Mémoires et documents de la Société d’histoire de la Suisse romande

Edition numérique

Martin LE FRANC

Le Champion des Dames
Introduction

Publié par Arthur PIAGET

Dans MDR, Troisième série, 1968, tome VIII, pp. V-VIII

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MARTIN LE FRANC

LE CHAMPION DES DAMES

PUBLIE PAR † ARTHUR PIAGET

/V/

INTRODUCTION

A l’âge de vingt-trois ans, Arthur Piaget (1865-1952) publiait son premier ouvrage : Martin Le Franc, prévôt de Lausanne 1, qui est sa thèse de doctorat présentée à la Faculté des Lettres de Genève. C’est Gaston Paris, dont Arthur Piaget avait été l’élève au Collège de France, qui lui avait « abandonné » ce sujet. Au moment où paraît cette thèse, le maître parisien manifeste sa satisfaction, disant, entre autres : « On peut surtout attendre avec confiance l’édition commentée du Champion des Dames que l’auteur nous promet.» 2

Dans les dernières années de sa vie, cette édition, Arthur Piaget la promettait encore à la Société d’Histoire de la Suisse Romande. Les tâches si diverses qu’il accomplissait avec éclat — archiviste de l’Etat de Neuchâtel, professeur à la Faculté des Lettres, historien neuchâtelois et quinziémiste éminent 3 — ne lui ont pas permis d’achever son édition du Champion des Dames. Pourtant, durant cinquante ans au moins, il y a travaillé sporadiquement, amassant des notes, préparant sa publication.

Mlle Eugénie Droz, élève d’Arthur Piaget et sa collaboratrice pour plusieurs publications, a hérité de son maître la copie du texte préparée pour l’impression ainsi que les travaux préparatoires qui l’accompagnaient. Grâce à son bienveillant concours, la Société d’Histoire de la Suisse Romande peut aujourd’hui exaucer en partie au moins le vœu émis par Gaston Paris au siècle passé, et réaliser enfin un projet qui tenait à cœur aux collègues d’Arthur Piaget au /VI/ comité de notre Société : publier Le Champion des Dames. Mlle Droz, en effet, a bien voulu se charger de la publication du manuscrit d’Arthur Piaget. Nous lui en exprimons ici notre vive gratitude.

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La thèse d’Arthur Piaget est encore l’ouvrage le plus important qui ait été consacré à Martin Le Franc. Nous lui empruntons les quelques indications qui suivent.

Martin Le Franc est né vers 1410 dans le comté d’Aumale, en Normandie. Il étudie à Paris, se trouve à Arras en 1435, puis assiste au Concile de Bâle. Félix V le prend comme secrétaire et le nomme protonotaire apostolique. Le 6 mai 1443, Martin Le Franc est nommé chanoine de Lausanne ; le 24 septembre de la même année, prévôt. D’autres prébendes à Turin, à Genève, viennent s’ajouter aux précédentes. Lors de l’abdication de Félix V, en 1449, Martin Le Franc conserve ses fonctions de secrétaire auprès de Nicolas V. Il devient encore maître des requêtes de Louis Ier de Savoie et, en 1459, administrateur de l’abbaye de Novalaise, près de Suse. Souvent absent de Lausanne, le prévôt a des difficultés avec son chapitre, qui doit nommer des remplaçants pour exercer ses fonctions, et le prive des revenus de sa prébende en 1461, l’année même de sa mort.

A Lausanne, Martin Le Franc composa L’Estrif de Fortune 1 de 1447 à 1448, et prit une part, du reste tres réduite, à la traduction de la Bible connue sous le nom de Bible Servion. 2 Le Champion des Dames est antérieur à l’arrivée de Martin à Lausanne. Arthur Piaget en place la composition dans les années 1440-1442, et situe ce long poème dans l’abondante littérature qui, depuis Jean de Meung et Matheolus, s’en prend aux femmes ou intervient en leur faveur: Jean de Montreuil, Gontier et Pierre Col dans le camp des anti-féministes, Gerson, Christine de Pisan, Alain Chartier dans celui des défenseurs. « Martin Le Franc, dans son poème, réunit tous les arguments pour et contre le sexe feminin, avec une prodigieuse énumération d’hommes et de femmes célèbres par leurs vices aussi /VII/ bien que par leurs vertus. Le Champion des Dames, avec beaucoup de nouveau, contient tout ou presque tout ce qui l’a précédé.» 1

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Le Champion des Dames a connu un certain succès. Arthur Piaget, au moment de publier sa thèse, avait repéré et décrit 2 six manuscrits, dont il avait relevé les variantes:

Bruxelles, Bibliothèque royale, n° 9466, exemplaire que Martin Le Franc fit remettre à Philippe le Bon, duc de Bourgogne.
Bruxelles, Bibliothèque royale, n° 9281.
Paris, Bibliothèque nationale, ms. franç. 12476.
Paris, Bibliothèque nationale, ms. franç. 841.
Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, n° 3121.
Grenoble, Bibliothèque municipale, n° 875.
A cette liste, il convient d'ajouter aujourd'hui les cinq manuscrits suivants :
Rome, Bibliothèque vaticane, ms. Pal. lat. 1968 (cf. Romania, t. XLVI (1920), p. 151).
Collection de Sir John Arthur Brooke, vendu par MM. Sotheby & Co., Londres, le 25 mai 1921 (n° 629 du catalogue), acquis par la Librairie Olschki, Florence.
Collection Belin, Paris, vendu en février 1936.
Collection de Sir Thomas Phillipps, vendu par MM. Sotheby & Co., Londres, le 30 novembre 1965 (n° 28 du catalogue, fac-similé).
Fragment actuellement propriété du Prof. S. Paul Jones, New York, dont l'existence nous a aimablement été signalée par M. A. R. A. Hobson, l'un des directeurs de MM. Sotheby & Co., Londres.
En outre, Arthur Piaget connaissait la mention d'un manuscrit figurant dans un inventaire du XVe siècle. 3
Il avait aussi collationné le texte de l'incunable non daté attribué à Guillaume Le Roy, Lyon, vers 1485; cette attribution a depuis lors été mise en doute, de sorte que l'on parle de l’Imprimeur /VIII/ (lyonnais) du Champion des Dames pour désigner l’atelier d’où est sorti cet incunable «excessivement rare»; et celui de l’édition imprimée par Pierre Vidoue, à Paris, pour Galiot Du Pré, en 1530. 1

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Pour des raisons de commodité, c’est le ms. 12476 de la Bibliothèque nationale, à Paris, qu’Arthur Piaget a transcrit, dans les années 1888 sans doute, d’une main si claire que son texte a pu être remis à l’imprimeur pour être composé. Ce manuscrit a été écrit à Arras, en 1451; il était destiné, semble-t-il, comme celui de Bruxelles n° 9466, à Philippe le Bon.

Mlle Droz s’est chargée d’une nouvelle collation du manuscrit de Paris 12476, base de la présente édition, et a procédé à la correction des épreuves. Elle a été secondée dans l’établissement du texte par M. Jean Rychner, élève lui aussi d’Arthur Piaget, et par M. Charles Roth. 2

A tous ceux qui ont ainsi rendu possible la publication du Champion des Dames, la Société d’Histoire de la Suisse Romande adresse ses remerciements, en particulier à M. H. F. Williams, professeur à l’Université de Minnesota (Minneapolis, USA), qui a bien voulu renoncer à publier l’édition du Champion des Dames qu’il avait en chantier. 3

Le président de la société d’histoire de la Suisse Romande Lausanne, juin 1966.

J.-C. Biaudet


Notes:

Note n° 1, Page V : Lausanne, F. Payot, 1888, 8°, 267 p. [retour]

Note n° 2, Page V : Cité par M. Jean Rychner, Arthur Piaget, historien de la littérature française du Moyen Age, dans Arthur Piaget, professeur, archiviste, historien, par Eddy Bauer, Louis Thévenaz, Jean Rychner, Neuchâtel, Imprimerie Centrale, 1952, p. 30. Nous renvoyons le lecteur à cet hommage, qui donne un excellent aperçu de l’apport d’Arthur Piaget aux études médiévales. [retour]

Note n° 3, Page V : Parmi ses publications majeures dans ce domaine, il faut citer son Oton de Grandson, sa vie et ses poésies, Lausanne, Payot, 1941 (Mémoires et documents publiés par la Société d’Histoire de la Suisse Romande, IIIe série, t. I). [retour]

Note n° 1, Page VI : Cf. Alphonse Bayot, L'Estrif de Fortune et de Vertu. Etude du ms. 9510 de la Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, Paris, 1928 (Société des bibliophiles belges). [retour]

Note n° 2, Page VI : Lausanne, Bibliothèque cantonale et universitaire, ms. U 985 et U 986. [retour]

Note n° 1, Page VII : Arthur Piaget, Martin Le Franc..., p. 78. [retour]

Note n° 2, Page VII : Ibid., p. 262-266. [retour]

Note n° 3, Page VII : Publié par Paul Meyer dans le Bulletin de la Société des anciens textes français, t. IX (Paris, 1883), p. 72. [retour]

Note n° 1, Page VIII : Sur ces éditions, voir A. Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales..., t. V, 1932, p. 349-353, fac-similés. [retour]

Note n° 2, Page VIII : Après un examen attentif de la question, seules les variantes importantes du manuscrit 9466 de Bruxelles, manuscrit d’auteur, ont été reproduites dans la présente édition. Quant au commentaire philologique du texte, il était à peine esquissé par Arthur Piaget, qui avait fait porter le plus gros de ses recherches ultérieures sur la biographie de Martin Le Franc. Il a fallu renoncer à munir le texte du Champion des Dames des notes et du glossaire souhaités par Gaston Paris. La thèse de Piaget permet de remédier en partie à cette lacune. Le lecteur y trouvera une analyse détaillée du poème et des indications sur quelques-uns au moins des personnages qui y figurent. [retour]

Note n° 3, Page VIII : M. H. F. Williams est l’auteur de la notice consacrée à Martin Le Franc dans le Dictionnaire des lettres françaises. Le Moyen Age, Paris, A. Fayard, 1964, p. 501- 502, où l’on trouvera des indications à jour sur les travaux consacrés à Martin Le Franc postérieurement à la publication de la thèse d’Arthur Piaget. [retour]