnats, dont il trafique allègrement, comme nous l’avons déjà remarqué 331.

Guillaume de Menthonay se taille en quelques années un domaine en tous points comparable à celui de Guillaume Thonerat. Chez lui le népotisme et le cumul se conjuguent avec un autre défaut, celui de l’âge. A dix ans, il reçoit une dispense générale pour l’obtention de bénéfices, et le jour même, il devient chanoine de Thérouanne 332. Guillaume Barbier est chanoine de Sion à douze ans 333, et nous avons bien d’autres cas signalés dans nos tables 334. Nous n’avons pas trouvé de chanoine de moins de quatre ans, mais il est significatif d’en trouver de cet âge, quand on songe qu’ils ont plus de vingt ans devant eux avant d’avoir l’âge légitime; et il est intéressant de noter que, si nous connaissons un chanoine aussi jeune au temps de Clément VII, nous pouvons, sans remonter à de tristes périodes de décadence de l’Eglise, citer le cas analogue d’un enfant admis le 25 juin 1286, sous Honorius IV 335. Nous ne pouvons donc en charger exclusivement la mémoire des papes d’Avignon. Un autre clergeon d’une douzaine d’années, Jean Barbier (ou ses représentants) attend un bénéfice au diocèse de Paris, dispute à un autre clerc une chapelle champenoise et obtient déjà un canonicat sédunois, tout en renonçant à celui de Saint-Anatoile à Salins 336.

Le cumul et la désignation d’enfants entraînent fatalement l’absentéisme chez les responsables de très nombreuses dignités; /270/ c’est aussi le fait des prélats occupés à la cour pontificale. A ces dignités il faut joindre les bénéfices souvent importants accordés aux évêques « in partibus infidelium », comme l’archevêque de Nazareth, Jordan d’Ecublens, et le patriarche de Jérusalem, Aymon Séchaux 337, comme aussi à ceux que l’on pourrait appeler les évêques « in partibus schismaticorum » comme l’évêque de Padoue, Raymond, à qui il faut fournir des ressources. Moins importants, mais nombreux sont les bénéfices des étudiants qui restent dans leurs universités. Enfin l’absentéisme atteint aussi ceux que quelques lieues séparent de leurs ouailles: un Robert Chambrier, curé de Cruseilles, mais official et vicaire général du diocèse de Genève, est de ces clercs que retient le chef-lieu ou un autre bénéfice. La plupart des titulaires nommés dans les archives pontificales ne sont pas ceux qui baptisent, marient, consolent et enterrent, ou ils ne sont à leur ministère que d’une façon intermittente. La cure d’Essertines est amodiée par son curé, Jean Billet 338, chanoine de Lausanne, d’ailleurs en possession d’une autre cure, celle de Saint-Martin-Bellevue 339. Il décède le 16 janvier 1385, et la cure d’Essertines passe aux mains de Jean de Bettens, doyen d’Annemasse, qui n’y met pas les pieds et la résigne; le 25 novembre, le pape la confère à un clerc de Maguelone, Jean Colomb, qui attend une prébende au Puy 340. Le recteur de la léproserie de Moûtiers-Tarentaise décède en Avignon 341, et je ne saurais conclure sur un meilleur exemple que cette plainte des habitants de Sallanches, datée du 9 juillet 1389, qui notent que « ... dans cette église qui compte un doyen rural et un recteur, tenu d’assumer la cure, les curés successifs depuis soixante ans et le curé actuel depuis dix-huit ans ne furent jamais personnellement résidents; c’est pourquoi les édifices croulent, les droits se perdent, le culte est amoindri et nombre /271/ de paroissiens sont morts sans confession, nombre d’enfants décédés sans baptême... » 342.

A ce déclin du culte, nous pouvons ajouter l’imposante floraison des procès. Souvent le litige est indiqué, le juge nommé, mais nous sommes loin de connaître toutes les causes. L’examen de plusieurs confirmations pontificales m’a conduit dans chaque cas où un clerc demande une telle grâce au pape, à proposer l’hypothèse d’un procès en cours ou imminent. Cette hypothèse a toutes les chances d’être vérifiée 343.

Quelques mots sur l’origine et la marche d’un procès ne seront peut-être pas de trop dans cette introduction. A part un rappel succinct des grandes lignes de la procédure 344, nous essaierons de donner un aperçu des causes de procès et de l’évolution de certains litiges, à titre d’orientation générale.

Habituellement, l’affaire commence par la constatation pénible du bénéficier (ou de son procureur) se présentant à son collateur, que ses droits sont contestés et il se doute « quod acceptatio et provisio viribus non subsistunt ». Il cherche alors à prévenir les suites désagréables, moyennant une bonne confirmation papale de son bénéfice, à moins qu’il ne sollicite cette pièce une fois solidement engagé dans l’affaire, car il est naturel à l’époque de dater la confirmation d’une collation de la date d’une première bulle accordant canonicat ou bénéfice en expectative. Le procès engagé 345, la procédure suit le schéma suivant: individuellement ou par procuration, le demandeur remet au juge un libelle (libellus), en principe rédigé par un avocat. Le juge convoque les parties et dans cette première audience donne lecture du libelle. Le défendeur accepte, refuse ou demande un délai. Le refus du défendeur, avec ou sans délai, entraîne le procès, qui débute /272/ par la « litis contestatio » : Les deux parties comparaissent et après une seconde lecture du libelle, le demandeur essaie de faire avouer l’adversaire sur certains points (articuli) ou positions; s’il ne provoque pas l’aveu, il doit fournir la preuve de ce qu’il avance. Le défendeur se défend de la même façon. Tous deux se sont engagés à agir de bonne foi par le serment « de calumnia ». Les articles sont adressés au juge, qui n’en donne connaissance qu’à l’interrogatoire dans les causes contentieuses. Les articles étant traités, les plaidoiries des avocats résument la cause et les positions des parties. D’acte en acte (actus) le procès touche à sa fin. Un jour est alors assigné aux parties pour renoncer à la discussion et parvenir à la conclusion. Le juge alors rend sa sentence.

La cause soumise à l’official du diocèse (curia ordinaria) pouvait être l’objet de deux appels, d’abord auprès de l’officialité métropolitaine (curia loci metropolitani) ou en dernier ressort auprès de la Curie pontificale. Certains degrés de juridiction peuvent être supprimés par la clausule « appellatione remota », mais dans certains cas bien précisés.

Plus que les modalités de la litiscontestation, que chacun peut approfondir sans trop de peine, il nous paraît intéressant de dépeindre à l’aide de quelques cas la somme de soucis et de frais dans laquelle un bénéficier peut se voir engagé.

Le cas le plus courant est celui de la double collation. Cette double collation peut être celle de l’ordinaire opposée à celle du pape. Au décès de Giroud Bolend, l’église de Villard est l’objet d’un litige de cette nature. Benoît Roger en a été pourvu par le pape et Louis de Freynet par l’évêque de Genève 346. Mais il peut y avoir une double collation apostolique, comme dans la cause touchant le canonicat de Lausanne et la prébende de Pierre de Laubegg: Jean Martin se prévaut d’une réserve conçue en termes généraux et se fait admettre au chapitre, puis Guichard Bonjour en est régulièrement et spécifiquement pourvu 347. /273/

Il existe des cas limites: les bénéfices des chapelains des papes deviennent de collation pontificale. Mais qu’en est-il, quand un chapelain, comme Rodolphe de Presles, décède entre sa nomination de chapelain du pape et la prestation du serment 348 ? Les juristes alors peuvent s’attendre à un beau procès. Jean de Saint-Sixte et Gérard Aude se font confirmer les 20 et 24 septembre 1390 la cure de Féternes en Haute-Savoie par le pape qui ne s’aperçoit pas de cette double collation 349. Comment expliquer ces doubles désignations du pontife ? Il faut ici incriminer l’organisation de la Chancellerie. Apparemment les bureaux pontificaux paraissent des modèles du genre et chaque chancellerie européenne cherche à en copier le style et les méthodes. Vue de loin, en effet, la Curie romaine semble parfaitement organisée, mais vue dans le détail, elle laisse une impression beaucoup moins avantageuse. Sinon par l’enregistrement, on ne garde pas trace de l’acte passé et les lettres enregistrées le sont au petit bonheur, dans le plus singulier des désordres, et nous avons évoqué ces actes copiés par erreur deux fois, voire trois. Cent scribes s’affairent, mais l’on aimerait savoir comment. Le pape n’est pas seul à disposer des bénéfices. L’ampleur de la tâche l’oblige à des délégations de pouvoirs. Bien des cas, qui sont simples, sont tranchés en fait par Gilles Bellemère, le gérant de la Chancellerie ou par le vice-chancelier en titre 350. Le nom du pape, uniformément et majestueusement mis en exergue, cache ces défaillances, tout comme les dates du début de pontificat, attribuées à chaque catégorie de clercs, faussent au départ le sens réel de tant de lettres et infirment tant de déductions qui pourraient en être tirées. Les insuffisances du système sont grandes. Créée pour gérer le patrimoine de Saint-Pierre, aux besoins administratifs alors restreints, et pour un volume d’affaires limité, même s’il englobait la chrétienté, la Chancellerie du pape est devenue, sans changer sa conception initiale, une énorme machinerie qu’il domine, mais ne contrôle plus. D’autres administrations princières ont /274/ connu ces maladies de croissance, inhérentes à toute centralisation. Simplement l’apparence ne doit pas nous abuser. Apparemment Clément VII attribue la même chapelle de la cathédrale de Carpentras à deux clercs différents 351. L’a-t-il fait lui-même ? l’a-t-il su plus tard ? On peut en douter. Même si le pape entendait toutes les suppliques, comment pourrait-il prêter une oreille attentive à tant de désirs différents, à côté de l’importance de certaines questions et des autres obligations de son magistère ? En tout cas, il n’est pas dupe, et il est conscient parfois d’accorder ou de voir accorder involontairement le même bénéfice à deux clercs différents 352. Ainsi les défauts du système sont: la possibilité d’opposer réserve générale et collation spécifique; l’impossibilité de dominer un bureau de cent scribes avec les méthodes d’un modeste secrétariat; la masse des cas qui sont réellement traités par le pontife d’une manière parfois si incidente, qu’il est à la merci de la collaboration de ses scribes entre eux; l’absence de répertoires ou d’archives méthodiques. En plus il faut compter avec les traquenards que tendent à la Curie les clercs ambitieux et dénués de scrupules: les combinaisons compliquées, du genre de celle dont fut victime Etienne Wachet et que nous avons rapportée 353, où est impliqué un cardinal, Jean de Murol. Les laïcs s’en mêlent, ainsi Humbert de Villars veut déloger Pierre Paluat, curé de Saint-André-le-Panoux (Ain), pour installer dans ce presbytère son ancien précepteur Jean Savarin ou plutôt lui en assurer les revenus. Il use d’un artifice de droit 354 pour faire invalider la collation faite à Pierre Paluat dix ans auparavant et le remplacer par une de ses créatures, déjà pourvue d’une paroisse et d’autres grâces bénéficiales, quoique simple clerc, et qui va solliciter des paroisses /275/ jusque dans l’Agenais 355. Les lettres pontificales sollicitées après coup peuvent aviver les querelles et alimenter les procès 356, comme aussi le formalisme juridique des autorités ecclésiastiques, qui font qu’un curé peut douter au bout d’un certain temps des droits à la paroissiale du recteur qui précéda son prédécesseur immédiat et se trouver sous la menace d’un procès. Considéré comme intrus, pour avoir succédé au successeur d’un intrus, il pourra être délogé, alors que les deux curés précédents purent exercer tranquillement leur ministère. Il ne lui reste que la ressource de s’en apercevoir à temps, pour qu’une confirmation pontificale, passant par-dessus ces circonstances, crée un droit nouveau, partant d’une situation nouvelle 357.

Le procès engagé, le pape peut intervenir, si les parties ont des droits égaux. Ainsi deux prêtres lyonnais se disputaient la cure d’Anthon (Isère). S’ils sont à égalité de droits, décide Clément VII, qu’on confère Anthon au clerc genevois Pierre Bruerie. Certaine fable de La Fontaine n’est-elle pas inspirée par un cas analogue 358 ? Certaines causes prennent fin par une transaction. C’est ainsi qu’il faut interpréter la fin d’un procès par la renonciation d’une des parties, qui reçoit certainement une compensation: Thierry de Montlaurent et Rodolphe Covet se disputent la cure d’Ardon. Durant le procès, Thierry reçoit la cure de Romont et renonce à Ardon 359. Dans d’autres cas analogues, la compensation ne peut être précisée 360. L’autre partie demande à être subrogée dans le droit du cessionnaire. Les procès durent, aussi peuvent-ils prendre fin par le décès d’un des plaideurs 361. Mais on pouvait subroger un autre clerc dans les droits du défunt : le litige au sujet du prieuré de Cessy est arrivé à une phase décisive, quand le cardinal Nicolas de Saint-Saturnin meurt inopinément. François de Droisy lui est subrogé, et le procès peut aller vers son dénouement 362. Dans un autre cas, un scriptor, /276/ non sans un humour involontaire, précise la raison d’une subrogation analogue: « ne ecclesiam predictam, si lis hujusmodi legitimo defensore careret, qui prosequeretur eandem, absque institutione canonica detineri contingat... » 363. Le procès canonique décidément deviendrait-il une fin en soi ?

Grave querelle ou simple affaire de contentieux, le procès était coûteux: Etienne Wachet s’avoue trop pauvre pour soutenir sa cause contre un cardinal. Il demande que son expectative soit reportée sur un autre bénéfice 364. D’autres s’y jettent corps et biens et se retrouvent sans le sou, comme ce Pierre Picolerii qui « pour ce procès et sa poursuite vendit ses biens et consomma sa ruine au point qu’il n’a plus de quoi vivre, qu’il est dans la plus noire misère... » 365. Il est difficile de chiffrer les frais d’un procès. Une fois, j’ai pu le faire. Un procès en cour de Rome sur le personnat de Peney (Vaud) a coûté 40 florins d’or, 3 sous et 6 deniers 366. C’est probablement largement le revenu de deux ans de ce bénéfice 367. C’est en tout cas le prix d’une maison en Avignon 368. De plus, la justice était loin d’être rapide et nos actes citent un procès pour le prieuré de Mouthe (Doubs) qui dura douze ans jusqu’au désistement d’une des parties 369.

« Un bénéfice ecclésiastique avec ou sans cure, même s’il s’agit d’un office dans une église cathédrale, d’un doyenné rural ou d’une paroisse, dont les fruits, revenus et produits n’excèdent pas en valeur annuelle, si c’est avec cure, cent, mais si c’est sans cure, soixante livres tournois, à la collation de n’importe qui... » Page après page, le refrain revenait, à peine varié par l’oubli du doyenné ou de la cathédrale, une différence de prix /277/ et la variété des collateurs. Diocèses, monastères, prieurés disparaissaient dans cette quête dévorante de revenus, avec ou sans cure d’âmes. De temps en temps, la valeur d’une église apparaissait, toujours en florins ou en livres tournois, et la description avait le style d’une estimation fiscale. A la longue, pour qui lit et travaille ces textes pendant des mois, le refrain monétaire en devient obsédant.

Il est évident que nous sommes choqués par l’avidité de clercs comme Rodolphe Covet de Bonne, même si ce bâtard rêve de châteaux en Valais et jette son dévolu sur des bénéfices rapportant plus de désillusions que de florins, ou par celle d’un Guillaume Thonerat ou d’un Guillaume de Menthonay, quoique nous leur reconnaissions quelques mérites: à l’un, les services rendus au pape comme fonctionnaire et maître de la cire, et à l’autre, les qualités qu’il déploya: orphelin de bonne heure et, semble-t-il, doué, il étudia rapidement et parvint assez vite à regagner Avignon, bachelier en droit, pour devenir, à vingt-deux ans, évêque de Lausanne.

L’atmosphère monacale faite d’étude et de sérénité et le silence majestueux de la Salle des archives pontificales étaient favorables à des méditations portées vers l’absolu. Aussi, souvent, au sortir du palais du Belvédère à Rome et rendu au tourbillon bruyant de notre monde matérialiste, je me suis posé la question: ces clercs du XIVe siècle, ne vivaient-ils que pour l’argent ? Les exemples cités et tant d’autres nous inclinent à la sévérité envers leurs manœuvres et l’état d’esprit que révèlent certains textes, car après tout, chaque bénéfice suffisait en principe à l’entretien d’un de ces religieux. Vocation religieuse ou vocation pécuniaire finit-on par se demander ? Quand un Jean de Pougny quémande un bénéfice en Anjou, un autre en Savoie, un autre encore au pays de Toulouse 370, on peut légitimement s’interroger: où n’en prendrait-il pas, pour peu qu’on le lui offrît ? De même, quand un Guillaume Fabri obtient la cure d’Yvignac en Bretagne avec le canonicat d’Aigueperse, se soucie-t-il des âmes qui lui sont confiées ? En vérité, cette paroisse, dont il ne sait pas le nom exact et qu’il appelle tantôt Evignac, /278/ tantôt Guignac 371, il l’ignore totalement; elle ne l’intéresse au début que parce qu’elle accompagne le canonicat d’Aigueperse qu’il a visé. C’est son revenu qui lui importe. Son successeur à Yvignac, las d’un procès, lâche prise dès qu’il obtient un autre bénéfice. Ils n’ont jamais vu leurs ouailles bretonnes, ni leur presbytère de granit gris couvert de chaume.

Le titre de curé est pour eux un mot vide de sens. Une cure est un bénéfice administrativement un peu moins simple à cumuler qu’un autre. Pour beaucoup, la cure d’âme est donc un inconvénient attaché à certains revenus et pour lequel il faut composer en Cour de Rome. Ces étudiants, obligés de passer par l’Eglise pour obtenir leurs grades universitaires, ont besoin de ces bénéfices qui leur servent de bourses d’études, mais répugnent à la prêtrise, exigée pour certains offices et qui les condamnerait au célibat, au risque de perdre leur cure. N’est-ce pas cette situation socio-économique qui pousse encore de nos jours au séminaire tant de jeunes gens de l’Italie du Sud ou des pays ibériques ? Que peut-on leur reprocher, quand on sait que, pour faire carrière ou simplement échapper à la morne misère, ils doivent passer coûte que coûte par la sacristie, quitte à la traverser le plus vite possible. Comme à ces contemporains, l’Eglise rendait ce service immense à certains jeunes gens du XIVe siècle, l’accès par les études à une situation meilleure. D’un autre côté évidemment, toutes les ambitions n’étaient pas purement ecclésiastiques.

Du haut en bas de l’échelle, ce clergé est donc intéressé, prodigieusement intéressé. La différence ? le pape l’est à la façon d’un seigneur par des questions de vassalité, les cardinaux font percevoir avec énergie le « subside charitable », mais pratiquent le prêt à des taux que l’on cache et les chanoines sont bourgeoisement capitalistes. Est-ce à dire que leur foi est inexistante, qu’ils ne vivent que pour l’argent, bref qu’ils ont remplacé le Christ par Mammon ? C’est une position que l’on voit souvent. Trop d’auteurs sont des nostalgiques de la foi médiévale, comme un Péguy, un Huysmans et chez nous un Reynold, ou des /279/ contempteurs de l’Eglise. Je pense que le problème est mal posé. La foi du XIVe siècle est tiède, comme la nôtre d’ailleurs, et l’on peut croire que, malgré tant de textes illusoires, elle n’a jamais été essentiellement différente, pour qui mesure le caractère relatif de tout témoignage en cette matière. Les archives abondantes jettent un jour cru sur la vie du XIVe siècle; leur rareté à d’autres époques ne masque-t-elle pas la réalité ? Nous avons saint Marius et saint Prothais à l’église de Lausanne, mais qui connaît l’histoire des VIe et VIIe siècles au Pays de Vaud ? Si un Guillaume de Menthonay finit, dit-on, assassiné, ne fut-ce pas le sort de ses prédécesseurs David en 850 et Henri Ier en 1019 ? Je ne rappelle ces faits, que pour faire ressortir l’erreur qu’il y aurait à établir des parallèles sans tenir compte de la qualité de notre information et à utiliser celle-ci à de fausses comparaisons entre siècles différents. Nous avons trop d’archives au XIVe siècle pour que l’histoire rejoigne l’hagiographie.

Nous pouvons maintenant en revenir à la foi de ces clercs. Apres au gain, ils ne sont pas moins préoccupés de grâces spirituelles. Ils amassent de l’argent certes, mais s’ils en ont beaucoup, ils fondent des chapelles ou des couvents. L’avidité du cardinal de Brogny s’épanouit dans le faste qu’il déploie et trouve sa fin dernière dans les diverses fondations destinées à perpétuer sa mémoire (chapelle, collèges 372). A leur heure dernière, nos clercs sont préoccupés de leur salut et impressionnés par l’approche de leur propre décès. Il m’apparaît évident que l’on peut, comme eux, tout à la fois chercher son salut et chercher à s’enrichir. Peut-être ne pénètrent-ils pas la signification de certaines paroles bibliques ? peut-être oublient-ils le sens profond et étymologique du mot ministère, que nous voudrions leur voir vivre ? mais ils sont certainement sincères. La critique et le ressentiment animent déjà des mouvements de révolte, dont le valdéisme, les spirituels, les hérésies de Wyclif puis de Huss sont les plus marquants, avant d’amasser la colère qui jaillira à la Réforme. Pour l’heure, aux XIVe et XVe siècles, l’Eglise est une occasion d’enrichissement. Pour le comprendre /280/ réellement, il faut se rappeler que l’évolution a changé les sources de la richesse avec la grande mutation de notre époque technicienne. Il n’y eut d’ailleurs pas que l’Eglise qui offrît jadis des perspectives alléchantes, mais qui la dénaturaient. Qui songe de nos jours à s’enrichir par une activité fiscale, comme les fermiers-généraux du XVIIIe siècle français ? Demain peut-être cherchera-t-on la fortune dans la science, comme on y cherche déjà la considération. Au moins, cela attirera à la recherche des talents plus nombreux. Avant-hier l’Eglise était une affaire, parfois la seule affaire possible, pour qui n’avait pas trouvé un sceptre, grand ou modeste, dans son berceau; la seule affaire universelle, car les places de négoces sont de rares villes privilégiées. Pour comprendre nos gens, il faut s’en pénétrer: n’est-ce pas encore, dans certaines régions arriérées, l’Eglise qui est l’unique manière pour un enfant intelligent d’échapper à la condition du paysan sans terre, le seul espoir d’améliorer matériellement son avenir ? N’est-ce pas tout près de nous ce que rêva Catherine Djougachvili pour son fils, devenu Staline ? Quand Jacques de Menthonay, inopinément, se retrouve avec trois neveux sur les bras 373, il n’a pas grand choix: à l’un, la modeste seigneurie; la fille, étant unique et bientôt nièce de cardinal, pourra trouver mari; mais le frère cadet ne pourra qu’entrer dans l’Eglise. L’oncle vivra assez, pour que le neveu assure ses bases et se fasse connaître. Il ne deviendra évêque de Lausanne qu’après la mort de son oncle et tuteur.

Mais l’Eglise, financièrement, devient si vaste et si importante que la disproportion éclate entre le but de l’institution et sa réalité présente. L’Eglise n’a pas été conçue pour être une carrière, mais pour être un service, et tout dans son vocabulaire et sa titulature le rappelle. Avant d’être un bâtiment, la cure est une sollicitude. De plus, l’Eglise est mal outillée pour transformer cette source de richesse en progrès social et économique. Elle s’y essaie pourtant: elle améliore parfois les communications. On voit notre pape accorder des indulgences ou des revenus pour la construction d’un pont ou l’entretien d’hospices; il /281/ attribue des cures ou des sinécures à des étudiants, pour leur assurer des moyens d’existence pendant leurs études. Mais c’est malgré tout un emploi marginal. Une chapelle de plus, quand il y en a déjà trop, n’est-ce pas un investissement discutable dans un cadre paroissial ?

Bien que fort nombreux, les clercs pourraient être davantage, si l’on considère le cumul des bénéfices. D’innombrables procès déplaisants accaparent et détournent leurs énergies. A travers tout cela, la Réforme s’avère indispensable. Réforme ou enlisement. Nous n’avons pas à discuter ici des modalités 374; un siècle et demi, au cours duquel les défauts et incohérences du système vont s’aggraver, nous sépare de l’irrémédiable éclatement de notre institution. Déjà, cependant, ces contradictions apparaissent comme anciennes et établies, et c’est ce que nous ne voulions pas entièrement passer sous silence.

Nos clercs font donc souvent preuve d’une avidité qui nous choque. Elle s’explique par la situation économique et sociale de l’époque et l’importance du domaine ecclésiastique en Europe occidentale. La richesse des archives pontificales du XIVe siècle donne faussement l’impression que cette époque fut plus matérialiste que d’autres, pour lesquelles les archives sont misérables et les pièces administratives très peu nombreuses ou inédites.

La même remarque sur l’abondance des documents vaut pour d’autres défauts reprochés aux papes d’Avignon. Si le cumul qu’ils tolèrent est condamnable, il existait avant eux. Notons simplement qu’il va devenir plus grave: Jean de Brogny cumule les prieurés, mais Jules de Médicis, cousin de Léon X, cumulera les diocèses et les abbayes. L’un ramasse en fait des domaines, songeons aux prieurés du genre de ceux de Bettens ou Burier, il prive de revenus d’autres ecclésiastiques, mais affecte peu le culte. L’autre trouble profondément l’Eglise dont il décapite /282/ les provinces, les diocèses ou les monastères 375. La papauté des XVe et XVIe siècles amplifiera les défauts que révèlent les archives avignonnaises.

Quelle fut la situation des clercs originaires de nos diocèses ? N’allons pas croire que la présence de Romands à la Cour d’Avignon ne date que de Clément VII. Rodolphe de Chissé, Etienne Galopin, Boson de Ballaison s’y trouvaient déjà treize ans auparavant, et ils n’étaient pas les seuls 376. L’installation en Provence du siège pontifical allait les attirer à la Cour de Rome en plus grand nombre qu’on ne les trouvera antérieurement ou postérieurement. Cet attrait des pays du Sud, s’il entraînait nos gens en Provence, incitait aussi les Suisses alémaniques à s’établir en terre romande 377 et Berthin Röthi, venu à dix ans de Lenzbourg, veut y rester pour toujours 378. La faveur de Clément VII amplifia ce mouvement et l’on trouvait cela naturel à l’époque. Un préambule moral en tête de certaines lettres pontificales ne le dit-il pas ? « Bien que nous étendions favorablement notre main libérale à chaque personne dévouée à l’Eglise romaine, nous l’étendons d’autant plus favorablement et efficacement à celles qui nous sont unies par des liens de parenté que, un degré plus proche dans la charité aidant, nous reconnaissons être davantage leur obligé... » 379 Cette phrase illustre bien l’esprit qui présidait à cette faveur; elle en contient tous les caractères, et cette interprétation de la charité et de l’obligation envers son lignage, que nos idées égalitaristes nous ont fait abandonner, étaient des /283/ réalités à l’époque. Face à cet état d’esprit universel qu’on rencontre aussi bien chez un chevalier, un prieur ou un évêque que chez un pape, l’effet de la faveur de Clément VII ne nous paraît pas exceptionnel.

Les avantages d’avoir eu un pontife originaire de nos régions se firent encore sentir pendant quelque temps, car, selon l’usage, Benoît XIII garda un certain nombre de hauts fonctionnaires désignés par son prédécesseur. Nous sommes à peu près sûr qu’aucune époque, ni avant, ni après, n’aura vu tant d’actes émanés de la Cour de Rome et concernant les clercs et les églises des diocèses de Genève, Lausanne et Sion.


NOTES :

Note 1, page 3 : Beaucoup d’historiens parlent à tort de « comtes de Genevois », titre qui sera porté plus tard par des princes de la maison de Savoie. Nous préférons traduire les expressions comes Gebennensis et comitatus Gebennensis de nos actes pontificaux par comte de Genève et comté de Genève, conformément à la vieille règle de grammaire Themistocles Atheniensis et suivant l’usage adopté par M. Duparc, l’historien du comté (Duparc, p. 11, 12). D’ailleurs lui-même se nomme Robertus de Gebennis dans la déclaration du 2 août 1378 (Baluze IV, p. 183). Armoiries: Foras III, p. 63. Il y a plusieurs inexactitudes dans les dates et la généalogie de Foras. Les armes que nous trouvons sur nos manuscrits sont d’or à quatre points équipollés d’azur. Elles se retrouvent sur une bible ayant appartenu au duc de Berry (Bibl. Vaticana, cod. Vatic. Lat. 51, f. 1 r). [retour]

Note 2, page 3 : Amédée III (1311 - 18 ou 19 janvier 1367), fils de Guillaume III et d’Agnès de Savoie, fille d’Amédée V. Comte de Genève de 1320 à 1367. Parrain du comte Amédée VI, il en fut le tuteur avec Louis de Vaud et régna avec un certain éclat, prenant une part active à la politique générale de l’époque. (Duparc, chap. V). [retour]

Note 3, page 3 : Mahaut ou Mathilde épousa Amédée III en 1334, le 13 février (Duparc, p. 302), mais le mariage ne fut célébré qu’en juin (ib., p. 304, n. 4). Elle survécut à ses cinq fils et fit son testament à Rumilly le 28 août 1396 (ib., p. 339). [retour]

Note 4, page 3 : Robert VII, comte d’Auvergne et de Boulogne, le plus puissant seigneur du centre de la France, appartenait à une de ces familles féodales qui se flattaient de faire remonter leur pouvoir à l’époque carolingienne, tout comme les familles de Savoie, de Genève ou de Zähringen. Comte d’Auvergne vers 1317, il mourut en 1326, selon l’obituaire de Vic qui nous donne le jour probable du 13 octobre. (Baluze: Histoire généalogique de la maison d'Auvergne I, chap. 25, p. 111-117). D’un premier mariage avec Blanche de Clermont, petite-fille de Saint Louis, il eut un fils, Guillaume XII, qui lui succéda. D’un second mariage avec Marie de Flandres, il eut quatre autres fils, dont Gui, le cardinal de Boulogne (cf. plus loin, n. 30) et deux filles, dont Mahaut, la mère de Clément VII. [retour]

Note 5, page 4 : Non utilisée ( = tableau généalogique en p. 4) [retour]

Note 6, page 4 : Jeanne de Boulogne, comtesse d’Auvergne et de Boulogne, fille de Guillaume XII. Elle épousa le 26 septembre 1338 Philippe, fils unique du duc Eudes IV de Bourgogne, qui mourut prématurément des suites d’une chute de cheval et dont elle eut un fils posthume: Philippe de Rouvre, dernier duc capétien de Bourgogne (1345-1361). En secondes noces, elle se remaria avec Jean, duc de Normandie, fils aîné du roi Philippe VI de Valois, le 19 février 1349, et qui fut roi de France de 1350 à 1364. Jean le Bon était alors veuf de Bonne de Luxembourg qui lui avait donné plusieurs fils, Charles V, Jean de Berry, Louis d’Anjou et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Jeanne de Boulogne meurt le 29 septembre 1360. [retour]

Note 7, page 4 : Clément VII suivait ainsi une mode des papes du XIVe: Benoît XII adjoignit à sa bulle une rose et deux petits sautoirs; Innocent VI, deux étoiles; Clément VI et Grégoire XI, des roses, armes de la famille Roger. Est-ce par politique uniquement que Robert de Genève mit ces trois fleurs de lis au lieu de ses armes: cinq points d’or équipollés à quatre d’azur ? ou s’adjoignit-il à ce souci politique une allusion à la valeur symbolique de la fleur de lis ? De toute façon, l’on trouve plusieurs fois, dans les rares initiales ornées des registres de Clément VII, soit ses armoiries (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 226, f. 542 r), soit des fleurs de lis, pas toujours le lis de France d’ailleurs (cf. Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 55, f. 76 r). [retour]

Note 8, page 4 : « Yolande était fille, et non sœur, comme M. Guichenon l’a cru, d’Amé III, comte de Genève, et Mahaut de Boulogne... Mais ce mariage ne fut pas effectué, Yolande ayant été mariée à Aymeri VIII vicomte de Narbonne. » (Baluze: Histoire généalogique de la maison d'Auvergne I, p. 197-198). Nous suivons la conclusion de Baluze, parce que Béraud Ier, comte de Clermont et sire de Mercueur, épousa en 1333 Marguerite de Villemur, petite-nièce de Jean XXII, dont il eut neuf enfants, le dernier posthume; il mourut le 27 août 1356 et Marguerite lui survécut. Ainsi l’alliance de 1348 avec Yolande ne peut pas s’entendre de Béraud Ier. Elle ne peut pas davantage se rapporter à Béraud II, dauphin d’Auvergne et comte de Clermont, surnommé le « Comte Camus », car ce seigneur, qui prit part à la bataille de Poitiers en 1356, fut marié trois fois, d’abord avec Jeanne de Forez le 22 juin 1357, puis avec Jeanne de Boulogne en juin 1371, enfin avec Marguerite de Sancerre, en juin 1374. (Baluze, ib., p. 186-191). [retour]

Note 9, page 6 : Duparc, p. 271. Il s’agit probablement d’Aymar IV. [retour]

Note 10, page 6 : Après avoir été fiancée en 1346 à Philippe de Savoie-Achaïe (Duparc, p. 302). [retour]

Note 11, page 6 : Humbert VII, dont le fils Humbert héritera en 1394 du comté de Genève (Duparc, p. 332 sq.). [retour]

Note 12, page 6 : Duparc, p. 302. [retour]

Note 13, page 6 : Duparc, p. 302, indique Raymond V, tandis que Baluze parle de Raymond IV, mort en 1393. Le mariage eut-il lieu le 12 juin 1367 ? comme l’affirme Baluze (repris probablement par Stokvis: Manuel d'histoire, de généalogie... t. II, p. 149). M. Duparc indique comme date du contrat le 12 juillet 1358 sur la foi d’une pièce d’archives. Leur fille, Marie, portera la principauté dans la famille de Chalon-Arlay. Il ne faut pas confondre le prince d’Orange avec Raymond Roger de Turenne, sire des Baux. [retour]

Note 14, page 6 : M. Duparc, suivant Guichenon et Foras III, p. 70 et 71, parle d’un premier mariage avec Béraud II, dauphin d’Auvergne et comte de Clermont. Baluze conteste ce mariage et donne les noms des trois femmes de Béraud: Jeanne de Forez, Jeanne de Boulogne et enfin Marguerite de Sancerre (Baluze: Histoire généalogique de la maison d’Auvergne I, p. 156). Il relève l’erreur de Guichenon, sur lequel s’est appuyé Foras (ib., p. 197-198). Il fut probablement question de fiançailles, ce qui expliquerait la dispense de parenté accordée le 6 juillet 1353 par Innocent VI (Duparc, p. 303, n. 1). Yolande épousa donc Aymeri IX, vicomte de Narbonne de 1341 à 1388, et non, comme l’indique Baluze, Aymeri VIII, si nous suivons Stokvis: Manuel d’histoire, de généalogie... II, p. 127, qui donne pour Aymeri VIII les dates de règne de 1336 à 1341. J’ai préféré la date de 1359 donnée par l’Armorial de Savoie (Foras III, p. 70) qui précise le jour, à 1360 (Duparc, p. 303), l’année de réception de la dot, qui se faisait parfois attendre, par exemple plus de douze ans pour la mère de Yolande, Mahaut. [retour]

Note 15, page 6 : Amédée, comte de Piémont, prince d’Achaïe et de la Morée, né en 1363 et mort le 7 mai 1402. Catherine mourra en 1407 (Foras V, p. 448; Duparc, p. 303). [retour]

Note 16, page 7 : Amédée (env. 1294-1330), fils du comte Amédée II, né vers 1294. Il reçut de riches prébendes à Genève, Lyon, Langres dès 1306, à Cologne et Mayence en 1310, à Paris, Vienne, Valence et Viviers en 1318; il fut nommé évêque de Toul avec dispense d’âge le 18 juillet 1321. [retour]

Note 17, page 7 : Jean de Genève, abbé de Saint-Seine en Bourgogne (1280), évêque de Valence et Die (1283-1297). [retour]

Note 18, page 7 : Henri de Genève, frère de Jean, archidiacre de Langres (1283), de Tonnerre (1289), archevêque de Bordeaux (1289-1297). [retour]

Note 19, page 7 : Robert de Genève, chanoine de Vienne (1252), prévôt de Lausanne (1272), évêque de Genève (1276-1287). [retour]

Note 20, page 7 : Aimon de Genève, frère de Robert. Prévôt de Lausanne (1251), chantre de Genève (1252), évêque de Viviers (1255-1263). [retour]

Note 21, page 7 : Amédée de Genève, frère des précédents, chanoine de Lausanne (1234 ?), prévôt de Lausanne (1247), évêque de Die (1247-1275). [retour]

Note 22, page 7 : Gui de Genève, frère des précédents, évêque de Langres (1266-1291), conseiller des rois de France Philippe III et Philippe le Bel. [retour]

Note 23, page 7 : Amédée de Genève, fils du comte Guillaume Ier. Chanoine de Genève (1191), évêque de Maurienne (1213-1220). [retour]

Note 24, page 8 : Duparc, p. 281. [retour]

Note 25, page 8 : Ami du Comte Vert, Amédée VI de Savoie, qu'il accompagne dans ses expéditions, notamment la croisade de 1366-1367. Comte de Genève, à la mort de son père le 18 ou 19 janvier 1367, il n'eut pas le temps de revoir Annecy et mourut sur le chemin du retour au château de Pavie, le 30 ou 31 août 1367, hôte de Galeas Visconti (Duparc, p. 304 s.). [retour]

Note 26, page 8 : Amédée IV devient en septembre 1367 comte de Genève. Il obtient de l'empereur Charles IV d'être reconnu vassal immédiat avec droit de battre monnaie et comte palatin. Il meurt enfin le 4 décembre 1369 (Duparc, p. 309 s.). [retour]

Note 27, page 8 : Jean de Genève eut également un règne très court. Sire de Charousse, puis de La Roche, il devait mourir à la fin du mois de septembre 1370 (Duparc, p. 313 sq.). [retour]

Note 28, page 8 : Pierre de Genève hérite du comté en septembre ou octobre 1370. En 1374, dès avant le service funèbre de Jean de Bourgogne, il fait demander, avec l'appui du roi de France Charles V, la main de la veuve, Marguerite de Joinville, comtesse de Vaudémont en Lorraine. Il l'épouse le 2 mai 1374. Il soutient son frère Robert devenu pape le 20 septembre 1378 et réside souvent à Avignon auprès de lui. Il participe à l'expédition du duc d'Anjou en Italie de 1382 à 1384. En novembre 1384, il remplit une mission diplomatique à Paris. De 1386 à 1389, il guerroie contre Raymond des Baux, ennemi acharné de Clément VII. Il guerroie en 1385 en Flandres pour le roi Charles VI et le duc de Bourgogne. Il meurt enfin à Avignon en mars 1392 (Duparc, p. 315-327). [retour]

Note 29, page 8 : Grégoire XI avait fixé un âge minimum de 14 ans pour les canonicats, mais Aymeri de Magnaco, neveu de Gerald, cardinal de St Eusèbe, reçoit à 12 ans un canonicat de Chartres et à 13 ans celui de Paris. A Paris, il succédait à un frère du même cardinal (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 252, f. 356 r-v). Antoine Genesii devient chanoine de Marseille à 10 ans (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 250, f. 46 r-v); Guido de Norriaco, prieur de Saint-Germain-des-Fossés, à 14 ans (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 267, f. 378 v-379 r). Les frères Antonio, 9 ans, et Pierre de Cardena, 13 ans, reçoivent plusieurs bénéfices en expectative (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 304, f. 294 r-296 r). Les exemples foisonnent. [retour]

Note 30, page 9 : Gui de Boulogne, fils de Robert VII d’Auvergne (cf. n. 4) et de Marie de Flandres, né en 1313, étudiant à Paris, simple clerc en 1339, devint chanoine d’Amiens fort jeune, et vers 1340 archidiacre de Flandres au diocèse de Thérouanne et dès lors cumula les bénéfices. Il devint archevêque de Lyon le 11 octobre 1340 (Eubel I, p. 316). Cardinal du titre de Sainte-Cécile le 20 septembre 1342 (Eubel I, p. 40), puis cardinal-évêque de Porto en 1350 (Eubel I, p. 37). Il remplit d’importantes missions, notamment en Hongrie auprès du roi Louis d’Anjou (à la suite du meurtre d’André de Hongrie, mari de Jeanne Ire, reine de Naples, et frère de Louis d’Anjou) et en 1372 à propos d’une autre affaire embrouillée, la succession du roi de Castille, Pierre le Cruel. Il arbitra le traité de Lisbonne du 22 mars 1372 qui mit fin au conflit, et mourut sur le chemin du retour, le 27 novembre 1373 (obituaires de la Ste Chapelle de Vic-le-Comte et de la cathédrale d’Amiens), peut-être au château de Caspe, à dix lieues de Lérida, où il dicta un codicille. Son neveu était déjà cardinal. Il fut tenu en très grande estime par Pétrarque, avec qui il correspondait et qui l’appelle dans une lettre decus Ecclesiae. (Baluze: Histoire généalogique de la maison d'Auvergne I, p. 120-129). [retour]

Note 31, page 9 : Baluze II, p. 859. Son dévouement l’amènera à se dépouiller de tout pour son ami. A telle enseigne qu’à la mort de Clément VII, le jour de l’entrée au conclave suivant, le 20 septembre 1394, il devra emprunter à Jean de Brogny 200 francs d’or « quos in magna necessitate ... michi mutuavit ». (Baluze IV, p. 381). Trois ans plus tard, il ne les avait pas rendus et se sent obligé d’excuser sa pauvreté dans son testament du 19 septembre 1397 (Baluze IV, p. 386). Il affirme à plusieurs reprises qu’il n’a rien de plus et le justifie: « Et est sciendum quod quicquid habuerim agere cum pluribus mercatoribus de Avinione temporibus retroactis, quibus etiam sepius magnas pecunias debui et fui obligatus ut principalis de mutuis, per mercatores ipsos sancte memorie domino Clementi vel sue Camere factis, nichilominus, laus Deo, credo ipsis mercatoribus satisfecisse vel saltem ipsos contentasse super fructibus aliquorum beneficiorum meorum; et super hoc habent litteras. Ideo supplico humiliter domino nostro, rogo et deprecor cordialiter executores meos infrascriptos, ut ipsis creditoribus possit fieri satisfactio, si non sit satisfactum die mei obitus, et jam est bene consuetum quod divina misericordia gratiam facit de benignitate Sedis executionibus dominorum cardinalium de fructibus beneficiorum suorum recipiendorum ad aliquos annos et tempus. » (Baluze IV, p. 386-387). [retour]

Note 32, page 10 : Château d’Auvergne dont il reste des vestiges imposants des XIVe et XVe siècles (Puy-de-Dôme). [retour]

Note 33, page 10 : Eubel I, p. 260-261 et 497. Nos 2937 et 3972. [retour]

Note 34, page 10 : En été 1378 déjà, il prêche à Naples contre la légitimité d’Urbain VI sans succès et non sans danger (Valois I, p. 174, n. 6 - Baluze IV, p. 859: « Venit Neapolim episcopus Gebennensis predicans papam non esse papam »). Il alla avec Jean de la Grange, cardinal de Saint-Marcel, auprès du roi de France Charles V. Le pape lui fournit 12 chevaux le 17 janvier 1380. En avril et en juillet, il est à Paris (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 352, f. 37 v; Coll. 359, f. 28 v-29 r; Coll. 359, f. 47 r-v). En novembre 1381 et janvier 1382, puis en octobre 1382, il est à Paris pour organiser l’expédition de Louis d’Anjou en Italie. En 1383, il est en mission en Provence, comme en avril 1385, à Pont-Saint-Esprit pour éviter les excès des grandes compagnies, et en mars 1386 (Baluze IV, p. 859-860; Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 356, f. 170 r); en 1385, il va auprès du duc de Berry (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 359, f. 185 r) etc. [retour]

Note 35, page 11 : Baluze IV, p. 387. Il s’est donc débattu le reste de sa vie contre ses créanciers. Il fut d’ailleurs généreux avec d’autres, puisqu’il évalue ses libéralités à plus de trois mille francs et que, sur la demande de Clément VII et de Gérard de Ternier, il remit à Guillaume de Lornay, évêque de Genève, 700 florins sur les 1760 qui lui étaient dus, et qu’en 1397 il n’en avait finalement touché que 400 en douze ans, ce qui est assez misérable (ib.). On a d’ailleurs trace de bien des paiements effectués par Jean de Murol pour le service du pape. Enfin, le total des sommes qui lui étaient dues par des obligés se montait à 3355 francs et 14 710 florins, dont 12 800 par Benoît XIII ou la chambre apostolique. Son testament marque une grande délicatesse de sentiments, non seulement quand il parle de Clément VII ou de ses amis, mais ailleurs encore, par exemple quand il parle de son Auvergne natale qu’il quitta bien jeune (Baluze IV, p. 382). [retour]

Note 36, page 11 : Eubel I, p. 48, ou mars 1399 (Baluze IV, p. 861). [retour]

Note 37, page 11 : Arch. Seg. Vat. - R. Av. 216, f. 113 r-114 r. [retour]

