Mémoires et documents de la Société d’histoire de la Suisse romande

Edition numérique

Henri NAEF

L’Alchimiste de Michel, comte de Gruyère

Dans MDR, Troisième série, 1946, tome II, pp. 8-292

© 2026 Société d’histoire de la Suisse romande

MÉMOIRES ET DOCUMENTS

PUBLIÉS PAR LA
SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DE LA SUISSE ROMANDE

TROISIÈME SÉRIE

TOME II


 

L’ALCHIMISTE DE MICHEL

COMTE DE GRUYÈRE

PAR HENRI NAEF

 

/7/

A LA MÉMOIRE DE
CHARLES GILLIARD

Président de la Société d’Histoire de la Suisse romande
qui employa ses dernières forces à l’édition de cet ouvrage.

 

/8/

UN ALCHIMISTE AU XVIe SIÈCLE

OU

BATTONAT, LA SEIGNEURIE DE GENÈVE

ET LE

COMTE DE GRUYÈRE

PAR

HENRI NAEF

 

/9/

AVANT-PROPOS

Rien de plus insidieux qu’une procédure de jadis. Sous la monotonie des questions et des réponses, toute une population se remet à vivre, et, pour ne se perdre corps et biens à la poursuite de ces vivants devenus des ombres, l’historien se voit obligé de limiter le champ de son intérêt.

Cette impression, nous ne l’avons jamais ressentie aussi fortement qu’à la lecture du procès criminel intenté par la Seigneurie de Genève, en 1552, à George Battonat 1. Le publier intégralement, avec des /10/ annotations, eût sans doute été le plus sûr moyen de satisfaire les historiens. Le poids d’interrogatoires interminables, de redites nombreuses eût, en revanche, été bien lourd pour le public, de sorte que nous avons opté pour une méthode moins rébarbative. Nous efforçant de tirer des textes ce qu’ils ont d’essentiel, nous avons tenté de reconstituer l’enchaînement embrouillé de faits disparates, dignes d’enrichir les archives secrètes du XVIe siècle.

Le roi de France, le roi et la reine de Navarre, les grands sont en cause; Jean Duvet dit Droz, un artiste éminent de la Renaissance française, comparaît à propos du dernier prince de Gruyère, le mégalomane et imprudent Michel 1. De plus, les institutions, les principes sont en jeu; au moment où les sciences occultes bénéficient de hautes faveurs, il est intéressant d’assister au comportement de la Seigneurie de Genève, alors que Jean Calvin — loin d’en être encore le maître absolu — la pénétrait déjà de ses principes. Le procès de Jérôme Bolsec s’était terminé l’année précédente par le bannissement perpétuel. Celui de Michel Servet s’ouvrira bientôt; Battonat servira d’intermède 2. Et puisque l’on en est au jargon /11/ de théâtre, le moins curieux ne sera pas de voir sur scène l’antique noblesse des deux Bourgogne féodales, à l’instant où le Pays romand acquiert une entité nouvelle qu’on lui connaît encore.

Aux prises avec un monstre dévorant — le créancier bourgeois — elle recourt, l’épée rompue, à tous les expédients du désespoir. La révolution sociale qui, dans nos contrées, se parachève en ce temps-là, est la conséquence d’une double défaite, du Téméraire d’abord, puis, à soixante années près, de l’autre Charles, le duc de Savoie. Cette révolution-là devait en éviter ultérieurement de plus sanglantes.

Au même carrefour enfin, vont se rencontrer Jean Bodin qui s’emploiera à redresser la monnaie et Battonat qui la falsifia. Mais, pour l’instant, le précurseur des sciences économiques songeait à l’amour bien davantage, puisqu’il se maria, le dimanche 12 septembre 1552, à Saint-Pierre de Genève 1.


 

/12/

monnaie de Gruyère
Pl. I. — Monnaie de Gruyère

La monnaie de Gruyère, constamment évoquée au procès de George Battonat, se borne à un essai de billon argenté, le « demy bache », correspondant à peu près au sol de Savoie et de Genève. Frappé au début de 1552 par le « prince et comte » Michel, il fut gravé par Jean Duvet dit Droz, tailleur de la Monnaie genevoise. — Au droit : écu aux armes dynastiques (grue passante au vol dressé); millésime 1552; légende : MYCHAEL PRIN[ceps] ET CO[mes] GRVER[iae]. Au revers : une croix évidée et fleuronnée, entourée de la devise TRANSVOL[at] NVBILA VIRTVS (le courage traverse les nuées). — Cliché des Archives héraldiques suisses, 1923, p. 23, dans Les armoiries des comtes de Gruyère, par Hubert de Vevey.

 

/13/

I

L’ARRESTATION DE M. DE LAYE

« D’aillieurs jamais prisons ne sont belles ne plaisantes. »
 (George Battonat.)

 

Si le profil perdu, dessiné maintes fois dans la marge du dossier criminel par le greffier de Messieurs, représente l’inculpé, celui-ci devait avoir l’aspect que le romantisme attribue avec constance aux disciples du docteur Faust : front fuyant, nez mince, joues creuses, et barbe en pinceau.

Quand, le 2 septembre 1552 1 il entra dans Genève, par la porte de Saint-Léger (car il venait du Languedoc), il se trouvait bien mal en point; il devait en sortir plus mal encore. A l’enseigne de « l’Orangier », au Bourg-de-Four 2, il descendit de cheval ainsi que /14/ son compagnon; un laquais et un serviteur les suivant à pied. Le laquais repartit bientôt avec les chevaux, tandis que le maître s’installait à journée faite chez un certain capitaine dit St-Ambroy ou St-Ambroyse, qui possédait une maison à la rue du Boule, aujourd’hui rue de la Fontaine, mais qui résidait surtout en Genevois.

Ces étrangers déployèrent aussitôt une activité inquiétante. Au serrurier dauphinois Bartholomé Garnier, demeurant « en la rue du Perron », le gentilhomme commanda « ung rondeau d’acier, appellé une vis », « huict petites lymes pour lymer des reloges », un compas, deux livres d’acier « petit, à verge, comme pour faire des borin ». Chez maître Pierre Larbalestier, deux pièces d’acier, spécialement ajustées, furent livrées au prix de 12 sols de roi.

Par malheur un des sols était faux et Me Pierre s’en aperçut après coup. Apparemment, ce fut lui qui porta plainte. Une surveillance discrète entoura la compagnie. Bien que « suspicionné de peste », le gentilhomme vaquait à de mystérieuses besognes; dans la maison de Henri Philippe, dite la maison du Gagier, /15/ près la Magdeleine, il avait installé un atelier 1. Ce fut là que, muni d’un mandat d’arrêt, le « Seigneur gros saultier », noble Aymé des Ars, le surprit, le 9 septembre.

Il y était en plein travail : le four était allumé, les outils chauffaient. Des Ars l’invita à s’expliquer :

« A quoy il servoit celle pièce appelée le trosseau et aultres ?

C’estoit » — répondit l’autre — « pour faire la monoye du seigr conte de Gruyère, de quoy il avoit charge, et que ilz avoit aussi charge de trouver quelque bon tailleur pour faire la dicte monoye. » — Ainsi nommait-on les graveurs de coins.

La réponse tombait fort mal, ce que le sautier n’eut pas de peine à remontrer,

« car monsr le conte de Gruyère a donné charge au sire Jehan Droz que voysi d’estre son taillieur et que avoit lectres et seaux de luy et que led. Jehan Droz ne c’estoit point meffaict pour l’avoir laissé et qui se hebayssoit comme [il] disoit cella...

— Voisi le tailleur du seigr conte de Gruyère et non pas vous ! » continua-t-il. « A quoy led. Jehan Droz dict : /16/ — Ouyt vrayement que je suis son taillieur par le commandement et licence de Messieurs 1. »

Messieurs, c’étaient les membres du Conseil, et Jean Duvet dit Droz, le premier chalcographe au burin de France. L'Apocalypse figurée, cette suite d’eaux-fortes rarissimes dont le Cabinet des Estampes de Paris et le Musée de Langres possèdent la collection, lui confère, depuis le XIXe siècle seulement, une célébrité à laquelle il ne pouvait s’attendre. On lui donne aujourd’hui le nom de Maître à la Licorne, en raison d’un sujet mythologique qu’il aimait à représenter. Naguère orfèvre de François Ier, puis de Henri II, il avait quitté le royaume à cause de ses opinions religieuses. La Seigneurie de Genève, pour le faire subsister, utilisa ses capacités de graveur. Elle lui accorda le poste de tailleur de la Monnaie, et le Conseil d’Etat s’honore encore de montrer un sceptre de justice paré d’émaux magnifiques dus à son talent 2. Or, dans le sautier des Ars, il devait trouver un disciple et un successeur 3. /17/ Et, en effet, depuis le mois de septembre 1551, dûment autorisé par ses supérieurs, il était lié par contrat avec le comte de Gruyère qui se proposait de battre monnaie 1.

Il y avait donc ample matière à examen. Aussi l’inculpé fut-il conduit aux prisons de l’Evêché, cependant que les « Seigneurs du Conseil » rejoignaient « l’oste de l’Orangier et sa femme », pour en apprendre davantage. L’aubergiste reconnut « que ce gentil homme detenu prisonnier a esté logé en led. logis, et y a huict jours; et havoit troys serviteurs dont l’ung est allé à Lyon et les deux ont esté dempuys ici, et luy a vescu chez monsr de St Ambroyse ». Deux écus avaient été payés, bien que le solde à devoir fût encore de quatre florins. Mais, ajoutait l’hôtelier, les serviteurs de son client « n’ont jamès voulu dire dont il estoit », ce qui « donnoit maulvaise suspicion ».

De l’Oranger, les magistrats se portèrent chez le serrurier Garnier qui s’empressa d’énumérer les fournitures dont nous avons ci-dessus donné le détail. /18/

Le Conseil faisait diligence; il interrogea « Maurise de Piauzole, du pays de Languedoct, marié en ceste ville » et y demeurant « dès Pasques » 1. M. de Piauzole, ou Plauzolle, ignorait, huit jours auparavant, « le gentilhomme detenu ceans » et qui « estoit à l’Orengier »; mais « ung sien cusin », lequel « se nomme Sainct Ambroyse », en avait « quelque cognoissance ». L’étranger, « mal logé ceans », avait accepté l’hospitalité du capitaine, et c’est ainsi qu’il était « venu vivre, boyre et manger la dedans ». Là dedans désignait le pied-à-terre de Saint-Ambroise où M. de Plauzolle avait, pour le moins, ses entrées.

Or, peu d’instants avant son arrestation, l’arrivant signifiait qu’il « s’en voloit aller aujourd’huy vers le conte de Gruyre et, estant revenus devers led. sgr conte, que il se mettroit pensionaire avec luy ». Il n’aurait donc eu d’autre intention que de rendre une brève visite et de se fixer ensuite chez M. de Plauzolle ou de Saint-Ambroyse, on ne sait trop; il se pourrait d’ailleurs que ce fût blanc bonnet, bonnet blanc. Aussi le témoin n’avait-il pas le cœur léger quand il quitta l’audience. D’avoir à « soy representer toutesfoys et quantes qui sera requis » était pour le chiffonner; il ne désirait qu’un heureux oubli. Mais à Genève, l’on n’oubliait personne.

A son tour, le mercier Jean Bechiard, d’Uzès 2, fut appelé à la Maison de ville. D’Alais, il avait parcouru /19/ avec le prévenu tout le trajet, ce qui n’avait en soi rien de compromettant 1. L’on aimait à voyager de compagnie, et le terme « compagnon de voyage » témoigne encore, dans notre langue, d’une antique habitude. Les risques de la route s’en trouvaient diminués et les fatigues allégées. Bechiard n’avait donc aucune raison de taire ce qu’il savait : il allait à pied tandis que le gentilhomme chevauchait une jument qui fut revendue neuf florins 2.

Quant aux serviteurs, le mercier ne les connaissait guère; « il ne beuvoient ny mangeoint ensemble ». Du reste, Bechiard payait ses dépens, et comme on s’informait des relations qu’il pouvait avoir à Genève, il répondit sans hésiter qu’il y connaissait « des marchans en soex », « et dict qui est venu ici pour la parolle de dieu ».

La Justice ne le retenant pas davantage, on introduisit le seul serviteur dont elle avait pu s’assurer. /20/ Si le prénom de Reymond ne fit aucun doute, l’on eut grand’peine à identifier le nom de sa famille 1. C’était un homme de rien 2 qui ne distinguait pas lui-même entre les sobriquets et le patronyme — pour peu qu’il en eût porté —, et baragouinait un impossible charabias. Il servait le gentilhomme « dempuys troys sepmaines ença », lui avait promis de rester un mois auprès de lui et, jusqu’à présent, n’avait été payé que de promesses. Son emploi essentiel était de le soigner, « pour ce qui estoit malade ».

Déjà quelques circonstances se précisaient. Bechiard avait expliqué que d’Alais en Languedoc, les voyageurs avaient passé par Vienne où ils avaient soupé 3. Ensuite on avait fait étape jusqu’en un lieu qui appartenait au gentilhomme. D’après Bechiard, « n’y a qu’une maison basse et n’est point de chasteau appellé lad. maison Laye », ce que confirma Reymond : c’était « une petite maison basse où y a ung grangier » 4.

Messieurs se montraient curieux de la position sociale de leur prisonnier. La maison était-elle bien /21/ à lui, ainsi que le mercier l’affirmait ? Reymond le pensait. Quant à dire « si est grant gentilhomme », il ne pouvait. Son maître portait-il « force argent et quelle monnoye » ? Reymond ignorait « si en havoit en habondance », mais il lui avait vu « des escus » 1.

— « Si led. grangier leur fit grasse chière ? Dict : assés bonne ». Dans la « grange de Laye », on était demeuré deux jours; la raison de cette halte intéressait l’enquête au plus haut point.

— « Si ont point faict de fonderie ? » Reymond n’en avait pas la moindre idée.

Pourtant les magistrats croyaient savoir que de mystérieux visiteurs avaient rejoint le prévenu dans sa grange 2. Reymond, en effet, avait aperçu « ung grand homme 3, et ne sçait s’il luy baillia riens », car il n’a vu « qu’une mallette qui ne pesoit pas grand cas » 4. Des intentions du personnage, il avait seulement « ouy parler qui voloit faire faire un molin » 5.

Sur les allées et venues de la compagnie comme sur ses faits et gestes, on manquait encore de détails. Le gentilhomme était-il « venu en poste », c’est-à-dire sur une monture des relais royaux ? Non pas, il « n’avoit /22/ qu’une jument » 1 — « Quelz chevaulx a renvoyé à Lyon, et dès où ? » — « Ung cheval qu’estoit à ung aultre serviteur qu’est venu avec eulx. »

— Qui était-ce ? Il « ne le cognoist aultrement, et se nomme Jehan »; au reste, il « estait assés de bon Jaque » 2 ! Il s’en était retourné avec le cheval « moreau » 3. La jument était donc vendue et le cheval reparti avec celui qui le montait.

Le malheur voulut que Reymond s’emberlificotât dans ses conclusions 4; cela suffit pour que Messieurs décidassent de le tenir sous clef jusqu’à nouvel avis.

Les informations étant légalement prises, l’interrogatoire de Battonat pouvait commencer « en l’esvesché », par « devant les syndics, le lieutenant de la justice et le procureur general ».

Les syndics de l’année, « Jehan Amyed Curtet dict Bottellier, Pierre Vandel, Hudriod du Mollard, Jehan Philippin » 5, étaient depuis longtemps au pouvoir, et quelques-uns avaient été d’entre les artisans de la Réforme genevoise. Le notaire Claude Rigot, membre /23/ des Deux-Cents dès 1544, auditeur de la Justice en 1548, était un magistrat distingué; depuis une année il faisait partie du Petit Conseil et venait d’être appelé au poste fort lourd de procureur général. Assez mal vu de Calvin, il sera contraint de poursuivre Michel Servet, sous l’inculpation d’hérésie et d’opinions pernicieuses 1. Enfin le lieutenant Pierre Tissot, à qui incombait l’enquête, avait été deux fois syndic et mènera également l’instruction du procès de Servet 2. C’est dire que le suspect de septembre allait avoir affaire à forte partie. /24/

Le 9, on commença par établir son identité. Il assura se nommer George de Laye, originaire de Vienne en Dauphiné. A la question précise : « de quel train il est », c’est-à-dire de quelle condition, « et qui sçait faire et dont il vient » ? il répondit

« qu’il est venu de son pays et s’en va vers le conte de Gruyre duquel aultreffoys a esté serviteur, et demoré avec luy cy devant environ deux années. Et dict qu’il est séjourné ici pour ce qui faict fère quelque besogne pour led. sgr conte de Gruyre et entendoit l’aller trouver à Thonon où l’on disoit qui estoit. Et, saichant qui n’y estoit pas, a sejourné ici, attendant que lad. besogne, assavoir une rue perpetuelle qui torne tojours sen aide, fusse faicte, et en fère ung molin. »

L’histoire de la roue perpétuelle qui tourne sans aide ne convainquit pas Messieurs. L’on avait mis la main sur « deux sacs de peaulx blanche » dont M. de Laye se hâta de récuser la propriété :

« Telles besognes qui porte avec luy ne sont point siennes, mais sont à ung serviteur qui est de la maison dud. sgr conte qui en sçait ovrer. »

— En quels services a-t-il donc été employé par le comte de Gruyre ? « Respond que a servy pour aller traicter le mariage dud. sgr conte, et à d’aultres besognes. »

— Et où portait-il « telles limes et marteaulx ? Respond qui les portoit en Gruyre et qu’on mande au conte de Gruyre hardiement si ne envoera [avouera] pas lesd. besognes. »

— A qui a-t-il « faict fère les utilz et secretz qui ont estez trouvés là où il a esté pris » ? Réponse : « à des serruriers de ceste ville ».

— « Pourquoi il l’a faict fère en ceste ville ? Dict que pour ce qui est malade et a faict fère celaz en sejournant, esperant et attendant sa guérison. » /25/

Il fallut tout de même préciser. Les « limettes » étaient destinées à « limer ung petit reloge »; certains fers contenus « dedans telz sac de cuyr » appartenaient audit « homme du comte de Gruyre nommé Jerosme, pour gecter », c’est-à-dire mouler, « des medailles de plomb comme celles qui sont dans sa bougette », soit cassette de voyage, « lesquelles besognes estoient à Lyon chez ung nommé Guillaume, frère dudt Jerosme » 1.

L’on ouvrit ici une parenthèse : « si fut jamais prisonnier ? Dict qu’oy pour argent et non aultrement ».

D’où avait-il donc ces pièces, ou, selon le mot du temps, « telles besognes » ?

« Dict que les apporte de Lyon où il a une maison à Plien, près de Lyon, dicte la Laye 2 et y a juridiction et [les] luy bailla le compagnon dud. Jerosme nommé Guillaume, combien que n’est pas passé par dedans Lyon, ains est venu jusque près de Lyon en poste, et dempuys led. Lyon à chevaulx de louages; et a envoyé lesd. chevaulx aud. Lyon par ung sien serviteur, esperant que, quant il sera chez le conte de Gruyre qui en aura assés, car tout est à son commandement, et s’en vouloit partir aujourdhuy. »

Messieurs n’entraient point du tout dans ces intentions. Ils désiraient connaître l’usage exact des outils /26/ trouvés en la maison du Gagier et qui avaient provoqué l’altercation véhémente de Jean Duvet. Sur un ton quelque peu supérieur, le gentilhomme répondit qu’il ne saurait « bonnement le monstrer sinon qu’on voisse le molin et que quant il sera tout assemblé, il y en aura bien 4XX [quatre-vingts] pièces, et telles pièces de boys pour mettre es chambes [aux jambes] du modelle ».

N’a-t-il pas dit au serrurier « que il estoit orlogier ? Dict et respond que non ». Mais qu’a-t-il fait « des vases d’acier » commandés au même ? « Elles estoient pour ung compagnon orphèvre qu’estoit avec luy à qui il donnoit 4 escus pour moys ».

— Où est donc « le molin de boys de quoy a parlé et quant il viendra ? Dict que sera bientost icy et que le veult monstrer au conte de Gruyre ».

C’en était assez pour ce jour-là; d’ailleurs on attendait l’inventaire des pièces saisies à l’atelier. Les voici :

« une petite bourse blanche où il y a une clefz d’une bougette 1 pour tenir les bomes [baumes], dans laquelle a esté trouvé ung taller, ung solz de Roy » et quatre ou cinq deniers « de monnoye ».

« Item XI boctons [boutons] d’or dont les six sont rondz à coquille et les V longs, lequel taller et solz de Roy luy ont estez restituez.

Item ung sachet de cuyr dans lequel il y a des molles à jecter 2, tant petit que grand, avec le sable.

Item ung altre sac de toile dans lequel il y a des drogues, /27/ assavoir ung pain de sermonial 1, item ung papier plain de sublimé, item ung aultre papier plain de vert de gris, item ung papier plein d’orpin ou riagoct poison 2.

Item ung altre papier plain de certaine aultre poison blanche semblant à sublimé », plusieurs autres « où y a de ocre jaunes », « une semblance de alun de plumes » 3, de « cermoine » 4, « ung papier plain d’asustum » 5, un autre de « pouldre de mercure ou vermallon », plusieurs outils : une « gratte boesse » 6, « ung goel d’orphèvre » 7, « une paire de cisoire d’orphèvre », « une pierre à exguiser, d’orphèvre ».

« Item ung esteuil de bonnet dans lequel havoit une /28/ robe de cafas bendé de vellours », un « petit peniach noyr » 1, « une pourtraicture en perchemin », « de l’argent en feuille battus, en un papier carré », « plusieurs medalles de plonb, gectées d’anticques, en nombre de XXVI », un « petit lissoyr d’orphèvre », un lingot d’argent « que peult peser environ trois onces », une « cuillier de billon » 2, une pierre de touche, « une coiffe ovrée de noyr », une « pierre sanguyne » 3, un « petit papier de chose incognue », trois ou quatre « agulliettes de porloselle » 4, une « borse roge de soye dans laquelle y a dé medalle tant de cuyvre que d’arquemye, au nombre de XV, avec une chaine de locton et ung cadenat doré »; « ung manche de jaspe », un papier « avec XVIII figures de plonb et une de cuyvre »; « une vis d’acier qui n’est achevé, ensemble une plactine d’acier carrée, persée, d’espesseur d’ung poulce, plus le modelle de lad. lorge », un « marteau à forger », un « bernisseur d’orphèvre » [brunissoir], « certains modelles de boys », deux « limettes », un petit marteau « de la maison de gajez » [gages].

Face à cet attirail, l’interrogatoire reprit, le 10 septembre, sous la présidence du syndic du Mollard 5. /29/ L’auditeur François Chabod procéda au questionnaire et demanda à l’inculpé de s’expliquer sur certaines « pièces de boys », exécutées par un « menusier auprès de la Magdelaine » puis présentées à un serrurier. Elles devaient compléter des éléments que possédait « ung nommé Innocent de Laie ».

— N’a-t-il pas acheté de l’acier ? Oui, « en troys ou quatre lieux où on trouvoit du meilleur ». Larbalestier « luy fit deux pièces lesquelles il bailla à son compaignon et que, si elles sont en son logis, que son compaignon les y a mys ».

— Reconnaissait-il avoir payé cet artisan d’un « solz faux » ? Il le nia, mais qu’on le lui montre « et, s’il se trouve, qu’il se submect ».

Maître Pierre Larbalestier fut alors introduit et confirma sa déposition. L’inquis n’insista pas : « confesse qu’il peult estre qu’il l’a baillé ledt solz de roy audt maistre Pierre; touteffois qu’il changea ung escus, dequoy son hoste luy bailla toute de solz de roy ». Il ignore si celui qu’on lui montre est de ceux-là.

— N’a-t-il point tenu propos « de son art et mestier avec led. maistre Pierre » ? Se doutant que Messieurs savaient déjà ce qu’on lui demandait, le sieur George convint qu’il s’était entretenu avec le serrurier du moyen de « faire des cutellatz remplys de ung argent qui cause la pesanteur du coup ». /30/

Ces connaissances de balistique conduisaient à d’autres qui intriguaient les juges davantage :

Sait-il pas « blanchir » les métaux ? Il l’avoue. Et qu’en est-il du « reagat, de l’arcinict et du solimé » ? Il l’ignore, ces poudres n’étant pas à lui, mais à quelqu’un qui lui remit à Vienne le paquet, « pour faire tenir au serviteur du maistre de chambre du comte de Gruyre », serviteur qu’après certaines circonlocutions il finit par appeler de son nom : « Hierome ».

Cependant il confesse

« qu’il s’entendt en la transmutation des metalz et sçait augmenter l’or; et de cela il a usé devant et en la presence du Roy, du conestable, du comte de Gruyre, Madame la duchesse de Valentinois, et que cela il le tesmoignera par ceulx là mesmes, et que aussi il a des lettres de la dte dame de luy faire beaucoup de biens.

Interrogué si les utilz et les drogues qui sont esté trouvées rière luy ne sont pas propres pour servir à contrefaire monnoye ? Respond qu’il ne sçait pas si elles sont bonnes à contrefaire monoye, car il ne s’en est pas meslé, mais il sçait bien qu’elles sont bonnes à transmuer les metalz... »

En lui demandant « si la pièce d’acier carrée et percée sert à la transmutation des metalz », l’auditeur fit bien voir qu’on ne le prenait pas sans vert. Le sieur George n’osa pas lui tenir tête :

« Respond que non, qu’il sçaiche; mais qu’il sert à faire une roue d’ung molin duquel il dict qu’il a le modelle qui est en la ville de Summières, pays de Languedoc, en la mayson de maistre Guillaume Galluz, lequel il se submect faire venir et monstrer à la Seigneurie s’il plaict à icelle. » /31/

Après diverses questions relatives à l’outillage, on lui demanda à brûle-pourpoint des nouvelles de son principal compagnon : Qu’était-il devenu ? Pour l’inculpé, la déconvenue était forte. « Dict qui ne sçait, sinon qu’il soit allé en Gruyre. »

Il était temps de remontrer au prisonnier que l’affaire pourrait devenir sérieuse. Le lundi 12 septembre, il dut prêter « serment de dire la vérité, sus la poyne de soixante solz et d’avoir le cris pour confesser ». Soixante sols n’étaient rien; la perspective du cric — l’estrapade — donnait à réfléchir. Le prévenu fut loquace. On apprit successivement de qui se composait son escorte. L’orfèvre ayant servi de commissionnaire auprès des maîtres d’état se nommait Innocent de Laye, et il était son frère, « en parentaige des plus gros de Lyon ». Reymond Ranolt, cardeur de son métier, était originaire de Serviers dans le Gard et Jean Grasset, boucher, venait d’Uzès 1.

Une année auparavant, George avait quitté Montpellier où il avait été « pour certaine maladie qu’il pâtit » et s’était rendu « en une mayson du capitaine de Summières ». Ledit capitaine avait un ami, habitant de Sommières comme lui, et qui était précisément ce Guillaume Galluz ci-devant mentionné. Il avait rendu visite au malade, lui amenant le dit Reymond. Celui-ci, depuis, l’était venu voir souvent à Sommières d’abord, puis près d’Alais, en une maison que M. de Laye tenait pour sienne à « Comung » 2. Au dernier /32/ voyage, tous deux s’étaient donné rendez-vous à « Pont du Sant Esprit pour prendre des chevaulx de poste » jusqu’à Lyon. Dès lors, ils ne s’étaient pas quittés. Certes, Reymond ou, comme on le surnommait, « Reymundet », n’était pas le « serviteur propre » 1 du sieur George; « neautmoings 2 quand il luy comandoit quelque chose », il le faisait « volontiers ».

Le boucher Grasset avait eu la complaisance de prêter, jusqu’à Pont-St-Esprit, un cheval à l’inculpé qui en avait perdu trois autres, et se trouvait si malade « qu’il ne pouvoit endurer la poste ». Ranolt et Grasset le suivirent à pied, « de logis en logis jusques icy ».

On avait cependant fait halte à La Haye ou Laye, et son frère, Innocent, les y aurait rejoints. MM. de Laye avaient donc chevauché jusqu’à Genève, parés de leur « laqué », en qui l’on reconnaît Jean Grasset, aussitôt reparti avec les montures. Mais que venaient-ils faire à Genève et pourquoi George y avait-il conduit son frère ? « Pource que », explique-t-il, ce dernier « avoit respondu à Lyon bien pour cens cinquante escus de bagues d’or pour le comte de Gruyre ». Ils tentaient tous deux de l’atteindre. Or sur la douzaine d’écus qu’ils avaient en arrivant, une dizaine avait été dépensée.

— Et comment voulait-il nourrir la compagnie « avec si petite somme » ? « Respond qu’il entendoit s’en aller oultrement en Gruyre. »

L’information n’ignorait rien des faits et gestes du /33/ prévenu à Genève; il fallait néanmoins qu’il parlât pour qu’on en pût juger la portée.

— A-t-il pris « cognoissance en ceste ville dempuys qu’il est icy arrivé » ? Oui, « avec le capitaine Ambroyse qu’est auprès de sa mayson à troys lieux et non avec aultre » 1.

— Depuis quand connaissait-il le dit « Sainct-Ambroys » ? Depuis son arrivée en cette ville seulement.

C’était un nouveau mensonge ajouté à une chaîne fatale. Après avoir procédé au deuxième interrogatoire du valet de pied (il n’apporta rien de sensationnel), les juges reprirent l’instruction de Battonat, le mercredi 14 septembre. Ils savaient déjà qu’on lui donnait du vicomte 2, mais avant d’examiner la valeur de ce titre, ils voulurent préciser son identité :

« S’il s’est point advisé de dire la vérité de tout ce qui luy est esté demandé ? Respond qu’il a dict la vérité. »

Sur cette belle parole, l’enquête reprit en ces termes :

— N’a-t-il point « d’aultre nom ny cognom » ? « Respond que l’ancien nom de sa maison est de Laye, mais que bien il s’est faict escripre Battonat.

— S’il a point de mère ? Dict que ouy, que elle est à Vienne, que s’appelle Genette Bessone, demorant en la grand’rue de Vienne. » Son père « s’appeloit Charles de Laye dict Battonat, procureur du Roy à Vienne ». /34/

— Lui a-t-il pas « laissé dé frères » ? Oui, quatre : Antoine, Innocent, Pierre et Hector; « vivent encores Hector et Innocent lesquelz se tiennent à Lyon ». Quant à « Innocent, on l’apelloit changeur, non pas qu’il fut de cel art, mais parce qu’il changoit quelques foys de l’argent. Hector n’a point de mestier ».

L’on avançait peu à peu. Mieux renseigné que George ne l’eût souhaité, l’auditeur Chabod lui opposa que « vulgairement la mayson de son père à Vienne estoit appelée chez Battonati, sans y nommer point de Laye ». Il n’en disconvint pas. D’ailleurs, depuis dix-sept ou dix-huit ans, il avait quitté Vienne.

— Où y logeait-il ? « A Ste-Barbe, au lieu dict au Port des Moles. »

— Pourquoi pas chez sa mère ? Parce que sa mère était malade et que la place était occupée par « une sienne seur, femme du contreroleur de Provence ».

Les questions se précipitaient :

— A-t-il pas connu à Vienne un nommé Deprato ? Oui, autrefois.

— En passant par cette ville a-t-il appris que Deprato avait été en prison ? « Il a bien sceu qu’il estoit resté en prison à Vienne et aussi à Grenoble » pour « quelque batterie faicte en la personne de quelque gentilhomme ».

— « S’il a point demoré à Paris ? Dict que ouy par intervalles de temps aux affaires du Roy de Navarre.

— Si y a point esté detenuz prisonnier ? Respond que non.

— ... Qu’il nomme tous les lieux où il heu faict habitation. Respond qu’il a demoré en plusieurs lieux, mesmement avec le roy de Navarre à Paux, Nerac, Castergeroux et n’y a point esté marié. » /35/

Sans aucun doute, noble Chabod est un praticien de classe, car le greffier n’arrive pas à décrire le réseau subtil où, peu à peu, vient se prendre Battonat. On verra bientôt ce que Deprato signifie dans l’affaire, et voilà le sujet mariage abordé.

L’inculpé admet, comme il l’avait admis déjà, avoir été prisonnier pour dette à Vienne. Marié « à Commung près d’Allex en Languedock, il y a envyron sept moys », il affirme n’avoir jamais contracté d’autres liens nuptiaux. Mais Chabod insiste : à Lyon ? « Non jamays. »

— Que fit-il d’une certaine servante « qu’il enmena au logis de Bysanson ? Respond que ne l’enmena point ».

— Connaît-il un nommé Mollan ?

« N’a point heu affaire avec luy sinon certaines eaulx pour madame la ctesse de Montreuvers. »

Interrogé « de ses vestemens chez le conte de Gruyre, dict que il a une robbe de velours et aultres à la valleur de trois cens escus ».

— « Pourquoy est ce que le conte de Gruyre envoya après luy quand il se retiroit de sa mayson jusques aux Pertuys de la Cluse 1 oùt luy fut ostée sa mallete ? Respond qu’il ne ouyt jamais parler de cela et n’en ouyt jamais novelles. »

Après cette incursion dans le passé, l’auditeur revient au moulin perpétuel. Ce « molin sans fin duquel il a faict faire le modelle en boys » répète Battonat, est à Sommières, « et s’il plaict à la Seigneurie y /36/ envoyer ung homme, il baillera une lettre » pour qu’on le livre, « et veult que ce soit à ses despens pour sade justification ».

Le dialogue s’orienta de nouveau vers Innocent, le bien nommé, et sa part dans l’étrange mécanique. A son propos encore, la justice en savait assez long. George prétendait qu’il vivait « de son bien », n’exerçait « point d’art » quoique « bien sçavant et expert en orphevrerie ».

— N’est-il pas « tailleur » de coins, « sçavant en l’art de taillerie et de fonderie » ? lui demanda-t-on. « Il ne sçait pas s’il est bon tailleur, mais bien il a tousjours ouy dire qu’il estoit bon orphèvre. Puys après, a dict qu’il justifiera qu’il a le moyen de gaigner trente mille escus par an, sans tromper personne. Et qu’il a [l’a] monstré au conte de Gruyre, au Roy, à Mme de Valentinois et au connestable. »

Le Petit Conseil, en sa séance du 15 septembre délibéra :

« Sus le process de George dict de Laye, et pour ce qu’il parle du conte de Gruyre et de son molin au [ou] modelloz, et aussi de Lyon, est arresté d’escripre à Lion, Vienne, au cte de Gruyre et là où saira besoing. »

Le 19, nouvel entretien :

« Contre George de Laye. — Icy est esté parlé qu’il y a gens quil disent que, à Bourg en Bresse, l’on trouveroit beaucoup de indices contre ledt George. Pourquoy est arresté que l’on escripve où besoing sera. »

Et tandis que les protestations de MM. Pierre Viret et Calvin, contre certaines « chansons lubriques » et notoires médisances, passaient à l’ordre du jour, le /37/ Conseil décidait de faire compagnie, pour lui rendre honneur, à M. le Cardinal de Tournon qui devait traverser la ville 1. Ainsi se mêlaient les courants troublés de flots adverses.

Une diligence que l’on ne saurait trop admirer permit au parquet d’élaborer une liste, étonnamment fournie, de points que l’auditeur Migerandi fut chargé d’élucider à l’interrogatoire du 19 septembre. Le dossier conserve encore le mémorandum qu’il avait sous les yeux :

« Interrogas à bailler à Monsieur de Laye aultrement Battonat.

Premièrement son nom, pour ce qu’il a changé.

Item s’il est point maryez et combien de femmes il a heuves [eu] espousez, car il ce trouvera que, en l’an 1546, il en avoyt troys vyvantes.

Item interroger s’ilz a jamais estez detenu prisonier environ l’année 45 ou 46 en la ville de Lion et comant c’est qu’il ce sauva dud. Lion et pourquoi il fut pris.

Item s’il cognoyt point madame la contesse de Mon Revel et s’il a point receu d’argent d’elle, lui promettant fère des chouses qu’il n’a faict, ains lui a retenu son argent, et s’estoyt tochant le faict de l’arquemie.

Item s’il a jamès cogneu les srs contes de Chalant et de Gruyre et si leur a point fet de promesses leur fournir de grans sommes d’argent, cent sur mille escus pour une fois et davantage, et comant il s’en est parti d’avec heulx. /38/

Item s’il a jamès point espousé de femme, fillie d’ung sr de robe longue dans Parys et conbien de temps il [l’] a gardé, car incontinant après qu’il eust espousé, le père de sa ditte feme morut dont il fut chargé de l’avoyer [avoir] empoysoné, cause de quoy il fut prys et detenu long temps dans Parys. Et ne fut ce qu’il promit fère ung voyage pour le Roy en Alemagne, il eust perdu sa vie; dont il fut lâché pour fère ced. voyage duquel il tronpa le Roy car il ne fit rien pour lui... »

Il est probable que Battonat se soit ici prévalu de ses titres, spécialement celui de vicomte de Bourges auquel il tenait par-dessus tout. Bien entendu, il renia tout mariage compromettant. Quant à ses relations avec Mme de Montrevel et le Roi, nous aurons à y revenir 1. Aux chefs concernant MM. de Challant et Gruyère, « a respondu qu’il ne promit jamais rien de fert d’or ny d’argent au conte de Gruyre ny au compte de Chalans, et qu’il s’est party d’eulx en bonne volonté de l’ung et de l’aultre ».

A ce propos encore, pressé de dire au vrai ce qui

« l’a émeu de venir icy et à quelle occasion, et comment, respond qu’il n’est venu pour aultre cause sinon pour faire service au compte de Gruyre, comme ja luy avoit promys.

Interrogé qu’il die la vérité s’il n’est pas venu icy pour y demeurer... Respond qu’il avoit bien délibérer de retirer /39/ sa femme en ceste ville, et qu’il avoit empondu le capitaine Sainct-Ambroise de luy trouver une maison pour sa femme, non pas pour soy. »

Adjuré de parler de ses propos avec ce personnage, Battonat s’embarrassa : « ilz devisarent du capitaine Polain et aultres plusieurs choses et confesse que, une foys qu’il avoit parlé avecq ledt Sainct Ambroise, que icelluy luy dict s’il voloit venir icy besogner ».

Pris en flagrante contradiction, l’inculpé devait s’attendre à des inconvénients. Le Conseil s’en mêla le 23 septembre 1 :

« De George de Laye. — Icy est parlé dudt George et de son obstination et est arresté que l’on le suyve. »

On n’y manqua pas. Le jour même, on lui confronta Anthoine Binet, « fayseur de ballanches à trabiches » 2, auquel il était venu demander un « galimard » 3. Il lui avait emprunté « une tenalles à viz », non restituée d’ailleurs, et « des limes doulces pour faire des dens de reloge d’ung petit rologe qu’il vouloit faire ». La séance se termina par un aveu désolant 4 : /40/

« Interrogé qu’il die la vérité s’il s’entend à faire rologe, respond que non. »

La mécanique échappait du coup à son argumentation. Le lundi 26, on brusqua l’accusé en lui tendant un piège. N’avait-il point dit que son outillage était

« pour la monoyes du sgr conte de Gruyère ? Respond que n’a point dict cella.

— Interrogé si n’az point dictz qui avoit plus de troys centz escus d’acoustrementz en la maison dudt seigneur ? Respond que il est vray qui a une plaine masle desdictz habillementz, car ilz le povoit bien faire, d’aultant que avoit, certain, beaucopt d’estatz, tant du Roy que de la Reyne de Navarre. »

Mais l’auditeur Chabod qui avait repris son poste, voulait en avoir le cœur net :

— N’a-t-il pas dit, du moins, être venu ici afin de fabriquer « les util pour faire la monoyes » du comte, « et de son commandement » ? « Respond que il est vray que estoit pour les faire faire, pour les luy pourter », ainsi qu’il le « luy avoit mandé par lettres ».

— « Quel acoustrement ilz a laissé là ? Respond qui avoit une robbe de vellour doublée de sattin, ung saye de vellour, deux part [paires] de chausses, deux cappes de fins draptz, ung mantheau, une chayne de cinquantes escus, deux bonnet de vellour noir et aultres choses qui ne se recorde point à presentz.

— Combien de temps il az esté avec led. seigneur conte de Gruyère ? Respond qui az demeuré envyron deux ans et luy az laissé lesdictes baigues et habillementz.

— Combien ilz az qui a laissé lesd. habillement ? Respond envyron quattres ans 1. »

— « De quoy il servoit audt seigneur conte de Gruyère /41/ et aussi coment ilz s’ent sortit; si s’ent sortit à la bonne grace ou non ? Respond que s’en est venuz à sa bonne grace et que il se contenta de luy tellement que luy avoit promis de luy estre en ayde envers tous et contre tous. Et d’aventaige que n’avoit point d’estatz ny de mestier ou gaige, ains que il avoit aultant de familliareté envers luy que le couchoit avec luy. »

On avait du reste de nouveaux indices, car « ung jeune garçon appelé Jehan Jacob » avait parlé. C’était une sorte de saute-ruisseau qu’utilisait le capitaine de Saint-Ambroys et que M. de Plauzolle connaissait bien. On n’eut pas de peine à découvrir que, sur l’ordre de son cousin, ce dernier avait jeté « au privé » certain sac d’outils compromettants, non sans de vives protestations :

— « Vous me menez en la boucherie ! » s’était écrié Plauzolle, tout en exécutant la commission.

Il était temps pour la Seigneurie de reprendre avec lui la conversation interrompue, mais à l’ombre du cachot cette fois. La « projection » du sac « aux lattrines » avait eu lieu au moment où M. de Laye était pris et tandis que Saint-Ambroys — on n’en saurait douter — gagnait le large sans demander son reste.

L’attitude de Plauzolle fut pitoyable. Il reconnut avoir « mal faict de mentir à la Seigneurie », implora son pardon « en plourant », suppliant que, si on le devait punir, on abrégeât sa peine.

Le procès du vicomte en amorçait un autre et Battonat, ce 26 septembre, ne put renier les limes supplémentaires dont Plauzolle avait si ingénieusement entrepris la disparition 1. /42/

Elles étaient, selon M. de Laye, « pour son frère que en voulloit faire ung rellouge »... Il renonçait donc à revendiquer cette spécialité. Les drogues qu’on lui montra « sont bonnes pour faire l’augmentation de l’or », dit-il; avec d’« aultres pouldre », il les avait achetées à un « appothicaire nommé maistre Guillaume de Lion pour le pourté à ung nommé Jheromime [sic] qui est avec le seigr conte de Gruère ».

On revenait à ce compère que Battonat prétendait être frère de Jérôme.

— « Combien de temps il az qui n’a veulx [vu] led. Guillaume et led. seigr conte de Gruyère ? Respond que az environ de deux ans que ne vit led. sgr; ouyt bien led. Guillaume, au lieu de Vienne au lougis de Saincte Barbe, en revenant dernièrement icy, et luy pourtoit cella pour s’en servir au changement des metaulx. »

— Cependant, quand il fut arrêté, n’avait-il pas avoué, à propos d’une pièce de fer appelée « trosseau », qu’elle était destinée à « la monnoye du seigr conte de Gruyère ? Respond que n’en parlaz jamais, et si lesdictz tesmoings disent aultrement, ils fallent [faillent] à dire la vérité ».

— Lorsqu’il quitta le comte, n’a-t-il « point retiré aulcune ses vasselles d’or et d’argent, et comment ? Respond que non, et que, si ilz [le comte] a engaigé quelque vaselle en ceste ville ilz [Battonat] n’en peult mais ». Celui qui en a reçu l’argent c’est « luy, seigr conte de Gruyère ».

Infatigable, l’auditeur allait toujours enfonçant son clou :

— « Si az jamais esté detenuz à Lion, et pourquoy ? Respond que non; bien est vray que, ung soir, ilz alla /43/ avec le seigr conte de Gruyère chieu ung orfavre pour faire visité certain billion d’or vallant prest de soixantes escus, et cella de nuyct. Et ce pendant, estant le prevost et cathelain Jehan, il prins prisonier led. seigr conte de Gruyère. Et toutesfois, ilz estoit en habit desimuellé, et aussi que ilz fust dempuis laché quant ilz se fit cognoistre. »

Les syndics avaient intérêt à ce que leur prisonnier se montrât disert, car ils lui réservaient une surprise. Le comte Michel, alerté, venait de déléguer un de ses amis à la Seigneurie pour tenir ses intérêts. On l’introduisit.

« Icy est survenus devant Messrs, au nom du sgr illustre conte de Gruyère, le seigr de Montz Vuagnyard, sgr de Senoche en Foucignier, lequel estan au longt assiz, et assistant en la presente repetition, a dictz que tout ce que led. inquis ditz dud. seigr conte de Gruyère sont toutes menterie, et ne le veult advoyer [avouer] ny main soubtenir, requerant de non point endurer telle menterie. Et que ilz prie que si ilz disoit quelque chose dud. seigr, qui plaise à Messrs de l’en advertir. Et luy a ditz le propost devant, non obstant toutes ces escusses. »

François de Montvuagnard se sentait fort honoré de représenter céans le prince souverain de Gruyère; il n’était auprès qu’un petit gentilhomme, mais à cette heure le comte Michel était son hôte, au château de Senoches, près de Viuz-en-Sallaz.

Il n’est pas certain que Messieurs se soient laissés prendre à tant d’indignation. Elle leur permettait du moins de procéder par intimidation. Un autre déboire attendait le prisonnier. Le gros sautier des Ars et Jean Droz furent invités à répéter devant lui et M. de Montvuagnard leur première altercation avec /44/ l’inculpé 1. Aux témoins, Battonat « n’a sceu contredire ny donné legitime excuse, requerant sur ce estre traicté begninementz ».

Il n’y gagna que d’être « mis es fers » jusqu’à ce qu’il ait confessé toute la vérité. Le 27 septembre 2, il répéta être « venuz icy seulement pour faire service au conte de Gruyre qui luy avoit escript en sa mayson qui vinsse pour luy faire service et qu’il en a les lettres en sa mayson ».

L’auditeur Chabod s’enquit de la nature de ces services :

Battonat voulut se dérober. C’était l’apothicaire Guillaume qui, en sus des poudres, « lui bailla des utilz pour porter à certain Hierome valet de chambre du comte de Gruyre, disant qui lui avoit envoyé une lettre l’en priant. »

L’affaire et le récit s’embrouillaient à plaisir, tant et si bien que le sieur George dut finir par endosser l’initiative de la démarche : il avait envoyé « ung /45/ sien serviteur pour aller querre à Lyon lesdts utilz vers ledt Guillaume ». Ce serviteur s’appelait Jehan, et le greffier de noter avec ironie : « Ne sçait aultrement son nom, combien que ayt demoré deux ans avec luy. »

Or, en la personne de « Reymund Ranolt, son serviteur », l’auditeur avait le moyen de lui rafraîchir la mémoire. Il fut amené. Ses démentis mirent son maître en déplorable posture : « Nul de eulx deux serviteurs dudt de Laye, Reymund et Jehan Grasset, ne l’abandonnarent jamais dempuys qu’ilz partirent 1. » Ni l’un ni l’autre n’avaient donc été de Vienne à Lyon chercher des outils.

Il ne restait plus qu’à livrer Battonat à ses réflexions; il eut plus d’une semaine pour méditer, chaîne au pied 2. Lorsque, le 8 octobre, les juges se transportèrent à la prison, le « visconte » 3 crut avoir trouvé :

« Veu qu’il a le moyen de gaigner trente mille escus pour année », il s’offrait à « faire valloir la monnoye de Messieurs dix mille escus pour an ». Il ne voyait pas « coment il feroit mal en ceste sorte » 4. /46/

La tentation n’ayant eu, hélas, aucun effet, il ne craignit pas d’affirmer, en dépit de tous les désaveux, qu’il « s’en alloit trouver le comte de Gruyre pour luy servir en augmentation de l’or pour poyer ses debtes »; et que le comte « le luy avoit mandé ».

Savait-il donc

« tirer le mercure en plomb » et lui « bailler la couleur ? Respond que ouy, que le sçait bien tirer et congeler et que d’ycelluy mercure, il en faict l’augmentation de l’or. — Ledict de Laye a dict que le Roy et le Conseil privé luy a donné liberté de transmuer metalz ».

Sur ces entrefaites, les réponses de Lyon, du bailli de Vienne, de l’official d’Uzès, et d’ailleurs, étaient parvenues au Conseil 1. Elles n’étaient guère favorables. Toutefois, le 11 octobre, comme si la compromission de si grands personnages l’inclinait à quelque mansuétude, la Seigneurie prit le parti, avant de juger, d’attendre « le modelle du molin » que Battonat avait fait chercher à ses frais 2. Et les audiences reprirent.

Le 13 octobre 1552, l’auditeur l’encouragea, « s’il se sovient », à « dire vérité » 3; mais Battonat ne se /47/ souvient pas. Il y avait à Uzès un marchand nommé Pierre Giraud; n’avait-il pas envoyé un serviteur pour lui « porter dé médaillés faulses » ? « Respond que non » 1. Le nœud coulant se resserrait de lui-même.

Le modèle arriva pourtant et le Conseil assista, le 17 octobre, à d’étonnantes démonstrations où, l’on ne sait pour quelle cause, on ne distinguait pas très bien 2 ! Trois maîtres d’état vinrent successivement déposer que les pièces à eux commandées ne s’appliquaient pas au fameux mécanisme; « Maistre Pierre Beauvoyés, serrurier », avait exécuté pour l’inculpé une pièce de fer carrée qui lui paraissait bonne « à tirer le filz et aussi pour faire l’ors » ou, du moins, à construire une filière puis une broche, propres à confectionner « des bourin » et « des coingt ». Tous s’accordent à dire que ces objets ne s’adaptent pas au modèle et sont « plus tost pour servir à faire faulce /48/ monoyes »; Me Beauvoyés « en az veu de telles » et « sçay bien entendre la dicte chose », puisqu’il est serrurier 1.

 


 

/49/

II

LA DÉFENSE ET LE MINISTÈRE PUBLIC

« Falsam monetam fecisse non dicitur qui nondum impressit formam. »
« On ne peut accuser de fausse monnaie celui qui ne l’a point encore frappée. »
(Egrège Voisine.)

Prévoyant le pire, George Battonat avait appelé au secours.

Un certain « Loys du Mazour, seigneur d’Avence, habitant de la ville d’Alès ou [au] diocèse de Nismes en Languedoc », était venu à la rescousse 1. Il se disait beau-père de l’inculpé, ainsi qu’il en produisait l’attestation signée de dix témoins. Tous assuraient que le vicomte de Bourges avait épousé « damoyselle Jacquete du Mazour », neuf mois auparavant, c’est-à-dire en janvier 1552, dans l’église paroissiale d’Alais, lequel entretenait valets, chambrières et chevaux, /50/ « au mas de Coumons » sis à un quart de lieue de cette ville, se montrant charitable, de bonne vie et conversation, docte et « versé en l’escripture saincte et autres bonnes lres » 1.

Loys du Mazour s’était muni du modèle de moulin que Messieurs avaient soumis aux experts, tout en priant le porteur de surseoir à ses entretiens avec le légitime propriétaire 2.

Et M. d’Avence de s’employer aussitôt pour celui-ci 3; le 21 octobre, il fit tenir au Conseil la supplique suivante 4 :

« Très excellentz et illustres seigneurs et princes magniffiques,

La verité seroyt que, comme zelateurs et protecteurs de vous haultes magestés et Republique, et pour avoyr /51/ cognoissance des cas de crismes que pourroyent estre perpetrés et commis en vostre principaulté, auriés faict constituer prisonnier le seignr George viscomte de Bourges, bien qu’il n’eust aulcunement offencé vous seigneurie, principaulté et republique, et tant s’en fault qu’il le voulsist fère... »

Sur l’apparence d’« aulcunes pièces de fer », il a été mis en « suspection », ce qui « ne se peult ne doibt en bonne rayson de droict ». « Pour faire pugnition, l’auriés tenu en grand destresse de captivité avec ungs grandz fers aux jambes, il y a quarante quatre jours. Durant lequel temps et oultre ce, auroyt esté continuellement vexé de une maladie qui s’appelle yliaque passion 1, lesquelz tourmentz l’auroyent tant vexé et extenué qu’il est au dangier de dafailhir. » Veuillez donc, Messeigneurs, « le sourtir de vous prisons et de la captivité où il est et le mectre en pleyne délivrance et liberté, absouldre et relaxer avec despens, domaiges et interestz, et quant ne vous viendroict à playsir ce fère, le advertir et recepvoir à justiffier et informer de ses ignoscences et justiffications »...

Le jour même, Messieurs consentirent, non pas à libérer Battonat, mais à lui accorder un avocat :

« Nous Sindicques et Conseil de Genève à tous noz officiers mediaulx et immediaulx salut ! Ayant veue la soubannexée suplication et le teneur d’ycelle bien considéré, et sus icelle en nostre ordinaire conseil par meure deliberation pourveu, à l’instance et requeste en ladicte supplication contenue », commandons que « les nobles noz bien aymez lieutenant et procureur general es causes criminelles et des malefices de ceste cité instans » aient « à comparoir devant nous en nostre conseil ordinaires » afin, « au supliant pourvoistre de procureur et advocat... et luy /52/ decerner ce que besoing luy sera, au dire et alléguer, s’ilz ont cause suffisante... et nous veoir sur le tout selon justice procéder. Donné à Genève soubz nostre seaulx commung » et sous la signature du secrétaire d’Etat Claude Roset 1.

On devine que Battonat ne perdit pas une minute, mais il eut un mécompte. Le Conseil qui, le 25 octobre, l’avait autorisé à prendre pour défenseur Me Germain Colladon 2, le meilleur avocat de la place, se ravisa le 27, parce que la Seigneurie en utilisait précisément les services au procès lui-même 3 ! /53/

M. de Laye s’en passa donc et, le 8 novembre, son procureur égrège Jean Voisine 1, aidé du beau-père, était en mesure de présenter au Conseil « une supplication, ensemble ses articles defencionalz, requérant par lad. supplication estre libéré, et procéder à la vuydange de son innocence ». Sur quoi, noble Jean Lambert, substitut du procureur général 2, demande /54/ la double des produictes et terme à deliberer ». On le lui concède et l’on renvoie la cause au lundi suivant, en octroyant au détenu un délai de quinze jours « à la poursuyte et vuydange de sesdictes deffences ».

