Mémoires et documents de la Société d’histoire de la Suisse romande

Edition numérique

Léon KERN

Études d’histoire ecclésiastique et de diplomatique

Dans MDR, Troisième série, 1973, tome IX, pp. V-XII

© 2026 Société d’histoire de la Suisse romande

LÉON KERN

ÉTUDES D’HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE ET DE DIPLOMATIQUE

LIBRAIRIE PAYOT
LAUSANNE
1973

 

Léon Kern

Léon Kern (1894-1971)

/V/

La carrière rectiligne d’un grand historien fribourgeois, poursuivie sur deux plans, ceux de l’administration et de l’enseignement universitaire, animée par une véritable passion de la recherche, telle apparaît à qui la considère dans son ensemble la vie de Léon Kern. Entré très tôt aux Archives fédérales de Berne, il en devint, sous les ordres d’Heinrich Türler, le sous-directeur, puis le directeur dès 1933. Après avoir enseigné quelques années, à Lausanne, la paléographie, il fut nommé professeur d’histoire du moyen âge à l’Université de Berne, où il a initié des générations d’étudiants aux mystères de la paléographie, de la diplomatique et de la chronologie pendant près de quarante ans, 1925 à 1964. Ceux qui ont eu le privilège de l’approcher savent quelle était la complexité de son être intérieur, riche de tous les dons de l’intelligence et de la sensibilité, mais travaillé jusqu’à la fin par une attirance profonde des problèmes religieux et par une inguérissable réserve à l’égard de tous les essais de solution.

A ceux qui pourraient s’étonner qu’il ait si peu « produit » — ce mot typique hélas ! de notre mentalité — en fait de publications scientifiques, il est aisé de répondre en rappelant que Léon Kern a toujours été d’une incroyable disponibilité pour tous ceux qui avaient recours à lui afin d’être conseillés et dirigés dans leurs recherches 1; en second lieu, qu’il était hanté par une exigence de perfection portée à l’extrême — non pas certes ce que l’on nomme le « perfectionnisme helvétique » — mais bien la volonté de pousser /VI/ aussi loin qu’il est possible l’information bibliographique et l’exactitude la plus minutieuse dans le déchiffrement et l’interprétation des textes.

Ce souci presque maladif de la précision, de la netteté, du fini l’a empêché bien souvent de livrer à l’impression un article auquel il avait travaillé durant des mois, et qu’il finissait par enfouir dans un carton, avant de le vouer à la destruction. Il aurait pu faire sien le mot cruel d’Eugène Rambert : « Quand nous rencontrons un tesson de bouteille, nous disons qu’il est transparent. En France, la netteté commence au cristal. »

Ce n’est pas qu’il n’ait pas envisagé, lui aussi, de grandes entreprises : à Paris, dans les années de la première guerre mondiale, il avait rencontré Edouard Rott, alors attaché à la Légation suisse, et attelé à sa monumentale Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des Cantons suisses, dont le premier volume avait paru en 1900 ; et c’est lui qui, après la mort de Rott en 1924 2, assumera la mise au net et la publication des volumes IX (1926) et X (1935). Je vois encore sur sa table de travail aux Archives fédérales, les grandes pages manuscrites de Rott, avec leurs nombreux ajouts, dont il fallait débrouiller le dédale, à l’intention du prote. Et j’entends les rires que nous faisions devant les ingénieuses périphrases: « Au pied du Gurten » ou « Sur les bords de la Sarine », auxquelles Rott avait recours pour désigner, sans répéter leurs noms trop souvent, les villes de Berne et de Fribourg.

Mais c’est plus encore la grande masse des documents de l’Ordre de Cluny : Chapitres généraux et Visites, conservés en copie à la Bibliothèque de la Chambre des Députés, à Paris, qu’il avait formé le projet de publier, d’entente avec un bénédictin français, dom Gaston Charvin, dans les Archives de la France monastique. Hélas ! cette belle entreprise se heurta à la susceptibilité des supérieurs hiérarchiques de dom Charvin, qui craignirent de voir compromis le bon renom des maisons clunisiennes du moyen âge. On en était encore là dans certains milieux, il y a cinquante ans ! Et même le projet limité aux prieurés de la Suisse, qui semblait près d’être /VII/ réalisé en 1927, fut à son tour abandonné. Ce n’est pas la faute de dom Charvin si le nom de Léon Kern ne figure pas à côté du sien sur les beaux volumes des Visites et Chapitres généraux, qui ont commencé de paraître en 1965, chez l’éditeur de Boccard, à Paris. Du moins, le tome premier lui est-il dédié, et la préface contient, avec un rappel discret des avatars de la publication, un juste hommage à celui dont les notes érudites ont été largement mises à contribution.