Note 38, page 11 : Pour Robert de Genève, cf. une bulle conservée à Paris et citée par Valois I, p. 81 n. 3 (Bulle du 24 avril 1383, Paris, Arch. Nat. - L 364, No 24). Cf. aussi ce texte d’une autre bulle du 16 août 1384 où le pape confirme pour un chanoine de Paris le droit de lire le Décret sans l’autorisation de la Faculté de Décret: « Clemens... ad perpetuam rei memoriam, ad Parisiensem ecclesiam, in qua, dum minori fungeremur officio, canonicatum et prehendam obtinuimus et residentiam fecimus personalem, specialis devotionis gerentes affectum inducimur ut, etc... » (M. Fournier, La Faculté de Décret de l’Université de Paris au XVe siècle I, p. 22; Du Boulay, Hist. Univ. Paris. IV, p. 601). Pour Jean de Murol, cf. Eubel I, p. 260-261. [retour]

Note 39, page 11 : Le 23 février 1360 (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 33, f. 26 v). [retour]

Note 40, page 12 : Pour ce qui est de la terre de Gaillard, voyez Duparc, p. 329, car le 30 août 1367 son frère Aymon lègue Gaillard à son autre frère Pierre (Duparc, p. 309).
Pour Mornex, cf. acte No 732. Peut-être après 1369, date du décès d’Aymon, fils et héritier d’Hugues de Genève, qui posséda Cruseilles et Mornex (Duparc, p. 301). [retour]

Note 41, page 12 : Eubel I, p. 351. [retour]

Note 42, page 12 : Eubel I, p. 160. Nous ne savons sur quoi se fonde Duparc pour lui laisser l'évêché de Cambrai jusqu’en 1372 (Duparc, p. 328). [retour]

Note 43, page 12 : Duparc, p. 314, n. 1. [retour]

Note 44, page 13 : Eubel I, p. 21-22. [retour]

Note 45, page 13 : Cf. acte No 1690. [retour]

Note 46, page 13 : Cf. acte No 2015. [retour]

Note 47, page 13 : Cf. acte No 105. [retour]

Note 48, page 13 : Duparc, p. 315, d’après Arch. D. Annecy, duché de Genevois, VIII, 16 et Duparc, p. 316, d’après Arch. D. Annecy, duché de Genevois VIII, 15. [retour]

Note 49, page 14 : G. Mollat, Lettres secrètes et curiales du pape Grégoire XI (1370-1378) intéressant les pays autres que la France, Bibl. des Ecoles françaises de Rome et d’Athènes, Paris, 1962, Nos 2627, 2628 et 2629. [retour]

Note 50, page 14 : L. Mirot et H. Jassemin, Lettres secrètes et curiales du pape Grégoire XI (1370-1378) relatives à la France... Bibl. des Ecoles françaises de Rome et d’Athènes, Paris, 1935-1957, Nos 3363-3365 (R. Vat. 270, f. 103 r-v). Le 9 septembre 1374, Grégoire XI écrit à Robert de Genève pour lui demander des renseignements sur un postulant à l’abbaye de Hautecombe, car le cardinal est « commorans in partibus Gebennensibus » (cf. L. Mirot... ouvrage cité, No 1682). [retour]

Note 51, page 15 : Eubel I, p. 40. Les pouvoirs, précédés d’une confirmation des sentences contre les rebelles de l’Eglise portée le 17 mai 1376, sont conférés à Robert de Genève le 25 mai 1376 (cf. G. Mollat, Lettres secrètes... ouvrage cité, Nos 3785 à 3847). Des pouvoirs supplémentaires sont encore envoyés par le pape les 13 août et 3 septembre 1376 (ib., Nos 3849 et 3851). Cf. encore les actes analysés par G. Mollat, Nos 3858 et 4034. [retour]

Note 52, page 15 : Il ne restait à Grégoire XI que Rome agitée de convulsions sociales et de luttes féodales, Césene, peu sûre, Orvieto, Ancône, Osimo et Iesi. Ascoli sera bientôt bloquée et ne sera pas secourue à temps. [retour]

Note 53, page 15 : Baluze I, p. 859. [retour]

Note 54, page 15 : Baluze II, p. 348, déposition de Garcias Martinez. [retour]

Note 55, page 16 : Enguerrand VII de Coucy, comte de Soissons et de Bedford, fils d’Enguerrand VI et de Catherine d’Autriche († 1349), petit-fils du duc Léopold Ier de Habsbourg, gendre d’Edouard III d’Angleterre. Mi-prince, mi-condottiere, il mourra le 16 février 1397 d’une blessure reçue à la défaite de Nicopolis. [retour]

Note 56, page 16 : A Buttisholz (19 décembre 1375), Anet (24 décembre) et Fraubrunnen (26/27 décembre). Sur toute cette affaire, cf. J. Dierauer, Histoire de la Confédération Suisse t. III, chap. 2. [retour]

Note 57, page 17 : L. Mirot, Sylvestre Budes et les Bretons en Italie, dans Bibl. de l’Ecole des Chartes, LVIII [1897], p. 593. [retour]

Note 58, page 17 : (Ib., p. 593, n. 3) « ... Johannes, dominus de Malestroit, capitaneus generalis Britonum, debet habere pro se, domino Silvestro Budes et aliis capitaneis predictorum Britonum... » Cf. aussi Pastor éd. fr. I, p. 116 d'après un manuscrit: Bibl. Nat. Paris, ms. lat. 4190, Nos 26-33; cf. aussi Baluze II, p. 712. [retour]

Note 59, page 17 : Cf. note précédente. Sylvestre Budes était un de ces capitaines de routiers si tristement célèbres à l'époque. Sa mère, Jeanne du Guesclin, était la tante du connétable: Sylvestre et ses frères guerroyèrent aussi avec Bertrand du Guesclin et son frère Olivier, autre chef de bande bretonne d’ailleurs. Leur père Guillaume était seigneur du Plessis-Budes et d'Uzel (Côtes-du-Nord, arr. de Saint-Brieuc et de Loudéac).
Sylvestre Budes sera plus tard un des capitaines français au service de Clément VII, dont il protégera le retour à Avignon en 1379. Son engagement fini, il se rendra avec sa bande en Bourgogne, où il périra dans des circonstances peu claires. Arrêté à Mâcon par ordre du bailli royal, il sera décapité, probablement, note L. Mirot, pour crime de droit commun, sans que sa parenté avec le connétable de France l’ait pu tirer d’affaire. [retour]

Note 60, page 17 : « Cum ingenti exercitu armorum » (Baluze I, p. 425). Ser Baldo Branchi donne 12 000 cavaliers « tutti Fresoni e Inglesi e 2000 balestreri genovesi e gente a piedi in quantità ». (Muratori XV, II, c. 169). La Cronaca Malatestiana donne 20 000 hommes (Muratori XV, II, c. 42). L. Mirot énumère ces diverses estimations, qui tournent en général autour du chiffre que nous donnons (art. cité Bibl. de l’Ecole des Chartes LVIII [1897], p. 599 n. 1). Je relève le mot inglesi: en Suisse également on parle plutôt d’Anglais que de Bretons pour la campagne des Gougler, qui vit à l'œuvre les mêmes troupes (cf. supra), et à Buttisholz le champ de bataille porte le nom d'Engländer Hubel. [retour]

Note 61, page 18 : Baluze I, p. 425. [retour]

Note 62, page 18 : Muratori XVIII, c. 320. [retour]

Note 63, page 18 : Muratori XVIII, c. 323. [retour]

Note 64, page 18 : Baluze I, p. 425-426. [retour]

Note 65, page 18 : Baluze I, p. 423; Gregorovius XII, p. 36. [retour]

Note 66, page 18 : Gregorovius XII, p. 34 sq. [retour]

Note 67, page 18 : Une ambassade romaine conduite par le prince Luc Savelli aurait laissé entendre à Grégoire XI que les Romains éliraient un antipape, s'il ne venait pas, lui et sa cour, à Rome (Baluze II, p. 712-713). [retour]

Note 68, page 19 : Sur le sac de Césène, voyez L. Mirot, Sylvestre Budes... Bibl. de l’Ecole des Chartes, LIX [1898], p. 262-269 et G. Gori, L’Eccidio di Cesena dell’anno 1377 dans l’Archivio Storico Italiano, nuova serie, VIII [1858], partie II, p. 1-37; Lünig J.C., Cod. ital. dipl. III, 564; Nyem, II, 2, éd. p. 125; Cronaca Malatestiana, Muratori XV, II, c. 42-44; Annales Mediolanenses, Muratori XVI, c. 764; Sozomeno, Spec. hist., Muratori XVI, c. 1099; Cronaca Riminese, Muratori XV, c. 917; Annales Bonincontrii, Muratori XXI, c. 26; Cronicon Estense, Muratori XV, c. 503; Gazata, Chronicon Regiense, Muratori XVIII, c. 87; Donato, Cronica Sanese, Muratori XV, c. 253. Baluze essaie de minimiser le rôle du cardinal, tandis que Pastor l’accable (Pastor, éd. ital. I, p. 101 sq.; éd. fr. I, p. 125 sq.). Sur le renom fait à Robert de Genève, cf. Rinaldi XVI, a. 1376, No 10. [retour]

Note 69, page 19 : G. Mollat, dans Dict. d’hist. et de géogr. ecclés., t. XII, col. 1163. [retour]

Note 70, page 20 : J’ai peine à croire en effet que la population de cette ville, qui, avec le développement de l’industrie, atteint 50 000 habitants au XXe siècle, ait pu dépasser à l’époque 20 000 âmes, dans une Italie où Florence paraissait immense avec le double de cet effectif. On doit remarquer, à propos du sac de Césène, que les témoignages sont souvent exagérés, tel celui-ci: « Sed, quod et horrendum est auditu et lamentabile dictu, universos civitatis hujus habitatores incolas feritate sua interemit. » (Jean de Jenzenstein, archevêque de Prague, dans son Liber de consideratione. Bibl. Vat. - Cod. Vat. 1122, f. 45 v). Thierry de Nyem, peu favorable à Clément VII, ramène le chiffre des victimes à 8000 (Nyem II, 2, éd. p. 125), tandis que G. Mollat retient le chiffre de 4000 victimes (op. cit. n. 69). [retour]

Note 71, page 21 : L. Mirot, Bibl. de l’Ecole des Chartes LIX [1898], p. 291, n. 2. Je ne sais d’où l’auteur tire ce renseignement. Comme je le relève plus loin, les Archives pontificales signalent son retour en mars 1378. Il ne semble pas que notre prélat ait eu une activité essentielle entre septembre 1377 et le printemps suivant. [retour]

Note 72, page 21 : Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 55 v. [retour]

Note 73, page 21 : « Hospitium suum in Sancta Maria Transtyberim » d’après Marino de Judice (Rinaldi XVII, p. 1 a. 1378). [retour]

Note 74, page 23 : Parlant du retour à Rome de Grégoire XI d’Anagni, où il avait passé les canicules, le cardinal Bertrand Lagier ajoute: « Et tunc papa voluit redire Avinionem. Quod utinam fecisset ! » (« Informationes » du cardinal Lagier dans le cadre d’une enquête du roi Pierre IV d’Aragon, publiée dans Seidlmayer, p. 329).
Les précisions sur la mort de Grégoire XI sont données par Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 56 v: « Anno quo supra et die XXVII mensis martii circa horam secundam noctis dominus Gregorius papa XI migravit ad Dominum. » [retour]

Note 75, page 24 : Relevons à titre d’exemple l’opinion d’un Salembier sur le XIVe siècle: « La chrétienté souffre dans ses deux centres ... Constantinople est en proie à toutes les divisions et à toutes les rébellions du schisme; Rome est livrée à tous les désordres et à toutes les faiblesses de l’anarchie. » (Salembier, p. 6). Ses jugements sur l’Afrique (ib., p. 5) ou sur Byzance (p. 7) soulèveraient les protestations indignées des étudiants d’aujourd’hui. [retour]

Note 76, page 24 : Salembier, p. 10. [retour]

Note 77, page 24 : Salembier, p. 11. Nous ne pouvons souscrire en étudiant ces pièces à l’idée d’un archétype pape ou prêtre, auxquels nos correspondants du XIVe siècle auraient dû se conformer; nous étions bien trop passionné à rechercher dans leurs écrits la trace de leurs soucis, de leurs problèmes et une explication de leur comportement. [retour]

Note 78, page 25 : « Venin » qui « va infecter l’enseignement chrétien tout entier » (Salembier, p. 11). [retour]

Note 79, page 26 : Même s'il faut attendre la fin de la guerre de Cent Ans et Louis XI pour en voir l'achèvement. [retour]

Note 80, page 26 : C'est sous le Comte Vert que l'organisation ducale prend l’allure d'une monarchie; cela transparaît dans l'œuvre de Guichenon, qui n'est pas allé jusqu'à le formuler (communication de M. O. Dessemontet). [retour]

Note 81, page 26 : Un curialiste comme Thierry de Nyem n'hésite pas à relever durement l'inexpérience de certains papes en matière de gestion.
D’Alexandre V, qu’il suivit pourtant, en abandonnant Grégoire XII, il relève: « Quamobrem ipsa curia in tam brevi tempore in magnam confusionem et infamiam, eiusdem Allexandri pape causante inexperiencia in talibus et simplicitate devenit et cetera. » (Nyem III, p. 51, éd. p. 322.) Il reproche aussi à Grégoire XII: « Preterea idem Errorius (sobriquet par lequel Thierry de Nyem désigne le pape Grégoire), licet esset theologus, tamen in iure canonico vel civili nec erat expertus nec practicus, unde ad exercitium eorum, que spectabant ad papatum quoad regendum sollerter et bene suam curiam, erat prorsus inutilis et ignarus, sed sedendo in consistorio et audiendo proposiciones, que coram eo fiebant per advocatos, in responsis titubabat, quid eis respondere deberet. » (Nyem III, 23, éd. p. 253-254). Thierry de Nyem note ensuite que cette incapacité rendait ce pape timide à cause des sourires qu’il voyait, et qu’il ne tenait plus volontiers ses consistoires et accusait ses cardinaux de conspirer contre lui (ib., p. 254). Un autre curialiste, le procureur des Chevaliers teutoniques, Peter Wormedit, apporte un témoignage analogue sur Grégoire XII (cf. Bunge dans Liv-, Esth- und Curland. Urkdb. IV, p. 572). Mais il est intéressant de relever que des Italiens, non rattachés à la Curie, ont un avis opposé. La chronique de Lucques dit du même pape qu’il est « persona molto pratica e di grande scienza » (Muratori XVIII, c. 877) et les Commentaires de Léonard d’Arezzo parlent de son habileté (Muratori XIX, c. 926). Le curialiste que nous avons cité au début, Th. de Nyem, par contre, précise qu’un autre pape dont il fut curialiste, Innocent VII, fut « expertus in agendis causis » ; mais il relève aussi que ce pape fut naguère lui aussi curialiste et collecteur. On trouverait mainte autre preuve de ce sentiment de supériorité, qui ne s’explique que dans le cadre d’une administration sûre de sa valeur et de ses moyens, jusqu’à être imbue d’un esprit de caste. [retour]

Note 82, page 27 : Nous ne pouvons souscrire aux arguments de Pastor: « Le système financier adopté à Avignon a contribué plus qu’on ne le croit généralement à détruire le prestige de la papauté et a singulièrement facilité la besogne à ses ennemis. » (Pastor, Histoire des Papes I, p. 87.) Quels sont ces ennemis ? Les Réformés ? Cent quarante ans séparent le séjour d’Avignon de la révolte de Luther. [retour]

Note 83, page 28 : Vincent Ferrier, De moderno ecclesiae scismate, éd. Sorbelli, Rome 1900, p. 89. [retour]

Note 84, page 28 : On verra quel rôle jouera plus loin la prétention d’Urbain VI à la monarchie absolue: « Omnia possum et ita volo », répond-il au cardinal de Milan (déposition de l’évêque de Cordoue publ. par Seidlmayer, p. 279). [retour]

Note 85, page 28 : « Necnon omnia faciebat, sicut predictus Antonius camerarius et Paulus eius nepotes [Antonio et Paolo Correr, ses neveux en qui il pouvait pleinement se fier], qui eum rexerunt, fieri voluerunt. De quo multus erat murmur contra ipsum inter cardinales et curiales antedictos. » (Nyem III, 23, éd. p. 254-255.) [retour]

Note 86, page 28 : Ainsi Grégoire XII faisant endosser son népotisme par le Sacré-Collège, auquel il écrit: « Venerabilibus fratribus nostris collegio sancte Romane ecclesie cardinalium, etc., salutem, etc. Etsi vota supplicum, que equitatem honestatem que respiciunt, favore congruo prosequamur, illa tamen curis propensioribus nos decet amplecti, que vestre circumspeccionis industria tamquam manancia a fonte gratitudinis petit suppliciter exaudiri. Exhibita siquidem nobis nuper pro parte vestra peticio continebat quod dilecti filii nobiles viri Marcus, Franciscus et Paulus, dilecti filii nobilis viri Philippi Corrarii domicelli de Veneciis nati Castellanensis diocesis nepotesque nostri, domicelli erga extirpacionem... scismatis... necnon pro assecucione... unionis in Dei ecclesia... atque nostra salute et tuicione nostrorum et eiusdem ecclesie subditorum... exposuerint jugiter se et sua... » La lettre continue en évoquant avec emphase les services rendus par les neveux du pape et conclut bien évidemment en accordant « de consilio eciam et assensu vestris » aux cardinaux le droit de donner et attribuer aux neveux Correr tout bien de l’Eglise ou subside qui leur paraîtraient indiqués. La lettre est datée de Viterbe le 29 août 1407. (Nyem III, 20, éd. p. 239-241, qui copie intégralement cette bulle à l’appui de son témoignage sur les richesses que Grégoire XII prodigua à sa famille). [retour]

Note 87, page 29 : Témoignage de Menendo, évêque de Cordoue: « Sed quia semper populus sequitur partem potenciorem Rome, secundum regulam Ytalicam: Vivat qui vincit... » (Texte publ. par Seidlmayer, p. 282).
Pour Ferrier, les Romains ont une « innata et quodammodo connaturalis inclinacio ad malum: o et quot et quanti sancti martires, homines et mulieres, pueri et senes, quot et quanti boni reges, principes, imperatores per Romanorum maliciam et superbiam fuerunt indecenter tractati, irreverenter percussi et crudeliter interempti ». (Ferrier, De moderno... scismate, éd. Sorbelli, p. 108 sq.) Ferrier, il est vrai, fut du parti clémentin. Mais l’on voit combien l’abondance des martyrs de Rome finit par constituer une preuve contre le peuple romain.
On ne s’étonnera pas de trouver auprès du cardinal Bertrand Lagier un jugement féroce et passionné sur Rome et les Romains, assassins de 34 papes. Typique est le fait que, conditionné par l’insolence et les blasphèmes du menu peuple romain, il se méprenne sur le sens de certaines expressions populaires, telle l’interjection « Ana, ana », où il croit reconnaître le mot âne. Mais il conclut et c’est sincère: « Plus vellem vivere et mori Rome quam in aliquo loco mundi propter corpora Sanctorum ibi existencium, que occiderunt, si esset populus, non dico bonus et devotus, sed humanus tantum. » (Texte dans Seidlmayer, p. 326 sq.).
Conclusion de l’enquête espagnole: « Et por todas estas razones e mayorment porque el pueblo de Roma fue siempre de dura cerviz... » (Seidlmayer, p. 60). [retour]

Note 88, page 30 : Il suffit de penser à Cola di Rienzo, essayant de soulever l’Italie pour restaurer sa liberté et son unité, ou encore de relire la lettre enflammée que Coluccio Salutati, chancelier de la République florentine, écrit le 1er février 1376 pour entraîner Rome à se joindre à la ligue contre le pape (Gregorovius XII, p. 40). Plus tard, nous trouvons d’autres témoignages. A son avènement, Innocent VII eut de grosses difficultés avec les Romains (Muratori III, II, c. 833): « Fò creato papa Innocentio, et Romani non li volevano dare la libertà, ma volevano essere liberi, et introdussero Re Lanzilao [Ladislas de Naples, adversaire d’Innocent] a venir in Roma, lo quale venne con gran compagnia... » (Muratori III, II, c. 894.) En réponse aux violences exercées par son neveu Ludovico Migliorati, le pape Innocent VII fut chassé de Rome par Giovanni Colonna qui s’installa au palais pontifical, le pilla si bien que le peuple, ironique, le baptisa Jean XXIII (Muratori III, II, c. 833 et 835, c. 1116 et 1117; XIX, c. 923-924; XXII, c. 205; XXIV, c. 977; Rinaldi, a. 1406, No 4). [retour]

Note 89, page 31 : Gregorovius XII, p. 61-62. [retour]

Note 90, page 32 : Peut-être fut-il le porte-parole des cardinaux « français » opposés aux Limousins (cf. Baluze II, p. 624-625; Rinaldi XVII, p. 1, a. 1378; Pastor éd. fr. I, p. 130). [retour]

Note 91, page 32 : Baluze I, p. 624-625; Valois I, p. 27, d’après Bibl. Nat. Paris - Ms. lat. 11 745, f. 125 r. L’archevêque de Bari était bien connu de Robert de Genève, car il avait été le familier de Gui de Boulogne, son grand-oncle (Baluze II, p. 348). Peut-être même a-t-il un temps soutenu sa candidature, comme le dit l’évêque de Todi (Baluze II, p. 520). Cf. aussi Rinaldi XVII, p. 2, a. 1378. [retour]

Note 92, page 33 : Valois I, p. 24, 25. [retour]

Note 93, page 33 : « Non curu (sic) de papatu pro me. » (Rinaldi XVII, a. 1378, No 1). Et Marino restera fermement plus tard au parti urbaniste. [retour]

Note 94, page 33 : « Natus fuit in Neapoli in platea Nidi in quodam loco, qui nuncupatur vulgariter Infernus, ex diversis comparentibus, ex patre Pisano et matre Neapolitana... » (Nyem I, 1, éd. p. 8).
Peut-être son père était-il déjà né à Naples. [retour]

Note 95, page 33 : Cf. Erler, éditeur de Nyem (Nyem, p. 9, n. 1). [retour]

Note 96, page 33 : Nyem I, 1, éd. p. 9. En retour, Prignano voua une reconnaissance sincère au cardinal de Monteruc, même après son élévation à la papauté, car je suis loin de trouver étranges, comme le cardinal Nicolas de Brancas, ces propos d’Urbain VI: « Et ipse B. dicebat quod duos dominos habebat, scilicet dominam suam reginam et dominum suum cardinalem Panpilonensem... » (Texte publ. dans Seidlmayer, p. 245-246). [retour]

Note 97, page 33 : Eubel I, p. 70. Taxé 300 florins. [retour]

Note 98, page 33 : Nyem I, 1, éd. p. 9-10. Plusieurs témoignages concordent avec ce jugement flatteur (par exemple Muratori XIX, c. 646). Si d’autres jugements inverses apparaissent, le présentant comme un homme mauvais et très cruel (Muratori XVIII, c. 91), exécrable, cruel et scandaleux (Muratori XXII, c. 196), ces appréciations ne font que trop allusion à son attitude ultérieure et à sa cruauté envers ses cardinaux, pour que nous n'écartions pas ces témoignages pour la période antérieure à son élévation au pontificat. Par contre, quelqu'un qui l'a bien connu à Avignon, le cardinal Bertrand Lagier, nous dit de lui: « Bartholomeus intrusus Rome est male cantans, peius celebrans, summe ambiciosus et superbus. » (Texte publié dans Seidlmayer, p. 335-336.) Ecartons éventuellement les mots « male cantans, peius celebrans » qui ont été rajoutés en marge sur le manuscrit. Ils nous paraissent trop être l'antithèse des qualités reconnues à Robert de Genève. [retour]

Note 99, page 34 : Nyem I, 1, éd. p. 8. [retour]

Note 100, page 34 : Eubel I, p. 129. Il remplaçait Nicolas de Brancas, transféré à Cosenza. Je retiens pour Bari la valeur de 600 florins, puisque Cosenza, que son prédécesseur à Bari venait d'obtenir, était taxé également 600 florins. C'était la valeur d'un petit évêché occidental. [retour]

Note 101, page 34 : Nyem I, 1, éd. p. 10-11. Si le témoignage fourni par la déposition du cardinal Bertrand Lagier sur son manque de disposition pour célébrer les offices peut être discuté, il n’en va pas de même de la scène où, devenu pape, il reproche à un prêtre la dimension de son hostie, qui se trouvait être précisément du modèle utilisé à la cour pontificale. N’est-il pas surprenant que ce détail l’ait frappé à peine était-il devenu pape et avait-il l’habitude de célébrer publiquement ? (Cf. Seidlmayer, p. 335-336 et 242). [retour]

Note 102, page 35 : Déposition de Pons de Curte, scriptor des lettres apostoliques, familier et clerc de la chapelle de Grégoire XI: « Item audivi tractu temporis, quod ipse B. emerat domum Rome et vineam et fecerat se civem Romanum. » (Texte publié dans Seidlmayer, p. 309). Pour d’autres témoignages, cf. Valois I, p. 33, n. 1. Par contre, Thierry de Nyem affirme: « Nec domum vel ortum proprium pro tunc habebat in Urbe vel eius districtu. » (Nyem I, 1, éd. p. 13). Pons de Curte, comme scriptor, a fréquenté l’archevêque de Bari, gérant de la chancellerie, et son témoignage de 1386 ne peut pas être sans autre écarté au profit de celui de Thierry de Nyem qui écrit son traité vers 1410, soit trente ans plus tard, et ne se rappelle plus bien les détails de cette période. D’autre part, l’acquisition d’une maison n’avait rien d’extraordinaire dans la perspective d’un retour définitif du Saint-Siège à Rome, et en soi elle ne constitue pas une preuve péremptoire de brigue. Bien des curialistes avaient des maisons à Avignon.
Sur la citoyenneté romaine de Prignano, un autre témoignage existe, où certains éléments plausibles se mêlent à d’évidentes exagérations: celui du chanoine de Bazas, Jean Lemosini, qui rapporte que, en présence du banneret Leonardo, Prignano « fuit receptus in civem Romanum... » (publ. dans Seidlmayer, p. 312). [retour]

Note 103, page 35 : Valois I, p. 33 et n. 2. — « Namque antequam cardinales conclave ingredirentur, multum recommandaverat se bandarensibus pro papatu et erat de consilio eorum. » (Déposition du cardinal Bertrand Lagier, publ. dans Seidlmayer, p. 336). De même le chanoine Jean Lemosini rapporte: « Ipse procuravit se recomendare bandarensibus et aliis officialibus capitolii per dom. Guidonem de Prohinis senatorem Urbis... Idem dom. Barensis fuerat pluries in consilio Romanorum... » (Publ. dans Seidlmayer, p. 312). La déposition de Pons de Curte est concordante: « Et dicto dom. Gregorio infirmante et postmodum defuncto ipse frequentabat consilia Romanorum et maxime de nocte, supplicando, ut audivi, ut haberent ipsum recomendatum casu, quod dom. Gregorius moreretur. » (Publ. dans Seidlmayer, p. 309-310). En marge, Seidlmayer a lu deux démentis du cardinal de Pampelune. Mais, dans le passage en question, le vice-chancelier ne semble pas en cause et Pons travaillait dans le même service que Prignano. [retour]

Note 104, page 36 : Déposition publiée dans Seidlmayer, p. 241. [retour]

Note 105, page 36 : Déposition de Jean Lemosini, chanoine de Bazas (texte publ. dans Seidlmayer, p. 310 sq.). [retour]

Note 106, page 36 : « Idem dom. Barensis anelaverat ad papatum et laboraverat... » (Publ. par Seidlmayer, p. 313). [retour]

Note 107, page 36 : Cf. les dépositions du cardinal Bertrand Lagier (Seidlmayer, p. 336) et de l’urbaniste Thierry de Nyem, qui évoque à son propos, peu de temps après l’élection, le psaume 18, vers. 11 : « Il planait sur les ailes du vent. » [retour]

Note 108, page 37 : Cf. Valois I, p. 26 sq.; Hefele VI2, p. 985, les notes 1 et 3 de H. Leclercq; Seidlmayer, p. 258 (déposition de Raymond de Capoue), p. 275 (déposition de l’évêque de Cordoue), p. 291 (témoignage d’un cardinal anonyme). [retour]

Note 109, page 37 : Entre autres, le cardinal Orsini (Nyem I, 2, éd. p. 12). Cf. aussi Hefele VI2, p. 1000. [retour]

Note 110, page 39 : D'autres historiens se consacrant au schisme l’ont décrit avec un luxe de détails, où parfois l’on se perd. Noël Valois nous paraît le plus impartial (Valois I, p. 8-62) et Hefele est indispensable même si, selon le mot de son traducteur, il ajoute « à l’obscurité des événements la méthode d’exposition la moins claire » (Hefele VI2, p. 986-1051). Une bonne description synthétique est donnée dans l’Histoire de l’Eglise de Fliche et Martin, t. XIV, p. 3-10, par E. Delaruelle, E.R. Labande et P. Ourliac. Cf. encore De Boüard, p. 31 sq. [retour]

Note 111, page 39 : Typique est ce détail fourni par le cardinal Bertrand Lagier sur un complot ourdi avant le décès de Grégoire XI pour tuer pape et cardinaux et s’emparer de leurs biens. Discutable ou non, le fait révèle un climat que l’on se plaisait à comparer à la douceur provençale des Avignonnais (Seidlmayer, p. 329). Plus loin, Lagier raconte une mésaventure qui lui arriva: un Romain s’empara de trois bêtes de somme qui lui appartenaient et que conduisait un prêtre de sa maison. A grand-peine, il en put récupérer une après intervention des autorités. Mais le Romain, qui était par ailleurs de petite condition, jeta à la figure du cardinal qui sortait de son église cardinalice: « Cardinale, per la budella de Dio, tu morras de la mia mano, quia sacerdos tuus fecit querellam contra me in capitolio. » (Seidlmayer, p. 329). Six siècles plus tard, dans le même quartier du Transtévère, j’ai entendu le même juron exprimer la colère des popolani. Et Lagier d’ajouter que des exemples de la sorte on en remplirait dix citernes. Voir aussi la déposition du cardinal de Limoges (Valois I, p. 10). [retour]

Note 112, page 40 : Valois I, p. 9 sq. Et des conséquences catastrophiques pour Rome (cf. par exemple la déposition de Raymond de Capoue: (Seidlmayer, p. 260). [retour]

Note 113, page 40 : Hefele VI2, p. 997. Déposition du banneret Nardo (Gayet I, pièces just. p. 9) et celle de Raymond de Capoue (Seidlmayer, p. 260). Déposition du dominicain Gonzalve, pénitencier du pape (Seidlmayer, p. 295). Déposition de l’envoyé d’Urbain en Aragon, Perfetto de Malatesta: « Credit, quod officiales Urbis supplicarunt multis dom. olim cardinalibus, quod dignarentur eligere in papam Ytalicum vel Romanum »... qui rapporte les cinq motifs que les autorités avaient trouvés pour fonder leur requête: le siège pontifical a été choisi par Dieu; l’absence des papes a provoqué la ruine des églises, palais, etc., à Rome; cette absence a provoqué la ruine des terres de l’Eglise en Italie ; les pontifes français étaient inféodés aux rois de France: un pontife italien rendrait la liberté au Saint-Siège; enfin, Urbain V et Grégoire XI avaient cherché à retourner à Rome: avec un pontife italien, on serait sûr qu’il continuerait d’habiter cette ville (Seidlmayer, p. 308-309). [retour]

Note 114, page 40 : Hefele VI2, p. 919. Déposition du fr. Gonzalve, pénitencier du pape (Seidlmayer, p. 295). [retour]

Note 115, page 40 : Valois I, p. 14. [retour]

Note 116, page 40 : Baluze I, col. 444. Valois I, p. 12. [retour]

Note 117, page 40 : Valois I, p. 12. [retour]

Note 118, page 41 : Valois I, p. 13; Hefele VI2, p. 998; Gregorovius XII, p. 70. Cf. aussi la déposition de Thomas Petra (Seidlmayer, p. 262). [retour]

Note 119, page 41 : Valois I, p. 12. Les cardinaux prirent de toute façon ces menaces au sérieux. Robert de Genève, notamment, endossa par précaution un haubert sous son rochet (Valois I, p. 15 d’après la déposition d’un clerc de la suite du cardinal). [retour]

Note 120, page 41 : Muratori III, c. 718; Valois I, p. 13.
Alvaro Martinez en rencontra sur la route d’Ostie à Rome le lundi 12 avril 1378, qui s’étaient attardés après l’élection et rentraient chez eux tout farauds. « Obviavit successive aliquibus rusticis, qui veniebant de Roma, et quod aliqui illorum portabant suas lanceas ad modum patrie et alii enses et aliqui eorum dicebant: Romanum volumes vel saltem Ytalicum, et alii dicebant in suo vulgari: Bonam dietam fecimus, ex quo habemus papam Ytalicum et alia verba similia. » (Publ. par Seidlmayer, p. 283). [retour]

Note 121, page 41 : Aujourd’hui encore, certaines fêtes religieuses, telle la Befana (Epiphanie) voient accourir les campagnards à Rome. Cette venue, encouragée pour des raisons touristiques de nos jours, devait avoir un côté nettement moins folklorique au Moyen-Age et s’accompagner facilement de désordres. [retour]

Note 122, page 42 : Juste avant la fermeture du conclave, les « caporioni » (chefs de quartier) tentèrent une dernière fois d’obtenir l’assurance de l’élection d’un pape romain ou italien, laissant entrevoir de grands dangers en cas de refus. Les cardinaux d’Aigrefeuille et Jacques Orsini leur représentèrent l’incongruité de la démarche, Orsini allant jusqu’à rappeler que d’autres élections furent troublées et ajoutant: « Nous voici réunis pour l’élection d’un pape, ne dirait-on pas qu’il s’agit d’élire un maître des cabarets ? » (Valois I, p. 36-37). Même le chroniqueur Froissart s’en fait l’écho (1. II, chap. 21). c’est dire quel retentissement eut cet épisode. [retour]

Note 122 bis, page 42 : Cf. le témoignage de saint Vincent Ferrier: « Dum Domini cardinales vellent intrare Conclave pro Summo Pontifice eligendo, fere totus populus romanus armatus et congregatus in platea Sancti Petri vociferando et cominando: « Romano lo volemo o, al manco italiano. » (Bibl. nat. ms. lat. 1470, 2a pars, 3o, f. CCLXI, cité par Salembier, p. 35, n. 2.)
Cf. aussi Baluze I, p. 430-438; 443-458; 469 et les dépositions des urbanistes fr. Raymond de Capoue, fr. Thomas Petra et fr. Gonzalve OP, publiés dans Seidlmayer, p. 259-260, 261 sq. et 295. [retour]

Note 122 ter, page 42 : Valois I, p. 15, d’après la déposition d’un clerc de la suite de Robert de Genève. [retour]

Note 123, page 42 : Valois I, p. 39, qui se fonde sur des dépositions de cardinaux; Gregorovius XII, p. 73. [retour]

Note 124, page 43 : Valois I, p. 39 sq.; Hefele VI2, p. 1001, etc., qui donne plusieurs témoignages. Le trouble semble avoir été grand: le Frère Angelo de Spolète, ministre général des franciscains, devant dire la messe à Saint-Pierre pendant le conclave, messe à laquelle toute la Curie devait prendre part, témoigne que le tocsin appelait aux armes les Romains, qui accoururent tant et si bien que deux prélats seulement, Prignano et un évêque dominicain, quelques chanoines de Saint-Pierre et trois ou quatre franciscains y assistèrent. Voici sa déposition: « In primis cum essem Rome vicarius generalis ordinis predecessoris mei, mortuo papa G. et stantibus cardinalibus in conclavi, prima die conclavis fuit michi recomendatus sermo in S. Petro, in quo sermone consueverunt omnes prelati curie interesse. Sed quia campane omnes illa die, videlicet prima conclavis pulsabant ad arma, et Romanus populus totus armatus vocibus clamorosis ad palacium apostolicum confluebat, propter timorem nimium prelatorum in meo sermone non fuerunt nisi duo prelati, videl. Bartholomeus quondam Barensis et quidam episcopus de ordine Predicatorum et aliqui pauci canonici s. Petri et tres vel quatuor fratres, qui veniebant mecum.
Item completo sermone et me loquente dicto Bartholomeo tunc Barensi et interrogante, si credebat, quod cardinales eligerent papam Ytalicum, michi habuit respondere: non dicas, non dicas, magister, quia isti fatui Romani ista nocte inmediate preterita vocibus clamorosis et fatuis invaserunt dominos cardinales, vinum cellarii effuderunt et scalas palacii destruxerunt.
Item inmediate post hoc dom. Agapitus de Columpna in ecclesia s. Petri mane et die prefatis dixit michi: magister et minister, vadamus ad videndum, quid faciunt isti fatui Romani mei. Et dum essemus extra portas palacii apostolici, intus et extra vidimus magnam multitudinem hominum armatorum cum ensibus evaginatis, lanceis et balistis clamancium alta voce, quod volebant Romanum pontificem de Urbe penitus et omnino. Quos prefatus dom. Agapitus me audiente durissime increpavit.
Item cum ecclesia s. Petri omni hora et die anni consueverit esse plena populo et peregrinis, maxime tempore quadragesimali, quod tunc erat, die tamen prefacta, ut puto, non erant triginta persone propter sonum Campanarum ad arma, rumorem populi et furorem. » (Texte publié par Seidlmayer, p. 247-248). [retour]

Note 125, page 44 : Les cardinaux Corsini, d’Aigrefeuille et Orsini. Cf. Valois I, p. 47. Les urbanistes passeront sous silence ces pressions et démarches officielles (Hefele VI2, p. 1013, n. 5), comme les précédentes, ou les minimiseront. [retour]

Note 126, page 44 : Hefele VI2, p. 1014, citant le Factum (Rinaldi XVII, a. 1378, No 73 sq.). Pierre de Luna confirme cette proposition, cf. sa déposition (texte publ. dans Seidlmayer, p. 286). [retour]

Note 127, page 44 : Cf. la déposition d’un cardinal (publiée par Seidlmayer, p. 292), qui indique que cette seconde élection fut interrompue par l’invasion du conclave, que tous les cardinaux ne purent y prendre part et que, nonobstant la diminution momentanée des cris, la crainte dominait les pensées des cardinaux. [retour]

Note 128, page 45 : « Quod ut probatur, fuerunt numero XVI cardinales et non plures, et tempore reeleccionis fuerunt ommissi tres cardinales, qui in una camera simul comedebant separatim et non fuerunt vocati, et ex toto catervo cardinalium remanserunt XIII, et ex istis tres contradixerunt vel suas voces non tradiderunt. Et sic remanent X dumtaxat reeligentes, qui non sunt duo partes XVI... » (Publ. par Seidlmayer, p. 292). [retour]

Note 129, page 45 : « Item die prefacta dom. cardinales perdiderunt omnia et singula que habuerunt in domo conclavis violenter accepta per prefatum populum furibundum. » (Déposition d’Angelo de Spolète, ministre général des franciscains, publ. dans Seidlmayer, p. 248). [retour]

Note 130, page 45 : Nyem I, 2, éd. p. 12-13. [retour]

Note 131, page 45 : Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 9, 10, 11, 12, et No 14; Muratori III, 2, c. 664 (vita secunda Gregorii) et c. 720 (relation de Tomaso de Acerno); Lettres des cardinaux (Rinaldi XVII, a. 1378, No 68); « Factum » d’Urbain VI (Rinaldi XVII, a. 1378, No 86); Nyem I, 2, éd. p. 13-14; Valois I, p. 53; Hefele VI2, p. 1016, 1044, etc.
Pierre de Luna minimisera cette mascarade, dont il se distance nettement quand, lors de l’enquête de Medina del Campo en 1381, il sera interrogé sur différents points du « factum » d’Urbain VI. A ce propos « respondit, quod cardinales non fecerunt simulacionem illam, nisi unus vel duo, quorum alter dixit Romanis, quod cardinalis s. Petri erat electus, set nolebat consentire, ut audivit dici ». (Texte publ. dans Seidlmayer, p. 287).
Mais en fait la cérémonie fut si bien menée, que les autorités romaines firent annoncer l’élection de Tibaldeschi. Le courrier, porteur de la nouvelle, l’annonça à Pise le 13 avril au matin. Mais le soir une dépêche de marchands donnait cette fois le nom du véritable élu (Gregorovius XII, p. 74, n. 19).
La nouvelle de l’élection de Tibaldeschi parvint aussi à Naples, selon la déposition d’un compatriote d’Urbain VI, le dominicain Nicolas Misquinus (Seidlmayer, p. 251). Il est difficile à notre sens de minimiser cette péripétie singulière et blasphématoire, comme le fait l’Histoire de l’Eglise t. XIV, p. 7, qui mésestime l’importance des troubles. N’oublions pas qu’il s’agit d’une élection où la venue du Saint-Esprit a été tout spécialement invoquée. Dans ces conditions, une telle comédie blasphématoire, que les acteurs pouvaient craindre d’avoir à expier une fois, révèle plutôt l’importance de la panique, qui seule pouvait justifier en partie les auteurs de ce simulacre. [retour]

Note 132, page 46 : « His sic peractis populus rudis, plenus tamen devotione osculando manus et pedes domini s. Petri adeo trahebat sibi manus podagra tumentes, quod ipse non potens tantum dolorem amplius sustinere ut eum dimitterent, coactus est dicere, se non esse papam sed alium; propter quod tota civitas cucurrit ad arma. » (Rinaldi XVII, a. 1378, No 10). Ajoutons-y le témoignage de Rodrigue Fernandez: « (Romani) accedebant ad eum (scil. cardinalem s. Petri) ad osculandum sibi pedes et manus, et quia erat senex et gutosus, ledebant eum in pedibus, quia stringebant eum et dicebant: Pater sancte, date nobis benedictionem; et ipse maledicebat eis et dicebat: Nolo esse papa. Et quia stringebatur stans in illa sede, posuerunt eum supra altare et ipse dicebat: Nolo esse papa. Et erat ibi unus nepos suus, et dabat sibi de pugno in pectore et dicebat: Recipe istum morsellum, quia bonus morsellus esse papam (sic), et tunc dixit ipse: Non sum papa nec volo esse, et recepit mitram de capite et projecit eam a se » (texte publ. dans Seidlmayer, p. 265). Tibaldeschi, meurtri et à moitié étouffé, faillit y laisser sa vie. Il passa la nuit suivante au Vatican avec Prignano, puis fut reconduit à son palais. Il vécut dès lors fort retiré auprès d’Urbain VI, jusqu’à son décès (Nyem I, 2, éd. p. 14). Il mourut le 20 août 1378 (Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 57 r publié ci-après) et non le 6 ou 7 septembre suivant (Eubel I, p. 21). [retour]

Note 133, page 47 : Quelques cardinaux, Hugues de Montalais, Pierre Flandrin, Robert de Genève, s’étaient vus empêchés de sortir du conclave envahi. Pierre de Vergne, Guillaume Noëllet, Pierre de Sortenac avaient été arrêtés par les Romains, alors qu’ils avaient réussi à se glisser par une trappe à l’étage inférieur dans l’appartement du camerlingue. D’autres s’étaient réfugiés dans la chapelle. Mais le désarroi croissant, les Romains se désintéressèrent de leur sort, semble-t-il, ce qui leur permit de s’enfuir, tandis que l’archevêque de Bari se cachait dans le palais (Valois I, p. 52 sq. ; Gregorovius XII, p. 74). [retour]

Note 134, page 47 : Valois I, p. 55; cf. aussi l’intéressante déposition de l’évêque de Segorbe, un des treize témoins interrogés à Barcelone en septembre 1379 par le conseil du roi d’Aragon. « Item eciam recordatur hic testis, quod cum erat in hospicio cardinalis s. Eustachii, scil. durante conclavi, vidit existens ad fenestras dicti hospicii armatos intrantes furiose domum cardinalis de Brittannia... et asportantes secum raubas, libros et alia bona ipsius cardinalis. Et vidit ipsos Romanos percucientes cum ensibus familiares ipsius cardinalis, et ut audivit, fuit tunc ibi unus familiaris dicti cardinalis mortuus et aliqui vulnerati. Et audivit tunc et eciam post, quod Romani, qui primo intrarunt, reperierunt cardinalem, qui tunc descenderat de conclavi, et volebant eum interficere. Et ipse genibus flexis coram eis et tenendo brachia cruciata cum lacrimis rogabat eos, ne interficerent eum. Et ipsi posuerunt sibi ensem ad collum et abstulerunt sibi anulos de digitis et ad finem dimiserunt eum. Et postea venerunt ibi alii, qui dixerunt, quod interficeretur. Et ascendentes non reperierunt eum, quia per quandam fenestram saltaverat in quodam tegulato, et ibi stetit, donec fuit nox. Et tunc ivit ad hospicium dom. cardinalis s. Eustachii, ubi reperiit fratrem et familiam huius testis. Et bibit semel et discalciatus cum habitu dissimulato et cum baculo in manu ad modum peregrini et cum uno solo famulo yvit ad castrum s. Angeli et posuit se intus... » (Publ. dans Seidlmayer, p. 324). [retour]

Note 135, page 48 : Ce sont les cardinaux Jean de Cros, accompagné de son frère le camerlingue, G. d’Aigrefeuille, G. de Malesset, Pierre de Sortenac et Pierre de Vergne. Seuls Pierre Corsini, le Florentin, et le Milanais Simon de Brossano qui étaient Italiens, l’Espagnol Pierre de Luna, courageux et peu visé par l’hostilité romaine, Gérard du Puy et Bertrand Lagier, escorté par ses paroissiens, rentrèrent chez eux. [retour]

Note 136, page 48 : Factum d’Urbain (Rinaldi XVII, a. 1378, No 88); Valois I, p. 55, qui donne de très nombreuses références. [retour]