Le mémoire introductif d’égrège Voisine était d’un bon début 1 :

« Magnificques, puissans et très redoubtés seigneurs,

Par aultre requeste, il vous auroit esté remonstrée, de la part du seigneur George de Laye, dict Battonat, seigneur dudict lieu, visconte de Bourges, que, par une frivole et legière presumption, auroit esté constitué prisonnier », à cause d’un moulin « de mouvement perpetuel » et de « limes pour faire orologe, choses d’esprit et de noble invention, lequel molin ycelluy de Laye, pour l’amitié et cognoissance domesticque qu’il a eu avecq le seigneur conte de Gruyère, il luy vouloit presenter et donner comme chose de nouvelle invention... Ce neautmoins on auroit, par une suspition trop plus que debile et foible, présumé qu’elles estoyent propres à faire la faulse monnoye, qui est une opinion du tout impertinente et execrable sans avoir cogneu la volunté dudict suppliant ny entendu l’invention dudict molin perpetuel 2, considéré que le seul Dieu eternel est scrutateur des voluntés et intentions 3... Ce nonobstant, auroit esté ledict suppliant detenu prisonnier plus de soixante jours en grande destresse, misère et calamité, et, la plus part dudict temps, aux fers, au grand deshonneur de sa bonne renommée ». C’est pourquoi il supplie qu’il lui soit donné « delay et terme pour vous informer de ses qualitez de visconte et qu’il est domesticque des roys de /55/ France et Navarre, aussy de la bonne cognoissance qu’il a eus audict seigneur conte de Gruyère ». Que l’on daigne donc l’élargir, et lui-même, « ensenble tous ses parents et amys, pryeront l’eternelle magesté de Dieu entretenir, maintenir et fortiffier vostre Republicque à la gloire et louange de son sainct nom, humblement vous presentant ses deffenses pour justiffication de son innocence, ensemble les attestations qui vous ont esté baillées où il y a un nombre de dix tesmoings ouys par examen au pays de Languedoc, en la ville d’Alès, le tout employant son innocence patente à vous Excellences. Ainsy soit yl. »

Les « Defenses et justifications » annoncées méritent l’attention, bien qu’elles n’apportent pas de nouveaux arguments. En faisant du moulin le centre de son système, Jean Voisine courait le risque de se voir confondu par les gens de métier, mais il avait l’avantage plus grand d’alléguer une invention mystérieuse à laquelle personne, si ce n’est son auteur, ne pouvait rien comprendre.

« Pour mouvoir et advertir voz excellens, magnificques, puyssans et tresredoubtés seigneurs, de la part de noble George de Laye dict Battonat », l’avocat établit d’abord la condition sociale de son client :

« Et premièrement, en tant que concerne les qualitez et tiltres par luy assumés, et spécialement de visconte de Bourges qui est tiltre d’honneur et de dignité excellente, il se trouvera non seulement par tiltres suffisantz, mays aussy par tesmoingnaiges que ledict seigneur de Laye en a pris possession en ladicte ville de Bourges avecq les solennités requises à telle dignité. Lesquelles solennitez se font avec examen du lieu, qualité et condition de la personne, comme il est pertinent à estat et dignité qui a cherge [charge] annexée concernant le bien publicque.

Item et sy [aussi], d’avoir eu accès et condition envers les princes, est une qualité qui n’est pas de petite louange /56/ ny aussi de moindre considération, le dict seigneur de Laye peult à juste cause mettre au devant de toutes les presumptions dont à tort on l’a voulu cherger qu’il a eu estat et gaiges en la court, du vivant du feu Roy, et a esté continué et entretenu par cestuy à present regnant, desquelz il a lectres d’estat comme domesticque selon qu’il en pourra faire apparoir sy besoing est. »

Ce point établi, le procureur Voisine s’aventure sur un terrain mouvant :

Le sieur de Laye « n’a esté onques cherger d’aulcune note apportante infamie »; il n’a pas « cercher moyens obliques et extraordinayres pour gaigner sa vie ». Aussi supplie-t-il leurs « excellences que les quattre pièces d’acier qu’il a faict faire en ceste ville... soyent diligemment considerées ». On verra qu’elles ne servent pas à « faire ny faulse ny bonne monoye » 1.

« Et combien que le tailleur de la monoye de ceste ville ayt deposé que lesdictz pièces luy semblent estre plus propres pour faire la faulse monoye qu’aultre chose, le dict seigneur de Laye a respondu par devant voz excellences qu’il ne se trouvera en forge de monoye aulcune pièce resamblante lesd. pièces; et a soustenu et soustient que ledict tailleur ny aultres ne sçauroient marquer ny faire aulcune pièce de monoye avec lesd. pièces, requerant avec submission de paine que l’on esseye à ses despens à en faire une seulle pièce de monoye, afin de cognoistre, non point par presumption mais à la vérité, la possibilité ou impossibilité du dire dudict tailleur et des serruriers 2. »

Car, à propos de son « molin », le requérant « se donne /57/ de merveille [s’étonne] de leur jugement si temeraire et presumptueux, sans avoir cognu, entendu ne la volunté ny mesme l’invention subtile et ingenieuse dud. seigneur de Laye ».

Où la défense faiblit, c’est dans le mystère dont elle persiste à envelopper l’invention :

« Il y a davantage qu’il n’est loisible à l’homme d’usurper jugement et cognoissance de la voulonté de la personne, laquelle cognoissance appartient à Dieu seul. Car si nul ne peut sçavoir de la volunté de l’homme si non l’esprit qui habite en luy, il s’ensuyt donc que la disposition desd. pièces doibt demourer en la volunté dudict seigneur de Laye, puys qu’il n’y a aultre preuve laquelle doibt estre plus clère que la lumière du mydi, (comme l’on dict) specialement en matière de crime 1... » Pour condamner, il faut des preuves, et « en termes de droict, falsam monetam fecisse non dicitur qui nondum impressit formam » 2.

L’argumentation eût été plus directe si, au lieu d’évoquer l’omniscience de Dieu par d’audacieux syllogismes au goût du jour, l’avocat eût expliqué les intentions techniques de Battonat. Elle devient d’ailleurs franchement déplorable quand elle s’efforce de prendre en faute M. le sautier lui-même. /58/

« Il ne fault aussi insister à la deposition du seigneur saultier, non seulement par ce qu’il est seul et singulier en sa deposition, mays pour aultant qu’il n’atteste et ne dict seulement que d’un propos que led. seigneur de Laye n’entend avoir dict en la sorte, asçavoir que lesdictes pièces fussent pour fayre la faulse monoye dud. seigneur conte 1 et qu’il avoit cherge de trouvé audict seigneur conte ung bon tailleur, qui est en effect toute la déposition dud. saultier. Lesquelz propos, quand ores ilz se trouveroyent avoir esté dictz (que nom), sy est ce neantmoing que, par cella l’on ne peult inferer aulcun volunté de faire faulse monoye, ains [mais] seroient plus tost conformes à ce que ledict seigneur de Laye a tousjours maintenus qu’il entendoit faire ledict molin pour en faire ung present audict seigneur conte de Gruire, et combien que les motz de lad. deposition s’estrangent et varient aulcunement de ce que ledict de Laye entend avoir dict ne autrement, ilz ne sont contraires à la volunté qu’il en a d’en fayre present audict seigneur de Gruyère. »

Maître Voisine ne pouvait avoir proféré le mot de « faulse monoye » à propos des projets supposés du comte Michel de Gruyère. L’impair de son commis ne laissait pas moins d’énerver le plaidoyer :

« Touchant à ce qui a esté trouvé en deux sacz, l’un de peau blanche où ont esté trouvé deux mosles de cuyvre pour jetter en sable medailles antiques, item ung aultre de toille où ont esté trouvées plusieurs drogues, comme verdegrys, sublimé, arsenic et orpiment qui sont propres pour transmuer les metaulx, combien que ledict seigneur de Laye en ayt constamment respondu qu’ung homme les luy avoit baillées pour les faire tenir à ung serviteur dud. seigneur de Gruyère, sy est ce que, quand ores les dictz /59/ meubles 1 et drogues seroyent à luy, neautmoing, de droict, puys que la transumptation des metaulx est permise par la Loy première et au discours du tiltre C de metallariis et metallis, lib. XI°, cela ne doibt et ne peult estre imputé à maulvaise volunté puis que l’exercice d’icelle transmutation peult estre utile au bien publique 2. »

En sorte que non seulement l’inculpé échappait du fait aux poursuites, mais était en droit de demander à la Seigneurie — et il le demandait — des dommages et intérêts !

« Le 18 de novembre 1552, en la cause deffencionable de George Battonat, tendant à fin de le liberer par les causes contenues ausdictz articles et requeste; et led. procureur general demande encor le double desdictz articles et de ce qu’a esté produict et terme à respondre », les « Sindicques et Conseil de Genève » arrêtent :
« que l’on concède led. double aud. procureur general et qui responde sus lesdictz articles à lungdi. Et cependant que l’on mande à Lyon pour avoir informations des indices contenus en la lettre, et sur ce procéder comme de droict ».

La lettre ayant disparu, il nous restera suffisamment de besogne pour nous en consoler. Le Conseil se montra exact et reprit tout le dossier :

« Nous Sindicques et Conseil de Genève, le lungdy 21 de novembre 1552, ayans veu les supplications dudt George de Laye tendant aux fins d’estre deslivré des prisons où il est destenu, au contenu de sa supplication, et aussi son beaupère a requis qu'il plaise à Messieurs de abbrevier /60/ sad. détention — en prenant congé de Messieurs les remercie — et led. seigneur procureur general produict les responces sus les articles produictz par led. Batonat requerant nonobstant ordonner et repellir, arresté que il responde sus les indices de la lettre envoyée de Lyon 1. »

Coup sur coup, lettres, mémoires et requêtes affluaient au Conseil. Il s’y trouvait en particulier une supplique de Battonat qui, inclinant « plustost à la mort que à la vie », implorait « pitié et compassion », au nom même de « ses femme et parentz » 2.

Quant à M. du Mazour, il préféra ne pas se mêler davantage d’une affaire qui allait se ramifiant, et prit congé de la Seigneurie en termes choisis. Il comblait de louanges leurs Majestés genevoises, glissait un mot habile en faveur du détenu, et s’excusait de /61/ quitter la ville pour préparer en son pays les fêtes prochaines de Noël 1.

« Magnifiques et redoublés seigneurs et excellens princes, Loys du Mazour, seigneur d’Avence, habitant de la ville d’Alès ou [au] diocèse de Nismes en Languedoc, vouldroict remonstrer à voustre magesté qu’il auroyt demeuré en voustre present ville de Genève quarante jours pour poursuyvre la delivrance de messire George de Laye, visconte de Borges, son beaufilz, detenu prisonnier à l’instance de monsgr le procureur general, sans aultre partie et sans avoyr offencé voustre magesté ne Reppublique. A laquelle poursuyte il auroyt consommé tout l’argent qu’il avoyt, en telle sorte qu’il n’a de quoy satisfaire à son hoste ni à s’en retourner pour aller donner ordre à sa mayson et à la republique de lade ville, de laquelle il en doibt avoyr la charge, ces festes prouchaynes de Noël. Ne vouldroict le suppliant estre si ingrat s’en despartir sans avoyr prins congé et licence de vostre magesté et remercier à vous magniffiques Excellences le bien et honneur que luy avés faict, offrant que, au lieu et endroict qu’il vous porroyt fère service, tant à la Seigneurie en commun ou particulier si offre le fère d’ung bon volloyr. Priant l’Eternel, princes magiffiques [sic], vous maintenir et garder en paix, unyon, prospérité, augmentation de la foy crestienne. »

L’état du prisonnier s’aggravait certainement et noble Rigot n’était pas impitoyable. Preuve en soit que le lendemain mardi 22 novembre, « après digné », en Conseil ordinaire,

« le procureur general a refferuz que led. George est bien mallade, et qui requier de permectre parler à luy et avoir le medicin. — Arresté que led. sgr procureur ilz alle et que /62/ son beaupère ilz puisse estre, et mener led. medicin en presence de aulcungs des sgrs du Conseil 1. »

Cependant, le ministère public avait déposé devant le Conseil des conclusions sévères qui, du point de vue juridique, sont d’un grand intérêt.

« Le Seigneur Procureur fiscal 2, respondant aux defenses et supplication baillées par escript de la part de Georges Batonnat, prisonnier, accusé de faulse monnoye, dict que ledict prisonnier, veu les charges qui sont evidentes par le procès contre luy faict, et les pièces, drogues, poisons, lettres et memoires dont il a esté trouvé saisy et chargé, ensemble ses variations, denegations et perjurementz, n’a deu estre receu à proposer defenses mais, suyvant le droict et commune usance, doibt estre suyvy et inquis... pour tirer et avoir verité d’ung tel crime tant clandestin et atroce comme est le crime de faulse monnoye; joinct la charge desdicts poisons et memoires d’incantations, adjurations et sortilèges desquelz il a esté pareillement trouvé saisy qui sont crimes capitaulx et grandement punissables.

Toutes fois et sans prejudice du reject desdictes defenses, ledict procureur accepte les confessions faictes par icelles pour mieulx monstrer sesd. variations et contradictions; et neantmoins nye les supposez qualitez, dignitez et estatz faulsement usurpez par iceluy prisonnier pour couvrir et desguyser lesdictz crimes, et proteste ledict procureur de plus grande punition pour avoir par iceluy prisonnier temerairement et impudemment osé s’attribuer telz faulx tiltres et l’amytié et domestique familiarité des roys, princes et grandz seigneurs, et de cela avoir voulu couvrir /63/ ses crimes et malefices, s’attribuant oultre cela à chascun article de ses defenses trop arrogamment le nom et honneur de seigneur, en chargeant les Seigneurs de Justice de legierté et procedeure frivole, impertinente et execrable, en lieu qu’il se dobvroit humilier et recognoistre son mal par une juste penitence. »

L’inculpé n’a produit aucun fait valable pour établir son innocence « ains la diffamation et maulvaise renommée de sa personne et manière de vivre, et vagant par tous pays, sans s’arrester à certain et licite estat et vacation; et aussi la fuyte de ses complices.

Item ce qu’il a esté desadvoué par le seigneur comte de Gruires, duquel il s’est voulu targer [targuer], le rend manifestement coulpable et sans excuse et couverture des crimes susdictz. »

Si nous avons quelques motifs de ne pas estimer très haut le désaveu de M. le comte, nous relèverons à la charge de l’accusé l’observation suivante du procureur général : les pièces d’acier, confectionnées à Genève, ne s’adaptent pas au « modèle de boys » inventé par Battonat.

« Item, quant aux loix et doctrine des docteurs par luy alléguées, elles ont esté mal prises et entendues, et se trouvera qu’elles sont entièrement contre luy 1. » En effet, /64/ « si led. prisonnier eust bien tourné les feuilletz, il eust trouvé assés d’aultres loix et doctrine de droict qui disent expressement que ceulx qui donnent couleur ou nouvelle teincture et qui vitient et transmuent la substance et vray alloy des metaulx 1 servans à faire monnoye, sont coulpables de crime de faulx.

Item est à noter que les missives et aultres escriptures tant sur le faict dud. Georges Battonaz, dict de Laye et surnommé le viscomte de Bourges, que de ses complices servent pour plus ample preuve, selon l’exigence des faictz qui se pourroyent trouver, et crimes ausquelz tendent les propoz contenuz esdictes lettres et aultres memoires 2.

Item et mesmement se trouve led. prisonnier chargé d’avoir contrefaict et vendu des medailles faulses pour vrayes 3. Or, par le droict, sont coulpables de faulx ceulx qui contrefont des monnoyes et medailles pour les vendre en lieu de vrayes et antiques; aussi les alchymistes sont en pareille condamnation. Et a tousjours esté ung art faulx et prohibé, en manière que les anciens historiens recitent que l’empereur Diocletian, combien qu’il fust ethnique et payen, après avoir cherché et veu les livres de l’art d’alchmye, les feist tous brusler comme pernitieux et d’une faulse science. Et davantage, comme aussi sont à ce les droictz exprès et vulgaires, pour avoir encoru telz crimes 4, suffist d’avoir commencé et attenté à le commettre, combien que la volonté n’aye sorty son effect. Sont aussi les droictz tous vulgaires qui punissent les /65/ divinations, incantateurs et chargez de poison, voire non seulement pour en avoir usé mais pour y avoir estudié et en avoir memoires 1.

A ces causes led. procureur persiste au reject desdictes defenses et qu’il soit procedé doresnavant extraordinairement contre led. prisonnier jusques à la punition que meritent les crimes dont il sera convaincu et pour lesquelz il proteste prendre conclusions telles que de raison. »

Le ministère public se montrait envers l’alchimiste plus strict que les rois, et la procédure extraordinaire annonçait la torture 2.

Mais Battonat eut une chance : le 22 novembre déjà, semble-t-il, bon nombre des documents qu’il attendait pour sa justification lui parvinrent. Ils étaient de nature, espérait-il, à confondre le procureur général sur un point sensible, l’usurpation de titres et qualités. De plus, il le faut admettre, ils diminuaient grandement la portée du désaveu que lui avait, sans tendresse, infligé Monsieur de Gruyère.

Réussit-il à les produire lors de la visite médicale que le Conseil venait d’autoriser ? Quoi qu’il en soit, le 23 novembre, il lâcha les chiens avec une impétuosité assez dangereuse et fit parvenir à Messieurs le mot suivant :

« Par devant vous magnifficques, puyssans et très redoubtez seigneurs et princes, comparoist noble George Battonat seigneur de la Haye, visconte de Bourges, contre messeigneurs voz lieutenant et procureur general lequel, en ensuyvant ses deffenses ja devant voz Excellences presentées et pour veriffication d’icelles mesmes pour faire /66/ apparoir de l’estat qu’il a de la maison du Roy de Navarre signamment comme il est son conseiller et medecin ordinaire, il vous produict une lettre d’estat signée par led. Roy de Navarre et Genssane son secretaire, deuement scellées...

Item, pour monstrer la grande familliarité et amitié qu’il avoyt avecques monsgr le conte de Gruyère, et que non sans cause il a parlé famillierement de luy, il produict cinq missives à luy envoyées par led. seigneur conte, signées de sa main et scellées de son seau 1...

Item produict aussy deux missives escriptes et soubzcriptes de la main propre du conte de Vuaraz 2 ... Lesquelles lettres s’offrent veriffier au cas que lesd. seigneurs voz lieutenant et procureur general voulsissent 3 icelles nyer. Et quant à ses lettres d’estat de la maison du Roy de France et de sa visconté de Bourges, il ne les peult à present produyre par ce qu’elles sont produictes au Grand conseil du Roy en ung procès qu’il y a, comme cela est vray et s’offre en prester serment.

Pourquoy il vous supplie le liberer à pur et à plain ou, à tout le moings, luy pourveoir à la forme de sa supplication hyer à voz excellences presentées, en ayant regard aux causes et raisons contenues en icelle; requerant luy faire justice, vostre office humblement implorant. »

Persuadé que tant de hauts témoignages auraient sur les juges d’heureux effets, Battonat voulut battre le fer pendant qu’il était chaud, et fut en mesure de présenter, le 24 novembre, aux arbitres de son sort, une requête pleine d’espérance 4 : /67/

« Magnifficques, puyssans et très redoubtez seigneurs et princes, humblement vous est expousé de la part de noble Georges Battonnat, seigneur de la Haye, visconte de Bourges, estre vray qu’il y a septente et cinq jours qu’il est detenu prisonnier en voz prisons, à l’instance de messrs voz lieutenant et procureur general, sans ce qu’il sache bonnement la cause ne raison pour quoy, sinon pour quelque presumption que l’on auroyt heue contre luy d’avoir voulu faire de la monnoye, ce qu’il ne pensa oncques de faire; et aussy que certaines drogues luy ont esté trouvées desquelles et des aultres choses il a suffisamment respondu, tant de bouche que par ses deffenses et supplications desja devant vous par cy devant presentées et baillées, par lesquelles et nonobstant ce que dernierement a esté dict et admené de la part desd. seigneurs voz lieutenant et procureur general, il entend jouxte ses produictes vous apparoir suffisamment de son innocence et qu’il n’a faict ny commys chose qui merite si longue detention. Or est il apprès pour vous faire apparoir des lettres qu’il a de ses tiltres de visconte et estatz des maisons des roys de France et de Navarre. Mais son messager demoure beaucoup et ne peult led. expousant penser aultre sinon que le seigneur qui les debvoit et doibt avoir soyt allé à la guerre ou aultre part, qu’il ne puysse estre trouvé; qui luy pourroit causer plus longue detention s’il se vouloit plus oultre arrester ausd. tiltres. Parquoy, et aussy pour ce qu’il est grandement mallade et en danger de sa personne et aussy que telz tiltres ne sont aultrement sinon pour faire apparoir ses qualitez, il vous supplie, et très humblement, qu’il vous plaise le liberer de vosd. prisons, à tout le moings moyennant submission, et de se representer toutesfoys et quantes, et devant tel terme qu’il vous plaira. Et incontinent qu’il pourra avoir sesd. tiltres, il les vous presentera, et il priera à Dieu Tout puyssant qu’il vous doint bien prosperer. Ainsy soyt il. »

Si Messieurs ne restèrent pas insensibles aux instruments que la défense venait de jeter au dossier, ils /68/ ne songeaient pas, pour autant, à relâcher leur prisonnier. Du moins pressèrent-ils désormais la procédure et donnèrent au vicomte l’occasion d’éviter l’estrapade 1. A cet effet, le « seigneur procureur fiscal 2 » prépara une liste de soixante-dix questions 3 auxquelles George eut à répondre aussitôt, le 25 novembre. On commença par sa vie privée : S’il a été marié ? combien de fois ? à quelles femmes ? si toutes sont décédées ? quelles sont vivantes ?

L’inculpé affirma n’avoir eu qu’une seule femme « qu’est vivante, fille de maistre Jaques Massuetz » !

Qu’est-ce à dire ? Jaquète du Mazour sombrait-elle dans l’aventure ou Battonat avait-il, par débilité, perdu tout contrôle des sens ? Ou encore le greffier estropiait-il la réponse ?

Le juge cependant disposait de fâcheux indices :

« S’il a esté marié à Bordeaux à une nommée Loyse de la Croix ? S’il a esté marié à une aultre nommée Isabeau Le Gendre, et en quel lieu ? S’il a esté marié en la ville d’Avignon et le nom de la femme ? » A la ville « d’Allés au pays de Languedoc » ? /69/

Et Battonat « respond que non ».

On pourrait admettre qu’au lieu de Jaquete Mazour ou Mazouer, le scribe interloqué (ce prénom était rare) ait compris Jacques Massouet, sans apercevoir qu’il confondait père et fille; mais que Battonat reniât le mariage d’Alais, c’en est trop. Aurait-il mal écouté la question ? Nous le pensons, si étrange que cela puisse paraître, car nous n’avons le choix qu’entre deux bizarreries.

A quoi bon tous les efforts, toutes les preuves du beau-père si, après avoir invoqué les attestations des dix témoins d’Alais, assuré qu’il n’avait qu’une femme légitime, il abandonnait d’un coup sa position pour un aveu gratuit ? Le sieur George n’était pas de ceux que l’amour, ni même l’amour de la vérité, tourmentent au point de le préférer au calcul.

Et comment expliquerait-on la sollicitude que le beau-père continuera à lui prodiguer après cette bévue, au cas où le prisonnier l’eût abreuvé d’avanies ? Battonat était à bout, n’entendait plus.

Au reste, sa vie privée ne prenait point, pour autant, de brillantes couleurs. Il avait maintes fois « demouré à Paris, mès ne sçay dire le nombre de lougis ». — « S’il a parlé de mariage avec la fille d’ung conseiller de Paris, nommé le seigneur des Asses ? » s’il a « fréquenté en sa maison » ? s’il était à Paris chez le sr des Asses quand il mourut ? s’il lui avait pas emprunté ses chevaux ? s’il n’a pas employé « bagues, cheines, or ou argent dud. seigneur ou de ses domestiques » pour transmuer les métaux « ou besoigner de l’art d’alchymie » ? si, pour avoir dérobé M. des Asses, il n’a pas été arrêté par ordre du « lieutenant criminel /70/ de Paris ou aultre juge » ? si, condamné, il n’en a pas appellé ?

« Par quel moyen il est sorty de ses prisons et si, pour en sortir, il a donné à entendre qu’il sçavoit multiplier et augmenter l’or et l’argent ? S’il a rompu et évadé lesd. prisons sans congé ? »

M. le procureur fiscal avait une bien fertile imagination ou devenait terriblement embarrassant. Pour n’amorcer aucune question nouvelle, Battonat continuait à tout nier sans commentaire. Mais d’avoir été au « pays de Flandre et Lorrayne par le commandement de la Rayne de Naverre », était un honneur dont il ne se cacha point.

« S’il a esté en la ville de Metz en Lorraine ? Et pour quelle affaire et de quel estat il se disoit estre ? » Oui, il y fut et en qualité de vicomte de Bourges. S’il n’a pas emmené une mule qui ne lui appartenait pas ? Nenni. A Bordeaux n’a-t-il pas connu « Jehan Le Gendre » ? Si fait. Ne lui a-t-il pas volé de l’argent, n’a-t-il pas « heu argent ou bagues de lad. Isabeau [fille] dud. Le Gendre » ? Non pas.

« Quellez affaires il a eu avec luy et comment il s’est desparty dud. Bordeaux ? Respond que se despartit de luy pour aller trouver la Rayne de Navarre comme l’on luy avoit commandé. »

Il connaît certes M. de Langon « ou pays de Bordeaux »; quant au « marchand Nicolas », plusieurs répondent à ce nom-là. Leur a-t-il « emprunté or ou argent » pour de « l’alchymie » ? Non, pas plus qu’il n’eut affaire au Grand prieur de Saint-Pierre de Vienne, /71/ à son fermier M. de Sainte-Marie, « et au seigneur official Rollant ».

Il faut croire qu’à Vienne, on se félicitait de la capture et que M. l’official se portait partie contre M. de Laye. Mais le tour de France n’était pas terminé.

Battonat ne veut pas avouer de relations avec les graveurs; aussi ignore-t-il certain « tailleur de Grenoble »; en revanche, aucune raison de renier « monsr le prevost Panice d’Avignon », « le seigneur Ponsson-Fougace et Anthoine Moureau demeurans aud. Avignon ».

Il a été à Bourg en Bresse « par le commandement de sa maitresse la Royne de Navarre, pour ses affaires », et il y a eu « cognoissance et affaire avec ung nommé monsr de Mollan qui estoit louger avec luy »; enfin, chez « monsr de Myon », il s’était rendu par l’ordre de la même dame. Quant à avoir tenu propos de mariage ou rendu enceinte une fille de la ville, ce n’est pas vrai. Et à Chambéry ? Il n’a jamais été à « Chamberier ». Pourtant, n’a-t-il pas emmené à Lyon, cette fille de Bourg, déguisée en homme, l’abandonnant à son sort ? Toujours non.

Et qu’en était-il de cet apothicaire de Paris qu’il avait trompé ? « N’az point heubz affaire avec point de appothicaire sinon en achestant de marchandisse et drogues. »

Nous voici à Bourges où les renseignements ne manquaient pas. Sait-il qui est « le petit receveur de Bourges » ? Oui. Et « le petit grenetier de Bourges nommé Jobbert ? Respond que c’est une mesme chose ».

— « S’il a heu propos avec led. seigneur ou grenetier /72/ d’augmenter les metaulx et faire l’alchymie ? » S’il a « besoigné » en un lieu près de Bourges appartenant à ce personnage ou à son père ? Non.

Le seigneur procureur fiscal gardait Lyon pour la bonne bouche :

— « S’il a esté prisonnier es prisons du Roy à Lyon et pour quoy ? » comment est-il sorti de ces lieux ? N’a-t-il pas eu maille à partir avec le geôlier ? Ne s’est-il pas aidé d’un prisonnier ? Par quels moyens ? « S’il a promys aud. prisonnier de le faire devenir invisible pour le faire sortir d’icelles prisons ? » Et si, sur cette promesse, il n’a pas « pris argent aud. prisonnier » ? Battonat ne convient de rien.

— « S’il sçait que le Roy de Navarre aye donné charge de s’enquérir où il est pour le rappeller à son service ou pour le faire prendre ? Dict que n’en sçay rien.

— S’il a dict et publié qu’il estoit médecin dud. Roy de Navarre ? Respond qui l’a dictz qui estoit médecin de ladicte Royne de Navarre.

— Et s’il a exercé led. estat et en quelz lieux ? Respond que az exercé en plusieurs lieux. »

Par cette soixante-dixième réponse, s’achevaient les « confessions et négatives » que Messieurs accordèrent aux seigneurs lieutenant et procureur de vérifier tout leur saoul, cependant que le délinquant « a requis qui plaise à Messgrs de luy maintenir les coustumes et liberté de Genève » 1. /73/

Soit qu’il eût gardé par devers lui un dernier atout, soit que de nouveaux éléments lui fussent parvenus, l’inculpé se vit bientôt en mesure de soumettre au Conseil une pièce de choix :

« Repetant et reproduysant la cedulle dernierement de sa part devant vous produicte avecque les missives et droictz en icelle mentionnez, produysant aussy encores une aultre lettre missive soubzcrite par le magnifficque seigneur conte de Gruyère et scellée de son seau et à luy addressée par laquelle seulle vous apparoist et apparoistra suffisamment que led. Battonnat, quand bien il heust dict qu’il avoyt plus grande familliarité avecques led. seigneur conte de Gruyères qu’il n’a dict par son procès, qu’il n’y heust point failly veu ce qui est contenu esdes missives desja produictes et ce qui est contenu en celle qu’il produict maintenant, par lesquelles led. seigneur conte l’appelle et use de ces motz : monsgr mon frère, vostre meilleur frère et amy, le prie et le supplie, luy dict qu’il remect en luy et soy et ses affaires.

Parquoy led. noble Battonnat, en adherant à sad. cedulle et aultres produictes, desja faictes au present procès, demande et requiert luy estre pourveu à la forme d’icelle cedulle, et sur ce luy faire justice, vostre office humblement implorant 1. »

Le 28 novembre, Messieurs, en possession de ce complément, convinrent d’examiner les témoins à charge, appelés de Vienne eu Dauphiné, malgré la dépense 2. Ils étaient deux. /74/

Noble Gabriel Poyard, de la ville de Vienne, âgé d’environ vingt-cinq ans, prêta serment « es mains de monsr le scindicque No. Jehan Amyed Bothollier 1 ». Il connaissait « George Battonatz de tout le temps de sa memoyre » (elle ne pouvait être fort longue il est vrai). Cependant il ne l’avait pas vu à Vienne seulement, mais à Lyon, bien que ledit « ne se voulloit monstrer ny faire congnoistre; aussi l’a veu en prison au lieu de Paris quant le Roy fist son entrée aud. Paris 2. Et comme ilz a entendu lors », il a « ouyt dire à plusieurs que led. Batonatz avoit esté condampné par ses demerites à estre pendu et estrangler, mès ilz pense qui sortit à ladicte venue ne sçay par quel moyens ». Il a ouï dire aussi

« à certaine femme de Lion que led. Battonatz estoit son mary lequel luy avoit donné cent escus pour ce qu’elle le quictaz, ce qu’elle avoit faict; et laquelle est de presentz remariee à certain cordagnier dud. Lion. » Enfin, il tient du greffier Bongrain que Battonat « avoit esté condampné /75/ aux gallères. Et de faict, il avoit esté enmenez, mes ne sçay comme ilz a esté eschappé. Aultre ne sçay ».

« Maistre Jaques Chapnier, du lieu de Condrieut 1, diocèse de Vienne, de bon eage » dépose à son tour. Il a connu le père et ses fils qui étaient « en nombre quattres, avec led. George, lequel tousjours a esté tenuz et réputé homme de maulvaise vie et débouché ». Il y a environ vingt ans, le dit Battonat et un complice nommé Deprato firent

« rébellion contre le visballifz dud. lieu de Vienne, par laquelle viollence et rébellion, ilz furent condampné à estre mener à perpetuyté au gallères... et l’a veu en prison au lieu du Palaix du Roy, et led. Deprato aux prisons archeepiscopales dud. Vienne ». Il a aussi « entendu que led. Battonaz avoit esté prisonier à Paris », qu’il « a esté marié à plusieurs femmes, tant à Lion que allieurs... Et qui estoit réputé faisseur de arquemye, mès de faulce monnoye ne l’a point entendu, ny aussi n’az point congneu desdictes femmes ».

Les contradictions mêmes de Battonat, ses réticences, les renseignements généralement défavorables qui s’accumulaient, les dépositions des deux Viennois ne donnaient aucune envie à Messieurs de mettre l’inculpé à l’air libre. Celui-ci commençait à s’en douter et, pour éviter le pire, avait hâte de voir se clore les débats. Aussi est-ce sur un ton fort différent que, le 29 novembre, il s’adresse à la Seigneurie 2 :

« Par devant vous magnifficques, puyssans et tresredoubtez princes et segneurs, se comparoist noble Georges Battonat, seigneur de la Haye, visconte de Bourges, contre messrs voz lieutenant et procureur general, produysant et /76/ reproduysant ses deux cedulles dernièrement produictes avecques les missives et droictz en icelles mentionnez et aultres droictz desja auparavant produictz, demandant et requerant luy estre faict à la forme d’icelles. Actendu mesmement qu’il est mallade en dangier de mort, et a demouré desja troys moys en voz prisons; qu’il ne se peult faire mediciner esd. prisons par ce que c’est lieu froit et melencolicque, et que d’aillieurs jamais prisons ne sont belles ne plaisantes 1; et qu’il ne se peult secourir ne recouvrer argent pour subvenir à ses necessitez, ne payer ce qu’il est de besoing; qu’il n’ait liberté de parler librement mesmes à son beau père qui est icy sollicitant sa cause 2. Et aussy qu’il n’ait encre, papier et plume et liberté de escripre à son plaisir; et pareillement que luy et sond. beaupère ont consommé tout leur argent; et aussy que sa femme qui est ensaincte est en telle tristesse qu’elle et l’enfant qu’elle porte sont en grand dangier d’en mourir. Parquoy et actendu ce que dict est, en ensuyvant voz bonnes et louables coustumes, et que vous estes coustumiers de faire bonne et briefve justice, il vous supplie luy pourveoir comme dessus, et il priera à Dieu tout puyssant qu’il vous doint bien prosperer, ainsy soyt il. Et vous supplie n’avoir regard aux faux rapportz que l’on vous pourroit faire, mès à la pure vérité du faict, et luy observer voz louables coustumes et franchises 3. »

 


 

/77/

III

LES FAUX MONNAYEURS

« Un noble, s’il n’est à la rose, vaut parfois bien peu de chose. »
(Proverbe ancien.)

On devait certes souffrir du froid dans les prisons de l’Evêché, mais si M. de Laye se plaignait de ne pouvoir écrire à son plaisir, ce n’est pas qu’il n’eût usé de son avocat; seulement il ne parvenait pas à secouer la surveillance qui entravait toute supercherie nouvelle. Le Conseil ne lui accorda que cette « bonne et briefve justice » dont il était coutumier et, « le 30e de novembre 1552, es mains de Messgrs, Noble Pierre Buttin, instant au lieu du Seigneur lieutenant et procureur », invita le prisonnier à hâter ses déclarations 1. On ne saurait dénier à la Magnifique Seigneurie de lui avoir jusqu’ici manifesté beaucoup de longanimité. Malgré ses mensonges flagrants, sa captivité s’était adoucie; il /78/ couchait dans un lit, et probablement l’avait-on délivré des fers, car il ne s’en plaint plus. Ses titres et ses relations impressionnaient davantage qu’on ne l’osait dire; avec d’autres, on se montrait moins patient 1.

L’auditeur Butin lui donna, une fois encore, le moyen de se rétracter en douceur. Mais il était bien tard; le risque parut à l’inculpé plus grave que celui des fictions. Il continua donc de nier : il n’a été marié à autre femme « que à la sienne moderne qui az de presentz vivante »; il n’a point été prisonnier à Lyon, Paris ou ailleurs, et requiert « que plaise à Messgrs de luy observé les liberté et franchise, et observé les droytz ». — « Actendu ses negatives », lecture lui fut donnée des dépositions de Gabriel Poyard et de Jaques Chapnier. « Estant ainsi confroncté, a allégué estre tesmoing faulx ». C’était tout simple.

Noble Butin ne dut ressentir aucun ébranlement en son for intérieur, car il avait d’autres griefs. Il interrogea de nouveau : « Si a point mis en son lictz aulcungs ferreur de fertz, envelloppé de patte, aux fins de rompre la muralle et faire sortir les prisoniers ? » Autrement dit : N’a-t-il pas caché dans son lit un /79/ outil de fer enveloppé de torchons dans le but de percer la muraille qui le séparait des prisonniers voisins ?

— « Laquelle chose n’az voulsuz recongnoistre, nyant les avoir jamais veuz, ny avoir aperceu ny oyeus, les lectres à luy presenter fors une. Surquoy, luy a esté admené devant, Jaques Paquet et François de la Remina lesquieulx luy hont dictz devant, avoir trouver en son lictz, parmy la pailles, lesdictz ferrements et lres. Ce qui az tousjours nyé 1. »

Battonat se proposait-il de violer sa prison, de corrompre ses voisins de cellule ? La Seigneurie y reviendra, mais dans l’ensemble de ses certitudes ou de ses soupçons, ce n’était qu’une vétille; des lettres découvertes par les geôliers et qui émanaient du fameux Saint-Ambroys avaient plus d’importance 2. Selon une méthode qui avait fait ses preuves, elle laissa quinze jours le prisonnier dans le plus énervant des silences. Puis, voyant qu’il ne suffisait pas, elle prêta l’oreille aux propos du procureur général et pensa que la /80/ question extraordinaire aurait enfin raison de l’obstiné. Avant que l’appliquer, elle poussa cependant le scrupule jusqu’à demander l’avis des jurisconsultes Louis Blecheret et Germain Colladon 1.

Ce dernier résumait très objectivement l’état de la procédure 2.

« Très redoubtez et magnifiques seigneurs,

Après avoir bien veu le procès criminel et extraordinaire faict contre Georges Battonnat prisonnier, combien que par cy davant led. procès m’aye esté communicqué de la part de monsieur le procureur fiscal pour respondre aux defenses dud. prisonnier, toutesfoys, puys qu’il vous a pleu me commander de le veoir encores pour en donner advis, semble, sauf meilheur conseil, que combien qu’il reste encores à faire quelques interrogatoires mentionnez par ung advertissement que j’avoys donné à mond. sieur le procureur, mesmement touchant le memoire dont il est chargé pour faire ung aneau à diviner par invocation du dyable, et touchant les medallyes faulses que led. prisonnier a vendues à ung marchand de Provence pour 250 ll, nommé Geraud, et dont avez receu lectres; aussi reste à enquérir d’ung nommé Hierosme de la maison de monsieur le comte de Gruyères, sur lequel le prisonnier se veult entièrement descharger; et pareillement à informer et /81/ enquérir en la ville de Lyon et à Bourg des cas mentionnés par les lectres qui vous ont esté envoyées et qui ont esté entierement nyés par icelluy prisonnier; d’adventage, parce que led. procès porte que le seigneur de Montvuagniard a requis qu’il vous pleust d’advertir led. sieur conte de Gruyères sur ce que led. prisonnier disoit de luy, joinct aussi qu’il s’ayde de ses lectres, seroyt bien requis, pour plus ample vérification, faire led. advertissement aud. sieur conte, et en avoir sa response, car par ces moyens, l’on pourroit encores mieulx convaincre led. prisonnier.

Toutesfoys, quand à present, y a plus que suffisante prove pour adjuger la question et torture aud. prisonnier, afin de tirer par sa propre confession la verité entière des cas dont il est chargé. Car, par le droict, est permis de torturer et adjuger question non seulement quand le crime est prové par ung seul tesmoingt non reprochable, mais aussi quand le prisonnier est seulement chargé (indices urgens, diffamation publique, fuytte de luy ou de ses compagnons), ou qu’il est trouvé saysi de choses, et instrumentz servans au crime dont il est suspect; et aussi quand le prisonnier est variable, ou vacillant en ses confessions.

Or non seulement l’une des choses susdictes se trove contre led. prisonnier, mais toutes ensemble. Car premierement il a esté trové saisy de drogues et instrumentz qui sont propres à faire faulse monnoye, et convaincu d’avoir dict que c’estoit pour la monnoye dud. seigneur conte de Gruyères, et n’a peu monstrer qu’ilz servissent à son modelle de boys, ny à aultre chose licite.

2. Luy qui se dict medecin est trové saisy de poisons qui est chose trop dangereuse à ung tel medecin et ouvrier que luy.

3. Il est trové saisy dud. memoire d’invocation du dyable, enchantement et divination qui est ung crime capital.

4. Il est convaincu d’avoir faict faire lesd. instrumentz suspectz de faulse monnoye à divers ouvriers, et occultement.

5. Il est trové saisy de lectres missives du capitaine Sainct Ambroys qui sont fort suspectes et contiennent /82/ jargon obscur de quelque maulvais acte, et que l’on peult bien tirer à faulse monnoye. Joinct la fuytte soubdaine dud. capitaine qui a escript lesdictes lectres. Et quand aux lectres qu’il a dernierement produictes, elles sont plus à sa charge que pour son innocence, et demonstrent bien que c’est ung trompeur et imposteur. Joinct aussi que par les lectres du Roy de Navarre, il se nomme docteur en medecine, combien qu’il aye confessé sçavoir bien peu de la medecine, et s’il en estoit interrogé l’on congnoistroit son ignorance et l’abbus pernitieux qu’il a peu commettre, soubz couleur de tel estat; ce qui est grandement à punir par le droict.

6. La compagnie d’ung boucher, d’ung cardeur et d’ung orfèvre qu’il avoit amenés en ceste ville, demonstre bien de quel mestier il se mesle, joinct la fuytte de ses dictz compaignons.

7. Quant à la renommée et diffamation publique, ne s’en trova jamays ung tel, ny qui se meslast de tant de choses, parquoy seroit grand scandale et dommage à tout le public s’il eschappoit et demouroit impuny. Et s’il n’y avoit aultre prove que lad. diffamation, encores cela suffiroit pour le retenir et attendre plus grande prove pour empecher qu’il continuast en ses malefices.

8. Il se trove chargé d’avoir heu en prison des ferremens à faire effraction desd. prisons, qui est ung crime capital par le droict, et telle entreprise demonstre qu’il se sent coulpable des cas à luy imposés.

Au reste, le procès est chargé et plein de ses variations, denegations, vacillations et evidentes menteries. Et, entre plusieurs aultres, il a dict premierement qu’il avoit receu les drogues et poisons d’ung certain, à Viene, qui les envoyoit aud. Hierosme et, despuys, il a dict que luy mesmes les avoit achaptées à Lyon, d’ung appothicaire. Il a premierement dict ne sçavoir à quoy servoient lesd. drogues et, despuys, il a dict qu’elles servoient à transmuer metaulx et augmenter l’or, et que luy mesmes sçavoit bien faire telle chose et blanchir, combien que, despuys, par ses penultimes interrogatoires il a nyé. /83/

Il a aussi confessé avoir voulu louer maison en ceste ville pour sa femme, combien qu’auparavant, il aye nyé y vouloir demourer. Toutes lesquelles choses sont tant bien provées par les procès, qu’il est impossible de l’excuser de crime; et pourtant [partant] ne fault faire dificulté de l’en faire plus amplement parler par torture. »

« Noble Pierre Tissotz, Lieutenant pour la Seigneurie », se trouvait donc bien armé lorsque, le 15 décembre, constatant que « les temps des defences sont expiré », il revint à Battonat et lui fit observer ses contradictions :

— Si les drogues « ne sont propre pour faire la faulce monoye », pourquoi disait-il que « c’estoit pour faire la monoye du seigneur conte de Gruyère » ? 1 — Et Battonat de s’embrouiller : elles ne sont point destinées à la monnaie « combien que az confessé estre bonnes pour faire la transmutation des metaux, et que, sans telles poysons, cella ne se peult faire, sans arcenit, rayat, orpiment et aultres semblables ».

— « Si ne se dict pas estre docteur en medecine et si l’est ? Répond que ouyt. »

Ce n’étaient là que préliminaires. Pour que le lieutenant se dérangeât en personne, il avait mieux à demander. Le nouveau résidait dans cette correspondance retrouvée sous la paille du cachot :

— « Si n’az pas esté saysit des lectres de Saint Ambroix, concernant aulcungs jargons » ? Assurément, « mès que n’y entend riens. Ledict qui dira ce que en sçay, le luy monstrera ». /84/

— Voire ! le capitaine Saint-Ambroys « est fuyt ». N’a-t-il pas eu « intelligence de faire faulce monoye ? Respond que ne sçay si s’en est fuyt ou nom, et n’az point de intelligence avec luy de faulce monoye ».

La nouvelle que ce complice avait vidé les lieux était de nature à bouleverser Battonat. Il s’efforça de n’en rien laisser paraître, et le lieutenant n’insista pas 1; il lui parla encore d’un certain « costeau » trouvé dans sa prison. Le couteau n’avait pas d’importance : il « est vray que ilz l’avoit caché en sa robbe, et la servente le luy ballaz pource qui n’avoyent riens qui puissent copper leurs pain et leurs chair ».

Dès lors on ne laissera plus à l’inculpé de répit, les officiers de justice se relayant les uns les autres. L’auditeur Philibert Berthelier 2 prit son poste, le 16 décembre, donnant une dernière chance au prisonnier de parler sans contrainte. Celui-ci ne sut qu’évoquer les privileges judiciaires attachés à la fonction de medecin du roi 3. L’heure des grands moyens avait sonné. Le lieutenant ordonna donc que Battonat fût interrogé

« jusques à ce que la vérité sorte de sa bouche » et, « suyvant l’arrest de nous seigneurs et supperieurs, que soit mis et actaché à la corde, et eslever à l’aulteur de luy » (c’est-à-dire à hauteur d’homme). /85/

« Après estant eslever, envyron de troys pied d’aulteur, a requis de le detacher, ce qu’a esté faictz. Et estant remis et venus au lieu acoustumé, lequel a esté interrogué. Lequel a respondu ne sçavoir dire aultres que ce qui az confessé et respondu sça devant. »

Le lieutenant Tissot, on devait s’y attendre, ne se déclara nullement satisfait. Que Battonat soit donc « comminé plus oultres jusques aye confessé la vérité. Et led. inquis a requis avoir pitié de luy ».

La Justice ne fut pas cruelle : le coup de poulie était prémonitoire : il suffisait à l’inculpé de tout dire 1. C’était précisément ce qu’il n’osait. Noble François Chabod, « instant pour le sgr lieutenant », n’obtint, le 20 décembre, qu’un aveu partiel :

— « Si n’est pas vray que le capitaine Sainct Ambroyse ne luy az pas escriptz qui luy donneroit lieu propre, soit en lieu de la ville ou dehors ? et qui declayre à quoy cella tendoit. Respond que c’est vray que led. capitaine luy avoit escrit cella, pource que avoit entendu que led. inquis sçavoit faire la transmutation des metaux, et qui luy savoit lieu à cella propre. Et aussi que ilz ne estoit pour faire la faulce monoye 2. »

Le lieutenant et le procureur général, acceptant ces nouvelles confessions, prièrent alors Messeigneurs de convoquer, sous la foi du serment, « les medicin et /86/ aultres gens aspertz », et d’assister eux-mêmes à la reprise du lendemain. Elle fut dirigée par noble Berthelier. L’examen médical que firent passer MM. Beljaquet, Chappuis et Sarasin, ne fut guère favorable au patient 1.

Les autres « gens aspertz » étaient les techniciens, Jean Duvet à leur tête. On produisit les pièces à conviction servant à bâtir le

« mollin perpétuel », et « aussi led. modelle pour faire les comparoissons et veriffications de son dire, en la presence des maistres minusier serreurier et dorier. Lequel, cella non obstant, n’az sceu faire servir lesd. pièces, disant qu’ilz n’y entendent riens.

Surquoy luy az esté confronté devantz à savoir les maistres Jehan Droz dorier, Robert Enfray dorier, Jehan Malliard dorier, Berthollomier Garnier serreurier, Jehan Garnier serreurier, Jehan Beauvoyer serreurier, Andrier Furby, Briefz Clavel minusier 2, tant citoyen que habitant de Genève, lesquieulx luy hont maintenuz devant que lesdictes pièces ne sont propre pour faire ce que az dictz et ny servantes es choses par luy respondue. Et de cella l’ont convaincu et n’a sceu contredire ny admener choses aultres pour les detourner de leursd. deposition, ains hont tousjours perseverer à leur dire. »

Après s’être momentanément raffermi, le terrain s’éboulait de nouveau. Le 22 décembre, devant MM. du Conseil, François Chabod, instant, adjura /87/ Battonat de dire toute la vérité sous peine de l’estrapade. Avec une étonnante pertinacité, il assura l’avoir dite, « requerant avoir pitié de luy ».

Selon l’arrêt « aujourdehuyt faict en conseilz, que luy soit inquis sur sa personne et mis à la jeinne [la gêne, la torture] jusques à ce que la vérité soit sortie de sa bouche », noble Chabod donna l’ordre qu’il « soit eslever et laché à la forme acoustumée en bas, ainsi que l’on faict des aultres ses semblables ».

Ayant reçu un « traict de corde », l’incriminé raconta « spontanement » que les pièces exécutées sur sa commande sont bien destinées à « ung mollin » dont il entendait faire présent au comte de Gruyère; au reste

« que ilz sçay bien faire la monnoye », qu’il a le « sçavoir de gaigner sur cent escus cinq escus, et d’ent faire de bonnes, là hout ilz y az de grand profitz. Aussi qui l’a veu faire tant à Paris, Rouan et ailleurs, mès qui ne le veult monstrer ny dire plus oultre à personne, sinon à ung ou deux des sgrs Scindicques et non à aultres 1 »

Puisque Battonat désirait les syndics, il les eut. Il en vint deux, le 23 décembre, « en l’evesché » accompagnés de plusieurs conseillers. La séance allait être, cette fois, décisive. Il n’eut pas besoin d’être « rassigné » à la corde pour affirmer d’emblée à l’auditeur Berthelier 2 « qu’il dira la verité ». Il avait, en effet, « entendu la façon d’ung molin faict à Paris pour battre monoye ». « Tousjours desirant de choses novelles », il en avait « devisé avecq le capitainne Sainct /88/ Ambroise » qui connaissait l’invention. Il se serait alors décidé de construire « ung semblable molin pour le porter au comte de Gruyre pour avancer sa monoye, et non poinct à aultre fin ». En échange, le capitaine l’ayant entendu parler de la transmutation des métaux et du moyen qu’il avait de « faire proffit de cinq et six escus pour cent tous les jours », l’avait prié de lui enseigner sa méthode, « ce que volentiers il vouloit faire ». Il s’ensuit que les pièces d’acier, forgées « en ceste ville », servaient à une « filaire pour faire d’argent pour monoyer et volois porter led. molin au comte de Gruère pour faire la monoye de la marque dudict comte de Gruyre ».

La vérité venait, mais goutte à goutte; le Seigneur lieutenant la voulait plus rapide. « Jouxte les precedentes ordonnances », il commanda que Battonat fût à nouveau « torquié » et « attaché à la corde ». Toute résistance était enfin brisée.

Ramené à terre sur sa prière et conduit « au lieu accostumé », a

« spontanément confessé que les pièces qu’il a faict faire en ceste cité, c’est pour faire monoye, et des nobles à la rose, pourcequ’il i a gain, et les faire bons et de bon alloy. Il a sèze francz de certain sus cent escus. »

Les pièces de fer suspectes avaient été commandées par lui-même et par Saint-Ambroys, et il s’en servait « lorsqu’il fust pris dedans le feu en sa chambre ». Elles étaient « propres à graver pour faire les dictz nobles », lesquels « il voulloit faire graver à son frère Innocent de Laye dict Battonat ». En réalité, les deux fers carrés étaient « pour applatir fort » et les deux /89/ autres pièces « pour tirer à la filèr, pource que les pièces se coppent à la forte pièce et demourent tortes »; il faut donc les redresser. Le capitaine devait fournir les fonds et prétendait posséder mille écus.

L’intention de frappe étant enfin déclarée, on lui demanda où il voulait battre monnoie. « Respond qu’il n’avait encore poinct de lieu propre ». « La pièce d’acier ronde et carrée » était destinée à « faire une vis à mettre dedans l’écrouc »; le tout se plaçait « dans une grosse pièce de bois » et, à la vis, devait s’adapter « une barre pour tirer et presser » les nobles à la rose. Comme l’opérateur manquait encore du matériel nécessaire, il n’avait rien entrepris.

L’auditeur Berthelier s’étonna que Battonat ne se soit pas contenté du logis trouvé à Genève et que le capitaine se soit mis en quête d’un autre lieu, comme cela était avéré. Le sieur George expliqua qu’il « n’y avoit point de comodité, avecq ce qu’il ne voloit pas que ledict Sainct Ambroise en susse rien, à cause qu’il estoit costumier de dire tout à sa femme 1. » A l’aide des pièces à conviction, la séance se termina par une démonstration « comment cela se debvoit adapter pour faire lesdictz nobles et aultres pièces d’ort qui se debvoit presser par lade vis comme une presse d’imprimerie ». La lanterne était éclairée; Messieurs ne pouvaient s’en plaindre.

Ils laissèrent passer Noël et, sur vingt-cinq questions préparées par le parquet, l’interrogatoire reprit le lundi 26 décembre. Il en ressortit que /90/ Saint-Ambroys aurait appris à Battonat la fabrication en lui offrant « la moytié du proffit », s’il consentait à « besoigner avec luy »; et l’on fit une revue des chefs d’accusation auxquels, jusqu’ici, le prisonnier opposait le mutisme 1. Il dénia encore tous les mariages ou compagnies de filles qu’on lui imputait, et n’admit d’autre emprisonnement que celui de Vienne, devenu patent aux yeux des juges. Oui, il a tenu prison « pour debte » (il ne voulait pas ratifier la vente d’une maison faite par sa mère), et il fut remis « ung seoir à la minuict au commissaire des gallaires pour le y mener ». A la sollicitation de sa mère et d’autres, il aurait été délivré à Valence « par arrest de la court », envoyé à Grenoble où il a comparu et obtenu un arrêt condamnant son juge aux dépens ! Nouvelle fable, sans doute, qu’on ne chercha point à approfondir. Quant à la tentative d’évasion de la prison de l’Evêché, « en rompant les parois », Battonat se refusait à l’admettre : il n’avait jamais vu les « ferremens qu’es mains de monsgr le Scindicques qui les luy présenta ». On n’insista pas :

« S’il sçait pas bien que c’est crime capital de faire monoye quelle que ce soit, sans avoir permission que des princes du lieu et de ceulx au nom desquelz la monoye est marquée... supposé que ce fut de bon alloy ? Respond qu’il n’en a point entenduz, si non que c’est mal faict de faire faulse monoye. » /91/

Bien qu’un peu tardive, l’arrivée d’un nouveau témoin permit, le 27, de revenir sur le passé de l’alchimiste. « Le baron Jehan de Laquilie » était un homme « jeusne », de « petite stature », portant « peu de barbe » et neveu de M. de Mollan qui vivait à Bourg en Bresse. L’inculpé aurait eu sur ce dernier une influence néfaste et avait avoué, quand il y résidait, être « marié à Bourdeaulx »; il était en mesure d’affirmer qu’il l’a été également à Lyon et qu’il a soustrait quarante écus à une femme de Bourg, la Patelonne. Battonat dénonça le baron (il ne le connaissait pas « pour ce nom là ») comme étant « son ennemi mortel », ce qui provoqua les vives protestations de M. de « Laquilie » 1.