Médiéviste de formation et de goûts — et il n’a jamais manqué de rappeler ce qu’il devait à ses maîtres, Franz Steffens, le paléographe de Fribourg, et Maurice Prou, le directeur de l’Ecole des Chartes, à Paris — Léon Kern s’est trouvé par un singulier paradoxe à la tête du seul dépôt d’archives de la Suisse qui ne comporte pas de documents antérieurs à 1798. Il n’en a travaillé que plus diligemment à classer les fonds de l’administration fédérale dès 1848. Avec la collaboration d’Henry Beuchat, qui l’a beaucoup aidé dans ce travail, il a entrepris la publication du Répertoire des délibérations des Chambres fédérales. Il s’est voué, avec son adjoint, M. Leonhard Haas, qui devait lui succéder dans ses fonctions de directeur, à la mise en ordre des séries de copies de documents intéressant la Suisse, exécutées dans les principaux dépôts de l’étranger, à Paris, Londres, La Haye, Vienne, Simancas, le Vatican.

Mais ces tâches administratives n’ont pu le détourner de ce qui a toujours été son domaine de prédilection : le moyen âge, et très particulièrement ce qui touche à la vie religieuse, aussi bien la pratique des fidèles que le droit canon et la liturgie.

Le recueil dont nous lui avions soumis le plan, André Donnet et moi, il y a une dizaine d’années, devait comprendre deux parties, l’une réservée à des articles concernant la Suisse romande, l’autre à des études sur les mouvements de dévotion populaire dans l’Italie du XIIIe siècle. Au cours de ses séjours de vacances trop chichement limités, il avait amassé dans les archives municipales de Sienne, de Pérouse, d’Assise, d’Arezzo, une quantité de textes originaux, qu’il se proposait de mettre en œuvre en les rapprochant des tableaux d’autel, retrouvés dans les églises et les musées, voire dans la collection Berenson, et cela promettait une riche moisson. Hélas ! là encore, il a fallu y renoncer. Seule l’étude sur /VIII/ San Bevignate permet d’entrevoir ce que nous comptions engranger dans ce volume.

Mais les textes du présent recueil parlent par eux-mêmes: qu’il s’agisse de paléographie ou de diplomatique, ces Notes sur les Rouleaux des morts ou sur une supplique valaisanne du XVIe siècle, témoignent éloquemment de cette quête à l’information la plus exhaustive et de cette volonté d’arracher au texte la plus petite parcelle de vérité. Et cette incroyable ténacité allait de pair avec un sens aigu des limites de notre connaissance. Celui qui commençait un jour sa leçon en disant à ses étudiants abasourdis : « Messieurs, Kipling a dit : l’histoire serait la plus incertaine des sciences, si la médecine n’existait pas », a gardé jusqu’au bout, durant les longues semaines de clinique de l’été 1971, cet humour et ce malicieux sourire au coin des lèvres, qui contrastait avec une certaine anxiété du regard, tourné vers les problèmes de l’au-delà.

Henri Meylan

 

/IX/

Bibliographie des articles publiés par Léon Kern

établie par

André Donnet

 

1915

Le partage des biens des Kybourg, dans Annales fribourgeoises, 1915, pp. 90-92.

1916

En collaboration avec Gaston Castella: Les relations économiques de Fribourg avec Genève au XVe siècle, dans Annales fribourgeoises, 1916, pp. 228-236.

1920

En collaboration avec Gaston Castella : Notes sur la Chronique de Rudella et Index chronologique du manuscrit des Archives d’Etat de Fribourg, dans Annales fribourgeoises, 1920, pp. 108-134, 159-192, 208-218.

1921

L’érudition historique en Suisse, dans Revue d’histoire suisse, 1921, pp. 1-17.

1926

[Avant-Propos à] Edouard Rott, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, de leurs alliés et de leurs confédérés, tome IX, Berne, 1926, pp. III-VII.

1927

Petites histoires fribourgeoises, dans Annales fribourgeoises, 1927, pp. 50-61. /X/

L’île de Saint-Pierre, de la suppression du prieuré à la Réformation, dans Berner Taschenbuch auf das Jahr 1927, pp. 127-138, 1 pl. h. t.

1929

Notes pour servir à un débat sur le pacte de 1291, dans Revue d’histoire suisse, 1929, pp. 340-346.

1930

A propos du mouvement des flagellants de 1260. Saint Bevignate de Pérouse, dans Studien aus dem Gebiete von Kirche und Kultur. Festschrift Gustav Schnürer, Paderborn, 1930, pp. 39-53.