Note 137, page 48 : Ainsi le dominicain Gonzalve, pénitencier du pape, avoue: « Romani de conclusione consilii miserunt tunc rectores Urbis ad cardinales cum tribus: Primo videl. ad confortandos eos offerendo eis bonam et pacificam custodiam Urbis et conclavis, sic subiungendo, quod ad libitum possent eligere quem vellent. Secundo ad rogandum ipsos, quod placeret eis consolari civitatem et Ytaliam in sua electione. Tercio ad incuciendum eis modo urbano timorem, videl. in conclusione verborum dicentes, quod si in eligendo rogaminis Urbis displicerent, timebant, ne forte aliquod non debitum populus faceret contra eorum reverencias eo, quod de dominio et regimine prelatorum ultramontanorum Gallicorum eciam omnes Italici erant (f. 61) ad plenum fastiditi. » (Texte publ. par Seidlmayer, p. 295). Mais qu’est-ce qu’une peur insufflée avec urbanité (modo urbano) ? Cf. aussi la déposition de Raymond de Capoue qui évoque le courage du cardinal Pierre de Luna qui, avec un collègue, affirme ne point s’être soucié de ces cris. Pour Thomas Petra, chanoine de Patras, il s’agit d’une foule armée, parce que dans ce pays même les enfants portent des armes, qui chantait et dansait au son des tambourins et autres instruments, portant des guirlandes de feuillage. Il s’y mêlait quelques rares insolents poussés, disait-on, par le cardinal Orsini et l’abbé du Mont-Cassin, aspirant tous deux au pontificat, pour crier: « Romanu lu volemo o vero Ytalianu. » (Texte publ. dans Seidlmayer, p. 262). [retour]

Note 138, page 49 : Selon la déposition d’Antoine, évêque de Fermo, Urbain VI aurait dit publiquement, dans un sermon prononcé devant de nombreux prélats réunis dans sa chapelle: « Quod ebrietas Romanorum fecit eum papam. » L’évêque de Fermo le confirme encore plus loin en d’autres termes: « Dixit hec verba: Isti ultramontani dicunt quod viollencia Romanorum fecit me papam ; non fuit, dixit ipse, viollencia, sed vinolencia Romanorum. » (Texte publ. dans Seidlmayer, p. 339). [retour]

Note 139, page 49 : Salembier, p. 43. [retour]

Note 140, page 49 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 8. [retour]

Note 141, page 49 : Sans vouloir ici les reprendre, notons que le factum d’Urbain VI les reconnaît, même s’il les minimise (Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 73-103) et que Rinaldi, favorable au pape de Rome, ne songe pas à les laisser de côté (Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 10-13), allant jusqu’à parler de coups (ib., No 10). [retour]

Note 142, page 49 : Texte publ. dans Seidlmayer, p. 294. [retour]

Note 143, page 49 : Par exemple la déposition d’un cardinal, publiée dans Seidlmayer, p. 291. [retour]

Note 144, page 50 : Seidlmayer, p. 3 sq., qui note: « Die im Konklave eingeschlossenen Kardinale gaben schliesslich der draussen tobenden Menge das bindende Versprechen, noch vor Tagesende einen ihr genehmen, d.h. einen römischen oder italienischen Papst zu wählen. » [retour]

Note 145, page 50 : La réélection ne réunit que treize cardinaux sur seize et Prignano n’y recueillit que dix voix. Plusieurs cardinaux furent molestés (Rinaldi XVII, a. 1378, No 10). [retour]

Note 146, page 50 : Hefele VI2, p. 1009, n. 4. [retour]

Note 147, page 50 : Par exemple la déposition d’Alvaro Martinez publ. dans Seidlmayer, p. 282-284. [retour]

Note 148, page 50 : Cf. la déposition de Fernando Perez Calveyllio, doyen de Tarazona: « Item quadam die, qua non recordatur, tamen fuit statim post festum Pasche, vidit dom. suum cardinalem Aragonie in studio suo secreto scribentem. Et cum deponens intraret, cessavit a scribendo et occultavit scripturam. Et tunc deponens dixit eidem: Seynor, quid est hoc, quare occultatis illam scripturam ? Ego credo, quod scribitis de factis pape. Et tunc predictus dom. cardinalis dixit eidem sequencia vel similia verba: « Hoc non dicatis ! » Et vere, si sciretur, quod ego nec aliquis de dom. cardinalibus dubitaremus super ista materia nec scriberemus super ea, omnes trucidarentur. Quare amore Dei nulli de mundo faciatis verbum de hoc. » (Texte publ. dans Seidlmayer, p. 325). [retour]

Note 149, page 51 : Valois I, p. 72. [retour]

Note 150, page 51 : Valois I, p. 58; Hefele VI2, p. 1005-1008. Tibaldeschi était demeuré au Vatican. Cinq cardinaux qui étaient rentrés chez eux le rejoignirent. Six autres cardinaux réfugiés au château Saint-Ange commencèrent par refuser de venir et envoyèrent une procuration. Ils se rendirent donc avec réticence. Enfin, les quatre cardinaux absents de Rome ne participèrent point à l’intronisation. [retour]

Note 151, page 51 : Pierre Corsini confirme le propos prêté à Prignano : « Dicas bandarensibus, quod ipsi adhuc nichil fecerunt, nisi cogant istos cardinales venire ad me intronizandum », qu’il répéta deux fois, et il précise le nom de l’envoyé: Marino de Giudice, évêque de Cassano (Seidlmayer, p. 264-265). [retour]

Note 152, page 52 : Cf. la déposition du cardinal Lagier qui rapporte, il est vrai, les bruits qui coururent (texte publié dans Seidlmayer, p. 337), mais dont l’essentiel est confirmé par le curial Thierry de Nyem, témoin oculaire (Nyem I, 14, éd. p. 29 sq.). [retour]

Note 153, page 52 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 4. [retour]

Note 154, page 52 : Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 17, 18, 19. Robert de Genève notifia lui-même l’élection d’Urbain à l’empereur Charles IV le 14 avril, ainsi qu’au comte de Flandres son parent et à plusieurs princes (Valois I, p. 64, No 1; Baluze IV, p. 225 sq.: lettre du comte palatin à Charles V). [retour]

Note 155, page 52 : Seidlmayer, p. 8. [retour]

Note 156, page 52 : Cf. les dépositions de Gilles Sanchez Muñoz dans Seidlmayer, p. 325, de l’évêque de Fermo (ib., p. 339) et de Nicolas Eymeric: « In collationibus... sepe et sepius se esse papam asserebat, quod Romani alii pontifices sic agere non consueverant. » (Texte publ. dans Gayet I, p. 131). [retour]

Note 157, page 53 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 8-9. [retour]

Note 158, page 53 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 16. Mais plus tard le cardinal Gui de Malesset dira qu’il n’a pas lu cette lettre (Histoire de l’Eglise, XIV, p. 9, n. 19). D’autres cardinaux diront qu’ils ont été contraints d’écrire par Urbain VI. La lettre aux cardinaux restés à Avignon porte, semble-t-il, seize signatures (Rinaldi XVII, a. 1378, No 19). Mais le même cardinal de Poitiers, Gui de Malesset, n’aura-t-il pas raison de relever que jamais le Collège ne notifie une élection: « Numquam de more Sacrum Collegium notificat per litteras electionem Summi Pontificis principibus vel aliis, et sic se habet veritas et quaeratur audacter ab omnibus principibus Christianis si unquam alias ante illam intrusionem litteras de hoc a Sacro Collegio receperunt et recipient » ? et d’en tirer argument pour prouver le caractère douteux de l’élection (Salembier, p. 48-49, n. 4). Il n’en reste pas moins que les cardinaux seront embarrassés de leur attitude du printemps 1378 et que le parti d’Urbain VI ne cessera d’y puiser l’essentiel de ses arguments. Bien des princes y seront sensibles. [retour]

Note 159, page 53 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 16. [retour]

Note 160, page 53 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 13. [retour]

Note 161, page 53 : Nous n’y voyons pour notre part pas plus une preuve d’allégeance complète des cardinaux (Histoire de l’Eglise XIV, p. 13), que nous ne songeons à relever l’humour inconscient de la formule, à l’heure où l’on cherche les moyens de faire vaciller cette colonne de l’Eglise. [retour]

Note 162, page 54 : A titre d’exemple, mentionnons que Robert de Genève se joint à une démarche de plusieurs cardinaux pour l’évêché de Léon (Valois I, p. 75) et qu’il adresse comme d’autres collègues des suppliques au pape. L’une d’elles porte dans son intitulé ces lignes, auxquelles la suite va conférer un humour féroce, qui nous en vaudra assurément la mention chez un historien urbaniste: « Sanctitatem vestram praefatam conservet Altissimus feliciter ad regimen gregis sui. » Une autre encore sera datée d’Anagni le 15 juin. D’autres cardinaux, Marmoutiers et Hugues de Montalais les 20 juin, 6 et 21 juillet, Jean de Gros le 23 juin présentent des demandes accompagnées de formules analogues.
Urbain VI, qui reçoit ces demandes, observe en riant: « Primo dicunt quod non sum papa et tota die petunt a me. » (Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 27 et 28). L’envoyé du roi de Castille, Alvaro Martinez, note l’habituelle ruée sur les bénéfices: « Et dixit, quod vidit aliquos cardinales ita animatos ad obtinendum gracias ab eo, quod qui plus poterat plus impetrabat... » (Texte dans Seidlmayer, p. 275). D’autres témoignages sont rapportés par Hefele VI2, p. 1053, n. 4.
Cf. la déposition d’Alvaro Gonzalez (publ. dans Seidlmayer, p. 272): « Quod cardinalis Gebenensis petivit ecclesiam Gienensem pro isto episcopo moderno... » [retour]

Note 163, page 54 : « Item quod considerabant, quod eciam si ipse non fuisset papa, quod beneficia et gratias, que ab eo impetrarant, quod ille qui post veniret seu crearetur, non revocaret ab eis, ymo sibi confirmaret. » (Déposition d’un cardinal anonyme, publ. par Seidlmayer, p. 293). [retour]

Note 164, page 55 : Réponse du cardinal P. de Luna: « Credit quod cardinales collegialiter scripserunt dom. Karolo et nonnullis principibus et cardinalibus Avinione existentibus, ipso tamen Barensi ordinante et mandante et minutas litterarum videre volente et vidente. Que littere fuerunt sigillate de ipsius mandato contra morem solitum, quoniam cum deberent sigillari cum sigillis trium priorum cardinalium, quorum duo, scil. Florentinus et de Ursinis, erant Ytalici et tercius cardinalis de Agrifolio ultramontanus, et mandavit et fecit eas sigillari cum sigillis duorum cardinalium ultra-montanorum immediate eos in ordine sequencium et illius tercii de Agrifolio, ut maior fides litteris adhiberetur, quam si sigillis Ytalicorum essent sigillate. Et hec fuerunt facta durante timore et non valente resistere B. absque gravi et evidente periculo et omnino intendente, etc. ut supra, et aliter non credit. Ad id autem, quod subditur de litteris particularibus missis per cardinales, dixit quod credit, quod alique littere fuerint facte et misse aliquando ipso Barensi mandante ordinante et exortante (f. 265) et aliquando ipsas litteras videre volente ac vidente et aliquando non et manente eadem causa periculi, etc. » (Texte publié dans Seidlmayer, p. 287-288). Cf. aussi le témoignage du cardinal de Vergne (publ. dans Seidlmayer, p. 243). [retour]

Note 165, page 55 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 17. [retour]

Note 166, page 56 : Rinaldi XVII, a. 1379, No 14. [retour]

Note 167, page 56 : Déposition de l’évêque de Todi, qui, avec Agapito Colonna, pressa Urbain VI d’accepter cet anneau qui valait 400 florins d’or (dimanche 11 avril, Hefele VI2, p. 1031). Il est vrai qu’Hefele rapporte la même chose du cardinal d’Aigrefeuille (ib., p. 1053). Y a-t-il eu confusion ? Mahaut de Boulogne était en mesure d’avoir fait un tel don à Robert de Genève. [retour]

Note 168, page 57 : Salembier attaque des penseurs du temps comme Jean de Paris, Marsile de Padoue, Guillaume Occam, Jean de Jandun et surtout incrimine l’attentat d’Anagni: « ... acte inique qui se poursuivra à travers tout le XIVe siècle et dans les siècles suivants: c’est de là que date l’ébranlement des institutions et des opinions. A partir de cette époque le droit divin des papes est mis en péril; celui de leur suprématie sociale est aboli. » (Salembier, p. 13-14). [retour]

Note 169, page 57 : Salembier, p. 55, cf. aussi p. 10. C’est l’opinion de Thomas d’Acerno, évêque de Lucera, et de Catherine de Sienne (Rinaldi XVII, a. 1378, No 25) et d’autres contemporains, de Catherine de Suède (Salembier, p. 81). [retour]

Note 170, page 57 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 15. [retour]

Note 171, page 58 : Cf. le témoignage de Rodrigo Bernaldez envoyé du roi de Castille dans son rapport au roi: « Sed postquam venit cardinalis Ambianensis, qui non fuit in ilia eleccione, doluit, quia non fuerat electus aliquis de nacione Gallica et tractavit cum cardinalibus et induxit eos ad celebrandum aliam eleccionem et scripserat multa sinistra de ipso regi Francie, et ostendit et fecit legi litteras responsivas regis Francie, ut dicebat, directas quibusdam cardinalibus. » (Texte publié dans Seidlmayer, p. 234). Cf. aussi Salembier, p. 58 et 70; Pastor éd. it. I, p. 118; Rinaldi VII, a. 1378, Nos 45 et 46 et p. 73 sq.; Hefele VI2, p. 1066-1067, qui voit dans le châtelain du château Saint-Ange et le camerlingue Pierre de Cros le premier noyau d'opposants, suivant en cela le factum d’Urbain; Valois I, p. 69 sq. [retour]

Note 172, page 58 : Valois I, p. 142, et d’une façon générale toute l’analyse pénétrante de l’attitude de Charles V, ib., p. 85-144. [retour]

Note 173, page 58 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 25; Hefele VI2, p. 1068, juge le motif important, mais Seidlmayer, p. 19, ne croit pas que cette décision de rester à Rome ait été déterminante. [retour]

Note 174, page 58 : Nyem I, 5, éd. p. 17. [retour]

Note 175, page 59 : « Radix, seu causa, fons et fundamentum immediatum istius schismatis fuit ambitio, voluntas et appetitus immoderatus Bartholomei quondam Barensis archiepiscopi et cupiditas Romanorum cupientium habere curiam Romanam propter utilitatem quam inde habere sperant: radix vero et causa remota est partialitas notabilis et ambitio cujusdam nationis, cupientis hereditarie possidere sanctuarium Dei. » (Rinaldi XVII, a. 1379, No 4). [retour]

Note 176, page 59 : Salembier, p. 55-57; Hefele VI2, p. 1064 sq.; Valois I, p. 67 sq., qui écrit: « Les cardinaux n’avaient pas tardé à s’apercevoir qu’ils avaient placé sur le siège apostolique le plus fantasque des prélats. » Etc. [retour]

Note 177, page 59 : Seidlmayer, p. 19. [retour]

Note 178, page 59 : Nyem I, 1, éd. p. 8-10; Hefele VI2, p. 985, et Seidlmayer, p. 10, se réfèrent essentiellement au portrait tracé par Thierry de Nyem, précieux, car le curial allemand partagea la chambre du futur pape et travailla longtemps à ses côtés. [retour]

Note 179, page 59 : Il est décrit par ses ennemis comme:
— un sot : stultus, fatuus (cf. les jugements rapportés par Raynulph de Sisteron, urbaniste, dans Seidlmayer, p. 255);
— un fou : « aliqualiter alienatus, ... mente captus ... propter vigilias inordinatas » (il parut en effet avoir l’esprit troublé à son élection) (cf. la même déposition, dans Seidlmayer, p. 256); delirus : « et eum delirum ipsi cardinales communiter indicabant » (Nyem I, 7, éd. p. 19-20);
dementatus : à l’annonce de son élection, il crie son acceptation « et confestim fuit quasi dementatus extunc, loquax supra modum, impectuosus et iniuriosus omni bono, specialiter comiti Caserte, archiepiscopo nunc Salernitano et aliis quibuscumque ». (Déposition du cardinal Bertrand Lagier dans Seidlmayer, p. 336);
un colérique à un degré impressionnant: « Sed frustra hec loquebar, quia quanto plura dixi, tanto magis ipse dominus Urbanus irascebatur, et facta est facies eius tandem de iracundia quasi lampas ardens seu flammea et guttur eius raucedine replebatur. » (Nyem I, 45, éd. p. 85);
un homme dur : « Fuit enim duri cordis » (Nyem I, 7, éd. p. 20) ; cf. aussi I, 46, éd. p. 86: « Erat enim nimis induratum cor eius, ut cor pharaonis, nec de facili eripitur preda de ore leonis » ; et I, 50, éd. p. 92: « Erat enim cor eius... Deucaleonis lapidibus ac silice durius... » ;
un homme cruel: il fait torturer des prélats et des cardinaux par les supplices du chevalet et de l’estrapade (Nyem I, 45, éd. p. 83 sq. ; I, 50, éd. p. 91 sq. ; I, 51, éd. p. 92; I, 52, éd. p. 93 sq. ; I, 53, éd. p. 95 sq. ; I, 57, éd. p. 103).
Le récit de Nyem, homme de confiance du méfiant Urbain VI, est confirmé par d’autres sources, par exemple Rinaldi XVII, a. 1385, No 2; Valois II, p. 113, et la Cron. Sicul. éd. G. de Blasiis, p. 54-55, qui précise la date.
Il fait torturer ses cardinaux sans avoir de motifs sur lesquels les interroger et refuse d’en indiquer aux juges d’instruction émus aux larmes, contre lesquels il s’emporte (Nyem I, 45, éd. p. 84). Il récompense le bourreau, un certain Génois nommé Basile de Levanto, en le faisant frère de l’Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem et lui accordant un prieuré en Sicile (Nyem I, 52, éd. p. 93-94). Il veut entendre les cris du cardinal de Venise: « Huic (Basile) dictus Urbanus iniunxit, ut in crastinum de mane prefatum cardinalem Venetum torqueret et taliter, quod ipsum dictus Urbanus in eculeo acriter clamare sentiret. » Suit la description de la scène (Nyem I, 52, éd. p. 94). Il fait exécuter l’évêque d’Aquila, que ses blessures reçues aux séances de torture empêchent de chevaucher assez vite (Nyem I, 56, éd. p. 101). Il fait exécuter à Gênes cinq cardinaux, le sixième ne devant son salut qu’à l’intervention énergique du roi d’Angleterre (Nyem I, 60, éd. p. 110 sq.). « Ipse enim est Herodes impius Christi illusor et innocencium occisor. » La rumeur, rapportée par le cardinal Lagier, courut qu’il fit ou laissa massacrer plus de mille Français, Espagnols ou Occitans (Languedociens), dont deux d’entre eux assommés auraient été débités au marché, comme viande pour les chiens (texte publ. dans Seidlmayer, p. 337). Thierry de Nyem décrit lui aussi ces persécutions graves (Nyem I, 14, éd. p. 29 sq.). Sans ajouter à ces témoignages plus de foi qu’il ne faut, constatons cependant qu’urbanistes et clémentins concordent à parler de la cruauté d’Urbain VI. Nous avons donné naturellement la préférence au curial d’Urbain, son confident et témoin oculaire, Thierry de Nyem, tout en remarquant que Nyem cherche visiblement à se faire valoir dans ses commentaires. Mais n’en est-il pas toujours ainsi avec les Mémoires ?
rancunier : par exemple dans ses relations envers ses cardinaux ou avec Charles de Durazzo et sa veuve (Nyem I, 41, éd. p. 76-77; I, 48, éd. p. 89; I, 44, éd. p. 82 sq.);
un peureux: il fuit la peste en 1383 (Nyem I, 28, éd. p. 55);
un ambitieux allant jusqu’à la prétention, ce que confirme son attitude face aux princes et cardinaux ;
— ses adversaires iront jusqu’à en faire un ivrogne et un goinfre (gulosus, ebriosus, porcus), mais nous ne pouvons les suivre sur ce terrain, les témoignages de trop de contemporains faisant état de ses qualités en ce domaine (cf. note précédente). D’autre part, nous pouvons observer que c’est un genre de défauts qui de tout temps ont été reprochés sans preuves sérieuses à un ennemi et, si l’on me permet l’expression, pour compléter son portrait.
Mais nous nous voyons obligés de nuancer les qualités dont ses partisans l’ont paré (Nyem I, 1, éd. p. 8-10; I, 69, éd. p. 122-123). En effet, ce prélat, qui veut tant lutter contre la simonie, songe à n’accorder la couronne de Naples à Charles de Durazzo qu’à condition que son neveu, Francesco Prignano, dit Butillo, reçoive la Sicile (Nyem I, 8, éd. p. 23). Devant l’impossibilité de réaliser cette ambition familiale démentielle, qui lui aliène la Cour d’Aragon autant que celle de France, il se rabat sur un projet constituant un domaine démesuré, formé de la principauté de Capoue, du duché d’Amalfi, des comtés de Caserta, Fondi, Minervino et Altamura et des villes d’Aversa, Gaète, « Insulana », Capri, Castellamare, Stabies, Sorrente et Nocera, ainsi que d’autres cités, châteaux et terres, qui en auraient fait le plus puissant prince napolitain. Charles de Durazzo reconnaît en 1381 toutes ces donations (Rinaldi XVII, a. 1381, No 20, qui publie l’acte). Mais c’est le germe de quasi toutes les difficultés que connaîtra Urbain dans ses relations avec la Couronne de Naples, qui renasquera à remplir l’engagement. Cette œuvre absorbera bien des efforts diplomatiques. Pour y parvenir, Urbain n’hésite pas à vendre propriétés et joyaux des monastères (Nyem I, 22, éd. p. 43), ni à payer lui-même de sa personne, et ce sera la triste équipée de 1383 en Campanie. Cf. sur tout cela Nyem I, 21, éd. p. 42-43; I, 22, éd. p. 43; I, 26, éd. p. 51-52; I, 28, éd. p. 55; I, 33, éd. p. 63; I, 48, éd. p. 89-90. En fait, ce neveu quadragénaire semble avoir été de bien maigre envergure. « Vir effeminatus et inutilis » (Nyem I, 21, éd. p. 43), coureur de jupons (ib., I, 33, éd. p. 63-64 et I, 67, éd. p. 117), homme de main du pape, qui lui confie la garde et les mauvais traitements des cardinaux captifs (Nyem I, 42, éd. p. 79; I, 45, éd. p. 83-84; I, 51, éd. p. 92-93). Il finira misérablement ses jours en 1391 (Nyem I, 69, éd. p. 122-123 et II, 21, éd. p. 177-178).
Tel est le neveu pour lequel en fin de compte Urbain, l’adversaire de la simonie, vendra des biens d’Eglise, excommuniera et déposera le roi de Naples. « Karolus expoliavit Franciscum nepotem nostrum bonis suis patrimonialibus et nos expoliavimus eum non solum regnum (sic) sed omnibus bonis patrimonialibus. » (Cron. Sicul., éd. G. de Blasiis, p. 57). En fin de compte, il connaîtra mille déboires et fera périr ses cardinaux.
Si nous nous sommes étendus sur ces détails, c’est parce qu’ils mettent en lumière le caractère d’Urbain et expliquent, comme nous le verrons, l’attitude des cardinaux. [retour]

Note 180, page 62 : Déposition de Pierre de Luna (publ. dans Seidlmayer, p. 287; cf. aussi ib., p. 15, n. 58), confirmée par Thierry de Nyem (Nyem I, 3, éd. p. 16). [retour]

Note 181, page 62 : « Dicendo quod omnes essent periuri, quia ecclesias suas destruerent in eadem curia residendo... » (Nyem 1, 4, éd. p. 16). [retour]

Note 182, page 62 : Nyem I, 5, éd. p. 17. [retour]

Note 183, page 62 : Cf. les dépositions du cardinal Bonaventure de Padoue (texte publ. par Seidlmayer, p. 249 sq.), de l’envoyé du roi de Castille, Alvaro Martinez, qui résume bien les griefs: « Dixit se audivisse dici, quod primus electus multum reprobabat vicium symonie in cardinalibus et ordinabat, quod non comederent nisi unum ferculum et quod repararent suos titulos et hospitarentur in illis. Et audivit a dicto electo, quod nolebat, quod cardinales haberent pensiones a regibus... » (ib., p. 274). Cf. aussi les dépositions de l’évêque de Cordoue, Menendo (ib., p. 275 sq.), du cardinal Pierre de Luna (ib., p. 284 sq.) et du pénitencier Gonzalve (ib., p. 295 sq.). Cf. aussi Baluze II, p. 678 et p. 790-791, et le factum d’Urbain qui énumère ces thèmes (Rinaldi XVII, a. 1378, No 101). [retour]

Note 184, page 63 : Valois I, p. 68; « verba iniuriosa » (dépos. du cardinal Bonaventure de Padoue dans Seidlmayer, p. 250). [retour]

Note 185, page 63 : Cf. la déposition du cardinal Bonaventure de Padoue (dans Seidlmayer, p. 250); Valois I, p. 68 et n. 1. Le camerlingue avait mis en lieu sûr une partie du trésor pontifical (cf. le factum d’Urbain dans Rinaldi XVII, a. 1378, No 101). [retour]

Note 186, page 63 : Valois I, p. 68. [retour]

Note 187, page 63 : « Item dixit semel dom. Gebenensi in publico, quando providit de episcopatu Ostiensi cardinalem G(landatensem) : Certe ego habebam voluntatem respiciendi vos, sed non habuistis nisi unam vocem. Et ex isto fuit male contentus ille Gebenensis. Et sic dicebat cuilibet cardinalium, quando movebatur contra aliquem displicibiliter » (déposition du cardinal B. de Padoue publ. dans Seidlmayer, p. 250). [retour]

Note 188, page 63 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 101. [retour]

Note 189, page 63 : « Item dom. Ambianensi dixit, quod deceperat ecclesiam in pace, quam fecerat cum Barnabone et cum Florentinis... » (Déposition du cardinal Bonaventure de Padoue, texte publ. par Seidlmayer, p. 250).
« Et dixit ultra quod audivit, quod papa reprehenderat multum graviter et usus fuerat verbis multum duris contra cardinalem Ambianensem vocando eum proditorem, et quod non sufficiebat sibi, quod fecerat prodicionem regno Francie, ymo adhuc volebat facere prodicionem ecclesie. Et quod dictus cardinalis responderat sibi ista verba: Vobis, qui estis nunc papa, non possum respondere. Sed si essetis archiepiscopellus Barensis, sicut fuistis pauci dies sunt, ego dicerem dicto archiepiscopello Barensi, quod ipse mentiebatur per gulam. » (Déposition de Menendo, évêque de Cordoue, texte dans Seidlmayer, p. 280).
Cf. aussi la déposition du pénitencier Gonzalve (Seidlmayer, p. 299).
Urbain lui reproche aussi ses relations avec le préfet Francesco di Vico (Rinaldi XVII, a. 1378, No 102, factum d’Urbain, qui ne mentionne pas le reproche de trahison à la paix de Sarzana). Cf. aussi Valois I, p. 69 sq. [retour]

Note 190, page 64 : Le 6 juin 1378, selon le témoignage de l’évêque de Cordoue qui donne leurs noms: les quatre Italiens, Genève, Glandève et de Luna (Seidlmayer, p. 278-279). [retour]

Note 191, page 64 : Rapport d’Alvaro Martinez, ambassadeur d’Henri de Castille (texte dans Seidlmayer, p. 267). [retour]

Note 192, page 64 : « Caveant reges, quod serviant ecclesie corporaliter et de facto, et non cum verbis, alioquin ego deponam eos. » (Ib.f p. 266.) [retour]

Note 193, page 64 : « Jactabat se quod deponeret reges et regna daret » (« informations » du cardinal Bertrand Lagier dans Seidlmayer, p. 336). [retour]

Note 194, page 65 : Othon, selon l’usage, avait présenté à genoux une coupe de vin au pape, qui, devant toute la cour, maintint l’époux de son ancienne souveraine si longtemps dans cette position et tarda tant d’agréer la coupe, qu’un des cardinaux dut lui faire remarquer qu’il était temps de la prendre ! Cette conduite lui valut des commentaires peu flatteurs, tels que « Asperius nichil est misero qui surgit in altum. » (Il n’y a rien de plus dur que le pauvre diable élevé au pinacle.) Ou: « Corde stat inflato pauper honore dato. » (Nyem I, 7, éd. p. 19). [retour]

Note 195, page 65 : « Credens se super pennas ventorum iam volare. » (Nyem I, 7, éd. p. 19, d’après Psaume 18, 11). [retour]

Note 196, page 65 : Ayant entendu Urbain VI déclarer au sujet des tractations engagées avec le roi d’Angleterre: « Volo prius videre, si rex Anglie michi obediret... » Gilles Sanchez Muñoz sollicite du pape la permission de parler franchement et lui dit, faisant allusion à son élection discutée: « Pater Sancte, vos scitis de facto vestro, qualiter est. Et vos ante adeptam papatus possessionem comminamini regibus et principibus et dom. cardinales exasperatis. Non est ita recta pratica. » (Déposition publ. par Seidlmayer, p. 326). [retour]

Note 197, page 65 : Orsini lui dit: « Esses tu audax dicere sibi, quod ipse non faceret ita longos sermones et quod ipse magis honoraret cardinales ? » La réponse du médecin siennois fut ambiguë. (Texte dans Seidlmayer, p. 319). [retour]

Note 198, page 65 : Seidlmayer, p. 17. Urbain ne peut s’empêcher d’interrompre un ambassadeur qui expose son cas: « Breviter interponendo sepe verba extranea audivit ambaxiatam... » (Relation d’Alvaro Martinez, publ. par Seidlmayer, p. 267). Le pape n’écoute d’ailleurs pas complètement l’ambassadeur du roi de Castille (« Et non audivit nos ad plenum », ib.). Thierry de Nyem confirme ces propos fâcheux (Nyem I, 5, éd. p. 17). L’évêque de Carpentras le confirme aussi au futur cardinal urbaniste Raynulph de Sisteron: « Verum est, quod tenuerat modos multum extraneos in principio, de quibus narravit michi unam magnam partem. » (Texte dans Seidlmayer, p. 255). [retour]

Note 199, page 66 : « Ipse princeps ... quadam vice dolenter coram nonnullis dicebat: Pro certo, pater noster, non Urbanus, sed pocius, ut timeo, Turbanus dicetur et multis adversitatibus erit involutus et ruina multorum. » (Nyem I, 8, éd. p. 23). [retour]

Note 200, page 66 : Par exemple les propos « étranges » rapportés par le cardinal Nicolas de Brancas: une histoire de portraits peints des saints Pierre et Paul, qu’Urbain lui dit avoir vus pleurant à son entrée au palais et riant un peu plus tard; l’affirmation qu’Urbain se plaisait à répéter qu’il avait deux seigneurs: « La reine de Naples et le cardinal de Pampelune » (qui fut son protecteur); le fait de dire publiquement que tous les rois de France et d’ailleurs pouvaient périr, car la reine de Naples régnait mieux qu’eux (texte dans Seidlmayer, p. 245-246). [retour]

Note 201, page 66 : « Cum esset in civitate Tiburtina, dum predicaret suo more solito, dixit coram multis, quod electio sua miraculose facta erat: nam Deus corda Romanorum inspiravit, ut tumultum facerent et cardinales ad eum eligendum compellerent ... Dixit publice quod ebrietas Romanorum fecit eum papam ... Isti ultramontani dicunt, quod viollencia Romanorum fecit me papam ; non fuit, dixit ipse, viollencia sed vinolencia Romanorum. » (Relation de l’évêque de Fermo, Antoine, dans Seidlmayer, p. 339). [retour]

Note 202, page 67 : Actes des Apôtres 8, 20. [retour]

Note 203, page 67 : « Veniens eciam illo tempore quidam collector fructuum camere apostolice de quadam provincia ad presenciam dicti Urbani ei quandam summam pecunie racione sue collectorie officii offerebat. Cui respondens ait: Pecunia tua tecum sit in perdicionem ! ac illam recipere non curavit. » (Nyem I, 5, éd. p. 17). Ensuite, la défection du camerlingue sera déterminante (Favier, p. 42). [retour]

Note 204, page 67 : Déposition du fr. Gonzalve, pénitencier du pape (texte dans Seidlmayer, p. 299). [retour]

Note 206, page 67 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 12. [retour]

Note 206, page 67 : Seidlmayer, p. 11 et témoignage du fr. Gonzalve, p. 296-297. [retour]

Note 207, page 68 : « Item dixit, quod semel dixerat ille Barensis, postquam fuit in illo statu, cuidam clerico, quod malefaciebat, quia celebrabat cum hostia parva et incepit redarguere ipsum. Tunc cardinalis Mediolanensis dixit, quod non erat bene dictum, quia sic conficiebatur Corpus Christi in modica hostia sicut in magna; et ita erat indignatus ille Mediolanensis contra illum Barensem resistendo sibi, quod volebat sibi dicere publice, quod non erat papa, nisi iste cardinalis fuisset, qui erat amicus eius. Et tunc vidit, quod ille Barensis astantibus ibidem cardinalibus flexit genua ambo coram Mediolanensi petendo veniam manibus junctis. Set ille Mediolanensis non multum advertebat et dicebat ad partem isti cardinali predictus dom. Mediolanensis, quod non erat papa iste Barensis. » (Déposition du cardinal de Vergne publ. dans Seidlmayer, p. 242). Cf. aussi une lettre du cardinal Flandrin (Seidlmayer, p. 342). [retour]

Note 208, page 68 : « Vos vaditis ad ydolatrandum. » (Rapport d’Alvaro Martinez, publ. par Seidlmayer, p. 268). Simon de Borsano disait au moment d’aller présenter ses hommages au pape: « Vadamus ydolatrare. » (Ib., p. 342). [retour]

Note 209, page 68 : « ... Papa subito inflammatus in spiritu dixit dicto predicatori: Adde ad penas symonie, quod ego excommunico ex nunc omnes symoniacos cuiuscumque status et condicionis existant, eciam cardinales. Et dicebant dicte persone, a quibus iste testis audiebat, quod cardinalis Mediolanensis dixerat ibi statim: Pater sancte, non potest ferri excommunicacio de iure, nisi trina monicione premissa. Et dictus papa sibi respondit: Omnia possum et ita volo. » (Relation de Menendo, évêque de Cordoue, publ. par Seidlmayer, p. 279). [retour]

Note 210, page 69 : Cf. la relation de Stefano de Millarisis (publ. par Seidlmayer, p. 313-314), où l’ancien secrétaire accuse Urbain d’avoir falsifié le testament de Tibaldeschi, qui l’aurait, en réalité, désavoué sur son lit de mort. A cette accusation s’ajoute celle d’avoir usé de faux sceaux royaux. En fait, le faux paraît peu croyable, mais d’un autre côté le doyen de Brême jette un doute sérieux sur la capacité de Tibaldeschi de tester, quand il dit que le vieux cardinal ne put articuler une parole, lorsque les Romains voulurent l’interroger sur son lit de mort: « Qui omnino respondere non potuit, quia perdidit loquelam, sed movebat capud suum et nullum verbum protulit intelligibile, sed quasi mugiendo vocem dedit, quod nullus homo vivens potuit intelligere. » Selon le doyen, les Romains auraient fait confectionner un procès-verbal sur ces vagissements (texte publ. par Seidlmayer, p. 314-315). Comme d’autres témoins attestent que le vieux cardinal était parfaitement gâteux (Alvaro Martinez, texte dans Seidlmayer, p. 283), la question de l’authenticité de son testament peut se poser, sans pour autant qu’il faille accuser Urbain VI de forfaiture. Tout en suspectant l’authenticité de ce « testament », N. Valois relève que le cardinal romain resta fidèle à Urbain VI (Valois I, p. 72). Cet ultime témoignage de Tibaldeschi est publié par Rinaldi XVII, a. 1378, No 41. [retour]

Note 211, page 69 : Très tôt les moines en discutèrent dans les couvents (cf. la déposition du pénitencier dominicain Gonzalve, publ. par Seidlmayer, p. 297). Thierry de Nyem note que le pape « similia multa insolita et abusiva de die in diem faciens, per que pene omnium ipsorum cardinalium et prelatorum contra se magis iracundiam concitavit » (Nyem I, 5, éd. p. 17). [retour]

Note 212, page 69 : « Nescit tenere papatum » (jugement de Nicolas Eymeric rapporté par Nicolas Misquinus et publ. par Seidlmayer, p. 253). [retour]

Note 213, page 69 : Cf. le témoignage de N. Misquinus (Seidlmayer, p. 253) et celui du pénitencier Gonzalve attestant qu’il s’occupe seul des tractations avec les Florentins (texte publ. par Seidlmayer, p. 298). [retour]

Note 214, page 70 : Déposition d'Alvaro Martinez (publ. par Seidlmayer, p. 267) citée plus haut p. 64. [retour]

Note 215, page 70 : Dépositions de Nicolas Misquinus, du fr. Gonzalve (dans Seidlmayer, p. 253, 297). [retour]

Note 216, page 70 : Il faut noter que bien des témoins se méprendront sur les petits gestes du pape, les taxant d’incohérents et de démentiels (par quoi je traduirai « fatuitates ») faute d’en comprendre les motifs réels. Il s’y ajoute d’autres petits faits, comme l’excès de boisson, attestant ce manque de maîtrise de soi (cf. déposition de Bertrand Lagier dans Baluze II, p. 790; Histoire de l’Eglise XIV, p. 10). [retour]

Note 217, page 70 : Cf. Histoire de l’Eglise XIV, p. 11; Baluze II, p. 709; Seidlmayer, p. 325. [retour]

Note 218, page 70 : Cf. déposition d’Alvaro Martinez (dans Seidlmayer, p. 283). [retour]

Note 219, page 70 : Déposition d’un cardinal non désigné: « Respondit, quod hoc fecissent (réélire Prignano), nisi quod viderunt eum tales modos tenere, quod scribere non esset honestum. Ex quibus previderunt ac intellexerunt eum non fore ad gubernacionem ecclesie Dei, et quod secundum condiciones eius esset maximum dampnum, quod talis homo traderetur in pastorem ovibus Jesu Christi, et quod secundum bonam conscienciam tale erat intollerabile... » (Texte dans Seidlmayer, p. 293). [retour]

Note 220, page 71 : Valois I, p. 74 ; Hefele VI2, p. 1076, n. 1. Robert de Genève quitte Rome un des derniers: antepenultimus (Baluze II, p. 601). [retour]

Note 221, page 71 : Cf. Hefele VI2, p. 1074 sq. Sur l’échec de cette démarche, cf. Rinaldi XVII, a. 1378, No 41. [retour]

Note 222, page 71 : Le cardinal de Saint-Pierre ne peut suivre Urbain quand, le 26 juin, celui-ci quitte Rome pour Tivoli. Il meurt le 20 août à Rome (Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 57 r, publié un peu plus loin). [retour]

Note 223, page 71 : Texte de la lettre publ. par Rinaldi XVII, a. 1378, No 40. Cf. Arch. Seg. Vat. - I.M. 2986. [retour]

Note 224, page 72 : Cf. les relations de Pons Beraldi, un des fonctionnaires du Saint-Siège, et du cardinal de Vergne (textes publiés par Seidlmayer, p. 246 et p. 242-243), cf. aussi la déposition du cardinal B. Lagier (ib., p. 337-338). Pierre de Luna tentera une dernière démarche par l’entremise de son confesseur; cf. M. Seidlmayer, Peter de Luna und die Entstehung der grosser abendländischen Schismas (Spanisch. Forsch. der Görresgesellschaft, Gesammelte Aufsatze, Bd. 4), Münster, 1933, p. 245 sq. [retour]

Note 225, page 72 : Le dominicain Nicolas Misquinus, inquisiteur de Sicile, plus tard cardinal d’Urbain VI, rapporte ces propos de Nicolas Eymeric, autre dominicain et inquisiteur d’Aragon : « Tamen isti dom. cardinales, quorum intencionem ego scio, vellent pro removendo scismate condescendere, quod iste Barensis maneret papa, dummodo vellet recipere aliquos de istis cardinalibus in curatores, quia ipse est fatuus, addiciens: Si ista posses tractare cum dom. Barensi tu, qui es de terra sua et notus suus, amicabiliter, dom. cardinales haberent valde pro bono. » (Texte publ. par Seidlmayer, p. 253). L’inquisiteur de Sicile refusa d’accomplir la démarche. [retour]

Note 226, page 72 : Baluze IV, p. 173-184; Valois I, p. 76, n. 4. [retour]

Note 227, page 72 : Hefele VI2, p. 1078; Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 42-43. [retour]

Note 228, page 73 : L’original est à l’Arch. Seg. Vat. - I.M. 2988, encore muni de treize sceaux. Copie: I.M. 2989. Rinaldi publie cette encyclique en la truffant de commentaires défavorables aux cardinaux. (Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 48-50). La thèse des cardinaux est qu’ils ont élu Prignano « ad evitandum mortis... periculum; ... existimantes ipsum, cui tam nefanda impressio, sicuti et pene toti clero populo nota erat, talis esse conscientiae, quod eam nullatenus acceptaret. » (Valois I, p. 77; Hefele VI2, p. 1079). [retour]

Note 229, page 73 : Nyem I, 9, éd. p. 24-25, et le cardinal Nicolas de Brancas le rapportent (Valois I, p. 80, n. 1). Le cardinal clémentin Pierre de Vergne le laisse entendre (déposition dans Seidlmayer, p. 243) et le cardinal urbaniste Nicolas Misquinus l’affirme nettement: « Ambitione moti, sed decepti. » (Ib., p. 253); Rinaldi XVII, a. 1378, No 114. [retour]

Note 230, page 74 : Cf. la déposition du doyen de Tarazona (citée p. 50-51, n. 148) et l’avis du cardinal Pierre Corsini (Seidlmayer, p. 326). [retour]

Note 231, page 74 : Cf. à ce sujet le témoignage de l’évêque de Cordoue Menendo : « Suo loco et tempore intendebat creare tot cardinales ytalicos quot erant ultramontani. » (Texte dans Seidlmayer, p. 280.) Cf. aussi Rinaldi XVII, a. 1378, No 102. [retour]

Note 232, page 74 : Ainsi les évêques d’Autun (Pierre de Barrière) et de Lisbonne (Agapet Colonna). [retour]

Note 233, page 74 : « Ita quod ipse Urbanus quasi solus, ut passer in tecto, quoad prelatos et officiales dicte curie remansit exceptis curialibus Alamaneis et aliquibus Anglicis, Bohemis et Ungaris... » Encore cette Curie si réduite doutait-elle fort d’avoir bien choisi (Nyem I, 11, éd. p. 27). [retour]

Note 234, page 74 : Nyem I, 12, éd. p. 27-28. [retour]

Note 235, page 75 : Valois I, p. 141-149. [retour]

Note 236, page 75 : Urbain VI ne néglige, semble-t-il, aucune occasion de flatter les Romains (Nyem I, 7, éd. p. 20). Il les laisse maltraiter gravement les étrangers en automne 1378, spécialement les Français et les Espagnols (Nyem I, 14, p. 29 sq.). [retour]

Note 237, page 75 : Son traité De triumpho Romano est en fait un dialogue entre Rome et la France. [retour]

Note 238, page 76 : Valois I, p. 120 sq.; 137 sq.; 334 sq.; 365 sq.; II, p. 391 sq. [retour]

Note 239, page 76 : Le duc Léopold III a obtenu en nantissement le Petit-Bâle en 1375, et il interviendra lors de la vacance du siège épiscopal en 1382. [retour]

Note 240, page 76 : Werner Schaler, d’emblée partisan de Clément VII, deviendra l’évêque clémentin de Bâle le 21 novembre 1382 (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 233, f. 133 r), mais il n’a plus guère de partisans dès la fin de 1386. Il semble s’être accroché à son titre épiscopal jusqu’au décès de Clément VII. Dès 1395, il redevient simple chanoine de Bâle. Nous en parlons plus loin.
Conrad Münch de Landskron, autre partisan de la première heure (Cf. No 1950, et Göller, p. 19), qui sera élu par le chapitre évêque de Bâle après la fuite de Frédéric de Blankenheim en 1393 et résignera son évêché, en 1395. Cf. aussi, sur les Bâlois clémentins, Göller, p. 191 *. [retour]

Note 241, page 77 : Cf. No 1950. Nous en parlons plus loin. [retour]

Note 242, page 77 : Cf. No 3177. [retour]

Note 243, page 77 : Nous développons ce point de vue dans le chapitre suivant, à propos des évêchés suisses, mais les mêmes constatations pourraient être faites ailleurs, par exemple en Flandre. [retour]

Note 244, page 77 : Cf. Nos 1910 sq. [retour]

Note 245, page 77 : Nous retraçons dans les notes accompagnant les pièces de notre édition quelques-unes des péripéties de cette lutte d’obédience. [retour]

Note 246, page 77 : Valois I, p. 290. [retour]

Note 247, page 78 : Valois II, p. 429. [retour]

Note 248, page 78 : Valois I, p. 83. [retour]

Note 249, page 78 : « Pour quelles raisons les cardinaux se détachèrent-ils peu à peu d’Urbain jusqu’à la rupture complète ? On n’a jamais dit toute la vérité sur ces faits, car les motifs en furent trop bas. » Hefele VI2, p. 1057). [retour]

Note 250, page 79 : C’est la thèse de M. Seidlmayer (op. cit., p. 19). [retour]