Pour la Justice, la confrontation n’avait plus qu’une importance secondaire (nous y prendrons tout à l’heure un autre intérêt). Elle cherchait à préciser les conditions exactes du consortium 2.

Péniblement, à force de patience, elle apprit le 30 décembre ce qui suit : Battonat s’était déclaré le premier à Saint-Ambroys, lequel avait été alléché parce que l’alchimiste « savoit l’augmentation de /92/ l’or ». La frappe devait se faire d’abord « en ceste ville », dans « la maison de Sainct Ambroiex, eulx deux seulz ». Puis, on chercha en ville un autre logis; au cas où l’on n’en aurait point trouvé, on serait allé « au villaige en la partie de Dovenne et [ès, dans] la maison de Foural » 1. Le but était de battre des nobles à la rose, à quoi le juge fit observer que « les coings ou trosseau » semblaient trop petits pour cela.

Il continua. Battonat sait-il pas qu’il est défendu de battre monnaie

« ny bonne ni faulce, sans congé des princeps ? Respond qui ne sçay pas si est defendu sinon que soit cestella [celle même] de son prince.

— Interrogué si a pouvoir de faire monoye du conte de Gruyère au [ou] non ? Respond que ne luy az point donné de congé de faire point de monoye. »

Autrement dit, il ne tenait du prince aucun mandat, mais n’en avait reçu aucune interdiction non plus.

— « A quelle fygure ou armoyre » (armoirie) voulait-il frapper ses pièces ? Il ne voulait battre que des nobles à la rose.

— D’où vient sa science de faire de 73 nobles et de 33 ducats, une valeur de 105 écus, comme il l’a confessé ? Il ne l’a expérimenté nulle part, mais établi « à l’escriptz et au carculle » 2. /93/

On approchait de la fin, non sans de nouveaux efforts 1. Noble Philibert Berthelier 2 s’en aperçut le 2 janvier. Il commença doucement : Battonat voulait-il frapper d’autres monnaies que les nobles ? Non. Les drogues pourtant, selon lui, « sont propres à faire l’augmentation d’or ». Et n’a-t-il pas « faict des chaynes faulces en colleur d’or ? » N’en a-t-il pas vendu ? Non.

— A-t-il « licence d’aulcungs princeps pour faire aulcune monoye ? Respond qui n’en avoit point » 3.

A en croire Battonat, il se réservait les alliages des nobles à la rose, opération que son complice devait lui payer deux cents écus 4. Une question le prit au piège :

— Comment sait-il « faire de l’or avec du vifz argent » et comment peut-il l’« exprouver au martheau et à la coppelle 5, au feu et à tous essay, comme ilz dictz ? /94/ Respond que ils veult maintenir par sa vie, en deux jours, de cella faire, ainsi qui az dictz. Et qui n’y mectra poiut d’or, d’argent, cuyvre, métal 1, plonbz, estaint ou aultres mestal. »

C’était l’amener à reconnaître que les pièces projetées ne pouvaient être de bon aloi. Aussi vient-il se perdre en explications sur les raisons qu’il a de congeler le vif-argent 2, mais il prend ses juges pour des benêts en alléguant que tous les outils et drogues appartenaient au capitaine ! Il y gagna de goûter une ultime fois « la jeine et torment de la corde ». Il dira désormais la « pure vérité » !

Outre les nobles à la rose, les faussaires, en effet, se proposaient de frapper

« dé taller de troys testons, pour ce qui a plus à gaigné » qu’avec les testons, et Battonat avait découvert, pour leur donner apparence, « certain blanchementz que jamais home ne sceu ». Chaque pièce devait valoir dix deniers et il entendait « mectre les dix pars d’argent, disant qui az ung onguentz pour ce faire »; toute cette science, il la tenait de « son frère Ingnocent » qui devait « graver et formé les coing et armoyrie ».

— S’il ne sait pas « que la matière n’estoit pas bonne /95/ ny de bon alloy ? Respond que ouyt et que c’est mal faict de le faire sans la volunté des princeps 1 ».

On voulut savoir pourquoi Saint-Ambroys chargeait un autre de commander l’outillage. Parce que Battonat « n’estoit pas tant cogneu et qui ne demouroit point icy ». Au reste, il n’était pas resté une heure dans la maison du gagier lorsqu’il fut arrêté. Les pièces à façonner les coins étaient au feu, et « quant ilz fust prins, son frère estoit aller à ses affaires et ne sçay qui devint ».

Ce qu’il devint, nous le soupçonnons sans effort. Avisés de la catastrophe (par le domestique Reymond peut-être qui approvisionnait son maître du bois nécessaire à ses opérations 2), Innocent et le capitaine avaient quitté la ville plus vite qu’ils n’y étaient entrés.

Bien mieux, se sentant fortement travaillé dans sa conscience, M. de Saint-Ambroys avait pris des précautions définitives. Le 11 septembre, retiré à Chaumont en Genevois, il remettait sa procuration à Maurice de Plauzolles, afin de vendre sa maison de la rue du Boule. Les déboires du cousin avaient eu naturellement leur répercussion sur l’affaire. Mais un des premiers soins de Maurice, quand il eut recouvré sa liberté (au début de novembre), fut de conclure la vente. Bertrand de Saint-Ambroys pouvait à /96/ Chaumont couler des jours tranquilles 1. En sorte que le secrétaire du Conseil qui, le 7 septembre 1551, avait porté l’écuyer — car il se disait tel — au Livre des habitants, annulait les droits qui lui avaient été conférés, et notait en marge : « habitant, il ne l’est plus; c’était un faussaire et il s’est enfui 2 ».

 


/97/

 

IV

LA ROUE DE LA FORTUNE

Attendant « une rue perpétuelle qui torne tojours ».
(Battonat.)

L’audience du 3 janvier 1553 termina le procès. Le vicomte certifia qu’il n’était venu à Genève que « pour faire des nobles et taller et non aultre » 1 On lui fit comprendre que le moment approchait de payer ses fautes. Ayant imploré miséricorde et pitié, il fut « remis à la formation de son proceps et aussi à ouyr l’ordonnance de Messeigneurs ».

Afin d’éviter toute iniquité, le Petit Conseil décida, le jeudi 5 janvier, de communiquer « le process à deux advocatz, à sçavoir les sgrs Blescheret et Colladon », pour « que l’on face vuydange » 2. /98/

« Spectable messire Jean-Louis Blecheret, de Lausanne, docteur en l’un et l’autre droit » avait été reçu gratuitement à la bourgeoisie de Genève au temps de son avant-dernier évêque, le 29 décembre 1517. Juriste attaché à la cour épiscopale, il avait été en butte dès 1528, avec la famille Vandel, aux attaques du duc de Savoie; son attachement au parti eiguenot lui avait fait vaincre toutes les tourmentes; lorsque se décréta la Réforme, il s’y plia et resta comme devant l’avocat de la couronne. La consultation qu’on vint ici lui demander paraît bien avoir été l’une des dernières, et peut-être l’ultime de sa longue existence 1.

Quoiqu’il eût donné le jour à quatre notaires, on ne saurait hésiter sur la personne. Son nom désigne le plus éminent des jurisconsultes du terroir. Même, il précède celui de Germain Colladon, contemporain de Calvin et vraisemblablement son condisciple, lequel arrivait de Bourges afin de se placer sous sa doctrine. Docteur en droit, Colladon fut l’un des rédacteurs des Edits qui formèrent la belle et rigide constitution de la Seigneurie. Choisi par le réformateur pour avocat de l’accusation dans le procès Servet, il sera avec Théodore de Bèze l’une des colonnes de la Genève calviniste quand disparaîtra le maître et l’ami 2. /99/ Blecheret était la gloire juridique de l’ancien régime, Colladon celle du nouveau.

On ne saurait contester que celle-ci éclipsait celle-là 1.

Et, signé de sa main, l’avis de Colladon 2 était des plus sévères. « Convaincu du crime de faulse monnoye », Battonat méritait, selon lui, la peine de mort, même s’il s’était proposé — ce qui n’était pas — de frapper une monnaie de bon aloi puisque, empiétant « sur la puyssance et majesté des princes », il concourait au dommage et à la « destruction dé pouvres gens ». — « Au reste, combien que les nobles et tallers qu’il vouloit faire ne soyent monnoye de ceste cité, toutefoys, veu qu’elles y ont courtz et sont de mise, il est autant à punir » que s’il avait entrepris une frappe aux armes de la cité. Ses « menteries et variations », sa « notoire diffamation » constituent des charges aggravantes, car « il n’y a espoir de emendation de vie ». S’il était « remis en sa liberté », le public ne pouvait attendre que « dangereuse conséquence ». A ces causes, l’avocat opinait pour la peine du feu.

La Seigneurie cependant l’estima plus royaliste /100/ que le roi et, dans la conviction que M. Blecheret se montrerait moins roide, décida, le 10 janvier, de lui demander, sur la nature du châtiment, un préavis écrit 1.

Enfin, le 12 janvier, ayant comparé les conclusions et bien pesé le procès de « George Bastonat », le Conseil arrêta 2,

« attendu sa maulvaise fame [réputation], ses forfaicts confessés et qu’il a faict sa diligence à preparé les utilz à faire faulse monoye et le portement des poysons et drogues, que ledt Batonat doige estre fuetté par la ville; de là, marqué de la marque de la ville au front et bannys perpétuellement à demain, à poyne de la vie ».

Aux portes de l’hôtel de ville, l’estrade étant dressée, les tapis tendus, le Magnifique Conseil s’avança 3, /101/ le vendredi 13 janvier 1553, dans tout l’apparat de l’autorité suprême, tandis que le criminel, conduit par le guet, attendait son châtiment. Le Seigneur syndic Vandel prononça la sentence 1 :

sentence contre Battonat Cliquez 2X sur l'image pour une vue agrandie


« Et Nous Sindiques, juges des causes criminelles de ceste cité, ayans veu le procès faict et formé par devant nous, à l’instance et poursuyte de nostre Lieutenant esdictes causes, instant contre toy George Battonat dict de Laye, de Vienne en Daulphiné, te disant vicomte de Bourges. Par lequel et tes voluntaires confessions en noz mains faites, et par plusieurs foys réiterées, nous apart [apert] : Toy George Battonat estre venuz en ceste cité avec aulcungs tez complices, aux fins de, tant en icelle que dehors, auprès d’ycelle besoigner en la transmutation des metaux et fabriquer faulse monoye, et icelle tant icy que ailleurs employer et faire employer; et desja avoir commencé et t’estre par plusieurs jours exercé au fabriquement des utilz propres à faire ladicte faulse monoye, perseverant à ladicte entreprinse jusques à l’heure de la capture de ta personne, cas de crime digne de griève punition corporelle.

Nous toutesfoys, veuillans plustost contre toy proceder gratieusement que rigoureusement, seans pour tribunal au lieu de noz majeurs, selon noz anciennes coustumes, ayans heu bonne participation de conseil avec noz citoiens; par cez causes et aultres justes, à ce nous mouvantes, ayans invoqué le nom de Dieu et ayans sez saintes escriptures devant noz yeulx, disans : au nom du père, du filz et du saint esprit, amen, par iceste nostre diffinitive sentence, laquelle donnons icy par escript :

Toy George Battonat condamnons à debvoir estre lié, mené, fuetté et battu de verges par les carraphes de ceste cité, au tour d’ycelle, jusques à l’effusion de ton sang. Et, /102/ delà, debvoir avoir mises et imprimées à tout [avec] un fer chault les armoyries de nostre dicte cité en ton front, patentes et manifestes à ung chacun, pour de tous estre cogneu. Et si, te bannissons perpetuellement de nostre dicte cité et terres d’ycelle, à debvoir icelles vuyder dans vingt et quatre heures, sans jamais y revenir, sus poynne de la vie. Et ce, pour donner exemple aux aultres qui tel cas vouldroient commectre.

Et à vous, nostre Lieutenant, commandons nostre presente sentence faites mettre en execution. »

 

Le piteux cortège se forma aussitôt, « la tromppette, devant la Justice, sonnant en chescung carraphe » où l’on avait « accoustumé de battre et fuetter les condampnez », c’est-à-dire sur toutes les places de la ville 1. Et Battonat, sanglant, à jamais défiguré, portant au front l’aigle et la clef de Genève, fut jeté hors des terres de Messeigneurs.

En regard des rigueurs de la justice contemporaine, le malheureux l’échappait belle. A Genève même, en 1551, après un procès qui avait duré du 1er janvier au 1er avril, Gaspard Barde ou Bardez, d’Annonay, convaincu de fabriquer et d’émettre de fausse monnaie, fut décapité à Champel, lieu du dernier supplice où devait brûler Servet. Par un raffinement d’horreur — tout jugement devant alors servir d’exemple, notion remise en vigueur dans l’état de guerre — la tête fut /103/ fixée sur un pilier, en deçà du Pont d’Arve, ornée d’un chapelet formé des pièces émises par le criminel 1.

Fort heureusement pour Battonat, le monnayage n’était pas commencé, mais il n’avait pas tenu à ses intentions qu’il ne le fût. Et si dure que nous puisse sembler sa peine, on admettra qu’il avait été traité avec indulgence. On ne retint ni ses mensonges, ni ses invocations sataniques, ni ses médailles fausses; on ne revint pas sur les crimes, réels ou supposés, qui lui avaient valu d’autres poursuites; on le punit seulement pour avoir entrepris de battre monnaie.

Les juges conservaient-ils envers l’ingénieur quelque admiration secrète que partageaient les experts ? Il se pourrait. Quant à estimer l’appareil qui les rendait perplexes, il serait présomptueux d’y songer. Nous avons toutefois sur eux l’avantage d’affirmer posément que le moulin perpétuel n’était pas une supercherie.

Battonat avait vu expérimenter en divers lieux, tels que Paris, Rouen (il en était venu à l’avouer), certaines méthodes extraordinaires qui n’avaient point encore passé dans l’industrie et qu’il se refusait à divulguer. Il était même allé plus loin en déclarant qu’il avait « entendu la façon d’ung molin faict à Paris pour battre monoye » et qu’il se proposait d’en bâtir un semblable en faveur du comte de Gruyère, aux fins d’ « avancer sa monoye ».

Il est notoire, en effet, que la Renaissance éclairait de son génie le domaine de la mécanique, comme il éclairait tous les recoins de l’esprit. François Ier avait confié à l’Italien Matteo dal Nassaro la /104/ construction d’un moulin monétaire ou laminoir, destiné à donner aux lames l’épaisseur uniforme que devaient avoir les pièces frappées. Ce n’était encore qu’une tentative.

A Nuremberg, à Augsbourg, la technique se perfectionnait, tellement que Henri II décida d’envoyer en Allemagne deux de ses meilleurs praticiens. Il résulta de ce voyage l’installation d’un nouveau moulin, pour laquelle des lettres patentes furent décernées le 27 mars 1550, et d’un atelier que les édits royaux de 1554 rendirent officiel. Ce fut la « Monnaie au moulin du Louvre ». Le coupoir, le balancier, le banc à tirer le fil entrèrent en activité. Jusqu’au XVIIe siècle néanmoins, les machines et ceux qui s’en servirent ne parvinrent pas à vaincre les anciens procédés.

Battonat avait donc eu vent d’une innovation que la France s’essayait seulement à exploiter. Se flattait-il d’y mieux réussir que le mécanicien Aubin Olivier, premier directeur de la Monnaie du Louvre 1 ? C’est ce que lui seul eût pu nous dire.

D’ailleurs, le délit n’était pas dans la fabrication des engins mais dans ce que l’on devait en faire. Et c’est pourquoi il ne sera point tout à fait oiseux de disputer sur l’aspect de monnaies que l’on ne vit jamais, puisqu’elles restèrent à l’état de projet. Il est plusieurs degrés dans la culpabilité; et il s’agit d’apprendre si la fraude ne cachait point d’autres desseins. /105/

Les nobles à la rose étaient des pièces d’or équivalant à environ 25 de nos francs, dotés d’une puissance très supérieure. A une époque où les monnaies ne se raréfiaient guère que par l’usure, toutes les émissions, bien que d’origine anglaise, avaient cours en France 1. Il y circulait encore les nobles de Flandres, communément appelés les nobles de Bourgogne qui se rapprochaient fort du prototype anglais. Le champ de la contrefaçon était donc vaste 2.

Si l’on s’en tient aux termes des mots, il devait pourtant se circonscrire à la période contemporaine. Jusqu’alors l’effigie avait représenté au droit, et invariablement, le navire royal que montait le souverain armé de l’épée et de l’écu. A l’image du souverain se substituèrent ensuite les armes de France et d’Angleterre, accompagnées d’autres emblèmes. Henri VIII les remplaça enfin par la rose de Lancastre, le navire lui servant de soutien. Le revers continuait de porter la rosace traditionnelle dont le feston stylisé rappelait d’assez loin la fleur dont elle dérive 3.

Battonat prétendait que le « molin », destiné « au /106/ conte de Gruyre », permettait l’élaboration de monnaies à sa marque; Innocent de Laye devait les graver. L’avis était-il entièrement véridique ? En dépit de leur méfiance légitime, les examinateurs ne semblent pas en avoir douté. Toutefois, à ce moment des interrogatoires, l’espèce n’avait pas encore été déterminée. Battonat ne parlera des nobles qu’après un vigoureux tour de poulie qui le rendra enfin loquace et précis. Il veut frapper ces pièces parce qu’il y a « gain », et quand on lui demande quelle « fygure » ou armoirie il comptait graver, il répond des nobles à la rose; nul besoin de détails complémentaires; le type de Henri VIII est de tous le plus facile à imiter 1.

Comme le délinquant omet de prétendre qu’il les destinait au comte, il devient malaisé d’alléguer cette excuse à sa place. De plus, on imagine assez peu M. de Gruyère arborant une monnaie d’or, si modifiée qu’elle fût, dont la constante est un bateau royal; l’analogie n’eût plus été que dans le poids et dans l’aloi; encore eût-il mieux valu choisir le gulden, le comte ayant commencé sa série par le demi-batz 2. /107/

On ne peut montrer autant de scepticisme à propos des thalers de trois testons dont les coins, taillés par Innocent de Laye, devaient porter des armoiries; l’inculpé qui avait reconnu déjà que le comte ne lui avait donné aucun congé de monnayage, dut ajouter que nul n’est en droit de frapper « sans la volunté des princeps ». Serait-ce déclarer implicitement que ces thalers auraient produit sur le flan l’écusson de Gruyère ?

Le noble à la rose, plus ou moins semblable à celui de Henri VIII, ne touchait la Seigneurie et son voisinage qu’à demi; l’Angleterre était bien loin. Mais les thalers ? Les cantons suisses en frappaient à qui mieux mieux; à les contrefaire le prisonnier eût risqué sa vie, et il l’eût certainement perdue si la monnaie genevoise avait été en cause. Battonat le savait bien. De fait, il n’en pouvait être question, la Seigneurie, non plus que le roi de France, n’ayant encore battu des thalers 1. A moins de chercher des modèles lointains, en Allemagne ou en Italie 2, les monnayeurs diminuaient le danger par une frappe d’essai, entièrement nouvelle, tout illégale qu’elle fût. En cas de réussite, les spécimens d’argent eussent été présentés à M. de Gruyère lequel n’aurait pas fait difficulté de les accepter, à la condition de partager les bénéfices. Telles pouvaient être les espérances de Battonat qui connaissait l’homme. /108/

Que MM. de Genève ne l’aient pas contraint à les extérioriser davantage se conçoit de reste. Droz-Duvet, tailleur de la Monnaie, avait travaillé pour le prince; mieux valait ne pas approfondir un sujet scabreux. La frappe des thalers paraissait à Battonat plus grave que celle des nobles, car il ne l’avoua qu’en dernier lieu; elle devait être aussi la plus rémunératrice. Le 2 janvier, il « confesse que led. Sainct Ambroye luy dictz : Sçaurions-nous trouver moyen pour gaigné quelque argent ? ce qui lui respondit que ouyr [oui], et qui luy dict qui voulloyent faire quattres à cinq cens escus de taller pour puis après faire des nobles et besoigner en la transmutacions des mestaux et augmentacions d’or. » La mansuétude relative de la Seigneurie laisse entrevoir toutefois que la véhémence du comte Michel n’avait pas écarté de l’esprit tous les soupçons.

Les coups de tête, les aventures, les déboires de ce haut et puissant seigneur étaient bien connus des Genevois qui ne se faisaient point d’illusion sur sa fortune. Le temps avait pardonné bien des choses. Après avoir été fort mauvais, les rapports s’étaient améliorés au point qu’en 1550 Michel avertissait la Ville de se tenir sur ses gardes envers des mouvements suspects.

On connaissait, au reste, sa versatilité; et sur les intérêts, le comte était fort susceptible. Les mois de mai et de juin 1551 s’étaient écoulés en récriminations aigres-douces, en raison de procès où ses sujets du Pays de Vaud étaient en cause 1, si bien qu’en automne, il avait réservé, en son château de Divonne, /109/ le plus désagréable accueil à noble Pierre Vandel. « Le sgr de Gruyre — rapportait ce dernier — luy a dict qu’il ne veult que personne de Genève vienne chez luy », car on lui faisait tort 1.

Cela ne l’avait nullement empêché de s’adresser à la Ville pour obtenir Duvet, ni de prendre pour médecin une des sommités de l’endroit. Le 5 octobre 1552, il signait une lettre autographe aux Syndics : « Vostre entierement bon et amys et voysin az vous faire servisse » 2. De ses sautes d’humeur, on ne s’émouvait guère, et l’on ne dut point s’étonner à lire les lettres que tenait de lui Battonat. Entre tous les moyens produits, elles étaient pièces de choix, et Messieurs, sans le déclarer tout haut, estimèrent que le comte Michel s’était mêlé de bien près aux essais du vicomte.

On a maintes fois répété — et cela surtout depuis la dynastie des Galiffe — que Me Jean Calvin se montra un théocrate impitoyable. Il est à l’égard du réformateur assez de matière à dispute pour ne pas tomber dans la partialité chaque fois qu’il se trouve en jeu. Son omnipotence, ne l’oublions point, débute à l’été 1555. Dès lors la justice se fit non seulement plus rapide, mais souvent plus légère.

Tandis que, le 15 février encore, le faussaire Antoine Thomas est décapité, comme Bardez, mais sans fioritures, la Seigneurie expédie, du 29 juin au 7 juillet 1556, le cas d’un ex-cordelier français, Jean Bonnevie 3. Ainsi que Battonat, il avait fait exécuter en ville des moules qui paraissaient propres aux alliages; comme /110/ le vicomte, il était porteur de lingots et de drogues qu’il prétendait servir à ses opérations alchimiques; mais, mieux inspiré ou moins rénitent, il en était venu aux aveux. Ayant vu fabriquer de la fausse monnaie à Orange, il s’était mis en tête de suivre l’exemple. Il avait eu la chance d’être arrêté sans avoir réalisé ses intentions et fut simplement banni à perpétuité sous peine du fouet.

L’idée dangereuse de s’installer à Genève provenait à l’évidence de la situation géographique d’une cité où l’on trouvait d’emblée l’accueil si l’on se disait défroqué. La police n’y était donc pas une sinécure, et les malfaiteurs trouvaient à qui parler.

Laissons George de Laye achever comme il le pourra son existence de misère, mais avant de jeter un regard sur les grands qu’il avait fréquentés et sur le charlatanisme illuminé, semi-sincère, semi-frauduleux, dont il avait vécu, constatons que ses justes juges allaient aussi goûter des affres de la Justice.

Le syndic Vandel qui prononça la sentence et qui avait été procureur général, le lieutenant Pierre Tissot qui eut la lourde charge d’instruire l’affaire Michel Servet, les auditeurs François Chabod, Philibert Berthelier furent tous impliqués en 1555, sous l’influence passionnée de Calvin, dans une proscription dont Genève avait donné nombre d’exemples.

Au sortir d’un banquet politique, Pierre Vandel et Perrin, son ami, avaient hué les Français, c’est-à-dire les émigrés trop vite pourvus des droits de bourgeoisie et qui rompaient, au profit du parti calviniste, l’équilibre des influences. Une échauffourée avait suivi; les /111/ syndics Aubert et Bonna avaient été molestés dans l’exercice de leurs fonctions. Bien que Vandel lui-même se fût employé à pacifier les esprits, de sorte que le sang ne fut pas versé, l’adversaire se saisit de l’occasion pour intenter un procès qui n’avait nulle commune mesure avec la gravité des faits 1.

Les perrinistes furent accusés, ni plus ni moins, d’avoir voulu fomenter de nouvelles Vêpres siciliennes. Vandel réussit à sauver sa tête en se retirant sur sa seigneurie de Saconnex, alors terre bernoise; par sentence du mois d’août 1555, il se voyait condamné à mort par contumace 2.

Le syndic Hudriod du Molard, qui en 1555 occupait le poste éminent de lieutenant (il revenait généralement à un des anciens syndics), ne fut pas poursuivi, malgré ses courageuses interventions, mais on lui enleva la garde de la bannière genevoise en 1556; sur cet affront, il renonça à la bourgeoisie et préféra l’exil 3.

Le lieutenant Pierre Tissot, élu trois fois syndic, avait le tort, aux yeux des vainqueurs, d’être, comme /112/ Perrin, le gendre de François Favre, leur puissant adversaire. Les rapports qu’il conserva avec sa famille en fuite, l’aide qu’il apporta aux partisans lui valurent un procès criminel d’où il n’échappa qu’après avoir crié merci au Conseil et payé une amende de cinq cents écus d’or (une fortune) ! On comprend qu’il n’ait eu rien de plus pressé que de requérir l’autorisation de quitter la ville. Exclu à perpétuité des conseils, il revint pourtant mourir à Genève (25 février 1565) 1.

François Chabod, membre du Deux-Cents dès 1545, auditeur en 1551 déjà, fut condamné en 1556 à la décapitation et à l’écartèlement « pour avoir dit que Calvin passait aux Français ce qu’il ne pardonnait pas aux Genevois ». Il parvint à s’enfuir 2.

Parmi les conseillers dont les noms défilent au dossier Battonat, nombreux furent touchés : Jean-Baptiste Sept, condamné lui aussi par contumace à la décapitation, Béguin, qui disparut, d’autres encore. Enfin, sans pitié pour la mémoire du champion des libertés de Genève, le parti vainqueur s’acharna sur les fils du martyr Berthelier — le héros supplicié en 1519 par le duc de Savoie. En dépit des services qu’il avait rendus lui-même, Philibert, secrétaire de la Justice dès 1547, puis auditeur, n’évita la mort que par la fuite. Les Bernois, plus généreux que ses /113/ compatriotes, devaient lui accorder la bourgeoisie qui le dédommageait de celle qu’il venait de perdre; mais son frère François-Daniel, condamné avec lui pour crime de lèse-majesté, tomba sous le glaive le 11 septembre 1555 1.

La veille, tentant de conjurer ce sort atroce, la famille éplorée priait le Deux-Cents d’accorder au malheureux un « parlier », c’est-à-dire un avocat. Et qui proposait-elle ? Egrège Jean Voisine. Quels que fussent ses efforts, il n’obtint pas la clémence du Conseil 2. Dans l’éclipse que subit alors le ministère public, supplanté par les jurisconsultes français nouvellement accueillis, Claude Rigot disparaît tout à fait 3. /114/

Il n’est pas jusqu’au vieux Blecheret qui n’ait reçu des affronts. Françoise, sa fille, veuve d’Hudriod du Molard, s’aperçoit, dans la société enfiévrée de Merlinges où, Fan 1552, se réunissent les Fugitifs 1. C’est tout dire. L’affaire Battonat termine la carrière du vieux juriste.

Qu’il sera vite éclipsé ! Le procès de Servet, on ne l’a pas assez remarqué, ne fut pas seulement un événement de portée universelle; il fut l’étincelle qui mit le feu aux poudres genevoises. Le hasard voulut que Philibert Berthelier eût, pour lors, à exercer les fonctions de lieutenant criminel, mais le cœur y est si peu que, sans Germain Colladon, le fameux trinitaire eût recouvré sa liberté et Calvin perdu son prestige 2. Rien ne fut oublié; les perrinistes, issus des premiers eiguenots, furent touchés à mort au bûcher de Champel.

Il n’était besoin que d’un prétexte : l’échauffourée du 16 mai le fournit. L’on avait sous la main l’homme prêt à mener la charge. Les catilinaires furent prononcées par le seigneur « Johan Lambert », promu par les calvinistes à la fonction suprême de Premier syndic 3.

L’ancien procureur général de 1534 — premier du titre —, le syndic de 1546, le patriote et le réformé dont les prisons de Chillon avaient payé les convictions, n’est pas à vouer aux gémonies non plus qu’à placer sur le pavois. Il n’aimait point les airs /115/ bravaches des perrinistes ni leur indiscipline. Depuis longtemps en conflit avec les Vandel et les Berthelier 1 il s’était vu évincer par eux du poste de procureur général au profit de Rigot et, faisant bonne mine à mauvais jeu, avait accepté d’en devenir le substitut. Il se souvenait. L’occasion était bonne; ses principes s’accordaient à sa rancune...

La roue perpétuelle qui tourne toujours n’était pas seulement le fait de Battonat; il est celui des conditions humaines.

 


 

/116/

V

M. DE LAYE,
GENTILHOMME ET MÉDECIN DES ROIS

« Je n’ai pensé personne qui soit mort en la pensant. »
 (Battonat.)

Les origines de Battonat étaient évidemment modestes. Certes son père était-il procureur du roi et il possédait une terre dont sa famille portait publiquement le nom, et elle aurait joui de droits seigneuriaux. Combien de familles n’eurent à la noblesse d’autres titres que l’achat d’un domaine, pourvu ou dépourvu de privilèges ! Ce nom de Laye d’ailleurs évoquait aussitôt la famille marquante des seigneurs de Meximieux, ce qui prêtait à des confusions flatteuses 1.

Le lieu n’est indiqué que d’après quelques données, transcrites en style phonétique, par un greffier dont la science laissait à désirer. La « maison » était « à Plien, près de Lyon dicte la Laye, et y a juridiction » disait le sieur George. Plien n’existant pas, il faut chercher /117/ autre chose, et tenir compte des renseignements du serviteur Reymond qui situait « la mayson d’icelluy près Vienne ». Il se trouve en effet dans l’Isère un hameau de Laye et un hameau de La Plagne 1, appartenant tous deux à la commune de Septême, laquelle à son tour dépend du canton de Vienne-Nord 2. En sorte que la grange de Battonat aurait été tout près de la ville, et sur le chemin de Lyon.

George, d’autre part, attribuait une grande importance à son titre personnel, acquis par lui, celui de vicomte de Bourges. Aux dires de son défenseur, il en avait reçu l’investiture dans une cérémonie publique. Pour mesurer la prétention, il faudrait être au fait des avatars d’une vicomté jadis fameuse et que son dernier titulaire héréditaire avait au XIIe siècle vendue au roi de France. Pour certain, il n’en avait subsisté que le nom. Désormais les vicomtes — car ils étaient plusieurs — seront ce qu’ils avaient été d’abord, les « juges des paroisses et villages ». Achetant leur charge quand ils ne la tenaient pas en fief, ils n’occuperont, par rapport aux prévôts, aux échevins, qu’un rang fort subalterne 3.

Dans quelles circonstances Battonat fut-il revêtu de cette fonction municipale ? On l’ignore. En revanche, /118/ Germain Colladon, qui était Berrichon, Calvin lui-même, ancien étudiant de Bourges, étaient parfaitement renseignés et nullement éblouis 1.

Plus incertains encore étaient les titres scientifiques de Battonat. Ils étaient même inexistants, car il eût été trop content de les produire ou de les alléguer devant ses juges. On peut être sûr que le bon roi Henri de Navarre, grand-père de Henri IV, n’y avait pas regardé de très près, et avait volontiers concédé à ce barbier des lettres d’état qui le promouvaient au rang de médecin.

Il régnait depuis 1516 sur un royaume réduit de moitié, Ferdinand d’Aragon ayant volé à son père tous les biens qu’il possédait outre les Pyrénées. Fait prisonnier à Pavie avec François Ier, il en avait épousé la sœur, Marguerite, veuve du duc d’Alençon, l’an 1526. Comme il ne mourut qu’en 1555, il était bien vivant au moment du procès, et la reine de Navarre dont parlait fréquemment Battonat ne doit pas être confondue avec Jeanne d’Albret. Il est question ici de sa mère décédée en 1549, la Marguerite des Marguerites que son frère le Roi appelait Mignonne.

C’est d’ailleurs Henri de Navarre et non pas Marguerite qui accrédita le personnage, ainsi qu’en fait foi la lettre d’Etat dont la Seigneurie releva copie : /119/

« Henry par la grâce de Dieu roy de Navarre, duc de Nemours, de Gandie, de Montblanc, de Penefiel 1, comte de Foix, seigneur soverain de Bearn, sire d’Albret, comte d’Armaignac, de Bigorre, viconte de Limoges et de Marsan, Tursan, Gavardan, Nebouzan, de Tartas, d’Aillac 2.

A tous ceulx qui ces presentes lectres verront, sçavoir faisons que pour le bon rapport que faict nous a esté de la personne de nostre cher et aymé maistre George Battonat docteur en medecine et de ses sens et entière suffisence, expérience et bonne dilligence, à icelluy pour ces causes et aultres noz movans, avons retenu et retenons pour nostre conseiller et medecin ordinaire, pour d’icelluy nous servir tant qu’il nous playra, aux gaiges que par l’estat de nostre maison luy seront ordonnez, et aultres droictz, honneurs et prerogatives, preheminences, franchises et libertés accostumées et que noz aultres conseilliers et medecins ordinaires hont accostumés avoir et prendre. /120/

Si, mandons à noz chanselliers, maistres de nostre hostel, conterolleurs et tous aultres à qui appertiendra que led. Battonat duquel nous avons receu serement en tel cas accostumé dudict estat de nostre conseillier et medecin ordinaires, gaiges, droictz, honneurs, prerogatives, preheminences, franchises et libertés, laissent, souffrent et permectent jouyr plainement et paisiblement, sans luy faire ou donner, ne permettre estre faict, miz ou donné aulcung trouble ne empechement; au contraire. Et ces choses consernantes les dict estat, le facent obeyr et entendre par ceulx à qu’il appertiendra, car tel est nostre plaisir. Donné à Lascar le VIme jour de novembre l’an mille cinq cens quarante trois

Henry
Par le Roy de Navarre
Genssanne 1. »

Le roi intelligent qui ne songeait qu’à reconstituer son royaume de la partie ravie par l’Espagnol, avait quarante-six ans quand il accueillit Battonat. Il réussit du moins à conserver sa couronne en des temps périlleux et « s’il n’eust esté adonné aux femmes... il eust esté irrépréhensible. Il aimoit son peuple comme ses propres enfants et leur procuroit tous moyens pour les enrichir et les retirer d’oisiveté et desbauche » 2. Nul souverain ne fut plus populaire, si ce n’est précisément son rejeton qui devait s’appeler Henri IV. La gousse d’ail et la goutte de Jurançon étaient aux yeux du grand-père le seul remède auquel il se fiât vraiment; pour vivre à la béarnaise, il n’en était point de meilleur. /121/

Davantage qu’à la médecine, il s’intéressait à l’industrie et recherchait les teinturiers. Il lui suffisait bien que Battonat lui parût apte aux sciences appliquées et que la reine le lui recommandât. En 1543 précisément, la ville de Nay était détruite par l’incendie. Il la releva, il bâtit Navarrenx. Le médecin et conseiller ordinaire pouvait servir à soigner le pays. Il y crut, et la reine davantage 1.

Les titres étaient faibles assurément. Quand, à l’audience du 19 septembre, on pose au prisonnier cette question :

— « S’il s’entend en medecine ? Respond qu’il se entendt quelque peu et qu’il et [est] conseillier et médecin du roy de Navarre et qu’il en a lettres ! »

Ce qui lui permit, le 15 décembre, comme on insistait pour savoir si, oui ou non, il était « docteur en medecine » de répondre « que ouyt ».

Le ministère public avait mieux à faire qu’à poursuivre son enquête sur de tels détails; l’examen n’en fut repris qu’au moment où George de Laye eut produit son diplôme. Et d’emblée, le jurisconsulte de la Seigneurie avait élevé les plus sérieuses réserves. Non qu’il lui parût suspect, mais le prévenu s’y faisait nommer

« docteur en medecine, combien qu’il aye confessé sçavoir bien peu de la medecine, et s’il en etoit interrogé, l’on congnoistroit son ignorance et l’abbus pernitieux qu’il a peu commettre, soubz couleur de tel estat ». /122/

En conséquence, on décida de faire sur ce point la lumière. Le 16 décembre, l’auditeur Berthelier y invita M. de Laye :

— « S’il veult rien dire daventaige que ce qui az dictz ? Respond que pour plus ample declayrations de ses defences, ilz dictz que est serviteur du Roy, domestique du Roy de Naverre et son medecin et conseiller ordinaire. Et que le Roy François, dernier décédé, ilz avoit faict contractz; que les officiers [qu’il est officier] du Roy de France et en jouyt comme eulx, et aussi que ilz az des juges, tant en causes civilles que criminelles, assavoir les generaux de France et le conseilz, ou prevost de l’hostel, disant que ilz doibt jouyr et que si ne peult estre tiré aultre partz, se demandant estre là remis 1. Et disant que ilz doibt jouyr desd. previlliège, aussi bien comme l’on veult que le Roy laisse jouyr la cité de Genève de ses liberté; disant aussi que les medecin sont previlliégé du Roy, d’aultant que le Roy a mis en leurs mains sa vie dont ilz az retenuz la cause d’iceulx à luy. Aussi que ilz n’az point varié, qui sache, et si cella est advenus, ce az esté pour ce qui estoit mallade. »

A ce moment notre homme le prenait donc d’assez haut. C’est pourquoi le lieutenant et le procureur général demandèrent conjointement au Conseil l’assistance des fameux « gens aspertz »; et Battonat qui n’en savait rien continua, le 21 décembre, sur un ton fort suffisant :

« Interrogué de son estatz, et si est médecin et hout ilz az heubz sa licences ? Lequel a respondu n’estre tenuz que ilz responde icy, d’aultant que le Roy de Naverre l’a arester et institué son medicin ordinaire et que ilz ne doibt estre interrougué pour aultre, d’aultant que l’a retenuz /123/ sondt medicin en sa maison comme est contenuz en ses lectres, qui est souffizant et que ne veult rompre les lectres et previlliège royaulx.

Interrogué si say bien les règles de medicine et quel est son ars, et comment ilz peult savoir la condicion et complexion des hommes ? Respond qui souffiz de ce que az esté aprouvée comme a dict dessus, et n’est tenuz de declayrer la maladie, ny les secret de Messrs les seigneurs qui az servi ny d’ent estre plus oultre interrougué. »

Cette dérobade dans le secret professionnel ne contenta pas son juge; il insista :

« Qui doibge rendre cause de son savoir et comment il est esté admis à tel estaz »... Mais il ne veult « plus oultre respondre ». Il y sera bien contraint néanmoins puisque, dans le couloir, attendaient les maîtres de l’art qui venaient de prêter serment.

« Surquoy sont esté appellé monsgr Loys Berjaquetz, monsgr Françoys Chappuis, monsgr Serragin medicins, lesquieulz hont interrougué de l’ars de medicine, et aultres dependances dud. affaire. Les quieulx hont rapporter qui ne sçay respondre dud. affaire, ains enplie [emploie] les escriptures mal à propostz et en faulx contre tout ordre de l’ars de medicine; et qui se voyt qui soit plustost ung trompeur que estre medicin. Et que si faict besoingz, ilz luy monstreront par les livres de medicines. »

Le candidat, ou plutôt le thérapeute qui n’avait jamais été candidat, s’en était mal tiré sur « les règles de medecine » autant que sur la « condicion et complexion des hommes ». Et il ne lui avait pas « souffiz » d’avoir été jugé capable par les rois pour convaincre MM. Beljaquet, Chappuis et Sarasin dont le greffier estropiait un peu les noms, selon la prononciation très approximative du temps. /124/

Il faut l’avouer, M. de Laye se reprenait à jouer de malheur, car Louis Beljaquet était un dangereux adversaire. « Spectable seigneur Henri Cornélius Agrippa, docteur es arts et medecine », le maître des sciences occultes, ne l’avait-il pas initié à la science d’Hippocrate 1 ? Davantage, l’ancien recteur du gymnase se trouvait être alors le médecin personnel du comte de Gruyère, dont Battonat revendiquait la protection 2 !

Avec son confrère François Chappuis, originaire de Lyon, il avait rédigé un traité sur les précautions à prendre contre la peste, et tous deux avaient partagé avec Paul Patron les lauriers que leur valurent les soins donnés au réformateur Pierre Viret, empoisonné par Antoina Vax 3.

Quant à Philibert Sarasin, venu de Charlieu en Charolais, ancêtre d’une famille qui illustra Genève, son étoile montait. Nouvellement réfugié (en 1551), son titre de gloire sera de succéder à Textor comme /125/ médecin de Calvin. Il le sera également du Prince palatin lequel, en 1567, résidait à Genève 1.

Le peu qu’on peut discerner des occupations de l’esculape Battonat révèle que la médication ne le prenait pas tout entier et que Henri d’Albret l’utilisa moins que Marguerite. Après avoir demeuré « avec le roy de Navarre à Paux, Nerac, Castergeroux » (Casteljaloux), il s’était rendu à Paris « par intervalles de temps », occupé « aux affaires du Roy de Navarre ». La malle qui contenait ses habillements et qu’il avait laissée à Gruyère provenait, dit-il, des munificences « tant du Roy que de la Reyne de Navarre ». Au service de cette dame, il avait entrepris de nombreux voyages, notamment au « pays de Flandre et Lorroyne » par son « commandement ». De Bordeaux il était parti « pour aller trouver la Royne de Navarre comme l’on luy avoit commandé »; à Bourg-en-Bresse il s’était rendu « par le commandement de sa maitresse la Royne de Navarre pour ses affaires », et c’était par son ordre qu’il avait rendu visite à M. de Myon.

Nous n’avons pas à en douter; mais, sans le vouloir, Battonat montrait le bout de l’oreille : Marguerite de Valois fut la dernière qui lui témoigna quelque bonté. Alors que le juge lui fait observer combien légèrement il publiait être médecin du roi, Battonat tout à coup se met à rectifier : « il a dictz qui estoit medecin de lad. royne de Navarre... » Messieurs de la justice n’ignoraient pas, en effet, que dès la mort de cette princesse en 1549, avant peut-être, toutes relations avaient cessé entre la cour et le charlatan.

Celui-ci ne savait-il pas que le roi, son maître, avait /126/ donné l’ordre « de s’enquérir où il est pour le rappeller à son service ou pour le faire prendre » ? Et Battonat « dict que n’en sçay rien »; ce n’était point bon signe 1. D’ailleurs, que les « affaires » dont il traitait fussent mystérieuses, il le prouvait bien; il n’eût pas failli à s’en ouvrir complaisamment si leur objet ne confinait à quelque danger. On en peut conclure qu’elles visaient toutes à la transmutation des métaux et à autres besognes alchimiques où se passionnaient les grands. L’intérêt spéculatif n’était pas seul en cause; ils en espéraient profit alors qu’un train excessif entraînait chacun à des dépenses supérieures aux revenus.

Henri Cornelis Agrippa, à Lyon, avait la faveur du « grand roy » dont parlait Rabelais, et l’initiait à l’astrologie 2. La perle des princesses, liée à son frère au point de prêter à calomnie, n’était pas en reste. On accordera donc aisément créance au prisonnier quand, le 15 décembre 1552, il affirme à ses juges qu’avec « le Roy François, dernier décédé », il a « faict contractz ». C’est de François qu’il tient l’honneur de ressortir à la justice des « generaux de France », du Conseil et du prévôt de l’hôtel. Ce privilège, il en jouit encore et allègue, sur l’inspiration probable de son défenseur, qu’il ne peut être enfreint, « aussi bien comme l’on veult que le Roy laisse jouyr la cité de Genève de ses libertés ». /127/

Cependant, lorsqu’il se rengorge en disant que nul ne saurait violer celles des médecins royaux, « d’aultant que le Roy a mis en leurs mains sa vie », c’est passer un peu vite du général au particulier. La confiance royale n’allait pas si loin. Si prolixe qu’il soit sur ses hautes fonctions à la cour de Navarre, Battonat parle beaucoup moins de ses attributions auprès des monarques de France. Pour cause ! Entre les femmes qu’il aurait épousées (bien qu’il niât toujours les indices de l’information), il « en avoyt troys vyvantes » l’an 1546. L’une était fille « d’ung seigneur de robe longue émis [emmi, dans] Parys » qui mourut peu après le mariage.

Le beau-père avait-il été empoisonné par le gendre, comme on l’insinuait ? Les juges de Genève eurent le bon sens de ne pas approfondir. Battonat ne serait assurément pas le premier médecin accusé par les mauvaises langues d’avoir abrégé les jours de son patient. L’emprisonnement à Paris, non avoué mais à coup sûr réel, semble plutôt une conséquence de l’exploitation dont M. des Asses et ses domestiques, victimes, aussi crédules qu’intéressées, de la transmutation, avaient été les objets.

Bref, « prys et detenu long temps dans Parys », M. de Laye n’aurait recouvré la liberté qu’en 1547, à l’avènement du dauphin (d’après le témoin Poyard). Sans cette circonstance inespérée, « il eust perdu la vie ». Bien plus, il aurait alors promis de « fère ung voyage pour le Roy en Alemagne », mais « il tronpa le Roy, car il ne fit rien pour lui ». Le contrôle de ces événements embrouillés est impossible aujourd’hui.

Il est pourtant certain que Battonat bénéficia des /128/ faveurs du nouveau souverain, sans que la médecine y fût pour quelque chose. Ce qui intéressait Henri II, l’inculpé le déclare :

« il s’entendt en la transmutation des metalz et sçait augmenter l’or; et de cela il a usé devant et en la presence du Roy, du conestable, du comte de Gruyre, et de Madame la duchesse de Valentinois 1 »

Etait-ce en une seule et même fois, était-ce en des occasions diverses ? Rien n’empêche a priori que l’alchimiste ait été entendu lors d’une séance royale où, parmi la société triée sur le volet, se seraient trouvés les deux intimes de Sa Majesté, Anne de Montmorency, connétable de France, Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, et M. de Gruyère, chevalier de l’Ordre. Dans une lettre assez venimeuse, de juin 1547, l’ambassadeur Jean de Saint-Mauris adressait à la reine Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, une description fort pittoresque de la nouvelle cour et qui conviendrait parfaitement à l’époque où Battonat y fut reçu :

« Le pis est que le Roy se laisse mener et veult tout ce que Sylvius » (surnom convenu de Diane) « et les seigneurs lui conseillent dont le peuple d’icy despère... Il visite après son disner led. Silvius. Après luy avoir donné compte de ce qu’il a négocié tout le matin et jusques lors... il se assiet au giron d’elle avec une guinterne [guitare] en main, de laquelle il joue, et demande souvent au connestable ou à Omale, si led. Silvius n'a pas belle garde, touchant quant et quant les tetins et la regardant ententivement... et led. Silvius dit que désormais elle sera ridée » (elle avait quarante sept ans), « en quoy », dit méchamment Saint-Mauris, /129/ « elle ne se mescompte de riens ». Et de décrire les soins minutieux qu’elle prenait de sa personne, « bien soy parant et y veille plus qu’elle ne fist oncques » 1.

Que Battonat ait préparé à la belle quelque bonne eau de Jouvence ne serait pas pour surprendre. Car de Mme de Valentinois il possédait des lettres et il tenait d’elle « beaucoup de biens ». Econome et magnifique, soucieuse des intérêts du monarque — qui étaient aussi les siens — curieuse d’inventions lucratives, la duchesse ne pouvait qu’ouvrir les portes royales à un alchimiste prometteur de richesses enchantées. Et pourquoi M. de Laye mentirait-il quand il affirme, le 8 octobre, savoir « tirer le mercure en plomb », le congeler et faire « l’augmentation de l’or » et, qu’à ces causes, « le Roy et le Conseil privé luy a donné liberté de transmuer metalz » ?

La « transumation qu’il faict, c’est de changer et convertir le vifz argent en or, le congellant et luy baillant la couleur ». D’ailleurs, il avoue sans détour, le 26 décembre, connaître « l’art d’alquimie », d’en avoir usé à Amiens devant les commissaires royaux députés par le souverain, « et mesmes devant le Roy à Compiègne », allusion discrète à la fameuse conférence qui lui permit d’éblouir la plus haute société de son temps. Cette augmentation de l’or permettait, en effet, « de gaigner trente mille escus par an, sans tromper personne; et qu’il a [l’a] monstré au comte de Gruyre, au Roy, à Mme de Valentinois et au conestable ». /130/

Il est assez étrange que les princes du temps n’aient rien aperçu de la loi économique élémentaire selon laquelle l’augmentation de l’or, fût-elle possible, n’aurait apporté qu’un bénéfice tout provisoire, puisque la monnaie, devenant abondante, se fût du même coup dépréciée.

Toutefois, ici encore, les choses avaient mal tourné 1. Un autre procès, ou un pourvoi, avait obligé Battonat à produire devant le Grand conseil du Roy « ses lettres d’estat de la Maison du Roy de France et de sa visconté de Bourges ». Il s’efforça de les retirer. « Mais son messager demoure beaucoup », annonçait-il le 24 novembre, aussi ne peut-il « penser aultre sinon que le seigneur qui les debvoit et doibt avoir soyt allé à la guerre ou aultre part ».

L’épisode à la Malbrough nous prive de titres qu’il eût été curieux d’examiner. Au reste, de ses cures Battonat ne parvient pas à se vanter. Il a traité ses malades avec des « brevaiges » composés « de legumes de santé », plantes des bois, « solymé de la terre » et « quintessence de plusieurs choses » 2. Ce « solymé », cette « quintessence » n’avaient rien de rassurant, et le juge ne se fait pas faute, le 26 décembre, de demander « s’il est mort plusieurs de ceulx qu’il a pensé ». Le sieur George assure n’avoir « pensé personne qui soit mort en la pensant », brevet que plus d’un confrère lui envierait encore. Et lorsque le baron de Laquille prétend que Me Jean Bichonnet ou Pichonnet, /131/ « thesaurier des receptes de Bresse » est trépassé après avoir pris ses potions, l’incriminé réplique que le trésorier mourut deux ou trois ans plus tard (26 décembre) 1

Quoi qu’il en soit, la médecine n’était pas son fort : il emploie les « escriptures mal à propotz », confond « tout ordre de l’art de medicine », en sorte que — disaient ses examinateurs, il leur paraît « plus tost ung trompeur que estre medicin ».

Battonat devait malgré tout à ses titres professionnels douteux de n’avoir pas été poursuivi à propos de ses ingrédients. En 1543, un homme, puis une femme furent bannis pour avoir voulu acheter du sublimé; en 1546 la même peine est infligée à deux autres inculpés dont l’un, une femme, assure que son intention était de faire mourir des rats 2. Il est vrai que, depuis l’empoisonnement de Pierre Viret, en 1535, on se méfiait fort de la drogue que le public n’avait pas le droit d’acquérir 3.

Pourtant M. de Laye avait dans son sac de cuir blanc de l’arsenic, de l’orpiment, du réalgar « qui provoquent une soif insatiable, des ulcérations de l’estomac, des convulsions, des hémorragies et la mort à bref délai », du « vert-de-gris, qui suffoque », autant de /132/ poisons qu’Ambroise Paré, dans son Traité des venins, cite parmi les plus dangereux !

Avec une pondération digne d’éloge, les médecins et les légistes consultés acceptèrent les explications de Battonat disant que c’étaient autant de produits utiles à la transmutation, et ne retinrent d’autre grief que celui du faux monnayage.

S’il est vrai, comme l’assurent les docteurs Cabanès et Nass, que l’arsenic fut, en France, « de tout temps, vendu à tout venant, sous le nom de mort-aux-rats », que l’orpiment en sulfure jaune — ce « père des poisons » l’appelait la Voisin — « était commun, d’un prix modique, à la portée de tous », on ne saurait qu’admirer la précaution des autorités genevoises et la sagesse précoce de leur législation.

Il faudra attendre, en effet, la série pathologique des crimes que Frantz Funck-Brentano appelle Le drame des poisons, et dont la marquise de Brinvilliers fut l’héroïne première et lamentable, pour qu’un édit royal vînt, en juillet 1682, réglementer la vente de l’arsenic, du sublimé, des toxiques en général 1.

Sans attribuer au corps médical de Genève plus de mérites qu’il ne lui en est dû, il se distinguait assurément par sa probité et sa répulsion envers tout charlatanisme. Les Ordonnances sur la médecine, de 1569, reflet des vertus calvinistes, étaient en avance singulière sur les lois sociales contemporaines; les empiriques y étaient non seulement repris, mais mis hors d’état de nuire 2. /133/

Or entre ceux qui de longue date les avaient préparées, se trouvaient spectables Beljaquet, Chappuis et Sarasin 1. Le célèbre François Miron, médecin ordinaire de Henri II comme de ses fils, magicien de Charles IX et de Henri III, n’y eût pas trouvé son compte 2.

 


 

/134/

VI

L’ALCHIMISTE, SA CLIENTÈLE ET LEUR TEMPS

Sur l’alchimie :
« La fin finale d’icelle est de faire la fausse monnoie. »
 (Théodore de Bèze 1.)

Dans sa diligence à rassembler les chefs d’accusation, la Sommaire Justice avait très rapidement constitué son dossier. Dès le mois de septembre, elle savait que Battonat avait été salarié par Mme de Montrevel et pensait même qu’il avait abusé de sa bonne foi « tochant le faict de l’arquemie », sans exécuter les « chouses » promises.

« S’il cognoit poinct la contesse de Montrenvert 2 ? » l’interroge-t-on le 19 septembre. « Respond que ouy, qu’il la cognoit et qu’il a bien heu d’argent pour des services qui luy avoit faict ».

— Quels services ? « Qui luy avoit faict des eaues pour la santé de son corps ». /135/

A cet effet, il avait « heu affaire avec » un nommé Mollan, reconnaissait-il déjà le 14 septembre.