Le bienheureux Rainier de Borgo San Sepolcro, de l’ordre des frères mineurs, dans Revue d’histoire franciscaine, t. VII, 1930, pp. 233-283, 3 pl. h. t.

1931

Un incendie du prieuré de Payerne en 1235 ou 1236, dans Archiv des Historischen Vereins des Kantons Bern, XXXI. Bd, Heft 1 (Festgabe für Heinrich Türler), Berne, 1931, pp. 33-36.

1935

En collaboration avec Edgar Bonjour: Summarisches Verzeichnis der Abschriften aus ausländischen Archiven die im Bundesarchiv aufbewahrt werden, dans Zeitschrift für Schweizerische Geschichte, 15e année, 1935, pp. 422-432. ([Veröffentlichungen der] Vereinigung schweizerischer Archivare, Nr 3).

1937

Note pour servir à l’histoire des prieurés bénédictins de Quartino et de Giornico, dans Revue d’histoire eccl. suisse, 1937, pp. 387-391.

1938

Autour du procès d’Hugues Géraud, évêque de Cahors, dans Revue d’histoire eccl. suisse, 1938, pp. 1-19.

c. r. Guy de Valous, Le monachisme clunisien des origines au XVe siècle. Vie intérieure des monastères et organisation de /XI/ l’ordre, Ligugé et Paris, 1935, 2 vol. (Archives de la France monastique, vol. XXXIX et XL). — Id., Le temporel et la situation financière des établissements de l’Ordre clunisien du XIIe au XIVe siècle, particulièrement dans les provinces françaises, Ligugé et Paris, 1935 (Archives de la France monastique, vol. XLI). — Humanisme et Renaissance, t. V (1938), pp. 467-471.

1944

Le moine imprimeur Hans Wirzburg de Vach, dans Mélanges Charles Gilliard, Lausanne, 1944, pp. 296-301.

1952

Une légende de charte partie. Le traité d’alliance de 1243 entre les villes de Berne et de Fribourg, dans Etudes suisses d’histoire générale, t. 10, 1952, pp. 178-186, 1 pl. h. t.

1955

A propos des lettres d’indulgences collectives concédées au concile de Wurzbourg de 1287, dans Etudes suisses d’histoire générale, t. 13, 1955, pp. 111-129.

En collaboration avec Glaire Rosselet et Hélène Rott de Neufville: Edouard Rott. 1834-1954. [Neuchâtel, Bibliothèque de la Ville, 1955], pp. 11-17.

1956

Sur les rouleaux des morts, dans Etudes suisses d’histoire générale, t. 14, 1956, pp. 139-147, 2 pl. h. t.

1958

Notes pour servir à l’histoire du prieuré et du village de Villars-les-Moines, dans Archiv des Hist. Vereins des Kantons Bern, XLIX. Bd., 2. Heft (Festschrift für Hermann Rennefahrt), 1958, pp. 403-412. /XII/

Note sur un compromis et des sentences arbitrales concernant le prieuré et la ville de Payerne (1421), dans Annales fribourgeoises, 1958, pp. 47-68.

1961

Notes sur le prieuré clunisien de Sainte-Hélène, à Sarre, dans Mém. et documents publiés par la Soc. d’Histoire et d’Archéologie de Genève, t. 40 (Mélanges Paul-Edm. Martin), Genève, 1961, pp. 329-339.

1962

Notes sur la fondation de la Confrérie des Recommandés à la Vierge et ses rapports avec les Flagellanti, dans Il Movimento dei Disciplinati nel settimo centenario dei suo inizio (Perugia, 1260). Convegno internazionale : Perugia, 25-28 settembre 1960. Deput. di Stor. pa. per l’Umbria. Appendice al Boll. n° 9, Spoleto, 1962, pp. 253-256.

1967

Une supplique adressée au pape Paul III (1534-1549) par un groupe de Valaisans, dans Vallesia, t. XXII, Sion, 1967, pp. 225-246, 1 pl. h. t.

 


 

NOTES :

 

Note 1, page V : On ne manquera pas de lire, à cet égard, le témoignage de deux de ses meilleurs disciples, André Donnet, dans Société Académique... Saint-Anselme, 46e Bulletin (1972-1973), Aoste, 1973 (à paraître), et Ernest Giddey, dans la Revue suisse d’histoire, 1971, p. 339 s. [retour]

Note 2, page VI : La notice consacrée à Edouard Rott, en tête du vol. IX de l’Histoire de la représentation diplomatique... p. iii-vii, est de la main de Léon Kern. [retour]