Note 251, page 79 : Salembier, p. 13-14, cf. plus haut p. 57, n. 168. [retour]

Note 252, page 79 : « Vous saviez la vérité: vous nous l’avez annoncée. Vous qui nous avez donné la vérité, vous voulez maintenant savourer le mensonge... Vous avez prouvé la régularité de l’élection [d’Urbain] par la solennité du couronnement, le respect que vous avez témoigné au pape, les grâces que vous lui avez demandées... Vous êtes des menteurs et des idolâtres. » (Histoire de l’Eglise XIV, p. 17). [retour]

Note 253, page 79 : Valois I, p. 83. [retour]

Note 254, page 80 : « Hinc est quod hiis sic stantibus dictus cardinalis Reatinus tunc eciam existens in Neapoli cum aliquibus aliis cardinalibus, qui tunc erant cum eodem Urbano in ipso castro Lucerie, necnon quondam Bartholomeo de Placencia, procuratore antiquo in Romana curia satis audace et ingenioso, qui solitus erat plerumque defendere malas causas, ut quomodolibet lucraretur exinde, cepit habere scrutinea et aliquas questiunculas facere, quas postea perlegi, continentes in effectu, quod si papa esset mente captus aut nimis negliens vel inutilis ad regendum vel adeo inniteretur suo sensui, quod per eius factum periclitaretur universalis ecclesia, vel esset effrenis, ita quod absque consilio cardinalium pro libito voluntatis omnia facere vellet, nunquid liceret ipsis cardinalibus super hoc universali ecclesie providere sibique deputare ydoneum curatorem vel aliquos ydoneos curatores ad eorundem cardinalium eleccionem, iuxta cuius seu quorum consilia seu racionis dictamen ipse papa expedire singula ecclesie majora negocia teneretur, et aliquas alias questiones XII dumtaxat numero edidit et pro parte affirmativa, quod fieri sic posset, multas raciones adduxit. Necnon questiones et raciones huiusmodi per aliquos excellentes magistros in sacra theologia et per nonnullos egregios in utroque iure doctores dictus cardinalis Reatinus procuraverat recenseri, que tamen sub diversis et contrariis opinionibus et forte minus sufficienter determinate aut enucleate remanentes ad manus meas postea pervenerunt. » (Nyem I, 42, éd. p. 77-78). Cf. aussi Muratori XVIII, c. 91 et XVI, c. 1127, etc. [retour]

Note 255, page 80 : Nyem I, 60, éd. p. 110. [retour]

Note 256, page 81 : N. Valois ne remarque-t-il pas à plus d’une reprise que l’égoïsme et l’intérêt sont loin de tout expliquer, qu’il y eut « plus de scrupules et de bonne foi qu’on n’est généralement enclin à le supposer » (Valois I, p. 239) et qu’il faut tenir compte de la sincérité des acteurs (ib., p. 303) ? [retour]

Note 257, page 83 : N. Valois a bien montré les hésitations de l’Université de Paris et les distances qu’elle prit parfois à cette occasion face au choix du monarque. [retour]

Note 258, page 84 : Jean Münch de Landskron, chanoine de Bâle, postule auprès de Clément VII un bénéfice à la collation de l’abbaye de Massevaux, la chantrerie de Bâle qu’il obtient (dispense de cumul datée du 22 novembre 1378, confirmation de la chantrerie 26 août 1379: Göller, p. 89, qui distingue deux chanoines de ce nom). Il succède en 1383 ( ?) à Imier de Ramstein comme prévôt de Saint-Ursanne (mentionné en 1385, cf. Trouillat IV, p. 785). Il a dû être désigné par Boniface IX, car il s’oblige le 26 septembre 1390, par son procureur Pierre Liebingher. Il ne peut entrer en possession des revenus épiscopaux et reçoit en 1391-1392 une licence de cumul pour ses autres bénéfices. A la suite d’une faute, il doit résigner tous ses bénéfices: chantrerie, canonicat et prévôté, mais se les fait accorder à nouveau (26 septembre 1395) et reçoit le même jour la trésorerie de Bâle, vacante par le décès de Jean de Kibourg (Tellenbach, col. 678, d’après Arch. Seg. Vat. - Obl. 48, f. 140 r; R. Lat. 17, f. 35 v; R. Lat. 35, f. 33 r et 35 r). Il est encore cité comme « évêque de Lausanne », le 14 avril 1398, où il consacre le chœur et le maître-autel de l’église Saint-Martin, à Bâle (Trouillat IV, p. 609). Le nécrologe de la cathédrale de Bâle donne pour son décès la date: « VI kal. Maii a. Dom. MCCCCX. Obiit Johannes Monachi episcopus Lausanensis et thesaurarius hujus ecclesiae » (ib., n. 1). Il est à peine mentionné par Reymond, p. 55-56 et D.H.B.S. V, p. 47. [retour]

Note 259, page 84 : Cf. No 4766. Sur la dévastation, cf. No 4078. [retour]

Note 260, page 85 : Quand, par exemple, l’évêque Gui confère le doyenné d’Avenches à Jean de Prangins (No 3393). [retour]

Note 261, page 85 : Cf. No 3177. Inlasser avait pour complices le prévôt et deux autres chanoines. [retour]

Note 262, page 85 : Cf. No 4448 et la note. [retour]

Note 263, page 86 : Le 18 juin 1375. En paiement des frais de la guerre que l’évêque et le duc ont soutenue contre les bourgeois de Bâle, frais estimés 30 000 florins (Trouillat IV, p. 742-743). [retour]

Note 264, page 86 : Cf. Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch. 1927, p. 112. Jusqu’à cette date, elle était accordée à un chevalier bâlois. [retour]

Note 265, page 87 : Eubel I, p. 129. Jean de Vienne était le fils de Gautier de Vienne, sire de Mirebel. Chanoine de Chalon en 1337, trésorier de Saint-Jean à Besançon en 1339, puis doyen de Sainte-Madeleine, conseiller de Philippe Ier de Rouvre, duc de Bourgogne, il avait succédé à son oncle Hugues de Vienne, archevêque de Besançon (8 juin 1355). Mais comme il s’accordait mal avec ses ouailles, il est transféré à l’évêché de Metz le 15 novembre 1361. Il ne s’entend pas mieux avec la ville de Metz. Il devient alors évêque de Bâle le 13 août 1365. Il meurt le 7 octobre 1382 (nécrologe de la cathédrale de Bâle, Trouillat IV, p. 422). Cf. Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 88 sq.; Helvetia Sacra 2 Abt. I, B. I, p. 188-189. [retour]

Note 266, page 87 : Trouillat I, p. CV-CVI. Le texte complet de la plainte du chapitre, datée « vers 1381 », figure dans Trouillat IV, p. 764-765. Cf. aussi p. 718. [retour]

Note 267, page 87 : A peine installé, il cherche à recouvrer le plein exercice des droits épiscopaux, amoindris par les empiétements des Bâlois, et obtient pour cela l’aide de l’empereur Charles IV (Trouillat IV, p. 229 sq. Sur les empiétements des Bâlois, cf. aussi p. 701 et 705). [retour]

Note 269, page 87 : En 1374-1375, à l’occasion d’un différend avec les Bâlois (Trouillat IV, p. 342); en 1381, il conclut une alliance le plaçant sous la protection de Léopold III, principalement contre le comte Simon de Tierstein (Trouillat IV, p. 771). Cf. aussi le jugement d’un chroniqueur bâlois qui en fait l’instrument de Léopold (Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 99). Les Bâlois, plus tard, soumirent le chapitre à un véritable blocus économique et furent excommuniés. Excommunication levée le 16 décembre 1372 (Trouillat IV, p. 729). En 1374, le duc d’Autriche les cite à comparaître sur demande de l’évêque (ib., p. 739). [retour]

Note 268, page 88 : Trouillat IV, p. 247. [retour]

Note 270, page 88 : Cf. Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 91, qui rassemble preuves et témoignages. [retour]

Note 271, page 88 : Un acte du 11 septembre 1378 passé au château de Porrentruy est daté du pontificat d’Urbain VI (Trouillat IV, p. 393-397). [retour]

Note 272, page 88 : Cf. Göller, p. 191 sq. et passim. Plusieurs de ces clercs ont reçu des bénéfices au diocèse de Lausanne et paraissent dans notre édition. [retour]

Note 273, page 88 : Désigné le 1er octobre 1379 en remplacement de Lüthold von Irflikon resté urbaniste (Göller, p. 19). [retour]

Note 274, page 88 : Tellenbach, col. 20; Göller, p. 107. [retour]

Note 275, page 88 : Göller, p. 82. [retour]

Note 276, page 88 : Göller, p. 56. [retour]

Note 277, page 88 : Frère de Lambert, évêque de Bamberg (Göller, p. 47). [retour]

Note 278, page 88 : Il s’agit d’un Rodolphe Fröwler von Ehrenfels; cette famille joua un rôle en vue sous l’évêque Jean de Vienne, dont elle fut la créancière et la caution (D.H.B.S., III, p. 278). Clément VII, prudent, n’accéda au désir d’Eberhard III de Kibourg que dans le cas où l’adhésion urbaniste du trésorier serait prouvée (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 60, f. 96 v-97 r). [retour]

Note 279, page 89 : Jean Fröwler ayant été une seconde fois banni de Bâle en 1382, Schönenberger juge que son activité urbaniste ne fut pas étrangère à cette mesure. J’inclinerais plutôt à penser que le conseil ne pouvait guère agir différemment envers un homme qui bravait la sentence de bannissement portée six ans auparavant (Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 96). [retour]

Note 280, page 89 : Trouillat IV, p. 754. [retour]

Note 281, page 89 : Cf. le nécrologe de la cathédrale de Bâle (Trouillat IV, p. 422). [retour]

Note 281 bis, page 89 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 100; cf. Trouillat I, p. CVII et IV, p. 420. [retour]

Note 282, page 89 : (Nicolai Gerung dicti Blauenstein Chronica episcoporum Basil.) « Ymerius de Ramstein et W. Schaler canonicus, mortuo praescripto minus glorioso episcopo, hi duo per discordiam in episcopos eliguntur, tempore schismatis, anno praenotato, unus declinans ad Papam in Roma Urbanum VI, alter ad Papam in Aviniona, se nominantem Clementem VII. Quilibet eorum apprehendens terras ecclesiae quas potuit; de qua differentia iterum ecclesia Basiliensis damnificata est. » (Trouillat IV, p. 243). Il semble que cette double installation ait été une véritable comédie (cf. Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch. 1927, p. 105). [retour]

Note 283, page 90 : Eubel I, p. 130, n. 13, le donne comme « administrator ipsius ecclesie vivente Johanne ». Cf. aussi Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 103; Helvetia sacra 2 Abt. I, B.I, p. 189. [retour]

Note 284, page 90 : Arch. Seg. Vat. - R. Av. 233, f. 133 r; Eubel I, p. 130. Werner Schaler appartenait à une famille de ministériaux fort en vue à Bâle. Son père était le chevalier Rodolphe Schaler qui fut avoyer. Deux de ses frères furent bourgmestres de Bâle.
Mentionné pour la première fois comme chanoine en 1351 et comme archidiacre en 1368 (Trouillat IV, p. 251), il était d’humeur batailleuse. En 1370-1372, il fut en conflit avec son évêque, défendant contre lui et les Bâlois le château d’Istein (Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 89 et p. 106; Göller, p. 146; D.H.B.S. V, p. 780; Helvetia Sacra 2 Abt. I, B.I, p. 189-190). [retour]

Note 285, page 90 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 115. Le 21 mars 1384, il engage Istein auprès du duc d’Autriche pour 3000 florins. Dans l’été 1384, Jean d’Ochsenstein, prévôt de Strasbourg et bailli d’Alsace, lève une armée pour le soutenir. [retour]

Note 286, page 90 : Göller, p. 40. [retour]

Note 287, page 90 : Cf. la lettre de Léopold d’Autriche demandant à Fribourg-en-Brisgau d’y déléguer deux conseillers (26 janvier 1385: Trouillat IV, p. 454). [retour]

Note 288, page 90 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 117. [retour]

Note 289, page 91 : Cf. No 2965., [retour]

Note 290, page 91 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 118. Mais ses ressources devaient être presque nulles, car je n’ai pas trouvé trace d’un paiement de services communs à Avignon, service qu’il promet le 16 décembre 1382 (Göller, p. 74, 79 et 146). [retour]

Note 291, page 91 : Trouillat IV, p. 492. Werner Schaler est cité pour la dernière fois comme « élu de Bâle » en 1393. Dès 1395, redevenu simple chanoine, il semble avoir même recouvré son archidiaconat (le 26 juillet 1400, il est mentionné comme archidiacre) et il est décédé avant le 18 mars 1409 (Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 120). [retour]

Note 292, page 91 : Göller, p. 127 *. [retour]

Note 293, page 91 : Puisqu’il précise « ex utroque parente baro » dans sa supplique, où ce genre de précision est très rare (cf. No 1950). Cf. aussi sur cet évêque Helvetia Sacra 2, Abt. I, B.I, p. 190. [retour]

Note 294, page 92 : Trouillat IV, p. 369. [retour]

Note 295, page 92 : Cf. No 1950. [retour]

Note 296, page 92 : Cité en cette qualité le 16 mars 1381 (Trouillat IV, p. 766). [retour]

Note 297, page 92 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 106 sq. [retour]

Note 298, page 92 : « Nos Ymerius de Ramstein per venerabiles viros fratres et socios nostros prepositum, decanum et capitulum ecclesie Basiliensis nominatus Basiliensis... » Plus loin, on lit: « Et nos prepositus, decanus et capitulum ecclesie Basiliensis qui animis consideratis de consensu equali eundem dominum Ymerium pro mera et pura utilitate dicte ecclesie Basiliensis et totius episcopatus eiusdem nominavimus nostrum et dicte ecclesie episcopum... » (Trouillat IV, p. 423-424). [retour]

Note 299, page 93 : Les bulles ont disparu; elles sont mentionnées dans un ancien catalogue des archives de l’ancien évêché de Bâle (Trouillat IV, p. 774). Le 5 mars 1383, Imier se donne encore comme « postulatus seu nominatus Basiliensis » (ib., p. 429), et le 1er juillet il est « Dei et apostolice sedis gratia episcopus Basiliensis » (ib., p; 432). [retour]

Note 300, page 93 : Trouillat IV, p. 429-430. Imier prend par exemple à son service pour 500 florins le chevalier Simon de Saint-Aubin et trois hommes d’armes (5 mars 1383). [retour]

Note 301, page 93 : Un acte mentionne à propos des difficultés financières de l’évêché, nées entre autres de la guerre contre W. Schaler, les noms des principaux dignitaires du chapitre: le prévôt Conrad Münch, le doyen Rodolphe Münch, le chantre Jean Münch, le trésorier Eberhard de Kiboürg et l’écolâtre Henri de Massevaux, ainsi que tout le chapitre (Trouillat IV, p. 778). [retour]

Note 302, page 93 : Bulle perdue, citée par Trouillat IV, p. 779, d’après un catalogue. [retour]

Note 303, page 93 : Trouillat IV, p. 780. [retour]

Note 304, page 93 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 121. [retour]

Note 305, page 94 : Il lui avait accordé les droits régaliens et prorogé encore d’un an le délai pour l’hommage et l’investiture le 18 septembre 1383 (Trouillat IV, p. 777) et il avait écrit le 21 octobre 1383 aux villes impériales d’Alsace et de Souabe et aux princes de lui prêter assistance contre Werner Schaler (ib., p. 433; Weizsaecker, Reichstagsakten unter König Wenzel I, p. 411, 412 et 413). [retour]

Note 306, page 94 : Le 16 décembre 1384 (Trouillat IV, p. 782). [retour]

Note 307, page 94 : En 1385, Lambert, évêque de Bamberg, chancelier de Venceslas, rétablit la paix entre Imier et Wolfhart, en présence du comte Walram de Tierstein, de Jean-Ulrich d’Asuel, du prévôt Conrad Münch, du doyen Rodolphe Münch, du bourgmestre de Bâle, le chevalier Jean de Ramstein, et du maître des corporations Pierre de Laufon. Wolfhart reçoit en précaire une pension de 300 florins et l’expectative du premier bénéfice vacant (Trouillat IV, p. 786). Wolfhart renonce à Bâle. On le trouve ensuite chanoine de Salzbourg puis, le 1er avril 1411, évêque de Lavant en Carinthie. Il meurt après le 5 mai 1421 (Eubel I, p. 298; Tellenbach, col. 1169-1170). [retour]

Note 308, page 94 : Göller, p. 127 * et 40. [retour]

Note 309, page 94 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 127. [retour]

Note 310, page 94 : Trouillat IV, p. 466-475. Cf. aussi d’autres biens cédés en gage (ib., p. 444). [retour]

Note 311, page 95 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 126. Depuis quelques années, la ville s’était peu à peu libérée. En 1382, les maîtres des corporations étaient entrés au Conseil. Le 1er juillet 1384, les nobles avaient été bannis de la ville, qui venait d’entrer dans la ligue des villes du Rhin et de Souabe (Schönenberger, op. cit., p. 112-114). Bâle, de plus, acquérait des droits que l’évêque aux abois devait céder: villes et châteaux de Porrentruy et de Saint-Ursanne en 1384 (Trouillat IV, p. 443 et 446), avouerie épiscopale (officium sculteti) sur le Grand et le Petit-Bâle, le 1er janvier 1385 (ib., p. 782). La même année, les Bâlois acquièrent en gage la monnaie épiscopale (ib., p. 786) ainsi que des droits et hypothèques sur Olten (ib., p. 784). En 1391, ils complètent l’acquisition du Petit-Bâle (ib., p. 819). La vente définitive du Petit-Bâle est conclue le 6 avril 1392 (ib., p. 825). [retour]

Note 312, page 95 : Par le rachat le 13 octobre de l’hypothèque sur le Petit-Bâle que vendent les fils de Léopold III (Trouillat IV, p. [retour]

Note 313, page 95 : Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., p. 123. [retour]

Note 314, page 95 : Trouillat IV, p. 492. [retour]

Note 315, page 96 : Des chroniqueurs contemporains évaluent ses dettes à 100 600 florins. Cette débâcle financière est attestée par les documents qui nous restent de son épiscopat (Trouillat IV, passim, p. 422 sq. et 774 sq.). [retour]

Note 316, page 96 : Il s'en explique ainsi: « Imerius episcopus cedendo episcopatui et constituendo administratorem Fridericum episcopum Argentinensem, mandat omnibus tam ecclesiasticis quam secularibus, ut eidem Friderico coadjutori obediant, sibi de censibus et redditibus respondeant, etc. Et causas sue cessationis interseruit et recitando narrat, inter quas illa erat non minor: Nam post ejus electionem erat scisma maximum in Romana curia. Cujus quidem scismatis occasione, quidam Wernherus Scalarii, olim archidiaconus, pretendens sibi per Robertum antipapam de ecclesia Basiliensi esse provisum, cum suis adherentibus movit gravissima bella episcopo Imerio et ecclesie. Cujus occasione ecclesia non modica damna sustulit, etc. Datum ». (Trouillat IV, p. 819-820). [retour]

Note 317, page 96 : Trouillat IV, p. 820 et 532, n. 1; Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 127 sq. Il prête serment au chapitre le 4 juin 1391. [retour]

Note 318, page 96 : « Simplex homo nesciens regere », écrira un chroniqueur (Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 128, n. 108). Il redevient simple chanoine ou, selon une formule délicieuse et pleine d’humour dont il use, « clericus Dei gratia » (Trouillat I, p. CXI). Il meurt le 17 juillet 1395 (Trouillat IV, p. 840). [retour]

Note 319, page 96 : Les deux comtes de Kibourg Jean, l’archidiacre, et Eberhard, le trésorier, étaient chanoines de Strasbourg, et Jean de Kibourg y était même prévôt. Ils avaient l’appui de l’écolâtre de Bâle, Henri de Massevaux (cf. les actes de l’épiscopat de Frédéric, où ils apparaissent seuls signataires aux côtés de l’évêque: Trouillat IV, p. 533 sq.). [retour]

Note 320, page 97 : Frédéric ou Ferry de Blankenheim (parfois Blankenstein), né vers 1356, de Gerhard VI de Blankenheim et de la comtesse Jeannette de Sarrebruck. Bachelier en décrets, doyen de Trêves, évêque de Strasbourg le 5 juillet 1375 (Eubel I, p. 105), nommé contre les deux élus du chapitre Georg von Veldenz et Jean d’Ochsenstein, doyen de Strasbourg et bailli autrichien d’Alsace. Indifférent au schisme, il adhère à Clément VII, mais se joint sans hésiter à la ligue princière qui tient pour Urbain VI (Weizsaecker, R.T.A. I, p. 384). Il administre l’évêché de Metz pour le cardinal clémentin Pierre de Luxembourg. De 1388 à 1393, il est en conflit avec les Strasbourgeois, qui lui reprochaient ses exactions (« egregius artifex emungendarum a clero tum a populo »: Schönenberger, Das Bistum Basel... Basler Zeitsch., 1927, p. 130). Pour les Bâlois, il restera « der Bischoff Lung », l’évêque « Poumon », parce qu’il avait l’habitude de jurer par le poumon de Dieu (Trouillat I, p. CXI, n. 1 et IV, p. 558). Cf. aussi Helvetia Sacra 2 Abt. I, B.I, p. 191. [retour]

Note 321, page 97 : Les bulles ont disparu, mais un inventaire les signale (Trouillat IV, p. 532; cf. aussi Eubel I, p. 130; Tellenbach, col. 283). [retour]

Note 322, page 97 : Cf. Trouillat IV, p. 532 sq. et p. 820. Il achève la ruine de l’évêché (ib., p. 558). [retour]

Note 323, page 97 : Eubel I, p. 491; Tellenbach, col. 283. Il y régnera 30 ans jusqu’à son décès, le 9 octobre 1423, et s’y fera apprécier. [retour]

Note 324, page 97 : Trouillat IV, p. 558, n. 1. [retour]

Note 325, page 97 : Trouillat IV, p. 559; Eubel I, p. 130, n. 15; Gams, Series episcoporum, p. 261. Il sera toujours considéré comme intrus. Fils de Bourcard II Münch de Landskron, sire d’Angenstein et Istein, bailli impérial à Bâle et avoyer de Soleure, et de Marguerite de Grünenberg. Cité en 1360 comme chanoine et écolâtre de Bâle, le 22 janvier 1381 comme coutre, il obtient le 29 avril 1360 un canonicat à Spire. En 1365 et 1367, nous le retrouvons étudiant à Bologne. De 1371 à 1380, il apparaît comme prévôt de Saint-Pierre à Bâle, et devient finalement prévôt de Bâle en remplacement de Lüthold von Irflikon, urbaniste, le 1er octobre 1379 (Göller, p. 19). Helvetia Sacra 2 Abt. I, B.I, p. 192. Il décédera le 24 août 1402. [retour]

Note 326, page 98 : Eubel I, p. 130. Appelé aussi Guillaume de Froidmont (Valois II, p. 250, n. 1). Evêque urbaniste de Tournay, jamais reconnu, se retire en Angleterre. Il reconnaît pour Bâle les obligations de ses prédécesseurs Jean et Imier le 19 août 1393 (Tellenbach, col. 364-365). Il est requis de comparaître devant le pape le 17 septembre 1396. Le 17 mars 1399, il reçoit une pension annuelle de 150 florins sur les revenus de Bâle et est retransféré à Tournay, mais il n’en jouira pas. Cf. aussi Helvetia Sacra 2 Abt.I, B.I, p. 191-192. [retour]

Note 327, page 99 : Trouillat IV, p. 588, 590. Imier a prêté 8000 florins de son patrimoine à l’évêché. Il en a abandonné 2000 et pour les 6000 florins restants il obtient une pension annuelle de 400 florins, assignée sur les revenus de Delémont (Trouillat IV, p. 820). Il cède encore 3000 florins contre une pension de 200 florins le 18 décembre 1391 (ib., p. 824). [retour]

Note 328, page 99 : Allié dès le 11 novembre 1388 des villes de Berne, Zurich, Soleure et Bienne, il avait pour un prêt de 7500 francs acquis en gage Saint-Ursanne, Chauvelier et Muriaux (Trouillat IV, p. 805 et 508). [retour]

Note 329, page 99 : Trouillat IV, p. 592 sq. Je ne puis mieux commenter ce pacte qu’en rapportant les termes de l’ancien catalogue Registratur-Buch No 391, p. 324, décrivant un pacte qui n’existe plus, traitant des conditions arrêtées entre le comte et le chapitre sur cet objet: « Et sunt mirabiles articuli vix a symonica pravitate, ut ita dixerim cum pace, defensibiles. » (Trouillat I, p. CXIII, n. 2). [retour]

Note 330, page 100 : Eubel I, p. 130; Gams, Series episcoporum, p. 261; Schönenberger, Das Bistum Basel ... Basler Zeitsch., 1927, p. 137 et 139; Helvetia sacra 2 Abt.I, B.I, p. 192. [retour]

Note 331, page 100 : Eubel I, p. 204-205; Helvetia sacra I, p. 9; Göller, p. 120 *-126 *; Valois I, p. 289; II, p. 307 sq.; Schönenberger, Das Bistum Konstanz... (cf. bibliographie). [retour]

Note 332, page 100 : Schönenberger note que l’évêque Henri garde ses distances (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 10). En effet, il ne s’adresse, semble-t-il, pas personnellement à Clément VII (Göller n’a repéré aucune pièce), et à Constance on ne trouve pas d’actes datés de ce pontificat. Enfin, les abbayes urbanistes d’Einsiedeln et de Saint-Gall continuent de lui obéir régulièrement. Toutefois, à partir du milieu de 1382, il semble pencher tout à fait pour le parti d’Avignon. [retour]

Note 333, page 100 : Cette prise de position urbaniste manque de netteté, semble-t-il, car la ville sera frappée d’interdit par Urbain VI, parce qu’elle tolère dans ses murs des chanoines clémentins (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 10). [retour]

[retour]Note 334, page 101 : Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 27, n. 1. Non sans hésitations, puisqu’on 1378 Zurich adresse officiellement ses suppliques à Clément VII: j’ai repéré un « Rotulus consulum et universitatis opidi Thuricensis » (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 56, f. 191 v-193 r). Parmi les chanoines clémentins, je note l’official Johann Molhard, Rodolphe Tettikover, chapelain de Léopold III, que Clément VII désigne comme prévôt à la place de Bourcard de Hewen, urbaniste, l’archidiacre de Thurgovie Jean de Randegg (ancien recteur de l’Université de Vienne), Jean von Steinegg, Henri Truchsess (qui sera collecteur du parti clémentin: Arch. Seg. Vat. - R. Av. 225, f. 329 v), Frédéric von Ravensburg. Le pape d’Avignon y ajoutera Jean d’Alstetten, dit von Kalchofen, Albert Pekk de Steinach (un autre chapelain du duc Léopold), Henri de Randegg, Henri Bayler le futur évêque, Jean de Torberg, Hartmann de Bubenberg, etc. La onzième année du pontificat, Clément VII accorde encore un canonicat avec expectative à Conrad de Münchwilen, mais la plupart des 26 expectatives de prébendes à la cathédrale de Constance furent vaines. Par contre, la plupart des dignitaires du chapitre, le prévôt Bourcard de Hewen, le vicaire général Henri Goldast, le doyen Ulrich Güttinger, le coutre Johann de Landenberg et le chantre Eberhard Insiegler restèrent urbanistes.
Parmi les autres clémentins du diocèse de Constance, on trouve alors des sujets de l’évêque, comme Diethelm Leman d’Arbon (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 56, f. 160 r-v) ou des membres de la noblesse inféodée aux Habsbourg, comme par exemple le chevalier Jean Truchsess de Diessenhofen, qui présente ses suppliques à Clément VII (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 56, f. 191 v), ou les nobles de Randegg, Henri et Jean (Göller, p. 53 et 93), ou la famille de Kibourg (cf. Nos 2003 à 2014), etc. [retour]

Note 335, page 101 : Mangold était le fils de Thuring II de Brandis et de Catherine de Weissenbourg. Il était neveu d’Henri de Brandis, l’évêque défunt, et d’Eberhard de Brandis, abbé de Reichenau de 1342 à 1379, son prédécesseur à ce siège abbatial. Il fut moine à Reichenau. Le 16 février 1362, il est cité comme cellérier, et plus tard nous le retrouvons prévôt de ce monastère. Prélat violent, il passait pour avoir, en 1365, arraché de sa propre main les yeux d’un pêcheur de Constance, nommé Mathieu, pour un motif futile, la violation d’un droit de pêche, par ailleurs contesté.
Le 11 novembre 1383, il est élu à l’unanimité abbé de Reichenau, car il s’engageait à relever les finances du couvent, dont le revenu était tombé à 3 marcs d’argent annuels. Cette élection n’était pas encore confirmée, lorsqu’il parvint à l’épiscopat. Il fut élu après d’âpres discussions. Sur 20 chanoines, 15 prirent part au vote: 11 urbanistes et 4 clémentins. Mangold obtint neuf voix, 5 urbanistes et les 4 clémentines. Le bruit courut de pratiques simoniaques (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 15-16). Clément VII le confirma donc le 24 octobre 1384 (Arch. Seg. Vat. -R. Av. 235, f. 205). Le pape lui avait accordé la veille une dispense pour l’irrégularité encourue à l’occasion des guerres, où il prit une part active, notamment une chevauchée qu’il conduisit pour la défense de son monastère, ainsi qu’une prise d’armes contre les bourgeois de la ville de Constance, sa voisine (Göller, p. 107). Mangold a demandé, outre la régularisation de sa situation personnelle, la grâce de conserver son abbaye de Reichenau en commende, ce que le pape lui accorde, pour compenser des revenus épiscopaux diminués par le schisme.
Il semble qu’Urbain VI n’ait rien fait pour gagner Mangold à sa cause, ou l’ait découragé (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 17). Ainsi s’explique le long délai entre l’élection et la confirmation pontificale. Mangold se fit confirmer cependant par son métropolitain, l’archevêque Adolphe de Nassau, archichancelier de l’Empire.
A l’époque, l’évêché in partibus de Castoria (Grèce), attribué à un évêque suffragant et auxiliaire de l’évêque de Constance, est occupé par le dominicain clémentin Hermann de Klingenberg (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 233, f. 161 - 6 octobre 1383), tandis que l’on rencontre également comme évêque de Castoria, suffragant de l’évêque urbaniste Nicolas de Riesenbourg, un certain Jacques de Hewen (Eubel I, p. 172 et 553), également auxiliaire de l’évêque de Bâle. [retour]

Note 336, page 102 : On trouve aussi son nom sous les formes Resenborg, même Rosenberg. Issu d’une famille de la noblesse de Bohême, fils d’un conseiller de l’empereur Charles IV, lui-même conseiller et protonotaire des empereurs Charles IV et Venceslas, il devait cette nomination à l’intervention de l’empereur. Comme tant d’autres princes, les Luxembourg utilisaient volontiers les dignités ecclésiastiques pour récompenser richement leurs serviteurs. Colérique, artificieux, menteur et parjure au point de renier le lendemain la promesse à laquelle il avait apposé son sceau, il était en plus prodigue, et sa table était somptueuse. En quatre ans d’épiscopat, il dépensera 24 000 florins pour sa table (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 14, 26 sq.). Chanoine de Magdebourg, de Breslau de Saint-Victor à Metz, prévôt de Cambrai et de Saint-Cassius à Bonn (d’où son surnom de « Pröpstli von Bunne »), il se vit disputer par des prélats clémentins ses deux prévôtés et ne put jouir de celle de Cambrai (Göller, p. 112 * et 44 *; Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 64, f. 155). Il est probable qu’Urbain désigne Nicolas encore du vivant d’Henri de Brandis (3 juin 1383: Eubel I, p. 205), mais la preuve manque de la destitution d’Henri. Le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique XIII, col. 551, reste très prudent à cet égard. [retour]

Note 337, page 103 : Cf. Dierauer I, p. 367, qui signale que Lucerne adhère indirectement le 28 février 1385 à cette alliance. [retour]

Note 338, page 104 : Le 13 février 1385, le doyen de Constance Ulrich Güttinger et les chanoines Johann Ebernant et Eberhard Last quittent Mangold, deviennent bourgeois de Constance et se rallient à Nicolas. Johann Molhard décède le 23 avril 1385. Les chanoines transfuges décident Meersbourg et Klingnau à passer au parti urbaniste. Du chapitre de Constance, seuls restent fidèles à Mangold Hartmann de Bubenberg, Jean de Randegg et Rodolphe Tettikover (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 22-23). [retour]

Note 339, page 104 : Les adversaires y virent la main de Dieu et ses partisans l’action du poison. (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 24. Cf. Stälin, Würtembergische Geschichte, Stuttgart, 1856, III, p. 329). Mangold fut enseveli à Reichenau, dont il était l’abbé. La date est sûre, puisqu’une source précise: « In die S. Elizabethe, que erat dominice. » (Contre Eubel I, p. 205, qui date sa mort en 1386). [retour]

Note 340, page 104 : Pierre de Gundoldingen, avoyer depuis 1361, s’était retiré à la fin de 1384 (Dierauer I, p. 374); il périra d’ailleurs à la bataille de Sempach. Il est remplacé par Niklaus von Matte (D.H.B.S. IV, p. 584). [retour]

Note 341, page 106 : Sur toute cette question, voyez Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 30 sq. et p. 92 sq. Un an plus tard, devenu vacant par l’élévation de Jean de Luxembourg au patriarcat d’Aquilée, l’évêché d’Olmütz pouvait être remis à Nicolas de Riesenbourg, qui allait bientôt disposer de ses ressources et y apporter ses habitudes de prodigalité, avant d’y décéder le 6 juin 1397.
Bourcard de Hewen, d’une puissante famille de barons du Hegau, était le fils de Pierre de Hewen, un vassal de l’évêque de Constance, et de Catherine de Fürstemberg. Il était apparenté à la plupart des grandes familles du sud de l’Allemagne, neveu d’Henri de Montfort et du juge de Thurgovie Albert de Bassnang. Son frère Henri avait épousé une Toggenbourg, son frère Jean (qui fut son procureur à Rome), une Montfort. Son troisième frère Rodolphe, chanoine, puis doyen et contre de Strasbourg, où il vivait, fut au service de Léopold III et devint prévôt clémentin de Beromünster et curé de Baden. Bourcard lui-même fut un temps clémentin et, plus tard, il restera un adversaire plutôt réservé d’Avignon, acceptant l’édit de tolérance du duc d’Autriche Léopold IV en 1397. Né vers 1327, nous savons qu’il devint en 1345 chanoine de Constance. Etudiant à Bologne et à Padoue, il y fut en 1350-1351 procureur de la nation allemande. Chanoine de Strasbourg en 1350 et trésorier en 1362, il échange ses deux dignités strasbourgeoises en 1364 contre la prévôté de Constance. Il séjourne à Avignon, où il devient chapelain du pape Urbain V en 1366. En 1375, comme conseiller du duc Léopold III, il se porte caution pour ce prince. En 1380, il devient bourgeois de Constance et, après avoir penché pour Avignon, il semble s’être ravisé, sans trop se déclarer, vers 1384. Il est élu par le chapitre, pressé de donner un successeur à un prélat aussi critiquable que Nicolas et désireux de maintenir ses droits à l’élection, entre le 4 et le 18 mai 1387. Six mois plus tard, il jure, dans l’attente de la confirmation pontificale, une sorte d’accord avec ses électeurs, qui contient de gros avantages pour les chanoines et délimite strictement la juridiction de l’évêque. En contrepartie de ce contrat, il devient administrateur irrévocable de l’évêché, et Nicolas de Riesenbourg lui laisse sa succession. Il devra cependant attendre que Nicolas puisse monter sur le siège d’Olmütz pour recevoir, au début d’août 1388, les lettres de provision d’Urbain VI, contenant les formules habituelles de réserve des droits pontificaux. Je ne pense pas qu’il faille accorder à ces formules très ordinaires, signalant les mérites de l’évêque élu, la valeur qu’y attribue K. Schönenberger (ib., p. 95, n. 7). Bourcard de Hewen est un homme de 61 ans que le pape avait peut-être vu vingt-deux ans auparavant. Chanoine à 18 ans, il n’est que sous-diacre au soir de sa vie, quand il accède à l’épiscopat. Pour mon compte, je considère que, comme bien d’autres prélats de son espèce, il a su pendant près de quarante ans faire carrière dans l’Eglise en évitant les inconvénients du sacerdoce. Il va régir l’évêché de Constance jusqu’à son décès, le 30 septembre 1398. [retour]

Note 342, page 108 : Weizsaecker, Reichstagsakten unter König Wenzel I, p. 453. [retour]

Note 343, page 108 : Arch. Seg. Vat. - R. Av. 251, f. 8 v. Sur la carrière de ce prélat, cf. No 2917, n. 1; Göller, p. 44. On peut comprendre Clément VII d’avoir attendu pour un siège aussi délicat que celui de Constance une suggestion autrichienne ou une meilleure information. Henri Bayler, son familier, n’était peut-être pas enchanté de se voir attribuer un tel diocèse, désireux qu’il devait être de rester à la cour du pape, plutôt que de combattre contre un adversaire qui était maître de la majeure partie du terrain. Mais, faute d’information précise, nous sommes réduits aux conjectures. Le nom même de l’évêque est sujet à controverse: Bayler, Beyler ou Bailler dans les textes. On a voulu y voir une déformation du nom de Peyer ou Payer, et notamment le rattacher aux Peyer im Hof de Schaffhouse (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 83, que suit le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique XIII, col. 552; cf. aussi Histoire de l'Eglise XIV, p. 24), mais cette déformation ne me paraît pas prouvée. Je suivrais plutôt E. Dejung et W. Ganz, qui en font un Beyeler, fils du sous-bailli autrichien de Glaris, Albert Beyeler (DHBS, Suppl. p. 25). J’ai trouvé d’ailleurs un autre Bayler: Johann Bayler, recteur de l’autel de Sainte-Catherine, à Rapperswil. Une supplique, où il demande le canonicat de Spire, le présente comme clerc du diocèse de Constance (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 51, f. 51 r-v). Par une autre interprétation erronée, le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique VII, col. 51, le rattache au clergé de Cambrai. Henri Bayler séjourne en Avignon comme scriptor des lettres apostoliques en 1378-1379. Il tient le registre des chapelains d’honneur du pape, preuve de la confiance de Clément VII (cf. No 1751). Le pape l’envoie en mission auprès de Léopold III d’Autriche, avec un certain Contius Alemannus, le 23 février 1380, et il conclut au nom de Clément VII une alliance avec le duc. Il revient de cette ambassade, apportant la réponse du Habsbourg, le 5 juin 1380 (Valois I, p. 287, n. 1 et p. 396-397; Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 83). Il reprend sa place au Palais des Papes où, dès le 25 octobre 1379, il est regestrator (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 221, f. 282 v). Il dut être mêlé à une chevauchée, peut-être à l’occasion de son ambassade, car il se fait absoudre pour faits de guerre et pour cumul de bénéfices les 16 et 25 août 1380 (ib., R. Av. 224, f. 420 r-v). N. Valois le présente comme un protégé du duc d’Autriche et de la maison de France (Valois I, p. 308), K. Schönenberger (op. cit., p. 82, suivi par le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique XIII, col. 552) parle de pressions du duc d’Autriche défunt, de ses fils et du roi de France. Si les liens d’Henri Bayler avec la maison d’Autriche dont il est vassal sont évidents, comment expliquer que Clément VII attende si longtemps pour se prononcer, s’il avait en main un vœu de Léopold III (pour lequel le 6 août 1386 déjà on célèbre à Avignon une messe de requiem: Valois II, p. 305, n. 1) ? Quant aux neveux, dont le plus âgé avait 16 ans, ils tombaient à l’époque sous la tutelle de leur oncle Albert et avaient bien d’autres préoccupations en tête. Je suis moins sûr des relations d’Henri Bayler avec le roi de France. Ne serait-ce pas une conjecture tirée de l’ambassade de 1385 et de l’intervention ultérieure, de 1405, du roi et des princes français en sa faveur ? Mais cette intervention me paraît s’inscrire bien davantage dans une politique d’appui à la cause avignonnaise, que d’appui à un prélat particulier. En 1385, Henri est nonce pontifical en France. A cette époque, il est toujours regestrator en Avignon (cf. No 2917).
Il a été pourvu de nombreux bénéfices à des dates qui ne peuvent pas toujours être précisées, certaines étant des dates de faveur concédées pour donner la priorité aux familiers du pape (3 novembre 1379), mais la plupart doivent être, par suite du schisme, autant de châteaux en Espagne. Citons cependant la prévôté de Saint-Paul à Bamberg, les canonicats des cathédrales de Spire, Brixen, Cambrai et Würzbourg avec prébendes, outre celui de Constance, et celui de Breslau avec expectative de prébende; de plus, il est chanoine d’une collégiale de Babenberg et il a reçu des grâces bénéficiales aux diocèses de Mayence et Spire, le doyenné de Spire (objet d’ailleurs d’un procès) et la cure de Hartberg au diocèse de Salzbourg (Göller, p. 44).
Le 13 juin 1387, nous le trouvons comme visiteur pontifical dans l’archidoyenné de Cambrai. Valois nous dit qu’il vint une fois dans son diocèse et fut mal accueilli, mais K. Schönenberger note que sa mention le 14 août 1387 à Constance résulte d’une erreur (Valois II, p. 308, comme aussi B. Heurtebize, dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique t. VII, col. 51, contra Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 85, n. 1). A son élévation à l’épiscopat, il était encore simple clerc, comme son rival Bourcard de Hewen d’ailleurs. On lui reconnaissait l’expérience des affaires spirituelles et temporelles et des mœurs irréprochables. Comme il ne pouvait pas jouir des revenus de l’évêché, Clément VII lui conserve en commende ses autres revenus. Le 13 avril 1387, le pape recommande le nouvel évêque aux habitants de Fribourg-en-Brisgau, et le 28 avril c’est le tour d’Henri d’appeler à l’aide les Fribourgeois. [retour]

Note 344, page 110 : De Fribourg, protégée par le comte Egon IV, animée par des prélats comme les frères Hinko, évêque de Leitomischl et Henri Kluck, doyen de Prague, l’obédience avignonnaise rayonne sur les abbayes de la Forêt-Noire. L’Argovie autrichienne reste aussi fidèle avec les collégiales de Schönenwerd, Zofingue et Beromünster, auxquelles Clément VII accorde en dédommagement des pertes dues au schisme certaines incorporations de cures. Beromünster notamment a souffert des Suisses après Sempach (Valois II, p. 308; cf. aussi Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 86-87). Voici quelques exemples: le pape incorpore les cures de Neudorf et de Hägglingen à Beromünster le 6 septembre 1389 (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 258, f. 555 r); l’église de Dettingen au monastère de Saint-Urbain le 26 octobre 1390 (ib., R. Av. 263, f. 475 r) ; l’église de Walburg (dioc. de Strasbourg) au couvent de femmes de Sainte-Marguerite de Waldkirch le 9 décembre 1391 (ib., R. Av. 269, f. 289 r); les églises de Plochingen et de Ruit le 12 mai 1392 (ib., R. Av. 269, f. 360 v), etc. [retour]

Note 345, page 111 : Arch. Seg. Vat. - R. Av. 253, f. 35 v. Il succède à Valence à Amédée de Saluces, devenu cardinal. Valence est un des évêchés suburbicaires d’Avignon, occupé à l’époque par des évêques de la Curie, hauts fonctionnaires des papes. [retour]

Note 346, page 111 : Eubel I, p. 237; Göller, p. 44. [retour]

Note 347, page 111 : Göller, p. 125 * et 126 * et passim dans le Repertorium germanicum. L’absence de l’évêque clémentin hâta la ruine de son parti, à qui il manquait depuis le décès de Léopold III l’appui politique et militaire suffisant (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 84; p. 88). En 1405, Henri Bayler tente une dernière offensive, appuyé de loin par le roi Charles VI et les ducs de Berry, de Bourgogne et d’Orléans, moins pour occuper Constance que pour garder Fribourg. Ce fut en vain (Valois III, p. 386-387). Les derniers prélats clémentins, le prévôt de Zofingue, Hartmann de Bubenberg, et les évêques suffragants de Castoria et de Tiflis, Hermann de Klingenberg et Heinrich Ratz, passent au service des évêques de Constance du parti romain. La dernière pièce officielle de l’épiscopat d’Henri est un acte de son vicaire général et official Johann Peiger, daté du 12 décembre 1407 (Schönenberger, Das Bistum Konstanz..., p. 92). Il meurt à Alet à la fin de 1420. [retour]

Note 348, page 112 : Eubel I, p. 219; Helvetia Sacra 2 Abt. I, B.I, p. 485 sq.; Göller, p. 120 *. [retour]