Hélène de Tournon, dame de Vasselieu, était la troisième femme et la veuve de Jean de la Baume, comte de Montrevel, vicomte de Ligny, chevalier de l’ordre du Roi, capitaine de Cinquante hommes d’armes, lieutenant général pour Sa Majesté en Savoie, Bresse et Bugey 1. Elle était la nièce du cardinal de Tournon que l’on n’ose guère soupçonner d’être venu, précisément à Genève, dans l’intention de l’abriter des indiscrétions judiciaires. Coïncidence nouvelle : nièce elle l’était aussi, par son mari, du cardinal de la Baume, dernier prince de Genève. Le comte mourut en 1552 et, en considération de ses services, le roi Henri II exempta sa veuve des contributions au ban et à l’arrière-ban. On en déduira qu’elle avait auprès du souverain ses entrées. Du reste, Mme Marguerite, sœur du roi, l’appréciait si bien que, devenue duchesse de Savoie, elle lui confia l’éducation du prince de Piémont, Charles-Emmanuel, son fils.

La gouvernante aurait-elle inculqué à son illustre pupille le goût qu’il devait prendre aux enchanteurs ? Car c’est bien lui que Théodore-Agrippa d’Aubigné 2 entend désigner quand il fait dire à Enay, ce gentilhomme du bon sens : « tesmoin qu’un Duc de Savoy a despendu cent mille escus à en chercher ». /136/

Nul besoin de jouer au devin pour découvrir ce que Madame de Montrevel attendait des breuvages magiques de Battonat. Il ne les avait point inventés; la liste impressionnante en était depuis longtemps consignée par Albert-le-Grand. La plupart avaient des fins gynécologiques ou aphrodisiaques : il s’agissait de donner aux femmes de l’amour ou le désir de concevoir, d’obtenir un fils ou une fille, de faciliter ou d’arrêter le flux, de rendre les couches moins douloureuses, de combattre la stérilité 1. Or la comtesse de Montrevel n’avait point d’héritier.

Bien que Montrevel, dans l’Ain, fût un berceau des La Baume, c’est au château de Marboz, équidistant de Bourg (quelque vingt kilomètres les en séparaient) que la famille du gouverneur séjournait depuis plusieurs générations 2. M. de Laye fut certainement accueilli /137/ par le comte et la comtesse; sa première visite devait être pour le gouverneur et son épouse.

Sa première... ou la seconde ? Lorsque, le 25 novembre 1552, la Seigneurie tentait de le suivre en sa tournée bressane, le malheureux déclarait que, s’il avait logé chez M. de Mollan, il s’était rendu « par le commandement de sa maitresse la Royne de Navarre » chez M. de Myon.

Pareille introduction suffirait à prouver que M. de Mions n’était pas un hobereau quelconque. Il n’était autre, en effet, que Jean d’Andelot, bailli de Dôle et premier écuyer de Charles-Quint. D’ailleurs, en la personne de Guillemette d’Igny, il épousera, l’an 1548, la veuve d’un La Baume, Claude, baron de Mont-Saint-Sorlin 1.

Par malheur, l’identité de M. de Mollan nous échappe 2, mais non point celle de son neveu, ce jeune homme de petite stature et dont la barbe était rare. En déclinant ses qualités, il se déclarait être le baron Jean de la Queille, ce qui se prononçait peut-être ainsi que le secrétaire l’avait inscrit : La Quille. Battonat assurait ne le point connaître sous ce nom-là, ce qui n’a rien de surprenant; son père Jean de la Queille, baron de Florat, Josserand, Châteaugay qui avait /138/ épousé une Bourbon-Busset, vivait encore, et son fils pouvait avoir porté, selon l’usage, le titre d’une de ses seigneuries. Le baron Jean II deviendra chevalier des Ordres du Roi, capitaine de Cinquante hommes d’armes, gouverneur et lieutenant général des comtés d’Auvergne et de Clermont, enfin sénéchal d’Auvergne 1. La carrière s’entr’ouvrait alors devant lui, et l’on voit qu’il tenait M. de Laye en très petite estime, après l’avoir rencontré naguère dans l’entourage de son oncle.

En compagnie du comte de Gruyère, nous reviendrons à la société bressane. Auparavant, cherchons ce que Battonat savait ou voulait faire, en plus des eaux de la comtesse de Montrevel.

Dans les effets du prisonnier s’étaient découverts des papiers qui sentaient le fagot. Qu’était donc « cest escript trové en son bonet, commençant par aquam fortem ? Respond que c’est une recepte que luy est esté donnée dernièrement en Avignon. »

Et le « feuillet commençant Eruer ceraphin, etc.; qu’il dise que cela est et à quoy cela sert. Respond qu’il a trové cela en ung vieulx livre qu’il luy bailla ung escollier qui demouroit à Monpellier, qui luy dict que cela estoit bon pour faire ung anneau à diviner 2 ». /139/

Grâce à l'étudiant montpellierain qui piochait la Kabbale sans trop la comprendre, nous sommes en plein grimoire. Prenons-y garde, Montpellier fait alors figure de capitale alchimique : à la chaire de médecine professe l’un des grands intellectuels du temps, Michel Nostradamus dont les Centuries échevelées ont fait quelque tort à l’astronome et à l’éminent mathématicien. En 1525 (il avait vingt-deux ans), il obtenait à Montpellier le bonnet doctoral; il ne quittera plus la faculté jusqu’en 1555 où Henri II, frappé de la concordance de ses prédictions avec celles de Gauric, astrologue de Paul III et des Médicis, l’attache à sa personne. Et Nostradamus n’a pas de meilleur ami que Jules-César Scaliger, médecin philologue dont le fils illustrera l’Académie de Calvin. Voilà pour rapprocher les contraires.

Il ne faut point admirer que Pic de la Mirandole ait trouvé dans sa patrie des adeptes fervents; mais s’il y en eut en France, Catherine de Médicis n’en est pas responsable; les nuées astrologiques y planaient avant qu’elle n’y vînt; elles surgissaient de partout : Agrippa, Trithème, Reuchlin, Paracelse n’étaient point Florentins. A la cour de Henri II cependant, Gabriel Simeoni avait l’oreille de la Médicis, bien qu’il eût été introduit par Mme d’Etampes et qu’il eût dédié ses ouvrages à Mme de Valentinois précisément 1. Et comme tout se /140/ tient, ce sera auprès d’Emmanuel-Philibert de Savoie qu’il finira ses jours, dans la société de Mme de Montrevel, curieuse des produits mystérieux de George Battonat !

Cependant, du droguiste à l’enchanteur, reste un pas à franchir. Les greffiers de Genève s’essoufflaient en vain sur les mots magiques... L’estrapade des jours précédents incita l’inculpé à plus de loquacité, le 26 décembre.

— « S’il a faict ou faict faire l’aneau tel qu’est en sa [son] mémoire commençant eruel ceraphim ? Respond que non.

— S’il a usé de l’invocation qui y est declairée, et en quelle chose, et qu’en est advenuz ? Respond que non.

— S’il a usé d’aultres incantations et invocations des esprits ? Dict que non ».

En quelque livre d’occultisme, la formule entière se retrouverait-elle un jour ? Elle serait bien nécessaire pour tirer d’embarras, Battonat lui-même ne la saisissant guère. « Eruer » (meilleur que « eruel ») paraît être une déformation du mot « aroër » qui, dans Jérémie (xlviii, 6) a le sens de genévriers ou de tamaris 1; les « keraphim » (séraphins) jouent un rôle dans le /141/ langage ésotérique 1 qu’un demi-siècle plus tard devait moquer un autre Agrippa.

Tout compte fait, le jurisconsulte de la Seigneurie entrait dans la psychologie du prévenu en rapportant que le mémoire était « pour faire ung aneau à diviner par invocation du dyable ». Chacun sait qu’« invocation du dyable, enchantement et divination... est ung crime capital », ce dont Battonat eut à répondre, le 15 décembre, par devers le lieutenant.

« Interrogué si a point esté trouver, en ses escriptaires, receptes ou aultres, pour faire aigneaulx pour deviner ?

— Respond que ouyt, qui sont esté trouvé en sa boyte, et que cella ne concerne point pour invoqué les diables. »

Le lendemain, l’auditeur Berthelier, comminant l’inculpé de la torture, rechargeait à son tour.

— S’il n’avait pas, « comme dictz est, ung escript pour servir à deviné ? Respond que ilz n’en voulloit riens faire, et l’a trouvé ainsi, comme il est; et qu’en icelluy n’y az point de noms des anges et archanges cheruibins, et n’y a point de mal, et n’est point devinateur et ne en usa jamais et le trouva en ung livre à Monpellier.

Interrogué si cella n’est pas pour attirer feme [femme] à soit et pour deviné ? Respond que n’en sçay riens. »

Entre les chérubins et les séraphins, il y a certes une nuance, mais Battonat ne s’est pas mis en peine d’expliquer que « ceraphim » équivalait à séraphins 2. /142/

Les anneaux constellés sont un des instruments les plus recherchés des thaumaturges : ils rendaient invisibles, gagnaient l’amour de celui ou de celle que l’on touchait, permettaient la lecture de la pensée, etc., etc. 1. Or il revint précisément à l’enquête que Battonat ayant été prisonnier du Roy à Lyon, vers 1546, se serait évadé d’étrange façon, s’aidant d’un prisonnier auquel il aurait promis « de le faire devenir invisible pour le faire sortir d’icelles prisons ». La question directe lui fut posée, le 25 novembre :

— « Quel moyen il a de faire venir les personnes invisibles ? Respond que n’en az point et nye tel article.

— Et s’il s’en est aydé pour sortir des prisons où il a esté ? Respond que n’az point esté es prisons ny invisible. »

Nous lui ferons volontiers crédit sur ce dernier point, bien qu’il ait tort de nier les prisons. Quant aux juges, ils n’étaient que médiocrement rassurés. Les anneaux magiques avaient la vie dure, et ils avaient pour leur défense des champions de taille. Platon lui-même n’avait-il pas attribué les succès de Gygès, usurpateur de Lydie, à l’anneau dont il lui suffisait de tourner le chaton pour se rendre invisible ? Les grimoires, issus des traditions cabalistiques, réservaient à l’anneau de Salomon des vertus universelles 2. Dans le Novellino florentin, ce n’est plus un anneau, il est vrai, mais trois pierreries qu’un joaillier d’Asie présente, dans le creux de sa main, à l’empereur Frédéric, de la part du /143/ fameux Prêtre Jean. Mais l’empereur ne peut les saisir. La main du joaillier se referme, il devient invisible et s’en retourne magiquement auprès de son puissant maître 1.

Ce charme demeura à la mode assez longtemps pour qu’Agrippa d’Aubigné l’ait encore poursuivi de ses sarcasmes. En une scène brillante, il dépeint le courtisan « Sant Phelis » qui prétend favoriser les bonnes fortunes du crédule Fœneste, en lui conférant l’invisibilité. L’anneau n’y est pas, mais les formules abracadabrantes scintillent et tout finit par un éclat de rire 2.

Au siècle des lumières — le XIXe, bien entendu ! — les grimoires se répandaient encore 3. L’un d’eux /144/ se publia en Avignon sous ce titre alléchant : Grand grimoire avec la grande clavicule de Salomon et la magie noire ou les forces infernales du grand Agrippa, pour découvrir les trésors cachés, et se faire obéir à tous les esprits; suivie de tous les arts magiques. Comme quoi, il reste un livre à écrire sur la célébrité d’Agrippa... cet inconnu ! Or, le Grand grimoire1 contient un « secret pour se rendre invisible » :

« Vous volerez un chat noir, et achèterez un pot neuf, un miroir, un briquet, une pierre d’agate, du charbon, de l’amadou, observant d’aller prendre l’eau au coup de minuit à une fontaine, après quoi vous allumez votre feu, mettez le chat dans le pot, et tenez le couvert de la main gauche sans jamais bouger. »

On laisse bouillir vingt-quatre heures, on prononce une formule, on se regarde au miroir, on se retire à reculons, et le tour est joué... Mais il est des moyens plus simples : /145/

« Si tu veux devenir invisible, ayant fait profession solennelle et invoqué le roy de la terre et de l’enfer, mange le cœur d’un enfant arraché du sein de sa mère 1 ! »

Rien de plus.

La Sommaire Justice, qui ne s’était pas inquiétée des propriétés talismaniques de la pierre sanguine, ne demanda pas à Battonat si le miroir que contenait son bagage était magique; ne soyons pas plus indiscret que la Seigneurie. Le baron de la Queille assena du moins à l’inculpé un coup violent en affirmant qu’il « avoit destruict » — nous dirions : ruiné — « ung homme de bien nommé Michel Mollan, oncle dudt baron, luy donnant entendre qu’il luy feroit la pierre philosophalle » 2.

Battonat pouvait nier avoir « rien heu de luy », mais comment aurait-il renié la pierre philosophale ? C’était /146/ la substance même, solide ou liquide — l’état importait peu — qui devait multiplier l’or ou l’argent. D’ailleurs, il était porteur de tous les ingrédients que l’on croyait nécessaires à son élaboration, l’arsenic, l’eau-forte également dont parlait sa formule.

Le Grand grimoire propose encore la pierre à l’adroit tourne-main de ses lecteurs. Il y fallait une mixture de cuivre rouge, d’eau-forte, de vert-de-gris, d’arsenic et quelques compléments qui devaient, ni plus ni moins, produire une livre et demie de bon or, à condition de ne point oublier, bien entendu, l’appoint de quatre écus sol de ce métal 1. Les alchimistes modernes — car il y en a — sont plus sérieux et, par conséquent, restent prudents 2.

Panacée universelle, la Pierre fut d’abord une méthode destinée à transformer les métaux imparfaits en /147/ métaux nobles par une réaction du soufre et du mercure, tenus par les adeptes du grand œuvre pour la base première du monde minéral. Averrhoès, Bacon, Albert-le-Grand, Paracelse n’ont pas été seuls à y prêter leur crédit. Spinoza, Leibniz s’en sont persuadés. Et les alchimistes ont apporté à la science chimique d’innombrables découvertes qui valaient mieux que l’hypothèse.

D’opérer l’augmentation de l’or, notre alchimiste ne se cache nullement; même il en tire gloire. D’emblée, il répond qu’il ignore si, comme on l’incite à l’avouer, ses drogues peuvent servir à « contrefaire monoye, car il ne s’en est pas meslé, mais il sçait bien qu’elles sont bonnes à transmuer les metalz ». Il peut « tirer le mercure en plomb », le congeler et « d’icelluy mercure » faire « l’augmentation de l’or », toutes choses loisibles puisque, nous l’avons vu, « le Roy et le conseil privé » lui en ont délivré patentes 1.

La curiosité de l’auditeur de la Justice criminelle vient, le 2 janvier 1553, s’accorder avec la nôtre quand il veut savoir comment l’inculpé tire l’or du vif-argent et comment il réussit à l’éprouver au marteau, à la copelle, au feu. Sur sa vie, Battonat s’offre aussitôt d’en donner la démonstration dans un délai de deux jours. Même il soutient la gageure de n’adjoindre à son mercure aucun autre métal. Si, comme l’affirment les alchimistes modernes, la transmutation /148/ n’est pas un leurre, l’expérience de Battonat serait de nature à leur faire envie 1.

Mais que dire des vingt-six « medalles de plomb, gectées d’anticques » contenues en sa bougette ? L’official d’Uzès avait révélé que Battonat avait livré par un compère « dé médailles faulses » au marchand Pierre Giraud. Ledit « Geraud » en avait même acheté pour 215 livres ! Bien entendu, le vicomte nia tout, vente et fabrication; pour justifier l’insolite présence des pièces qu’il transportait, il invente un faible expédient : elles sont la propriété d’un tiers, Jérôme, serviteur du comte de Gruyère ! Certes, il est capable de « blanchir » les métaux, mais non « point moller [mouler] ny contrefaire medailles »; il ne saurait donc en avoir fabriqué ni à Montpellier, ni en Avignon, ni au Puy, et n’en vendit point au marchand « Guerault » qu’il prétend ne pas connaître 2. Toutefois, lorsque, épuisé par la torture, il avoue la découverte de « certain blanchementz que jamais home ne sceu » 3, ne révélait-il pas implicitement les applications de son industrie ? /149/

Nous serions donc mal venu de mettre en doute les dires du baron Jean de la Queille qui affirmait, le 27 décembre, avoir vu Battonat porter « en son col » une chaîne « bourg dorée » (mordorée) à laquelle il avait donné « couleur ». L’alchimiste eut beau répondre, magnifiquement, « qu’il n’en a point porté que ne fut d’or », et que le baron était « son ennemi mortel », le 2 janvier on revint sur la question. N’a-t-il pas « faict des chaynes faulces en colleur d’or » ? n’en a-t-il point vendu ? Du fait, c’était trop espérer qu’il convînt. On ne l’en pressa plus d’ailleurs, car on l’amenait aux aveux de faux monnayage qui primait tous les griefs. A nous de tirer les conclusions. L’alchimiste, bien que malhonnête homme, était un chimiste de valeur qui s’entendait en alliages savants 1.

Dans les défenses que Me Voisine avait présentées le 8 novembre au Conseil, il soutenait que, quand bien même les moules de cuivre destinés à « jetter en sable medailles antiques », les « verdegrys, sublimé, arsenic et orpiment qui sont propres pour transmuer les metaulx » appartiendraient à son client et non au sieur Jérôme, « la transumptation des metaulx est permise ». Le procureur général avait répliqué vivement « que ceulx qui donnent couleur ou nouvelle teincture et qui vitient et transmuent la substance et vray alloy des metaulx servans à faire monnoye, sont coulpables de crime de faulx. »

Et il avait continué son réquisitoire en ces termes :

« Item et mesmement se trouve led. prisonnier chargé d’avoir contrefaict et vendu des medailles faulses pour /150/ vrayes. Or, par le droit, sont coulpables de faulx ceux qui contrefont des monoyes et medailles pour les vendre en lieu de vrayes et antiques. »

En assimilant à des faussaires les imitateurs d’antiquités, le ministère public devançait les temps et se réclamait d’un principe qui serait fort de saison 1. S’il eût été suivi, la foire serait moins encombrée de pastiches. Tel faiseur qui enjolive une pièce d’orfèvrerie ancienne d’une gravure décorative, tel autre qui poinçonne un objet mobilier d’une marque recherchée, ne jouirait plus d’une notoire impunité.

Le goût de Battonat pour la numismatique venait d’une découverte : « S’il a trouvé des medailles en faisant demollir une vieille muraille ? » lui fut-il demandé. Et l’on regrette de ne plus connaître au long sa réponse.

Qu’il n’eût jamais avoué son trafic ne le disculpait pas. Jusqu’au dernier moment, il lui fallait cacher son jeu 2. Admettre la façon des médailles, c’était admettre la frappe monétaire, et tout l’échafaudage du moulin, des drogues médicales et transmutantes se serait écroulé du même coup. Au reste, il est certain /151/ qu’il n’était pas graveur; les effigies ne pouvaient être de lui. Mais le juge n’eût-il pas été en droit de s’écrier :

— « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ? »

L’engouement de la Renaissance pour les médailles antiques avait eu en Italie ses exploiteurs dès le XVe siècle; et voici la France à ce point friande que la contrefaçon y est devenue lucrative ! Ne dit-on pas qu’en 1557, « on comptait en France plus de deux cents médailliers », que Bordeaux en avait à lui seul deux privés et un public 1 ? Conservateurs, vérifiez vos collections !

Quand il mettait « les alchymistes » eux-mêmes « en pareille condamnation », le procureur général manifestait aussi une sévérité nouvelle, bien qu’il s’appuyât sur l’exemple de l’« ethnique et payen » empereur Dioclétien qui, recherchant « les livres de l’art d’alchmye », les fit tous brûler « comme pernitieux et d’une faulse science ». Et il prétendait encore que le droit vulgaire, c’est-à-dire universel, punit « les divinations, incantateurs et chargez de poyson, voire non seulement pour en avoir usé, mais pour y avoir estudié et en avoir mémoires ».

 

Les sages avertissements de Colladon et de Rigot ne furent pas entendus au delà des murailles. Du moins, dans sa lutte contre les charlatans — les affronteurs comme on dira plus tard — la Seigneurie resta aux avant-gardes. Il advint même, en 1575, que Genève fut le théâtre d’un des débats les plus curieux du siècle; bien qu’ignoré des amateurs de synthèse générale, il /152/ mérite une place d’honneur dans l’histoire des idées 1.

Fait extraordinaire, en effet, le médecin Joseph Du Chesne, publiant à Lyon le Sclopetarius, prônait la chimiatrie, issue en somme des préceptes de Paracelse, pour guérir les plaies ouvertes, en particulier celles causées par les armes à feu, d’où le titre bizarre de son traité : l’arquebusier 2. L’avenir devait lui donner raison; il n’en fut pas moins rejeté dans le camp suspect des alchimistes et fut immédiatement pris à partie par un confrère, Jacques Aubert, de Vendôme, qui lança contre lui, du même Lyon, un factum latin intitulé « Brève et claire (dilucida) explication, à propos de l’origine des métaux, contre les chimistes ».

Or, à cette heure, les deux adversaires, tous deux réformés, avaient choisi la cité de Genève pour asile. Loin de se tenir sur le plan expérimental, Aubert partit en guerre contre Du Chesne avec les armes scolastiques et trouva auprès des médecins genevois, Philibert Sarasin entre autres, des partisans fanatiques. En strophes, quatrains et distiques raillant à qui mieux mieux les « Cyclopes chimiques », ils collaborèrent au pamphlet d’Aubert qui se terminait par ces rimes :

« Soufflez, enfans, je vous en prie,
En toute espèce de métal,
Puisque la fin de l’Alchemie
Est le chemin de l’hospital. » /153/

Naturellement Du Chesne répliqua et il eut le bonheur d’attirer à sa cause, outre le jurisconsulte François Hotman qui était un adepte avoué du grand art, le Modérateur Théodore de Bèze, tout le corps des ministres et des magistrats. L’impartialité scientifique régnait donc en dépit des étiquettes.

Celle de l’alchimie couvrait alors des marchandises d’une autre qualité. L’abbé Cosme Ruggieri et ses figures de cire, ses charmes et ses envoûtements; le parfumeur René Bianchi, les talismans de Cardan, La Brosse, Régnier, Mme de Castellane, sont demeurés dans toutes les mémoires. La vogue allait bon train. Le véridique Pierre de l’Estoile affirme, dans sa chronique, qu’en 1572 le nombre des sorciers et fabricants de philtres s’élevait en France à quelque trente mille 1.

Le prénom même que portait Agrippa d’Aubigné ne témoignait-il pas de l’admiration sans borne que son père avait ressentie pour le docteur mirifique Henri Cornelis, l’aîné de Paracelse ? Il avouera lui-même dans ses Mémoires que, âgé de quinze ans environ, vers 1565, il s’en vint à Lyon où « il se remit aux mathématiques et s’amusa aux théoricques de la magie, protestant pourtant de n’essayer aucun expériment » 2.

Dans une soi-disant « Harangue de Monsr le Recteur Rose, jadis Evesque de Senlis », Rapin écrivait : « Les Professeurs publics qui estoient tous royaux... se sont /154/ mis à faire l’Alquemie chacun chez soi ». Des coups fort rudes allaient être portés par les antiligueurs qui grossissaient les rangs huguenots. La Satyre Menippée mène la charge; au « Supplément du Catholicon », se lisent les Nouvelles des régions de la lune1 :

« Vrayment, dit alors Roger Bon Temps, ceste fontaine est bien lunatique; elle nous a bien opéré au cerveau. Je croy que les alkemistes en ont tiré leur borax et leur mercure. »

Et comme Enguerrand visitait les « sales lunatiques » où travaillaient les ouvriers, il se tourne vers son guide :

— « Enseignez-nous, beau Sire, les moyens de devenir riches bien-tost, car ceste est la fortune que nous demandons.

— Les richesses, respondit-il, qui viennent à la haste, s’en vont à la haste aussi. »

Franchissant la salle qu’annonce une pyramide chargée de « lettres hieroglifiques », ils sont dans un atelier rempli d’artisans,

« orfèvres sur tout, mareschaux, serruriers, quinqualliers et bateurs d’or. Entre lesquels... des alquemistes, souffle en culs, (je n’entends ceux qui par une honneste estude s’employent à la science), mais seulement les albrenez qui tousjours sont au cul d’un alambic », maniant « ceruse, calchite, soulphre, naphté, sandaraca, arsenic, orpin » etc.

Ce sont ceux-là même que Simon Goulart dans l’Indice de son Thresor d'histoires admirables, qui vit /155/ le jour à Genève en 1620, appelle des « belistres et orgueilleux » 1.

« Les souffleurs alchymistes, pour la pluspart, voyans qu’ils ne peuvent venir à bout de la pierre philosophale, demandent conseil aux esprits qu’ils appellent familiers. Mais j’ay sceu de Constantin, estimé entre les plus sçavans en la pyrotechnie et art métallique, qui soit en France,... que ses compagnons ayans long temps soufflé sans aucune apparence de profit, demandèrent conseil au diable. »

Il leur répondit d’un mot : « Travaillez » que Goulart voudroit entendre prononcer à la vieille mode : « très-veillez » ! Exhortation digne d’un bon génie plutôt que d’un mauvais, puisqu’il aurait signifié

« qu’il faloit quitter la chymie, s’employer au travail et à l’honneste exercice de quelque bonne science pour gaigner sa vie : et que c’estoit pure folie de penser contrefaire l’or en si peu de temps, veu que Nature y employé mille ans ».

On le voit, le bon sens n’est vrai qu’à demi. Retenons pourtant ce portrait d’après nature tracé par le successeur de Théodore de Bèze et qui pourrait être celui de Battonat en personne :

« J’ay connu plusieurs de ces chymistes et souffleurs, si enflez de l’opinion de leur suffisance que, quoy qu’ils n’eussent pas cinq sols en bourse, si se faisoyent ils forts et, par vains discours, taschoyent tousjours de persuader à moy et à d’autres, qu’en brief temps ils empliroyent d’or pur et plus fin que de 24 carats, nos coffres et nos maisons.

Au bout, je les ai veu destituez de souffle, de vigueur, de moyens, se tenir bien fiers de trouver qui leur donnast un bon repas, les autres tout deschirez et, la chemise nouée /156/ sur l’espaule, faire larmoyer ceux qui sçavoyent leurs vanteries; les autres devenir enchanteurs ou faux monnoyeurs, dont se sont ensuivis maints justes supplices. Encores aujourd’hui plusieurs païs sont infectez de tels imposteurs qui, prenans des prétextes faux pour satisfaire à leur ambitieuse avarice, embrouillent maints esprits curieux et les perdent finalement. »

En même temps que le Modérateur de la Vénérable Compagnie des Pasteurs, d’Aubigné 1 tenait la plume et désavouait cette magie qui, un instant, l’avait attiré : « les alchimistes appellent l’or le soleil et l’argent la lune : quand ils parlent donc de ravir le soleil et la lune, c’est ravir l’or et l’argent ». Il se gausse de « Monsur Cayer », ex-ministre du Saint-Evangile et magicien, mort professeur royal en langue hébraïque l’an 1610, après avoir reçu la prêtrise en 1600 2. C’est lui qui montre au baron de Fœneste des livres de magie de deux pieds de haut, et le sage Enay de répliquer : Il s’est « donné au diable par cédule signée de sa main »; on a voulu le brûler ou le pendre, mais on trouva des seigneurs et des dames pour le sauver.

Au dire du Gascon Fœneste encore, son ami Saint-Félix, très bien venu des princes, prétendait en savoir « plus que Cosme, Caesar, lou Petit prestre, lou curé Sant Saturnin, que Messire Louys de Marseille ». Celui-ci avait « tant consacré de crapaux » qu’il dépassait tous les autres. Si Cosme (Ruggieri), si Caesar (Jean du Chastel), étaient morts dans leur lit, Messire Louis /157/ Gaufridy, prêtre de Marseille, avait été brûlé vif par arrêt du Parlement d’Aix en avril 1611 1.

Du moins l’engoûment général s’apaisait-il peu à peu.

Le 15 avril 1590, une délégation du Consistoire conduite par Théodore de Bèze se rendit au Conseil pour protester contre ceux qui font métier « de soulier ». Et le vieux théologien de déclarer :

« En toutes les villes de France où il y a bonne police, l’alchimie est défendue, parce que la fin finale d’icelle est de faire la fausse monnoie... Tout cest art n’est que piperie... Monsieur Hotoman s’y est consumé et ayant pris de sa médecine qui guérissoit toute sorte de maladie, il en mourut un quart d’heure après. »

Au reste, tant qu’ils ne se livraient qu’à des recherches innocentes, les curieux de la pierre philosophale ne s’exposèrent qu’à la saisie d’appareils qui avaient surtout pour résultat leur ruine et celle de leur famille. Le dernier opérateur repris par le Conseil le fut en 1604 2.

L’année suivante, saint Vincent de Paul s’initiait, dans des conditions extrêmement curieuses qu’il narre dans une lettre du 24 juillet 1607 3. Fait prisonnier par les Turcs, il avait été réduit en esclavage et vendu « à un vieillard médecin spagirite » qui avait travaillé cinquante ans « à la recherche de la pierre philosophale, et en vain quant à la pierre, mais fort heureusement /158/ à autre sorte de transmutation des métaux », changeant l’argent en or, congelant « l’argent vif en fin argent qu’il vendoyt pour donner aux pauvres ». Ce médecin qui aimait fort Monsieur Vincent le garda auprès de lui de septembre 1605 à août 1606, quand il mourut. Mais le « secret » ne fut pas perdu, si bien que l’aumônier des galères l’envoyait à l’un de ses protecteurs dans l’espoir qu’il en ferait bon usage ! Seulement ce n’était pas aux pauvres que pensait Battonat, si même la naïveté du saint homme péchait un peu par la logique !

Au cas où l’on oserait plaisanter à propos d’opérations qui firent tant de victimes, on serait enclin à dire, en résumé, que l’alchimie prit aux Suisses leur argent surtout par le tarot dont ils restent joueurs 1 !

 


 

/159/

VII

LE COMTE DE GRUYÈRE ET M. DE BEAUFORT
AMIS DE BATTONAT

« Sovienne-vous que le terme de Berne approche... »
(Michel de Gruyère.)

Le château de Gruyère.

Le château de Gruyère.

En dépit de légères inexactitudes (fenêtres à lancettes) et de quelques anachronismes (personnages), ce dessin, exécuté vers 1840 par Antoine Drulin — un Français qui professait à Fribourg —, est le seul à donner des bâtiments une vue d’ensemble que dissimule aujourd’hui une robuste futaie. Au lieu du terre-plein moderne, le château de Michel émergeait d’un glacis qu’entourait le chemin de ronde, aboutissant à la chapelle St-Jean. A l’arrière-plan, les dents de Broc et du Chamois. — La lithographie (15x25 cm.), signée Drulin, imprimée par Ch. Gruaz, à Genève, a été publiée dans Album de la Suisse Romande, t. I, 1842, avec la lettre «Château des comtes de Gruyères ».

Au fur et à mesure que M. de Gruyère approchait de la catastrophe où il devait s’anéantir, il augmentait la liste de ses titres, ajoutant à ceux qui étaient légitimes quelques autres, contestables. « Prince et comte de Gruyère, chevalier de l’ordre du Roi, baron de Montsalvens, d’Oron, d’Aubonne, seigneur du Vanel ou de Gessenay, de Rougemont, de Château-d’Œx, de la Tour-de-Trême, de Corbières, de Palézieux, de Bourjod, de Corsier, baron de Mont-le-vieux, de Rolle, de Coppet, de Divonne et de la Bâtie », Michel fut le dernier des grands féodaux du pays romand, le dernier monarque de cette Gruyère demeurée si homogène en dépit des siècles 1. /160/

Fauteuil du comte de Gruyère

Fauteuil du comte de Gruyère

Panneau sculpté du dossier, aux armes du comte Jean II et de Marguerite de Vergy, parents de Michel. Ecu parti de Gruyère et mi-parti de Vergy, soutenu par deux amours. Meuble conservé au château comtal. — Cliché des Archives héraldiques suisses, 1922, p. 83, dans Les armoiries des comtes de Gruyère, par Hubert de Vevey.

Fils du comte Jean, chevalier de l’Annonciade, et de Marguerite de Vergy, fille elle-même d’un maréchal de Bourgogne, il fut le premier né d’un mariage célébré le 5 mai 1504. Souhaitant pour cet héritier plus encore qu’il n’avait reçu, son père le plaça sous l’égide de François Ier qui l’accepta parmi ses pages et le promut plus tard à la fonction enviée de panetier, avec une pension de 800 livres. La carrière s’annonçait belle si le jeune gentilhomme n’eût été susceptible et déséquilibré. Quittant la cour par un coup de tête, il revint au pays où son père l’installa au château d’Aubonne.

Ville et château d’Aubonne

Ville et château d’Aubonne

tels que les connut Michel de Gruyère. Aquarelle d’Albrecht Kauw, faite en 1669 et représentant le château avant les transformations apportées par J.-B. Tavernier, baron d’Aubonne. — Propriété du Musée historique de Berne, Collection de Mulinen. Un fragment agrandi a été publié dans Les châteaux historiques du Canton de Vaud, par Victor H. Bourgeois, 1934, t. I, p. 22.

Aussitôt il s’affilie aux confrères de la Cuiller, gentilshommes turbulents qui nuisent au duc de Savoie, plutôt qu’ils ne le servent. En compagnie de son ami Jean-Amyé de Beaufort 1, baron de Rolle avant lui, il est de toutes leurs fredaines. Ses équipées contre les « luthériens » de Genève exaspèrent MM. de Berne, leurs alliés, et le comte Jean ne pouvant le renvoyer à François Ier, réussit à le caser auprès de Charles-Quint. Michel était à son service quand, le 23 novembre 1539, par le décès de son père, il fut investi du comté.

A peine arrivé dans ses Etats, il retourne au roi par une nouvelle volte-face, en lui offrant de le suivre à ses frais, avec ses quinze chevaux, dans ses expéditions guerrières. Magnanime, il fit plus. En 1544, il lui envoie quelque mille hommes en Italie, levés sans provision. Mais à Cérisoles, il se font battre et il n’y /161/ est pas; une seule des fautes eût bien suffi. La situation fort obérée que lui avait laissée son prédécesseur s’aggrave; la dette va bon train. François Ier ne rembourse pas un écu...

« Si le roy ne paye pas, écrit Michel à son agent Marilley, je suis du tout affolé et ruiné 1. »

De 1545 à 1550, il ne cesse de solliciter. Henri II ne voulut d’abord rien entendre; puis, à la demande instante de MM. des Ligues qui y trouvaient leur compte, finit par transiger, en offrant une somme dérisoire, et l’on ne sait même pas si elle fut jamais versée 2.

Une autre et grosse déconvenue lui advint en ce temps. La comtesse douairière de Gruyère mourait sans lui léguer le moindre bien. Elle en avait pourtant, dont elle fit largesse 3. L’accident était peut-être moins inattendu de Michel que de ses historiens; il lui en cuisait aussi davantage.

Le comte Jean II, ayant perdu Marguerite de Vergy avant 1525, s’était en effet remarié à « Katherine de Montenard » 4, fille d’Hector, chevalier, seigneur de Chalençon, gouverneur pour le Roi du comté d’Asti, et de Marguerite de Montferrat, son épouse, sœur du marquis Boniface Paléologue. Telle était la vénération d’Hector pour sa femme que, dans son testament, il exprime la tendresse qu’il lui voue, exige que ses fils habitent avec leur mère, suivent « tous ses ordres /162/ et conseils », qu’enfin Catherine soit élevée puis mariée par ses soins, non sans l’avis et consentement des oncles maternel et paternels.

En dictant, le 5 mars 1500, au notaire d’Asti ses ultimes volontés, le gouverneur, qui se portait fort bien, se sentait menacé. Une année plus tard, en effet, il expirait sous les coups du marquis de Ceva que Louis XII d’abord, lui-même ensuite, avaient dépossédé 1. La petite Catherine semble bien avoir vu le jour en Italie. Ce que fut son enfance, on l’ignore, mais elle était à peine nubile lorsqu’on lui donna pour mari, le 8 février 1510, Jehan-Amable, baron et seigneur de Chevron, d’Arvillard, de Thénézol, des Molettes et autres lieux.

Elle n’avait pas atteint l’âge où l’on renonce aux espérances de ce monde quand décéda le baron qui lui laissait, par acte codicillé des 5 et 7 septembre 1522, les châteaux et seigneuries d’Arvillard et des Molettes, sans que le legs pût être invalidé « quand même elle se remarierait » 2. La clause était généreuse, /163/ et le comte de Gruyère s’avança. Le 31 mars 1527, Catherine était depuis quelque temps la femme du plus épris des époux 1.

Il le faut bien dire, la comtesse, qui avait été à bonne école, prit très à cœur ses devoirs de famille. Lorsque Jean II la rendit veuve une seconde fois, elle en prévint aussitôt MM. de Berne, et leur demanda de reporter sur les héritiers du défunt, — « ses enffans qu’ilz sont miens », disait-elle —, l’amitié dont il avait bénéficié lui-même.

« J’espère en Dieu ses dits enffans seront si gens de bien que ils s’acquiteront au debvoir de vous fère service d’aussi bon cueur que a faict feu leur père » 2.

Elle espère, elle n’en est pas tout à fait sûre. Ces enfants « qui sont miens » ! Puisqu’elle le disait, on l’a crue sur parole. On a pensé que, par générosité, /164/ elle ne voulait point faire de distinction entre Michel qui était certainement du premier lit 1 et les autres. Car il y en avait. Cependant Françoise, déjà mariée au seigneur de Villarzel, ne pouvait être sa fille 2. En fin de compte il ne lui serait resté que François, baron d’Aubonne dont on ignore, comme de Michel ou de Françoise, la date de naissance 3. /165/

Mais François n’était pas non plus son fils et la générosité de la comtesse était totale. De voir le jeune homme traiter avec MM. de Berne, le 3 juin 1545, en qualité de seigneur d’Aubonne, eût suffi déjà à provoquer les doutes 1. Comment l’eût-il pu faire avant sa majorité, si Catherine eût été sa mère ? Tout s’explique désormais puisque les preuves sont fournies par la comtesse elle-même.

Le 5 janvier 1546, en effet, au château d’Aubonne, « Illustre, Manifique et puissante Dame, Dame Catherine 2... de Montenard..., comtesse de Gruyères, dame d’Arvillars, de Theneysol et des Molettes, ususfructuère et douayrière de la baronnie d’Aulbonne », testait en main de « Michel Callat, de bonne bourgeoisie d’Aulbonne, notayre juré du pays de Vaulx » 3, sans qu’une ligne fût en faveur des Gruyère auxquels elle avait longtemps voué sa sollicitude. Elle ne /166/ faisait d’exception pour aucun, et remerciait Dieu d’être en mesure de restituer à sa propre famille ce qu’elle en avait reçu : « De grâce especialle retorne les rendus et donnés... comme ils estoient avant que à elle fussent donnés ! »

Nulle phrase ne disait mieux de quelles frayeurs ses beaux-enfants l’avaient tourmentée. Il ne leur reviendra pas un florin et ils devront se contenter des biens patrimoniaux dont elle avait eu l’usufruit. Comme elle avait acquis « en la comté de Gruyères des montagnes », elle désirait qu’elles fussent « valurées » pour que le prix en retournât à ses héritiers, frères et neveux. D’un fils, il n’est pas question.

Si grande était sa méfiance envers MM. de Gruyère, d’Aubonne et de Villarzel, qu’à « Damoyselle Marguerite... de Montenard... sa nièce bien aymée », élevée par ses soins et demeurant auprès d’elle, elle laissait, outre une somme de cinq mille écus d’or, toutes ses « bagues et joyaulx qui sont en un coffre qu’est près la couche où la dicte Dame testataire repose, duquel lui a commandé prendre les clefs 1 » ! Sait-on jamais ce qui peut arriver ?

Ce n’est point pourtant à ses trois maîtres d’hôtel 2, « à la Beatrix, sa femme de chambre 3, à ses quatre /167/ « damoyselles » 1, ses deux « chambrières » 2, son « cusinier » 3, son « sommelier » 4, « ses serviteurs » 5, que pouvaient aller ses soupçons : ses gens sont auprès d’elle et la remercient « très humblement » des dons qui leur sont départis. « Hercules fils donné de Monsieur de Beaulieu » 6, « Claude, bastard de Chevron » 7, « Claude Darboy, de Chelas près d’Avallon » l’assistent aussi en ses derniers moments, mais de la famille comtale, personne, pas même le jeune baron. Aucun n’ose venir à son chevet; la brouille est complète. /168/

L’unique mention qui soit faite de Michel est pour payer au sieur Fert de Lucerne une dette de mille écus dont le comte s’était porté caution avec M. du Chastellard 1, Elle veut qu’après sa mort, la situation soit nette, comme la morale. Car, sur ce point, la comtesse se montrait intransigeante :

« Saine d’entendement et de bonne memoyre, grâce à Dieu, combien qu’elle soit débilitée de sa personne par maladie », elle recommandait son âme au « seul Dieu, père, fils et st esprit », quand « de son corps se partira, par assurance de vive foy, laquelle elle témoigné avoyre en ce bon Dieu, par ung seul sauveur, le Seigneur J. Christ, par lequel est esté une foys faict sacrifice pour tous les pechés du monde » 2. /169/

Elle ordonnait que sa dépouille fût ensevelie « dans le cueur de l’esglise en la ville d’Aulbonne, honnestement, sellon son estat, et là reposer son corps jusqu’à ce qu’il playse à ses heritiers dessoubs nommés 1 le faire transporter alieurs, sy tel est leur vouloir », mais elle les suppliait surtout d’avoir « les pauvres de N. Seigneur pour recommandé, d’aultant que le dict Seigneur J. Christ, par sa Parolle très certaine nous asseure que tout cella que nous ferons aulx moindres des siens, il le tiendra fait à soy-mesme ».

Entre tous, elle pensait à ceux que l’on risquait d’oublier :

« Pour alimenter les pauvres de N. S. J. Christ qui sont au lieu d’Arvillars, et pour marier des pauvres filles, donne la dicte dame pour une fois cent escus d’or marqués du coing du Roy de France...

Item donne et lègue en aulmonne la dicte manifique dame à l’hospital d’Aulbonne pour alimenter les pauvres de Dieu la somme de vingt escus d’or. »

S’ils reçoivent moins, la proportion reste encore en leur faveur, car on ne saurait douter que la bourse de /170/ la douairière ne se soit constamment ouverte au profit des nécessiteux de l’endroit. Et la bienfaisance, à Aubonne, se distribuait mieux qu’en Arvillars.

Madame de Gruyère remettait de plus « à Messire Jacques Vallier, ministre de la Parolle de Dieu en la ville d’Aulbonne, pour aulmonne au nom de Dieu, vingt escus d’or », puis aux « deux médecins qui la sont venus visiter en sa dicte maladie, qui sont mestres Loys et mestre François, à ung chacung d’eux dix escus d’or ».

Nous n’avons aucune peine à reconnaître spectables Loys Beljaquet et François Chappuis, les médecins genevois de Pierre Viret.

Ayant pourvu à l’établissement des filles désavantagées qui l’entouraient de leur affection (on voit combien la préoccupait ce problème social), distribué à bon escient ses robes, cottes et manteau de « velloux », violet ou noir, de « frise », de drap, « sarge de soye », et donné à Claudine d’Aruffens 1 « sa verdugalle de velloux », la comtesse spécifiait que ses châteaux et seigneurie des Molettes revinssent à sa belle-sœur, « manificque, puissante Dame Catherine de Tallaru, dame du dit lieu, vefve de manificque et puissant seigneur Laurent de Monténard, en son vivant chevalier seigneur de Marcieu » et que leurs fils, Guy et Hector, ses neveux, en héritassent par succession.

Elle abandonnait, sans spécification spéciale, « tous ses aultres biens meubles et immeubles » à ses frères Loys de Monténard, Jean-Jacques, seigneur et baron /171/ de Beaulieu et à ses neveux susnommés par tiers, priant le « seigneur Jehan comte de la Chambre et de Lulier, vicomte de Morianne, baron de Cuynes, Chamoz, Ultières et la Rochette » 1, d’accepter la charge d’exécuteur testamentaire. « Noble et puissant Urban d’Arvillars, seigneur de la Bastie et de Revel » 2, « nobles François et Jehan Martine frères », « noble Anthoyne Tondu, ses maistres d’hostel présents », étaient sollicités de lui prêter leur concours 3. /172/

La comtesse de Gruyère pouvait s’endormir dans le Seigneur et confiait ses restes à une église réformée 1. Parmi tout son fastueux personnel, elle n’a d’autre aumônier que messire Valier de Briançon, qui avait quitté le clergé catholique. L’eût-elle voulu pourtant, il lui eût été facile d’attacher auprès d’elle un prêtre de Gruyère ou d’ailleurs. Son rang, ses droits la soustrayaient à toute servitude, et le baron François demeurait libre de toute contrainte. Catherine venait d’exprimer ses convictions personnelles.

L’on n’a donc point tout dit, en traitant feu le comte Jean de « baron catholique et de bon appétit », /173/ et l’on a mal fait d’alléguer ses « prétextes hypocrites » 1. S’il tira de substantiels avantages des conventions passées avec MM. de Berne, le seigneur observa ses engagements au point d’obtenir l’aveu de ses détracteurs mêmes. A comparer la résistance qu’opposaient alors, à Coppet, le baron et la baronne de Viry, on admettra que la comtesse Catherine n’a pas tenu dans l’histoire ce rôle muet qui lui fut injustement dévolu par le temps.

Avant de se convertir aux doctrines du pasteur Valier dont « la sagesse, la vertu et le talent » conquirent les paroissiens, elle l’avait écouté; de protectrice, elle devint catéchumène 2. Et voilà pour expliquer comment la baronnie passa si doucement d’un régime à l’autre et comment Mme de Gruyère fit d’Aubonne sa résidence préférée : elle y pratiquait en paix sa dévotion, loin des enfants de son défunt mari 3. /174/

Michel, qui vivait d’illusions, aurait-il espéré contre toute espérance ? Les manœuvres de Beaufort, son intime, pour accaparer la baronnie de Chevron, avaient-elles provoqué l’indignation de celle qui en avait revêtu le titre légitime ? Quoi qu’il en soit, sur son lit de mort, elle ne veut plus penser aux chevaliers d’industrie ni aux « aisnes » (haines) d’ici-bas, et Michel repart en quête d’argent avec une fébrilité croissante, cependant que le nombre des créanciers grossit et son imprudence en proportion.

Faut-il rappeler qu’étant à la fois bourgeois de Berne et de Fribourg, il se tenait pour confédéré, et que, depuis l’effondrement de la maison de Savoie et la conquête du Pays de Vaud, ses terres patrimoniales, de par leur situation, étaient à la merci des Deux villes ? Emprunts constamment renouvelés, achats de seigneuries hypothéquées, ignorance des affaires le mirent aux abois. Qu’il ait alors espéré en Battonat s’expliquerait sans peine; l’idée « d’augmenter l’or » ne pouvait que lui plaire.

A quelle époque précise remontaient leurs relations ? Il est impossible de l’établir. Les juges croyaient savoir que Battonat avait été détenu « environ l’année 45 ou 46 en la ville de Lion »; après s’en être longuement défendu, l’inculpé avait fini par narrer sa visite nocturne en compagnie du « seigr conte de Gruyère /175/ chieu ung orfavre pour faire visité certain billion d’or vallant prest de soixante escus ». Le comte était « en habit desimuellé », car les visiteurs se livraient à une opération qui n’allait pas sans danger. L’orfèvre (était-ce Maître Guillaume, était-ce Innocent de Laye 1 ?) examinait apparemment le lingot pour savoir s’il était de bon aloi et pouvait « s’augmenter ». Quand survint le prévôt, Michel fut saisi puis, s’étant fait connaître, recouvra la liberté. Mais George recherché par la justice ? Serait-ce le moment où il faillit partir pour les galères ? Quelle que soit la façon dont il échappa, il se pourrait bien qu’il ait depuis gagné la Bresse, y donnant des breuvages divers qui n’arrachaient pas ses clients à la mort.

Ce séjour (on ne sait au juste quand il commença, quand il finit) fut d’assez longue durée pour que se constituât ce cercle d’occultistes bressans où nous avons aperçu la comtesse de Montrevel, M. de Myon, le baron de la Quille ou la Queille et son oncle de Mollan. On ne se livrait pas du premier coup les secrets alchimiques; un commerce prolongé était donc nécessaire. Au reste, la série des méfaits qui furent reprochés plus tard à Battonat n’a pu se dérouler d’un jour. Il aurait inoculé à M. de Mollan 2 la maladie de la pierre philosophale dont le pauvre homme n’avait point guéri; il avait fabriqué des chaînes en « simili » /176/ qu’il prétendait être en or, soigné Me Pichonnet avec des potions dont il s’était fort mal trouvé, avait laissé des dettes auprès de la Patelonne et, bien que tout fût nié, rendu enceinte une fille à laquelle il avait promis le mariage et qui, déguisée en homme, l’avait suivi à Lyon où il l’aurait généreusement abandonnée. A moins qu’elle ne fût la personne même qui lui aurait rendu la liberté au prix de cent écus, très propres à la doter d’un mari cordonnier !

A la coterie de Bourg, M. de Gruyère qui frayait avec toute la noblesse de France et s’apparentait aux premières familles de Bourgogne et de Savoie, s’était affilié. Les lettres conservées en copie, par les soins du parquet de Genève, en font foi.

Pour les entendre, il convient d’aborder de nouveaux personnages. En Bresse, une maison s’ouvrait au comte Michel, celle de Mme de Varax. Au début du siècle, Hugues de la Palu, comte de Varax, maréchal de Savoie, avait été l’un des arbitres appelés à régler la succession difficile de la maison de Gruyère en faveur du grand-père de Michel 1.

Jean de la Palu, comte de Varax et de la Roche, seigneur de Varanbon, avait épousé en secondes noces Claude ou Claudine de Rye dont la mère était une La Baume-Montrevel, par où l’on approche du milieu où Battonat avait trouvé bon accueil. Or il se trouvait que le fameux Jean-Amyé de Beaufort s’était marié lui aussi à une demoiselle de Rye qui portait même prénom 2. De l’hospitalité des Varax, Beaufort allait /177/ gravement abuser. La Palu mourut en son château de Richemond le 9 janvier 1544, sans héritier mâle, laissant deux filles en bas âge, Marie et Françoise, qui eurent leur célébrité 1.

Michel de Gruyère a-t-il songé à demander la main de leur mère ? On ne s’en étonnerait pas. L’héritage était considérable et forte la tentation.

Si grande devint l’amitié que Mme de Varax n’hésita pas, au lendemain de son veuvage, de faire à Gruyère un séjour prolongé. Charles de Challant, seigneur de Villarzel, le très empressé beau-frère de Michel, écrivait du château comtal, le 30 décembre 1545, ces lignes à MM. de Berne dont ils dépendaient l’un et l’autre :

« Mes tresredoubtez sgrs, pour les aff[air]es de monsgr de Gruyère, je arrivis hier soir icy. Suyvant ce qu’il a dict à voz seignories, et mandé par son maistre d’hostel, il partit mercredy et s’en est allé avec madame la contesse de Varax; et ayant entendu la response que vous plaisoyt luy faire par son dt maistre d’hostel, je vous mercye du bon vouloir quant à son endroict treshumblement. Et ayant charge et pouvoir de luy, en son absence, vous envoyé l’obligation des mille escuz qu’il plaist à vosde sries luy prester jusques à Pasques, vous suppliant lui vouloir faire délivrer à son herault, présent porteur, lequel depuis vostre ville en yra payer ses censes tant à Balle que aultre part où elles sont deues et escheues de longtemps... » Et, à propos de Palézieux, seigneurie dont LL. EE. réclamaient à M. de Gruyère l’hommage, M. de Villarzel demandait un sursis jusqu’à son retour « qui sera, comme il m’a dict, dans cinq ou six jours, car il est allé en poste et, delà maison de lade dame contesse, il viendra icy en ung jour en poste. » /178/

Quelques semaines s’écoulent et, le 22 février 1546, d’Aubonne où Michel s’est empressé d’accourir dès le trépas de sa belle-mère, dont il ne souffle mot, il annonce à ses vrais maîtres, MM. de Berne 1 :

« Messgrs, désirant ces prochains jours faire ung voyage jusques en Bresse, par devers madame la contesse de Varax et avecques moy mener un maistre chantre des enfans estant à vos gages à Lausanne... nommé Guillaume Franc, et permettre qu’il puisse demourer avecques moy ung ou deux moys en bonne seureté de le vous rendre plus tost si besoing en avez... Je vous prye... ne me reffuser ledict maistre Guillaume, pour le grand besoing que j’ay de son mestier...
  Gruyere. »

Michel poussait donc la sollicitude jusqu’à décharger Mme de Varax du souci que lui causait l’éducation de ses filles en son château perdu. Il y passa lui-même beaucoup plus de deux mois, si, comme nous le croyons, la lettre suivante, dépourvue de millésime, est de cet été-là. Elle est expédiée « de Maliac ce VIe de jullet »; or Maillat, non loin de Nantua, est sur le chemin de Richemond.

« Magnifiques et tresredoubté sgrs », écrivait Michel à l’Avoyer et Conseil de Fribourg, « Je suys grandement desplaisant ne pouvoir estre de retour pour, avec voz excellences, traicter des affayres que pouvons ensemble avoir, et pour rendre les deniers dont vous suys redevable. Mais l’affayre pour lequel suys retardé en ce pais de Bresse est de telle importance pour moy que ne le doibs et ne le puys laisser imparfait sans le trop grand préjudice de mon bien, ce que ne vous seroit agréable, tant avés toujours /179/ heu bonne volonté à mon endroict. Et pour tant, prie bien affectueusement voz seigries vouloir encore me fayre ce bien et honneur que de suspendre tous nosd. affayres jusques à mon retour. Si serés, comme tousjours avés esté, promoteurs et cause de mon bien 1. »

Le succès ne pouvait qu’être agréable à tous les créanciers de Michel, d’ailleurs tous munis des meilleures hypothèques. Quelle en eût été la nature ? C’est ce que nous allons voir. Lorsqu’il eut achevé d’Aubonne sa lettre du 22 février, le comte la confia à un jeune ami qu’il gratifia d’une recommandation spéciale auprès des très redoutés seigneurs :

« Messgrs, s’en allant monsgr de Chastillon, present porteur, devers voz excellences pour obtenir d’icelles congé d’aller avecques monsgr de Rolle pour veoir le monde, je vous ay bien voulu escripre ceste lettre pour vous pryer que, estant jeune homme de si bon cueur qu’il est desirant aller avecques les gens de bien pour apprendre à l’advenir à vous faire quelque bon service..., il vous plaise pour l’amour de moy... luy donner congé pour quelque temps, attendu mesmement qu’il est le plus jeune et que son aisné demeure en sa maison prest à vous faire service... Et où il ne vous playroyt de luy donner congé d’aller avecque mgr de Rolle que au moins vous le me veuillez donner pour le retyrer à moy qui ne voys [vais] suyvre la guerre, pour en faire quelque chose et estre moyen que, à l’advenir, je puisse dire que je suys cause de son advensement... » /180/

Michel présumait beaucoup de ses dons pédagogiques, et l’on ignore ce qu’il advint du jeune Châtillon, issu vraisemblablement des seigneurs de Collombey, Larringes et Lugrin, comme tels vassaux en Chablais de MM. de Berne 1. Mais celui qui, pour lors, nous importe est bien M. de Rolle dont le comte Michel souhaitait de tout cœur l’éloignement. Il était veuf, en effet, et pouvait être un prétendant.