Note 349, page 112 : Valois I, p. 289. Parmi les treize chanoines de Coire, dont les noms sont relevés par Göller dans son répertoire, nous retrouvons principalement les noms de cette noblesse du Plateau, qui a lié son sort à celui des Habsbourg. Nous voyons ainsi par exemple Henri de Randegg, chanoine de Coire, étudiant en droit canon, demander un canonicat à Saint-Thomas de Strasbourg, alors qu’il en attend déjà un à Constance (15 décembre 1379 - Arch. Seg. Vat. - R. suppl. 57, f. 5 r). Il est très probable qu’il s’agit d’un fils du chevalier badois Henri de Randegg, qui fut ambassadeur d’Albert d’Autriche auprès du pape Clément VII en 1380, mort à Näfels en 1388, et neveu du chanoine de Constance Jean de Randegg, tué à Sempach (DHBS V, p. 384). Clément VII mort, l’influence avignonnaise déclinera encore et nous voyons dès 1399 Henri de Randegg rallié à Boniface IX (Tellenbach, col. 466). Rodolphe de Trostberg, chanoine de Coire, demande un canonicat à Bâle et un autre à Zurich (Göller, p. 131). Ainsi encore Jean d’Emptz, de la noblesse chevaleresque, étudiant en droit à Bologne, chanoine de Beromünster, demande pourtant le 7 mars 1388 un bénéfice à la collation de l’évêque de Coire (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 74, f. 43 v). Sur l’évêque Jean II, cf. l’étude parue dans Helvetia sacra 2 Abt. I, B. I, p. 485-486. Son nom a prêté à controverse. On le trouve parfois désigné sous le nom de Jean von Ehingen. Son patronyme semble avoir été Amman, latinisé en Ministri. Probablement bourgeois de Berne, où il possédait une maison qu’il vendra le 1er mai 1380, il fut curé d’Oberkirch (Lucerne) en 1359, curé d’Ehingen (1360, d’où le nom qui lui fut attribué), chanoine de Constance (1359), puis de Beromünster et de Zofingue ; il devient notaire et vice-chancelier des ducs d’Autriche. A la demande d’Albert d’Autriche, le pape lui accorde le siège épiscopal de Coire le 2 avril 1376. Souvent absent, il confie le 6 juin 1385, pour 5 ans, au comte Rodolphe de Montfort-Feldkirch, l’administration temporelle de l’évêché. Ce puissant seigneur avait déjà rempli cet office, pour le même motif de l’absence épiscopale, sous l’épiscopat précédent. [retour]

Note 350, page 112 : Hartmann II de Werdenberg-Sargans était le fils du comte Hartmann III de Werdenberg, seigneur de Vaduz, Sonnenberg-Nüziders, Blumenegg et du Prätigau, et d’Agnès de Montfort-Feldkirch et le cousin du comte Jean de Werdenberg-Sargans, qui participa peu glorieusement à la bataille de Näfels. Chevalier de Saint-Jean en 1360, puis cité comme précepteur de la commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem à Wädenswil (1376-1409), de celle de Feldkirch (1379-1383), cité aussi comme précepteur de celle de Bubikon en 1393. Il reçoit les ordres mineurs le 25 juillet 1388, en prévision de son accession à l’épiscopat. Il s’obligea le 17 novembre 1388 (Arch. Seg. Vat. - Obl. 49, f. 1). Il avait l’appui du comte Rodolphe de Montfort, son oncle, l’administrateur temporel du diocèse, que nous voyons prendre dès le début le parti de Clément VII (il demande, le 27 novembre 1378, le canonicat de Coire pour Henri Truchsess de Diessenhofen, clerc noble du diocèse de Constance: Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 56, f. 159 v, R. Av. 219, f. 25 r). Il ne manqua pas de compétiteurs. Les chanoines urbanistes avaient élu dans l’été 1388 un chanoine Barthélemy, et le duc Albert d’Autriche avait intrigué pour faire désigner son secrétaire Anton von Stubay (Eubel I, p. 219), qui devra plus tard se contenter de la prévôté de Vienne. Hartmann pouvait compter sur le chapitre de Coire. Il passera plus tard au parti de Boniface IX. Une alternance de conflits et d’accords avec l’Autriche marquera son épiscopat. Après avoir pris part au Concile de Constance, il meurt le 6 septembre 1416 au château familial de Sonnenberg en Thurgovie (Valois II, p. 307; Helvetia sacra 2 Abt. I, B.I, p. 486-487). [retour]

Note 351, page 113 : Cf. No 2014. Il s’agit de Johann Inlasser, chanoine de Saint-Ours et partisan de l’Autriche à la Mordnacht de 1382 (cf. No 3177). [retour]

Note 352, page 114 : Cf. Gremaud VI, No 2203. Il fut bien accueilli. Sur Edouard de Savoie, cf. No 1158. Evêque de Belley dès le 7 mai 1371, il est transféré à Sion le 27 novembre 1375. Il sera transféré à l’archevêché de Tarentaise le 21 février 1386 (cf. No 3082 et Eubel I, p. 131, 442 et 472. Ne pas se fier aux dates de Helvetia sacra I, p. 26, ni à celles de Gallia Christiana XII, col. 746, ni à Besson, p. 214-215). Cf. aussi B. Truffer, Das Wallis zur Zeit Bischof Eduards von Savoyen-Achaia... Dans Rev. d’hist. ecclés. suisse t. 65 [1971], p. 1 sq. et 197 sq. [retour]

Note 353, page 114 : Cf. Gremaud VI, No 2212. Sur cet achat, cf. mon éd. No 1645 et No 2289.
Le comte de Savoie venait d’acheter pour 50 000 florins tous les biens d’Antoine et Jean de La Tour, qu’une révolte avait chassés et bannis du pays après le crime et qui s’étaient réfugiés à sa cour (Acte d’achat dans Gremaud VI, No 2214, qui ne fut dressé que le 8 août 1376). Cf. encore L. de Charrière, Les sires de La Tour, mayors de Sion... M.D.R. XXIV, p. 318-320. [retour]

Note 354, page 114 : Cf. à ce sujet Gremaud VI, No 2215. Il craignait que la mainmise des Haut-Valaisans sur Châtillon ne consomme la ruine de l’évêché. [retour]

Note 355, page 115 : Gremaud VI, No 2211. Le 2 juillet 1376. Henri de Blanches était en même temps sous-collecteur du diocèse (cf. Gremaud VI, No 2226). [retour]

Note 356, page 115 : Gremaud VI, No 2254. [retour]

Note 357, page 115 : Cf. Gremaud VI, Nos 2259 (innocentant un Viégeois accusé d’avoir trempé en 1365 dans l’assassinat de la comtesse Isabelle de Blandrate), 2265 (pardon accordé aux hommes de Loèche), 2269 et 2270 (remise de peines infligées aux Haut-Valaisans). [retour]

Note 358, page 115 : Après deux mois de voyage, Jacques Mochonis rentre avec des bulles accordant pour cinq ans les revenus des décimes papales dans le comté de Savoie et reçoit pour sa peine le 19 septembre 1378 une rente de 40 florins sur le péage de Sion (Gremaud VI, No 2274). [retour]

Note 359, page 115 : Gremaud VI, No 2221. [retour]

Note 360, page 115 : Cf. Nos 1154 sq. [retour]

Note 361, page 116 : La sentence est levée le 4 février 1379 (cf. No 1623). Il avait toutefois payé une partie de son dû (Arch. Seg. Vat - I.M. 2987). [retour]

Note 362, page 116 : No 1645. Deux ans plus tard, il accorde une annuité de 4000 florins pendant dix ans, sur ces diocèses savoyards (No 2289). En 1409, cette dette n’était pas encore éteinte (Favier, p. 211). [retour]

Note 363, page 116 : Gremaud VI, No 2325. [retour]

Note 364, page 116 : Gremaud VI, No 2309. [retour]

Note 365, page 116 : Gremaud VI, No 2313. [retour]

Note 366, page 116 : Gremaud VI, No 2335. [retour]

Note 367, page 116 : Gremaud VI, No 2365. [retour]

Note 368, page 116 : Gremaud VI, No 2358. [retour]

Note 369, page 117 : No 2424. [retour]

Note 370, page 117 : Cette somme est à prélever de nouveau sur les revenus ecclésiastiques tirés des territoires du comte de Savoie (No 2882). [retour]

Note 371, page 117 : No 1780. [retour]

Note 372, page 117 : Le 6 octobre 1380, l’official de Lausanne est chargé de priver de ses bénéfices Henri de Blanches (No 2120). Ce dernier avait pourtant rallié Clément VII qui lui avait accordé le 28 novembre 1378 l’expectative d’une prébende à Lausanne (No 1241). Le 16 janvier 1381, Clément VII charge trois commissaires: l’abbé de Saint-Maurice, le chanoine Pierre de Begnins et l’official de Genève, d’examiner la question (No 2172). Le 15 octobre 1382, Henri de Blanches jouit toujours tranquillement de ses bénéfices (No 2537). [retour]

Note 373, page 117 : Cf. Roten, dans Vallesia I, p. 56. [retour]

Note 374, page 117 : Cf. Nos 2292 à 2297. [retour]

Note 375, page 118 : Guillaume Guyon est aux côtés d’Henri et d’Albert de Blanches, des deux de Brusatis, Jean et Ardichinus, de Jean d’Ernen et d’Aymon Bynfa en 1384 (cf. Gremaud VI, No 2371, p. 284 et p. 292). Il est toujours chantre en 1387 (cf. No 3426) et en 1392 (cf. No 4811). [retour]

Note 376, page 118 : Gremaud VI, No 2368, qui ne peut guère se rapporter qu’à Clément VII, dont l’un des secrétaires est P. Bosquerii. [retour]

Note 377, page 118 : Texte du traité dans Gremaud VI, No 2371. [retour]

Note 378, page 118 : Cf. No 2822. [retour]

Note 379, page 118 : Cf. No 2811. Il s’y rendra probablement dans le courant de l’hiver, car il est mentionné dans un acte à Naters le 15 février 1385 (Gremaud VI, No 2377). [retour]

Note 380, page 118 : Gremaud VI, No 2384. [retour]

Note 381, page 119 : Cf. No 3082. Cependant il traînera comme un boulet encore pendant des mois ses dettes d’évêque de Sion, menacé d’une nouvelle excommunication (cf. No 3913, du 26 octobre 1388). [retour]

Note 382, page 119 : No 3130 et Gremaud VI, No 2382. [retour]

Note 383, page 119 : Cf. No 3138. Cet évêque ne figure pas dans Le catalogue des évêques de Sion de Pierre Branschen (1576) édité par Mlle C. Santschi dans Vallesia XXII, Sion, 1967, p. 87 sq. Le chanoine Branschen a travaillé d’après les archives de Valère, qui présentent des documents datés « sede vacante » en 1384, à l’époque de la première expulsion, puis « Eduardo episcopante » ; de même la vacance du siège est attestée en mars 1386, mais plus en avril. Plus tard, des documents sont encore datés de l’épiscopat d’Edouard de Savoie (Gremaud VI, No 2384), mais ne prouvent pas que cet épiscopat se soit poursuivi. [retour]

Note 384, page 119 : Cf. Nos 3138 à 3143, 3173, 3568 et 3571.
L’évêque Guillaume décède probablement à Saint-Claude, où il est enterré, non sans que cette situation entraîne de gros frais pour son successeur, auquel le pape doit accorder un subside sur les bénéfices décimables à la collation de cette abbaye (cf. la bulle du 8 mai 1388 conservée aux Archives départ. du Jura, paquet 98, liasse 10, dont nous devons la communication à l’obligeance de son directeur). Nous ne savons pas la date de son décès, mais un acte du 6 janvier 1387 nous parle de l’élection de son successeur par le chapitre sédunois, à la place de l’évêque Guillaume décédé récemment (Arch. Valère, G. 115; cf. aussi Le catalogue des évêques de Sion... op. cit., édité par Mlle C. Santschi dans Vallesia XXII, p. 118). Je ne sais d’où le P. Eubel (t. I, p. 442) tire la date de 1389 qu’il donne. [retour]

Note 385, page 119 : Sur Robert Chambrier, cf. la note précédente et No 81. [retour]

Note 386, page 120 : Cf. No 2320. Il alla même jusqu'à Rome pour se présenter au pape. Il ne survivra pas longtemps à cette seconde déconvenue, car il décède le 19 octobre 1388. [retour]

Note 387, page 120 : Gremaud VI, No 2392, p. 328. [retour]

Note 388, page 120 : Cf. No 3629. La date connue jusqu'ici par Eubel I, p. 442, est inexacte. [retour]

Note 389, page 120 : Ainsi s'explique cet acte daté à Ulrichen du 17 décembre 1388, où un clerc d'Ernen, Johannes Grasso, se dit notaire et commissaire de l'évêque Edouard, chargé d'une enquête sur la mense épiscopale (Gremaud VI, No 2406). [retour]

Note 390, page 121 : Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 311, f. 275 r - 276 r. [retour]

Note 391, page 121 : Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 311, f. 274 v - 275 r. Nous nous proposons de publier prochainement ces deux actes. Ils ont été enregistrés ensemble et par les mêmes secrétaires. Ces actes ne peuvent, nous semble-t-il, s’expliquer que si l’on tient compte du fait que le pape romain, en difficulté en Italie centrale, était peu au courant des affaires valaisannes et que, d’autre part, les dizains supérieurs durent présenter leur requête en arrangeant quelque peu les choses. Pour Urbain VI, d’autre part, Henri de Blanches ne pouvait succéder qu’à un prélat nommé de façon indiscutable, et Edouard de Savoie remplissait cette condition, puisqu’il avait été pourvu de l’évêché par Grégoire XI. [retour]

Note 392, page 121 : Jean de Vernet obtient confirmation du pape le 30 mars 1389 (cf. No 4016). Ces bénéfices avaient déjà été accordés sans succès à Rodolphe Covet. Mais cette fois le chanoine Jean de Vernet jouira réellement de sa prébende (cf. Roten dans Vallesia III, p. 115). [retour]

Note 393, page 121 : Cf. No 4729. [retour]

Note 394, page 121 : Cf. No 4736. [retour]

Note 395, page 122 : Le frère de l’évêque urbaniste, absent de Sion depuis deux ans. [retour]

Note 396, page 122 : Cf. No 4311, cf. aussi Nos 4115, 4116. [retour]

Note 397, page 122 : Les gens de Conches ne vont-ils pas jusqu’à accepter de donner à Berne 1000 florins d’indemnité pour une expédition dans la vallée de Frutigen ? (Gremaud VI, No 2418, 18 mai 1391.) [retour]

Note 398, page 122 : No 4804. [retour]

Note 399, page 122 : No 4806. La préférence s’étend même sur des candidats désignés par le duc de Bourgogne. [retour]

Note 400, page 122 : Ainsi, à la même époque, Rodolphe de Gruyère, bailli épiscopal et bailli savoyard en Valais, demande un canonicat avec clause préférentielle pour le chantre de Sion, Guillaume Guyon, et un bénéfice pour le curé de Sierre, qui est dépouillé de son église « de qua propter scisma gaudere non potest » (Nos 4811 et 4812). [retour]

Note 401, page 122 : Le 17 septembre 1392 (No 4866). [retour]

Note 402, page 122 : II y signe un acte le 30 juillet 1392 (Gremaud VI, No 2426). [retour]

Note 403, page 122 : Le traité, signé à Sion le 24 novembre 1392 entre Bonne de Bourbon, comtesse de Savoie, et les communes du Haut-Valais, mentionne expressément que l’évêque Humbert, qui a fait la guerre avec les Savoyards, est compris dans la paix, mais partout dans le reste du traité, quand il s’agit de la remise au bailli savoyard, Yblet de Challant, des châteaux épiscopaux, gage du paiement de l’indemnité de 25 000 florins due à la Savoie, ou de la libération du gage, l’évêque est désigné en termes vagues : « episcopus qui pro tempore fuerit », « postulatus per dictas communitates » ou « episcopus futurus ». Il n’est pas difficile d’imaginer que ces périphrases, désignant un évêque allié des Haut-Valaisans, citent en fait Guillaume de Rarogne, mentionné d’ailleurs au début du traité avec son père Pierre et son frère Guichard (Gremaud VI, No 2429). [retour]

Note 404, page 123 : Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 94, f. 148 r (1398). Cité aussi le 10 avril 1396 avec ce titre (J. J. Hisely et J. Gremaud, Monuments de l’histoire du comté de Gruyère... M.D.R. XXII, p. 242-243). Il n’a donc pas résigné son évêché comme on le soutient parfois (Eubel I, p. 442; C. Santschi, op. cit., p. 119). [retour]

Note 405, page 123 : Dans sa supplique, il se dit « episcopatu... juribus ac emolumentis suis universis vel quasi spoliatus », alors qu’il n’hésite pas à dire en 1398 qu’il est dépouillé depuis huit ans, ce qui est exagéré. [retour]

Note 406, page 123 : Le 24 novembre 1379, Pierre de Rarogne et sa seconde épouse Béatrice d’Anniviers, parente au troisième degré d’Alix Albi, obtiennent du pape d’Avignon une dispense de mariage (cf. No 1758). [retour]

Note 407, page 123 : Cf. Gremaud VI, No 2344. Le 3 décembre 1381, le comte soutient une de leurs requêtes auprès de l’évêque. [retour]

Note 408, page 123 : Gremaud VI, No 2371, p. 289 et No 2373. [retour]

Note 409, page 124 : Le 28 mai 1387, Ebal de Challant, sire de Monjovet et conseiller du comte de Savoie, demande à Clément VII pour deux de ses neveux, Aymon et Gui de Penthéréaz, la cure de Viège et le canonicat de Sion que détient Guillaume de Rarogne, « si contigat ipsum Guillermum per E.S. ad aliquam ecclesiam seu episcopatum vel aliud beneficium promoveri... » (cf. Nos 3430, 3431). [retour]

Note 410, page 124 : C’est une interprétation possible de la phrase du traité de Salquenen, par laquelle le comte de Savoie prend l’engagement de faire son possible pour obtenir la collation de l'évêché à Humbert de Billens (Gremaud VI, No 2392, p. 328). Pour certains Valaisans, entre deux candidats savoyards, il était préférable d’éviter celui dont la puissance familiale était si grande alors en Valais. [retour]

Note 411, page 124 : Gremaud VI, No 2419. [retour]

Note 412, page 124 : La lettre a été sollicitée par Guillaume de Rarogne, qui avoue avoir adhéré à Clément VII, mais déclare avoir changé d’obédience depuis plusieurs années et opéré plusieurs conversions (Arch. Seg. Vat. - R. Lat. 25, f. 132 v-134 r). [retour]

Note 413, page 124 : Cf. Gremaud VI, No 2423. [retour]

Note 414, page 124 : Arch. Seg. Vat. - R. Lat. 24, f. 217 r. Le 23 janvier 1394, Guillaume s’engage à verser son service commun (Arch. Seg. Vat. - Obl. 48, f. 191 v). [retour]

[Note 403 bis, page 124 :] Le traité, signé à Sion le 24 novembre 1392 entre Bonne de Bourbon, comtesse de Savoie, et les communes du Haut-Valais, mentionne expressément que l’évêque Humbert, qui a fait la guerre avec les Savoyards, est compris dans la paix, mais partout dans le reste du traité, quand il s’agit de la remise au bailli savoyard, Yblet de Challant, des châteaux épiscopaux, gage du paiement de l’indemnité de 25 000 florins due à la Savoie, ou de la libération du gage, l’évêque est désigné en termes vagues : « episcopus qui pro tempore fuerit », « postulatus per dictas communitates » ou « episcopus futurus ». Il n’est pas difficile d’imaginer que ces périphrases, désignant un évêque allié des Haut-Valaisans, citent en fait Guillaume de Rarogne, mentionné d’ailleurs au début du traité avec son père Pierre et son frère Guichard (Gremaud VI, No 2429). [retour]

Note 415, page 125 : Roten, dans Vallesia I, p. 59-60. [retour]

Note 416, page 125 : Gremaud VI, No 2437: nomination du recteur de l’hôpital de Sion par Boniface IX. [retour]

Note 417, page 125 : Ainsi le Savoyard Pierre Mestral, curé de Sierre, marguillier de Sion et chapelain à l’autel de la Trinité (cf. Nos 5164 et 5174), ou le doyen de Valère, Pierre Bouczan, dépouillé de son doyenné et de sa prébende « de quibus non gaudet propter scisma » (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 90, f. 1 r). [retour]

Note 418, page 125 : Nous songeons tout d’abord au traité du 3 juin 1403 entre l’évêque, les Haut-Valaisans, Uri, Unterwald et Lucerne (Amtliche Sammlung des älteren eidgenössischen Abschiede I, 103, No 244). [retour]

Note 419, page 127 : Baluze I, p. 470-471: « Qui pro tunc erat satis juvenis, etatis scilicet XXXVI annorum, alias tamen magnis virtutibus adornatus... » Cf. aussi Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 52; Coll. 457, f. 82 v (Cf. No 1 de notre édition). Les cardinaux firent savoir cette élection à la chrétienté (Baluze IV, p. 186-191; Bibl. nat. ms. lat. 11 745, f. 266 r). D’autres actes relatifs à cette élection se trouvent dans Baluze IV, p. 192 sq. ; Baluze II, p. 524, 565-567. Témoignage du cardinal Jean de Cros à l’article de la mort, ib., p. 586; élection par 16 cardinaux dont 3 italiens, ib., p. 621; tous les cardinaux qui avaient assisté au premier conclave participèrent à celui-ci, sauf Francesco Tebaldeschi qui venait de mourir; ib., p. 760. Cf. aussi le résumé dont le texte est donné un peu plus loin. [retour]

Note 420, page 127 : On a voulu y voir une allusion à Clément VI, le pape fastueux. C’est possible. Clément VI était monté sur le trône l’année de la naissance de Robert de Genève et, lorsque, enfant, il vint dans la « famille » de son oncle, le cardinal Gui de Boulogne, il fut certainement frappé et émerveillé par le plus fastueux des pontifes d’Avignon. Mais ce pouvait être aussi une référence à Rome, dont saint Clément fut le quatrième pape. D’ailleurs, le prénom de son rival ne faisait-il pas allusion à l’Urbs, comme aussi au premier des pontifes avignonnais qui tentèrent un retour à Rome, Urbain V ? [retour]

Note 421, page 127 : Cf. ses bulles ou Arch. Seg. Vat. - R. Av. 272, f. 13 v - 14 v et R. Av. 230, f. 322 r sq., deux textes complets, où elle est dessinée. [retour]

Note 422, page 127 : Original: Arch. Seg. Vat. - I.M. 2993. On connut l’élection de Clément VII le 13 octobre à Avignon, comme en témoigne cette remarque: « Liber receptorum et expensorum Camere apostolice inceptus die XIII mensis octobris, qua die fuit notificata Avinione creatio dom. Clementis Pape VII per Re(verend.) p(atrem) dominum P(etrum) episcopum Magalonen. ipsius domini pape thesaurarium. » (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 350, f. 3 r). [retour]

Note 423, page 128 : Arch. Seg. Vat. - Coll. 457, f. 82 v; I.M. 3002 et 3008. (Cf. No 1). [retour]

Note 424, page 128 : Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 57 r. [retour]

Note 425, page 129 : Arch. Seg. Vat. - Obl. 42. Les f. 1-120 donnent des actes du temps de Grégoire XI. Un acte de mars 1378 est daté « sede vacante » (f. 121). Deux actes portent la mention de la première année d’Urbain VI (f. 126), puis des pièces des mois de juillet et août laissent tomber le pontificat après le millésime (f. 126-130). On trouve à la suite, dès le 22 septembre 1378, des pièces datées « sede vacante » (f. 130 v-133 v) de septembre et octobre. Enfin, les f. 136 à 160 donnent des actes datés du pontificat de Clément VII. [retour]

Note 426, page 129 : Pour ceux qui s’intéresseraient à cette procédure, je signale entre autres les pièces suivantes, qui sont à l’Archivio Segreto Vaticano:

  • — Sentence contre Urbain VI et ses cardinaux (23 mars 1379): I.M. 3007 et 3008.
  • — Sentence d’aggravation contre Urbain VI (7 octobre 1379): I.M. 2997 et 3017.
  • — Excommunication d’Urbain VI (6-15 nov. 1379): I.M. 3023 et 3025.
  • — Bulle d’excommunication et d’interdit (15 novembre 1379): I.M. 3063.
  • — Bulle de citation du pape Urbain VI et de ses cardinaux « sub clausula excommunicationis » (13 juillet 1380): I.M. 3049.
  • — Bulle de citation du pape Urbain VI et de ses cardinaux et prélats (15 mars 1381): I.M. 3070.
  • — Bulle de citation du pape Urbain VI, etc. (3 octobre 1382): I.M. 3087.
  • — Ordre aux évêques de publier les sentences (1382-1383, copie): I.M. 3027.
  • — Aggravation des sentences d’excommunication et d’interdit contre Urbain VI (16 février 1386, copie): I.M. 3249.
    A quoi s’ajoutent des documents touchant au procès:
  • — Procès des adhérents d’Urbain VI (1378-1379, original): I.M. 3002.
  • — Confutatio anonymi super electione Urbani VI (rapport de 16 ff.): I.M. 5970.
  • — Déclaration des cardinaux sur le caractère non canonique de l’élection d’Urbain VI (1379-1380): I.M. 4135.
  • — Extraits du procès d’Urbain VI (1er novembre 1382): I.M. 3122 et 3123. [retour]

Note 427, page 130 : Peu avant l’élection de Fondi et avant la première promotion cardinalice d’Urbain VI. Entre autres, le 18 septembre déjà, il accordait le titre cardinalice de Robert de Genève, de la Basilique des XII Apôtres, à Jean Ocko de Wlasim (Eubel I, p. 40). [retour]

Note 428, page 130 : ... « Urbanus ... incepit facere atroces processus contra dominam Johannam reginam necnon Angelum prefectum et Honoratum comitem Fundorum ac Johannem et Reynaldum de Ursinis predictos, pro eo quod ipsis Clementi et eius cardinalibus adherebant, necnon eosdem eciam Clementem ac cardinales ac ipsorum auxiliatores, complices et fautores illosque in diversis mundi partibus fecerat publicari, privando in illis reginam regno Sicilie ac feudis, terris et dominiis suis, necnon prefectum et Honoratum comitem et Raynaldum et Johannem de Ursinis prefatos terris et bonis, que qualitercumque tenebant, et excommunicando et inhabilitando eos ad honores, feuda et bona inposterum obtinenda. Clementem vero vocavit antipapam, et suos cardinales prefatos declaravit non esse cardinales, sed scismaticos necnon privatos eorum statu, honoribus, titulis et ecclesiasticis preeminenciis quibuscumque, ipsisque adherentes clericos suis beneficiis ecclesiasticis et dignitatibus privavit, ea disposicioni sue reservando. » (Nyem I, 19, éd. p. 37). Cf. aussi Rinaldi XVII, a. 1378, No 103-111. [retour]

Note 429, page 131 : « Die penultima d. mensis, dominus noster papa recessit de Fundis et ivit apud Speluncam, Gaietane diocesis. » (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 351, f. 46 r). Sur la maladie de Clément VII à Fondi en janvier et février 1379, cf. aussi De Boüard, p. 38. [retour]

Note 430, page 131 : « Die nona maii, dominus noster recessit de Spelunca, ante prandium, ad eundum apud Neapolim, ubi applicuit in crastinum, ante prandium. » (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 351, f. 72 v). [retour]

Note 431, page 131 : Sauerland, p. 192; Baluze II, p. 648, 788-789. Cf. B. Capasso, Diarium Neapolitanum, dans Archivio Storico per le provincie napoletane VI, 1881. [retour]

Note 432, page 131 : Cf. une bulle citée par Rinaldi (Valois I, p. 175, n. 2). [retour]

Note 433, page 131 : Pour le 17 mai: cf. bulle No 1652 et Arch. Seg. Vat. - R. Av. 220, f. 500.
Pour le 19 mai : cf. actes Nos 1653 à 1657. Pour le 20 mai, Baluze II, p. 788 et IV, p. 214, et actes Nos 1658 à 1667. [retour]

Note 434, page 131 : Arch. Seg. Vat. - R. Av. 215, f. 103 et 192. [retour]

Note 435, page 131 : Cf. No 1670 et Arch. Seg. Vat. - R. Av. 215, f. 82; Valois I, p. 175. [retour]

Note 436, page 132 : Le 7 juin, il est attesté à Toulon par le No 1672 de notre édition. Les 8 et 9 par: Arch. Seg. Vat. - R. Av. 215, f. 173 et 154, et notre No 1674. [retour]

Note 437, page 132 : Baluze I, p. 477. On trouve aussi la date du 25 juin qui est certainement fausse (Baluze II, p. 774 et 784) d’après un registre d’Obligations. [retour]

Note 438, page 132 : Arch. Seg. Vat. - R. Av. 215, f. 98, 233 et R. Av. 220, f. 459. [retour]

Note 439, page 132 : Sauerland, p. 192, et Arch. Seg. Vat. - R. Av. 215, f. 110 et 118. [retour]

Note 440, page 132 : Cf. acte No 1676; Sauerland, p. 192. [retour]

Note 441, page 132 : Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 351, f. 1 ; Intr. Exit. 324, f. 155 r. Cf. la mention: « Anno a Nativitate Domini MCCCLXXIX, die XX mensis junii, qua die dominus noster papa veniens de partibus Italie intravit Avinionem, solute fuerunt domino Gauberto de Capitepini elemosinario domini pape pro spargendo per plateas et vicos in introitu domini pape Petro Vincentii clerico suo... 30 Lib. » (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 350, f. 81 r). [retour]

Note 442, page 132 : Sans un dépouillement complet des registres de lettres, il est probablement impossible de donner un tableau précis des séjours du pape. Voici toutefois quelques localités que j’ai pu relever dans les lettres analysées et qui donneront une idée des lieux de villégiature de Clément VII, car il s’agit avant tout de séjours d’été. Apparemment, Clément VII ne quitta plus jamais Avignon et ses alentours immédiats. Nous le trouvons à Sorgues en 1381 (cf. Nos 2227-2243), en 1382 (cf. Nos 2479-2520), et en 1383 (cf. Nos 2633-2641). Il va à Châteauneuf-du-Pape, en 1383 également (cf. Nos 2642-2659), en 1384 (cf. Nos 2786-2826), en 1385 (cf. Nos 2982-3001), en 1386 (cf. Nos 3196-3200, n. 1), en 1388 (cf. Nos 3843; 3877, note; 3872-3888). Il séjournera aussi à Villeneuve-lès-Avignon en 1383 (cf. Nos 2660-2668) et en 1384 (cf. Nos 2758-2786), à Roquemaure en 1387 (cf. Nos 3529-3548), à Carpentras en 1389 (cf. No 3864). Enfin nous le trouverons à Beaucaire en 1390 (cf. Nos 4397-4424), passant de là à Tarascon (No 4425), puis à Aramon, Gard (cf. Nos 4426-4450), mais peut-être cette année-là fuyait-il la peste.
La Cour pontificale semble avoir quitté Avignon en juillet, pour ne revenir qu’en automne, en octobre et même au début de novembre. Un séjour fut abrégé par la menace des routiers et soudards en 1386 (cf. No 3200, n. 1). Une absence fut plus longue et plus variée: en 1383, Clément VII quitta Avignon entre le 4 et le 14 juillet pour se rendre à Sorgues; il passa à Châteauneuf entre le 13 et le 16 août, pour y rester plus de six semaines; enfin il se rendit à Villeneuve pour rentrer entre le 13 et le 21 novembre dans son palais avignonnais. Fidèle à Sorgues les premières années, il préféra plus tard Châteauneuf et Villeneuve. [retour]

Note 443, page 133 : Sur Jean de Brogny, cf. R. C. Logoz, Quelques carrières d'ecclésiastiques à la fin du XIVe siècle, dans Revue Hist. Vaudoise, 1971, p. 5 sq. Bibliographie: ib. p. 6, n. 1. Jean de Brogny d’ailleurs ne sera nommé évêque d’Ostie qu’en 1405, longtemps après la mort de Clément VII. [retour]

Note 444, page 133 : Baluze I, p. 490. [retour]

Note 445, page 133 : Valois I, p. 160. [retour]

Note 446, page 134 : Le 17 avril 1379. La bulle se trouve à Paris (Arch. Nat. J 495, No 2, f. 10). Cf. Leibnitz, Codex juris gentium diplomaticus, Hanovre, 1693, t. I, p. 239; Valois I, p. 167; Paul Durrieu, Le royaume d’Adria, Paris, 1880; De Boüard, p. 38. On ne trouve rien sur ce projet, ni dans l'Encyclopédie italienne, ni dans le Dict. d’Hist. et de Géogr. ecclés. [retour]

Note 447, page 135 : Sur la mission de Pierre de Murles, la déposition de Raynulph de Sisteron est intéressante, car, rencontrant Raynulph à Saint-Cannat (Bouches-du-Rhône), il lui affirme qu’Urbain VI était vraiment pape, mais que peu après son élection il parut déséquilibré et que les cardinaux se demandèrent s’il n’était pas fou. Pensant que cela provenait de veilles exagérées, on lui conseilla un bon repos. Tout en rapportant un incident, où je vois une fois de plus le désir maladroit d’Urbain VI de briser avec les habitudes de la Curie, P. de Murles assure Raynulph que le pape va bien maintenant et lui conseille d’aller le trouver pour profiter de ses bonnes dispositions à son endroit (texte dans Seidlmayer, p. 255-256). [retour]

Note 448, page 135 : Le 31 août 1378, un acte dressé à Lens est encore daté du pontificat d’Urbain (Histoire de l’Eglise XIV, p. 16). [retour]

Note 449, page 135 : Valois I, p. 97, qui conclut à une somme de 20 000 francs — Charles V envoya des troupes ou écrivit aux « routiers » de protéger les cardinaux. Un rapport, rédigé en catalan en septembre 1378 pour le roi d’Aragon, mentionne « una gran finança » et ces troupes (publ. dans Seidlmayer, p. 303), cf. note suivante. [retour]

Note 450, page 136 : Le rapport débute ainsi: « Aquestes allegacions son estades trameses al senyor rey (roi d'Aragon) en frances e ell a les faes transladar en catala. »
Sur la demande d’aide présentée à l’assemblée par les deux messagers: « Quant a la aiuda demanada fou respost: Lo rey en lo mes de agost prop passat ha feta aiuda als cardenals de una gran finança e mana a les gens d’armes nades de son reyalme, qui son a present della los monts, que ells aydassen de tot lur poder los cardenals stants a l’Anya, et aço havia ell fet e manat provehir a la seguretat de lurs persones, lurs companyes e lurs bens e asi de metrels fora dels perils on ells son, e no a altre fi. E encara los fou mes respost, que si la dita aiuda feta non bastava, encara es prest lo rey de aydar los a les fins dessus-dites quant ponit (sic) sera. » Sur le fond de la question: « E per aquestes dubtes qui caen partida en dret e partida en fet, es estat lo rey consellat de non encara determenar, mas tenir se indifferent tro atant que la manera sia pus esclarida. » (Texte publié par Seidlmayer, p. 303-307.) [retour]

Note 451, page 136 : Le secrétaire du roi Pierre de Corbie était revenu à Paris avant le 6 octobre, porteur de documents importants: l’encyclique du 9 août, la circulaire Urget Christi caritas du 21 août, une lettre close adressée à l’Université de Paris. Le roi avait en outre reçu copie du casus du 2 août, donnant la version des cardinaux. Il semble bien que c’est en réponse à ces lettres que Charles V fit partir le courrier Colin de Dormans qui parvint à Fondi au début de novembre, la seconde promesse de subsides étant une manière de première réponse à la circulaire cardinalice du 21 août. Pour les faits, cf. Valois I, p. 106-107 et notes. [retour]

Note 452, page 137 : C’était la thèse d’Urbain VI lui-même. Cette thèse fut reprise par d’autres historiens (Rinaldi XVII, a. 1378, No 46; Pastor I, éd. it. p. 116 sq. ; Salembier, p. 70, qui en fait un fauteur abusé par les cardinaux). [retour]

Note 453, page 137 : Marseille compte de nombreux urbanistes et Perfetto de Malatesta, abbé de S. Sitria (diocèse de Nocera) et vice-chancelier de Catalogne, obtient de nombreux ralliements au pape de Rome. Le chambrier du cardinal G. Aycelin, Pierre de Merani, reçoit la mission de mettre fin à cette propagande désastreuse. (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 350, f. 38 r-v). [retour]

Note 454, page 137 : Valois I, p. 137 sq. [retour]

Note 455, page 137 : Même si par-ci, par-là, des résurgences urbanistes apparaissent. Par exemple: en 1382, on trouve encore des urbanistes en Picardie ou en Normandie, qui sont privés de leurs bénéfices (cf. n. 2519).
En 1385, un chanoine de Saint-Martin de Tours et ses complices sont excommuniés (Arch. Seg. Vat. - I.M. 4282, f. 1-6). [retour]

Note 456, page 137 : Valois I, p. 197 sq. [retour]

Note 457, page 138 : Valois I, p. 262 sq. [retour]

Note 458, page 138 : Valois I, p. 273 sq. [retour]

Note 459, page 138 : Valois I, p. 283, n. 3, donne le texte. [retour]

Note 460, page 138 : Eubel I, p. 150. Mais je note que le 16 septembre 1379 Clément VII charge les évêques de Bâle et de Budua de remettre le pallium à l’archevêque de Mayence, Adolphe de Nassau. Ces prélats se rendirent le 29 octobre à Eltville pour cette cérémonie. (Valois I, p. 277). L’évêque de Budua se trouvait donc alors bien loin de son évêché. [retour]

Note 461, page 139 : Charles IV s’efforçait de faire désigner comme successeur son fils Venceslas, prince fort médiocre, et il avait envoyé une ambassade à Rome, pour que le pape reconnût ce fils comme roi des Romains. Urbain VI le fit languir, ne se décida à accepter que le jour où il fut abandonné de tout le monde, et encore non sans exiger des garanties. Un des ambassadeurs, Conrad Heinrich, doyen de Wischehrad en Bohême, se rallia à Clément VII à Fondi, et il sera, en 1387, un envoyé clémentin en Allemagne (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 362, f. 93 r). Pourtant Clément VII se hâta de reconnaître, en octobre 1378, Venceslas comme roi des Romains, sans réserve (texte dans J. Weizsäcker, Deutsche Reichstagsakten unter König Wenzel I, Göttingen, 1956, p. 149). [retour]

Note 462, page 139 : Le 27 janvier 1379, le cardinal Gui de Malesset reçoit pouvoir de juger dans le litige qui sépare le duc de Luxembourg et l’abbé de Vlierbeck (Göller, p. 39). Cf. aussi Valois I, p. 281 sq. [retour]

Note 463, page 139 : Albert de Bavière demande diverses grâces pour des familiers, etc., ainsi que pour des fondations (chapelles Sainte-Marie à La Haye et du Saint-Sacrement à Amsterdam) ou des parents (Göller, p. 2-3). Cf. aussi Valois I, p. 279 sq. [retour]

Note 464, page 139 : Göller, p. 215, le cite une fois; Valois I, p. 290. [retour]

Note 465, page 140 : Göller, p. 1-2, donne une longue liste de bulles. Il cite aussi une masse de documents se rapportant au diocèse et au clergé (ib., p. 215-217), la plupart datés des deux premières années du pontificat. Cf. aussi Valois I, p. 277. [retour]

Note 466, page 140 : Cf. Göller, p. 99 * sq., et l’ensemble du Repertorium qui suit cette étude. Nous y avons repéré des clercs et des chanoines de presque tous les évêchés germaniques. [retour]

Note 467, page 140 : Muratori XVI, c. 773. [retour]

Note 468, page 140 : Valois I, p. 241 sq. [retour]

Note 469, page 140 : Valois I, p. 253 sq. [retour]

Note 470, page 140 : Valois I, p. 273 sq.; Göller, p. 8, donne plusieurs références, Arnoul y paraît soit comme évêque d’Utrecht, soit comme intrus au siège de Liège. [retour]

Note 471, page 141 : Il devient, le 16 décembre 1378, cardinal du titre de Saint-Sixte (Eubel I, p. 47) et sera un actif partisan de Clément VII, d’autant plus qu’il est Italien, comme son successeur élu ministre général de l’Ordre des Frères mineurs, Angelo de Spolète. [retour]

Note 472, page 141 : Valois II, p. 222 sq. [retour]

Note 473, page 141 : Selon le témoignage du cardinal Pierre Flandrin (Seidlmayer, p. 122, 123). Legnano était professeur de droit canon à l’Université de Bologne, dont la suprématie en la matière n’était guère contestée. Il n’était pas à Rome en avril 1378. [retour]

Note 474, page 142 : L’avis (Tractatus) de Jean de Legnano figure, pour l’essentiel, dans Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 31-35. Sa conclusion sur les violences subies par les électeurs est que le couronnement implique une approbation tacite: « Nam ipsum coronando tacite approbare videntur electionem praecedentem, cum non possit coronari nisi canonice electus; haec autem tacite approbatio sive recognitio purgat defectum et validat. » Il part de l’idée que les cardinaux avaient retrouvé leur pleine sécurité, ce qu’ils nieront. Legnano écrira en 1379 encore un Fletus magnus in ecclesia et un autre traité en 1380. [retour]

Note 475, page 142 : L’avis (Allegationes) de Baldo de Pérouse est résumé dans Rinaldi XVII, a. 1378, Nos 36-38. Il conclut à la légitimité d’Urbain. Cf. aussi le témoignage de Coluccio Salutati (Epistole, pars I, p. 18). [retour]

Note 476, page 142 : Avec Henri de Langenstein et son Epistole pacis (cf. Valois I, p. 324). [retour]

Note 477, page 142 : Le cardinal Pierre Flandrin (un témoignage figure dans Seidlmayer, p. 244-245) compose un traité (références Valois I, p. 205, n. 2). Jean Le Fèvre répond à Jean de Legnano par son De planctu bonorum (1379) et Pierre-Raymond de Barrière écrit en 1380 un De schismate, etc. [retour]

Note 478, page 143 : C’est sous la plume du chroniqueur clémentin Jean Le Fèvre que nous trouvons l’expression « la voie de chevalerie » (De Boüard, p. 23). [retour]

Note 479, page 143 : Ou parfois des cours espagnoles. Cf. les tentatives et les mésaventures de l’évêque urbaniste de Cordoue, Menendo, voulant convaincre l’Aragon (Valois I, p. 215-217). Sur les missions de Raymond de Capoue auprès du roi de France, cf. Valois I, p. 124, p. 122 n. 1, p. 312 sq. Sur la légation du cardinal Guillaume d’Aigrefeuille en Allemagne et en Flandre, cf. Valois I, p. 130 sq., p. 284 sq., p. 293 sq. ; II, p. 277 sq.
Sur la mission du cardinal Guy de Malesset en Angleterre, cf. Valois I, p. 154, p. 258 sq. Sur la mission du cardinal Pierre de Luna auprès des princes anglais, cf. Valois II, p. 322 sq. Chaque parti s’efforcera d’empêcher le rival de présenter son point de vue, partout où il a déjà triomphé. [retour]

Note 480, page 144 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 33. [retour]

Note 481, page 144 : Quelques exemples suffiront. En 1382, Charles de Durazzo, appelé Charles de la Paix, fait étrangler la reine Jeanne de Naples qui est sa cousine au second degré. (Cf. Nyem I, 25, éd. p. 48). Thierry de Nyem fut témoin de sa dureté vis-à-vis de Jeanne de Durazzo, nièce de la reine Jeanne (ib., p. 49). Le même Charles de la Paix fit aveugler, en juillet 1382, Balthasar de Brunswick « de ipsius Karoli mandato exoculatus fuit in publico foro in Neapoli », dit Thierry, qui est urbaniste comme Charles de Durazzo (Nyem I, 23, éd. p. 45). En 1387, les gens de Nicolo Orsini s’étaient emparés d’un condottiere anglais nommé Beltot qui, aux ordres d’Urbain VI, avait arrêté le cardinal urbaniste Tommaso Orsini : « Quidam rustici irruentes in ipsum ei manus et pedes deamputarunt et truncum eius eciam pluries perforando sic eum crudelissime peremerunt. » (Nyem I, 67, éd. p. 118). Cette violence pouvait frapper même les puissants seigneurs, comme Francesco de Vico, préfet de Viterbe, qu’une émeute mit en pièces au sens littéral: « ... prefectus urbis per Romanos et quasdam gentes armigeras dicti Urbani eciam proditorie in civitate Viterbiensi, in qua tunc morabatur, vivus apprehensus in minutis peciis in festo Sancti Michaelis Archangeli de mense Septembris sectus fuit, ita quod de ipsis peciis farcimina fieri potuissent. » (Nyem I, 66, éd. p. 116). En réalité, François de Vico fut assassiné le 8 mai (die apparitionis S. Michaelis) et les Romains, en reconnaissance, donnèrent un calice à l’église S. Angelo in Pescaria; cf. Gregorovius XII, p. 119. Autres témoignages: Muratori XXII, c. 194, et XVIII, c. 95, qui indique que le peuple se souleva aux cris de « Paix ! ». [retour]

Note 482, page 145 : Depuis l’époque où j’ai commencé mon étude, marquée encore des cicatrices douloureuses de la seconde guerre mondiale, nous vivons un retour offensif de la violence et de l’anarchie, mal maîtrisée par des Etats puissants, dont les moyens sont incomparablement plus nombreux et complexes que ceux dont pouvaient user les hommes du XIVe. Mais le plus curieux n’est-il pas l’intérêt accru que suscite cette violence moderne et les excuses qu’une fraction toujours plus vaste des milieux intellectuels lui concède en l’expliquant ? Je sens donc que cette pratique de la violence, dont je parle, tend hélas à redevenir actuelle. [retour]

Note 483, page 145 : Rinaldi XVII, a. 1378, No 108. [retour]

Note 484, page 145 : Comparant Urbain VI à Hérode massacrant les innocents, le cardinal Bertrand Lagier assure qu’après la victoire de Bernardon de la Salle au Ponte Salaro, le 16 juillet 1378, le pape fit tuer plus de mille Français, Espagnols et Languedociens. Deux prêtres cherchant à sortir de Rome furent de son vouloir abattus à l’abattoir, comme des porcs, et vendus comme viande à donner aux chiens: « ... isto intruso volente et dissimulante fuerunt massellati in massello sicut si essent carnes porcorum, et venditi per frustra pro dando canibus, ut dicebant, licet plures dicant, quod Romani parabant sibi carnes eorum et comedebant. » (Texte dans Seidlmayer, p. 337).
Les clémentins dépouillaient les urbanistes: « Multi eciam infelices prelati et presbiteri ac clerici, qui dicto Urbano obedierunt, per plerosque de alia obediencia per mare seu terras transeuntes capiebantur et male tractabantur, quorum multi in aquis submersi, aliqui ignibus cremati, nonnulli eciam alia seva morte perierunt. » (Nyem I, 19, éd. p. 37-38). Incarcération d’un légat d’Urbain (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 350, f. 51 v). Cf. aussi plusieurs folios de ce registre (38 r-v, 45 r, 48 r, 50 r, 55 v, 56 r, 63 v, 71 v, etc.). Et les urbanistes agissaient de même envers les clémentins, les chassant et les privant de leurs bénéfices (cf. mon éd. No 2252 et 2257, par exemple). Vainqueur à Naples en 1381, le cardinal Gentile de Sangro dégrada et emprisonna les deux cardinaux clémentins qui tombèrent en son pouvoir, Leonardo Rossi et Jacques d’Itri. Le cardinal d’Itri mourut plus tard en prison (cf. Valois II, p. 14; Histoire de l’Eglise XIV, p. 39, n. 23). Les prélats clémentins destitués étaient aussitôt remplacés. Prenant n’importe quel clerc, pour peu qu’il fût napolitain, Urbain VI en fit un prélat, remplaçant d’un coup trente-deux archevêques, évêques ou abbés (Nyem I, 26, éd. p. 51). Sur le traitement infligé, Nyem, qui vit à la cour d’Urbain VI, précise: « Sed dominus cardinalis de Sangro ... multum crudeliter archiepiscopos, episcopos, abbates, presbiteros et clericos, qui dicte regine Johanne adheserunt, aliud forte facere non valentes, si suis proventibus ecclesiasticis in ipso suo regno gaudebant seu gaudere volebant, plurimum afflixit multos eorum in eculeo seu ad questiones ponendo, ecclesiis eciam et prelaturis atque aliis titulis ecclesiasticis rebusque ac bonis eorum inhumaniter spoliando nec parcendo in hoc etati, sacerdocio, statui aut sciencie aut virtuti nec compaciendo in hoc prelatis et episcopis eciam quantumcunque miseris et in tanto discrimine constitutis. Credidit enim sacrificium offere se deo sic omnes ipsos miseros perturbando. Quibus, ut nihil deesset calamitatis et miserie, dictus Urbanus alios substituit... » (Nyem I, 26, éd. p. 51). L’archevêque de Salerne, Giovanni d’Aquaviva, aurait même péri sur le bûcher, condamné pour sa fidélité à Clément VII (Arch. Seg. Vat. - R. Suppl. 65, f. 120 v), témoignage corroboré par une chronique de Tournay (Valois II, p. 13, n. 2). Les témoignages de ces violences abondent dans les chroniques ou nos documents. [retour]

Note 485, page 146 : Cronicum Siculum, éd. J. de Blasiis, p. 40; Histoire de l’Eglise XIV, p. 39. [retour]

Note 486, page 147 : André de Hongrie, fils de Carobert, frère du roi Louis de Hongrie, avait épousé sa cousine au second degré, Jeanne Ire de Naples. Il fut assassiné au château d’Aversa le 18 septembre 1345. Le peu de regrets que la reine Jeanne eut de cette mort la fit accuser de complicité, et son beau-frère en prit prétexte pour venir une première fois envahir le royaume napolitain. Il fut repoussé (1349). Charles le Petit, ou de la Paix, était un cousin de la reine Jeanne au même degré que le prince André et le roi Louis de Hongrie, dont il revendiquera plus tard également la couronne. Tous ces princes étaient de la maison d’Anjou issue du frère de Saint Louis, roi de France. [retour]

Note 487, page 147 : Sur la campagne, cf. Valois II, p. 7 sq.; E. Jarry, Instructions secrètes pour l’adoption de Louis Ier d’Anjou, par Jeanne de Naples, dans Bibl. de l’Ecole des Chartes LXVII [1906], p. 234-254; De Boüard, p. 43 sq. (Sur l’expédition elle-même, p. 50 sq.). [retour]

Note 488, page 147 : Duparc, p. 322 sq. [retour]

Note 489, page 147 : Le donzel genevois Georges de Marlioz vint négocier toute l’adoption avec Jeanne de Naples (cf. l’article d’E. Jarry, op. cit.). Le 26 septembre 1380, il traite à Naples avec des chefs bretons (Arch. Seg. Vat. - I.M. 3057); il traite aussi avec Bernardon de la Salle (Arch. Seg. Vat. - Coll. 359 A, f. 171 r-172 r), avec G. de Calam, autre chef breton (ib., f. 194 r-v), avec le banquier de Lucques Dino Raspondi (ib., f. 205 r). Cf. aussi les papiers du cardinal Pierre Gérard (Valois II, p. 441-446). Le 7 janvier 1382, il reçoit à Paris le serment de Louis d’Anjou (Valois II, p. 19). Il participe à l’expédition comme capitaine général des galées et des troupes pontificales (nommé le 14 juillet 1383, cf. No 2633 à 2635). Puis il fait partie du gouvernement provisoire désigné par Louis d’Anjou mourant (21 septembre) et il est chargé le 5 décembre 1384 d’aller chercher du secours auprès du roi de France. Outre le maître d’hôtel du pape, on vit des prélats associés de près à cette expédition. Miles de Dormans, évêque de Beauvais, offrit d’avancer la solde de 200 lances pendant deux mois (Valois II, p. 69, d’après le Journal de Jean Le Fèvre) et le pape Clément VII lui accorde ensuite 800 francs pour la solde de cette armée (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 238, f. 136 r-v). [retour]

Note 490, page 148 : Valois II, p. 84; De Boüard, p. 63 sq. [retour]

Note 491, page 148 : Le royaume de Sicile (titre officiel du royaume de Naples), occupé injustement par Charles de Durazzo, alias de Pace, à l’exception de Bénévent et de son territoire, est concédé en fief à Louis, fils aîné de Louis d’Anjou. La redevance annuelle est fixée à 8000 onces d’or, poids de Sicile, à la fête de Saint-Pierre. Les lettres sont datées des 27 mai et 6 juin 1385 (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 300, f. 434 r-439 v. Des dispositions complémentaires figurent aux f. 471 r-476 v, mais la fin manque). [retour]

Note 492, page 148 : Cf. sur ce neveu la note 179. Toute l’aventure finira mal. Francesco Prignano sera un temps prisonnier du roi de Naples (Nyem I, 53, éd. p. 96), regagnera la cour d’Urbain VI (fin 1386). Après la mort d’Urbain VI, il se réfugiera chez Raymond Orsini des Baux, puis finira par périr en mer avec sa famille, désespéré, ayant tenté de se suicider (Nyem II, 21, éd. p. 177-178). [retour]

Note 493, page 148 : Le 20 mars 1382, le pape avait dépêché trois cardinaux pour inciter Charles de Durazzo, vainqueur, à exécuter ses promesses envers Francesco Prignano, mais en vain (Nyem I, 28, éd. p. 56-57, n. 1). [retour]

Note 494, page 149 : Valois II, p. 114. Dès qu’il commença à traîner, le siège fut conduit par l’abbé du Mont-Cassin, chancelier du roi Charles, ennemi acharné d’Urbain (Nyem I, 54, éd. p. 97 sq.). « Il papa se defendeva come poteva e tre o quattro volte il di usceva a la fenestra e co la campanella e co la torcia malediceva e escomunicava l’esercito dei re; e questo dono li faceva ognigiorno » (Muratori XXI, c. 1052). « Contra, duces exercitus regii d. 10. Maii ante Nuceriam per praeconem pronunciaverunt se de regis mandato decem milia florenorum auri daturos ei, qui papam vivum aut mortuum ipsis traderet » (Baluze II, 982 et I, 1332). Cf. Histoire de l’Eglise XIV, p. 57. Les Durazzo ne payèrent d’ailleurs jamais le cens qu’ils devaient au pape (Favier, p. 185). [retour]

Note 495, page 149 : Cf. p. 60, n. 179. D’autres cardinaux urbanistes s’étaient mis à l’abri de la colère du pontife. [retour]

Note 496, page 149 : Valois II, p. 114; Nyem I, 50, éd. p. 91 sq.; Muratori XXI, c. 46 et 1052. [retour]

Note 497, page 149 : Impressionnée par ce spectacle, la rumeur publique présentera plus tard la légende d’un pape traînant après l’exécution les cadavres des cardinaux rebelles dans des cercueils surmontés du chapeau rouge (Histoire de l’Eglise XIV, p. 56-57). C’est la tradition rapportée par Andrea Gataro dans son Istoria padovana, où il dit d’Urbain VI qu’après avoir fait confesser le complot aux cardinaux rebelles, « li fece ammazzare con una manaja a terrore degli altri. Morti in quel modo i quattro cardinali, li fece salare, e messi a seccare nel forno, e mettere poi in certi valige, le quali faceva portare inanti di lui, quando cavalcava, sopra i muli con quattro capelli rossi sopra le valigie ad ammonizione di qualunque altro, che avesse, o avesse avuto cattivo animo contro di lui. » (Muratori XVII, c. 460). [retour]

Note 498, page 150 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 56. [retour]

Note 499, page 150 : Cf. Nyem I, 59, éd. p. 107. Sur les vicissitudes du royaume de Naples, cf. De Boüard, p. 101 sq. [retour]

Note 500, page 150 : Clément VII a libéré le comte de Fondi de la suzeraineté du roi de Naples pour le placer dans l’immédiateté du Saint-Siège; le 21 mars 1385, il fait donation entière du comté de Campanie et de la Maremme, sous redevance annuelle, au comte de Fondi, jusqu'à la quatrième génération. Il lui accorde encore d’autres faveurs, le 13 juin 1385, une licence de construire un couvent de nonnes, etc. (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 300, f. 431 r-433 r). Et les terres que le pape d’Avignon concède à maître André Angeli de Itri, recteur de S. Maria de Rosa fuori le mura di Fondi, n’étaient pas théoriques (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 300, f. 431 v). Le 13 septembre 1385, il accorde l’hôpital Saint-Antoine de Velletri (à 46 km de Rome) à son nonce Jean de Placentinis, évêque de Civita Castellana, devenu cardinal le 12 juillet précédent, sur présentation du comte de Fondi (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 300, f. 440 r; cf. aussi No 4135). [retour]

Note 501, page 151 : Le 10 novembre 1382, Clément VII confie à André de Aptis, évêque de Brescia, l’administration du siège de Todi et la juridiction des églises du duché de Spolète (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 294, f. 29-30). [retour]

Note 502, page 151 : D’après les comptes, on les voit constamment occupés à combattre au nom du pape d’Avignon, par petites troupes le plus souvent: par exemple, Guillaume de Calam, donzel Vannetais, combat avec 8 lances du 1er juin 1380 au 24 août 1381. Il est soldé le 1er juin 1382 (Arch. Seg. Vat. - Coll. 359 A, f. 194 r-v). Les Gascons Bernardon et Guillonet de la Salle ont une armée déjà importante: en 1381, ils sont du 1er mars au 31 décembre au service du pape, avec 260 lances, et accusent officiellement une perte de 10 % ... : « Unam mortuam videlicet inter decem vivas » ... (Arch. Seg. Vat. - Coll. 359 A, f. 171 r-v). Remarquons simplement que, outre leur solde de 18 florins par mois et par lance, ils bénéficiaient du produit de leurs rapines. Quant à leurs pertes, je rappellerai seulement l’habitude de ces condottieri de majorer leurs chiffres en les justifiant par les pertes sur le champ de bataille. Personne à l’époque ne devait être dupe. [retour]

Note 503, page 151 : Il accorde notamment au chevalier Pierre de Corona et à ses gens l’autel portatif, la messe célébrée avant jour et la messe en lieux soumis à l’interdit, « quamdiu eritis in exercitu pro ecclesia Romana militantes » (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 300, f. 268 r-v). [retour]

Note 504, page 151 : En 1387, Clément VII nomme Guido da Polenta, seigneur de Ravenne, recteur de la province de Romagne, et Obizzo da Polenta, maréchal de Romagne (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 250, f. 296 v-298 r). Ravenne et sa région auront des prélats clémentins. [retour]

Note 505, page 151 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 54. Bientôt, à la suite du mariage de Valentine Visconti et de Louis de Touraine, frère de Charles VI, Asti est gouvernée par ce prince français clémentin (Valois II, p. 151); cf. aussi De Boüard, p. 77 sq. [retour]

Note 506, page 151 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 55. Bologne s’appuie alors sur Charles VI (Valois II, p. 147 sq.). [retour]

Note 507, page 152 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 57. [retour]

Note 508, page 152 : Rinaldi XVII, a. 1389, Nos 1 et 2, d’après un registre d’Urbain VI (liber 2, p. 266). Clément VII fit interdire la participation, cf. No 4236. [retour]

Note 509, page 152 : Gregorovius XII, p. 120. [retour]

Note 510, page 152 : Pileo da Prata, archevêque de Ravenne, compris dans la première promotion d’Urbain VI, le 18 septembre 1378, avec le titre de Sainte-Praxède, avait été durant la première année le plus actif et le plus doué des légats urbanistes en Allemagne et dans la vallée du Rhin. Evêque de Tusculum en 1384 et peu après devenu suspect à Urbain VI, il avait songé à le faire déposer par un concile en 1385. Réconcilié, mais sentant de nouveau le terrain brûlant et instruit par l’exemple de ses collègues suppliciés, il passa en 1387 au parti avignonnais et fut accueilli au Sacré-Collège d’Avignon avec le titre de Sainte Prisca (Avignon ayant déjà un évêque de Tusculum). Quatre ans plus tard, il devait trahir Clément VII pour Boniface IX, versatilité qui le fit railler sous le nom de Cardinal des Trois Chapeaux (le jeu de mots sur pileus: en latin, le bonnet d’affranchi, est intraduisible). Il meurt en 1400, évêque de Tusculum (Eubel I, p. 45, 46 et 39). Le titre de Sainte Prisca avait été porté par un martyr de la cause avignonnaise, le cardinal Jacques d’Itri. [retour]

Note 511, page 153 : Galeotto Tarlato di Pietramala avait lui aussi reçu la pourpre lors de la première promotion urbaniste (18 septembre 1378), avec le titre de cardinal diacre de Sainte-Agathe. Passé au parti clémentin en 1387, il recevra un peu plus tard, le 5 mai 1388, le titre de Saint-Georges-au-Vélabre illustré par le bienheureux Pierre de Luxembourg, mort à 18 ans en odeur de sainteté, le 2 juillet 1387. Il restera fidèle à la cause avignonnaise et décédera vers 1400 (Eubel I, p. 48 et 50). [retour]

Note 512, page 154 : Cf. Nos 4233 à 4238. [retour]

Note 513, page 154 : Thierry de Nyem le présente en ces termes: « Quem pauperem clericum solivagum ut oculi mei conspexerunt, dictus Urbanus infra XV dies, postquam venit Romam, solum habendo respectum ad hoc, quod erat pulchre staturae et Neapoli de pauperi militari stirpe ortus, creavit pro suae voluntatis impetu cardinalem. » (Nyem II, 39, éd. p. 197). Le curial allemand a été un peu choqué de la fortune subite et inexplicable du beau Napolitain, et il est vrai qu’Urbain VI fut parfois impulsif et irréfléchi dans le choix de ses cardinaux, puisque plusieurs déclinèrent l’offre du chapeau. Peut-être Urbain VI songea-t-il à le chasser plus tard du Sacré-Collège pour simonie. Sur son élection, cf. M. Souchon I, p. 48 sq.; Histoire de l’Eglise XIV, p. 66 sq. [retour]

Note 514, page 155 : « Nesciens scribere, eciam male cantabat, ... ignorans gras vitatem pontificalis officii et adeo supplicaciones sibi porrecta indiscrete signavit, ac si nunquam fuisset in Romana curia constitutus, nec que petebantur in ipsis intellexit, et proposiciones factas coram eo per advocatos in eius consistorio toto tempore sui pontificatus eciam non intelligens ad petita nimis confuse respondit. « Nemo enim prosperatur in illo, quod ignorat. » Unde iusticia quasi venalis facta fuit in ipsa curia tempore suo. Fuit tamen satis eloquens in grammatica, sed non habuit in aliqua sciencia preeminenciam sive gradum. » (Nyem II, 6, éd. p. 130). Sur son caractère aimable, son manque de connaissance, sa chasteté et sa simonie, les témoignages concordent: Muratori III, pars II, c. 832 (Vitae Bonifacii IX); XXII, c. 204; XVI, c. 1140, etc. [retour]

Note 515, page 155 : « Fuit insuper ipse Bonifacius in temporalibus non mediocriter fortunatus, sed in spiritualibus debilis (Nyem II, 13, éd. p. 140). [retour]

Note 516, page 155 : Un de ses frères devint par ses soins duc de Spolète, l’autre marquis d’Ancône, deux fiefs tirés des domaines du Saint-Siège. Il favorisa d’autres parents (Muratori III, pars II, c. 832; Nyem II, 13, éd. p. 141). Les deux frères amassèrent des fortunes, rapporte Thierry de Nyem, en servant d’intermédiaires auprès du pape, qui ne leur refusait rien, contre une bonne commission (Nyem II, 13, éd. p. 140). Il tira sa sœur du couvent pour la marier à un comte napolitain, qu’il fera duc d’Adria, avec une dot de 17 000 florins (Nyem II, 14, éd. p. 144-145; Muratori XXII, c. 204). [retour]

Note 517, page 155 : Thierry de Nyem s’étend longuement sur la simonie de Boniface IX (Nyem II, 7-12, éd. p. 130-140). Non seulement les places étaient vendues au plus offrant (ib., éd. p. 134), y compris des charges comportant le serment de n’avoir rien donné en échange, comme celles de pénitencier ou de scriptor (ib. II, 11, éd. p. 137). Le curial allemand cite des exemples impressionnants et assure avoir vu en 1400, année de la peste, un bénéfice être vendu plusieurs fois dans la même semaine (ib., II, 9, éd. p. 134). Boniface IX vendit même les dates favorables des grâces expectatives. On en vint à juger que le pape ne pouvait par définition être simoniaque, même en vendant les bénéfices (Nyem II, 32, éd. p. 178 et II, 9, éd. p. 134). Cette simonie est attestée par trop de sources pour ne pas avoir eu une ampleur inusitée. Et, de fait, à Constance, ne verrons-nous pas les prélats allemands, visiblement instruits par l’expérience, être les plus acharnés à réclamer une limitation des taxes du Saint-Siège et des annates ? A la simonie, Boniface IX joignait l’avarice (Nyem II, 28, éd. p. 170). Finalement, lorsque le curial allemand nous montre Boniface IX cherchant au cours de la messe à savoir si tel prélat, qui y prenait part, venait lui apporter de l’argent; lorsqu’il nous dépeint ce pape, à la veille de sa mort, répondant à quelqu’un qui lui demandait comment il se sentait: « Pecunias si haberem, bene starem » (Nyem II, 11, p. 137-138), n’est-ce pas là une attitude de maniaque ? Cette disposition d’esprit est attestée par d’autres témoins: Gobelinus Person (Cosmidromius VI, 87) note qu’il mourut dans d’affreux tourments, sans cesser d’être assoiffé d’or.
Cf. aussi Histoire de l’Eglise XIV, p. 67; Enciclopedia italiana VII, p. 411 ; le Dictionnaire de théologie catholique II, I, col. 1003 sq., Paris 1923, parle de cette réputation tout en la minimisant. [retour]

Note 518, page 156 : « Hic Bonifacius habens matrem omnium mulierum avarissimam et duos fratres presentes in curia, de quibus supra tetigi aliqua et eciam plenius dicetur inferius loco suo, hiis complacendo gracias, quas postulabant pro aliis, concessit. Unde ipsi, scilicet mater et fratres, magnas pecuniarum summas congregabant. » (Nyem II, 13, p. 140). « Habuitque genitricem, quae maximam pecuniae quantitatem congregavit. » (Muratori XXII, c. 204; cf. aussi III, pars II, c. 831). [retour]

Note 519, page 156 : Lors du coup d’Etat manqué de Nicolà Colonna en janvier 1400, trente et un Romains furent pris, et Boniface IX les fit pendre. Comme le bourreau manquait, les juges promirent la vie sauve à un adolescent, qui dut pour cela pendre son père et son frère et ne dut qu’aux prières du peuple d’échapper au trépas... « Bonifacio, qui unico verbo eos liberare potuit, connivente. » (Nyem II, 27, éd. p. 169-170). [retour]

Note 520, page 156 : Nyem II, 14, éd. p. 144. [retour]

Note 521, page 156 : Muratori XXII, c. 197. [retour]

Note 522, page 157 : Le 30 mai 1391, Clément VII remplace Jehan de li Sèche, laissé comme châtelain de Soriano (province de Viterbe) par feu Bernardon de la Salle, par Jean Jandon de Grammont et Raymond de Chissé. Cf. No 4575 pour plus d’information. [retour]

Note 523, page 157 : Cf. Nos 4973 et 4982. [retour]

Note 524, page 157 : Le pape avait à son service ce gentilhomme gascon; il charge le Genevois Jean de la Naz, maître de la palaphernerie et écuyer du pape, le maître huissier Pierre de Niort, et Antoine Isnard, familier, de régler les questions de solde, de recevoir les terres et d’en confier la garde (13 et 19 septembre 1392): cf. Nos 4859, 4860 et 4867. Le 13 septembre 1392, d’ailleurs, il inféodait à Bernard de Serres, sous le cens annuel d’une livre de cire, le port de Noves près d’Avignon (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 270, f. 72 v). Cf. aussi Valois II, p. 165. [retour]

Note 525, page 157 : Clément VII peut encore confirmer le 29 mars 1393 Gisiphe, abbé de Grottaferrata, au diocèse de Tusculum, à une vingtaine de kilomètres de Rome, en remplacement de l’abbé Jérôme décédé. Gisiphe a été élu par ses confrères et s’est adressé au pape d’Avignon (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 305, f. 158 r-159 v). Nous sommes, il est vrai, dans les domaines du comte de Fondi, mais n’y a-t-il pas de quoi entretenir bien des illusions à la Cour d’Avignon ?
Sur les succès du parti angevin à Naples, cf. De Boüard, p. 101 sq. Sur les derniers projets de chevauchée en Italie et la politique des princes français, cf. De Boüard, p. 123 sq. et p. 137 sq. [retour]

Note 526, page 158 : Sur la période d’indifférence castillane, cf. Seidlmayer, p. 25 sq. L’enquête de Medina del Campo, conduite par Rodrigue Bernaldez, est une de nos meilleures sources pour comprendre l’histoire du schisme. M. Seidlmayer en a fait grand usage et en a publié de très larges extraits, d’après les manuscrits de la Bibliothèque Nationale de Paris, ms. lat. 11 745 (cf. aussi ms. lat. 1469). Cf. Seidlmayer, p. 41 sq. et p. 231-289. [retour]

Note 527, page 158 : Baluze IV, p. 250, No 216; Seidlmayer, p. 62; Histoire de l’Eglise XIV, p. 37. [retour]

Note 528, page 158 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 34 et p. 58; Seidlmayer, p. 65-117 et p. 346-362 (textes). Dès 1382, cette « indifférence » penchait fortement pour l’obédience d’Avignon. [retour]

Note 529, page 158 : Baluze IV, p. 302, No 227; Seidlmayer, p. 117; Valois II, p. 213 sq. [retour]

Note 530, page 158 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 59. Il ne faudrait pas attacher trop d’importance à la publication des censures ecclésiastiques promulguées par Clément VII contre Urbain VI et Boniface IX, comme aussi à ses interdictions touchant le jubilé. Elles furent envoyées à tous les diocèses (cf. Nos 4233 à 4238). Cf. aussi Valois II, p. 216 sq. [retour]

Note 531, page 158 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 60 sq. [retour]

Note 532, page 158 : En 1384, l’archevêque de Braga reçoit les bulles nécessaires pour absoudre les urbanistes (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 236, f. 501-502). [retour]

Note 533, page 159 : Valois II, p. 316 sq. [retour]

Note 534, page 159 : Valois II, p. 318 sq. ; Histoire de l’Eglise XIV, p. 49. Il ne faut pas attacher une importance excessive à des bulles, comme celles qui accordent à John Dedimor un canonicat à Lincoln, libéré par le décès du cardinal Anglic Grimoald et donnant pour exécuteurs l’évêque de Winchester, l’abbé de Stratford et l’archidiacre de Tournai (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 302, f. 327 v-328 r). [retour]

Note 535, page 159 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 40, 42, 61. [retour]

Note 536, page 159 : Valois II, p. 224 sq. ; Histoire de l’Eglise XIV, p. 40 sq., 53. [retour]

Note 537, page 159 : Histoire de l’Eglise XIV, p. 50 sq. [retour]

Note 538, page 160 : Ainsi à la diète de Francfort (février-mars 1379): « ... das wir und auch sie (les princes électeurs, etc.) cristenlichen gelauben sterken und de egenanten hern Urban vor rechten pabiste halden und ym beigestendig seyn und sulichen obgenanten des vorgenanten widerpabstes Robertus von Genff und seyner czuleger die sich cardinalen nennen und allir ander yrer beygestendiger und volger yrresal und ungelawben storen wenden und keren sullen und wollen, so verre wir ymmer mugen, ane aliis geverde... » (J. Weizsäcker, Reichstagsakten unter König Wenzel I, Göttingen 1956, p. 235). Venceslas refuse toute correspondance avec Clément VII, ne reconnaît aucun bénéfice conféré et agira selon les recommandations d’Urbain VI (ib., p. 232 sq.).
Venceslas renouvellera sa déclaration d’adhésion à Urbain VI aux diètes de Francfort de septembre 1379 et d’avril 1380, ainsi qu’à celle de Nuremberg de janvier, février 1381 (J. Weizsäcker, op. cit., p. 260, 274, 282 sq.). [retour]

Note 539, page 160 : Le comte Pierre de Genève avait fait partie en 1376 de l’ambassade déléguée par Charles IV et Venceslas à Grégoire XI, avec Amédée de Savoie, Raymond des Baux, prince d’Orange (beau-frère de Pierre de Genève et de Clément VII et parent du pape Grégoire), Guillaume, vicomte de Turenne, et Louis de Poitiers, comte de Valentinois, seigneurs apparentés au pape, Evrard de Katzenelbogen et Conrad de Geisenheim, doyen de Spire. L’objet de l’ambassade était d’assurer à Venceslas la succession à l’Empire, en gagnant à ce projet le pape et les cardinaux (J. Weizsäcker, op. cit., p. 116-117). La personnalité de Venceslas était loin de rendre ce projet attrayant. [retour]

Note 540, page 160 : Clément VII transfère Adolphe le 18 avril 1379 (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 219, f. 436 v). Il lui fait remise d’une dette de 17 587 florins, etc. (Cf. Göller, p. 1-2). [retour]

Note 541, page 160 : Jean de Nassau reçoit l’évêché de Spire le 18 avril 1379, avec dispense d’âge (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 219, f. 436 r et R. Av. 215, f. 95 r; Göller, p. 68). [retour]

Note 542, page 161 : A Utrecht, le pape d’Avignon place Raynold de Viane le 28 novembre 1379 (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 221, f. 39 v), à qui il accorde un certain nombre de grâces usuelles et qui semble s’être imposé (Göller, p. 127). Il pourvoit à une foule de bénéfices et je compte 19 chanoines d’Utrecht et une vingtaine d’autres dans les collégiales de la ville, outre bien d’autres dignitaires et clercs (Göller, p. 241-243). A Deventer, il donne à Henri de Angheren le doyenné occupé par un urbaniste, et correspond avec une douzaine de chanoines, accorde de nombreux bénéfices à la collation de cette collégiale (Göller, p. 200-201). [retour]

Note 543, page 161 : Clément VII destitue Florent de Wevelichove (20 février 1380) et aggrave les sentences (1380-1384) contre cet évêque, ainsi que contre Jean Potho, autre intrus, qui ont dû disputer l’évêché à Heidenricus, le prélat clémentin. Néanmoins, une douzaine de chanoines et une quinzaine de clercs s’adressent à Clément VII pour de nombreux bénéfices (Göller, p. 29, 42, 93 et 224). [retour]

Note 544, page 161 : A Würzbourg aussi, Clément VII peut compter sur bien des chanoines et des clercs. Tous ne sont certes pas in partibus (Göller, p. 247-248). [retour]

Note 545, page 161 : Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 291, f. 212. Cf. aussi Histoire de l’Eglise XIV, p. 52. Urbain VI, puis Boniface IX encourageront plus tard cette université. [retour]

Note 546, page 161 : Clément VII l’absout ainsi que Lambert, transféré au siège de Bamberg, de l’excommunication encourue pour n’avoir pas payé ses services communs (Göller, p. 30). Ce genre de mesure est significative et de la répugnance du clergé allemand à payer ses dettes envers la papauté, et des faveurs que la rivalité des deux pontifes leur inspirait pour accroître le nombre de leurs partisans. A partir de 1380, on ne trouve plus d’actes. Il semble que le changement d’obédience se soit fait au printemps 1380 (cf. Histoire de l’Eglise XIV, p. 37, n. 16). [retour]

Note 547, page 161 : En tout premier lieu, le prévôt, Jean d’Ochsenstein senior, qu’il pourvoit de la prévôté le 29 octobre 1379 et à qui Clément VII remet ses dettes à l’égard de la Chambre apostolique (2 août 1380). Je compte parmi les personnes mentionnées dans la correspondance avignonnaise 48 clercs, des nobles, 6 chanoines de Strasbourg, dont des nobles habsbourgeois: deux Kibourg (Jean et Eberhard), deux Lutzelstein (Bourcard et Volmar) et Jean d’Ochsenstein junior. Ils n’étaient probablement pas résidents. Un troisième Kibourg, Egon, reçoit l’expectative d’une prébende à Strasbourg. Tous ces actes concernent les deux premières années du pontificat (Göller, p. 14, 25, 84, 91, 142, 237, 238). Jean d’Ochsenstein senior périra à Sempach (9 juillet 1386). [retour]

Note 548, page 162 : La correspondance est nombreuse, surtout pour les deux premières années, mais elle s’étend jusqu’à 1385. Göller cite 22 clercs, des laïcs, plusieurs chanoines de la cathédrale ou des collégiales de la ville. Un Henri de Bylant, un Goswin de Duisborch ou un Henricus van Buren semblent avoir joui de leurs bénéfices (Göller, p. 38, 45, 198, 199). [retour]

Note 549, page 162 : Göller, p. 194. [retour]

Note 550, page 162 : Mais il s’agit essentiellement de lettres de la première année (Göller, p. 247). [retour]

Note 551, page 162 : Promu évêque de Leitomischl le 27 février 1380, Hinko et son frère Henri de Stwolenka, qui succéda à Hinko comme doyen de Prague, tous deux nonces en Allemagne et Bohême (notamment en 1389-1391), durent se réfugier à Fribourg-en-Brisgau et y vivre d’une pension (Göller, p. 43, 55 et 60). [retour]

Note 552, page 162 : Clément VII le pourvoit le 8 novembre 1378 (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 219, f. 402 v); il lui accorde la faculté de choisir son confesseur le 27 septembre 1381, le pouvoir de conférer des bénéfices déjà pourvus par Urbain VI, le 24 juillet 1385 (Göller, p. 136). Ces lettres, comme la correspondance touchant ce diocèse prouvent une certaine activité clémentine (Göller, p. 195). Cet évêque mourut cependant à la Cour d’Avignon peu avant le 8 mars 1387 (Valois I, p. 292, n. 2). [retour]

Note 553, page 163 : Le 18 décembre 1378 (Göller, p. 195). [retour]

Note 554, page 163 : Adolphe de Nassau est solennellement reconnu comme archevêque de Mayence à la Diète de Nuremberg, au début de 1381, puis à celle de Francfort, en juin-juillet 1382 (cf. J. Weizsäcker, Reichstagsakten unter König Wenzel I, Göttingen 1956, p. 287 et 351). [retour]

Note 555, page 163 : Valois II, p. 304 sq. Le 6 ou 18 août 1386, Clément VII fait célébrer une messe funéraire à l’église des Frères mineurs d’Avignon (Valois II, p. 305, n. 1; Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 361, f. 157 v). [retour]

Note 556, page 164 : Il nous en reste un mémoire intéressant, daté de Prague du 21 août 1383, résumant les arguments employés par les ambassadeurs français (J. Weizsäcker, op. cit., I p. 398-408). [retour]

Note 557, page 164 : Valois II, p. 291 sq. [retour]

Note 558, page 164 : Le margrave de Bade était sous l’influence du duc Léopold III d’Autriche, et peut-être du roi de France. Clément VII lui accorde une dispense pour son mariage avec Marguerite de Hohenberg et la même faveur qu’à Eberhard de Wurtemberg, rédigée, semble-t-il, le même jour et en termes identiques (Cf. Valois II, p. 292-294, et la note qui suit). [retour]

Note 559, page 164 : Clément VII lui accorde, le 18 mai 1392, 20 000 florins à percevoir sur les recettes de la Chambre apostolique dans les provinces de Mayence, Cologne et Trêves, dès que ces régions seraient revenues à son obédience, mais la lettre note mélancoliquement qu’Eberhard « quasi solus illarum partium infatigabiliter scutum fidei tenet » (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 303, f. 6 r-v). [retour]

Note 560, page 164 : Le 20 mai 1385, il incorpore le monastère des chanoines réguliers o.S.A. à la mense archiépiscopale de Salzbourg; l’église Saint-Georges in Hartkilch à la chartreuse Montis S. Johannis Bapt. de Fribourg-en-Brisgau (Göller, p. 193 et 204). Le monastère de Sankt Blasien reçoit le 12 mai 1392 les paroissiales de Plochingen et de Ruit; Sankt Urban en Suisse reçoit le 26 octobre 1390 l’église de Dettingen; Beromünster reçoit le 6 septembre 1389 les églises de Neudorf et d’Hagglingen, etc. (cf. Göller, p. 124 *). [retour]

Note 561, page 164 : Cf. plus haut les notes 540 et 546. [retour]

Note 562, page 165 : Tellenbach, p. 7. [retour]

Note 563, page 165 : Thierry de Nyem mentionne que le 14 décembre 1384 Urbain VI crée de nombreux cardinaux, 17 ou 18 selon d’autres sources, parmi lesquels six Allemands, les archevêques de Cologne, Mayence et Trêves, les évêques de Liège et de Breslau et Pierre de Rosenberg, qui, après réflexion, refusent unanimement la pourpre, même après qu’Urbain leur eut garanti qu’il leur laisserait l’administration de leurs diocèses (Nyem I, 44, éd. p. 81). [retour]

Note 564, page 165 : Göller, p. 2. Il dut fuir cependant (Valois II, p. 312). [retour]

Note 565, page 165 : Göller, p. 226, 231. Un Nicolas de Cosendorp, curé d’une paroisse livonienne, obtient un canonicat de l’église d’Œsel (Göller, p. 112). [retour]

Note 566, page 165 : Le 16 décembre 1383 (Göller, p. 97). [retour]

Note 567, page 165 : Le 20 juillet 1384. Il s’agit de Jean Jagow, dès le 18 février 1383 évêque de Selbourg en Livonie (Eubel I, p. 445 et 464). [retour]

Note 568, page 165 : Valois II, p. 314-315. [retour]

Note 569, page 165 : Il avait pour cela relevé de ses vœux l’ultime prince de la dynastie des Piast, moine à Saint-Benigne de Dijon (Valois II, p. 310-311; Histoire de l’Eglise XIV, p. 62). [retour]

Note 570, page 165 : Valois II, p. 309 sq. Notamment à Durazzo (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 313, f. 103 v). Le 26 août 1385, il accorde une pension de 3000 florins à Ladislas Wanode, noble transylvain de Hongrie, qui veut venir à son service (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 242, f. 154 r). [retour]

Note 571, page 166 : Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 292, f. 68 v. [retour]

Note 572, page 166 : Valois II, p. 218 sq. Que penser des lettres du 11 juillet 1387, où Clément VII, acceptant la démission de l’évêque de Nicosie, André, ordonne au patriarche de Jérusalem, son nonce à Chypre, de pourvoir l’intrus du siège épiscopal contre remise à André d’une pension variant selon les bulles de 3000 à 4000 ducats (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 248, f. 108 v-109 r, f. 110 v-111 r, f. 116 r), voire une pension non précisée et une indemnité de 4000 ducats (cf. ib. f. 104 r-v) ? Le légat avait donc une certaine marge. Sur les négociations de cet André, élu de Nicosie et nonce à Chypre en 1385, cf. Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 300, f. 425 r-428 r et 429 r-431 r. [retour]

Note 573, page 166 : Clément VII nomme collecteur pour l’Orient, sauf Chypre, Guillaume Grilhet, chanoine de Patras, le 10 juin 1381 (Arch. Seg. Vat. - Coll. 359 A, f. 82 r-83 r). On voit aussi le pape s’occuper de certains détails marquant son emprise. Ainsi, il confirme le 1er juin 1385 la vente faite à Rhodes en 1380 par le Grand maître de l’Hôpital à Jean Corsini de Florence, « plus offerenti », de « 15 apothecas, 16 magazenos », une chambre et une maison (Arch. Seg. Vat. - R. Vat. 300, f. 447 v-449 v). [retour]

Note 574, page 166 : Cf. Nos 3500 à 3509. Aymon Séchaux est parti avec 55 bulles pontificales lui concédant une foule de pouvoirs. [retour]

Note 575, page 167 : Valois II, p. 232. [retour]

Note 576, page 167 : Valois II, p. 429. N’est-ce pas la conception d’églises nationales autocéphales. [retour]

Note 577, page 167 : Clément VII, le 11 avril 1384, fait percevoir le subsidium caritativum sur les évêchés français. Cf. sa lettre à Antoine de Lovier (No 2730). Il suffit de songer au témoignage de Jean de Murol pour savoir que cette détresse n’était pas une clause de style. Sur les expédients des deux partis, cf. Favier, p. 583, 590. [retour]

Note 578, page 167 : Hefele VII1, p. 485 sq. [retour]

Note 579, page 168 : Pastor éd. ital. I, p. 194-195. [retour]

Note 580, page 168 : La lance, morte ou vive, coûte environ 18 florins par mois en 1381-1382. Bernardon de la Salle a une compagnie de 260 lances (Arch. Seg. Vat. - Coll. 359 A, f. 171 r-v), celle des Bretons Hemond de Tressili et Johannes Cortadiou est de 120 lances (ib., f. 169 v-170 v), Guillaume de Calam n'a qu’une petite troupe de 8 lances, puisqu’il touche 2141 florins pour 14 mois et 24 jours de campagne (ib., f. 194 r-v). Le Comte Vert, Amédée VI, commandait le contingent savoyard qui était de 1000 hommes d’armes, 100 lances et 11 arbalétriers à pied. Les contingents sont la plupart relativement modestes dans nos sources. Faut-il croire les chiffres considérables des chroniques italiennes ? Louis d’Anjou parle lui-même de 60 000 hommes. Bernabò Visconti indique 26 barons, 8000 lances, 2000 arbalétriers, en tout plus de 50 000 hommes. Il semble bien qu’il faille compter 8000 à 9000 lances, soit 50 000 à 60 000 hommes (Valois II, p. 38 sq.). A raison de 18 florins par lance et par mois, en prenant pour base la solde de Bernardon de la Salle, on obtiendrait une dépense de l’ordre de 160 000 florins par mois de campagne. Ainsi se comprendrait le relevé de la Chambre apostolique indiquant que Louis d’Anjou aurait touché 715 245 francs, 21 sols, 10 deniers, monnaie d’Avignon (Valois II, p. 25, n. 2, cf. aussi p. 26, n. 5).
L’appui naval n’est pas moins onéreux. L’entretien d’une galère en campagne coûte 2000 florins (prix payé par Urbain VI, par galère génoise, équipée de 180 rameurs et 50 archers en 1385, cf. Gregorovius XII, p. 115 sur le témoignage de Gobelinus Person). C’est aussi le chiffre payé par Clément VII, par galère marseillaise, d’après les papiers du cardinal P. Gérard (Valois II, p. 442). Dans les deux camps, les prix semblent se tenir.
Clément VII consacre la quasi-totalité de ses ressources à cette campagne. Comme preuve, je citerai cette lettre du 25 janvier 1382 au collecteur Guillaume du Lac: « Dudum... pro recuperatione... terrarum... Ecclesie partium Italie... decimam omnium reddituum... ecclesiasticorum in Lugdunen., Viennen., Bisuntin. et Tarentasien. provinciis, a parte Imperii consistentium, usque ad biennium... duximus imponendam... . Cum autem... onera non diminuta sed potius aucta ac hujusmodi biennium jam elapsum fore noscantur, nos... decimam... usque ad triennium a dat. presentium... ab... omnibus, preterquam a... cardinalibus... necnon a d.f. magistro, prioribus et preceptoribus ac fratribus Hospitalis S. Johannis Jerosolimitani, qui contra hostes fidei Christiane exponunt... se et sua... solvendam... duximus imponendam, volentes quod hujusmodi decima per te... colligatur... . Dat. Avinione VIII kal. febr. p.n.a. quinto. » (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 233, f. 47 v-49 r). Clément VII se voyait obligé de consacrer cinq années de recettes à l’extinction des dettes contractées pour la grande chevauchée italienne du duc d’Anjou.
En 1384, on retrouve des contingents semblables. Louis de Trians emmène 60 lances (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 238, f. 95 r-96 r). Miles de Dormans, évêque de Beauvais, conduit 200 lances et en avance la solde (ib., R. Av. 238, f. 136 r-v). N. Valois énumère aussi d’autres versements faits par le pape pour cette cause (Valois II, p. 120 sq.). Cf. aussi Favier, p. 611 sq.
La défense de la Provence contre le remuant sire des Baux, Raymond de Turenne, affecte l’ensemble des revenus ecclésiastiques de la Provence (Arch. Seg. Vat. - R. Av. 272, f. 133 v-135 r) et probablement bien au-delà. Cf. aussi Favier, p. 634 sq.
Il n’y a rien d’étonnant à constater l’opposition croissante des laïcs. En 1386, le duc de Bretagne interdit la levée papale d’un subside sans son consentement (Histoire de l’Eglise XIV, p. 63). [retour]

Note 580 bis, page 169 : cité par Pastor éd. it. I, p. 136. [retour]

Note 581, page 169 : Sur la crise économique, l’accord s’est fait sur la tendance générale de la conjoncture du XIVe siècle. La dépression n’empêche ni des renversements de tendance locaux ou momentanés, ni des réussites financières individuelles ou collectives. Cf. les conclusions du rapport de M. Mollat, P. Johansen, M. Postan, A. Sapori et Ch. Verlinden, L’économie européenne aux deux derniers siècles du Moyen-Age, dans Congrès international des Sciences historiques, Rome 1955, vol. VI, Relazioni generali e supplementi, p. 801-957. Les auteurs insistent sur l’aspect de tendance générale de la conjoncture (ib., p. 943). Cf. aussi la mise au point de J. Heers, L'Occident aux XIVe et XVe siècles, aspects économiques et sociaux (Nouvelle Clio, No 23), Paris 1963, notamment p. 103 et 295. [retour]

Note 582, page 170 : Cf. la célèbre étude du P. Denifle, La Désolation des églises, monastères et hôpitaux en France pendant la guerre de Cent Ans, 2 vol., Paris 1897-1899. [retour]

Note 583, page 170 : Une partie importante de l’opinion publique voudra exclure les cardinaux de l’élection du Souverain Pontife. Il faudra négocier un compromis Hefele VII1, p. 467 sq.; Valois IV, p. 392-402). [retour]

Note 584, page 170 : Histoire de l'Eglise XIV, p. 78. [retour]

Note 585, page 170 : Histoire de l'Eglise XIV, p. 71; De Boüard, p. 123 sq. [retour]

Note 586, page 171 : Duparc, p. 329. [retour]

Note 587, page 171 : Duparc, p. 307-308, n. 4. [retour]

Note 588, page 171 : Duparc, p. 303-304; Baluze I, p. 511. [retour]

Note 589, page 171 : Duparc, p. 314, n. 1. [retour]

Note 590, page 171 : Baluze I, p. 511. [retour]

Note 591, page 171 : Duparc, p. 329 et n. 3. [retour]

Note 592, page 171 : Nicolas des Graviers dut succéder le 1er juin 1392 à Aymaret de Bosson, le receveur institué par Pierre de Genève (Duparc, p. 329, n. 4). [retour]

Note 593, page 171 : Duparc, p. 329-330, n. 4. [retour]

Note 594, page 171 : Duparc, p. 330. [retour]

Note 595, page 171 : Duparc, p. 330 également. [retour]

Note 596, page 172 : Arch. Seg. Vat. - Coll. 457, f. 48 r. Odon de Villars sera régent du Comtat du 21 mai 1390 au 13 avril 1393 (cf. mon article dans la Revue Historique Vaudoise, 1971, p. 13, et Arch. Seg. Vat. - R. Av. 272, f. 110 r-111 r). [retour]