Jean-Amyé de Beaufort est-il parti « pour veoir le monde », est-il resté ? Le fait est qu’une année plus tard il était à Paris.

« Le seigneur de Rolle — écrit l’ambassadeur de Charles-Quint, Jean de Saint-Mauris — a esté en ceste cour par quelques jours dois [dès] la mort du Roy, et se dit qu’il s’en debvoit absenter avec charge d’aller donner quelque ordre aux frontières de la Savoye, et que au reste il avoit esté retenu au service d’icy, comme auparavant 2. »

Beaufort s’était donc empressé de présenter ses hommages au nouveau souverain et, sous prétexte de fonctions qu’il donnait pour hautement nécessaires, était revenu en pays romand où il faisait piètre figure. Le véritable souverain n’y était pas du tout le Roi, mais Leurs Excellences de Berne, et le chevalier baron de Chivron, Salagine, Rolle, Mont-le-Vieux et Coppet, n’était que leur humble vassal. Encore s’il avait eu les moyens financiers de tenir son rang ! Mais ressemblant à M. de Gruyère comme un frère, il avait emprunté à la cour de grand airs, le goût de la dépense, /181/ sans y trouver de revenus. La ressemblance était d’ailleurs naturelle, car ils étaient parents.

Tandis que Michel ne le nomme en sa correspondance que « mon frère », Jean-Amyé, respectueux du rang, l’appelle « mon cousin ». A quel degré l’était-il ? On ne l’a pas établi. Claude de Vergy, maréchal de Bourgogne et oncle maternel de Michel, donnait à Beaufort le titre de « fils ». Bien que l’expression ne puisse être qu’affective, elle manifeste néanmoins la communauté du sang 1.

On voudrait, pour notre quiétude, que le baron de Rolle fût issu d’une sœur tôt disparue du maréchal, mais il n’est pas certain que la réalité s’en accommode. En somme qui était-il ? La question peut mener loin. Ce qui la complique singulièrement, c’est que l’on n’est sûr ni du père ni de la mère de Jean-Amyé. Les généalogistes les plus sévères se perdent dans le dédale d’une race prolifique dont les titres sont constamment objets d’échanges ou de rachats. Le rang qu’elle tint au pays de Vaud, à Genève, en Savoie suffirait pour que l’on tentât un nouvel essai, quand bien même l’on ne se piquerait au jeu de reconstituer le réseau des trois familles dynastiques. /182/

Pour ne point submerger l’attention du flot des hypothèses, nous garderons ici quelque réserve et n’avancerons que sur un sol affermi. De sa lignée, Beaufort était mal apanagé; un seul bien pouvait être patrimonial : Salagine 1. La plupart des autres résultaient d’acquêts, et l’on ne peut tenir pour le fait du hasard que le baron ait précisément relevé deux titres des Viry; la famille paraît bien en cause; d’ailleurs s’il est parent du maréchal de Bourgogne, il devait l’être aussi des dames de Gruyère et de Viry. Car Michel baron de Viry, de Rolle et de Coppet, avait épousé, le 20 juillet 1516, Pauline de Vergy, sœur de la comtesse.

Rien de plus agréable, l’été et l’automne, que le séjour de Rolle, si ce n’est celui d’Aubonne qui appartenait aux Gruyère. Quelques kilomètres séparaient les résidences, et les terres se touchaient; entre de si proches voisins, des relations ne pouvaient manquer de s’établir, d’autant plus que la parenté s’ajoutait à la courtoisie, la mère du comte Jean, celle du baron Michel, nées Menthon l’une et l’autre, étant cousines 2.

Sans pécher par excès d’imagination, on devine que la comtesse Marguerite ait désiré charmer sa solitude. Les mœurs étaient aux visites lointaines et prolongées. Frères et sœurs de Vergy arrivaient à Gruyère, à Aubonne. De voir la chère petite Pauline établie en ses environs ne pouvait manquer de réjouir Marguerite. Et qui sait ? Avant même que l’on eût songé à des fiançailles, il se pourrait que le comte /183/ et sa femme aient demandé au baron de porter leur premier-né sur les fonts baptismaux; la similitude du prénom le ferait croire 1.

Quoi qu’il en soit, Michel de Viry se vit le premier en butte à l’adversité. Le 2 mai 1528, il vendait Rolle au duc de Savoie 2; il lui restait Viry et mieux, le château de la Perrière, près de Chambéry : les Bernois l’incendièrent en 1536, « dont ce fut gros dommage à cause de sa beauté », écrit Pierrefleur 3. Enfin Coppet fut vendu le 10 février 1543 4. Les milliers d’écus d’or qu’il retira de ces opérations ne le sauvèrent pas. L’on s’explique dès lors comment la comtesse Catherine, qui avait remplacé Marguerite auprès du comte Jean, en était venue à recueillir Catherine de Viry, et à lui léguer cinq cents écus d’or « pour lui aider /184/ à marier » 1. Or dans le testament de la douairière, cette demoiselle est dite fille « de feu » le baron Michel. Le pauvre homme était allé finir à Ambronay « aussi nud de biens quand il est mort comme il seroit sorty du ventre de sa mère » 2.

Du foyer dévasté, Battonat avait approché. Le 26 septembre 1552, en effet, l’auditeur genevois lui demandait s’il ne s’était pas rendu (récemment, semblait-il) à La Perrière ou à « Virier », c’est-à-dire au château de Viry en Genevois. Bien qu’il niât, la question n’était pas posée au hasard; on savait le vicomte reçu chez les sires du lieu 3. /185/

Quant à Beaufort, comment se faisait-il que, parmi tant de parents déchus, il se trouvât tout à coup assez riche pour acquérir les seigneuries qu’eux-mêmes devaient vendre ? Il le devait à la dot de son épouse. Le rachat de Rolle au duc de Savoie, le 8 avril 1531, était passé au nom des conjoints, mais « Claude de Rye, dame de Mont-le-Vieux et Rolle, femme de magnifique et puissant seigneur Jean Amyed de Beaufort, baron seigneur de Chivron et de Salagine » traitera, par diverses fois, en toute autonomie 1. C’est assez prouver que son mari bénéficiait des droits auxquels elle l’avait associé.

La sollicitude des Vergy s’était donc employée à marier ce « fils » à une héritière de haut parage. Mais, habile à extorquer des titres, à dresser des embuscades, à courir les chemins, Beaufort ne paraît pas avoir comblé le cœur de sa femme. Elle préféra la Bourgogne à une contrée perpétuellement en alerte 2, comme l’était alors le pays romand où son mari faisait la guerre aux adversaires de la domination ducale, les marchands genevois, alliés de Fribourg et de Berne.

Si, comme on le peut croire, Beaufort était le fils unique d’un vidomne de Genève récemment disparu 3, l’on comprend l’écho que trouvèrent en lui les ambitions de Charles III. Dès 1527, Jean-Amyé séjourne à Saint-Julien d’où il surveille la place et renseigne /186/ le duc 1. En 1529, il prend de l’avancement. Depuis « cinq sepmènes », écrit-il des portes de Genève, le 21 février, à son Altesse, il entretient à ses frais gentilshommes et équipages à Gaillard, forteresse redoutée qu’il met sur pied de guerre 2.

Afin sans doute d’alléger la dépense, il s’installe peu après à Evian; seulement les habitants, n’y trouvant pas leur compte, prient le duc d’éloigner cette coûteuse compagnie, et Beaufort, revenu au château de Gaillard pour aviser aux moyens d’escalader Genève, se convainc de l’insuffisance des troupes et gagne le Vuache avec son contingent 3.

L’année suivante, l’évêque et prince Pierre de la Baume, molesté par le duc, prend le fâcheux parti, pour complaire à Charles, d’abroger la combourgeoisie avec Fribourg et Berne et de rétablir le vidomnat savoyard. Mais il s’agit d’abord de mater des sujets auprès desquels il ne réside pas. Il organise donc une /187/ expédition punitive et, le 20 août 1530, il confère les pleins pouvoirs au baron de la Sarra et à quatre autres capitaines dont le premier était « Jean de Beaufort, sgr de Rolle » 1.

La Réforme envenima la plaie 2. Le 7 décembre 1535, avec d’autres capitaines, le baron avait approché les Franchises genevoises au pont d’Arve et livré combat, sans succès d’ailleurs.

Son plus grand exploit fut de s’emparer du capitaine François de Montbel, seigneur de Verey, que François Ier avait donné pour auxiliaire aux assiégés. Forçant la ceinture ennemie, quelques jours après le combat d’Arve, Verey dégagea brillamment la place à la tête des défenseurs. Il la quittait, en mars 1536, emportant leur reconnaissance 3. Beaufort empêcha qu’il rejoignît son maître. Le saisissant « au dépourvu », /188/ à Rumilly, il le livra au duc qui avait fui devant l’invasion combinée des Suisses et du Roi. Charles III inculpa le capitaine de félonie (il était gentilhomme savoyard) et le fit décapiter à Coni 1.

On comprend que Reaufort ait trouvé à qui parler en LL. EE. de Berne; ses biens lui furent pour un temps séquestrés 2. Lorsque, le 10 février 1543, il racheta Coppet, sa femme était encore de ce monde; moins d’un an plus tard, elle avait trépassé 3. Mégalomane et spéculateur, il vend, achète, emprunte ! Il devait à Mulhouse douze cents écus d’or, lorsque le cousin Michel (celui de Gruyère, s’entend) fut appelé à la rescousse.

L’exécution de Verey n’avait pas été pour faire valoir Beaufort auprès du Roi; mais tout s’arrange avec des protections, et il paraît bien qu’il en trouva. Le changement de règne pouvait d’ailleurs sembler propice, si le baron espérait compenser les pertes qu’il essuyait chaque jour.

Quand il quitta la cour, en été 1547, l’éternelle guerre entre l’Empereur et le Roi allait, croyait-on, se ranimer aux frontières de Franche-Comté et de Piémont. /189/ MM. de Berne et Henri II, leur allié, s’en préoccupaient, d’autant plus qu’ils n’étaient guère assurés de la noblesse autochtone des terres fraîchement conquises, laquelle mettait ses espérances dans Emmanuel Philibert, le jeune duc dépossédé que protégeait l’Empereur. Le comte de Montrevel se faisait fort d’entrer à Genève et d’y placer son neveu au siège épiscopal 1.

Quels étaient les sentiments de Beaufort ? Pour qui levait-il des troupes ? Pour le Roi sans doute, jusqu’à nouvel ordre. Le 26 septembre, le Conseil de Genève apprenait qu’« il y a ici un homme de la bande du Seigneur de Rolle »; informations prises, on se rassura le 30 septembre : « les gens de la bande de M. de Rolle » étaient « de bonne vie et ne faisant de mal à personne 2. »

La guerre ne s’étant point rallumée, le baron en fut pour ses frais, ainsi que le comte Michel au temps de François Ier. Des deux écervelés, on ne sait lequel l’emportait en folie; pour que Beaufort obtînt de l’argent, Michel, grevé de dettes, donna caution et prit hypothèque sur les baronnies !

Tandis qu’il se ruinait à parader en Bresse avec des troupes inutiles, Beaufort machinait un moyen fort simple de pourvoir à ses besoins. Feignant l’amour, il fit tourner la tête à la jeune Marie de la Palu, pour qui Mme de Varax, sa mère, et le comte Michel cherchaient un précepteur ! Au printemps de 1548, il l’enleva et la transporta en lieu sûr. /190/

Un roman de cape et d’épée, plus riche en péripéties qu’un livre de Zévaco, allait se dérouler jusqu’en 1554 où Marie de la Palu, échappée à Beaufort, affirmait à MM. de Fribourg qu’ayant onze ans lors du rapt, elle n’avait jamais été sa femme 1.

L’indignation de Mme de Varax, on le conçoit, fut à son comble; elle alerta l’empereur, le roi, les diètes; quant à ses sentiments pour le comte de Gruyère, ils sombrèrent dans l’aventure. N’y avait-il pas trempé en accueillant le couple à Gruyère et en lui accordant le manoir de Broc pour résidence ? Il s’était même prêté à régulariser le mariage qui semble avoir été béni — s’il se peut dire — par son propre clergé.

A cet acte de banditisme, sa connivence paraît avérée. Les avances à la veuve de Varax n’ayant pas eu le succès espéré, il avait agréé le plan du cousin pour attirer une succession dont les bénéfices se tailleraient en famille !

Tant et si bien que Beaufort, à l’heure où ses terres échurent à Michel, eut l’audace de relever, du chef de sa femme, le titre de comte de Varax. Et c’est en cette qualité que, le 6 mai 1554, on le voit acquérir la petite seigneurie de Pontverre 2 ! Il fallait en arriver là pour /191/ expliquer les deux lettres du comte de « Vuaraz » que comporte le dossier de Battonat.

M. de Laye se leurrait grandement s’il pensait qu’elles lui vaudraient l’aménité de la Magnifique Seigneurie. Sans doute Beaufort n’était-il plus l’ennemi « mordant » de jadis, mais sur la loyauté du personnage Messieurs ne se fondaient pas. Au mois de mars 1549 encore, il leur était revenu qu’au val d’Aoste, de connivence avec le prince de Piémont, fils du duc dépossédé de Savoie, Ferdinand de Gonzague préparait une tentative de percée dont Genève eût été l’aboutissement. On disait même qu’en Franche-Comté, M. de Rolle y levait du monde dans ce dessein. Bien qu’il s’en soit véhémentement défendu et qu’afin de laver son honneur compromis par tant de calomnie, il ait offert de communiquer au Conseil des avis intéressant, disait-il, la sécurité de la ville, les magistrats lui répondirent magnifiquement, qu’ils étaient trop occupés pour se déplacer ! En octobre d’ailleurs, et malgré les démonstrations du président de Chambéry, Raymond Pellisson, le capitaine général Ami Perrin rapportait, à son retour d’Annecy, que Beaufort tramait avec le président l’occupation de Genève au profit du Roi 1.

 


 

/192/

VIII

UN TRIO MYSTÉRIEUX ET LA « BRICARDE » DE BOURG EN BRESSE

« Du corseyre à corseyre, ne se peult perdre que les barriques. »
(Michel de Gruyère.)

Il fallait en arriver là aussi pour pénétrer les arcanes du comte de Gruyère et de son alchimiste. Sur les cinq missives de Michel produites au procès de son ami de Laye, quatre sont datées d’Aubonne, une de Fribourg. Certes elles sont ultérieures à la mort de Jean II, mais la chronologie est à reconstituer, car les millésimes manquent et les allusions sont obscures 1. /193/

Se borner à transcrire ces billets accompagnés ou non de quelques commentaires, serait la prudence même; nous nous épargnerions ainsi les méprises; en revanche, notre satisfaction n’y trouverait pas son compte. Au risque d’être vertement corrigé par ceux qui, quelque jour, reprendraient l’examen avec de nouveaux instruments, nous essaierons de grouper les messages dans un ordre à tout le moins vraisemblable.

En résolvant d’abord le problème des deux lettres « escriptes et soubscrites de la main propre du comte de Vuaraz », nous ferons dans la brousse une première ouverture. L’une d’elles, d’un style amphigourique annonçant déjà celui des Mignons, est datée de Salagine un 20 janvier :

« Monsieur de Laye,

Vous povés assés cognoistre le bon jugement de monsieur le comte de Gruyre et celluy de moy. Je ne sçay si en doibtz prendre excuse sus l’amour hout [ou] sus fallie; reste est que avions oblié le principal qu’estoit d’escripre et, sauf vostre meillieur conseil 1, en avions très mal usé; et croy que vous estes créé de Dieu pour nous ayder et secourir en noz adversités !

Et pour ne vous fâcher de plus longue lettre, vous veulx seulement faire requeste avoir souvenance de nous et mettre en execution ce que je croys vous ferés, quelque incrédulité que soit en moy. Et Dieu sçait comment je me tiendray perpetuellement tenu et redebvable à vous. Lequel je prie vous donner, monsieur de Laye, en bonne santé, longue vie. De Sallagine, ce XXe de janvier. Me recommande tousjours mieulx à vostre bonne grace, ce vostre comme plus affectionné et meillieur frère. » /194/

Sur le nom de Vuaraz, le doute n’est pas permis; l’orthographe est conforme à la prononciation contemporaine de Varax qui désigne à la fois aujourd’hui un hameau du département de l’Ain et une famille dont le château féodal fut saccagé par Biron 1.

Toutefois, entre les deux comtes de Varax, l’un fort légitime, l’autre qui ne l’était pas du tout, nous avons ici à choisir. Jean de la Palu étant mort en janvier 1544, la missive, pour émaner de lui, devrait remonter au moins avant 1543. Comme il était fort riche et qu’il ne partageait aucune « adversité » avec le comte de Gruyère, la lettre resterait incompréhensible. Tout au contraire, si l’expéditeur est Beaufort. Mais la signature que le copiste n’a pas transcrite ? Le seing usuel étant patronymique, le premier signait La Palu, le second Beaufort 2. Il se trouvait seulement que /195/ MM. de Genève et George Battonat dénommaient ce dernier, en 1552, selon le titre dont il se parait déjà.

Ce n’est point là une hypothèse; la résidence est une preuve, car Salagine, en Haute-Savoie, était la seigneurie héréditaire de Jean-Amyé qui la détint jusqu’en 1550 où elle échut provisoirement à Michel de Gruyère 1.

Ce qui devient hypothétique, en revanche, c’est le millésime. Pour point fixe, nous avons une seconde lettre, datée par le même « Vuaraz » du « dimanche 8e de febvrier », dont le contenu marque nettement la postériorité. Or le 8 février se trouvait un dimanche aux années 1540,1545 et 1551. La première est exclue, les circonstances s’y opposant. La dernière est trop tardive, en sorte que la lettre du 20 janvier et celle du 8 février que nous allons voir bientôt seraient toutes deux de 1545.

Il reste assurément une chance d’erreur, à savoir celle qu’aurait pu commettre l’épistolier lui-même. Si l’on ne se trompe guère, en effet, sur les divisions hebdomadaires, qui oserait se vanter de n’avoir jamais failli sur le calcul du quantième ? Espérons que Beaufort ne nous a point égarés en s’égarant lui-même !

Il est au moins certain que le billet du 20 janvier se situe à l’aurore de projets reluisant d’espérance et que ces projets sont fort plausibles au début de 1545, /196/ si tant est que l’on résume comment l’an 1544 s’était déroulé. Voyons un peu.

Michel ayant levé son régiment, en avait été nommé colonel par François Ier, mais la solde lui joue d’emblée un si mauvais tour qu’au lieu de partir avec la troupe, il avise aux moyens de la payer. Il ne pourra prendre le commandement et son lieutenant, M. de Cugy, se fera tuer pour lui sur le champ de bataille. Jusqu’en avril, Michel réside en son comté; à ce moment il rejoint en Bourgogne son oncle Claude de Vergy qui, de Champlitte en Haute-Saône, le 24 avril 1544, explique très nettement à MM. de Fribourg les raisons de son neveu :

M. de Gruyère « m’a dit que d’aventure il ne povoit satisfaire... ses créanciers... et pour ce que le terme luy fust donner est au commancement du moy de may prochain », il serait bon que MM. des Ligues prolongeassent le terme de « ung, deux moys ». Cette pénurie empêche M. de Gruyère d’arriver à Fribourg comme il l’espérait, car « il est tousjours après de sercher tous moyens pour assembler la somme de lad. cense et non faillir s’il luy est possible ».

Tel était le tableau. De la Bourgogne, le chemin passait par la Bresse; il est donc certain que Michel fit à Mme de Varax, jeune veuve, une visite de condoléance qui n’était point entièrement désintéressée. En juin, le comte a regagné Gruyère, mais il repart au mois d’août, traverse le même pays, revoit, nous n’en doutons pas, la comtesse, rejoint le roi auprès duquel il stationne à Amiens en septembre et octobre, traverse une fois de plus la Bresse 1. Et l’on aurait alors, par /197/ diverses fois, en compagnie de Beaufort, fréquenté M. de Laye et les chercheurs d’or.

Que l’amour, qui déjà dardait ses flèches au château de Richemond ou de Varanbon, ait aveuglé ces Messieurs au point de leur faire oublier d’écrire à Battonat, toujours est-il que, en dépit de son incrédulité fort sage, Beaufort tient trop à obliger M. de Gruyère pour contrarier ses lubies où la transmutation commence de germer. Aussi bien, voici partir du château d’Aubonne, le 4 février [1545], l’appel suivant 1 :

« Monsieur de Laye,

Escripvant par delà, n’ay poinct volsu 2 avoir la renommée de paresse et faillir vous escripre pour vous dire que je volois changer à vostre office et herité la place que vous avés pour l’encour d’à présent — l’aymant tropt mieulx que ne fais ceste cy — vous requerant me donner le moyen faire l’eschange, aultrement je trepasse. Soions d’une mesme heure, aussi aultrement : « je me plains, j’ay ma fin ». La devise viendra 3 que « les oyseaulx hont eu leur chapperon » qu’est « après ténèbres l’espoir, la clarté ». Je prie à Dieu que ce soit en peu d’heure et, à vous, doint 4, monsieur de Laye, aussi bien sienne grace, à qui je offre mes recommandations, vous prasentant, pour fin de la /198/ présente, corps et biens et toute ma puissance. D’Aulbonne ce iiij de febvrier. Extremement vostre à jamais meilleur amys à jamais
Gruire ».

Sous les tournures ampoulées du bon ton, le chapelet des métaphores et des proverbes se résume en ceci : Je donnerais cher pour être à votre place; la mienne ne vaut rien; je suis en sérieux embarras d’argent; si vous ne m’accordez promptement le moyen d’opérer la transmutation des métaux, je trépasse. Je me fie en vous. Allons-y d’un même cœur, le faucon encapuchonné sur le poing de l’oiseleur, ne recouvre-t-il pas la clarté ?

Le pauvre Michel est hanté de funestes pensées dont M. de Laye pourrait le délivrer. Il convient de l’entretenir en bonne disposition. Et c’est aussi ce que va faisant M. de Beaufort dont la lettre est le pivot de notre chronologie.

Il a appris — et M. de Gruyère l’ignore — que l’alchimiste fut malade; il lui dit :

« Monsieur de Laye,

Je suis très jouieux de vostre retour en bonne santé et vous mercie très affectueusement la bonne soyenance et bonne voulonté avés tousjours heu de moy, que me rent grandement tenu à vous. Toutesfois, je heusse bien desiré sçavoir en quelz termes les affaires sont reduictz et fusse parti en dilligence pour aller vous trover, ne fust les raisons que j’escris à monsieur le conte de Gruyre qui me cause retardement pour ceste foys, aussi qu’il escript son partement estre si souldain que ne le pourrés plus veoir. Je vous prie bien fort, monsieur de Laye, me faire tant de faveur m’escrire avant vostre partement la resolution des affaires à quoy elle en est, et je me mettray à debvoir /199/ m’en acquiter envers vous de mon pouvoir. Et cependant prie nostre Seigneur vous donner, monsieur de Laye, en bonne santé longue vie. De Chambery, ce dimenche 8e de febvrier.

Je vous jure ma foy et honneur ne declairer à personne ce que m’en manderés, soit du faict ou faillis 1. Le vostre comme frère et affectionné amy. »

C’est dire que la réponse de Battonat était parvenue à bon port, excusant sur une indisposition guérie la carence des projets élaborés naguère à mi-voix. Nul doute possible, M. de Laye est encore en Bresse mais s’apprête à un départ où Beaufort se serait empressé de le rejoindre si d’autres affaires ne le retenaient en Savoie 2. D’ailleurs, M. de Gruyère va s’absenter. Se proposait-il un voyage en Suisse dans le dessein d’amadouer ses créanciers des Ligues ? Le velléitaire avait-il changé d’avis depuis qu’il avait annoncé à Beaufort son départ ? Le fait est que le 1er mars 1545 le trouvait au château d’Oron 3, fort proche d’Aubonne, tandis que Battonat, mystérieux toujours, reprenait la route. Pour un temps seulement, et c’est bien en Bresse de nouveau que l’atteindra ce message dicté d’Aubonne, un cinquième d’octobre, par le comte Michel :

« Monsieur de Laye,

J’ay receu une lettre. Vous merciant tousjour de la poinne que journellement prenés en mes affaires, et serés 4 le plus content et satisfaict les choses en une façon ou /200/ aultre soyt vuydé dans la Sainct Martin, aultant pour vous veoir que pour aultre chose. Quant à sçavoir là où je seray dans ce temps, je vous promès que me trouverés icy à Aulbonne; de là je ne pense pas aller plus loing que jusques à Fribourg ou Berne, ou comme à une maison qu’est bien vostre 1. De toutes les aultres, je verray les gens par une fasson ou aultre, premier que voiager. Je me fie tant au bref tens que vous verrons que je ne vous feray plus long propos, remettant le surplus.

Adoncque je prie Celluy que peult tout, vous donner santé et à moy moyen de m’acquiter en vostre endroit. Aquoy pour commencement et bien bonne reduyte, je vous offre corps, cueur et ame, acompagné de nostre salut affectionné à vostre bonne grace. De Aulbonne le V d’octobre,

Le tout vostre à jamais et plus parfaict amys
Gruyre. »

A quelle époque sommes-nous transportés ? A l’an 1545 encore ? nous ne le pensons pas. En avril et mai, Michel avait été victime d’une de ces crises psychopatiques auxquelles il était sujet et, dans l’automne, Mme de Varax poussa l’intérêt jusqu’à lui rendre visite au château dynastique dont elle se montrait curieuse, et pour cause 2. Opiné ou non, le projet n’allait pas sans échange de correspondance; Michel en octobre devait être fixé et se préparer, chevaleresque, à se porter au-devant de la belle invitée. A cette maladie, à cette heureuse venue la lettre ne fait nulle allusion. /201/ Elle s’éclaircit au contraire dès qu’on l’insère dans la contexture de 1546.

A la fin de septembre, en effet, le comte se trouvait à Aubonne. Certes, il est à Oron, le 6 octobre, mais de l’un à l’autre endroit, la chevauchée n’est pas longue et le comte pouvait, sans fatigue excessive, dicter le 5 d’Aubonne et le 6 d’Oron. Il venait de se transporter d’urgence pour négocier la vente de quelques parcelles, afin d’amortir ce qu’il devait à MM. de Berne et les rassurer d’un mot rapide 1. De fait, Michel devait rester tout l’automne et une partie de l’hiver dans la région.

M. de Laye est donc fort avant dans la confiance du prince qui, émotif et expansif à la fois, le remercie de sa lettre. Il serait heureux de le rencontrer en « bref tens », autant pour le voir « que pour aultre chose ». Celle-ci se laisse deviner; il s’agit du grand œuvre. L’affaire dont le comte espérait la solution, de « façon ou aultre » avant la Saint-Martin, paraît bien être la liquidation de la fameuse dette dont le crédit était échu depuis six mois.

Si le billet du 12 décembre fait suite à celui d’octobre, M. de Laye n’aurait pas mis grand empressement /202/ à rejoindre le comte qui, de Fribourg, lui expédie ces mots :

« Monsieur de Laye,

J’ay entendu par monsieur de Rolle, mon frère, aujourd’huy, au parti de Berne 1, vostre venue avecq luy jusques à Genève, laquelle je heusse bien volu veoir tout oultre jusques Aulbonne, vous merciant les painnes que prenez; et pour aultant que suis bien certain, n’avés encore veu le bout de vostre bonne affection, je vous prie voulloir prendre encoures ceste poinne venir aud. Aulbonne et disposer voz affaires pour despuis là passer la carrière tout oultre. Et estant audict lieu d’Aulbonne, y sera ledict seigneur de Rolle, mon frère, avec lequel prendrons toute conclusion.

Il m’a dict ce qu’il failloit porter avecq moy, auquel n’aura faulte affin que, de mon costé, ne vienne le destourbe 2. Estant toute chose aggreable les ungs aux aultres, je pense, selon vostre grand desir qu’avés me voir en repos, de vous aussi ne peult estre aultrement. Je remés à Dieu la fin et luy prie vous donner, monsieur de Laye, cognoissance de ce que vous ay tousjours dict, et bonne vie, et à moy vostre bonne sovenance à laquelle de bien bon cueur me recommande. De Fribourg ce XII de decembre.

S’il vous plaict de ce faire, ferés bien de venir en brefz, car je crains me faille aller allieurs; pourquoy, pourrés en ce dilligenter. Je n’entens obmettre me recommandé à messieurs de vostre bricarde 3, avecq monsieur de /203/ Myon 1, lequel j’ay prié comme ung roy, ne veillant rien faire pour moy. Le tout vostre à jamais meillieur amys
Gruyre. »

Certains faits se précisent. Après avoir payé, le 19 octobre, ses mille écus d’arriéré 2, Michel avait gagné Berne au début de décembre afin d’y négocier un nouvel emprunt de deux mille écus dont il accusera réception d’Aubonne, le 20 3. Il était donc sur le chemin du retour quand il rencontra Beaufort à Fribourg. M. de Rolle arrivait sans doute de Bresse et avait fait route jusqu’à Genève avec M. de Laye. Le comte regrettait que les voyageurs n’eussent pas poussé jusqu’à Aubonne où il était encore à l’époque. Du moins est-il maintenant au courant du matériel qui sera nécessaire pour entreprendre des travaux agréables aux deux parties évidemment, puisqu’elles seront d’un bon rapport. Le post-scriptum est enfin explicite : la relation est bien établie entre Michel et la « bricarde » d’occultistes à laquelle M. de Myon donne l’hospitalité. Toutefois, l’écuyer de Charles-Quint n’est pas porté d’un grand zèle pour lui qui a beau le supplier comme un roi !

Ici se produit dans la correspondance une rupture /204/ qu’expliquent des incidents nombreux. La missive du 25 janvier est encore datée d’Aubonne; elle est sans nul doute postérieure, mais sa fixation dans l’enchaînement chronologique exige une attention particulière.

« Monsieur de Laye », disait Michel,

« J’ay, à ce seoir, au retour des noupces, receu une lettre de monsieur de Martine dont vous ay bien volsu incontinant donner advys, pour celon ce vous guyder tant mieulx, combien je sache n’avés besoing de instructions. Ce neaulmoings 1, il y a ung article que me mest en suspicion, lequel dict : « si j’estois auprès de vous diray chose que ne puis escripre ». C’est assés à moy que suis desja de moymesme doubteux pour m’engarder de resverie au serveau. Je me fie tant en vous que ne deignerois vous en toucher davantaige, fors vous dire qu’en vous git ma vie et ma mort. Je vous prie sans deley en faire l’ung des deux à vous le plus aggreable, car l’affection me lève le jugement de raison, et cognoisçance duquel me trouverois mieulx.

Je vous envoye le double de la lettre affin que, selon ce, vous debattiés en vostre esprit. Je sçais assés que cognoissés bien qu’avons affaire à corseyre, mès du corseyre à corseyre ne se peult perdre que les barriques 2. Je me recommande à vostre bonne grace avecq requeste de dilligenter car je n’ay faulte de rien, fors d’advertissement de monter à cheval. Je prie à Dieu que ce soit si tout [tôt] que je desire que ne seroit [saurait] estre et me doint la grace de perdre les cent escus du lorge que je tiendré prest /205/ tousjours sus bon comte [compte] 1. Monsieur de Laye, je vous dourré 2 le bon seoyr pour fin de lettre. D’Aulbonne, le XXVe de janvier. Vostre à jamais le plus fidelle amy
Gruyre. »

« Retour de noces », le « lorge » qui n’est autre que l’horloge suspecte dont le procès fit souvent mention sont des indices. Il en est d’autres; M. de Gruyère est poursuivi : les corsaires sont en chasse. Le comte nous eût épargné maint effort en nous nommant les conjoints de ce mariage auquel il avait assisté. Mais on ne peut demander à un homme qui craint de voir tomber sa correspondance en des mains étrangères de parler autrement qu’à mots couverts. Le procès du sieur George aurait pu justifier ses précautions. Bref, à nous de chercher.

Commençons par les certitudes. Le comte de Gruyère et George Battonat se sont enfin rencontrés et ont même arrêté tout un plan. Il s’agit entre autres de monnayage, puisque nous savons ce que le « lorge » signifie. Les deux parties ont même passé contrat : Michel a promis cent écus comptants, si le compère lui procure la machine. Ce moyen de faire de l’argent étant à longue échéance, MM. de Laye et de Martine s’emploient séparément à en trouver d’autres. Et le prince n’attend qu’un signe pour sauter à cheval, ce qui montre que M. de Laye n’était pas inaccessible.

Aux deux mille écus de décembre, prêtés à court /206/ terme par les Bernois, s’ajoutait un arriéré de cinq mille écus dus à MM. de Fribourg.

Sans avoir la certitude que le comte est à Aubonne à la fin de janvier 1547, on l’y trouve du moins en février, tandis que son frère François est à Gruyère 1. A cette époque, l’on sait pertinemment que M. de Martine, ainsi que son neveu, s’employaient pour le comte; nous le dirons tout à l’heure. Il convient auparavant d’écouter l’appel désespéré qui, le 3 février, retentit sous le ciel constellé d’Aubonne.

« Monsieur de Laye,

Voiant les choses aller tous jours plus à la longue, et aussi que mes forces vont tous jours en diminuent, je ne me puis tenir, sentant ma fin approcher, vous despecher ce porteur en la plus grande dilligence que je puis, pour vous prier, si aimés mon bien, ne me laisser plus languir, car d’ung costé et d’aultre, je desire sans nul delay mettre fin en mes torment, et n’aymer tant l’aultre que en l’amour je craigne la mort; vous asseurant, dempuis vostre partement, j’ay appris le cours des planettes et lunes fort bien, de sorte que me cognois mieulx aux estoilles que ne fit oncques Acripa 2, et me semble que dores en avant n’ay plus besoing d’aultre fors me mettre en œuvre.

Je vous requis, et ce sans astrologuer, me mander faict ou fally, comment [comme] j’en escriptz à monsieur le maistre, /207/ aussi vous priant veoir icelle et gardés ne soit vehue d’aultre que de vous deux, car dans icelle je n’espargne de dire la verité et faire entendre mon voulloir. L’aiant vehue et ne vous semble la deslivrer, la pourrés bruller et luy deslivrerés la petite, qu’elle n’est en rien empechante aux affaires. Sovienne vous que le terme de Berne approche et que n’avons besoing de vache qui tard velle, joinct aussi que je demeure sans pourchasser d’affaires que sont bien requis solicitude, et mesmement aux temps des menues de praticques qui courent; joinct que l’aultre parti pourroit bien trover addresse; pourquoy en resolucion, j’entens, s’il vous plaict, faire ou fallir. Aussi beaucoup de propos commencent à courir, et que jà prins en moy une resverie et songe 1 que je me tormente en ma personne, de sorte que j’en ay pris la chambre, et n’est à moy sorti de fantasie. L’on me veult tromper, non poinct vous mais ceulx qui me remettent aux prinses; pourquoy l’on pourra, si le bien leur plaict, assurer les choses et puis attendre de le faire passer par les prinses, comme l’on desire 2.

Je vous recommande le tout et vous prie me sortir des poinnes d’enfert. Je vous ay escript dempuis vostre partement par le nepveu de Martine, et mande le double de la lettre que il m’avoit escript. Pourquoy, selon ses poinnes, besognes, j’ay à ce seoir encores receu une lettre de luy /208/ laquelle dict tousjours la bonne volonté en quoy les choses continuent et aussi qu’estes attandu en bonne devotion, ne doubtant poinct le tout ne vienne en affaire; mais je commence à entrer en doubte et deviens sour, non poinct de votre costé mais du leur, car par messagier n’ay novelle jamais que de luy, — qui me rent en merveilleuse doubte, de sorte que si je pensois partir ne [et] l’eust aultant en gré que moy, je n’en vouldrois rien. Car monsieur vault bien madame. Je me tayrai de parler plus oultre, sachant bien avoir affaire à ung homme que entent mieulx que moy la rayson. Je prie à Dieu vous doint la grace de depescher bien tost messagier pour gaigner les cent escus, cregnant fort les brasseletz de vingt escus estre perdus, — et à vous donner, monsieur de Laye, en santé bonne vie et longue et se que desirés. D’Aulbonne, ce trois de febvrier.

Je n’escris rien à la compagnie par ce porteur, remettant à mon mulletier le despesche; comme j’avoy là porté des fromaiges, ne veillant l’on saiche ce porteur estre à moy, disant y vient de Burg dont n’ey heu nulle novelle.

Gruire

vostre à jamais plus certain et meillieur amys. »

« Faire ou fallir » est le mot perpétuel des aventuriers. « Vaincre ou mourir », diront les plus grands. Jouer le tout et crier : banco ! songent les autres. Michel est de ceux-là. Et la lettre le dit, mais il faut une clef.

On ne saurait affirmer d’emblée que la lettre du 3 février soit de la même année que celle du 25 janvier. Elle s’accorde cependant, à elle par plusieurs allusions.

Michel, déjà « doubteux » de sa personne, repris par sa « resverie au serveau », a écrit à M. de Laye, depuis son « partement »; le neveu de Martine avait emporté le message qui pourrait être celui du 25 janvier. /209/ Comme, le 3 février, un mot de cet agent venait de parvenir au comte, il se reprend à dicter pour insister auprès de son sauveur. Son muletier, qu’il emploie d’ordinaire pour expédier des fromages à Bourg, portera « le depesche ». Mais il n’écrit « rien à la compagnie » (la fameuse bricarde) dont il est sans nouvelle.

Au cas où les deux messages suivraient immédiatement celui du 12 décembre, il faudrait admettre que Battonat avait d’un bond enfourché son cheval pour obtempérer cette fois aux instances comtales. Il aurait même passé la Noël à Aubonne et regagné promptement la Bresse, sans donner depuis signe de vie. L’impatience de Michel s’expliquerait à peine, si elle n’était de son tempérament. Examinons encore :

« Sovienne vous que le terme de Berne approche et que n’avons besoing de vache qui tard velle »...

Hélas ! l’expression s’applique à toute la carrière du malheureux. Cependant les Bernois avaient à ce point élevé la voix, qu’il avait dû, le 17 octobre 1546, tracer ces lignes désespérées :

Je « ne fuz oncques plus desplaisant... de la fault [faute] que je vous ay faicte de non rendre vostre argent au terme que je vous avoye promis dont la faulte est que tous ceulx avecq qui j’avois propos pour achepter du myen m’ont failly ». Et de ce que « me faictes mention que m’en escripvez pour la dernière foys..., je ne le vouldroys, ne sçaurois faire ». Et il terminait par cette assurance : « dans sept jours aurez ou argent ou ma personne pour en disposer ainsi qu’il vous plaira ».

Le 19 octobre — revenons-y — partaient les mille écus d’arriérés, puis le 27 novembre « le calculle et somme bien au long » qu’il reconnaissait devoir. Au vu /210/ de ces pièces, et des explications qu’il était allé donner en personne, les Bernois lui avaient fait parvenir, le 20 décembre, deux mille écus.

Enfin, « d’Aulbonne, se premier jour de l’an mille Vc et quarante set », il leur adressait ce billet :

« J’ay receu vre lre et par icelle antendu comme avés poyé la somme principalle... laquelle se monte XV sans [1500] livres money de vostre ville de Berne dont de bien bon cueur vous mercye... Quant aus LXXV livres de sence de nouvelle assurance que mentenant je doys avec le capital faire à vous sries, je suys prest à se faire 1 ... »

C’est dire que les soucis ne l’abandonnaient pas et qu’il continuait de chercher acquéreur « si le bien leur plaict ». Or ce bien et cet acquéreur semblent, cette fois, parfaitement identifiés :

« Nous Michiel comte de Gruyere etc., vendons à noble Pierre de Prez, de Rue, de present nostre maistre d’hostel, nostre maison de Mustreuz avec toutes les vignes à nous en tout le territoire dudict Mustreux et là auprès appartenantes », pour le prix de cinq cents écus d’or au soleil.

Ainsi le personnage dont Michel craint d’être trompé est l’un de ses maîtres d’hôtel — il se montrait généreux de ce titre honorifique — et le bien discuté est son domaine viticole de Montreux, vendu le 25 février 1547 et revendu en janvier 1548 2.

Quant au remboursement du capital, il n’aperçoit d’autre issue qu’une alliance matrimoniale fructueuse. Ses subalternes la négocient. Dès les premiers interrogatoires qu’en septembre 1552 Battonat dut subir, on voulut connaître à quoi l’employait son prince, et il s’expliquait d’une phrase au prime abord surprenante : « pour aller traicter le mariage... du sr conte de Gruyre et à d’aultres besognes ».

On sait très bien que Michel épousa Madeleine de Miolans, de la race des comtes de Montmayeur, et veuve de François baron d’Alègre 1. Mais le mariage ne se divulgua qu’en décembre 1553. Faut-il admettre qu’il se soit négocié longtemps auparavant ? Ou doit-on comprendre que MM. de Laye et de Martine essayaient encore de décider Mme de Varax à une union qu’elle avait envisagée et à laquelle elle ne se résolvait point ?

Selon la réponse se fixeraient sans conteste les lettres du 25 janvier et du 3 février. S’il s’agit de Mme de Varax, 1547 et 1548 sont les dernières années possibles; car l’enlèvement de Marie de la Palu, l’accueil accordé par Michel aux fugitifs prouvent à l’évidence que Beaufort et le cousin étaient de mèche. Le mariage avec la comtesse allant à vau l’eau, ils usaient de banditisme pour capter le gros héritage. A l’encontre de 1547, on objectera que Battonat passait pour avoir /212/ hanté les prisons de Paris au printemps; mais nous sommes à l’hiver, il restait du temps pour ce voyage.

A la rigueur, 1548 conviendrait encore, la situation dans l’ensemble n’ayant pas pris face nouvelle. Dans le cours de 1547, Michel s’était absenté longuement; il s’est arrêté chez René de Challant à Beaufremont en Barrois, se rendant à la cour de France pour y solliciter le roi. Et force nous est de reproduire une pièce qui en dit assez long pour influer les raisonnements. Aussi bien sera-ce l’occasion de lier plus ample connaissance avec le très utile Martine.

Le 7 avril 1547, de passage au siège du comté, ce serviteur adressait à MM. de Berne des renseignements confidentiels, fort indiscrets du reste, où se rencontrent des précisions instructives :

« Messgrs, s’en allant monsgr le conte de Gruyère à la court du roy, est passé à Baufroimont là où ilz a visité monsgr le conte de Challant mon maître auquel ayant devisé de ses affères, suys esté par dessa despeché de mondt sgr le conte de Gruyère..., pour regarder à vous fère poiement des deux mille escus que vous a pieu luy prester dernierement et d’aultres debtes promptement eschues pour esquelles satisfère, ilz avoit espoir de recepvoir plus tost les deniers à luy dheuz par le roy, et voiant le terme s’aproucher de vous fère raison et à aultres esquelz il doit... ilz s’en est allé en personne devers le roy 1... »

Où l’indiscrétion dépassait les bornes de la loyauté, c’est de révéler à MM. de Berne que le comte Michel avait offert sa seigneurie de Gruyère à MM. de Fribourg, au cas où il ne leur rembourserait pas en trois /213/ ans une somme de cinq mille écus à lui procurer sur-le-champ.

En l’absence du comte, son frère M. d’Aubonne n’avait pas voulu donner suite à ce dangereux marché, mais Michel avait envoyé sa procuration et l’affaire s’était conclue sous le sceau du secret. On conçoit la rancune de MM. de Berne, créanciers eux aussi, quand Martine révéla le pot aux roses. Il n’en prit que plus de mérite à leurs yeux, et c’est à quoi visait un homme qui savait faire son chemin.

Peut-être exerçait-il à Aubonne des fonctions notariales lorsque le comte Jean II se l’attacha. De secrétaire, il passa maître d’hôtel, nous dirions majordome.

Appartenant à une famille de ministériaux qui se rendit utile aux seigneurs et coseigneurs d’Aubonne 1, François assistait la comtesse Catherine en ses derniers instants 2. « A nobles Françoys et Jehan Martine, ses maistres d’hostel, presents et treshumblement la remerciant », la « magnifique dame » léguait cinq cents écus pour chacun, sans préjudice de ce qu’elle pourrait par ailleurs leur devoir.

Si ses préférences semblent s’être portées sur Jean 3, François était l’homme d’affaires de la maison, /214/ l’avocat-conseil. Demeuré en charge sous Michel, il aspirait à l’avancement et trouvait sans doute que les appointements étaient maigres. Aussi parvint-il, contrairement à l’Evangile, à servir deux maîtres. Tout en étant nommé, par Michel, châtelain de Corbières en 1547, il signait le 7 avril : « Françoys Martine maistre d’ostel du sgr conte de Challant » 1.

Se faire payer de lettres nobiliaires était fort dans ses goûts et Michel, en vertu de droits plus ou moins souverains, en délivrait volontiers; on y gagnait de part et d’autre 2. Que l’anoblissement vînt de l’un quelconque de ses maîtres, il était en mesure de libeller un acte officiel du 3 avril 1550 : « Nous Françoys de Martine, gentilhomme de Aulbonne, lieutenant au /215/ conseilz » du comte de Gruyère. Et nul ne manqua plus de lui donner d’une particule à laquelle il attachait un prix considérable 1, bien que la mode n’en fût pas encore courante dans la noble bourgeoisie des Ligues.

Pour l’heure, il est illusoire de suivre Michel durant ses pérégrinations. De Langres, un 11 août sans millésime, il s’excusait auprès de MM. de Fribourg de ne point paraître avant trois semaines ou un mois :

« Je suis party pour me tyrer celle part, touteffoys je suys contraint prandre le chemin plus long que ne pençoys qu’est par Lyon, qui sera cause d’alonger mon terme de dix ou douze jours au plus 2. »

Il eût suffi que Michel prît la peine de dater ce billet pour ajuster toute la trame : rencontre à Paris de Battonat, voyage en sa compagnie à Lyon, visite clandestine à l’orfèvre et retour au pays romand... avec ou sans lui. Hélas, de fait on reste sans nouvelles du prince jusqu’en décembre où il cautionne Beaufort. /216/ Rien d’impossible à ce qu’il se soit installé, en janvier et février 1548, en cet Aubonne dont il appréciait le climat. Rien d’impossible, mais rien qui le certifie non plus 1. Admettons-en l’éventualité, et les noces auxquelles Michel avait assisté seraient celles de Beaufort, célébrées cette année-là, sans que l’époque en soit donnée.

Contraints de louvoyer au milieu d’hypothèses, il faut bien examiner celle que nous formulions tout à l’heure. La belle dont le comte recherchait la main ne serait plus Mme de Varax, mais la baronne d’Alègre, née de Miolans-Montmayeur, qui avait du bien.

Madeleine, fille de Louis baron de Miolans, comte de Montmayeur, maréchal de Savoie, et de Françoise de Chabannes, était d’ailleurs une cousine assez proche, car Michel avait du sang Miolans dans les veines. Son bisaïeul maternel en effet, Jean de Vergy, seigneur de Champvent, n’avait-il pas épousé Paule de Miolans, sœur cadette du chambellan ducal Antelme, le grand-père de Madeleine 2 ? /217/

Le comte la connaissait donc vraisemblablement d’ancienne date, mais rien n’empêche de supposer qu’il ne se soit ouvert de ses projets matrimoniaux lors de son passage à Beaufremont, car elle habitait — en 1553 du moins — au château de Strabonne, entre Dôle et Dijon 1. Les premiers ponts jetés se seraient montrés fort branlants, puisqu’en décembre de cette année 1553, on en était encore au « projet de mariage » ! Il est vrai que tout arrive 2.

Le « nepveu de Martine » porte les messages 3. Par malheur, il ne parle que de lui, non point d'elle; il dit pourtant « que les choses continuent », et aussi que /218/ M. de Laye est « attendu en bonne devotion », ce qui fait entrevoir que tout viendra « en bonne affaire ». Néanmoins, continuait Michel, « si je pensois partir... je n’en vouldrois rien. Car Monsieur vaut bien Madame ». On a sa fierté, il n’est pas besoin d’en dire davantage. Et Battonat qui n’apporte pas l’horloge miraculeuse se rendit auprès de la dame, mais elle tenait à réfléchir. Comme on la comprend !

Il eût été conforme à la nature de Michel, cupide et joueur, d’entreprendre sa cour auprès de la baronne sitôt qu’il se vit éconduit par la comtesse de Varax. Ses lettres fourmillent d’éléments inattendus; elles ne sont pas assez explicites toutefois pour que nous décidions entre les deux héritières. Ce tour de Suisse, de Bresse et de Bourgogne nous amène à conclure que l’année de 1548 conviendrait fort à l’époque où elles furent dictées dans la salle du château d’Aubonne. Elle conviendrait aussi aux affirmations de Battonat, quand il déclarait, le 23 septembre 1552, avoir laissé ses habillements chez le comte depuis « envyron quattres ans » et l’avoir servi pendant deux années.

Bref le comte désespère : les bracelets d’or livrés pour l’augmentation sont perdus, les cent écus ne sont que promesse sans retour, le terme de Berne approche, le mariage n’est point conclu. En vain interroge-t-il les étoiles, invoque-t-il Agrippa ! Sortez-moi des « poinnes d’enfert » crie-t-il à Battonat. Ne lui a-t-il pas confié ses fonds, ses intérêts ? il ne peut que le stimuler.

Dans l’imbroglio, un dénouement du moins est inéluctable; le comte de Challant s’y emploie. Le 19 septembre 1552, George de Laye assurait à Messieurs qu’il /219/ n’avait jamais promis de faire « d’or ny d’argent au conte de Gruyre ny au compte de Chalans, et qu’il s’est party d’eulx en bonne volonté de l’ung et de l’aultre ». De l’affirmation, on retiendra que l’accusé avait frayé avec l’ancien maréchal de Savoie; il ne sera plus besoin désormais de déployer grande imagination.

René de Challant que Michel de Gruyère appelait son cousin 1 était surtout un vieil ami de son père et il avait reporté — nous l’avons vu — sur ce fils évaporé beaucoup de sollicitude. S’il lui ressemblait par les mœurs, il en différait par le sens, au point que le duc Emmanuel-Philibert de Savoie l’établira plus tard son lieutenant général. Il sut garder Martine sans Battonat.

Michel avait-il vraiment jeté ses gens aux trousses de l’enchanteur jusqu’« aux Pertuys de la Cluse luy séquestrant sa mallette » ? Battonat avait-il laissé chez son ancien maître ses robes et bonnets de velours, ses capes « de fins draptz », sa chaîne d’or et son manteau ?

Il nia très fortement avoir emporté du comte « aulcune ses vasselles d’or et d’argent »; si le comte /220/ a « engaigé quelque vaselle » à Genève, il « n’en peult mais ». Rien de plus vrai; l’opération était le préliminaire obligatoire du monnayage officiel que Michel avait eu la déplorable idée d’entreprendre 1. Seulement la rupture était consommée au point que M. de Laye dut apprendre à ses dépens que la frappe était faite et le tailleur désigné.

Aurait-il eu la naïveté d’espérer sa grâce au moyen de la fameuse roue perpétuelle, si tant est qu’on lui eût accordé le temps de la mettre en marche ? Michel restait amateur d’horloges...

 


 

/221/

IX

DU COMTE MICHEL AUX CONTES DE BOCCACE

ÉPILOGUE A PLUSIEURS HISTOIRES

« Les oyseaulx hont eu leur chapperon.
– Je me tayrai de parler plus oultre... »
(Michel de Gruyère.)

Car, à la décharge de Battonat, on a d’autres preuves du goût immodéré de son ex-maître pour les inventions mécaniques.

L’on était en plein procès lorsque, le lundi 19 décembre 1552, le Conseil de Genève prenait connaissance d’une lettre du « seigneur comte de Gruyère » qui revendiquait « certain rolloge » que l’orfèvre François Paquet, lequel était aussi « relougier », détenait induement. Michel en revendiquait la propriété et accusait Paquet, si l’on comprend bien, de s’en servir pour modèle auprès d’autres clients qui payaient mieux. Et le comte de réclamer justice. Messieurs cependant /222/ estimèrent que le cas n’était point pendable et que de bonnes remontrances suffiraient bien 1.

Dix jours passent et voici venir, le 29 décembre, une nouvelle réclamation, mais il était question d’une autre horloge : « Le Seigr Cte de Gruyère demande à certain orfebvre certain orloge que luy fust donné par le duc de Dormant », personnage qu’il faut peut-être chercher dans la lignée des earl of Ormonde 2. Comme l’orfèvre « alleguoit ne estre poyer, arresté que l’on ouye les parties ».

L’affaire ne s’arrangea pas 3. Elle traîna jusqu’à l’année 1555 où s’opérait la liquidation de tous les biens du prince. La Seigneurie fut priée de lui restituer tous les mouvements d’horlogerie séquestrés à la suite de nombreux procès.

Il y en avait au moins deux, et nous ne saurions dire si la roue perpétuelle de Battonat était comprise dans le nombre. Messieurs du Conseil faisaient in petto leurs réserves sur les « pretenduz orologes du sr comte de Gruyre ». Michel souffrant plus que jamais de sa /223/ neurasthénie, ce fut la comtesse qui, en septembre 1555, traita de l’affaire. Il lui fut répondu dans ces termes :

« A N[oble] et Generose dame
Ladame de Gruyre.

No. et generose Dame, Nostre amiable recommandation et offres premys, ayans receues voz lettres concernant aux reloges, en avons enquys vers ceux de nostre justice, es mains desquels telles choses avoient ventilées.

Et pource que avons d’yceux par leur relation entenduz, telz reloges n’estre plus en leurs mains, pour notification vous en avons icy envoyé la memoire qu’ilz nous en hont baillée. Au reste, quant pourrions à monsr le comte et à vous faire honneur et plaisir, le ferions de bon cœur, prians le Seigneur pour vostre felicité. De Genève, ce 27 de septembre 1555. »

Une note, jointe à la minute de la missive, mentionne que l’un des mécanismes avait été remis en vertu d’un arrêt de la Seigneurie, à un certain Laurent Rondelle autrefois en litige avec le comte, l’autre à Noble Pierre Simon, procureur de ce dernier 1.