Note 597, page 172 : Ainsi il inféode au chevalier François de Verbouz, cousin germain du camerlingue François de Conzié, la seigneurie de Châtel (Foras V, p. 574). Le 28 avril 1392, il accorde un revenu annuel de 40 florins d’or sur le péage du château de Sorgues et de 3 charges de froment sur le moulin de Bédarrides à l’Auvergnat Pierre Nolhac, serviteur de son frère (cf. No 4764). Le 5 janvier 1393, il pourvoit son chancelier Pierre de Juys d’une indulgence pour toute irrégularité encourue du fait de sa charge et lui accorde le choix d’un confesseur qui l’absolve (cf. Nos 4920 et 4921). Bulle obligeant les ecclésiastiques d’Annecy de contribuer aux frais de l’enceinte: cf. No 4917. Exemption de comparaître hors du comté: cf. No 4918. Ce privilège fut d’ailleurs invoqué lors d’une affaire l’année suivante, à propos d’une citation en justice (Archives E. Genève: PH 344). Je me propose de publier d’autres pièces touchant l’activité de Clément VII en tant que comte de Genève. [retour]

Note 598, page 172 : Duparc, p. 332 et n. 1. [retour]

Note 599, page 172 : Une autre source dit « post longam corporis infirmitatem » (Baluze II, p. 908). Cf. aussi la cedula citée à la note suivante. [retour]

Note 600, page 173 : Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 154 r; Baluze I, p. 537, indique seul: « circa horam sextam » et I, p. 518, « post satis brevem infirmitatem ». Cf. aussi No 5468. Nous avons un récit de ses derniers instants dans un manuscrit déposé au Musée Calvet d’Avignon :
Mort du pape Clément VII. Cedula de morte domini Clementis papae VII, fundatoris Celestinorum Avenionis quae est scripta in chronicis cum additamento epitaphii. Dominus Clemens papa VII, primus fundator celestinorum Avenionis, obiit in Avenione, in palatio apostolico, post longam corporis infirmitatem, die sexta mensis septembris et anno domini 1394, inter nonam et decimam horam, praesentibus dominis Francisco, archiepiscopo Narbonensi, ejus camerario, Guillelmo, archiepiscopo Rothomagensi, Antonio, episcopo Magalonensi, fratre Raymundo Rusti, ordinis praedicatorum, ejus confessore, Guillelmo Gisso, subdiacono papae, et archidiacono Joanne de Verbouz, archidiacono Senonensi, Jacobo Pollerii, curato beatae Mariae Montisfortis Rothomagensis diocesis, Petro Trocelli, archidiacono Bituricensi, Stephano de Salinis, et Audiberto de Salia, preposito Tolosano, ejus cubiculariis, Ponceto de Curte, clerico capellae papae; ac dominis de Altavilla, Francisco de Mantone et Petro de Aretone, militibus; necnon Nardino de Florentia, Raymundo de Pozozolis, et Petro Falqueti, magistris in medicina ; Jacobo Bruneris, Aymone de Ternay, Percevallo de Arentone, Bastardo de Gebennis, Joanneto de Molino, Jacometo Jurbino, Baudeto de Sadone, ejus servitoribus ; et fuerunt ultima verba quae dixit ante vitae exitum illa quae sequuntur omnibus audientibus.
Primo junxit manus et ipsas ante vultum suum sic junctas posuit; et occulos et vultum totum ad coelum levavit dicens: « Beau Sire, Dieu, ha beau Sire, Dieu, je te prie que tu ayes mercy de mon ame, et me veuilles pardoner mes péchés: et toy, très douce mere de Dieu, je te prie que à cas tu me veuilles ayder envers ton benoist fils, nostre Seigneur. » Et hic aliquantulum quievit, et statim subjunxit verba quae sequuntur: « Tous les benoits de Paradis, je vous supplie que vous veuillez aider à mon ame aujour-d’huy » et post dixit: « Ha, ha, Luxembourg, je te prie que tu me veuilles aider. »
Et ista verba audientes omnes suprascripti clamabant, orantes etiam pro sanitate sui corporis ; et faciebant vota ad visitationem sanctorum locorum et dicebant domino nostro papae, quod oraret etiam pro sanitate sui corporis; qui hoc facere recusavit clamando altâ voce: « Pour l’ame, pour l’ame, pour l’ame. » Quibus dictis et in manibus et brachiis supradictorum existens, vestitus et calceatus, et in ita bona memoria et sensus sicut unquam visus fuit, oculos clausit; et sic animam Deo reddidit et expiravit, absque eo quod aliqualem sorditiem emiserit per os, per nares, per aures seu per aliam partem corporis, immo visus est omnibus dormire; et talis semper apparuit in vultu, licet fuerit custoditus totâ illâ die, et in crastinum totâ die in magna capella palatii et usque ad veneris sequentem, horâ meridiei; quâ horâ, post solemnissimas exequias in ecclesia beate Mariae de Domnis factas, ibidem depositus fuit in proprio loco in quo dominus Urbanus quintus etiam depositus fuit, videlicet in capella domini Joannis papae XXII. Anima ejus per misericordiam Dei requiescat in pace. Amen. (Bibl. d’Avignon, Musée Calvet, ms. 2465, f. 37). [retour]

Note 601, page 174 : Baluze II, p. 907-908, rassemble plusieurs témoignages. La lettre de l’Université de Paris lui demandait d’abdiquer pour résoudre le schisme; elle avait été écrite le 17 juillet 1394 (Valois II, p. 426-428; Bibl. Nat. ms. lat. 14 643, f. 23 v). Mais Valois note que notre pape avait repris espoir.
En effet, si le projet de 1391 d’une vaste chevauchée, devant conduire Clément VII à Rome, n’avait pas abouti, les négociations avec la Cour de France avaient continué. En 1393, les princes français avaient suggéré de reprendre le plan d’un Etat vassal du Saint-Siège dans le nord de l’Italie, contenu dans la fameuse bulle du 13 avril 1379 créant le Royaume d’Adria. Considérant que cet acte contenait « moults de notables fautes », Clément VII avait répondu à ces avances par la négative, mais il remplaçait cet engagement fort discutable par la promesse d’inféodations de places. Les pourparlers sur ce plan en étaient là quand il mourut (De Boüard, p. 146-154). Le pape n’avait-il pas versé aux Angevins, de 1378 au 31 octobre 1394, 1 175 748 francs ? Cette mise énorme incitait Clément VII et ses cardinaux à poursuivre leur politique napolitaine; mais, rendus prudents, ils hésitaient fort à financer une nouvelle expédition française, qu’ils devisaient à un million (Favier, p. 611-633). [retour]

Note 602, page 174 : « Sepultus in ecclesia Avinionen. die veneris 18 dicti mensis. » (Arch. Seg. Vat. - Obl. 49, f. 53 r). « Anno a Nativitate domini millesimo trecentesimo nonagesimoquarto et die mercurii XVI mensis septembris, inter nonam et decimam horam, felicis recordationis dominus Clemens papa septimus, anno sui pontificatus XVI animam suam eius Creatori reddidit et die veneris immediate sequenti corpus suum traditum extitit in ecclesia Avinionensi, juxta sepulturam domini Johannis pape XXIIdi, ecclesiastice sepulture et tunc in collegio erant vigintiquatuor cardinales domini, quorum vigintiunus etiam presentes in curia... » (Arch. Seg. Vat. - Obl. 43, f. 169 r). « Die veneris XVIII septembris sepultura facta fuit corporis hora ante tertiam et receptum fuit corpus de cappella magna palatii, et portatum ad Sanctam Mariam ecclesie cathedralis Avinionensis ubi congregati erant cardinales; celebravit missam dominus de Giffono cardinalis, et fecit sermonem. » (Baluze I, p. 539). Léonard de Giffono, fidèle partisan de Clément VII au royaume de Naples et qui fut naguère maltraité pour sa fidélité au pape genevois, était comme lui franciscain, ce qui explique qu’il ait été l’officiant. [retour]

Note 603, page 175 : Nicolas de Brancas, napolitain, un des premiers cardinaux créés par Clément VII, célébra l’office et prononça le sermon. Y participèrent son camerlingue François de Conzié, archevêque de Narbonne, les archevêques de Reims (Gui de Roye) et de Rouen (Guillaume de Vienne), les évêques de Maguelone (Antoine de Louviers), de Châlons (Charles de Poitiers), de Valence (Jean de Poitiers, frère du précédent), de Vaison (Rodolphe de Bonneville), d’Avignon (Gilles Bellemère) et d’Orange (Pierre de la Magnania, un Espagnol) qui l’avaient connu. « Die dominica XVIII septembris anno CCCC primo, domino nostro papa Benedicto XIII existente, in hoc palatio obsesso et incluso, fuit translatum corpus predecessoris sui domini Clementis predicti, de Nostra Domina ad ecclesiam novam Celestinorum hujus civitatis. » (Baluze I, p. 518, n. 21).
Benoît XIII, alors assiégé au Palais des Papes, n’assistait donc pas à la cérémonie, dont la pompe avait peut-être aussi pour but de souligner son indigne captivité (Valois III, p. 245).
L’église des Célestins fut édifiée de 1395 à 1425 pour entourer le corps de Pierre de Luxembourg (1369-1387). Sur le tombeau de Clément VII, citons les études de L. Duhamel: Les œuvres d'art du monastère des Célestins d'Avignon, dans Bulletin Monumental, 1888, p. 109-130; et de E. Muntz: L'antipape Clément VII dans la Revue Archéologique, IIIe série, t. XI, p. 8-18 et p. 168-183; catalogue manuscrit du Musée Calvet, t. II, f. 23 v; Louis Gonse, Les chefs-d'œuvre des Musées de France: sculptures, dessins, objets d'art, Paris, 1904, p. 81; J. Girard, Catalogue illustré du Musée Calvet d'Avignon, Avignon, 1924, p. 57, No 56 ; enfin L. H. Labande (qui fut conservateur du Musée Calvet), Le tombeau de Clément VII (Robert de Genève), dans Revue Savoisienne XXXVIII, 1897, p. 93-98; il en parle aussi dans deux articles parus dans L’Art, 1903, p. 592 et 1904, p. 20.
La date du 8 septembre est donnée par l’annaliste des célestins dans un manuscrit de la Bibliothèque d’Avignon cité par L. Duhamel. Ce manuscrit indique que la translation fut exécutée sur les ordres du fidèle camerlingue François de Conzié, archevêque de Narbonne, et conformément au vœu de Clément VII. La cérémonie de translation fut imposante, si l’on en croit un autre chroniqueur avignonnais. « Il y avait quatre cents torches de cire, sçavoir cent de la ville, cent du comté Venaissin et deux cents des héritiers du pontife défunt. » (Marquis de Cambis-Velleron, Bibl. d’Avignon, ms 2778, f. 167 v., cité par Labande).
A cette occasion, François de Conzié remit aux Célestins de Villeneuve les livres et objets d’art que Clément VII avait réunis pour le couvent qu’il avait projeté des Célestins d’Annecy, et parmi eux le missel cité à la note suivante.
Le tombeau lui-même fut construit en 1401, juste devant les degrés du maître-autel. François de Conzié confia le travail à Pierre Morel, l’architecte de l’église des Célestins. C’était un bloc de marbre blanc, décoré sur ses parois de niches avec des statuettes de la Vierge et des apôtres. Clément VII gisait, la tête surmontée de la tiare et reposant sur un coussin brodé à ses armes, comme en témoignent les restes qui subsistent et cette description : « Quia vero corpus praedicti Clementis, post ejus mortem, in ecclesia Beatae Mariae de Domnis, ecclesia Coelestinorum nondum aedificata, ad tempus conditum fuit. Ejus camerarius, praedicta ecclesia constructa, Clementis ossa fecit solemniori ritu sepeliri et coram majori altari et super cryptam mausoleam elegantius extrui curavit, in cujus rei memoriam super tumbam ejus effigiem preferentem in habitu pontificali, circumseptam effigiebus Beatae Mariae Virginis et Apostolorum construi curavit, anno 1401, mense Septembri. » (Bibl. d’Avignon, ms. 2885, cité par Duhamel et Labande). Cf. Pl. I.
Une longue épitaphe fut placée sur cette tombe, aujourd’hui disparue, mais plusieurs fois copiée par des visiteurs, non sans quelques variantes parfois. Elle retraçait la carrière du pape défunt: « Hic requiescit Dominus Clemens, Papa septimus, primus hujus coenobii fundator, ex patre Amedeo, comite Gebennensi, matre vero Matilda de Bolonia genitus, qui fuit prothonotarius, Morinensis et Cameracensis Episcopus, deinde Cardinalis, demum ad Papatum Fundis assumptus et, curia huc incolume reducta, Dominum Petrum Cardinalem de Luxemburgo, miraculis coruscantem, in hoc cimiterio sepultum ad cardinalatum assumpsit et, in fine anni decimi sexti sui Pontificatus migravit ad Christum, die decima sexta septembris, anno Domini M CCC XCIIII. Cujus anima in pace requiescat. Amen. » (Martyrologium Coelestinorum, Bibliothèque d’Avignon, cité par L. Duhamel, op. cit., p. 128-129, et par Labande).
Comme ce monument gênait l’accès au maître-autel et à la chapelle du bienheureux Pierre de Luxembourg, le prieur fit approuver le 12 octobre 1658 un projet de transfert au milieu du chœur. Le monument funéraire y subsista jusqu’à la Révolution. La tombe et les ossements du pape restèrent cependant à leur place primitive. [retour]

Note 604, page 177 : Avignon, Musée Calvet, m.s. 136, f. 319 r (Valois I, p. 81, n. 2), missel que J. Girard attribue pour sa part à Urbain V (J. Girard, Catalogue... (cité), p. 139). [retour]

Note 605, page 177 : Arch. Seg. Vat. - R. Av. 248, f. 138 r - Lettrine d’une lettre adressée à Jean de Brogny, cardinal de Sainte-Anastasie. Cf. Pl. II. [retour]

Note 606, page 177 : « Ipse a Deo multa habere meruit tam naturalia quam gratuita dona. Fuit enim statura magnus, decorus facie et sonorus in voce. Scripsit mirabiliter, dictavit notabiliter, et cantavit seu celebravit divina officia multum eleganter. Fuit insuper providus in consiliis, sapiens in dubiis, et patiens in adversis, non elatus in prosperis, nec iratus injuriis, aut commotus convitiis. Tam in conviviis quam locis aliis, cum esset affabilis, gratus, solatiis cunctis loquebatur. Egenis orphanis et viduis libenter subvenit et dedicatis studiis providit frequenter. Tamen contra ritum et consuetudinem suorum predecessorum consistoria et consilia tenuit satis raro et hora tardiori. Fuit etiam valde morosus et longus in negotiis sibi incumbentibus expediendis. » (Baluze I, p. 517-518).
« Peritus in multis idiomatibus, valde bene scribens, et vocem habens sonoram et magnam; erat valde eloquens et pulcherrime stature, gentes armorum sustentans et diligens et cantores atque alios musicos. » (Bibl. Nat., ms. lat. 4991 A, f. 100 v). Cité avec ces vers:
« Venustus facie, clara quoque voce, peritus
Cantu, quem gratum musica voxque dedit. »
(Baluze II, p. 908).
« Ad ipsius autem personam aspectum habuisse dicuntur, ultra merita sua, specialiter propter duo. Primo quia inter alios erat admodum bene paratus, totusque agilis et dispositus ad laborandum; et sic tenebant eum esse cordatum, animosum et voluntarium ad exponendam personam suam propriam, ubi necesse existeret, pro liberatione et ereptione romane Ecclesie a manibus dicti Bartholomei intrusi in ea medio promisso ac ipsa occupare presumentis, presertim cum in talibus pro negotiis memorate Ecclesie alias exercitium et experientiam habuisset. Secundo, quia erat valde generosus, cum gradu consanguinitatis vel affinitatis secundum magis et minus attingeret fere omnes majores principes Christianos. Propter quod speraverunt, quod tam consideratione Ecclesie, quam contemplatione sue persone, sibi vellent obedire, ac viriliter assistere et favere. Sed, Domino permittente, non sic se res habuit. » (Baluze I, p. 471). [retour]

Note 607, page 178 : Ce qui n'empêche pas un ennemi italien de le décrire ainsi dans une chronique bolonaise: « Il quale oltra l’esser zoppo e di brutto aspetto, era huomo assai bestiale. » (Baluze II, p. 908). Mais l’avait-il vu ? [retour]

Note 608, page 178 : Le 18 décembre 1388, 85 florins et 20 sous furent payés « mag. Raymundo Charmelli, phisico, qui continue fuit cum dom. nostro papa, in infirmitate sua, novem septimanis et ultra » (Arch. Seg. Vat. - Intr. Exit. 365, f. 58 r). [retour]

Note 609, page 179 : C’est ce qui ressort du texte de la prima vita Clementis VII (Baluze I, p. 471) cité à la n. 606. [retour]

Note 610, page 179 : Clément VII jugea bon d’interdire le pèlerinage de Rome aux gens de son obédience le 27 novembre 1389 (cf. Nos 4236 à 4238). Il est vrai qu’il venait d’apprendre l’élection de Boniface IX, et, le même jour, il écrivait aux archevêques de publier dans leurs provinces l’excommunication encourue par les adhérents au nouvel intrus (cf. No 4233 à 4235). Boniface IX tirera du Jubilé d’appréciables ressources financières (cf. Favier, p. 591). [retour]

Note 611, page 180 : En prenant pour époque de référence le pontificat d’Innocent VI, M. Favier estime que l’obédience d’Avignon put compter sur le 61,5 % des recettes des Collectories (qui formaient le tiers des recettes pontificales) et sur le 52 % des communs services. Les cens allaient cependant entièrement à Urbain VI (Favier,, p. 580 sq.). [retour]

Note 612, page 180 : Favier,, p. 138, 163. [retour]

Note 613, page 180 : De 1378 au concile de Pise en 1409, la Chambre apostolique urbaniste vécut sous le règne de l’improvisation et souffrit de graves défauts: imprécision dans la gestion des affaires, instabilité, aussi bien des titulaires que des institutions, et insuffisance qualitative du personnel. La Chambre apostolique ne savait pas toujours qui étaient ses agents, elle s’en méfiait et leur probité était douteuse (Favier,, p. 136 sq. et 698). [retour]

Note 614, page 180 : Cf. p. 233 sq. [retour]

Note 1, page 184 : Dans les quelques pages qui suivent nous décrivons la méthode utilisée pour la préparation de l’édition des actes de Clément VII intéressant les clercs et les églises des diocèses de Genève, Lausanne et Sion. Dans ces pages le caractère d’introduction que présente cette étude est net. Nous avons hésité à les retirer, mais nous les avons laissées, en songeant que l’exposé de cette méthode restait nécessaire, quelle que soit la forme future que présenterait la mise à disposition de ce matériel d’archives. De plus, ces pages pourraient être utiles à ceux qui s’intéressent à la publication d’actes du même genre et avoir par là même une portée plus générale.
Dans les notes qui suivent les pièces d’archives citées proviennent presque exclusivement de l’Archivio Segreto Vaticano ou des pièces préparées et numérotées pour notre édition. Nous avons jugé superflu de le spécifier chaque fois.[retour]

Note 2, page 185 : Nous avons trouvé des actes qui manquent dans le Repertorium de Göller, pourtant fort bien fait (réserve faite de la description des manuscrits), par exemple les suppliques R. Suppl. 58, f. 239-240 ou R. Suppl. 76, f. 10 r (correspondant à la bulle R. Av. 258, f. 118 r). De même dans l’édition de Hanquet et Nélis (R. Av. 254, f. 389 v-390 r; R. Av. 242, f. 529) pour ne rien dire de la table des noms de Nélis. Pour s’être trop fié aux rubriques de Göller, trois lettres sont rapportées deux fois dans la publication belge (L. 1049, 1050, 1051 correspondant à L. 1985, 1899, 1963). [retour]

Note 3, page 185 : Voyez par exemple les R. Av. 220 ou 245. [retour]

Note 4, page 185 : Cf. Table des noms (en préparation pour les actes). [retour]

Note 5, page 185 : R. Av. 245, f. 407 v. [retour]

Note 6, page 185 : R. Av. 225, f. 511 v-512 r. [retour]

Note 7, page 185 : I.M. 3046. Ils furent absous le 28 février 1381 (Coll. 359, f. 58 v-59 v). [retour]

Note 8, page 186 : Cf. p. 209. [retour]

Note 9, page 186 : Il s’agit des abréviations utilisées dans les analyses préparées pour l’édition (cf. p. XXXVI). [retour]

Note 10, page 187 : Göller indique la cure de Dornbirn (diocèse de Coire) conférée à Bruno d’Aemptz, comme vacante par décès (p. 13-14), alors que Berthold de Brugsegg n’est pas mort à cette date et que ce bénéfice est vacant, parce que Berthold ne s’est pas soucié de se faire ordonner prêtre dans le délai imparti (R. Av. 249, f. 241 r-v). [retour]

Note 11, page 188 : Il va sans dire que, mis à part le cas des lettres que l’époque confondait, nous avons suivi aussi scrupuleusement que possible l’orthographe des registres, surtout dans la graphie des noms propres (cf. par exemple le nom de Bauczani dont nous parlons plus loin p. 204, n. 40 et p. 231). [retour]

Note 12, page 188 : Cf. l’acte du 6 janvier 1392 (No 4726). [retour]

Note 13, page 188 : Cf. R. Av. 248, f. 110 r. [retour]

Note 14, page 188 : Cf. Nos 3540 et 3541. [retour]

Note 15, page 198 : Cf. No 3635. [retour]

Note 16, page 198 : Cf. No 135. Souvent l’enregistrement de telles lettres est limité à l’adresse suivie de l’incipit. [retour]

Note 17, page 199 : Par exemple R. Vat. 306, f. 34 r (dont le texte intéresse d’ailleurs le diocèse de Lausanne). [retour]

Note 18, page 199 : Par exemple R. Vat. 307, f. 356 v-357 r. [retour]

Note 19, page 199 : Cf. pl. II. [retour]

Note 20, page 199 : R. Av. 243, f. 190 r. [retour]

Note 21, page 199 : R. Av. 243, f. 265 r. [retour]

Note 22, page 199 : R. Av. 243, f. 266 r; tête couronnée: R. Suppl. 56, f. 146 r; armoiries surmontées de la tiare: cf. Pl. III; etc... [retour]

Note 23, page 199 : R. Av. 226, f. 542 r; autres armoiries des comtes de Genève: R. Suppl. 56, f. 161 r, accompagnées de fleurs de lys. [retour]

Note 24, page 199 : R. Av. 226, f. 566 r. [retour]

Note 25, page 199 : R. Suppl. 55, f. 76 r; R. Suppl. 56, f. 161 r. [retour]

Note 26, page 199 : R. Av. 252, f. 562 v et R. Av. 272, f. 334 r. [retour]

Note 27, page 200 : R. Suppl. 72, f. 389 r. [retour]

Note 28, page 200 : R. Vat. 293, f. 1 r et f. 3 r. [retour]

Note 29, page 200 : R. Av. 252, f. 562 v. [retour]

Note 30, page 200 : On ne peut pas toujours s’y fier. Celle qui figure au R. Av. 247, f. 473 v est erronée, puisque le cahier est copié jusqu’à la dernière ligne f. 475 r et que le registre est copié jusqu’à la page 545 v. [retour]

Note 31, page 200 : R. Av. 273, f. 417 v; R. Av. 222, f. 380, etc... [retour]

Note 32, page 200 : Coll. 359, f. 124 v et 125 r, deux remarques identiques. [retour]

Note 33, page 200 : R. Av. 234, f. 10 r. Au R. Suppl. 80 f. 141 r. on a indiqué par exemple une erreur de foliation. [retour]

Note 34, page 201 : Le registre de la série du Vatican R. Vat. 298 compte 189 feuillets. C’est la copie sur parchemin d’une partie des registres de papier R. Av. 247 et 248.

f. 1-8 v = R. Av. 248, f. 128-137
f. 8 v-27 = R. Av. 247, f. 351-373 r
f. 28-37 = R. Av. 247, f. 588-599
f. 38-189 = R. Av. 247, f. 380-545 v et 548-555 r.

Les lettres étaient recopiées les unes à la suite des autres sur les beaux registres de parchemin. Ainsi donc, pour respecter l’ordre des lettres du R. Av. 247, les cahiers du R. Vat. 298 auraient dû être reliés comme suit:

f. 38-45 = R. Av. 247, f. 380-391 r
f. 110-117 = R. Av. 247, f. 391 r-399 v
f. 62-85 = R. Av. 247, f. 399 v-425 r
f. 118-125 = R. Av. 247, f. 425 v-433 v
f. 46-61 = R. Av. 247, f. 433 v-451 v
f. 86-109 = R. Av. 247, f. 451 v-475 r
f. 126-184 = R. Av. 247, f. 475 r-545 v
f. 184-189 = R. Av. 247, f. 548 r-555 r.

Notons encore que les remarques des copistes inscrites en marge des registres ne sont pas toujours très utiles puisque, par exemple, la remarque du R. Av. 247, f. 473 v: « Scriptum in pergameno hucusque » est erronée.
Nous pourrions citer d’autres cas qui témoignent de la manière dont les registres furent reliés. Citons encore cet autre exemple, tout aussi probant: dans le R. Av. 224 on trouve f. 377 v-378 r une copie inachevée des f. 385 v et 386 r. Donc, au XIVe, les cahiers étaient intervertis. [retour]

Note 35, page 203 : Pierre d’Annecy, donzel du diocèse de Genève (No 5256). [retour]

Note 36, page 204 : Et insuper dicti religiosi (les chartreux de Pierre-Châtel) de communi consensu... tenore presentis instrumenti faciunt... et ordinant suos certos veros et legitimos procuratores et nuntios speciales venerabiles et discretos viros dominos Johannem de Verbouz, decanum Valencie, Guigonem de Albie, legum doctorem, mag. Petrum Berchieti, mag. Petrum de Petrafixa, Petrum de S. Mauritio et Guigonem de Martello... (R. Av. 269, f. 402 r-406 r). [retour]

Note 37, page 204 : Nous pouvons préciser que le prieuré de Yenne rapporte 300 florins d’or au cardinal d’Ostie et versera plus tard 200 florins à Jean de Brogny. (Cf. Nos 4488, 5099 et 5405 — Sur l’affaire, cf. aussi No 5097, note). [retour]

Note 38, page 204 : R. Av. 269, f. 402 r-406 r. L’essentiel est indiqué ici et au No 5097, note. [retour]

Note 39, page 204 : Cette méthode n’a pas disparu et je me rappelle m’être vu proposer un formulaire analogue, d’un style noble et compassé, marquant sans faux-fuyant la différence des conditions, lorsque je requis l’autorisation de consulter l’Archivio Segreto Vaticano. Etonné de le voir imposé à un intellectuel, qui doit en principe savoir exprimer un vœu aussi simple, je compris à la réflexion que la copie d’une formule de ce genre avait pour soi la rapidité d’exécution et de lecture et supprimait la gestation souvent laborieuse d’une formule de courtoisie. [retour]

Note 40, page 204 : On a conservé plusieurs de ces originaux par exemple: Bibl. Nat. nouv. acq. lat. 3012 (cf. l’article de E. A. van Moe dans Bibl. de l’Ecole des Chartes XCII [1931], p. 253-276); Bibl. Nat. nouv. acq. lat. 1887 (une pièce entière et trois fragments). La remarque « Boutzani in originali. B », lisible au R. Suppl. 47, f. 14 r, le prouve aussi. Preuve en soit aussi le R. Suppl. 58, f. 228 v et R. Suppl. 75, f. 115 r, etc. [retour]

Note 41, page 205 : Clément VII mettait son G, initiale de Gebennensis, à la fois son gentilice et son nom cardinalice. Innocent VI utilisait aussi un G. Mais Grégoire XI et Clément VI mettaient un R, rappelant leur famille Roger. [retour]

Note 42, page 205 : Parfois le refus s'accompagne d’une remarque: « satis habes » (R. Suppl. 61, f. 80 r — No 2225). [retour]

Note 43, page 205 : « Fiat ut petitur, in communi forma pauperum ». Parfois le pape renvoyait la demande à un auditeur du Palais avec la mention « Audiat ». [retour]

Note 44, page 205 : Remarque faite à un chapelain en procès désireux d’avoir une autre chapelle au diocèse de Chartres (R. Suppl. 75, f. 54 r). [retour]

Note 45, page 205 : Ainsi lorsque Clément VII répond à un clerc valaisan qui souhaite devenir chanoine de Saint-Maurice : « Fiat si suppetunt monasterii facultates » (cf. No 2178). Ailleurs le pape manifeste son ironie (cf. No 2176). [retour]

Note 46, page 205 : « Vade ad Vauren ». Lavaur au lieu de la collégiale Saint-Paul à Liège. De toute façon, le clerc n’était pas résident à Liège (R. Suppl. 75, f. 54 r). [retour]

Note 47, page 205 : Clément VII accepte une grâce et refuse une dispense avec ces mots: « Fiat et non dispensamus G. Et quod transeat sine alia lectione » (No 2336). Il ne veut plus en entendre parler. [retour]

Note 48, page 205 : Ainsi faut-il interpréter le fait que la notation ordinaire « Fiat pro omnibus. G. Sine alia lectione fiat. G. » ait été soigneusement biffée ultérieurement sans notation marginale au R. Suppl. 70, f. 148 v et, dans le même registre, au f. 206 r, les suppliques de deux rotuli composés par M. de Viviers. [retour]

Note 49, page 206 : Il s’agit du doyenné rural d’Annemasse dont Ponce Béraud refuse d’expédier la lettre de provision, « super qua provisione dominus Pontius Beraldi, cui dicta supplicatio est commissa seu distributa, recusat expedire nisi doceatur de familiaritate dicti Petri ». Si le défunt n’était pas familier du pape, le bénéfice vacant n’était pas à la collation apostolique. Ne pouvant établir ce détail ou pour éviter des recherches compliquées, Clément VII fait comprendre le doyenné comme un des deux bénéfices réservés au choix de la Chambre apostolique: « Concessum quod expediantur littere tanquam de beneficio nomine Camere Apostolice acceptato » (cf. No 2993) ; ainsi, il en pourra disposer en faveur du protégé de la comtesse de Savoie. Autre exemple de navette: No 3698. [retour]

Note 50, page 206 : Cf. No 1163 sq. [retour]

Note 51, page 206 : R. Suppl. 56, f. 50 v-86 r (Nos 1414 à 1588 et nous n’avons pas relevé, loin de là, toutes les suppliques). [retour]

Note 52, page 206 : Cf. No 1910 sq. [retour]

Note 53, page 207 : Cette présentation graphique qui a disparu de nos jours n'était pas particulière aux suppliques. Les comptes se présentaient aussi par exemple de la même façon. Clément VII fixa à six le nombre minimum de suppliques nécessaires pour former un rotulus (Ottenthal - regula 96, p. 112). Exemple: Pl. IV. [retour]

Note 54, page 207 : Cf. Nos 2398 et 1252 à 1329. [retour]

Note 55, page 207 : R. Suppl. 56, f. 1-50 r; R. Suppl. 53, f. 121 r-139 v (cf. Nos 1161 à 1217 et 1217 note 1). [retour]

Note 56, page 207 : Cf. l’introduction du rôle de l’évêque de Belley très net sur l’ordre de grouper les suppliques: « Rotulus quidam per dominum episcopum Bellicensem de mandato domini nostri compositus » (cf. No 888). Cf. la formule: « Dignetur Sanctitas Vestra personis infrascriptis gratiam facere specialem » (cf. No 4484). Cf. aussi R. Suppl. 78, f. 8 v). [retour]

Note 57, page 207 : R. Suppl. 56, f. 145 r-146 r par exemple. Cf. aussi Pl. IV. [retour]

Note 58, page 208 : Cf. No 4459 et notre commentaire. [retour]

Note 59, page 208 : Cf. No 4671. [retour]

Note 60, page 208 : Cf. R. Suppl. 74, f. 141 r-156 r, le « Rotulus Universitatis Studii Aurelianen. » On lit f. 156 r: « Confirmatus et clausus ac sigillatus extitit presens rotulus anno Domini 1388, indictione undecima, mensis aprilis die sexta, pontificatus dicti domini nostri pape anno decimo. » Cf. aussi R. Suppl. 74, f. 188 r. [retour]

Note 61, page 208 : « Dignetur ... dignemini... providere » lit-on au R. Suppl. 56, f. 149 r. [retour]

Note 62, page 208 : Cf. No 1910 sq. 1926, 1927, 1930. [retour]

Note 63, page 208 : Cf. No 427: « signantes per: fiat ut petitur propter stilum cancellarie Vestre Sanctitatis ». [retour]

Note 64, page 208 : No 4037 par exemple. [retour]

Note 65, page 208 : Cf. la phrase : « prout in supplicatione huic cedule suta » (No 3698). [retour]

Note 66, page 209 : Cf. No 1627; R. Suppl. 70, f. 139 v (Nos 3459 et 3497), etc. [retour]

Note 67, page 209 : Cf. No 2333 et R. Suppl. 61, f. 145 r. [retour]

Note 68, page 209 : Cf. No 3375. Cf. aussi Nos 1161, 1393 et 1543; 714 et 1436; 931 et 1572; 1565 et 1585; 2447 et 2449; 1736 et R. Suppl. 55, f. 238 v-239 r; etc. [retour]

Note 69, page 209 : Cf. Nos 4043 et 4663. [retour]

Note 70, page 209 : Cf. No 4122. Le R. Suppl. 75, f. 115 r porte la remarque: « ita correctum in originali et hac. P. » Dans un de ces grands rotuli composé pour l’archidiacre de Reims (Jacques de Menthonay), on trouve une certaine diversité de dates et la remarque: « in isto rotulo sunt diverse date: si supposita fiant advertatur diligenter. » (R. Suppl. 53, f. 121 r.) Etait-on toujours au clair dans le bureau ? [retour]

Note 71, page 209 : R. Suppl. 47, 48, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56 ! L’initiale qu’on lit en marge et qui indique le diocèse concerné n’est qu’un pis-aller qui nous fut totalement inutile. [retour]

Note 72, page 210 : Je préfère cette expression à celle du Dictionnaire de droit canon « Un employé, à défaut du pape, notait la date de la décision pontificale », qui prête à confusion, si l’on admet que dater un acte c’est marquer la date où il fut délivré, ce qui est loin d’être toujours le cas dans nos pièces. [retour]

Note 73, page 210 : Cf. No 2947. [retour]

Note 74, page 210 : Par exemple R. Suppl. 55, f. 96 r-112 v. Dans le « rotulus » du R. Suppl. 51, f. 2 v, chaque supplique est datée individuellement et même les trois pièces concernant François d’Arenthon ont des dates séparées. [retour]

Note 75, page 211 : Cf. No 1132. En 1388 d’ailleurs, il a remis depuis déjà sept ans son doyenné (cf. No 2252). Ainsi il pousse le souci de fiction jusqu’à donner exactement sa situation à la date fictive. [retour]

Note 76, page 211 : Cf. No 1364 et notre commentaire. [retour]

Note 77, page 211 : Une supplique est sûrement antidatée, puisqu’elle mentionne une dispense accordée postérieurement (No 1505). C’est ainsi que j’interprète l’acte No 1367 du 29 novembre 1378. Le clerc en question, Conod Fornerii, obtient en 1393 une grâce en expectative: un bénéfice à la collation du prieur de Rüggisberg, en sautant probablement sur l’occasion d’une vacance, et en plus il obtient une date de quinze ans antérieure, ce qui le fera préférer à bien des rivaux. Dès lors, il est normal que l’expédition et la livraison soient de mai 1393. D’ailleurs ce registre compte d’autres cas analogues (R. Av. 214, f. 473 r-v; 526 r-v; 463 v-464 v). Cf. aussi Nos 316 et 1780. [retour]

Note 78, page 212 : Cf. No 1351. Cf. aussi un cas analogue, où à la date du 27 novembre 1378, un clerc réclame que l’acte soit donné « sub data de Spelonca » (cf. No 1199, note 89), alors que le séjour du pape à Sperlonga était improbable ou imprévisible. [retour]

Note 79, page 212 : Cf. No 1329. [retour]

Note 80, page 212 : Ottenthal, regula 109, p. 114, en faveur des gradués de l’Université de Paris qui obtiennent la date du 17 novembre 1378. En général la place de la supplique dans le rôle n’avait pas d’importance, mais ce ne fut pas toujours le cas (Ottenthal, regulae 110, 111 et 112, p. 114-115). [retour]

Note 81, page 212 : Cf. Nos 1954 et 1962. D’autres demandent « propter multitudinem expectantium » un autre diocèse (No 1783). [retour]

Note 82, page 212 : « Sub data Fundis X kal. mensis decembris proxime preteriti » (No 1184). Cela se fait encore en 1392 (cf. No 4787: « sub data Fundis anno primo ». Quatorze ans plus tard, on n’est plus à un jour près !). Cf. aussi No 1781. [retour]

Note 83, page 212 : « ut in forma et sub data de Spelonca » (No 1199). [retour]

Note 84, page 212 : « Sub data rotuli domini Comitis Gebennensis » (No 1183). [retour]

Note 85, page 212 : Cf. No 717 ou 2885. [retour]

Note 86, page 212 : « item... dignemini mandari poni datam VIII id. dec., ad finem quod gratia per E.S. sibi facta sortiatur effectum et quod idem Radulphus in ecclesia cathedrali possit obtinere » (No 1314). [retour]

Note 87, page 212 : Cf. No 328, note 11. [retour]

Note 88, page 213 : « Cum clausula omnibus anteferri, etiam similem gratiam habentibus et habituris, etiam illis quibus est per Ejus Sanctitatem concessum et concedetur in futurum, quod clausula anteferri eis non noceat. » (No 4708). Exemples analogues: Nos 4811 et 4812. [retour]

Note 89, page 215 : « Super qua gratia minuta fuit facta et littere grossate et posite in Cancellaria et signate per regestratorem Cancellarie... si apareat per assertionem abreviatoris et scriptoris qui scripserunt minutam et grossam... » (R. Suppl. 49, f. 100 v). [retour]

Note 90, page 215 : Par exemple Pierre d’Annecy (No 3728 ou 4297), Pierre de Magnier (No 5371), maître Gérard Paridani de Duffle (R. Av. 248, f. 233 v-234 r), maître Jean Gérard Lathomi (R. Av. 250, f. 4 r). Dès le 3 novembre 1386, les abréviateurs seront appelés « magistri et littere apostolice scriptores » (Ottenthal, regula 127, p. 118). [retour]

Note 91, page 215 : Le rôle du correcteur est illustré par le cas déjà évoqué et narré par la supplique No 2993. Ponce Béraud, nommé le 2 février 1379 « corrector litterarum apostolicarum ac secretarius », est qualifié de « dominus venerabilis pater » (Coll. 362, f. 151 v-152 v). [retour]

Note 92, page 215 : Il faut distinguer deux genres de scribes: les scriptores papae rédigeaient en fait la correspondance diplomatique et celle de la Chambre apostolique: lettres secrètes, lettres de curia ou lettres de camera. Les plus importants d’entre eux portaient le titre de secretarii pape et rédigeaient les lettres secrètes, confidentielles ou importantes. Clément VII eut comme Grégoire XI six secrétaires: Johannes Motia de Neapoli (Jean de Naples, R. Av. 247, f. 323 r), Gilles Juvenis, chanoine de Reims (ib., f. 324 r), Henri de Arena, chanoine de Cambrai (ib.), Dom Nicolas Lediseur, archidiacre de Noyon (R. Av. 247, f. 326 r), notaire et secrétaire. Une circulaire du 16 janvier 1388 cite comme secretarii pape: maîtres Jean de Saint-Martin, Gilbert de Tetinguay (Tethinghem), et les quatre susnommés (Coll. 362, f. 151 v-152 v). Il faut ajouter Ponce Béraud, cf. note 91. Les scriptores litterarum apostolicarum formaient le corps des scribes de la Chancellerie. Ils étaient cent sous Grégoire XI et on dut garder cet effectif sous son successeur. Nous en rencontrons plusieurs dans nos actes. Raymond ou Robert Duval (de Valle), déjà grossarius à Rome au moment de l’élection d’Urbain VI en 1378 (Baluze II, p. 678), Jean de la Ferté (de Firmitate), Dominique Etienne, Jean Abonis, Ponce de la Cour (de Curte), chanoine de Mende et de Rodez, Henri de l’Espine, Jean Girard, R. Colin, Siffredus, Henri Moine, Jean Bridet, P. Vermerii, Jean de Dompnapetra, P. Bourequoys, Sanctasyria, Jean Dubois (de Bosco), P. Lasbicas, P. de Beaulieu, P. Bouquier, J. de Thosto, P. de Trulhia, et d’autres se cachent derrière des initiales. Jean de la Ferté est désigné comme notarius, Henri Moine comme regestrator (Nos 3386 et 3521). [retour]

Note 92 bis, page 216 : Les bullatores étaient choisis parmi des ecclésiastiques de toute confiance, comme ce frère convers de l’abbaye de Fontfroide, à qui le pape accorde l’enregistrement d’une bulle « gratis pro bullatore »: « Dilecto filio Petro Tardini, converso monasterii Fontisfrigidi cisterciensis ordinis, Narbonensis diocesis, litterarum apostolicarum bullatori... . Datum Avinione VIII kal. maii anno secundo » (R. Av. 223, f. 93 v). [retour]

Note 93, page 218 : R. Fawtier, Documents négligés sur l’activité de la Chancellerie apostolique à la fin du XIIIe siècle: le Registre 46A et les comptes de la Chambre sous Boniface VIII, Mélanges d’archéologie et d’hist. de l’Ecole franç. de Rome, LII [1935], p. 244-272. [retour]

Note 94, page 218 : Le regestrator était un personnage de confiance. Nous pouvons citer Jean de Verbouz, regestrator en 1390 (Nos 4282, 4287, 4651) et en 1393 (No 5190), qui alterna avec Jean de Pescello (Nos 4651 et 5190); Henri Moine. Quand l’enregistrement est dû à une décision officielle, on peut trouver en marge la mention « regestrata de mandato domini regestratoris » (R. Av. 261, f. 55 v-56 r). Le regestrator veillait à ce que la lettre ne soit enregistrée qu’une fois, mais sur ce point son travail laisse fort à désirer comme nous l’indiquons plus loin. Henri de Arena agit en regestrator, quand il casse une bulle parce que déjà copiée ailleurs (R. Av. 244, f. 102 r-v). [retour]

Note 95, page 218 : Voyez pour preuve les nombreux actes qui signalent cette concordance entre les registres, ou encore p. 201, n. 34. [retour]

Note 96, page 219 : Par exemple, la phrase « scienter vel ignoranter contiguerit attemptari » dans R. Vat. 304, f. 73 r. [retour]

Note 97, page 219 : Bulle où Clément VII investit Louis d’Anjou du royaume de Sicile « occupé par Charles de Durazzo », le 30 mai 1382 (R. Av. 230, f. 322 r-328 r). Une autre (R. Av. 272, f. 13 v-14 v) concerne un prévôt du Grand-Saint-Bernard, aussi nous la publions (cf. No 4959). [retour]

Note 98, page 219 : Par exemple, Henri de Arena fait casser R. Av. 244, f. 102 r-v, double de R. Av. 243, f. 113 r, avec mention: « cassata de mandato H. de Arena ». On trouve aussi: « Cassata de mandato domini nostri. » [retour]

Note 99, page 219 : Cf. Nos 2551 et 2552 et notre commentaire. [retour]

Note 100, page 219 : R. Av. 268, f. 332 r (bis) = Coll. 457, f. 176 v = R. Av. 268, f. 176 v et
R. Av. 272, f. 363 r = Coll. 457, f. 188 r = R. Av. 268, f. 578 r.
Ailleurs la triple copie s’explique sans méprise, car il s’agit d’actes copiés sur parchemin, sur les registres d’Avignon et sur ceux de la Chambre apostolique: R. Av. 216, f. 197 v-198 r = R. Vat. 291, f. 228 r-v = Coll. 359 A, f. 46 v-47 r.
R. Av. 225, f. 511 r-512 r = R. Vat. 293, f. 55 r-v = Coll. 359 A, f. 48 r-49 v.
R. Av. 225, f. 594 r-v = R. Vat. 293, f. 126 v-127 v = Coll. 359 A, f. 85 v-87 r. [retour]

Note 101, page 219 : R. Av. 219, f. 237 r-238 r = f. 238 v-239 r. [retour]

Note 102, page 219 : C’est le cas de R. Av. 223, f. 374 v-375 r et R. Av. 221, f. 124 r-v, correspondant à R. Suppl. 60, f. 25 r. C’est aussi le cas de R. Av. 252, f. 519 r-v assez différent dans le texte de R. Av. 253, f. 566 v, mais qui toutes deux sont grossoyées d’après la supplique Cod. Barberini lat. 2101, f. 184 r-v.
Cf. aussi la grâce accordée le 16 nov. 1378 à Jean de Copponex (R. Av. 213, f. 172 r-v et R. Av. 214, f. 383 v-384 r = No 154).
La supplique a-t-elle traîné et passé par les mains de deux grossarii différents, faisant ainsi l’objet d’une double expédition ? Seul Jean de Copponex pourrait nous donner la clé de ce mystère. [retour]

Note 103, page 220 : Par exemple, Adhémar Convers d’Argonnex obtient le 18 juin 1391 la cure d’Arith (R. Av. 266, f. 563 v-564 v = No 4599) et le canonicat de Besançon (R. Av. 265, f. 407 r-408 v = No 4601). Ces deux demandes avaient fait l’objet de la supplique R. Suppl. 78, f. 177 v. [retour]

Note 104, page 220 : Tybourc de Prague reçoit le 2 septembre 1385 un hôtel à Avignon. Deux bulles nous le disent, l’acte ordinaire: R. Vat. 300, f. 527 r, et la bulle camérale: R. Av. 242, f. 92 v. [retour]