La pauvre dame faisait flèche de tout bois et récupérait pour les revendre quelques écus, les machines à refaire le trésor ou mesurer le temps. Battonat avait eu jadis quelque excuse à flatter une passion malheureuse. /224/

Si bref que soit le souvenir des hommes, il tient plus fidèle compagnie aux grands de ce monde qu’au commun des mortels. Leurs vicissitudes, leurs aventures, leurs gestes se commentent durant leur vie et se racontent, parfois encore, quand ils ne sont plus. Pour peu qu’elle en puisse forger un trait d’esprit, l’anecdote fait à la légende des signes de connivence. Et toutes deux d’affubler l’histoire d’un tutu d’historiette.

Entre les nombreux poètes qui, se prêtant au jeu, ont chanté ou pleuré le dernier souverain de Gruyère, aucun cependant, que nous sachions, n’évoqua le prince alchimiste. Probablement ne l’ont-ils pas aperçu. Avec plus d’attention, ils l’auraient pu découvrir sans remuer les poussières d’archives, puisqu’au XVIIIe siècle, on en parlait encore.

Pourquoi n’en parlerait-on plus ? Le loisir est permis après tant de labeur, et le savoir possède son cabinet de la curiosité ! Cependant à en révéler les secrets on encourt ici quelque risque. Car l’historiette (oserions-nous faire l’histoire de l’historiette ?) s’assaisonne d’un sel que l’on dirait gaulois s’il ne provenait point de rives napolitaines.

Longtemps après avoir donné l’exeat au vicomte de Bourges, un Michel vert-galant y passe des expériences philosophales à celles de l’amour. En quoi nous trouvons notre excuse. La preuve n’est-elle pas donnée, en effet, sur le ton le plus grave, que l’officine du comte avait autrefois intrigué bien des gens qui n’avaient point fouillé les procédures de Battonat ? Ils avaient ri gentiment des déboires d’autrui, et le rire s’est corsé de l’accident que l’on va rapporter. /225/

La nouvelle, depuis cent cinquante ans, est imprimée dans un recueil trop rare pour y renvoyer sans plus le lecteur. Autant d’années à peu près la sépare du personnage qu’elle met sur la scène, par les soins imprévus du fils de Mme d’Epinay, bienfaitrice de Jean-Jacques !

L’ancien lieutenant au Régiment de Schomberg-Dragons, Louis La Live d’Epinay, avait épousé une Fribourgeoise 1 dont il adopta la patrie avant que la Veuve n’aiguisât son couperet. Sous un titre qui fit florès, il voulut doter ses concitoyens d’un annuaire. Les Etrennes fribourgeoises, au format pratique, pouvaient se mettre en poche aussi bien que sur le rayon d’une bibliothèque. Il les agrémenta de précieuses illustrations, de récits, de « Variétés anecdotiques » où, l’an 1809, le comte Michel, justement vint prendre place. La malchance qui le poursuivait se reversa sur l’éditeur. Les frais surpassant le rapport, certain veto du Conseil intervenant par d’autres conjonctures, La Live d’Epinay suspendit la publication. Ecoutons-en l’ultime facétie 2.

« Le comte Michel de Gruyères avoit tellement le goût et l’habitude du libertinage, que ses malheurs et les années ne purent l’en corriger. Après sa déroute, il fut obligé d’abandonner ses états et de se réfugier dans une petite ville de France. Pendant le séjour qu’il y fit, il y devint /226/ éperduement amoureux de la femme d’un apoticaire, jeune et jolie. Une chaîne d’or d’un grand prix, qui lui était restée dans sa détresse, fut la récompense des bontés que cette belle eut pour lui pendant l’absence de son mari. De tous les serviteurs du comte Michel, un seul lui étoit demeuré constamment attaché dans son exil. Ce brave homme s’appelloit Michel comme son maître, autrefois son maître d’hôtel, et alors son seul domestique. Sa fidélité lui avoit donné le droit de vivre familièrement avec lui et même de le tancer quand il se livroit à ses passions. Le vieux Michel s’apperçut bientôt de la disparition de la chaîne. Le comte fut obligé de convenir, ou plutôt de lui avouer ce qu’il en avoit fait. Les reproches ne furent pas épargnés; le comte regrettoit sa chaîne, mais comment faire pour la r’avoir ? Le bon Michel, adroit et rusé, fut au nom de son maître prier la belle apoticaire de lui prêter un mortier pour piler ses drogues. Comme le comte se méloit aussi de chymie, elle ne fut point surprise de sa demande et le lui envoya. Le mari, de retour chez lui, s’apperçut de l’absence du mortier, et le demanda à sa femme, qui lui dit l’avoir prêté au comte qui en avoit besoin. Quelques jours après, l’apoticaire l’ayant fait réclamer, Michel le lui rapporta et demanda en même tems la chaîne d’or que sa femme, disoit-il, avoit exigé pour nantissement. Le mari gronda beaucoup sa femme d’avoir osé recevoir un gage pour avoir prêté son mortier au comte de Gruyères, qui les honnoroit depuis longtems de son amitié. La femme stupéfaite rendit la chaîne, mais en la remettant au vieux Michel, elle lui dit : — Tenez, portez cette chaîne à votre maître, mais dites lui bien qu’il ne sera jamais question entre lui et moi de pilon, ni de mortier. »

Bien que La Live d’Epinay ait rédigé l’épisode — il est de son style —, il ne l’a pas inventé. Il se piquait de recourir aux manuscrits que lui confiaient ses amis. L’avant-propos de 1806 annonçait « des anecdotes /227/ inconnues... toutes authentiques et inédites » 1. Que celle de Michel soit inédite, nous n’en doutons pas. Quant à l’authenticité, on ne saurait lui accorder qu’un sens fort restreint. Au lieu du serviteur Jérôme que le comte avait pour assistant, selon les dires de Battonat, apparaît un vieux maître d’hôtel qui nous reste inconnu. Ce n’est d’ailleurs que bagatelle. L’authenticité, car il y en a, est d’ordre littéraire; les lettres de naturalité sont signées de Boccace. La deuxième nouvelle de la huitième journée concerne, au Décaméron, M. de Varlogne.

Même rôle du séducteur, même naïveté de l’époux et, pour finir, même supercherie. Au lieu de la chaîne d’or, l’amant laisse en gage son manteau, après avoir emprunté le « mortier de marbre, sous le prétexte d’avoir du monde à dîner » (il en fallait alors pour broyer les épices). Puis il fait reprendre le manteau et rapporter le mortier. Sur quoi Belle-Couleur, la défaillante, reçoit une semonce maritale à cause de son insigne méfiance et feint, comme il se doit, la plus entière soumission. Mais Belle-Couleur et la Belle Apothicaire se ressemblent comme sœurs; de même les réponses qu’elles firent aux messagers. Pour la réplique de M. de Varlogne, le renvoi au Décaméron s’impose; on y parviendra sans peine.

L’identité du thème et du trait final ne doivent point précipiter les conclusions, car il est plusieurs degrés de parenté et rien ici ne prouve qu’elle s’établisse /228/ en ligne directe. Le conteur d’Italie invente moins qu’il ne recueille, et il se pourrait que cet ana ait couru le monde avant que l’artiste ne l’ait serti à sa manière.

Que la paternité lui en revienne ou non, le sujet (se non è vero...) a subi le sort des mots qui, au gré de la conversation, s’appliquent à des personnages toujours nouveaux. Il n’est même pas certain que M. d’Epinay se soit souvenu de Boccace qui nuance son récit champêtre d’un lavis délicieux. Du moins faut-il bien que, du Décaméron aux Etrennes, quelqu’un se soit trouvé pour savoir que Michel était ami des femmes, des chaînes d’or et du grand œuvre.

Et maintenant que s’achève le roman, disons adieu, il le faut bien, « à beaucoup de personnages ».

Le dernier ambassadeur de l’illustre et puissant seigneur au procès de Genève fut François de Montvuagnard. Avant de se faire enterrer auprès de ses père et mère dans l’église de Senoches, il pensa de léguer « son espée et sa dague dorée » à François de Beaufort, seigneur de Salagine, qui était son neveu et peut-être celui du terrible Amyed 1. /229/

En son naufrage, le comte Michel eut une bouée, ce fut Madeleine de Miolans, épouse d’un courage et d’une noblesse dignes d’un meilleur sort. Quant à l’ex-baron de Rolle, le faux comte de Varax, il reçut selon ses mérites. Madeleine le détestait et voyait en lui un des pires suppôts de son mari; elle ne se trompait guère, mais de brouiller les deux « frères » ne rendit pas la fortune à son époux 1.

La justice immanente voulut que la belle Marie abandonnât son ravisseur à l’ouragan pour chercher un soûlas tardif dans les bras de René comte de Challant 2. /330/

Le sire de Valangin, on s’en doute, n’aura pas été le dernier à mettre Beaufort à la raison. Avant de renoncer à ses prétentions ridicules sur le comté de Varax dont il n’osait porter le titre qu’en de rares occasions, Amyé gardera celui de baron de Rolle sous lequel il était généralement connu, alors même que la baronnie lui avait échappé. Il ne fera, ici encore, que suivre les traces de son cousin, le comte de Gruyère.

Au moment où les affaires de ce dernier devinrent désespérées, il tenta de rétablir les siennes en acquérant, coup sur coup, la seigneurie de Pontverre et la baronnie de Mont-le-Grand. Le 1er novembre 1554, LL. EE. de Berne lui accordèrent le lod de la baronnie, mais il ne put la payer. Elle reviendra donc dès 1558 au vendeur, le trésorier Jean Steiger qui racheta en même temps Rolle et Mont-le-Vieux aux créanciers 1.

Le baron n’était pas au bout de ses mécomptes et, somme toute, les Bernois se montrèrent envers lui meilleurs princes que son suzerain de Savoie. /231/ Le 10 juillet 1555, en effet, le duc Emmanuel-Philibert faisait donation à Noble Pierre Maillard de tous les biens confisqués « pour crime de rébellion sur Jean-Amé de Beaufort, et notamment la baronnie de Chevron, soit la part appartenant au duc et qu’il avait vendue audit Beaufort 1 ».

Cette vente remontait, semble-t-il, à la succession du premier mari de la douairière Catherine de Gruyère, en raison de droits que la Maison de Savoie avait sans doute évoqués. Ils n’étaient apparemment que ceux d’un coseigneur, ce qui n’empêcha pas Beaufort de se parer du titre. Mais qu’avait donc été cette rébellion dont le nouveau duc venait de le frapper durement ?

Quand Emmanuel-Philibert voulut rallier à lui les anciens vassaux de son père, il ne trouva pas partout l’écho qu’il espérait. La domination française ne s’y prêtait pas le moins du monde et le Roi avait /232/ peu à peu gagné par des faveurs la noblesse savoyarde 1. Beaufort lui avait donné, comme bien d’autres, ses préférences, ne se doutant pas que le duc en viendrait bientôt à récupérer la bonne part de ce qu’avait perdu son père. Obligé de choisir, il s’était apparemment refusé à lui rendre hommage et dut en supporter les conséquences.

Ainsi dépouillé, Amyé gagna peut-être les armées royales et son sort final nous échappe. Il ne reste de lui qu’un souvenir inattendu. Ses mariages 2 l’ayant laissé sans descendants, il en eut un tout de même. Il s’agit d’un certain Gauvin de Beaufort envoyé extraordinaire du duc de Savoie près de la Haute Diète suisse, durant la période de 1567 à 1572, et que les recès dénomment Walther de Roll 3. On ne saurait plus clairement témoigner de l’auteur de ses jours.

Et puisque la vertu entend être récompensée, François de Martine, gentilhomme d’Aubonne, lieutenant général de Gruyère, maître d’hôtel de René, sire de Valangin et comte de Challant, François de Martine n’eut pas à souffrir des revers de son ancien maître. On l’accusa d’y avoir un peu contribué; c’est être /233/ trop exigeant sur la morale. Il attendit que la faillite se consommât pour acquérir, aux plus heureuses conditions, la seigneurie de Bourjod que le baron d’Aubonne, frère de Michel, avait reçue naguère en apanage 1.

« Du corseyre à corseyre ne se peult perdre que les barriques. »

Les corsaires perdirent plusieurs barriques, mais aucune ne fut coulée; il se trouva toujours d’autres corsaires pour les repêcher.

Adieu enfin à George Battonat, seigneur de Laye, vicomte de Bourges, marqué au front de la clef et de l’aigle ! Ce marchand d’orviétan, capable de trouvailles, inventeur d’un procédé de blanchiment dont il se targuait fort, n’a été sauvé de l’oubli que par la terrible empreinte. Un hasard — quelques papiers échappés à la destruction — le fait revivre. Est-ce /234/ pour sa mémoire une chance ? Méritait-il davantage ? Bénéficions-nous, sans le savoir, de ses inventions techniques ? On l’ignorera toujours.

Que dire encore ? Les interrogatoires ne décèlent chez lui aucun de ces phénomènes d’exception dont la pathologie a le droit de se montrer friande. Pourtant la psychologie historique, qui contient aussi son chapitre des foules, ne perd rien à sa compagnie. En ce chaos magnifique auquel revient le nom de Renaissance, les formes et les idées se cherchent, se pénètrent; la raison, mal assurée, explore les fissures, s’infiltre comme une onde qui fera source.

L’alchimie se décante en chimie; elle dérive vers le faux monnayage dont la métallurgie tire profit. Astrologie, astronomie, science des nombres, divination, enchantements s’entremêlent, et la médecine et la pharmacopée sortent des mêmes élixirs, des mêmes cornues. Imagination, magie ne font qu’un. Le rêve et le calcul se confondent comme les vertus avec les filouteries. Morale, savoir expérimentent. Loi éternelle qui s’aperçoit mieux dans les cerveaux de jadis, parce qu’il est plus facile, en somme, de sourire du passé que du présent, d’autrui que de soi-même.

 


 

/235/

APPENDICE

LA GÉNÉALOGIE INCERTAINE DE BEAUFORT

Les épithètes affectives que se décernaient entre eux les Vergy, les Gruyère, les Beaufort ne mériteraient pas que l’on se mît martel en tête pour en donner raison, si elles n’impliquaient des éléments plus considérables. Nous avons évoqué, dans l’avant-propos, la révolution dont la défaite de Charles III, duc de Savoie, marque en Pays romand l’apogée. Le mot se passait de commentaires, la déchéance des dynastes que nous venons de quitter en tenant lieu. Il n’en demeure pas moins que les guerres de la Cuiller et des Peneysans eurent d’autres causes que la politique. La haine des gentilshommes qui, plus de cinquante ans, affrontèrent les bourgeois suisses et leurs alliés, recèle des éléments psychologiques et traditionnels moins faciles à percevoir. L’histoire a fait apparaître les raisons des conquérants plutôt que des vaincus. A révéler ces dernières, enfouies dans le subconscient collectif de la féodalité, les fouilles généalogiques contribuent.

Les Gruyère, les Vergy, les Challant, tous leurs cousins (Viry, Menthon, Blonay, La Sarra, Gingins, Beaufort, tant d’autres !) sont les derniers rejets d’un même arbre implanté en terre romande. Il est assez énorme pour attirer les regards; en revanche le pays — et plus précisément son aspect social — se voile sous ses ramures épaisses. Efforçons-nous d’en dégager quelques-unes. /236/

 

I. Les alliances Vergy-Gruyère.

Entre les Gruyère et les Vergy, les relations sont connues. Catherine de Gruyère et Pierre de Vergy, qui célébrèrent leur union en 1414, sont les ancêtres de Claude, maréchal de Bourgogne, et du comte Michel. Ce Pierre avait eu pour mère Marguerite de Duyn-Vufflens, dame de Champvent et de La Mothe, dont Louis de Neuchâtel s’était épris d’une passion tardive. Quand il disparut, elle était assez jeune, on le voit, pour assurer la dynastie des Vergy qui, de son chef, devenaient de grands seigneurs au pays de Vaud 1.

En 1520, lorsque mourut Guillaume, père de Claude et grand-père de Michel, il était seigneur de Vergy, Saint-Dizier, Champlitte, Fouvent, Autrey, Rigney, Montenot, Champvent, Montricher, La Mothe, etc., chevalier de l’Annonciade, maréchal de Bourgogne, lieutenant général des pays et duché de Gueldres et comté de Zutphen. Il avait combattu à Morat auprès du Téméraire 2, servi Louis XI et Charles VIII, passé à l’empereur /237/ Maximilien, traité combourgeoisie avec Berne et Fribourg 1. Ses alliances matrimoniales lui avaient profité; la première apportant la puissance, la seconde le bonheur, en la personne d’Anne de Rochechouart 2. Nul ménage ne trouva dans ses enfants plus de satisfaction; nul ne se trouva mieux réparti : huit enfants des deux sexes; quatre de l’un, quatre de l’autre. C’est à cette génération que se confirment les liens avec les Gruyère, de par les volontés du vieux maréchal.

L’ordre généalogique approximatif des garçons paraît être Claude, Jean, Antoine et Guillaume; ils seront les oncles de Michel, protecteur de Battonat. Jean disparut avant d’avoir atteint l’âge d’homme; Antoine, archevêque de Besançon, gouverneur de Charles-Quint, méritera le surnom rare de Père des pauvres. Un coadjuteur lui sera donné en 1529, en la personne du dernier prince-évêque de Genève, Pierre de la Baume qui lui succédera. Restent Guillaume et Claude.

Le premier semble avoir frappé vivement l’imagination de Michel qui l’imitera où il eût été bien inspiré de ne pas le suivre. Guillaume choisit le métier des armes, mais y réussit beaucoup mieux : il conduisit la cavalerie impériale à Pavie, sous les ordres de Peschiera. Comme la carrière militaire était onéreuse, il n’avait pas fait difficulté de vendre, le 18 juin 1521, à son beau-frère Jean de Gruyère les seigneuries de Bourjod, de Pailly, de Vuarrens, qui lui avaient échu en partage; mais il garda Champvent et, par Marine de Bourgogne, fille illégitime du Bâtard de /238/ Bourgogne, perpétua la race. Son fils sera chevalier de la Toison d’Or et gouverneur de Bourgogne 1.

Les plus bizarres circonstances ouvrent la carrière de l’aîné Claude qui, à l’âge de quinze ans, se voit promu comte de Gruyère ! Il y était, on le pense, pour peu de chose; la raison d’Etat le lui avait imposé. Le XVIe siècle commençait en pays romand sous de funestes augures, et peu s’en fallut que le décès du comte François III de Gruyère ne s’accompagnât d’une prise d’armes générale. Tous les féodaux de Savoie et de Bourgogne se divisaient, tandis que les Suisses multipliaient entre les camps les ambassades. L’héritière de la branche aînée était Hélène, une enfant sur qui sa mère, la comtesse douairière Claude de Seyssel, veuve du comte Louis, veillait farouchement. Le droit était pour elle; l’âge et la force pour le sire de Montsalvan, prétendant de la branche cadette.

Déjà le comte Louis avait pris ses mesures testamentaires afin de préserver les siens; sa veuve sut trouver appui auprès du maréchal de Bourgogne. Les deux maisons s’associèrent : on maria les enfants. Cependant que Jean de Montsalvan, qui connaissait ses Gruérins, les soulevaient contre l’étranger et s’emparait du sceptre. /239/

On ne s’obstina pas et Messire Guillaume trouva moyen de faire une paix favorable quand mourut prématurément la petite comtesse dépossédée 1. Son jeune mari abandonna titre et prétentions, dès que l’on eût pourvu aux intérêts communs. La sœur de Claude se nommait Marguerite : le maréchal leur père en accorda la main au fils du comte vainqueur, le futur Jean II de Gruyère 2. Et c’est ainsi que le sang des Vergy entrera de moitié dans les veines de Michel, de François et Françoise. Le 5 octobre 1523, Claude épousait en secondes noces Philiberte de Vienne et, fidèle à Charles-Quint, y trouva récompense. Gouverneur des pays et comté de Bourgogne dès 1537, il reçut la Toison d’Or en 1546 3.

Marguerite exceptée, on n’a rien dit encore des demoiselles de Vergy. Guillaume leur frère, baron d’Autrey, de Champvent, de La Mothe, nous les présentera. Prévoyant le cas où il décéderait sans hoirs naturels, il instituait, le 9 septembre 1525, à Champlitte, Claude son héritier universel, tout en laissant « à ses très chères et aymées seurs Dame Poline de Vergy dame de Viry, Damoiselle Roze de Vergy et Helène de Vergy dame de Robeiz, à /240/ chacune la somme de mille francs. Et aux enfans de feue Dame Marguerite de Vergey comtesse de Gruyère, semblable somme de mille frans » 1.

Marguerite de Gruyère était donc morte, mais Guillaume n’entendait point que ses enfants fussent prétérités. Rose n’avait pas encore d’établissement. La mieux partagée était alors Hélène qu’avait choisie le baron de Verchin, sénéchal héréditaire de Hainaut qui obtiendra, comme son beau-frère Claude, le collier de la Toison d’Or 2. Car déjà s’ébranlait la fortune des Viry à laquelle Pauline, depuis 1516, se trouvait liée 3. Cette fortune pourtant semblait solide; au siècle précédent, Amédée avait élargi ses terres vaudoises, acquérant d’abord en 1455 la seigneurie de Rolle dont il agrandit le château 4. En 1484 et de son aveu, son fils, du même prénom, prenait possession de Coppet qui appartenait à Armand vicomte de Polignac 5. /241/

Certes, il eut le bonheur de voir tous ses territoires érigés par lettres patentes en baronnie. Cependant les constructions de Rolle, de La Perrière plus encore, avaient coûté cher. L’argent de Pauline, on pouvait l’espérer, consoliderait les toitures, mais il eût fallu qu’il revînt à d’autres mains que du baron Michel ou du moins que ce Michel vécût en d’autres temps.

 

II. La parenté Vergy-Beaufort.

Jusqu’ici, rien qui ne soit parfaitement clair. Au contraire, dès que l’on touche à Beaufort tout devient obscur. Aucune alliance directe ne lia jamais sa famille à celle des Gruyère. Avec les Vergy, il n’en allait pas de même, bien que la parenté, pour n’être point fictive, remontât fort loin. Il est vrai qu’elle n’était pas de celles qui s’oublient, puisqu’elle rejoignait la branche capétienne des ducs de Bourgogne.

A la fin du XIIe siècle, en effet, Eudes III ayant répudié Mahaut de Portugal, avait convolé avec la belle Alix de Vergy dont le petit-fils épousa la fille de saint Louis ! Par les faveurs d’Eudes, les Vergy prospérèrent et le sénéchal Thibaut, neveu d’Alix, prit pour femme Elvis de Beaufort qui apporta à son mari les seigneuries de Vennes, de Saint-Julien en Genevois et le château de la Baume 1. Cela ne suffit pourtant pas à expliquer la tendresse dont Jean-Amyé était l’objet, tant des Gruyère que des Vergy.

En dépit d’efforts répétés, les géniteurs du baron de Rolle n’étant point identifiés, il n’est d’autre méthode que de poser les termes d’un problème qui se complique d’une double difficulté. Le première résulte du fait que la /242/ filiation des Beaufort est l’une des plus abstruses qui se puisse imaginer; la seconde que, simultanément, vécurent deux Jean-Amyé 1, à telle enseigne que, pour échapper à tout quiproquo, il faudrait, maintes fois, recourir à des archives actuellement inaccessibles. Quitte à n’établir que des probabilités ou de modestes vraisemblances, il convient d’assurer les données.

 

III. Les Beaufort de Salagine.

Jean de Beaufort, chancelier de Savoie, l’un des rédacteurs des célèbres Statuta Sabaudiae, avait un frère qui fut le chevalier Pierre, seigneur du Bois 2, décédé avant 1446. De ce Pierre (I) sont issus Pierre (II), seigneur du Bois et de Salagine, Claude, seigneur de Villarchabod et Louis, seigneur d’Héry, tous trois auteurs de lignées distinctes. Jean-Amyé ayant porté le titre de Salagine, c’est à cette branche que l’on doit s’attacher, à condition qu’elle se montre solide !

Pierre (II), qui fut bailli de Vaud, épousa Anne de Bussy et testa en 1483 3. Ils eurent cinq filles et trois fils dont deux perpétuèrent la lignée, Nicod et Pierre, coseigneurs de Salagine et du Bois. Le 15 août 1489, ceux-ci transigeaient avec des parents paternels 4. En 1519, après une intervention brutale dans la politique de Genève qui aboutit à la décapitation de Berthelier, le duc Charles III /243/ avait substitué Nicod de Salagine, son conseiller et chambellan, au vidomne Consilii 1.

Quand, en 1524, Hugues de Rougemont, seigneur de Verneaux, vint à son tour occuper le siège vidomnal, Salagine — s’il faut en croire un manuscrit de Bonivard — « estoit mort » 2. Quelle que soit la valeur de l’information, on ne sait désormais plus rien de ce Nicod, ni même s’il fut marié. On le peut supposer sans trop de risques, tant le célibat était contraire aux mœurs des laïcs. Les époux auraient-ils été emportés tous deux d’une épidémie, comme il en était tant, laissant un orphelin qui serait Jean-Amyé ? Mais poursuivons encore.

Pierre (III), le frère de Nicod, a laissé de plus nombreux souvenirs, puisque, depuis 1513, il était bailli de Vaud jusqu’à sa mort survenue en 1526 3. Seigneur du Bois et /244/ de Salagine, il convola une ou même deux fois. Sa première femme serait Eléonore d’Alma dite de Coudray; elle lui donna une fille Jeanne qui se maria en 1533. La seconde aurait été Françoise de Montchenu avec laquelle il vivait en 1510, achetant la seigneurie de Pontverre qu’ils revendirent bientôt et que Jean-Amyé rachètera quelque jour. Quant à la troisième, dont le comte de Foras croit deviner l’existence, nous ignorons son nom et son rang matrimonial, ce qui naturellement ouvre la porte à toutes les hypothèses.

Des trois fils du gouverneur de Vaud, l’aîné se nommait François, seigneur de la maison forte du Bois, coseigneur de Bozel et qui eut une fille 1; le second, Nicod (II) ou Nicolas, recevra Salagine en héritage et épousera, vers /245/ 1530, Marguerite de Coucy-Châteauvieux; le troisième, Nicolas, sera protonotaire apostolique.

A partir d’ici la dynastie des Salagine s’embrouille. Nicod (II) aurait eu Philibert dont l’alliance est inconnue et Guy, protonotaire apostolique; le fils de Philibert serait François (II), qui épousa Georgine de Montmayeur d’où provinrent Etiennette, femme dès 1586 de Jean de Beaufort d’Héry, puis François (III), décédé sans postérité, mais vivant encore en 1593. Salagine reviendra à sa nièce, fille d’Etiennette, qui l’apportera à son mari, François de Longecombe. Or elle se nommait Jeanne-Aimée; ses parents avaient-ils voulu rappeler la mémoire de l’ancien baron de Salagine ou de l’autre Jean-Amédée ? Le plus probable est quelle était filleule de sa cousine Jeanne-Aimée de Beaufort, femme de Charles-Emmanuel de Menthon 1.

Cherchant à placer le baron de Rolle dans la lignée de Salagine, Guichenon le donnait pour frère aîné de Philibert et de Guy. Le malheur est que ce tableau généalogique est impossible, car Jean-Amyé était contemporain d’une génération précédente : il appartenait à celle de François, seigneur du Bois, et de Nicod II de Salagine, lequel, d’après Guichenon toujours, devenait son père 2 !

En admettant donc qu’il eût des droits patrimoniaux à la baronnie de Salagine, Jean-Amyé ne pouvait être qu’un frère ou un cousin germain de Nicod II. Un frère... ou un cousin germain; les termes sont à serrer de près. Certes le gouverneur de Vaud, supposé que Jean-Amyé fût également son enfant, aurait pu doter ses fils d’une /246/ seigneurie indivise, restée à la descendance du seul qu'il en eut de légitime, c’est-à-dire Nicod. Mais le raisonnement ne peut se justifier que si, dans les actes citant les hoirs de Pierre (III), Jean-Amyé se trouvait associé. Et il n’y paraît pas.

On serait donc tenté de conclure qu’à la mort de son frère Nicod (I), Pierre (III) se serait approprié une part de Salagine, l’autre demeurant à Jean-Amyé, l’héritier direct du vidomne. Il n’est pas exclu cependant que Nicod (II), se trouvant démuni d’argent, ait vendu la copropriété de Salagine à un cousin d’une autre branche, en l’espèce Jean-Amyé, disposé à ce marché.

Encore faudrait-il situer ce cousin, assez rapproché pour s’intéresser à Salagine, alors que bien d’autres terres le pouvaient attirer. Et c’est là toute la question. On aperçoit d’ailleurs qu’admettre la filiation de Nicod I à Jean-Amyé ne résout point le parentage maternel du baron de Rolle qui eût éclairci ses affinités avec les Vergy et les Gruyère.

 

IV. Le « cousin » Jean-Amédée de Beaufort.

Nous ayons dit que, selon les généalogistes, deux Jean-Amyé coexistaient à la même époque. Encore faut-il être assuré que ces « cousins » sont bien distincts et que les actes qui leur sont dévolus ne recouvrent pas une seule et même personne. A ce pointage, on ne saurait se récuser.

L’ancêtre des Salagine, Pierre (II) de Beaufort, avait, nous l’avons vu, deux frères, Claude et Louis. C’est à la descendance de Claude que nous avons affaire. Ce seigneur de Villard-Chabot ou Villarchabod 1 eut six fils dont l’un des aînés, Jean, continua la lignée. Il épousa Françoise de Menthon, fille de Jean, cousin germain de Huguette, comtesse de Gruyère, qui fut grand’mère de notre comte /247/ Michel. Lorsque Jean de Beaufort testa en 1521, les deux époux avaient trois fils : Jean-François, Jean-Amédée et Pierre 1.

Le piquant de cette généalogie est que ce Jean-Amédée se trouverait, comme le baron de Rolle, apparenté aux Gruyère et aux Vergy, bien que de manière assez lointaine. Jusqu’au moment où testa sa mère Françoise, en 1543, l’on manque de renseignements sur sa carrière, puis l’on apprend que, le 23 juin 1548, il épousait Claudine de Menthon, fille de Jean seigneur de Rochefort, à laquelle il laissa ses biens l’an 1579, non sans avoir fait de nombreux legs pieux.

Ces précisions seraient de nature à nous confirmer dans l’idée que ce coseigneur de Villarchabod ne saurait s’identifier au baron de Rolle, si son mariage ne s’accompagnait d’incidents peu compréhensibles. Dans un acte du 18 juin 1547, Bernard baron de Menthon-Couvette, agissait au nom de sa femme Claudine de Menthon, veuve de Philibert de Colombier, qui se trouve être, un an plus tard, l’épouse du susdit Jean-Amédée, alors que le même Bernard de Menthon s’alliait en 1549 à Jeanne de Menthon-Lornay, avec laquelle il vivait encore en 1575 !

Le comte Amédée de Foras 2 avait donc quelque excuse à avouer qu’il lui était « impossible d’éclairer » cette position. Elle ne l’est guère de par la morale et la législation actuelles, et, pour dissiper l’équivoque, force est d’échafauder un roman où la filouterie en captation dotale ne serait pas exclue. On ne saurait s’en étonner si le Jean-Amédée était le baron de Rolle, coupable de rapt et capable de bigamie. Pourtant d’après la quittance /248/ dotale du 16 mai 1559, celui dont il est ici question portait le titre de seigneur de Villarchabod, de sorte que nous ne saurions poursuivre plus loin cette enquête en identification.

 

V. La parenté Beaufort-Menthon et l’énigme Louis de Beaufort.

La parenté qui unissait, de plusieurs façons, les Menthon aux Gruyère, aux Vergy et aux Viry, exige que l’on examine de plus près celle que les coseigneurs d’Aubonne avaient avec les Beaufort. La similitude des armes, la constance des alliances a répandu l’idée que les Beaufort et les Menthon avaient une même origine, et l’on sait que saint Bernard de Menthon tenait son prénom de Bernard de Beaufort son parrain, le cousin germain de son père 1. Vraie ou fausse, la prétention ne saurait influer sur la solution de notre problème, à propos duquel un élément reste à étudier.

Rattachons-le à Françoise de Menthon, épouse de Jean de Beaufort, les parents du Jean-Amédée, seigneur de Villarchabod. Son père était Jean, seigneur de Couvette et coseigneur d’Aubonne 2, et sa mère était née Jeanne-Françoise d’Aglié qui, en 1503, lui cédait des droits provenant d’une autre fille conventuelle. Cette grand’mère de Jean-Amédée de Villarchabod qui, retirée à Allonzier, vivait encore en 1527, était célèbre, « pour la quantité d’enfants et de petits-enfants qu’elle eut, si bien que, de son vivant on disait qu’une centaine de personnes pouvaient lui donner le nom de mère » 3. Le baron de Rolle était-il du nombre ? /249/

On ne sera pas surpris d’apprendre que Jeanne-Françoise s’était mariée au moins deux fois. Quand elle épousa Jean de Menthon, elle était veuve, dit-on, d’un Louis de Beaufort que Foras renonce à identifier 1. N’oublions pas néanmoins que la famille de Menthon compta plusieurs grands châtelains du pays de Beaufort qui était, comme l’on sait, une partie de la Tarentaise. Or il se trouvait qu’en 1463, un acte montre un Louis de Menthon au gouvernement de Beaufort. Quand il teste, en décembre 1465, il a deux enfants illégitimes et n’est pas marié. Cela ne signifie point qu’il ne l’ait été depuis, car il ne mourut pas immédiatement. En 1476 du moins, il n’est plus 2. Au reste, et bien que, selon la chronologie, il soit possible de chercher en lui le premier mari de Jeanne-Françoise d’Aglié, il ne l’est plus de lui donner pour fils Jean-Amyé qui était un Beaufort et non pas un Menthon. /250/

Où l’on reviendrait à la logique, c’est en faisant du couple Louis et Jeanne-Françoise les grands-parents maternels de notre Jean-Amyé. De leur union (non confirmée) serait née une fille qui aurait épousé Nicod (I) de Beaufort-Salagine, décédés l’un et l’autre coup sur coup, et laissant orphelin le futur baron de Rolle.

 

VI. Vérifications et preuves.

Quand les documents sont insuffisants, il faut au moins que le raisonnement fasse preuve. L’hypothèse y résistera-t-elle ? C’est ce qu’il demeure à vérifier.

Ce Louis de Menthon, grand châtelain de Beaufort, seigneur de Menthon (hommage du 27 août 1456) était en toute certitude le cousin germain d’Huguette, comtesse de Gruyère, fille de François de Menthon et de Jeanne de Varax (veuve en 1497); cousin germain aussi de Jean de Menthon qui épousera en secondes noces Jeanne-Françoise d’Aglié, veuve supposée dudit Louis, lequel avait pour puîné Bernard, seigneur de Pont en Ogo (en « Hugouz ») et de Dingy, chambellan et conseiller de son Altesse, assassiné en 1479 par Philibert de Compey 1. Bernard avait hérité de Louis les biens patrimoniaux, comme il se devait par le droit, si Louis n’avait laissé qu’une fille. Les biens passèrent ensuite à un troisième frère Antoine qui, en 1476, étant « majeur de quatorze ans », ratifiait l’abandon d’Aubonne. Enfin une sœur se trouve parmi les légataires de Bernard, Marguerite « veuve, avant 1487, de Georges des comtes de Valperga, seigneur du Villard-sous-Salève » (près d’Archamps) qui est sis dans la commune actuelle de Perrignier et n’était qu’une dépendance de la seigneurie d’Arvillard. George /251/ l’avait en effet acquise le 28 juillet 1446, et sa veuve Marguerite en resta propriétaire 1.

Si nous admettons, ce que nous avons à prouver, que notre Jean-Amyé soit le petit-fils de ce Louis et de Jeanne-Françoise, il se serait trouvé cousin au troisième degré de Michel de Gruyère et neveu du comte Jean II à la mode de Bretagne, enfin cousin issu de germain de Michel de Viry 2.

Neveu d’autre part et cousin de Françoise de Menthon (supposée sœur utérine de sa mère), il eût été aussi le cousin de son mari Jean de Beaufort. Accueilli par sa nombreuse parenté, le jeune baron de Salagine aurait même été choisi par ces époux pour parrain de leur héritier, son homonyme 3.

Dès lors, nous tiendrions la clef des épithètes de neveu données au futur baron de Rolle par Jean II de Gruyère, /252/ de cousin par Jean-Amyé à Michel, et de frère par Michel à Jean-Amyé, de fils par Claude de Vergy. Encore est-il que, pour ce dernier, l’interprétation se fait plus subtile. Le maréchal n’ayant point en ses veines du sang des Menthon, la parenté reculait jusqu’à sa commune ascendance avec les Gruyère, en sorte que le terme de fils se perdait dans le symbolisme.

Symbolisme assurément limpide si l’orphelin Jean-Amyé a passé son enfance auprès des « oncles et tantes » de Gruyère, de Viry, de Menthon. Lié de tout temps à Michel de Gruyère son contemporain, il avait bénéficié des mêmes protections, et Claude ne le voulait pas distinguer des neveux que lui avaient donnés la comtesse Marguerite et la baronne Pauline, ses sœurs. Ainsi s’expliquerait enfin que le Jean-Amyé de Beaufort, si choyé du maréchal de Bourgogne, se soit cependant implanté en terres savoyardes et non d’outre-Jura : Salagine lui étant venu de son père, Rolle et Coppet de son cousin, Pontverre de son oncle paternel le bailli de Vaud.

On ne manquera pas de penser qu’un tel déploiement d’ingéniosité eût mérité des résultats plus substantiels. Nous ne sommes point parvenus, en effet, à des preuves. Toutefois, la réserve que l’on doit observer honnêtement envers les affirmations hâtives n’annihilent pas les assurances que procure la conjonction des faits et de la psychologie. Il est à propos maintenant de les produire.

On ne saurait nier que la jeunesse de Beaufort n’ait été dominée par une passion persistante : la haine des Genevois. La guerre de la Cuiller dont il est un des principaux fomentateurs n’en donne qu’une raison lointaine, aussi lointaine que le sont de Genève les terres de Salagine, de Rolle ou de Coppet. L’acharnement de Jean-Amyé a toute l’apparence d’une vieille rancune. Où s’alimenterait-elle mieux que dans les malheurs de Nicod, s’il était bien son père ? Et ces malheurs sont assez notoires. /253/

L’époque où le sire de Salagine siégeait au vidomnat était mauvaise et la charge délicate. S’il n’avait eu affaire à une cité en effervescence ou s’il eût été le mandataire d’un autre que de Charles III, il s’en fût acquitté peut-être à son avantage. Mais ses intérêts étaient ceux de son maître qui, sans nul doute, lui avait donné mission de surveiller ses adversaires. Le moindre incident devait mettre le feu aux poudres.

Il se manifesta de manière fort inattendue, le jour des Rois 1521 où Matthieu de Confignon assassinait en pleine procession un habitant de Bonne, Jean Goudier, avant que les syndics ni le sire de Salagine n’aient eu le temps d’intervenir. Le duc de Savoie, aussitôt avisé, voulut tirer profit de cette aubaine. Accusant les eiguenots de complicité, il manda au vidomne des lettres de prises contre dix-huit d’entre eux; les supplices commencèrent, suivis de deux exécutions capitales 1.

Les choses prenaient sinistre tournure, et l’on comprend que Pierre de la Baume, le coadjuteur nouvellement désigné, se soit employé à provoquer une détente, conforme à sa nature et à ses intérêts. L’occasion s’en trouva lors du Te Deum célébré le 25 janvier, après qu’il eut prêté serment 2. S’interposant entre le duc et la ville, il laissa le soin à Bezanson Hugues d’amener à composition le parti eiguenot irrité, tant et si bien que, le 5 février, le vidomne put trinquer avec Hugues et les syndics, en signe de réconciliation 3.

Qu’aurait-on pu souhaiter de mieux, s’il suffisait d’un verre pour oublier le sang versé ? A tort ou à raison, Nicod, /254/ en qualité de premier officier ducal, restait compromis de la lugubre aventure, et il n’y a pas de quoi surprendre que, se pourvoyant d’un châtelain, il ait désiré s’éloigner.

Par malheur, l’absence lui fut fatale 1. Le 21 décembre 1521, lit-on au Registre du Conseil de Genève : « Vu que, plusieurs fois, des plaintes se sont élevées quant aux oppressions indues faites par les officiers du vidomnat, contrairement à la forme des franchises, que l’on écrive au seigneur de Salagine qui est à Rumilly et qu’on le prie de ne pas amodier l’office du vidomnat sans en parler auparavant aux seigneurs syndics. »

Il est probable que Nicod fut alerté. Le 23, nouveau débat où il semble que son arrivée est attendue : les syndics sont chargés de lui parler clairement. Le 27 : « Dès que le seigneur de Salagine sera venu, ils auront à lui faire connaître les abus qui se passent et qui se sont passés. » Le 31 décembre, il est dans les murs : « Qu’il lui soit rendu visite par les seigneurs syndics. » L’entretien dut être orageux, et la leçon mal entendue, car la mention suivante et dernière du protocole officiel porte, au 29 mars 1522, ces mots décisifs : « Que l’on ne réponde rien au seigneur de Salagine 2. »

Sa mauvaise humeur et son verbe haut lui coûtèrent sa place. C’est ce que déclare, en termes peu flatteurs et à peine voilés, le préliminaire par lequel le duc, « ayant appris que les officiers épiscopaux s’immisçaient dans les causes profanes par la carence de vidomnes d’assez piètres capacités », fit annoncer aux syndics la nomination de son successeur Hugues de Rougemont, seigneur de Verneaux 3 ! /355/

M. de Salagine avait donc achevé, et fort mal, une carrière qui s’annonçait brillante. Comme il se concevrait que ses descendants, s’il en était, aient voué aux gémonies la ville qui lui avait été fatale ! Or, entre tous les Beaufort, un seul épouse avec ardeur sa querelle, et c’est précisément Jean-Amyé. Qu’est-ce à dire, sinon qu’il entendait régler des comptes pour tous les déboires qu’avait subis son père et dont il ressentait lui-même les disgrâces ?

Au contingent hostile des proches voisins, il apporte celui de ses intimes, Michel de Gruyère, les Viry qui n’osent revenir à Genève où ils possèdent des immeubles, d’autres encore qu’il serait possible de situer en poussant l’enquête. La guerre féodale de la Cuiller se doublait d’une querelle de famille.

L’on n’a pas oublié d’autre part que, l’an 1552, le comte de Gruyère était, au château de Senoches, l’hôte de François de Montvuagnard, lequel avait pour mère Claudine de Beaufort, sœur de Nicod et de Pierre 1. Tout concourt pour nouer à la même souche des rameaux que nous connaissons désormais. Chez le cousin germain de Jean-Amyé, Michel était chez lui. Serait-ce imprudent de conclure que la filiation de Nicod à Jean-Amyé, probable par la généalogie, devient évidente par la contexture de l’histoire ?

On ne saurait certes s’avancer autant à propos de la filiation maternelle. Que si le détour par Jeanne-Françoise d’Aglié paraissait trop aléatoire, il ne resterait plus, /256/ semble-t-il, qu’un moyen, le plus audacieux et le plus bref : le voici.

Pour que Jean-Amyé fût vraiment le neveu du comte Jean II de Gruyère, le cousin germain du comte Michel et le fils de Claude de Vergy, il n’est d’autre supposition à faire que la bâtardise. Seulement elle ne pouvait être directe; le bâtard de Claude ne serait pas appelé Beaufort. En revanche Guillaume IV, père de Claude, avait des enfants illégitimes. Les ducs de Bourgogne, ses souverains, en avaient donné l’exemple et ne s’étaient pas fait faute d’apanager ceux qu’ils avaient eux-mêmes.

Guillaume eut donc Girard qui devint écuyer « d’escuyerie » de la duchesse de Lorraine et fera souche fort honorable. Il eut aussi Jeanne qui, en 1507, était mariée à l’écuyer Jean de la Haye 1, seigneur de Trasiley; outre cette fille naturelle, on serait contraint de supposer qu’une autre, dont les preuves font maintenant défaut, eût épousé Nicod de Salagine auquel nous revenons nécessairement. Cette inconnue se fût trouvée la demi-sœur de Claude, des dames de Gruyère et de Vergy, et par le fait Jean-Amyé eût été très réellement leur neveu.

Car, dans la progéniture légitime de Guillaume et d’Anne de Rochechouart, on ne trouve pas de mère au baron de Rolle. Au reste, le vidomne de Salagine eût été, pour les filles du maréchal Guillaume, un bien pauvre parti; mais vu les mœurs du temps, on peut dire aussi bien qu’une bâtarde de Vergy eût mal convenu à un conseiller et chambellan de son Altesse le duc de Savoie.

Il ne nous est pas possible de pousser davantage ce calcul des probabilités; tout au plus oserons-nous prétendre qu’une filiation maternelle par les Menthon apporte des conclusions qui n’ont rien de chimérique et satisfont aux exigences de l’entendement. En dépit des erreurs que nous aurions commises, nous aurons du moins touché du doigt le réseau dynastique dont les maillons couvrent /257/ les deux versants du Jura. Aucune barrière nationale ne paraît : la Franche-Comté, la Bresse, Vaud, la Savoie sont encore des fiefs entremêlés du vieux royaume de Bourgogne.

En quoi, sur cette terre romande où les Suisses implantent leurs soldats et leurs administrateurs, s’affrontent deux mondes, le féodal qui fond comme neige au soleil et le bourgeois. Un étonnant démiurge inspire l’esprit politique de Berne et de ses alliés. A l’observer sans parti pris, on le voit instaurer un état social qui, au cœur de l’Europe, place la Confédération aux avant-gardes et, bien plus qu’on ne s’en doute, continue à la régir aujourd’hui.

 

VII. Schèmes généalogiques.

Afin de clarifier, aux yeux du lecteur, une contexture compliquée, nous nous proposons, à l’aide des ouvrages dont nous avons donné référence, d’établir les relations familiales de Jean-Amyé de Beaufort. Nos schèmes ne sont point des tableaux généalogiques au sens habituel du mot, puisqu’ils associent l’hypothèse aux données documentaires. Ils ne méritent que le nom de tables synoptiques où se rectifient certaines inexactitudes antérieures, mais où prennent place également les suppositions évoquées ci-dessus.

Quitte à nous répéter, si les chaînons par lesquels Jean-Amyé s’attache à sa famille paternelle paraissent désormais sûrs, on n’en peut dire autant des chaînons maternels. Il est donc bien entendu que la filiation par les Menthon, toute formée qu’elle soit d’éléments précis, ne reste pas moins virtuelle. Nous la donnons pour une solution vraisemblable et logique du problème qui consiste à justifier historiquement les épithètes familiales que décernaient à Beaufort les Gruyère et les Vergy.

Que l’avenir l’infirme ou le confirme, cet abrégé, en servant de plan provisoire, n’aura pas été — nous l’espérons — tout à fait inutile.

 

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I. ASCENDANCE PATERNELLE ET COLLATÉRALE DE JEAN-AMYÉ DE BEAUFORT, BARON DE ROLLE

Ascendance de Jean-Amyé de Beaufort
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1 D’après Foras, t. I, p. 148-149. — Nous arrêtons évidemment les lignées à la génération de Jean-Amyé.
2 Pierre fut précédé de Jean, prieur de Bellevaux en 1473. Un cinquième fils, François n’eut pas de postérité.

 

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A. Branche d'Héry.

Branche d'Héry
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1 Il a pour frères François, religieux, et Claude, sans postérité. — On ne sait si Laurent, seigneur d’Epigny, est un frère ou un fils de ce Louis. Il eut Antoine qui épouse Claudine de Charansonnay, sans descendant mâle.
2 Barthélemie et Jeanne.
3 Bernarde épouse Christophe d’Angeville; Claudine épouse François Mestral, seigneur de Chesnay (1527).
4 A une fille Françoise.
5 Dont Antoine, baron de Montailleur, et Jean, coseigneur d’Héry, etc. Les deux frères n’eurent que des filles dont les aînées se nommèrent Jeanne-Aimée l’une et l’autre. La fille d’Antoine et de Françoise de Grilly épousera en 1615 le baron de Confignon, Charles-Emmanuel de Menthon. Celle de Jean et d’Etiennette, dernière des Beaufort-Salagine (vivant encore en 1603), fut à la fois dame de Salagine et de la maison-forte de Beaufort. Elle testa en 1641 — nous l’avons dit plus haut — en faveur de son époux François de Longecombe, seigneur de Peyzieu de Thoy, à la condition qu’il portât désormais le nom et les armes de Beaufort, et spécifia sa volonté d’être inhumée dans la chapelle de sa famille, en l’église de Rumilly. Les restes du fameux baron Jean-Aimé y reposeraient-ils ?

 

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B. Branche de Villarchabod.

Branche de Villarchabod
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1 Claude eut trois filles, Jeanne, Bertrande, Antonie, et trois autres fils, George, dans les ordres, Claude et Louis sans postérité. — Cf. Foras, t. I, p. 151.
2 Ils ont pour filles Mye qui épouse Pierre de Monthoux en 1514, Antonie, femme d’Antoine de Moyria (1527), Antoinette, femme d’Amblard de Lucinge (1534). En outre, Jean a un fils naturel, Claude, mort sans postérité.
3 Qui eut quatre enfants dont Gaspard, coseigneur de Beaufort (1612). Cf. Foras, t. I, p. 154.
4 Fille de Jean de Menthon-Rochefort; elle était veuve de : 1° Philibert de Colombier, seigneur de Vufflens; 2° Bernard de Menthon, dont elle eut des enfants. De Jean-Amédée elle eut Françoise, dame de Villarchabod, qui épouse, en 1569, Sébastien-Balthasard de Montvuagnard, seigneur de Boëge, sans postérité. Avec Françoise se termine la lignée des Beaufort-Villarchabod.
5 Mort jeune; eut une sœur Françoise qui, en 1566, épouse Pierre de Gumoëns.

 

/261/
C. Branche de Salagine.

Branche de Salagine
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1 Cf. MDR, t. XXIII, p. 483; Foras, t. I, p. 152. — Les époux eurent, de plus, un fils Guigon, mort jeune, et quatre filles, toutes citées au testament de leur père en 1483. Georgette épousera Nicolas de Chambut, seigneur de Conflens; Jeanne : Claude de Mouxy; Jacquemine : Amédée de Crecherel; enfin Claudine que nous avons rencontrée, et dont ses frères Nicod et Pierre constituèrent la dot. Femme en 1499, de Claude de Montvaagnard, seigneur de Senoches, elle eut plusieurs filles et trois fils : François, seigneur du lieu, mourut avant le 21 octobre 1560. Cet hôte de Michel de Gruyère était donc, selon notre thèse, le cousin germain de Jean-Amyé de Beaufort-Salagine. Cf. Foras, t. IV, p. 178, art. Montvuagnard.
2 Une étude attentive prouve que Nicod fut certainement l’aîné et qu’il dut avoir la seigneurie de Salagine en partage parce qu’elle était plus importante que Bois, sous réserve des droits que Pierre fit sans doute valoir après la mort de son frère.
3 Nous pouvons supprimer désormais certaines réserves de Foras (t. I, p. 152 n.) et éliminer les erreurs de l’abbé de Comnène qui fait de Pierre un comte de Rolle et Coppet. — Les filles de Pierre qui seraient cousines germaines de Jean-Amyé, étaient Marguerite, femme de Claude de Lucinge (elle testa en 1594), Françoise, religieuse, et Jeanne, femme de François de Thoyre, coseigneur de Bozel. A l’exception de Jeanne, on ne saurait dire quelle fut la mère de chacun ni de chacune.
4 Les conjoints eurent une fille Louise-Charlotte qui épousera Philibert de la Villane, seigneur de Laudes, lequel deviendra de ce chef seigneur du Bois.
5 De Philibert dont l’alliance est inconnue procéderait, selon Guichenon, François qui épousa Georgine de Montmayeur. Le couple aurait eu Etiennette que nous connaissons, femme en 1586 de Jean de Beaufort d’Héry, puis François, seigneur de Salagine, décédé sans postérité après 1593. Salagine revint à sa nièce Jeanne (-Aimée) de Beaufort d’Héry, qui légua la seigneurie à François de Longecombe, son mari.

 

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Position synoptique des trois branches.

Position synoptique des trois branches
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II. ASCENDANCE MATERNELLE HYPOTHÉTIQUE DE JEAN-AMYÉ DE BEAUFORT, BARON DE ROLLE

Ascendance maternelle de Jean-Amyé de Beaufort
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1 Cf. Foras, t. III, p. 419-421.

 

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A. Branche de Menthon.

Branche de Menthon
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1 On lui connaît deux enfants naturels, Rodolphe né en 1453 qui teste en 1523, Barthélemie qui épouse un sieur Vindret. D’après le testament du 29 décembre 1465, en faveur de son frère Bernard, Louis n’était pas marié. Le danger que faisaient courir les épidémies rendaient les testaments fréquents; mais ils n’étaient pas tous faits in extremis; si Louis, déjà grand châtelain de Beaufort en 1463, s’est marié, sa vie conjugale fut brève. En 1476, Bernard désignait pour héritier son frère Antoine, qui n’avait que onze ans; Louis était donc mort et Pierre, fils de Bernard, également. — Les trois frères avaient encore deux sœurs : Marie qui épouse Pierre de Duyn, seigneur de la Valdisère. et Marguerite, veuve, avant 1487, de George de Valpergue, seigneur de Villard-Arvillard.
2 Rappelons qu’Antoine de Gingins, chambellan puis président du conseil ducal de Savoie, maître des requêtes de Charles VIII, fut le frère d’Aymon, abbé de Bonmont, élu de Genève et dernier grand vicaire avant la Réformation. Quant à François de Gingins, fils de Bonne de Gruyère, sœur du comte Jean I, et quant à Marguerite, sa femme et cousine, ils se retirèrent à Genève où elle décéda en 1537. Leur rejeton Jean-François, baron de la Sarra et de Divonne, naquit à Divonne en 1526, et mourut à Genève en 1562, dans la religion réformée. Il avait été placé sous la tutelle de Michel de Gruyère qui en profita pour le spolier. Cf. Recueil de généalogies vaudoises, t. II, p. 65-66, 68, 73, 75, 76, art. de Maxime Reymond.

 

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B. Branche de Duesme.