Note 105, page 220 : Regestum bullarum cameralium domini Clementis Pape VII 1380-1384 (Coll. 359 A); Bullae camerales Clementis VII (ib.); (Littere) de Curia vel de Ca(mera) - litt(ere) de Curia. (R. Av. 272, f. 1 et f. 66). Souvent cette mention, « de curia », figure au haut de la bulle. [retour]

Note 106, page 220 : La correspondance avec des bulles enregistrées ailleurs est plutôt rare. Dans Coll. 457, f. 161 v et R. Av. 258, f. 576 r, le registre avignonnais donne une bulle, tandis que la Collectorie présente une note de service. Elles sont toutes deux publiées (cf. Nos 3915 et 3916). Ailleurs la date est différente. Pour Coll. 457, f. 156 r, il s’agit du 2 novembre 1387, tandis que R. Av. 247, f. 369 r-v, nous indique le 24 octobre 1387. De même Coll. 457, f. 164 r (16 juillet 1389) et R. Av. 259, f. 441 v (10 juillet 1389). [retour]

Note 107, page 221 : Cf. Coll. 361, f. 17 v à 18 v. [retour]

Note 108, page 221 : Lettre close: Coll. 361, f. 18 v. [retour]

Note 109, page 221 : C’est ce qui appert des remarques: « De curia visa est. Camerius. » (R. Av. 272, f. 98 v). « De Curia. Jo. Magnini. Visa est Camerario. » (R. Av. 272, f. 97 v). [retour]

Note 110, page 221 : Lors de nomination de prélats ou d’abbés, une série de lettres faisait part du choix pontifical aux personnes intéressées. Nos textes font état des divers exemplaires expédiés. Ce sont aussi en quelque sorte des lettres exécutoires. [retour]

Note 111, page 222 : Deux évêques et un official No 5374. Trois évêques aux Nos 3766 et 3809. [retour]

Note 112, page 222 : Nos 4949 et 4951. [retour]

Note 113, page 222 : Pour Jean de Brogny, il s’agit ordinairement des évêques d’Orange, de Vaison, de Lavaur ou de Viviers (Nos 3809, 4902), mais on trouve les évêques de Viviers et d’Orange et l’official de Genève pour Jacques de la Rochette (No 5374) ou pour Pierre de Magnier, scriptor (No 5372). [retour]

Note 114, page 222 : Nos 4949 et 4951 déjà cités. [retour]

Note 115, page 222 : Nos 2552 et 5260. [retour]

Note 116, page 223 : No 5260. [retour]

Note 117, page 223 : Un bon exemple se trouve aux Archives d’Etat de Genève: PH 341, qui correspond à notre No 5090 (lettre exécutoire de 5089). Un autre existe à l’Archivio Segreto Vaticano: I.M. 3291, correspondant à notre No 3258 (lettre exécutoire de 3257). [retour]

Note 118, page 223 : J’ai trouvé une fois au lieu d’« in eodem modo » la formule « in eadem forma » (No 3844). [retour]

Note 119, page 223 : Nos 2093, 2110, 2111. [retour]

Note 120, page 223 : Cf. Nos 2550, 2551 et 2552 (R. Av. 233, f. 175 v-176 r et R. Av. 232, f. 192 r-v) et aussi Nos 3476, 3477 et 3478 (R. Av. 251, f. 149 v-150 r et 541 r-v). [retour]

Note 121, page 223 : La première mention en est faite dans un acte du 16 novembre 1378 (No 155) R. Av. 214, f. 629 r-v, où l’on lit: « Exp. III id. martii a. undecimo. P. de Curte. » [retour]

Note 122, page 223 : On trouve parfois au lieu de « expeditio, expedire » les mots « signatio ou signare ». Par exemple « littere ... posite in Cancellaria et signate per regestratorem cancellarie » (R. Suppl. 49, f. 100 v) ou « diem expeditionis sive signationis » (Ottenthal, regula 157, p. 153), car les deux opérations, la « signatio » et l’« expeditio », se suivaient immédiatement. [retour]

Note 123, page 224 : J’ai relevé une série de ces différences, certaines couvrent presque un pontificat (R. Av. 206, f. 643 v: 16 ans; R. Av. 214, f. 618 r-v: 15 ans). Elles ne concernent pas seulement les actes datés ou antidatés, de la première année, mais aussi ceux de la seconde année (R. Av. 222, f. 350 v-351 v: 13 ans). Et même dans les années suivantes. Par exemple dans les actes de la neuvième année, nous trouvons des expéditions de trois ans plus tardives (R. Av. 247, f. 41 v-42 r). Un cas précis: Thomas de Saluces reçoit le 30 avril 1386 une pension sur le prieuré de Lutry. Or, l’expédition et la livraison sont des 25 et 26 janvier 1392. Je ne le vois guère attendre six ans ses 400 florins annuels: ce serait trop cruel (cf. No 3153, note 4). Par contre en 1392, il a besoin de l’expédition de cette lettre pour faire valoir ses droits à la pension auprès du nouveau prieur, Jacques de Montmayeur. [retour]

Note 124, page 224 : Dans R. Vat. 306, f. 542 v en tout cas, la bulle suivante était écrite, puisque le copiste n’avait pas laissé assez de place pour l’insertion de « tradita ». Une fois les dates d’« expedita » et « tradita » sont inversées (R. Av. 263, f. 364). Est-ce une erreur ? (cf. No 4308). Il arrive que la mention « expedita » soit seule comme par exemple: R. Av. 244, f. 195 v ou R. Av. 247, f. 194 r-v. [retour]

Note 125, page 224 : Pour les « expedita », je trouve: H. de Spina, Raymundus de Valle (un grossoyeur), Poncius de Curte entre 1387 et 1394. Pour la même période, nous avons pour les « tradita »: H. Monachi, Jacobus de Firmitate, Johannes (nom vague), Johannes Girardi, Dominicus Stephani, Johannes Brideti, Johannes Abonis, Johannes de Dompnapetra, R. Colini et pour les deux dernières années Siffredus. En général, ils sont mentionnés pendant toute la période, au hasard des actes. D’après les noms de certains d’entre eux, ce sont des secrétaires du pape (cf. note 92 plus haut). [retour]

Note 126, page 225 : Cf. No 3529. [retour]

Note 127, page 225 : Par exemple No 2252. [retour]

Note 127 bis, page 225 : Comparez No 3835 et ses dates d’« expedita et tradita » et No 4004 par exemple. C’est fin avril 1389 que Guillaume Papon succède réellement à Etienne Mardargent, curé défunt de Château-d’Œx. [retour]

Note 128, page 225 : Cf. No 3473. [retour]

Note 129, page 225 : Cf. No 3303. [retour]

Note 130, page 225 : Benoît XIII s’inquiéta de ce désordre et prescrivit de noter la date d’expédition au dos des suppliques ou du rôle et surtout en marge du registre « et nichilominus registrator illam datam expeditionis in margine registri etiam apponere teneatur ». (Ottenthal, regula 157, p. 153). [retour]

Note 131, page 226 : Deux exemples d’utilisation parmi tant de possibilités: No 420; No 4736. Voir aussi à propos du No 420 notre hypothèse sur les vicissitudes subies par Jean de Pougny à la cure de Miremont p. 260-261. [retour]

Note 132, page 226 : Nous donnerons un exemple où dans une série de pièces nous trouvons R. Duval à l’ « expedita » et Jean Girard signant la « tradita parti ». Les suscriptions sont incomplètes mais les concordances frappantes (cf. Nos 3650, 3652, 3853 et 3855). Le zèle des scribes des lettres apostoliques avait ses limites. [retour]

Note 133, page 227 : Exemple : « manivus » pour « manibus » écrit un copiste trop pressé (R. Vat. 300, f. 522 r, ligne 40). On hésite entre « baccalarius » et « baquallerius » (cf. No 5050). [retour]

Note 134, page 227 : Nous n’avons pas rétabli la diphtongue, mais, profitant de ce que les lettres c et t sont en général indifférenciées dans nos textes, nous avons eu tendance en cas de doute à mettre t qui correspond mieux à nos habitudes scolaires et à l’orthographe française, comme nous nous en sommes déjà expliqué. Conscient de la différence entre la prononciation et l’orthographe traditionnelle, un clerc du XIVe siècle écrit « parrochialis ecclesia Sancti Juliani, alias Jullini » (cf. No 3768). [retour]

Note 135, page 228 : Ils respectent parfois la différence entre « alius » et « alter » (par exemple quand il est question des deux parties d’un procès) et utilisent « neuter » et « uterque », subtilité que notre français a oubliée ; ils utilisent des tournures classiques comme « manes » pour les âmes des morts ou des expressions rares du Digeste: « capax » pour habile à hériter (cf. No 3815), voire des archaïsmes comme « ambabus » (R. Suppl. 55, f. 22 r); ils appellent encore la Sicile « Trinacria » (cf. God. Barberini lat. 2101, f. 54 v), alors que Sicile ou les variantes de ce mot sont les plus usitées. [retour]

Note 136, page 228 : Ainsi mettent-ils en doute tout document dont le style n’est pas celui qu’ils pratiquent: « ... quasdam litteras sub nomine nostro, per quas videbamur... Thome canonice mandare, ut... beneficium ecclesiasticum... dicto Radulpho ... reservaret falso modo et contra stilum cancellarie nostre »... (R. Vat. 298, f. 140 r). [retour]

Note 137, page 228 : No 2515. La proximité de relevamen et de viriliter soulignée par l’image bracchiis n’est pas involontaire. [retour]

Note 138, page 228 : No 4726. [retour]

Note 139, page 228 : « Sedes apostolica pia mater recurrentibus ad eam cum humilitate filiis post excessum libenter se exhibet propitiam et benignam. » (R. Vat. 299, f. 52 v.)
« De summis celorum ad yma mundi descendens, Unigenitus Dei filius, ut hominem de laqueo servitutis redimeret, in quem ipsum sugestio impulerat serpentina, vestem nostre mortalitatis induit, volens proprii aspersione sanguinis incendia perpetui cruciatus extinguere ac suos, eterna morte possessos, vite perennis efficere possessores, qui commisse sibi legationis in regione peccatorum exercens officium in universum mundum discipulos, quos elegerat, destinavit creature omni evangelium predicare, vicarium suum instruens, ut eius exemplo nonnunquam alios in partem solicitudinis advocaret, ubi officii sui debitum corporalis absentia solvere prohibetur. Licet enim sit nobis potestatis plenitudo commissa, fines tamen humane possibilitatis excedere non valemus, ut, dum in parte una officium exercemus iniunctum, illud alibi presentialiter exequamur, quia lex conditionis humane non permittit personam eandem simul in diversis partibus existendo... » (R. Vat. 305, f. 3 v: Clément VII confie une légation en Flandres au cardinal Pierre de Luna, le futur Benoît XIII).
« Antiquus serpens humani generis inimicus, ex innata sibi venenata malicia ad salutis dispendium semper anhelans, simplicium animos nunc per pseudoprophetas, nunc vero per calliditates alias, diversis fallaciis et seductionibus exquisitis circumvenire non cessat. Providere convenit ut nos, qui gregi dominico divina disponente clementia, licet immeriti, presidemus, subditorum saluti sollicite intendentes, eius fraudibus et astuciis remediis salubribus obviemus... » (R. Vat. 301, f. 18 v).
« Splendor paterne glorie, qui sua mundum illuminat ineffabili claritate, pia vota fidelium de clementissima ipsius majestate sperantium tunc praecipue benigno favore prosequitur, cum devota ipsorum humilitas Sanctorum precibus et meritis adjuvatur. »
« Laudabilia tue juventutis indicia, ex quibus verisimiliter presumitur, quod te virum perducere debeas virtuosum, nos inducunt ut te favore apostolico prosequamur. » (R. Av. 271, f. 157 r-v). [retour]

Note 140, page 229 : Cf. No 4996. [retour]

Note 141, page 230 : Cf. Nos 5266 et 5279. [retour]

Note 142, page 230 : Cf. No 2194. [retour]

Note 143, page 230 : Cf. No 4660. [retour]

Note 144, page 230 : No 3004. Mais faut-il traduire par Chevallier ou Cavelier ? Est-il artésien comme son bénéfice ? [retour]

Note 145, page 230 : R. Suppl. 56, f. 44 r, R. Suppl. 55, f. 206 v et R. Av. 212 f. 397 r-v. Cela fait penser à della Scala devenant Scaliger. [retour]

Note 146, page 230 : Coll. 457, f. 106 v. [retour]

Note 147, page 230 : Sous « Berthetus de Chrr. » (Cod. Barberini lat. 2101, f. 132 v-133 r), il faut lire « Berthetus de Charreriis » (R. Av. 252, f. 360 r-v). On n’a cependant pas toujours la clef de l’abréviation. [retour]

Note 148, page 230 : Coll. 457, f. 134 r. [retour]

Note 149, page 230 : Cf. Nos 2880, 3975. [retour]

Note 150, page 230 : Nicodus (Nicodi) ou Nico (Nicodis) de Vuippens (Nos 3397 et 5108) ou Nicod ou Nicolas de Hauteville (1708 et passim, ou Foras, Duparc). [retour]

Note 151, page 231 : Voyez à L’Index nominum. [retour]

Note 152, page 231 : Cf. No 4004. [retour]

Note 153, page 231 : Cf. No 4005. [retour]

Note 154, page 233 : Le vice-chancelier Pierre de Monteruc n’était pas resté à Avignon, sans y maintenir une grande partie de l’administration tandis que son second, le vice-régent de la Chancellerie accompagnait Grégoire XI en Italie. Cinq autres cardinaux étaient également demeurés sur les rives du Rhône, alors que seize entrèrent en conclave à Rome en mars 1378. Le trésorier Pierre de Vernols était, lui aussi, resté en Provence et en Languedoc. [retour]

Note 155, page 233 : Une partie le jour même de l’élection: cf. Coll. 457, f. 240 r, 253 r, 259 r, où le 28 septembre 1394 Benoît XIII conserve le vice-chancelier « illico post electionem suam » et le maître d’hôtel de son prédécesseur, désigne un nouveau maître de la cire et complète le nombre de ses écuyers. [retour]

Note 156, page 234 : Camerlingue pendant douze ans: 1371-1383 (Guillemain, p. 279). Pierre du Cros était un parent du pape Grégoire XI. [retour]

Note 157, page 234 : Le 23 décembre 1383 (No 2679). Camerlingue de Benoît XIII, puis d’Alexandre V, de Jean XXIII et de Martin V. Sur ses talents et son efficacité, cf. Favier,, p. 43 sq. [retour]

Note 158, page 234 : Trésorier pendant dix-neuf ans: 1370-1389, 3 octobre (Guillemain, p. 282), évêque de Maguelone 1373-1389. [retour]

Note 159, page 234 : Ecolâtre d’Angers, clerc de la Chambre, évêque de Rennes (27 août 1386-1389), puis de Maguelone (15 octobre 1389-1405). [retour]

Note 160, page 234 : Elu de Pampelune, cardinal de Sainte-Anastasie le 23 décembre 1356, vice-chancelier de 1361 à 1385, mort le 30 mai 1385. [retour]

Note 161, page 234 : Probablement dès le décès de Pierre de Monteruc. Il est cité peu après comme vice-chancelier (No 2985). Il le reste six ans jusqu’à sa mort, le 16 mai 1391. [retour]

Note 162, page 234 : Dès le décès de Jacques de Menthonay, le 16 mai 1391. Confirmé par Benoît XIII le 28 septembre 1394 (Coll. 457, f. 240 r), il participe à la sécession des cardinaux en emportant les matrices des bulles (10 septembre 1398; Valois III, p. 192), qu’il dut rendre le 1er avril 1403; évêque d’Ostie (13 juin 1405), il se rallia au projet de concile à Pise le 11 octobre 1408 (Valois IV, p. 20), participa à l’élection de Pierre Philargès (Alexandre V), qui le confirma comme vice-chancelier, à celle de Jean XXIII à Bologne, le 17 mai 1410. Jean de Brogny resta vice-chancelier, à ce titre il participa au Concile de Constance, et Martin V le confirma encore. Il fut ainsi à la tête de la Chancellerie de cinq papes successivement, du 16 mai 1391 au 16 février 1426. [retour]

Note 163, page 235 : Seule une étude détaillée du monde des curialistes de 1378 à 1418 permettrait de mesurer l’importance exacte et de préciser l’influence de la Curie sur le schisme. [retour]

Note 164, page 235 : Cf. Nos 1633, 2126. [retour]

Note 165, page 235 : Cf. Nos 4098 et 4244. [retour]

Note 166, page 235 : Cf. No 4954. Il fut pénitencier jusque sous Benoît XIII. Il est frappant de constater qu’il fut à Pise avec le camerlingue et le vice-chancelier et se rallia aux mêmes papes qu’eux. Cardinal évêque de Tusculum en 1402, il mourut le 9 novembre 1415. Je n’ai pu m’assurer s’il conserva la pénitencerie sous ces papes successifs, mais je le pense. [retour]

Note 167, page 236 : Ainsi procède Benoît XIII avec les maîtres portiers de Clément VII le 1er octobre 1394 (Coll. 457, f. 266 r). Sur ces charges cf. le tableau dressé par M. Guillemain, p. 496. [retour]

Note 168, page 236 : Cf. No 1703. Il sera vice-recteur du 24 août 1379 au 21 mai 1390. Biographie: R. C. Logoz, Quelques carrières d'ecclésiastiques à la fin du XIVe siècle, dans Revue Histor. Vaudoise 1971, p. 12-13. [retour]

Note 169, page 236 : Du 21 mai 1390 au 13 avril 1393. [retour]

Note 170, page 236 : Dès le 13 avril 1393 (R. Av. 272, f. 110 r-111 r). [retour]

Note 171, page 236 : Dès le 1er septembre 1379 (No 1708). [retour]

Note 172, page 236 : Cf. Nos 3550, 3609. Il est nommé (prolongé ou désigné à nouveau) le 1er avril 1389: No 4023. [retour]

Note 173, page 236 : En 1381 (Coll. 457, f. 48 r). [retour]

Note 174, page 236 : Dès le 1er avril 1389: No 4022. [retour]

Note 175, page 236 : Cf. Nos 4900, 5264. [retour]

Note 176, page 236 : R. Suppl. 89, f. 99 v; I.M. 3792. [retour]

Note 177, page 236 : Le 24 avril 1382: No 2413, cf. aussi No 3042. [retour]

Note 178, page 236 : Le 18 septembre 1379: No 1718. [retour]

Note 179, page 236 : Le 31 octobre 1379: No 1748. Cf. I.M. 3010. [retour]

Note 180, page 236 : Le 1er septembre 1379: No 1708. [retour]

Note 181, page 236 : No 3957; I.M. 3657. [retour]

Note 182, page 236 : Le 1er septembre 1379: No 1710, cf. aussi No 2413. [retour]

Note 183, page 236 : Le 1er septembre 1379: No 1709. [retour]

Note 184, page 237 : Le 15 octobre 1379 Henri de la Balme (No 1708); en 1388 Jean de Verneyo (Coll. 457, f. 135 r); en 1393: Jean de la Naz (No 4924). [retour]

Note 185, page 237 : Cf. No 2109. Il sera confirmé par Benoît XIII (Coll. 457, f. 253 r). [retour]

Note 186, page 237 : Introitus et Exitus 350, f. 82 r. Cf. aussi No 2056. [retour]

Note 187, page 237 : Dès le 13 avril 1389: No 4046. [retour]

Note 188, page 237 : Coll. 362, f. 256 r-v. Clément VII lui concède les procurations levées pendant deux ans sur son archidoyenné de Thiérache. [retour]

Note 189, page 237 : Cf. No 2848. [retour]

Note 190, page 237 : Cf. No 2; nommé dès le 25 septembre 1378; en charge jusqu’au 31 mai 1387. [retour]

Note 191, page 237 : Dès le 31 mai 1387: Nos 3452, 3783. [retour]

Note 192, page 237 : Introitus et Exitus 350, f. 82 r; No 4934. [retour]

Note 193, page 237 : Cf. Nos 2324, 2569. On voit ici que l’affirmation que le successeur de Grégoire XI n’eut pas de maître de la Pagnote est erronée (Guillemain, p. 416, note 344). Girod Mestral est cité en octobre 1394 (R. Suppl. 88, f. 42 v-43 r; il mourra vers la fin d’octobre 1403). Ce Genevois, curé d’Argonnex, ne peut avoir été nommé que par Clément VII. [retour]

Note 194, page 238 : S. Stelling-Michaud, Genevois ... Cf. Bibliographie. [retour]

Note 195, page 238 : Qu’il me suffise ici de faire allusion à ses manœuvres en faveur de son neveu, Francesco Prignano, qui le mirent à deux doigts de sa perte et l’engagèrent dans un conflit inopportun avec le roi de Naples Charles III en 1384-1385. Cf. p. 61, n. 179 et p. 148 sq. [retour]

Note 196, page 238 : Les faveurs prodiguées par Boniface IX à sa famille sont connues (Histoire de l’Eglise, XIV, p. 67; Enciclopedia Italiana, vol. VII, p. 411; Diction. de théologie catholique, vol. II, t. 1, col. 1003 sq.); nous en parlons brièvement dans la première partie, p. 155. [retour]

Note 197, page 239 : Duparc p. 330. Peut-être est-ce là le motif de son attitude à l’égard du testament du comte Pierre, son frère, établi cependant en sa présence. [retour]

Note 198, page 239 : Familles Barberini, Chigi, della Rovere, pour ne citer que quelques noms. [retour]

Note 199, page 239 : Pour les papes d’Avignon, cf. Guillemain. [retour]

Note 200, page 239 : Dans la promotion du 23 décembre 1383 (Eubel, I, p. 51). [retour]

Note 201, page 242 : Wernz, Jus decretalium, t. II 2e part., p. 3. [retour]

Note 202, page 242 : Comme en cette fin du XIVe siècle la prébende, à l'exception des rares chapitres cathédraux où la mense du chapitre est indivise, a pris le caractère d'un bénéfice simple, nous n'en traiterons pas séparément. [retour]

Note 203, page 243 : Cf. la carrière de ces dignitaires (Index nominum des analyses préparées pour l’édition). [retour]

Note 204, page 243 : Cf. No 3628. [retour]

Note 205, page 243 : Cf. No 2965. [retour]

Note 206, page 244 : Le procès pour le personnat de Peney coûta 40 florins d’or 3 sous 6 deniers, soit la valeur de deux ans de revenu (cf. No 3291). [retour]

Note 207, page 244 : Cf. No 4804. Il s’agit peut-être ici d’un ordre de préséance, mais je ne puis le certifier. [retour]

Note 208, page 244 : A l’occasion nous les signalons. Pour tout complément d’information, il faut consulter les ouvrages cités en référence dans la bibliographie, Ottenthal, Die päpstlichen Kanzleiregeln... et le Dictionnaire de Droit canonique. [retour]

Note 209, page 245 : Par exemple dans la marge d’une supplique, on lit « spatium erat simile in originali » (No 1974, note 4), ou à la fin d’une autre « Fiat ad collationem quam petit. G. » [retour]

Note 210, page 245 : Obituaire, Lausanne, p. 100; No 2848. Il était familier du pape. [retour]

Note 211, page 245 : Cf. Nos 2848 et 2850. [retour]

Note 212, page 245 : Cf. No 2858. [retour]

Note 213, page 245 : Cf. No 2646. [retour]

Note 214, page 246 : « Item declaravit idem dominus noster V. kal. novembr. anno VI. non esse nec umquam fuisse sue intentionis, quod parrochiales ecclesie nomine sue sanctitatis vel camere apostolice valeant acceptari » (Ottenthal, Regula 125, p. 118). Cette clause se retrouve dans certains de nos actes. [retour]

Note 215, page 246 : Cf. No 4130. [retour]

Note 216, page 246 : Cf. Nos 5259, 5260. La cure passe des mains du chambrier Guillaume de Menthonay, élevé à l’épiscopat, à celles de l’abréviateur Pierre d’Annecy. [retour]

Note 217, page 246 : Cf. No 2894. [retour]

Note 218, page 246 : Cf. No 2896. [retour]

Note 219, page 246 : Cf. No 4105. [retour]

Note 220, page 247 : Cf. No 4074. A titre d’exemple, je signalerai que la pension annuelle que doit verser en 1382 l’abbaye d’Aulph en Haute-Savoie pour l’entretien d’un étudiant à Paris est de 40 francs or (cf. No 2491). [retour]

Note 221, page 247 : Cf. No 4130. En 1371, le 25 % des curés du diocèse de Lyon sont des non-résidents. L’absentéisme touchera la moitié des cures du diocèse de Troyes en 1469 (F. Rapp, L'Eglise et la vie religieuse, ... (Nouvelle Clio, No 25), p. 212). [retour]

Note 222, page 247 : Cf. No 5091. [retour]

Note 223, page 247 : Cf. No 5219. [retour]

Note 224, page 248 : Cf. No 5369. [retour]

Note 225, page 248 : Cf. Nos 5371 et 5373. [retour]

Note 226, page 248 : Cf. Nos 354 et 1151. [retour]

Note 227, page 248 : Jean de Brogny cède le 8 avril 1389 le prieuré de Saint-Gilles contre celui de Saint-Amatre en possession de Thierry Ozile, un religieux cistercien (Cf. Nos 4031 et 4033). L'échange en sens inverse intervient le 17 mai 1393 (cf. Nos 5039 et 5041). [retour]

Note 228, page 248 : Cf. No 2346, contre la cure de Copponex. [retour]

Note 229, page 249 : No 2358. [retour]

Note 230, page 249 : No 2437. [retour]

Note 231, page 249 : Pouillés VII, p. 137. [retour]

Note 232, page 249 : Pouillés I, p. 107, 108 et 102. [retour]

Note 233, page 249 : Pouillés VI, p. 280 et 284. Il est difficile de taxer les personnats. A Cambrai, où ils sont mentionnés, ils varient de 7 livres tournois pour celui de Pulle (ib., p. 382) à 160 livres tournois pour celui de Hal (ib., p. 381). [retour]

Note 234, page 251 : Un historien a peint avec beaucoup d’exactitude le Sacré-Collège et les cours cardinalices et nous y renvoyons nos lecteurs, car ce que nous savons des cardinaux de Clément VII ne diffère point du tableau qu’il brosse (Guillemain, p. 181-276). Nous manquons par contre d’études de détail précises sur la fortune dont ils jouissaient. Les documents que nous avons recueillis permettent de suivre le développement du domaine cardinalice d’un Jacques de Menthonay ou d’un Jean de Brogny, mais les données sont difficilement chiffrables et il manque les apports provenant des ressources particulières du Sacré-Collège. [retour]

Note 235, page 251 : Nos 4231, 4360, 4362, 4453. [retour]

Note 236, page 251 : No 3886. [retour]

Note 237, page 252 : No 3868. [retour]

Note 238, page 252 : No 420: bulle étendant la valeur du revenu. D’autres bulles étendent les catégories de bénéfices ou le nombre des collateurs. [retour]

Note 239, page 252 : Voir l’article « defectus etatis » dans l’index rerum. [retour]

Note 240, page 252 : Voir l’article « defectus natalium » dans l’index rerum. Cf. No 2831. [retour]

Note 241, page 253 : Exemple: No 2854. [retour]

Note 242, page 253 : Exemples: No 1664 ou 3458. [retour]

Note 243, page 253 : Exemples: Nos 2852 et 3756, prêtre et régulier: Nos 4045 et 4123. [retour]

Note 244, page 253 : No 3231. [retour]

Note 245, page 253 : No 4126. [retour]

Note 246, page 253 : No 2852. [retour]

Note 247, page 254 : No 3756. Clément VII accorde cependant des dérogations plus amples, celle par exemple à Pierre de Ravoire pour qu'il soit reçu chanoine, malgré le serment exigé dans toutes les collégiales de France d'être enfant légitime (No 2478). [retour]

Note 248, page 254 : Nos 1364 et 2755 (prébende du cardinal Pierre Corsini). [retour]

Note 249, page 254 : Nos 418 (20 novembre 1378) et 4405 (30 août 1390). [retour]

Note 250, page 254 : Nos 1664 et 5080. [retour]

Note 251, page 254 : Ainsi Jacques de Menthonay est en procès depuis douze ans au minimum pour un canonicat à Besançon (No 2409). Jean Fournier attend depuis le temps d'Urbain V (No 1147). [retour]

Note 252, page 254 : Ainsi Mermet Roulet troque son expectative au diocèse de Lyon contre un même bénéfice au diocèse de Genève, où il espère rencontrer moins de candidats car, dit-il, « littere propter multitudinem hujusmodi beneficia... expectantium, te in dicta precedentium, inutiles existunt. » (Nos 604 et 606). Cf. aussi No 1175. D’autres cas, nombreux, se retrouvent dans nos actes, cf. Nos 35 et 2872; 113 et 2832; 302, 2535 et 3525; 454 et 3526; 1372 et 3634. [retour]

Note 253, page 255 : Cf. Nos 318, 810, 2251 et 4314. [retour]

Note 254, page 255 : No 4729. Certainement trois ans, si ce n’est plus, puisque nous sommes en janvier 1392. [retour]

Note 255, page 255 : Cf. No 2252. [retour]

Note 256, page 255 : « propter metum et periculum sui corporis... » (No 2821). [retour]

Note 257, page 255 : Cf. Nos 4811 et 4812. [retour]

Note 258, page 255 : No 2582. [retour]

Note 259, page 255 : Reymond, p. 303. [retour]

Note 260, page 256 : No 2305. [retour]

Note 261, page 256 : No 2740. [retour]

Note 262, page 256 : Nos 3621 et 3751. [retour]

Note 263, page 256 : No 4652. [retour]

Note 264, page 256 : Nous nous excusons de ne le faire que pour un petit nombre de pièces, car en principe tous les actes seraient susceptibles de développements semblables, mais donner une plus grande extension à ces observations amplifierait et alourdirait par trop cette étude. Nous avons donc choisi de présenter quelques cas typiques, d’ailleurs nullement exhaustifs. [retour]

Note 265, page 257 : No 5162. [retour]

Note 266, page 257 : No 4334. Il fera une bonne carrière aboutissant à l’officialité de l’évêché de Genève. [retour]

Note 267, page 257 : Il s’agit des personnats de Gilly, Faucigny, Arâches et Jussy, qu’il échange le 19 novembre 1381 contre la paroissiale de Copponex, taxée 25 livres dans la taxe de la décime (Pouillés VII, p. 341), ce qui la range dans les cures d’importance moyenne. En plus, il conserve les personnats de Montherod, Lucinges, Begnins, Gingins, Saint-Didier en Haute-Savoie, Essert, Bossy, Laconnex, Gruffy, Alby et Corsier (Nos 2346 et 2348). [retour]

Note 268, page 258 : No 4155. Biographie: R. C. Logoz, Quelques carrières d'ecclésiastiques à la fin du XIVe siècle. Dans Revue Histor. Vaudoise, 1971, p. 17-18. [retour]

Note 269, page 258 : No 4599, etc. [retour]

Note 270, page 258 : No 4601, etc. [retour]

Note 271, page 258 : Pouillés VII, p. 338 et 343. [retour]

Note 272, page 258 : Pouillés VII, p. 256, 257 et p. 36, 37. [retour]

Note 273, page 258 : Par exemple No 4038. [retour]

Note 274, page 258 : No 5234. [retour]

Note 275, page 259 : Nos 3835, 4008 et 4094. [retour]

Note 276, page 259 : Nos 2562, 2563, 2564, 2565 et 2566. Une lutte plus spectaculaire s’engagea autour de la prévôté du Grand-Saint-Bernard, cf. Nos 2971, 2972, 3839, 4340, 4341, 4863, 4894, 4895, 4896, 4955 et 4957. [retour]

Note 277, page 259 : Voyez le cas des curés de Perroy et de Corsier: No 5205. [retour]

Note 278, page 259 : No 1686. [retour]

Note 279, page 259 : No 2988. [retour]

Note 280, page 260 : Reymond, p. 381. [retour]

Note 281, page 260 : No 4610. [retour]

Note 282, page 260 : No 3860. [retour]

Note 283, page 260 : No 4215, cet exemple n’est pas isolé. [retour]

Note 284, page 260 : No 1783. [retour]

Note 285, page 261 : Le 20 novembre 1378, il obtient une grâce en expectative à Toulouse et le pape casse celle qu’il avait à Genève (Nos 418, 419), qu’il avait peut-être obtenue avec la date du 22 novembre (No 596). Comme ces dates sont conventionnelles, il ne faut pas s’étonner outre mesure de cette inconséquence, car il est fort possible que le bénéfice toulousain soit bien postérieur. [retour]

Note 286, page 261 : No 4389. Il n’était d’ailleurs peut-être pas complètement dépourvu (cf. No 3001). [retour]

Note 287, page 261 : No 4405. [retour]

Note 288, page 261 : Les dates d’expédition permettent de s’y retrouver, car plusieurs actes sont antidatés, pour que leurs dates correspondent à celles des décisions initiales. [retour]

Note 289, page 261 : No 4407, bulle datée du 30 août 1390, expédiée le 15 décembre 1391. [retour]

Note 290, page 261 : No 4406, bulle datée du 30 août 1390, expédiée et livrée le 7 janvier 1391. [retour]

Note 291, page 261 : No 420. [retour]

Note 292, page 262 : Cf. No 3172, où j’expose en détail toute l’affaire. [retour]

Note 293, page 262 : Nos 3851 et 3852. Biographie de Guillaume de Menthonay: R. C. Logoz, Quelques carrières d'ecclésiastiques à la fin du XIVe siècle. Dans Revue Histor. Vaudoise, 1971, p. 13-17; No 2468, n. 1 et L. Wettstein, Helvetia Sacra 2, ouvrage en cours de publication. [retour]

Note 294, page 263 : Nos 3853, 3854 et 3855. [retour]

Note 295, page 263 : Nos 4135, 4136. Jean de Placentinis, lui aussi, obtient le même jour l’expectative d’une nouvelle prébende: No 4137. [retour]

Note 296, page 263 : No 416. [retour]

Note 297, page 263 : « de militari genere procreatus ». [retour]

Note 298, page 263 : « ex utroque parente baro » (No 1950). [retour]

Note 299, page 263 : No 2769. [retour]

Note 300, page 263 : No 2771. [retour]

Note 301, page 263 : No 2772. [retour]

Note 302, page 264 : Rodolphe de Presles laisse la cure de Saint-Léger à Genève à son neveu Pierre de Presles (No 4132). [retour]

Note 303, page 264 : Nos 4595 à 4602. [retour]

Note 304, page 264 : Anserme de Chavannaz, gouverneur de la Pagnote, cède son canonicat de Langres à Pierre d’Arcine; tous deux sont du même pays, le canton de Frangy (No 2736). [retour]

Note 305, page 264 : Une excellente description est fournie par M. Guillemain (Guillemain, p. 252 à 274). [retour]

Note 306, page 264 : Guillemain, p. 256. Elles paraissent dans certains rôles de suppliques ou séries d’actes, par exemple Nos 3076, 4035, 4036, 4037 ou 5369. Cf. plus loin ce que nous disons des bénéfices qui restent dans la famille cardinalice. [retour]

Note 307, page 265 : J’ai évoqué le cas d’Adhémar Convers et de Guillaume de Musièges. L’un était le familier du cardinal de Brogny, l’autre fut en tout cas celui du cardinal Jacques de Menthonay. Il passa peut-être d’une famille cardinalice à l’autre. D’autres échanges nombreux figurent dans nos textes, citons encore Pierre de Taninges et Jean de Mareste, familiers du cardinal de Menthonay, qui échangent des bénéfices avec Vincent Salinhaqui, familier du cardinal Gui de Malesset (Nos 3708 à 3712). [retour]

Note 308, page 265 : Cf. No 4297. [retour]

Note 309, page 265 : Nos 4155 et 4184. [retour]

Note 310, page 265 : Nos 4132, 4133 et 4195. [retour]

Note 311, page 265 : Guillaume de Menthonay reçoit la prébende de Lausanne (No 3062), Jacques Dunant reçoit la prébende de Genève (No 3064) et Gérard Mestral reçoit la paroisse de Veigy, mais cède la cure d’Eyson (Doubs, canton de Vercel) à Jacques Dunant (No 3068). Comme il ne peut cumuler deux cures, il va laisser la cure de Saint-Gervais, qu’il avait déjà, à Nicolas de Darmaz (No 3070) et sa bonne chapelle de Saint-Georges à Genève à Guillaume de Grigny (No 3073). Tout l’arrangement fut présenté dans un rôle de suppliques, par le cardinal de Menthonay (No 3076). [retour]

Note 312, page 266 : No 3849. [retour]

Note 313, page 266 : No 3210. [retour]

Note 314, page 266 : A l’archidiaconé de Belley, Pierre de Chevelu succède à Pierre Rey, pour laisser la sacristie à Pierre de Bons, qui soutient un procès pour la trésorerie de ce diocèse. Les familles de Begnins, Rey, de Chevelu ou de Bons sont des familles de notables du diocèse de Genève (Nos 4040 et 4041). [retour]

Note 315, page 266 : Cf. No 3129, etc. [retour]

Note 316, page 266 : Antoine de Châtillon reçoit la prébende de Saint-Géry à Cambrai (No 3747); Guillaume Barbier, clergeon de douze ans, la prébende de Sion et la chanoinie de Maragnenaz (No 3748); Jean Barbier, la prébende de Beaune (No 3749) et Nicod de Châtillon la chapelle de la Paix à Cambrai (No 3750). [retour]

Note 317, page 266 : No 2583. [retour]

Note 318, page 267 : No 2584. [retour]

Note 319, page 267 :9 Nos 2585 et 2586. [retour]

Note 320, page 267 : No 2802. [retour]

Note 321, page 267 : Nos 2681 et 2786. [retour]

Note 322, page 267 : Nos 3629 à 3632. Nous renvoyons à notre commentaire. [retour]

Note 323, page 267 : Nos 4155 et 4595. [retour]

Note 324, page 267 : No 2361. [retour]

Note 325, page 267 : No 2362. [retour]

Note 326, page 268 : No 2364. [retour]

Note 327, page 268 : No 2366. [retour]

Note 328, page 268 : Une bonne dispense pour cumul: celle accordée à Jean de Brogny (No 2410). [retour]

Note 329, page 268 : Les provinces de Tolède et de Saragosse, les diocèses de Séville, Pampelune, Calahorra, Majorque, Carthagène, Burgos, Valence, Barcelone, Léon, Avila, Salamanque (No 4013). [retour]

Note 330, page 268 : Les diocèses de Besançon, Vienne, Embrun, Tarentaise, Aix, Tarragone, Lausanne, Belley, Valence (France), Die, Viviers, Maurienne, Sion, Aoste, Gap, Apt, Liège, Utrecht, Carpentras, Orange, Vaison et Saint-Paul-Trois-Châteaux (No 2390). [retour]

Note 331, page 269 : Cf. Nos 2348 et note 267. [retour]

Note 332, page 269 : Nos 2468 et 2469. Il est frappant de voir que certains historiens se soient laissés tromper sur l’âge de ce prélat. M. Reymond lui attribue des bénéfices au milieu du XIVe, alors qu’il est né en 1372 et qu’il a déjà douze ans de carrière ecclésiastique, quand il monte sur le trône épiscopal de Lausanne en 1394 à vingt-deux ans (Reymond, p. 384). [retour]

Note 333, page 269 : No 3748. [retour]

Note 334, page 269 : Cf. Index rerum des analyses au mot: « defectus etatis. » [retour]

Note 335, page 269 : Il s’agit de Bertrand Pouguet reçu chanoine de Verdun, en vertu d’une bulle antérieure, le 25 mai 1394 (R. Vat. 307, f. 216 v-217 r) et du Viennois Guigue Remestanz, le Jeune, admis dans l’église le 25 juin 1286 (Pouillés VII, p. 272). [retour]

Note 336, page 269 : Le 17 août 1382, cf. No 2500. Sa carrière avait commencé plus de deux ans auparavant et se poursuivait sous la protection de la Comtesse de Savoie (cf. No 1952). [retour]

Note 337, page 270 : J’excepte l’évêque in partibus de Castoria, Hermann de Klingenberg, puisqu’il est suffragant de Mangold de Brandis, évêque de Constance. [retour]

Note 338, page 270 : Reymond, p. 273. [retour]

Note 339, page 270 : No 42. [retour]

Note 340, page 270 : No 3040, cf. aussi No 3038 pour Rumilly. [retour]

Note 341, page 270 : No 2819. C’est Jean de Chissé. [retour]

Note 342, page 271 : No 4130. [retour]

Note 343, page 271 : Cf. Index rerum, article: litiges. Ainsi en est-il pour le curialiste Pierre de Magnier et sa chapelle de Saint-Martin à la cathédrale de Genève (Nos 4019 et 4259). Il a d’ailleurs un autre litige en cours sur une prébende d’Embrun. [retour]

Note 344, page 271 : Nous renvoyons les curieux au Dictionnaire de Droit canonique de R. Naz et les spécialistes à notre Index rerum, article litiges, où sont énumérées les pièces qui font mention d’un procès. [retour]

Note 345, page 271 : « lis », ou « materia questionis inter partes orta ». [retour]

Note 346, page 272 : « ecclesia... de qua... Benedictus apostolica, Ludovicus vero predicti ordinaria auctoritatibus sibi provisum fuisse ... asserebant » (No 4936). [retour]

Note 347, page 272 : Nos 4610, 2988 et 3048. [retour]

Note 348, page 273 : No 4142. [retour]

Note 349, page 273 : Nos 4423 et 4424. [retour]

Note 350, page 273 : Voyez la liste de leurs pouvoirs: Ottenthal, p. 313 pour le vice-chancelier et p. 303 pour le régent de la Chancellerie, etc. [retour]

Note 351, page 274 : Nos 3829 et 3847. [retour]

Note 352, page 274 : ... « tibi motu proprio... concedimus », écrit-il, « quod, si nos alicui persone de dictis canonicatu et prebenda ac prepositura... concessimus... provideri, concessio... aliquatenus non obsistat »... La phrase n’est probablement pas du pape, mais la lettre ou plutôt les deux lettres (car il en existe deux sur le même objet, dont l’une est dépourvue de cette formule) sont adressées à son ami Jean de Brogny, le futur vice-chancelier (Nos 3218 et 3219). [retour]

Note 353, page 274 : No 3172 et note. Cf. p. 262. [retour]

Note 354, page 274 : No 4020. [retour]

Note 355, page 275 : No 3469. [retour]

Note 356, page 275 : Voyez les lettres contradictoires Nos 4858, 4936 et 5002. [retour]

Note 357, page 275 : No 4514. [retour]

Note 358, page 275 : No 4877. [retour]

Note 359, page 275 : No 2926. [retour]

Note 360, page 275 : No 2616 ou 5429. [retour]

Note 361, page 275 : No 2355 ou 2836. [retour]

Note 362, page 275 : No 2380. [retour]

Note 363, page 276 : No 4936. [retour]

Note 364, page 276 : No 3172. [retour]

Note 365, page 276 : « pro dicta lite et ejus prosecutione bona sua vendidit et consumpsit, sic quod non habet unde vivat, pauperrimus effectus... » (No 2713). [retour]

Note 366, page 276 : No 3291 et note 206. [retour]

Note 367, page 276 : La cure de Peney est taxée 15 livres dans le compte de décimes du XIVe siècle (Pouillés VII, p. 139) et 44 livres en 1453 (D.H.V. II, p. 437). [retour]

Note 368, page 276 : Nos 4025, 4026. [retour]

Note 369, page 276 : No 3121. [retour]

Note 370, page 277 : Nos 3001, 596, 1783. [retour]

Note 371, page 278 : Nos 2642, 2688, 3893 et 3910. [retour]

Note 372, page 279 : La Chapelle des Macchabées à Genève, le couvent des Dominicains et un hôpital à Annecy, le Collège Saint-Nicolas et des dons aux célestins d’Avignon. [retour]

Note 373, page 280 : Leur mère, Nicolette de Langin, veuve d’Aymon de Menthonay, se remariait (cf. No 2135). [retour]

Note 374, page 281 : Nous n’avons pas dans le cadre de ce travail à opposer la Réforme et la Contre-Réforme, qui fut à sa manière également une réforme, achevée dans certains pays, incomplète ailleurs. Situant nos textes, nous ne pouvions pas le faire sans allusion à cette question, car l’évolution qu’ils révèlent, eux aussi, y conduit. [retour]

Note 375, page 282 : Jules de Médicis eut les archevêchés de Florence, Narbonne, Embrun, les évêchés d’Albi, Elne, Albenga, Bologne, Ascoli Piceno, Eger, Worcester; il brigue ceux de Lavaur et de Vienne, dont il tire cependant une pension de 1500 ducats. En plus, il posséda les abbayes de Chiaravalle, Tre Fontane près de Rome, Saint-Martin de Tournai, etc. (Eubel III, p. 14 et 197). L’évêché d’Eger seul lui rapporte déjà 12 000 ducats annuels. Il ne les conserve pas toujours, mais ne résigne pas un évêché sans compensation à la mesure de la mense épiscopale abandonnée. [retour]

Note 376, page 282 : M. S. Stelling-Michaud a retrouvé de nombreux Genevois à Avignon (Stelling-Michaud, Genevois... étude citée dans la bibliographie). [retour]

Note 377, page 282 : R. Suppl. 55, f. 238 v-239 r. [retour]

Note 378, page 282 : « ibidem perpetuam optat facere mansionem » (No 1387). [retour]

Note 379, page 282 : Coll. 359 A, f. 109 r (LXX). [retour]

 


 

 

 

 

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