Branche de Duesme
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1 Cf. Foras, t. III, p. 422-424. — Outre les enfants ci-après, les époux eurent un fils Pierre, mort sans postérité, et deux filles Julienne et Isabelle, religieuses.
2 Ils eurent pour fille Catherine, religieuse au couvent d’Estavayer. Cf. Foras, t. I, p. 217, art. Blonay.
3 L’époque, même approximative, de ce mariage n’est pas actuellement fixée.
4 Les époux eurent trois filles, Jeanne qui épousa, en 1503, Pierre de Bussy, Philippine-Louise qui épousa Benoît des Clets, et Françoise, religieuse.
5 Ils eurent trois filles dont Louise, qui épousa en 1550 Jean de Chevron-Villette,
6 Les conjoints eurent deux fils Jean-Michel, décédé en 1568, Jean-François décédé en 1602, qui épousèrent deux sœurs de Joffrey.

 

/265/
C. Branche de Couvette.

Branche de Couvette
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1 Cf. Foras, t. III, p. 426. — Louis n’eut que deux filles, Claudine qui épousa Nicolas de Cerisier, et Henriette qui épousa Dominique de Léard.
2 Elle fut suivie de Bernarde, abbesse de Ste-Catherine d’Annecy, et d’un frère Claude, sans postérité. Une sixième fille, Barthélemie, épousa Mainfroy de Salins (1510).
3 Nous ne donnons ici que les deux chefs de maison; pour complément, voir ci-dessus : Beaufort B.

 

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D. Branche d’Aubonne-Rochefort.

Branche d’Aubonne-Rochefort
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1 Cf. Foras, t. III, p. 427. — Jean eut une fille Louise qui, en 1462, était fiancée à Jean de Neuchâtel, seigneur de Vaumarcus. Cf. L. de Charrière, Aubonne, MDR, t. XXVI, tableau IV.
2 Jean de Menthon eut pour fille cette Claudine qui épousa successivement Philibert de Colombier, seigneur de Vufflens (1543), Bernard, baron de Menthon (20 février 1547) et aussi ( ?) Jean-Amédée de Beaufort-Villarchabod (23 juin 1548).
3 François, époux de Gabrielle de Rivoire, aura de la descendance; avec ses frères, il vendit en 1552 la vidomnie de Morges aux Bernois; Claude vendit la coseigneurie d’Aubonne en 1556 à Jean de Lettes, baron d’Aubonne, et devint prieur de Belley; Jacques testa, l’an 1587, en faveur de Françoise de Beaufort, sa sœur utérine (fille de Jean-Amédée de Villarchabod); voir : Beaufort B.

 

/267/
Aperçu hypothétique en lignée maternelle des relations familiales de Jean-Amyé de Beaufort, baron de Rolle, avec les Viry-Vergy- Gruyère, etc.

relations familiales
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En conclusion, si la parenté maternelle par les Menthon est exacte, Jean-Amyé ou Jean-Aimé de Beaufort-Salagine était cousin issu de germains de Michel baron de Viry qui l’appelait son frère, et cousin au troisième degré de Michel comte de Gruyère, son ami d’enfance, comme tel fils affectif du Maréchal de Bourgogne dont les deux sœurs étaient tout proches de Beaufort par leur mariage.

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Sceau de Jehan Aymé baron de Beaufort
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Pl. VIII. — Sceau de Jehan Aymé baron de Beaufort

obligeamment relevé par M. Donald L. Galbreath, d’après une lettre du 7 décembre 1547
(Archives d’Etat de Berne, Sach Greyerz). Module : 4 cm.
Les armes de Beaufort sont de gueules au lion d’argent; cimier : le lion issant.

 


 

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PIÈCES COMPLÉMENTAIRES

 

I

LE MARIAGE DE BATTONAT

Sous un libellé de fortune, tracé au crayon (« Affaire civile retiré du pourrissoir en 1879 » !), vient de se retrouver l’attestation matrimoniale signée de dix témoins, à laquelle les Défenses de Battonat faisaient allusion 1. Datée du 5 octobre 1552, elle fut établie dans l’étude de Me Ozias Reynaud, licencié en droit, juge ordinaire de la ville d’Alais, sur un plan de commande où le texte se répète à quelques variantes près.

« Inquisition secrète faicte pour la partie de damoyselle Jacquete du Mazour de la ville d’Alex avec les tesmoings que ont esté adminnistré, qui ont deppousé comme s’ensuit sur le contenu en la requeste pour lad. du Mazour presentée comme est cy attesté,
L’an mil cinq cent cinquante deux et le cinquiesme jour du moys de octobre, dans la ville d’Alès et maison de monsr Me Ozias Reynaud, licencié ez droictz, juge ordinaire dudt Alez et par devant luy :

I. Noble Loys de Potiurel, Seigneur de Broz et viguier du comté d’Alès, eaigé comme il a dict de cinquante ans ou environ, memoire de quarante, tesmoing adminnistré, jure aux sainctz euvangilles de dieu dire verité, et, sur le constitut en la requeste, ouy et examiné,
Dict qu’il seroit notoire en la ville d’Alez damoyselle Jacquete du Mazour estre mariée avec ung nommé Le Viscomte de Borges, de son nom et surnom ne sçauroit depposer, /270/ despuis neufz moys ença, lesquelz Viscomte et du Mazour, puys leur mariaige consommé, auroient demeuré ensemble au mas de Caumons 1 distant dud. Alez d’ung quart de lieue; ledict Viscomte ayant et tenant serviteurs et chevaulx, payant et satisfaisant ce qu’il acheptoit comme il a ouy dire. Toutesfoys ne l’auroit le depposant anté [hanté] ny frequenté, qu’est cause qu’il ne sçauroit deppouser de sa vie et conversation, et ne luy auroit veu fère chouse sinistre et mauvaise. Et seroit verité que lad. du Mazour seroit filhe de Loys Mazour, borgeoix dudt Alez, alyez et parans de la plus grande partie des plus apparans de lade ville d’Alez, gens de bien et d’honneur. Le sçait le deppousant comme habitant dudt Alez. Et plus n’en dict, fors que ce dessus contient verité et c’est signé L. de Pioterel 2. »

Ij. Maistre Jehan Bonyer, licencié en medicine », habitant d’Alais, âgé de trente-huit ans ou environ, « dict estre veritable qu’il y a neufz moys qu’il a cogneu ung nommé le Visconte de Borges, nommé en la requeste, l’ayant anté et frequenté plusieurs foys despuis ledt temps, durant le quel il l’a cogneu estre homme de bien, de bonne vie et conversation, homme bien entendu et docte et autrement versé en l’escripture saincte et autres bonnes lres, comme il demonstroit par son propoux, estant aussi fort charitable envers les povres ausquelz auroit acoustumé fère plusieurs aulmosnes, comme il avère. Et le quel, despuis ledt temps, se seroit retiré en la ville d’Alez où se seroit marié avecques damoyselle Jacquete du Mazour, filhe ainée de Loys Mazour borgeoix de lad. ville, ayant esté le deppousant presant à la solanpnisation dudt mariaige en l’esglise parochielle dudt Alez, et despuis a cohabité avec sad. femme, tant audt Alez que mas de Caumons, vivantz honestement, sans fère tort à personne que le depposant sçaiche, entretenant valletz, chambrières et chevaulx, de son bien et argent bien payant et satisfaisant les avivres [vivres] qu’il luy estoient necessaires sans qu’il y en aye ouy plaindre personne. Et lequel Mazour seroit homme de bien, paranté de gens de bien de lade ville, vivant honestement comme il avère. Et plus n’en dict, fors que ce dessus est vraye. C’est signé Bonnier. »

IIj. « Sire Jehan du Pont, marchant, natifz et habitant » d’Alais, âgé de quarante-cinq ans ou environ, a ouï dire, il y a sept ou huit mois que le vicomte avoit épousé Jacquete du Mazour, « filhe à maistre Loys du Mazour. » Le « bruit, voix et famme publicque est en la ville d’Alès qu’il a demeuré /271/ avecques elle, l’entretenant, ensemble valletz, chambrières et chevaulx au lieu de Caumons près lad. ville. » Il lui arrivait d’envoyer ses domesticques en ville, parfois « à la boticque du depposant » auquel ils « payoient fidellement ce qu’ilz prenoient, leur ayant plusieurs foys baillé exchange en monoye des escuz qu’ilz presentoient sans que jamais il aye esté deceu d’eulx, ne aussi ouy dire que veritablement aucuns s’en soyt plainct, ne semblablement sceu, ouy et entendu que ledt Viscomte aye faict ou commis acte que ne soit d’homme de bien. » Après avoir déclaré, comme dessus, que du Mazour avait bonne réputation, « Jehan Dupont » apposa signature.

IV. « Noble Jehan de Bony, natifz et habitant » d’Alais, âgé de quarante ans, atteste que le vicomte a épousé Jacquete et qu’il a été présent « à la solenpnisation dud. mariaige en l’esglise paroichielle dudt Alez », que le vicomte a entretenu sa femme, ses valets, etc., « faisant sa demeure au lieu de Caumons, près lad. ville, y se norrissant de son train, bien et argent, envoyant querir en lad. ville ce qui luy estoit necessaire payant d’entier ce qu’ils prenoient... » Le déposant n’a jamais entendu formuler de plainte; il le tient pour homme de bien, comme son beau-père, « maistre Mazour », qui est « de bonne repputation, bien paranté en lad. ville, comme il avère », et il signe « Debony ».

V. « Maistre Dominique de Montelz, natifz et habitant » d’Alais, âgé de trente-huit ans (il signe « Demontelz »), n’apporte pas un mot nouveau.

VI. « Jehan Vieulx, appotticaire de la ville d’Alez » (quarante-quatre ans) connaît le vicomte depuis neuf mois. Il n’a « jamais ouy ny entendu véritablement chose sinistre de luy et qu’il aye faict acte digne de reprehension, disant bien cognoistre ledt Me Mazour son beaupère qui seroit bien vivant et honorable ». Reprenant la ritournelle sur les mariés et leur train, le témoin signe « Jehan Vieux ».

Vlj. « Sire Glaude Ayraguu, marchant » d’Alais, âgé de cinquante ans, « dict qu’il y a envyron neufz ou dix moys qu’il auroit veu ung nommé le Viscomte de Borges... mais de son nom autrement ne sçauroit depposer » « et fust le bruit » que ledit « print en mariaige damoyselle Jacquete du Mazour suppliante ». Il « l’a veu demeurer certain temps en lad. ville et après » au « lieu de Caumons », etc., sans plainte de personne. Signé « Glaude Ayragut ».

Vllj-x. « Maistre Jehan Catrebar, notère Royal, habitant de la ville d’Alez, eaigé comme il a dict de quarante six ans », « Sire Cristofle Rat marchant » (cinquante ans) 1, « maistre /272/ Pierre Borgeoix, chirurgien, habitant » (trente-huit ans) 1. parachève la monotone série des témoignages, auxquels le juge appose son paraphe : « Ainsin que dessus est contenu en sing precedantz feulhetz, au present comprins, ont dict et deppousé les dix tesmoingz dessus nommés, par moy ouys et examinés

O Reynaud/Judex.
Moy escripvant Pichon ».

Le but de cette longue déposition est clair. Préparée à la requête de Maître du Mazour, elle doit attester la légitimité du mariage de sa fille (deux témoins ont assisté à la cérémonie), démontrer que le vicomte entretenait sa femme et sa domesticité, qu’il était solvable et honnête, enfin que les du Mazour étaient gens d’honneur.

Aucun des témoins n’omet les belles alliances de la famille, ni les valets, chambrières et chevaux, mais aucun ne connaît les antécédents de Battonat, ni même son identité : on ignore son nom; le vicomte de Bourges est dépourvu d’ascendance.

Le viguier de Pioterel, premier de la liste, est sans doute le plus considérable des assistants; il en est aussi le plus réservé. Le second, Bonnier, est une relation personnelle du vicomte; il a goûté sa conversation, son érudition; il atteste sa libéralité. On s’attendrait, par ailleurs, à ce que ce licencié en médecine donnât des précisions sur la science de son ami, mais pas davantage que le chirurgien Bourgeoys ou l’apothicaire Vieux, il n’en souffle mot.

Le marchant Dupont a été certainement prié de parler de monnaie; son opinion est d’importance aux yeux du beau-père; or, affirme-t-il, les domestiques payaient bien, et ne le trompèrent jamais. Quant à l’apothicaire, il n’a point « entendu véritablement chose sinistre » sur le vicomte, ni qu’il ait commis « acte digne de reprehension », formule où se peuvent glisser quelques sous-entendus.

On ne manquera pas d’observer enfin que les principaux magistrats d’Alais ne figurent pas au nombre des témoins. Il demeure cependant que le mariage avait été célébré à l’église et qu’il avait été consommé. /273/

 

II

INTERROGATOIRES DE REYMOND, DOMESTIQUE DE GEORGE BATTONAT

Le domestique illettré de Battonat était un méridional doté d'une prononciation telle que la Justice ne parvint pas à noter son nom; les consonnes se perdaient dans un roulement lingual, il ne restait — et encore ! — que les voyelles. Après une première tentative, on avait cru comprendre Ranolt, puis on était passé à Rebouc, et l'on finira par Dragioz.

Nous avons relaté ses dépositions des 9 et 12 septembre 1552 1. Le 27 de ce mois 2, à la question « si led. de Laye laissa point de serviteur en sa maison ? » Reymond « respond que ouy, ung nommé Anglober » et il ajoute que « l'aultre serviteur qui estoit avecq luy... avoit nom Jehan Grasset ».

Maintenu à la disposition de la Seigneurie, l’homme demeura incarcéré quand, le 19 novembre 3, elle pensa l'élargir, pour autant qu'il payerait ses dépens. Par malheur, c’était là ce qu’il ne pouvait; il fallut donc qu’il patientât. Le froid venant, on comprend que, le 2 décembre, il ait donné de la voix 4 !

« Reymond Rebouc serviteur du visconte detenuz. — Ayant entendu la supplicaiton dud. Reymond tendant aux fins de le libérer des prisons, non obstant qui soit esté condampné es despens, veu qui n’az riens. Arresté qui actende jusques à ce que l’on aye l’advys des advocatz sus l’affaire dud. visconte. » /274/

Et le pauvre de rester, un mois de plus, sous les verrous. Reymond comparaît enfin, le 3 janvier 1. On lui demande d’abord ce qu’il sait « de l’entreprise dud. de Laye dict Battonatz ». Il répond qu’il l’a suivi « dempuis le lieu de son habitation là hout ilz demeure certain grangier. Et là le vint trouver son frère une dimenche et ne savoit que fassent lors ». — Depuis quand « ilz l’acompagne et comment ilz sçait qui c’est esté arrivé en ceste ville » ? c’est-à-dire s’il sait pourquoi Battonat est venu à Genève. Mais Reymond est peu informé : son maître, dit-il, « estoit demandé par certain gentilhomme » (le capitaine Saint-Ambroys). Accompagné d’Innocent, il « chevaucha un jugmentz. Et estant par les chemin, ne luy 2 a jamais parler dud. affaire ». Enfin, Reymond qui était seul « quant l’on prins led. de Laye » déclare qu’il « porta le boys à feu au pourchas de son maystre aud. lieu, et sus demande, mè ne sçay la cause sinon pour faire du feu ». — Bien qu’il fût « remis à continué en ses responces », il semble que la Justice s’en tint là. Reymond n’était qu’un subalterne sans importance; il suffira de l’expulser.

 

III

LE PROCÈS PLAUZOLLE

Une « liste des procès criminels de l’an 1552 » subsiste aux Archives d’Etat de Genève (PC II, n° 1014). Elle comporte 79 articles, chiffre de beaucoup supérieur au nombre des dossiers judiciaires conservés. Le 34e porte la mention 3 : « N. Maurys de Piazolle ». Le procès paraissait définitivement /275/ perdu, quand quelques fragments ont reparu, grâce aux recherches obligeantes des archivistes genevois 1.

Plauzolle 2 était arrivé à Pâques, et, lors du procès Battonat, venait d’être reçu habitant, ainsi qu’en témoigne le libellé suivant du registre :

« Le 16 augusti 1552 noble Maurice de Plausolles, du pays de Languedoc, qui a donné cognoissance de maistre Claude Baduel et noble Jehan de Genas, seigneur desquille 3, et noble René Gassin, habitant, a esté receu et a juré ledict jour. »

Les recommandations étaient excellentes; Me Baduel, né à Nîmes, avait été professeur de philosophie à Paris et enseignera à l’Académie de Genève jusqu’à sa mort survenue en 1561, non sans avoir publié de nombreux ouvrages 4. René Gassin, de « Saillon de Craux » (Salon, Bches du Rhône), méritait la considération dont il était l’objet. De Genève, il ira fonder l’Eglise de Mâcon. Quant à « Nob. Jehan de Genas, seigr d’Esguilliez en Provence » 5, c’est-à-dire d’Esquilles (Hte-Garonne), il ne saurait se confondre avec le baron de la Quille que nous connaissons.

Le droit d’habiter permettait d’heureux projets à Maurice de Plauzolle, car il était fiancé. Genève étant alors le rendez-vous des couples réformés qui y venaient de France régulariser leur union, il se maria, le 21 août, à quatre heures /276/ du matin, dans l’église de Saint-Pierre, avec « Catherine Outrique, du pays de Provance, diocèse d’Apt » 1.

Le séjour s’annonçait donc sous les meilleurs auspices, si Catherine Outrique n’avait eu le capitaine de Saint-Ambroys pour cousin. Maurice, après sa comparution du 9 septembre, avait pu espérer se tirer d’affaire à bon compte; il lui fallut cependant déchanter, puisque, une quinzaine de jours plus tard, il fut contraint de répondre à un second interrogatoire dont nous avons utilisé, par fragments, le procès-verbal que voici 2 :

« Inté s’il cognoit point ung jeune garson appelé Jehan Jacob. Respond que ouy dempuys que son cousin vint d’Angleterre, car il est serviteur de sondt cousin. — Inté si ça devant après avoir jetté les utilz desquelz est esté parlé, il ne reprocha pas au cappne Saint-Ambroyse qu’il l’avoit amené à la boucherie et en une maulvaise qualité, et qu’il avoit faict quelque mal auquel il le vouloit affubler sans ce qu’il en sceut rien. Respond que ouy. — Inté quant il voyoit qu’on menoit en prison George de Laye et qu’il voyoit le sac desdts utilz esté jecté sur la fiente, s’il ne pensoit pas bien qu’il y eut quelque chose de malfaicte, et mesmement quant son cousin luy disoit qu’il le jecta au privé. Respond que l’amour qu’il portoit à son cousin luy fit ainsin prendre cez besoignes et les porter, combien qu’il y eut quelque suspition. — Puys dict et confesse qu’il cognoit bien qu’il a mal faict de mentir à la Srie et en demande pardon; et sil on le punit, que on luy abbrevie, en plourant. — Remys en son lieu à continuer. »

Le cas n’était pas pendable et, dès le 4 octobre, Maurice demanda d’être libéré sous caution 3 :

« Maurice de Plausoles. — Sus la supplication dudt Maurice et sa femme tendant aux fins de le laicher, moyennant caution qu’il offre donner, et se soubtmettre, luy et sa femme, à perdition de tous leurs biens, pour éviter costes et mesmes les despens de la garde. Arrester que, si donne suffisante caution de non absenter les prisons, luy soit ostée la garde et que, après disné, l’on y aile et suyve. » /277/

La « répétition » eut lieu, le lendemain « mescredy 5e d’octobre 1552, en l’eveschée », sous la présidence du syndic « Botellier » 1.

« Constitué ledt Maurys Piazolle, lequel ayant juré respond comme s’ensuyt. — Interrogué qu’il die à long en quel degré et d’apart qui il est aparenté à S. Ambroyse. Respond d’apart sa femme, et qu’il est bien en tiers degré 2... Ung coup qu’il alloit en Piémont, ledt Piazolle dina avec luy, et dempuys six sepmaines en ça, il a conversé en ceste ville avecq luy. »

D’ailleurs, « il ne cognoit ledt Ambroyse sinon dès qu’il vint en ceste ville ». Sur les « utilz » qui étaient « en l’armaire de la cuysine », Maurice est incapable de donner le moindre détail. N’a-t-il pas eu d’emblée conscience de sa faute « quant il fit reproche aud. Saint Ambroyse : Vous me menez en la boucherie ? Respond qu’il cognoit bien que c’estoit pour faire, quelque mal, mais qu’il ne l’avoit encor cogneu jusques allors ». Ne promit-il pas « à la Srie, quant il fut lâché la première foys, qu’il revelleroit les instrumens et utilz, et aussi les compagnons et frère dudt de Laye, s’il les trouvoit ? Respond que ouy ». Pourquoi donc n’avait-il pas aussitôt avoué que ces outils, « il les avoit jecté au privez » ? Parce qu’il « pensoit son cousin y estre envelloppé ». « Attendu la levation de sac et la projection qu’il en a faict aux lattrines et les choses sudes par luy confessées, s’il n’apert pas qu’il adhère avec eulx, et si cela n’est pas leur ayder ? Respond qu’il ne sçait pas juger de cela et ne sçait pas leur vouloir. » Au reste, il n’eût pas jeté le sac, « si ce ne fut par le commandement du capne S. Ambroyse ». Lui obéir ainsi n’était-ce pas le favoriser ? « Respond qu’il favorisoit bien à son cousin mais qu’il ne sçavoit pas l’entreprise. » N’y avait-il pas encore d’autres outils ? Pas qu’il sût. « Si, au paravant qu’il levat le sac, il n’avoit pas entenduz quelque chose de leurs praticques ? Respond que non. — Remys à continuer en ses responces. »

La Seigneurie ne se pressa point et le prisonnier, qui avait supporté son sort avec patience, osa, le jeudi 27 octobre, renouveler sa requête 3 :

« Maurice de Plasolles detenuz. — Lequel az esté et est detenuz pour avoir getté les util, limes et aultres choses /278/ trouvé, en chieu le capitaine Sainct Ambroiex, au necessaire, comme a confessé, requerant le libérer des prison par le moyens que luy et sa femme donneront bonne caution de se representé. Arresté qui soit eslargir [sic] des prisons pour le presentz, moyennant caution de deux centz escus de ce representer toutesfois et quantes qui sera requis, sur poyenne d’avoir le cas pour confestz. »

Il est à croire que cette décision ne fut pas communiquée au délinquant, puisque, une semaine plus tard (« le jeudy tiers jours de novembre 1552 »), son épouse intercédait en sa faveur :

« Le prisonier Piosiolle 1 detenuz. — Surce que sa femme a supplié qui plaise à Messgrs de luy voulloir permectre estre eslargir desdictes prisons moyennant submission, aussi fiancement, de non absenté à poyenne de cinq centz escus. Arresté que, si donne caution jusques à la somme de cinq centz escus soley, de non absenté et se representé toutes fois et quantes qui sera requis, à poyenne d’avoir le cas pour confest, qui soit liberer. »

Plauzolle vit donc enfin s’ouvrir la porte de l’Evêché et, sans l’annoncer à Messieurs, rendit aussitôt service au cousin de Saint-Ambroys dont il vendit, on s’en souvient, la maison. Enfin, le 20 janvier 1553, la Seigneurie daignait effacer la dernière trace du fâcheux procès 2 :

« Mauris Piasoles. — Ayant entendu la requeste et supplication présentée par led. Piasoles, tendant au fins de estre liberer de la submission par luy faicte, occasion de sa detencion, et liberer ses fiances de telle astraincte, aussi le restitué en sa prestine liberté, au contenu de sa supplication. Arresté que ilz soit absolz de telles choses et sédites fiances, aultres choses non apparant. »

Que Maurice de Plauzolle, après cette aventure, ne se trouve point inscrit sur la liste des nouveaux bourgeois, n’a pas de quoi surprendre. On ne l’aurait pas accepté; il est probable, en outre, qu’il ne songea pas à durer plus que de raison dans la cité de Genève. /279/

 

IV

DOCUMENTS DE JURISPRUDENCE SUR LE FAUX MONNAYAGE

A. LA RÉPONSE DU PROCUREUR GÉNÉRAL AUX ARGUMENTS DE LA DÉFENSE

Le 18 novembre 1552, le procureur général Rigot, ayant demandé le double des articles produits par la défense, avait reçu du Conseil le mandat d'y répondre le 21 1, ce qu'il fit en effet, non sans recourir à divers collaborateurs. Ce que nous pensons être le dossier préparatoire vient de s'exhumer récemment, et, comme il contient des détails sur les antécédents de Battonat, des avis de procédure et de jurisprudence sur le faux monnayage (assez rares pour mériter d'être connus), nous en donnerons l’essentiel 2.

Le manuscrit, dont il manque le début, n’est point de la main de Rigot non plus que de Colladon, bien que celui-ci l'ait annoté; il se pourrait que l’élaboration en soit due au substitut Jean Lambert 3. Il commence donc ex abrupto par une série de questions qui servirent à tous les interrogatoires subséquents.

Le prisonnier prétendait avoir vécu sur le pied d’un homme de qualité. Il convient donc, estime le procureur, /280/ d’apprendre les raisons qui l’ont poussé à changer d’existence « pour courir et vaguer ça et là par le pays, mesmement en la ville de Vienne, promettant guarison à plusieurs, et prenant argent d’eulx soubz ce tiltre. S’il a estudié en medecine, et en quel lieu ? » Il se vante « n’avoir onques esté chargé ny suspçonné d’aulcun crime ou note d’infamie »; il sera convaincu du contraire, quand on l’aura interrogé sur les articles suivants, ainsi qu’ « icelluy procureur propose » :

« S’il s’est pas meslé de faire l’alcumye 1 », la transmutation et la coloration des métaux ? « si cela n’est pas defendu par le droict » ? Où et avec qui il a exercé publiquement l’« alcumye » ? « quelle yssue il a eu de son ouvrage » ? Si, au lieu de quitter ses clients « avec bonne grace », il ne leur a pas « emporté argent, laissant la besoigne imparfaicte, et se despartant sans dire à Dieu et prendre congé ? S’il sçait fondre et contrefaire des medailles et monnoyes antiques, et s’il en a vendu de vrayes ou contrefaictes » ? à qui, combien, à quel prix ? « S’il a trouvé des medailles en faisant demollir une vieille muraille, ou aultre part ? et en quelle quantité ? et de quel metal et alloy estoyent icelles medalles » ? Combien de médailles il a vendu au marchand « d’Uzez nommé Pierre Gyrauld, aultrement dict le petit Peyron » ? S’il reçut de lui « 215 lb. 2 pour lesd. medalles ? si elles estoyent toutes d’argent, vrayes, antiques ou contrefaictes, et où il les avoit recouvertes ? s’il sçait cognoistre et discerner celles qui sont vrayes ou faulses ? S’il a écrit à « Girauld par un nommé frère Claude Bezuc, pour empescher qu’il feist bruict de lad. vendition et faulseté desd. medalles 3 ? Si led. Bezuc lui rapporta response ? et s’il fust retenu prisonnier, et pourquoy ? S’il a vendu d’aultres medailles [sic] en Avignon ? et en la ville du Puys en Auvergne ? S’il en a fait vendre par ung sien serviteur aud. lieu du Puy ? Si led. serviteur a esté constitué prisonnier ? et a esté puny et pourquoy ?

S’il sçait que par le droict, tant divin que humain, est defendu d’user de divinations, incantations, adjurations et invocations de Diables et espritz, et pareillement d’abuser du nom de Dieu, des Anges, des sainctz et parolles de l’escripture saincte, mesmement pour faire incantations, adjurations des espritz et divinations ? Ny aussi faire des /281/ aneaux pour servir à telles divinations, et escrire, porter et garder memoires et parolles pour servir à faire telz aneaux, invocations, adjurations et divinations ? Et si cela n’est pas ung crime capital, et digne de mort ?

Si le mémoire et escript dont il a esté trouvé chargé, commençant Ernel Seraphim contiennent pas parolles d’invocation, adjuration et incantation ? Et si les motz Ernel Seraphim sont pas le nom d’ung esprit 1 ? S’il a usé de telles invocations et faict ou entrepris à faire l’aneau declairé par icelluy memoire ? Comme se nomme celuy qui luy a baillé tel memoire ? Et qui a escript led. memoire ? Item sera interrogé si, entre les drogues et espèces... qui estoyent en ung sachet de cuyr à luy appartenant, y avoit de poisons ? S’il sçait que le droict defend d’avoir, tenir et acheter poisons, sinon aux apothicaires, et ceulx qui en usent en choses licites, et comme il leur est permis ? » S’il maintient que le « nommé Hieronime » l’a chargé d’acheter et de lui apporter ces poisons ?

« S’il cognoist ung nommé le capitaine Lussan 2 et quelz propos il a heu avec luy, mesmement s’il a demandé aud. Lussan quelques commodités en la ville ou aux champs, pour faire quelque chose dont il luy parla ? Et quelle chose c’estoit ? Et si le capitaine Sainct Ambroys luy a mandé qu’il luy bailleroit lesd. commoditez à servir les fornitures necessaires ? Quelles commoditez et fornitures c’estoyent, et quelle response il feit aux lres dud. Sainct Ambroys, et qui luy porta les lettres d’iceluy Sainct Ambroys ? » Et, « quand il fust pardeça » avec ledit, ont-ils parlé « de faire l’Alcumye », transmutation, augmentation d’or ? De par quelle autorité, « et de quelz princes et où sont sesdictes lettres » ?

« Du reste, dict iceluy procureur, que, après lesd. interrogatoires faictz separement et distinctement, sans premierement les communiquer aud. prisonnier, et qu’il n’aye moyen, ny loysir de forger ses responses, l’on cognoistra encore plus manifestement de ses variations, perjures et denegations, et que c’est ung vray imposteur », toute son entreprise tendant « à faire et forger faulse monnoye. Et pourtant [partant], suyvant le droit et commune usance, doibt estre plus fort interrogé, avec torture et question 3... /282/

Et n’est possible de persuader à gens de bon jugement que les quatre pièces d’acier qu’il a faict faire à divers ouvriers, et le plus secretement et occultement qu’il a peu, servent pour l’estat de viscomte, ny pour ung medecin familier, domestique et amy des roys, princes et grandz seigneurs, mais plustost à quelque mestier et affaire dangereux et prohibé.

Consideré mesmement les propos variables et contraires dont a usé ledict prisonnier en les faisant faire et, qu’estant interrogé par Justice..., n’a peu alleguer aultre rayson ny excuse sinon que celuy qui faict faire quelque besoigne peult dire ce qui luy plaist. Ce qui demonstre de quel esprit il est, et de quelles ruses il se sçait couvrir...

Item, veu que lesd. pièces ont esté jugées propres et suspectes à faire faulse monnoye par gens cognoissans en faict de trosseaulx, pilles, instrumentz et ouvrages de faire monnoye et artisantz de bon esprit et invention, et que les forgeurs et falsificateurs de monnoye trouvent tous les jours nouveaulx moyens et subtilités pour couvrir leur crime et mesfaict.

Item aussi, que le prisonnier est et se maintient estre de grand esprit, subtil, ingenieux, imaginatifz et de notable invention, s’ensuyt bien que led. prisonnier n’est chargé par frivolle et legière presumption, mais par indices tresurgens » dont « tous juges se doibvent aider », quand nuls témoins ne peuvent fournir les preuves du faux monnayage.

« Et pour ces causes, le droit appelle tel crime une meschanceté et faulseté clandestine 1, et commande et enjoinct à toutes personnes, soyent publiques ou privées, de s’en enquerir et cercher telz malfaicteurs; et, sans aultre droict ny authorité de Justice, les prendre au corps et livrer à Justice pour estre incontinant punis à la peine du feu 2.

Et davantage le mesme droict veult que la preuve de tel crime, tant clandestin et occulté, soit tirée et extorquée par tormens et questions, parcequ’il n’est facile de le prendre par aultres moyens; et qui plus est ne permet que de telle torture et questions soyent exemptz les chevalliers, ny aultres personnes constituées en dignité, comme dict expressement lad. Loy première de fal. monet.

Item quand il n’y auroit aultre argument que celuy que luy mesmes a dict, confessé et maintenu, qu’il avoit charge de faire faire instrumentz pour la monnoye du Seigneur comte de Grueres..., cela seul suffiroit pour le convaincre que telles pièces n’ont esté faictes que pour faulse monnoye : attendu mesmement qu’il est desadvoué et expressement contredict par led. Seigneur Comte, et que, se sentant coulpable, il tasche à present varier et desnyer telz propos et confessions. Et ne s’ensuyt, si lesd. pièces ne sont encore /283/ appropriées, taillées ny engravées pour desja en forger et imprimer monnoye, que pourtant elles n'y fussent destinées, pour après les y approprier et engraver.

Pareillement ne se fault arrester à ce qu'il dict qu'en forge de monnoye ne se trouvera pièce ressemblants ausd. pièces. Car les faulx monnoyeurs ne s'aydent jamais de moyens et instrumens vrays et legitimes mais ont accoustumé, pour couvrir leur crime, d'user de pièces et instrumens divers et dissemblables à ceulx des vrays monnoyeurs, mesmement usent de presses; et s'en est trouvé qui estoyent si subtilz que, par telz instrumentz, ilz imprimoyent monnoyes en chevaulchant par les champs et seantz à cheval 1.

Item ce n'est pas sans cause si led. prisonnier se donne de merveilles de ce qu'il est tant appertement descouvert, veu que luy mesmes se vante d’estre tant subtil et ingenieux; et qu'il a esté surpris et convaincu par son astuce, mesmes en se voulant couvrir du modelle de boys ouquel, comme luy mesmes confesse par ses defenses, n’y à pièce qui soit ressemblante ausd. quatre pièces, et n'y a moyen de les y approprier. Et se trouvera l'evasion et couverture trop lourde.

Ce qu'il dict qu'il suffist que telles quatre pièces facent semblable operation que led. modelle, et que l'on peult diversifier la première invention dud. modelle, car par cela s'ensuyt donques que tel modelle ne luy peult plus servir de justification, et qu'il s'est moqué de Justice pour le faire apporter, et qu'il fault qu'il trouve ung aultre modelle et se transfigure en aultre forme plus subtile pour eschapper d'ung si maulvais passage.

Item, faict bien à noter », quoiqu'il prétende que les pièces peuvent s'appliquer à « choses honnestes », il n’en a pu imaginer une seule, « mais est demeuré au bout de son rolle, parce que sa propre conscience le juge, et la verité surmonte toutes choses ». C’est donc à tort qu’il se veut « targer de droict, equité, cognoissance de Dieu et de l’esprit ». Il n’est pas seulement chargé « par presomption de possibilité, mais par toute preuve necessaire ». De plus, il est compromis par « la fuyte dud. Sainct Ambroys » avec lequel il a « usé de propos et gergon incogneuz, comme appert par les lres d’iceluy Sainct Ambroys.

Item la diffamation et maulvaise renommée dud. prisonnier, dont appert suffisamment par les lres et pièces envoyées à noz Magnifiques Seigneurs, aggravant fort la charge d’icelluy prisonnier.

Joinct aussi l’estat, compaignie et façon de vivre dont il s’est aidé jusques à present, car quelle societé peult avoir un vicomte et si grand personnage, comme il se dict, avec ung cardeur et aultres telz compaignons dont il s’est /284/ aidé, et quelle seigneurie et noblesse est ce d’aller sur une jument et avec tant de serviteurs, et toutesfois faire à croire que l’on est venu par la poste 1 ? Et puys, pour couvrir sa menterie, dire que cela s’entend par le chemin des postes et non pas par chevaulx de poste, qui est une trop nouvelle façon de parler et subtile evasion.

Item ne peult servir aud. prisonnier ce qu’il dict qu’il n’est prouvé qu’il aye formé, imprimé ny caractheré monnoye, et que Balde tient, par la Loy Qui falsam (ff. ad Leg. Cornel. de fal.), que celluy qui a forgé faulse monnoye ne doibt estre puny s’il ne l’a du tout formée et imprimée.

Car au contraire est une chose toute résolue en droict qu’en crimes atroces suffist d’avoir attenté, encores que l’execution ne s’en soyt en suyvie 2. Et si l’on considère bien le texte de la Loy Qui falsam, elle ne parle de ceulx qui ont heu volonté de faire et former faulse monnoye, mais parle expressément de ceulx qui n’avoyent intention et vouloir de la former. Et davantage elle requiert que ceulx dont elle parle ayent juste penitence de leur mesfaict et confessent leur faulte; mais tant s’en fault que led. prisonnier face le semblable qu’au contraire il blasme arrogamment la Justice et ne veult, en chose qui soit, recognoistre sa faulte ny s’humilier, mais à chascun mot de ses defenses se nomme impudemment luy mesmes seigneur.

Et si, sans aller cercher Balde sur une aultre Loy qui ne faict à propos, l’on eust veu ce que dict Bartole sur la mesme Loy Qui falsam. L’on eust trouvé que ceulx qui ont eu volonté et attenté de faire faulse monnoye, combien qu’ilz ne l’ayent peu par achever sont coulpables et punissables dudict crime.

Et davantage, si l’on eust veu et allégué les aultres loix qui sont en mesme tiltre, l’on eust trouvé deux loix qui disent en propres termes, servans au cas present 3, que celuy est tenu de crime de faulx qui donne nouvelleté et feincte couleur ou teincture aux metaulx servans à monnoye, ou qui ont augmenté, transmué ou vitié l’or. Ce que Bartole appelle facere aurum aut argentum de minori liga [faire or ou argent de moindre valeur]. Qui est le vray mestier dont se mesle et vante led. prisonnier. Davantage les mesmes loix parlent de ceulx qui vendent des medalles et monnoyes d’estain, ou de plomb pour ceulx d’argent, comme a faict iceluy prisonnier aud. Peiron.

Aussi y a d’aultres constitutions 4 qui disent expressement /285/ que les Alcumistes et transmueurs de metaulx sont coulpables de crime de faulx. Et par les bons autheurs et hystoriens est escript que l'empereur Dyocletian, combien qu’il fust payen et ethnique, feist brusler tous les livres de l’art d’alchymie, congnoissant que c’estoit une faulse et pernicieuse science 1.

Item, c’est trop mal entendu d’avoir allégué la loy première de metalariis C. pour prouver que l’augmentation et transmutation des metaulx est permise. Car non seulement lad. Loy première mais toutes les aultres qui sont soubz iceluy tiltre parlent seulement de ceulx qui cerchent et tirent l’or et aultres metaulx des mines et les chargent d’en obtenir licence du prince, et luy en bailler certaine portion et tribut.

Item debvoit led. prisonnier avoir meilleure memoire; et, comme dict l’adage et proverbe commung : Mendacem memorem esse oportet. Car combien que, par ses responses aux interrogatz à luy faictz, il aye dict avoir achapté d’ung apoticaire de Lyon les drogues et poisons dont il estoit saisy et chargé, toutesfois à present par ses defenses, en se contrariant et variant, il dict qu’ung homme les luy avoit baillées pour les faire tenir à ung serviteur du Sr Comte de Grueres. Et neantmoins il dict qu’il en a constamment respondu, qui est autant à dire qu’il est ung asseuré menteur. »

Le faux monnayage étant « ung mal qui dure » et concourt « à la ruines des ames », le prisonnier doit être débouté de ses « frivolles defenses » et « convaincu des cas à luy imposez ». Afin d’en obtenir confession « par sa propre bouche », on doit donc le mettre « à la torture et question. Et à ce conclud led. procureur et à telles aultres conclusions que de raison. »

 

B. Avis de spectable Germain Colladon sur la peine a infliger au faux monnayeur George Battonat
(5 au 10 janvier 1552)

Avis juridique de Germain Colladon
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Avis juridique de Germain Colladon
remis à la Seigneurie de Genève en janvier 1553.

Nous avons parlé (p. 97-99) des circonstances où l’avis de Colladon fut requis par la Seigneurie. Cette consultation, retrouvée sous la cote PC II, n° 909, a été versée au dossier principal. La feuille, composée de trois pages manuscrites /286/ (204 x 283 mm.), porte le timbre « Pièces de la collection Galiffe restituées en 1915 ». Bien que la signature soit plus verticale que les hastes du texte, il se pourrait que la pièce soit tout entière de la main du juriste. La ponctuation, l’orthographe sont d’un homme fort cultivé.

« Veu le procès criminel contre Georges Battonnat prisonnier, interrogatoires, responses, examen et confrontations de tesmoings, instrumens, drogues et procès, dont il a esté trové saisy, denegations, variations et confessions despuys faictes à plusieurs foys par ledt prisonnier, joinct sa diffamation publique, semble, sauf meilheur advis, qu’il est suffisamment attainct et convaincu du crime de faulse monnoye, et qu’il mérite peine de mort : non obstant les defenses et excuses par luy proposées de n’avoir formé monnoye et accomply le crime, et que la monnoye qu’il vouloit faire estoit de bon aloy, et non de la marque de ceste cité. Car, quant au premier, appert evidamment par le procès et par sa propre confession qu’il a passé oultre les termes d’affection et cogitation : et est venu à l’effect dudt crime, ayant faict faire instrumentz et preparé matières jusques à mettre lesd. instrumentz sur le feu, ce qui demonstre une consummation du crime. Attendu mesmement qu’il ne s’est repenty de soy mesme, et ne laisse à parachever à faulte de volonté mais parce qu’il a esté surpris et empeché par Justice, — parquoy les droictz qui disent la seule affection et cogitation sans effect ne meriter peine, n’ont lieu en ce cas 1; veu aussi que la volonté et deliberation est reputée pour le faict, mesmement quand il y a quelques preparatifs 2. Or c’est chose indubitable et resolue par le droict que le crime de faulse monnoye est des plus attroces et griefs crimes 3 qui soyt, car celluy qui le commect entreprend sur la puyssance et maiesté des princes, offence la republicque et tout le monde 4 avec une pernitieuse consequence et de si long traict et dommage qu’il n’est possible d’y obvier et empecher qu’il n’advienne une infinité de maulx et destruction de pouvres gens. Et pour ces causes le droict veult que tel crime soyt puni sans appel, et de la peine du feu 5, et que les complices mesmes soyent receus pour tesmoings. Et est décidé en propres termes que celluy qui est trové saisy d’instrumens et matières seulement, et /287/ sans en avoir ouvré soyt puny 1, mesmes [c'est-à-dire : surtout] quand c’est ung homme mal famé. Joinct que, par le droict, ceulx qui ont seulement rongné ou sciemment exposé faulse monnoye doibvent estre punys 2, et par plus forte rayson celluy qui a faict faire instruments et s’est mis en debvoir de faire faulse monnoye. D’adventage, quant à ce qu’il disoit vouloir faire bonne monnoye, il est convaincu du contraire, par sa propre confession du 2 de ce moys de janvier où il a dict que la matière dont il vouloit besoigner n’estoit bonne. Aussi c’est chose certaine que la matière d’argent vif qu’il a confessé vouloir arrester [c’est-à-dire : fixer] et colorer pour faire des nobles est une faulse matière — et tel art d’alchymie est reprové et punissable, comme disent Balde et De Isernia 3 in titul. Que sint regalie. Au reste, combien que les nobles et tallers qu’il vouloit faire ne soyent monnoye de ceste cité 4, toutefoys, veu qu’elles y ont courtz et sont de mise, il est autant à punir que s’il s’estoit efforcé de faire de la propre monnoye de cested. cité, attendu mesmement qu’elles sont de plus grand pris, et eussent faict plus de dommage par tout le monde. Aussi les grandes menteries et variations, et denegations dont il a usé en ce procès, et la notoire diffamation dont il est chargé, doibvent faire prandre toute presumption contre luy; et qu’il n’y a espoir de emendation de vie, mais maulvaise et dangereuse consequence pour l’advenir, s’il estoit delivré et remis en sa liberté. Et pourtant [= partant], y a justes causes de le condamner à la mort.
Germ. Colladon. »

 

/288/

V

LES CONSULTATIONS DE JEAN-LOUIS BLECHERET

 

A. L’avis de décembre 1552

Le 1er décembre 1552, le Conseil décidait de demander l’opinion des avocats dans la cause de Battonat; le 15 décembre, Blecheret et Colladon avaient répondu 1.

Nous avons publié l’avis du second et nous venons de retrouver celui du premier 2. Bien qu’il ne contienne pas d’élément inconnu, il manifeste l’esprit pratique et pondéré du vieux jurisconsulte qui préfère les arguments du bon sens aux savantes références. La procédure et les interrogatoires prochains montreront à quel point il était écouté.

« Au lieuz des articles que me sembloit bon debvoir former jouxte le droict solite et costume en Genève, je treuve certains interrogatzs moings concluantzs que la chose requier. Parquoy, le tout consideré, suis d’oppinion que l’on procède à present comme par ici après.

Premierement, suis d’advis que la Seigneurie aye regard sur le personnaige detenu quant à sa maladie, et gardes bien 3. Item, pource qu’il a produictes certaines letres du Roy de Navarre par lesquelles il se dict docteur en medicine, l’on luy presente des seignieurs medicins qui auront charge devant la Seigneurie l’interroguer sur le faict et doctrine de medicine, luy demandant en quelle université il auroit esté creé et passé docteur 4. Item, cela estre faict et après la retraicte desd. seignieurs medicins, suis d’advis luy demander pourquoy il a prins au lieuz de Battonati le nom et honneur de viceconte. /289/

2. Item s’il sçait que c’est d’une viceconté ?

3. Item et, s’ilz a esté envestu d’une viceconté et comment telle viceconté est terminée et dans quelz limites ?

4. Item, si le Roy n’est pas entièrement prince de Burges et commant il a aousé prandre le nom de Viceconte de Burges, puisque le Roy en est seignieur temporel et, en spiritualité, il y a ung archevesque sans aulcune viceconté ?

5. Item, pour quoy il a prins le nom d’estre seignieur de Laye, et s’ilz n’a pas glorieusement usurpez tieulx noms, pour et affin, à tel umbre, advoir plus facile assès aulx Nobles hommes desqueulx il se dict familier, quasi soy voulant estimer comme eulx, combien qu’il soit homme de basse condition, fllz d’ung procureur de Vienne ?

6. Item et, s’ilz appertient à ung viceconte porter telles poesons qu’il porte, limes à faire orloges et aultres divers utis, servans plustost en mal qu’en bien ?

7. Item et, comment il se seroit acquité de telle viceconté et de sa maison de Laye pour advoir faictz tant de voiages et s’estre transporté en tant de lieux (qu’il a dict par ses responses), et par sy long temps ?

8. Item et, pourquoy il disoit qu’il vouloit faire certain orloge, et toutesfois il ne s’entendoit à les faire ? Ainsi que l’on veoit par ses responses du 23 de septembre et du 26 dud. septembre, allegoit son frère 1.

9. Item et, pourquoy il demandoit aud. jour 26 qu’il fut traicté begninement ? Et despuis a assehurement demandé estre mis à ses deffenses et sortir de prison. Et s’ilz avoit quelcung qui le voulsit fiancer ?

10. Item est 2, à quelle occasion il venoit plustost à Genève qu’ilz ne se tenoit à Vienne ou [au] lieu où il y a plus d’esperit et industrieux ?

11. Item et, quelle raison l’a esmehu tant de fois vagabunder et laisser sa femme. Et tant qu’il dict advoir de parens et amis.

12. Item et, à quelle occasion le capitaine Saint Ambroise luy avoit mandé qu’il vint besognier en Genève, et de quelle besoignie il entendoit ?

13. Item et, s’ilz avoit point d’aultre adresse aud. Genève que led. capitaine ? /290/

14. Item et, commant il présumé enveloper en ses affères tant de Nobles hommes ? Et commant il a esté si aousé iceulx vouloir decepvoir advecques ses blandissemens, beaulx langages et fardement de robes de vellours, mal convenables à ung tel porteur de limes, de poesons, medailles faulses et aultres divers utis ?

Me semble par la raison, le detenu doibt estre plus serré et gardé en plus grande assehurance, et, après qu’il aura respondu, la Justice le doibt visiter à ung visage austère; et, selon qu’il sera descouvert, luy presenter la corde qu’il ne peult eviter 1. Et, selon qu’il respondra et sera trouvé constant ou variable, la Seignieurie fera le tout rediger par escript et, pour l’heure, le laira jusques au lendemain, aiant, entre deux, regard par bon advis affin de estre de tous costez deschargé par honneur 2.

15. Item si n’est pas vray qu’il a heu dict qu’il avoit receus les drogues et poysons d’ung certain de Vienne et, après, qu’il les a acheté à Lyon d’ung appothicayre ?

16. Item si n’a pas confessé qui sçayt blanchyr la monoye et si n’az pas blanchyr [sic] des medalles, monstrant qu’elles fussent d’argent et que elles n’estoyent que blanchy, et se celluy qui faict cella si n’est pas faulceur de monoye, meritant pugnition corporelle ? »

 

B. Avis du 5 janvier 1553

Bien que dépourvue de toute suscription et de date, la feuille que nous publions ci-après s’identifie à l’avis demandé, le 5 janvier 1553, par le Conseil à spectable Blecheret 3. L’écriture, large et belle, quelque peu archaïque, est tracée d’une main parfois tremblante. Le juriste observe que le procès, en dépit de la torture appliquée à Battonat, n’est pas encore entièrement éclairé; il propose donc que l’on poursuive l’interrogatoire afin de savoir si les poisons du criminel n’étaient pas destinés à faire disparaître les gêneurs; et, pour obtenir des aveux, Blecheret préconise certaine méthode /291/ qui dénote une expérience que la police judiciaire ne désavouerait pas. Alors seulement le verdict se devrait prononcer.

« Combien que les indices soient très grandement vrayes et quasi indubitables, tendantz ensemble à grosse poyne, si est ce que bonnement l’on ne pourroit sur iceulx faire juste jugement,

Par quoy, attendu que telz indices ne sont effacez ny par deffenses, ny torture, m’est advis que la chose demeure imperfaicte et, lesd. indices tousjours en vigueur, plus que suffisante de debvoir plus avant inquerir.

Par ainsi advoir vehu tout ce qu’est de besoing au soubtenement de verité, suis d’oppinion encoyres reinterroguer le detenu, estant eslevé à la corde, sur les principaulx interrogatz icy après suivans :

Premièrement dont luy venoit advoir entreprins de battre ou forger les nobles à la Rose et taller qui sont battuz par l’auctorité de princes ? et qu’il les nomme. Item, et sans qu’ilz fut detorné 1, à l’heure que les fers estoient au feuz, comme il a confessé, si l’hors il estoit en deliberation de encommencer pour faire la faulse monoye ? — Item qu’ilz nomme ses adherens et advecques lesqueulx il avoit intelligence, entreprenant d’aller à la maison de Foral soub Baleison. — Item et, s’ilz n’ha pas nommez plusieurs gros maistres dans ses responses à celle fin que, à tel umbre, il futz estimé homme de meillieure vie ? — Item soit interrogué de la pluralité des femmes qu’il a abusées et esposées. — Item et, si à l’umbre de transumer les metaulx, il ne portoit pas les poesons pour en user en aultre sorte, assavoir en bailler à quelques ungs ses mal veuillans ? — Item et, combien de fois et quand il a usé des incantations et aultres superstitions revenantes de ses papiers où estoient nommez certains esperitz, et qu’il pretendoit faire de telles choses, et qu’ilz nomme ceulx des quelz il a recouvrez telz affaires et ses adherens ? — Item pourquoy il venoit plustost à Genève que ailleurs, et qu’il nomme ceulx qui luy ont cela persuadez ? — Item combien de gens il a deceuz par son beau parler, leur donnant à entendre qu’il feroit tel accroissement d’or et argent advecques l’alchemie et pierre philosophale, et eau de quinte essence, et de ses complices et l’argent qu’il a heuz 2 ? — Item et, s’ilz n’a pas emploié faulse monnoie à soy servant, en quel lieuz, nombre de fois et en quel temps, et à qui il a telle monoye delivrée ?

Tous ces interrogatoires lui doibvent estre faictz, luy estant à la corde ou à tout le moings après advoir receuz quelque sentiment de gehenne, estant tousjours attaché /292/ et avecque commination de le repetir 1 par torment. — Et en cas qu’il confesse, il doibt estre deslié et mené en lieuz où il sera laissé sans aulcune interrogation jusques à ce que la doleur luy debvra estre passée, luy ministrant à boire et aultres choses pour soy remettre à bon propos. — Et cela faict, sans aultre dilation, doibt estre interrogué sur tout ce que contiennent lesd. interrogatzs et ses confessions, luy demandant s’ilz les tiens à bonnes. —

Le tout ainsi faict semble, selon qu’il aura respondu, il doibt estre assigné à finalement proposer; aultrement, dire droict. Sauf meillieur advis. »

 

C. Lettre de J.-L. Blecheret au Conseil de Genève
(11 janvier 1553)

« Aux Magnifiques, Puissantzs et Tresredoubtez Seignieurs Mes Seigneurs les Sindicques et Conseil de Genève 2.

Magnifiques, Puissantzs et Tresredoubtez Seignieurs, Voiant divers indices contre le detenu qui ont leur source de diverses espèces de malefices, puisqu’en telz divers moiens la chose publicque pouvoit estre interessée, estoye de cest advis que, par la poursuite hardante à la puriffication de telle diversité, voz magnificences fussent tellement informées par la confession dud. detenu que la sentence futz en fin pronuncée condigne 3.

Or puis que il vous a pleuz, sans plus enquerire, former sentence, j’ay escript comme plaira à veoir par voz excellences 4, à la bonne grace desquelles je me recommande treshumblement, priant nostre Seignieur il Luy plaise preserver le tresnoble estat de Genève et maintenir en bonne prosperité voz personnes, me peroffrant vous faire service de mon faible et petit pouvoir. Ce XIe de janvier 1553.

Vre treshumble et obéissant
Ancien et entier serviteur
blecheret »

 


 

 

NOTES :

Note 1, page 9 : « Proceps formé contre George de Laye aultrementz Battonatz », PC I, n° 477. — Le dossier se compose de deux gros cahiers in-folio, le second comportant une mise au net du premier. L’ordre des interrogatoires et des pièces copiées a été brouillé par le brocheur qui a postérieurement cousu les pages. Nous efforçant de respecter la graphie textuelle, nous développons les abréviations selon le type explicite que nous avons rencontré. La ponctuation est, bien entendu, notre fait, de même que l’accentuation, limitée aux cas prêtant à confusion. Il en est un que nous tenons à signaler : peut-on écrire Gruyère (comme Genève) ou faut-il respecter Gruyere et prononcer Gruyre, également noté sous cet aspect aux actes du procès, le ye ayant la valeur d’un î actuel ? L’analogie avec le patois Grevîre le ferait supposer. Cependant la graphie Gruere se rencontre une fois, dont l’émission Grûre est évidemment moins plausible que Gruère. Il est ainsi permis de croire que deux prononciations, l’une traditionnelle (Gruyre), l’autre française (Gruyère) coexistaient déjà. Tout en transcrivant Gruyre et Gruyère, nous prévenons donc le lecteur que nous ne lui imposons ni cette écriture, ni cette prononciation. Et nous relèverons enfin que le jurisconsulte de la Seigneurie dénomme « comte de Gruyères » celui dont la signature porte « Gruyere ». — Sauf avertissement, les documents cotés que nous citons en référence appartiennent aux Archives d’Etat de Genève. [retour]

Note 1, page 10 : Sous le titre L’alchimiste du comte de Gruyère, nous avons donné un résumé des relations de Battonat et du comte Michel dans Mélanges offerts à M. le professeur Charles Gilliard, Lausanne, 1944, p. 675 à 686. [retour]

Note 2, page 10 : Il n’est pas faux de dire avec É. Doumergue (Jean Calvin, t. VI, 1926, p. 162) : « Entre Bolsec et Servet se place Trolliet »; mais l’affaire Trolliet est un différend personnel qui ne dégénéra pas en procès (juin à novembre 1552). [retour]

Note 1, page 11 : Voir notre étude sur La jeunesse de Jean Bodin, ou les conversions oubliées, dans la revue Humanisme et Renaissance, 1946. — Qu’il nous soit permis de remercier publiquement MM. Maxime Reymond et Louis Junod, commissaires de la Société d’Histoire de la Suisse romande, pour les services constants qu’ils nous ont rendus. D’autres archivistes, MM. Gustave Vaucher et Paul-F. Geisendorf, n’ont cessé de nous procurer les compléments que nous leur demandions à Genève. Enfin M. Donald-L. Galbreath, l’éminent héraldiste dont l’amabilité équivaut à la science, nous a fait la faveur d’orner le présent ouvrage d’un sceau inédit du baron de Beaufort. [retour]

Note 1, page 13 : La date d’arrivée est fixée par l’hôte de l’Oranger (enquête du 9 septembre 1552) et par Battonat lui-même (interrogatoire du 3 janvier 1553). [retour]

Note 2, page 13 : Cette auberge, signalée par J.-B.-G. Galiffe (Genève historique et archéologique, Genève, 1869, t. I, p. 260), ne doit être confondue ni avec « l’Orange » citée le 20 décembre 1544 (Ms. Galiffe, vol. 38, f° 13), en 1608 et 1764 (Min. Jean Dupont, vol. 11, ff. 237, 241; J.-L. Duby, vol. 8, f° 535; G. Bordier, vol. 12, ff. 233, 239), qui était à la rue de la Boulangerie, ni avec « L’orange couronnée » ouverte en 1689, sise à la Cité n° 5, ni avec La Pomme d’Or, jadis à Coutance et dont l’enseigne a été naguère transférée au Bourg-de-Four. Voir les notes rassemblées par A. Cahorn, conservées au Musée d’art et d’histoire de Genève (communication de M. W. Deonna, directeur des Musées; cf. W. Deonna, Recherches de M. A. Cahorn sur les hôtelleries genevoises et leurs enseignes, dans Genava, t. XIII, 1935, p. 337). D’après Galiffe (op. cit.), il aurait existé à Plainpalais une autre auberge de l’Orange. L’Oranger du Bourg-de-Four est cité en 1560 (cf. PC I, n° 882, communication de M. Gustave Vaucher, archiviste d’Etat). [retour]

Note 1, page 15 : Le renseignement se trouve dans le titre même qui introduit les interrogatoires : « Responses faictes devant Messgrs les scindicques et le sgr lieutenant de ceste cité, le IXe de septembre 1552, en l’evesché, et le sgr Claude Rigoct, procureur general, de George de Laye, de Vienne en Daulphiné, gentilhomme venu en ceste ville dempuys huict jours en ça, pris près la Magne, en la maison de Henris Philippe, suspicionné de faulse monnoye. » Le local est identique à celui mentionné dans l’« Inventaire des meubles trouvés en la maison du gasiez dont l’on a amené certains prisonniers ». D’après ce pluriel, il semble bien que l’on se soit assuré du nommé Reymond en même temps que de Battonat. — La « maison du gaigier » est encore citée dans l’interrogatoire du 2 janvier 1553; il est parlé aussi, à l’inventaire ci-dessus, de la « maison de gajez » (lisez : gages); Philippe tenait donc une sorte de mont-de-piété. [retour]

Note 1, page 16 : Le dialogue est issu de la déposition faite sous serment, le 26 septembre, par le gros sautier des Ars. Après lui, Jehan Droz déposa « estre veritable que, estant survenuz à la prise dud. George inquis, et quant ilz fust près du soultier et dud. inquis, ilz entendit, entre les aultres propoz tenuz,... que ledt soultier dit : le voysi le tallieur », etc. La phrase reproduite ci-dessus est rapportée par Droz lui-même, « mès quant à la reste n’en sçay à presentz deposer ». [retour]

Note 2, page 16 : Duvet dit Droz fut tailleur en titre dès 1540; son arrivée à Genève semble coïncider avec le retour de Calvin; il obtint la bourgeoisie le 15 novembre 1541, gratuitement, en raison de ses services. Cf. H. Naef, La vie et les travaux de Jean Duvet, le « Maître à la licorne », Paris, 1934, p. 11 et 12 (extrait du Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français, même année). [retour]

Note 3, page 16 : Aymé des Ars succéda immédiatement à Droz en 1556, à la Monnaie. Voir sur lui E. Demole, Histoire monétaire de Genève, dans Mémoires et documents publiés par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève (MDG), 4°, t. I (1887), p. 28; Dictionnaire historique et biographique de la Suisse (DHBS), t. II, p. 660, article Des Arts, par P.-E. Martin. — Sur la fonction du gros sautier, Bonivard (Advis et devis de l’ancienne et nouvelle police de Genève, éd. G. Revilliod, Genève, 1865, p. 27) écrit : « Il n’y en a que un qui est maistre et huissier du Conseil, que l’on appelle Monsieur le Souttier. » Cf. H. Fazy, Les constitutions de la République de Genève, Genève et Bâle, 1890, p. 303, 331. [retour]

Note 1, page 17 : Le 14 septembre 1551, le Conseil recevait François de Martine, l’homme de confiance du comte : « Sus la lettre daté aujourduys du Seigr de Gruyre par la quelle, par son ambassadeur Martine, il requiert luy oultroyer que Jehan Drouz, tailleur de la monnoye, luy puysse tailler des coings pour faire monnoye en Gruyres à ses despens, a esté arresté que l’on le mettra demain en Conseil » (RC, vol. 46, f° 57 v°). Le 15 septembre, en effet, l’autorisation fut accordée et la Seigneurie arrêta de « comander » à Jean Droz de faire ce coin « moyennant son modéré salaire » (cf. H. Naef, Jean Duvet, p. 20, n. 2). [retour]

Note 1, page 18 : Response faicte le IX de septembre 1552 en presence de messgrs les Scindiques Curteti et Vandel, des Sgrs Cornaz, Tissot, Lambert, des Ars, le Sgr lieutenant et aultres, de Maurise de Piauzole », etc. (ancien PC II, n° 1006). [retour]

Note 2, page 18 : « Aultres responses de Jehan Bechiard de Jex en Provence, marrié alent au comerce, venu en ceste ville dempuys huict jours ença avec le gentilhomme detenu ceans. Le IXe de septembre 1552, présent Messgrs ». » Le dossier (même cote) se compose de feuilles cousues de la manière la plus désordonnée. — La lecture « Jex » est certaine, l’identification avec Uzès aussi; on en trouvera plus loin des preuves. [retour]

Note 1, page 19 : « Interrogué dempuys quant est venu en ceste ville et quoy faire ? Dict qu’il est dempuys huict jours ença seullement, et est venu avec le gentilhomme detenu ceans dempuys Allex en Languedoc jusques ici, et ont tojours tenu le grand chemin de Lyon, et passèrent par Vienne où il souppèrent seullement... » [retour]

Note 2, page 19 : « Interrogué si est venu à pied ou à cheval. Dict qui est venu à pied. Interrogué si le gentilhomme est venu à cheval. Dict qu’il est venu à cheval, ou sus une jument que il luy baillia ». Le greffier aurait dû écrire on et non pas il, car Bechiard n’avait pas fourni la monture. — « Interrogué si ha voit point d’aultres compagnons avec eulx. Dict qu’oy, ung compagnon à cheval que s’en est retourné, et a comercé led. cheval... Si lad. jument a guères esté vendue ? dict qu’elle a esté vendue IX ffl. » Bechiard ignore ce qu’est devenu le dit cavalier. [retour]

Note 1, page 20 : « Aultres responces de Reymond Graloet du Languedoc » (ancien PC II, n° 1006). Le 12 septembre, le greffier le dénommait « Reymund Graillet », puis biffa ce nom pour le remplacer par Ranolt, qui s’identifie en fin de compte à Dragioz que l’on verra à la fin du procès. [retour]

Note 2, page 20 : « Interrogué de quel mestier il est. Dict qu’il est cardeur... Quel chemin il a tenu ? Dict que dempuys Jex, il ont tenu le grand chemin de Lyon. » [retour]

Note 3, page 20 : D’après Reymond, ils couchèrent « seullement une nuyt » à Vienne. Comme on lui demandait en quel logis, il se souvint « qu’il y a une lye ». L’enseigne portait-elle une lyre ? Ou un malentendu aurait-il surgi entre le scribe et le témoin à propos du lieu dit Laye dont on venait de parler ? [retour]

Note 4, page 20 : « Interrogué comme se nomme le village où est lad. grange. Dict qu’il n’y a point de village, et n’y a que celle mayson. » [retour]

Note 1, page 21 : « Interrogué combien il luy donnoit. Respond qui luy avoit promis qui le contenteroit bien à droict, et que n’avoit promis de le servir que ung moys car il ne luy vouloit servir daventaige, pour ce qui a charge d’enfans. » [retour]

Note 2, page 21 : On avait demandé à Bechiard « si il se tiroient bien à part vers lad. grange, et que se cachassent de luy. Dict que alloient deçà dela ensemble. » [retour]

Note 3, page 21 : Il paraît s’identifier à Innocent de Laye, frère du prévenu. [retour]

Note 4, page 21 : Le greffier venait de noter que le gentilhomme « portoit une malle et ung estueil pour le bonnet ». Jean Bechiard n’avait vu lui-même qu’« ung estuiel de bonnet » (sur ce mot, voir ci-après). [retour]

Note 5, page 21 : ... « qui voieroit de part icy », c’est-à-dire que Reymond le verrait bien quand il serait à Genève. [retour]

Note 1, page 22 : Cette précision fera l’objet d’une rectification, le 14 septembre, où les juges demandèrent à Battonat « s’il n’a pas dict à Messgrs ça devant qu’il estoit venuz en poste ? Respond qu’il dict estre venuz par les postes, mais qu’il entendoit par le chemin des postes et non pas sur les chevaulx des postes ». [retour]

Note 2, page 22 : L’expression populaire dérive à coup sûr du sobriquet Jaque Bonhomme dont Rabelais désignait encore la paysannerie. [retour]

Note 3, page 22 : Le texte comporte une inversion amusante : « s’en est retourné avec led. cheval, moreau aiant les oreilles et le crein » (la crinière). [retour]

Note 4, page 22 : La question n’était guère plus limpide que la réponse. « Comme se nommait l’aultre serviteur qu’estoit avec luy devant que il y [à la grange] fusse venu ? » Et Reymond de répondre tare pour barre « que il estoit son compère et après a di estre frères ». S’agit-il de Battonat et du « grand homme » ou des domestiques dont les noms semblent plutôt des cognomina ? [retour]

Note 5, page 22 : RC, vol. 46, f° 148 v°, élection du dimanche 7 février 1552. [retour]

Note 1, page 23 : Cf. J.-A. Galiffe, Notices généalogiques sur les familles genevoises, t, II (1892), p. 333; W. Walker, Jean Calvin, Genève, 1909, p. 361. — L’élection de Rigot par les conseils, le 25 février 1552, suivit, comme d’habitude, celle des syndics : « L’on a mys en avant les sgrs Jo. Lambert et Claude Rigoct eleuz pour avoir bonz procureur general. Et la plus grand voix est demorée sur le sgr Rigoct. Ainsy pour procureur general Claude Rigoct. » (RC, vol. 46, f° 163). — Sur les sentiments de Calvin à son endroit, cf. A. Roget, Histoire du peuple de Genève, Genève, 1877, t. IV, p. 55 n. 1. Pour lui et les personnages qui figurent au procès de Servet, voir A. Rilliet de Candolle, Relation du procès criminel intenté à Genève en 1553 contre Michel Servet, MDG, t. III (1844), et spécialement p. 34 n. 3; enfin, Doumergue (op. cit., t. VI) qui consacre un livre (p. 173-442) à Servet. [retour]

Note 2, page 23 : Sur Tissot que nous reverrons au chapitre IV, cf. Edouard Favre, Gaspard Favre et sa donation aux Fugitifs (1556), dans MDG, t. XXI (1908-1909), p. 218; DHBS, t. IV, p. 617, article de H. Grandjean. — Le lieutenant, dont l’élection était annuelle, disposait alors de six assesseurs appelés auditeurs; leur élection était biennale. La fonction du lieutenant correspondrait à peu près à celle d’un juge d’instruction chef de la police, mais, de par son rang, il précédait « en honneur tous les autres conseilliers et officiers », écrivait Bonivard (op. cit., p. 37). Cf. J.-B.-G. Galiffe, Genève historique, t. II, p. 192; Besançon Hugues libérateur de Genève, 1859, p. 175 n. 1, 197 n. 1; Quelques pages d’histoire exacte, le procès criminel intenté en 1547 à No. Ami Perrin, 1862, p. 34 n. 2; G. Werner, Les institutions politiques de Genève de 1519 à 1536 dans Etrennes genevoises, 1926, p. 39-40. — Sur le poste du lieutenant, des auditeurs, du procureur général, voir encore Fazy, op. cit., p. 40, 54, 59; 300, 327. [retour]

Note 1, page 25 : Ce Jérôme est désigné en termes divers : « Hierome valet de chambre du comte de Gruyre » (27 septembre), « Jherome serviteur du conte de Gruyère » (15 et 16 décembre); il est « serviteur du maistre de chambre au comte de Gruyre » et « a nom Ierome » (10 septembre), le dit maître pouvant être François de Martine qui, pour lors, cumulait de nombreuses charges. Or ce Jérôme a un frère à Lyon nommé Me Guillaume apothicaire, et Jérome sait « ovrer » des drogues en question (9 septembre). [retour]

Note 2, page 25 : Nous tenterons, au chapitre V, de déterminer les lieux. [retour]

Note 1, page 26 : « Petit sac de cuir que l’on porte en voyage » (Littré, t. I, p. 386). [retour]

Note 2, page 26 : Moules à fonte, creusets. — Jeter signifie à la fois fondre et frapper. [retour]

Note 1, page 27 : Le greffier étant peu informé des ingrédients décrits, il faut suppléer de son mieux à ses notations. Peut-être est-il question du céromel, mélange de cire et de miel pour le pansement des plaies, ou faut-il comprendre « sermontain », épice « contre empeschement d’alayne » ? (cf. F. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, Paris, 1880 et suiv., t. VII, p. 394). [retour]

Note 2, page 27 : Orpin ou orpiment, sulfure jaune de trisulfure d’arsenic différent du sulfure rouge ou réalgar. — Du Cange (éd. Firmin Didot, 1840-1850), t. VII, p. 289, donne les formes « riagal, riagas ». Le mot « riagoct » (nous trouverons aussi « reagat », « rayat ») a vraisemblablement donné naissance au mot « ragot », cancan, propos empoisonné. [retour]

Note 3, page 27 : On désigne encore de ce nom un alun en fibres soyeuses, à base de magnésie et d’oxyde de fer. [retour]

Note 4, page 27 : On pourrait supposer qu’il s’agit de céroène ou céroïne, emplâtre résolutif à base de cire. Nous pensons plutôt qu’ayant mal entendu, le greffier aurait dû écrire « sardoine » (opium risus), plante dangereuse, indiquée par Ambroise Paré dans son Traité des venins, et qui provoque l’insensibilité et les convulsions, les rictus (d’où le rire sardonique). Cf. Docteurs Gabanès et Nass, Poisons et sortilèges, t. II, Paris, 1903, p. 64. [retour]

Note 5, page 27 : Très certainement : assinsium (herba amara), l’absinthe. Cf. Du Cange, t. I, p. 448. [retour]

Note 6, page 27 : La gratte-boësse est une brosse servant à étendre l’amalgame d’or et de mercure. C’est aussi un outil de monnayeur. Cf. Littré, t. II, p. 1922. [retour]

Note 7, page 27 : « Goël » a pour équivalent godet. En gruérin le mot « goi » (à Leysin, « go ») désigne ces lacs minuscules que forment les ruisseaux et les torrents alpins aux replats du terrain. — A rapprocher de « gode » (Ollon), la mare; et même, après quelques détours, de « goille », « gouille » (Vaud et Genève), flaque d’eau. [retour]

Note 1, page 28 : Godefroy (t. III, p. 662) donne les formes « estuial, estoial, estuel » et le sens : étui, vase à serrer quelque chose. Le cafas est inconnu de Godefroy; Littré (t. I, p. 452) connaît une étoffe appelée « damas cafard » qui est un damas de soie mêlé de « fleuret ». Selon Du Cange (t. II, p. 134) le « caphardum » est un vêtement universitaire mentionné dès le XIVe siècle. — Un « peniach » ne saurait être qu’une sorte de peignette. [retour]

Note 2, page 28 : Dans la pacotille raflée par les Bohémiens, Th.-Agrippa d’Aubigné (Les avantures du baron de Fœneste, éd. dite d’Amsterdam, 1731, t. II, p. 12) signale « deux cueillères jaunes et une d’arquemie ». [retour]

Note 3, page 28 : Hématite pour le polissage de certains métaux, connue dans le commerce sous le nom de tripoli. [retour]

Note 4, page 28 : Les aiguillettes, indispensables à la tenue vestimentaire d’alors, se passent de commentaire, mais le mot « porloselle » n’est pas connu; à moins d’un lapsus, on pourrait y voir un terme de mode où le mot perle entrerait en composition hybride avec filoselle. [retour]

Note 5, page 28 : Le syndic Hudriod du Mollard assumait les fonctions d’auditeur « des premières appellations » (RC, vol. 46, f° 162 v°). Nous reviendrons sur ce personnage et sur François Chabod au chapitre IV. — La liste des conseillers et officiers, disposée en trois colonnes, est ainsi composée :

« ChicquandSindicque du MollardSept
Morel Tissoct
LambertChabod pour LieutenantCusin. »
RigoctBeguyn 
DeletraSaultier 
[retour]

Note 1, page 31 : « Remund » le cardeur est « de Servier auprès du Zais » et le boucher Grasset « du Zais » (12 septembre). [retour]

Note 2, page 31 : Une attestation judiciaire datée d’Alais, le 5 octobre 1552, établit qu’il s’agit de « Caumons distant dudt Alez d’ung quart de lieue ». [retour]

Note 1, page 32 : Cette réserve inutile de Battonat se trouvera bientôt démentie. [retour]

Note 2, page 32 : « Neautmoings », « néaulmoings » pour néanmoins était alors usuel en pays romand. Littré (t. III, p. 703) cite le bourguignon « nômoin ». [retour]

Note 1, page 33 : Battonat aurait dû dire cinq lieues plutôt que trois. Nous verrons que Saint-Ambroys s’était alors installé à Chaumont près Saint-Julien, au pied du Vuache. — Le capitaine était sans doute en relation d’origine avec Saint-Ambroix dans le Gard. [retour]

Note 2, page 33 : Voir interrogatoire de Reymond, le 12 septembre, à l’Evêché. Le domestique ne sera plus examiné avant le 27 du mois. [retour]

Note 1, page 35 : Aujourd’hui, le Pas de l’Ecluse, défilé du Rhône, au sud-ouest de Genève. Le toponyme moderne est une déformation dont le juste prototype se retrouve à La Cluse, commune de Montréal, près du Fort de l’Ecluse (dépt de l’Ain). [retour]

Note 1, page 37 : Cf. RC, vol. 46, f° 273 v°; Roget, op. cit., t. III, p. 240-241. — Philibert Berthelier, que nous verrons à ce procès interroger Battonat, affichait alors, non sans insolence, son animosité envers les deux réformateurs. — Roget (ibid., p. 267) indique aux 19 et 20 juillet le passage du cardinal de Tournon, archevêque de Lyon, alors qu’il faut lire 19 et 20 septembre. Il revenait de Rome : on lui envoie du vin et trois conseillers pour le complimenter. Son hostilité envers la Réforme étant notoire, il fallut prendre des informations contre ceux qui dirent des « paroles oultrageuses » à son endroit. [retour]

Note 1, page 38 : Pour n’en pas parler deux fois, nous remettons aux chapitres suivants tout l’interrogatoire relatif à la médecine et à l’alchimie dont la justice eut, dès maintenant, à tenir compte. L’audience du 19 septembre avait commencé par ces mots : « Interrogé s’il s’est poinct advisé de dire vérité des choses que l’on luy a desja demandé ? Respond qu’il l’a dicte. Interrogé de quel argent est le lingot qu’il portoit en son estuy de bonnet ? Respond qu’il ne sçait. Interrogé d’où il a heu ledict lingot ? Respond qu’il [l’] a heu de Guillaume Gallouz », demeurant à Sommières. [retour]

[retour]Note 1, page 39 : RC, vol. 46, fo 276 v°. 2 La « ballanche à trabiche » a conservé en français son mot propre, le trébuchet (Littré, t. IV, p. 2329) dont trabichet est le correspondant franco-vaudois (L. Odin, Glossaire du patois de Blonay, MDR, 1910, p. 576).

Note 3, page 39 : Il est assez curieux de voir qu’à Battonat lui-même le sens de ce mot échappait; après la confrontation, il confessa avoir emprunté des tenailles « mais qu’il ne sçavoit que vouloit dire galemard » (audience du 23 septembre). Ce terme de métier, qui a donné le jour à un nom patronymique bien connu, n’est pourtant point particulier à Genève. Godefroy (t. V, p. 208) prétend qu’il signifie un long couteau. [retour]

Note 4, page 39 : Après Binet, « Jehan Nollin, de Fer en Tartenoys prez de Rens en Champaigne », avait ajouté que Battonat « ne s’advisoit pas du rologe ». [retour]

Note 1, page 40 : On s’informa ensuite s’il « az point esté au chemin tirant à Chamberier près la Perrière [Laperrière près Faverges, Hte Savoie] ou à Virier [Viry, arrt de Saint-Julien, Hte Savoie] en chieu ung maréchal ». Il le nia. [retour]

Note 1, page 41 : Sur les relations de Saint-Ambroys et de Plauzolle (qui ne fut pas élargi avant le 3 novembre 1552), voir aux documents complémentaires les pièces retrouvées du procès de Plauzolle, réputé perdu. [retour]

Note 1, page 44 : « Sur ce a esté inquis avec le seigneur gros saultier No. Aymé des Ars, citoyen de Genève mesme, sur ce qui az nyé que ilz ne dictz point que lesdictes pièce de fertz fussent faicte pour faire la monnoye du seigr conte de Gruyre et qui avoit charge de trouver ung tailleur pour faire ladicte monnoye. Et lequel No. Aymé des Ars dictz et depose estre chose veritable avoir faict le sermentz que ainsi qui mirent la main sus led. George detenuz et inquis, ledictz soultier, accompagné de hon. Jehan Droz, à quoy il servoit celle pièce appellé le trosseau et aultres... » La suite de la déposition nous a servi à reconstituer le dialogue rapporté au début du chapitre. [retour]

Note 2, page 44 : Les assistants sont les syndics Botellier, Phillipin, « Chabod pour Lieutenant », le « Saultier », puis les conseillers Morel, Lambert, Du Pain (le trésorier Claude Du Pan), Verna, Mallugnod, Pernet, Boccard. — A la première heure de ce même 27, les magistrats avaient été poser quelques questions au domestique Reymond qui restera sous les écrous de l’évêché jusqu’en janvier 1553; il sera relâché sans subir de pénalité. [retour]

Note 1, page 45 : D’une réplique et d’une contre-réplique, il ressortit que Grasset était bien « le laqué Jehan » et qu’il était le serviteur non « du dit de Laye, mais de son frère ». [retour]

Note 2, page 45 : Durant ce temps, la Seigneurie avait repris l’interrogatoire de Plauzolle. [retour]

Note 3, page 45 : « Constitué led. visconte ayant faict le serment a respondu. » [retour]

Note 4, page 45 : Battonat fut ensuite interrogé à propos d’une maison sise « en ung villaige de par de là » (nous verrons qu’il s’agit de Douvaine) dont il négociait la location pour Saint-Ambroys. — S’il n’a pas dit au serrurier que « la pièce ronde » commandée était « pour faire ung creux » (creuset) ? L’ayant confessé on lui demanda « pour quoy il mentissoit ainsi à l’aultre, veu qu’il dict estre vray qu’il le fit pour servir audt molin ? Respond que il peult dire ce qu’il luy plaict, faisant faire quelque chose, et que il peult bien servir à cela ». [retour]

Note 1, page 46 : Le 3 octobre, le Conseil prenait connaissance des nouvelles : « Icy sont vehues des lettres de Lyon et d’aultres... » RC, vol. 46, fo 280 v°. [retour]

Note 2, page 46 : « Lectres de Vienne et de procurence de George Batonat. — Icy sont esté vehues les lectres que le ballifz de Vienne, les officiers de l’evesque d’Usès et aultres escripvent de l’affaire de George de Battonat [sic]. Et est arresté que l’on procède contre de luy, attendant le modelle du molin » (RC, vol. 46, f° 285). — Ces lettres ne sont pas conservées. [retour]

Note 3, page 46 : « Interrogé, s’il se sovient, de dire vérité; et si il y veult adiouster ny diminuer ? Respond qu’il ne se sovient pas, sinon qui les visse. » Bien que cette phrase soit la première du procès-verbal, elle ne s’explique pas sans une question antérieure se rapportant aux médailles. [retour]

Note 1, page 47 : Le serviteur se nommait « Frère Claude Bezuc » et l’a « servy sept ou huict mois », au Pouget et à « Comeon ». Peu avant de venir à Genève, Battonat l’avait envoyé « en Avignon pour ses affaires ». [retour]

Note 2, page 47 : On commença par demander au prisonnier si ce modèle était complet : « si toutes les pièces qui az veu aud. modelle estant à Sommière et si en az point obmis, et qui l’a faict led. modelle ? Respond que n’en sçay riens, combien qui pense que le serviteur qu’est allé quérir led. modelle le peult bien savoir »; c’est « ung nommé maistre Pierre », mais il ignore « son sornom ». Si, outre les pièces rassemblées, il en est d’autres qu’il aurait fait exécuter ? « Respond que ilz est vray que en fitz faire une pièce qui estoit assez longue et laquelle dempuis ilz fit copper... » Cette pièce était destinée « pour tirer le filz ». Celui qui en fut chargé est « ung petit homme boyteuz, d’aage envyron de quarantes cinq ans, et ne scay dont ilz est ny de son surnom ». — Le moule « à gecté du sable », il en ignore l’usage : il faisait partie du lot qu’il devait porter au fameux Jérôme. Vu ses « negattives », on lui confronta d’abord Me « Beauvoyés » (aussi : Beauvoyer), précisément âgé « de envyron » quarante-cinq ans. C’est donc le boiteux en question. Il raconte tout au long la visite que Battonat fit à son atelier. [retour]

Note 1, page 48 : Les autres maîtres d’état sont « Jehan Garnier, serrurier et tallieur, bourgeois de Genève ». Il venait de « Cluny près Maçon » et avait reçu la bourgeoisie, le 30 avril 1548, à un prix très modique, en raison de ses services (A. Covelle, Le livre des bourgeois de l’ancienne République de Genève, p. 235). Le troisième déposant est « Jehan Langloix fondeur ». [retour]

Note 1, page 49 : D’après des actes analysés ci-après, il serait arrivé le 10 octobre. — La seigneurie d’Avence semble s’identifier avec Avens, hameau de la commune de La Pérade (Lozère). La graphie Mazour comporte des variantes : Mazouer, Mazorer, etc. [retour]

Note 1, page 50 : Cette attestation, longtemps égarée, vient d’être retrouvée, et nous en donnerons un extrait en complément. [retour]

Note 2, page 50 : Le texte du registre, qui n’a pas été relu par le secrétaire, est du lundi 17 octobre 1552 : « Prisonier de Laye et son beau père. — Surce que il est detenuz pour estre suspicioné de avoir faict faulce monoye, dont ilz se excuse sous certain modelle de mollin qui dict que les pièces sont esté trouver pour faire telles choses semblable..., le beau père a requis de parler à luy, lequel a aussi apporter led. modelle... Remis à respondre led. inquis. Arresté que l’on le face plus amplement respondre. Et que led. molin soit asseaible [essayable soit : essayé] par des maistre; et soient appellé Jehan Droz et aultres avant que led. beau père parle point à luy. » (RC, vol. 46, f° 287 v°.) [retour]

Note 3, page 50 : Le jeudi 20 octobre, le Conseil prenait la décision suivante : « Le beau père du Visconte de Burges de Laye. — Lequel a requis luy permectre qui puisse parler à son beau filz le sgr de Laye, dict le Visconte de Burges, aux fins de le advertir de ses affaires, et aussi de luy donné ses defences. Arresté que l’on actende jusque le proceps soit veuz et, cellon cella, l’on advisera de luy oultroyer ses defence et faire les aultres choses. » (RC part., vol. 6, f° 79 v°.) [retour]

Note 4, page 50 : En suscription : « Le 21 octobris 1552. Supplication pour les Seigneurs. Viscomte de Borges. » — Bien que la pièce ne soit pas signée, le style et les expressions sont celles mêmes d’une lettre ultérieure, écrite par M. d’Avence. Ces diverses suppliques sont conservées en originaux dans le dossier. [retour]

Note 1, page 51 : Coliques hépatiques vraisemblablement. « Il luy prist une forte passion que l’on appelle flux de ventre » dit la Grand cronique de France à propos de Philippe de Valois (Godefroy, t. VI, p. 29, au mot passion). [retour]

Note 1, page 52 : La pièce est datée du 21 octobre; les points de suspension marquent les longueurs que nous supprimons. Une note tardive porte cette indication : « retiré du pourrissoir »  ! — La délibération du Conseil, le même jour, est rapportée en ces termes : « George Battonat dict de Laye detenuz. — Ayant entendu la supplication dud. George tendant aux fins de estre libérer ou bien le admectre à ses defences et le ellargir et commectre gens advocatz et procureurs aux contenuz de sa supplication, arresté qu’il soit admys à ses defences et luy soit permis ung procureur et advocatz; toutesfois qu’il soit faict jouxte l’advis de l’advocatz et grandes surementz [sûretés ?]. » (RC, vol. 46, f° 291 v°.) [retour]

Note 2, page 52 : « Le 25 d’octobre 1552 George Battonaz dictz de Laye. — Le procureur egrègie Jehan Voysine au nom dud. Batonaz, detenuz pour estre actain et accusé de faire faulce monoye, lequel ilz constitue en forme et requier le double des procedures, responces, accusations et aultres contre luy au fin de formé articles et defences comme est requis; aussi a esleu pour advocatz le seigr advocat Colladon, requérant leurs oultroyer licence. Arresté en premier lieu que l’on donne congé audtz de procuré et luy soubtenir son droytz. Et au reste que l’on luy concède lesd. doubles demandé, remectant ambes parties à jeudi; et par lesd. seigrs instant donne quitus general sus lesdictz articles qui seront produytz. Successivementz lesdictz seigrs instant hont requis plus amplement reduyre et produyre articles, ce que leur a esté oultroyer. » (RC part., vol. 6, f° 82 r°.) [retour]

Note 3, page 52 : Du jeudi 27 octobre : « George Battonaz detenuz. — Surce que ilz az requis par son beau père qui plaise de donné congé, licence et faculté que ses procures et advocat puissent parler à luy et aussi luy bailler encre et papier pour escripre les choses necessaires pour ses defences. Arresté que l’on luy permecte de parler à luy, son advocat et procureur, et que il ce pourvoisse d’ung aultre advocatz que de monsgr Colladon qui a veu led. affaire. Et aussi escripre en presence du seigr procureur general, tant lesd. procureur que advocat. » (RC part., vol. 6, f° 84 r°.) [retour]

Note 1, page 53 : Le procureur Voysine avecq le beaupère dud. Battonat produict... », etc. (L’arrêt enregistré au dossier est reproduit au jeudi 10 novembre, à RC part., vol. 6, f° 91 v°.) — Voisine fut chargé maintes fois des intérêts officiels de Genève (cf. DHBS, t. VII, p. 167, art. Voisine, par H. Grandjean). — Les retards de la procédure étaient dus à une crise intestine de la plus haute gravité. Elle s’était déclarée à propos de Jean Troilliet, ami de Perrin, de Vandel, de Berthelier et de Sept qui, dès le mois de juin, entraient en lutte ouverte avec Calvin. Berthelier s’était réconcilié avec le réformateur afin de pouvoir se marier, mais à la fin septembre les hostilités reprenaient. Du 1er au 4 novembre, Balthasar Sept, Philibert Bonna, Ph. Berthelier furent emprisonnés pour leurs propos sur Calvin et Viret et ne recouvrèrent la liberté qu’en faisant appel aux franchises. Il fallut faire venir Farel pour un « appointement »; cela prit tous les jours suivants. Le 13 novembre, écrit Amédée Roget (t. III, p. 249; cf. p. 225-247), « le Conseil général, appelé à nommer le lieutenant et deux auditeurs, nomma lieutenant Pierre Tissot... qui avait pour compétiteur le calviniste Lambert, et l’excommunié Phil. Berthelier fut un des deux auditeurs élus ». [retour]

Note 2, page 53 : Son titre exact est « procureur substitué de seigneur procureur general ». On se souvient que son nom avait été mis en ballotage avec celui de Rigot pour la fonction suprême. Lambert avait été le premier à la revêtir ad actum en 1534; emprisonné par le duc de Savoie à Chillon en même temps que Bonivard, il avait été porté au syndicat en 1546. Sur lui, cf. F. de Crue, La délivrance de Genève et la conquête du duché de Savoie dans Jahrbuch für Schweizer. Geschichte, 1915; G. Werner, Les institutions, p. 53; Le procureur général de l’ancienne République de Genève (Etrennes genevoises 1929, p. 36, 41); DHBS, t. IV, p. 431, art. Lambert par Ch. Roch. — Lambert, avec nombre des conseillers présents à la cause de Battonat, fit partie du gouvernement qui jugea Servet (cf. Roget, op. cit., t. IV, p. 98 n. 1). [retour]

Note 1, page 54 : Au dos : « Supplication Ge Batt. contre le fisque » et la date « 1552, 10 nobris ». Bien que le nom de Voisine n’y figure point, il est évident que la pièce émane de lui. — Le fisc désigne le parquet, héritier de la charge épiscopale du procureur fiscal (voir ci-après). [retour]

Note 2, page 54 : C’est-à-dire sans avoir sondé les intentions de Battonat ni avoir tenté de comprendre son invention. [retour]

Note 3, page 54 : Logiquement inutile, ce langage élève bien haut Battonat ou ravale bien bas celui qu’on invoque. On voit apparaître ici des formules nouvelles qui sont l’envers de la médaille théocratique. [retour]

Note 1, page 56 : Suit ici la description des pièces et la démonstration qu’elles ne peuvent servir à battre monnaie. [retour]

Note 3, page 56 : Sur un ton assez arrogant, la défense conteste la validité des témoignages : « car aultrement, en termes de droict, il y a cause legitemé de rejetter telz tesmoingz, d’autant qu’il ne rendent aulcune cause de leur deposition (DD. in L. actor et L. solam. C. De probat.) ». — Les lettres DD sont l’abréviation de Digeste, L de lex, G de caput. [retour]

Note 1, page 57 :... « veu qu’en une chose mesme de petite importance, probatio per possibile nihil concludit sed per necesse (L. ad probationem 2, et ibi Bal. C de probat.) ». — L’abréviation Bal. renvoie au jurisconsulte Pierre Balde, né à Pérouse, mort à Pavie en 1406, et disciple puis rival de Bartole. Ses commentaires sur le Liber Feudorum, les Décrétales avaient paru déjà en éditions incunables. Mais il faut citer aussi ses Practica judiciaria, traité de procédure très répandu au XVIe siècle. [retour]

Note 2, page 57 :... « neque puniri debet tanquam delictum consummaverit (Tenet Bal. in L. 3 C. de nautico foeno. — Per L. qui falsam. — Ff. ad legem Corneliam; De fal.) ». — L’article « De nautico foenore » concerne les intérêts maritimes. [retour]

Note 1, page 58 : Le copiste s’est ici endormi, écrivant, par mégarde : « dud. seigneur de Laye conte ». [retour]

Note 1, page 59 : « Or et argent monnoyé et à monnoyer, et tout ce qui se peut transporter de lieu en autre... sont meubles », écrivait le jurisconsulte Antoine Loysel (cf. Littré, t. III, p. 549). [retour]

Note 2, page 59 : L’argument se terminait par ces mots : « Aultrement si sinistra aliqua presumptio caderet, telles drogues aussi bien se pourroient entendre du crime de venefice comme de faulse monoye. » [retour]

Note 1, page 60 : C’est-à-dire qu’il demande au Conseil de poursuivre les audiences. Godefroy (t. VII, p. 55) ne connaît le verbe « repellir » qu’au sens de chasser, enlever. — Ces deux actes du Conseil, enregistrés au dossier, se retrouvent au RC part., vol. 6, ff. 94 v° et 95 v°. [retour]

Note 2, page 60 : « Magnifiques et puyssantz seigneurs et excellentz princes, Soxante treize jours sont passés que messire George de Laye dict Bastonnat, seigneur de Laye et visconte de Borges, avoyt esté detenu prisonnier à l’instance de monssgr le procureur general sans avoyr en rien offencé contre vostre magesté et Republique et encores y est detenu en grand langueur, peyne et torment, causant une griesve maladie en laquelle il est constitué, pendent plustost à la mort que à la vie, à quoy à vous excellences playra d’avoyr regard, pitié et compassion. Et s’il y a aulcung que luy veulhe faire partie, offre à respondre constamment à tout ce que l’on luy vouldroyt demander, car ne se peult rien trouver contre son honneur sans ce que ses accusateurs le volsissent faulcement inculper. Et faysant droict et justice, playra à vous excellences le eslargir et mectre en playne liberté et delivrance, suyvant vous privilièges, libertés et excellentes franchises perpétuellement observées. Et le suppliant, ensemble ses femme et parentz, prieront l’eternel vous donner prosperité et maintenir vostre principaulté en son honneur, louange et gloire. » (Au dos : « Suppon George battonat 21 nobris 1552 ».) — Battonat exténué n’avait pu rédiger; l’écriture et le style sont du beau-père. [retour]

Note 1, page 61 : La pièce porte au verso la note : « Suppon George battonat 21 nobris 1552 cest de son beaulx pere. » [retour]

Note 1, page 62 : RC, vol. 46, f° 312. [retour]

Note 2, page 62 : Titre que portait dans l’ancien évêché l’officier auquel succéda le procureur général. La survivance se retrouve dans les édits de 1568, non pas, comme le pensait Georges Werner (Procureur général, p. 37), par un lapsus calami, mais par une fidélité quasi constitutionnelle. — La pièce ci-dessus porte au verso : « Ced[ul]e contre battonat 21 nobris 1552. » [retour]

Note 1, page 63 : Les renvois aux Institutes sont sommairement indiqués en marge et nous les reproduisons à l’usage des historiens du droit. Afin de respecter le mouvement rhétorique, nous passons en note l’argument relatif aux faussaires : « Car la loy qui falsam (de fals, ss.) parle expressement de celuy qui n’avoit intention d’imprimer et forger monnoye, et toutesfois, en juste penitence de son faict tel qu’il estoit. Et la loy Damus et la doctrine des docteurs sur icelle loy parlent seulement d’une chose contrefaicte non pas par faulseté mais par plaisir ou sans cause et maulvaise intention et qui ne peult jamais porter nuysance. Semblablement la loy première et tout le tiltre De metalariis C ne faict aulcune mention de ceulx qui transmuent l’alloy, substance et couleur des metaulx, mais de ceulx qui tirent les metaulx de la terre et minières par permission publique, avec charge d’en payer une portion au fisque. Et si led. prisonnier... » (voir ci-dessus). [retour]

Note 1, page 64 : En marge : « l[ex] Quicumque L; l. Cornelia ss. De falsis. » [retour]

Note 2, page 64 : L’allusion se rapporte évidemment à la correspondance échangée par la Seigneurie avec les autorités françaises et qui n’a point subsisté. [retour]

Note 3, page 64 : En marge : « dic. L. (dicit Lex), lege cornet; L. 1 et 2 C de fals. moneta. » [retour]

Note 4, page 64 : En marge : « Extravagan. de crimi. fal.; l 1 de extraord. crim., C. si falsos; l. Qui velut; l. De falsa; l. Nemo; l. Et si; . culpa; De malefi. et mathemat. » — L’allusion à Dioclétien était une trouvaille de Colladon qui avait apporté ses lumières au parquet. [retour]

Note 1, page 65 : La phrase est tout entière de la main de Colladon. [retour]

Note 2, page 65 : Nous reprendrons quelques-unes des thèses de l’accusation au chapitre VI. [retour]

Note 1, page 66 : Ainsi que pour les précédentes, le greffier ajoutait : « Cottées au doz » par un seing manuel. [retour]

Note 2, page 66 : Idem. [retour]

Note 3, page 66 : Archaïsme pour voulussent. Au passé défini, je voulus faisait de même « je volsis ». Au lieu de « s’offrent », entendre : s’offre. [retour]

Note 4, page 66 : Au verso : « Pour noble Georges battonat seigneur de la Haye visconte de borges Le 24 de novembre 1552. » [retour]

Note 1, page 68 : Le 24 novembre, les Syndics et Conseil « aiant entendu la requeste du susdit Battonat detenu tendant aux fins d’estre libéré..., arresté qu’il doibge respondre sus les indices de la lettre ». (Enregitrement au dossier et à RC part., vol. 6, f° 98 v°.) — Cette lettre paraît émaner de Saint-Ambroys, mais elle ne s’est pas retrouvée. [retour]

Note 2, page 68 : Le rôle « produyt le 25 de novembre 1552 » débute par ces mots : « Le Seigneur procureur fiscal requiert Georges Battonat prisonnier estre interrogé... » — « Sindicques et Conseil de Genève. — Le 25 de novembre. — Lequel Battonat a presenté ses lettres de aucthorité et d’estat requerant luy faire justice. Arresté que l’on alle après disné faire respondre. » — Ce texte incorporé au dossier se trouve après les lettres du comte de Gruyère et avant celles du prétendu comte de Varax, dans le deuxième cahier. Voir RC part., vol. 6, f° 101 r°. [retour]

Note 3, page 68 : En réalité, cette liste, revue par l’avocat Colladon, paraît avoir été écrite par le substitut Jean Lambert. [retour]

Note 1, page 72 : A l’issue de l’audience, le lieutenant et le procureur demandèrent à Messieurs « qui plaisse admectre lesd. instant [le lieutenant et le procureur] à veriffier, et de ce leurs donné terme et lettre requisitoyres et opportunes ». Sur quoi le Conseil arrête : « Nous, ayant entendu lesd. instant, ordonné que l’on admect à veriffier les articles nyé, en concedant sur ce requisitoyres et lettres opportunes... » [retour]

Note 1, page 73 : Note marginale en surcharge : « Pour no[ble] georges battonnat deffendeur contre messgrs les lieutenant et procureur general demandeurs. » — L’on possède la copie de cinq lettres du comte de Gruyère, conformément à l’indication de la cédule du 23 novembre. Celle-ci était donc une sixième lettre qui malheureusement ne fut pas relevée. [retour]

Note 2, page 73 : Ce jour-là, en effet, les Syndics et Conseil prenaient les mesures suivantes : « Sur ce que la deffense dud. Battonat a presenté une requeste avecque une missive du seigneur comte de Gruyre, requerant à la forme d’icelle luy provoistre de justice, arresté que l’on examine les tesmoingts, sus les faict des femmes, qui doibvent estre icy et sur ce, qu’il responde dud. affaire. S’il nye, que luy soyent confrontés lesdictz tesmoings. » (Enregistrement au dossier et à RC part., vol. 6, f° 102 r°, où « le beau père » est substitué à « la deffense ».) [retour]

Note 1, page 74 : « Informations prinses contre George battonatz dictz de laye detenuz, le 28 de novembre 1552. — Premièrement a esté inquis avec No. gabriel poyard... » [retour]

Note 2, page 74 : Ce renseignement est un des rares qui permettent de dater exactement les aventures de Battonat. François Ier mourut le 31 mars 1547. Henri II fit au mois suivant son entrée officielle. Les funérailles solennelles du roi, comprenant les dépouilles de ses deux fils décédés avant lui, François et Charles, se déroulèrent le 22 mai à Paris et le 27 à Saint-Denis; le sacre de Henri II eut lieu à Reims le 27 juillet. Cf. Ch. Paillard, La mort de François Ier et les premiers temps du règne de Henri II, dans Revue historique, t. V, 1877, p. 99 n. 3, 105 n. 2. [retour]

Note 1, page 75 : Condrieu (Rhône), arr. de Lyon. [retour]

Note 2, page 75 : « Supplication de George Battonatz le 29 de novembre 1552. » [retour]

Note 1, page 76 : Rappelons le proverbe connu, inscrit en 1616 sur un mur de Chillon : « Belle prison, laides amours, jamais ne furent » (cf. A. Naef, Chillon, La Camera Domini, Genève, 1908, p. 157). [retour]

Note 2, page 76 : M. d’Avence avait donc différé son départ; il est probable que la Seigneurie elle-même l’en ait prié avant d’achever l’enquête. [retour]

Note 3, page 76 : Le jour même (mardi 19 novembre 1552) où Jean Bodin, dit de Saint-Amand, se faisait recevoir habitant de Genève, le secrétaire du Conseil enregistrait, sur la même page (RC part., vol. 6, f° 104 v°) : « George Battonat dict de Laye detenuz. — Le beau père dud. Batonatz a requis qui plaise à messgrs de luy faire justice au contenuz de ses requestes. Arresté que l’on envoyé le proceps à troys advocatz et que le serviteur soit liberer moyennant submission et en payant ses despens. » — Comme le pauvre diable était hors d’état de payer quoi que ce fût, il demeura en prison jusqu’au début de l’an suivant. [retour]

Note 1, page 77 : Pierre Butini (il signait Butiny), notaire, était auditeur en 1551 déjà; il devint secrétaire du droit et châtelain des terres du Chapitre en 1562. La prononciation Butin pour Butini était alors usuelle, bien que les deux formes aient fini par déterminer deux familles distinctes. (Cf. J.-A. Galiffe, Notices, t. II, p. 79.) [retour]

Note 1, page 78 : Des nouvelles récentes risquaient d’inciter la Seigneurie à plus de sévérité. Le mardi 29 novembre précisément, le trésorier annonçait au Conseil que « des solz de Genève faulx » circulaient à Cluses; l’avertissement venait d’« ung librayre estant demeurant au lieu La Madellaine ». Bien que l’affaire n’eût pas de corrélation avec celle de Battonat, la Seigneurie qui avait à traiter diverses questions avec ses voisins, dépêcha « le seigneur Jehan Lambert » à « Chambeyrier » afin d’aviser le « seigr president » de Savoie. Lambert fut de retour le 6 décembre. Cf. RC, vol. 46, ff. 315 v°, 318. — Le président de Savoie, Raymond Pellisson, se trouvait en relations constantes avec Genève (cf. J.-A. Gautier, Histoire de Genève t. III, 1898, p. 86 et n., 200, 201 et n., 310, 329, 378; J.-B.-G. Galiffe, Quelques pages, p. 16). [retour]

Note 1, page 79 : Paquet semble faire office de geôlier; mais l’autre était un prisonnier. Le 21 novembre 1552, le Registre du Conseil porte : « F. de la Rumina. — Il y est esté parlé du faict de François de la Romina detenu; et est esté arresté (et [est] l’arrest sus l’aultre livre escript). » (RC, vol. 46, f° 310 v°.) — En 1562, J. Paquet exerçait la fonction de guet et sera condamné pour mauvais traitement envers son père (cf. PC, n° 1001; communication de M. l’archiviste d’Etat G. Vaucher). [retour]

Note 2, page 79 : Du jeudi 1er décembre 1552 : « George Battonaz dict de Laye detenuz. — Surce qui est detenuz pour la suspicion de avoir vollut faire la fause monoye et avoir exposer [épouser] plussieurs femmes et aussi qui a esté detenuz es prisons de Paris, Lion et ailleurs. Surquoy luy sont esté confronté des tesmoings ce qui a tousjours nyés, aussi surce qui az esté trouvez ung ferronz de fertz en son lictz, envellopper de pattes, affin plus secretementz et seurementz rompre la muraille pour se saulvé, ce aussi luy az esté monstrer et confroncté les tesmoings, ce qui az aussi nyé. Arresté que l’on porte le faictz en conseilz à troys ou 4 advocatz. » (RC part., vol. 6, f° 105 v°.) [retour]

Note 1, page 80 : Du mardi 13 décembre : « George Bathonat dict sgr de Laye. — Ayant entendu l’advys de l’advocatz et ses responces, defences et confessions, a esté arresté que led. procès soit mis encoure et monstré à monsgr Colladon pour avoir encoure son advis. » — Du jeudi 15 : « Sur les proceps, responces, acusations, variations, confessions, et aussi les advys des seigrs advocatz Blecheretz et Colladon, a esté ordonné et arresté que, suyvant l’advis desdictz advocatz led. inquis soit interrogué sus les faictz et que, si ne veult dire la vérité, qui soit mis et eslever à la corde et, si besoings est, procédé plus avant. » (RC part., vol. 6, f° 113.) — Sur l’influence de Blecheret dans la procédure ultérieure, voir son avis de droit aux pièces complémentaires. [retour]

Note 2, page 80 : La date n’en est pas donnée, mais son contenu suffit à préciser les circonstances et le moment où il fut rédigé. [retour]

Note 1, page 83 : Le lieutenant avait commencé l’interrogatoire par les recettes magiques et les anneaux (nous reprendrons ces textes au chapitre VI). Il revint en outre sur les médailles fausses et demanda à l’inculpé qui nia : « S’il n’a point vendu des médailles à ung nommé Gindraulx, de Provence ? » [retour]

Note 1, page 84 : Nous passons sur les répétitions qui n’apportent rien de neuf. En demandant à Battonat « s’il n’a pas entendu estre chargé de plusieurs crimes, tant de fausse monnoye que autres », le lieutenant montrait cependant que, selon ses renseignements, l’inculpé n’en était pas à ses premiers essais. Celui-ci protesta encore n’avoir eu d’autre intention « sinon de venir trouver le sgr conte de Gruyère ». [retour]

Note 2, page 84 : « N. Philibert Berthellier, auditteur instant pour le sgr lieutenant. » [retour]

Note 3, page 84 : Nous utiliserons ses réponses aux chapitres V et VI. [retour]

Note 1, page 85 : Du 19 décembre : « George de Laye detenuz. — Suyvant l’ordonnance dernierementz faicte sur la personne. Lequel a esté eslever de deux pied — lequel ne veult venir à la verité ains dictz qui est innocentz. Arresté que l’on le suyve et qui soit mis à la corde jusques l’on aye la verité de luy, ainsi que le conseilz des advocat porte. » (RC part., vol. 6, f° 116 r°.) [retour]

Note 2, page 85 : A propos des témoins viennois si malmenés par lui, Battonat se borne cette fois à cette affirmation : « Ilz ne se trouvera de ce qui hont déposer à poyenne de sa vie. » [retour]

Note 1, page 86 : Il avait été suggéré par l’avocat Blecheret. [retour]

Note 2, page 86 : L’énumération ci-dessus donne un rôle fragmentaire des maîtres d’état établis à Genève. Le menuisier André Furby s’y retrouve dès 1533 (Min. Cl. de Compois, vol. 9, f° 56; sur ses deux fils, en 1561, cf. PC, nos 1000 et 1169.) « Bricius Clavelli : ... minuserius », prénommé Bris et Bry au procès de sa fille, en 1557 (PC, n° 637), fut reçu bourgeois, le 23 novembre 1515 (cf. Covelle, op. cit., p. 182; renseignements communiqués par M. Gustave Vaucher). [retour]

Note 1, page 87 : « Remis à continuer... le remectant et rassignant à la corde dont il est sortiz jusques ilz aye dictz la vérité. » [retour]

Note 2, page 87 : Ce jour, au Conseil, Philibert « Berthelier dict que les ministres ne luy peulvent deffendre la Cène » (RC, vol. 46, f° 327 v°); les contentions avaient repris de plus belle (cf. A. Roget, t. III, p. 254). [retour]

Note 1, page 89 : D’après l’inculpé, le capitaine était allé chercher « une maison entre cy et Thonon, mais il ne trova pas Foural vers lequel il entendoit , de se provoir ». [retour]

Note 1, page 90 : Battonat déclare n’avoir jamais auparavant battu monnaie, confirme qu’il sait « blanchir », mais ignore « moller ny contrefaire medailles »; aussi nie-t-il en avoir jamais imité à Montpellier, Avignon, ni « au Puys », comme on tentait de le lui faire avouer. Il n’en a jamais vendu au marchand « Guérault » qu’il ne connaît pas. — Nous réservons ses réponses relatives à l’alchimie et à l’art médical. — Le questionnaire avait été révisé par Colladon. [retour]

Note 1, page 91 : Battonat ne retint que l’allégation relative à la Patelonne; encore est-il « que c’est une femme vivandière à laquelle il ne peult rester debvable que quatre escus, et ce pour des chapons et aultres semblables choses ». — Sur l’identification du baron, voir chapitre VI. [retour]

Note 2, page 91 : Les faveurs n’étaient plus de saison. Du jeudi 29 décembre 1553 (année natale, soit 1552) : « Le beau père de George Batonat a requis qui plaise à messgrs de luy donné licence de avoir papier et encre pour escripre à la duchesse de Vallentinoys, aussi à aultres, et aussi que son beau père puisse parler librement à luy au contenuz de sa dicte requeste. Arresté, actendu qui est criminel et qui n’az point besoings de cella, que l’on le doibje suyvre et luy baillier la corde, ainsi qu’a esté ordonné ça devant. » (RC part., vol. 6, f° 123 v°.) [retour]

Note 1, page 92 : « auquel lieu ilz allèrent et trouvèrent led. seigr Foural se trouvant lors mallade, par quoy le faict se entre layssaz. » Saint-Ambroys avait « admodié la maison des Fourral du boie [bois] de Balleyson pource qui pretendoyent là faire ladicte monoye. » (Interrogatoire du 3 janvier 1553.) [retour]

Note 2, page 92 : « et veult maintenir qui est vray que ilz az de proffitz 16 pour le maistre ». A ce moment où il risque la peine capitale, Battonat ne peut s’empêcher de vanter ses procédés dans l’intention d’éblouir le Maître de la Monnaie lui-même  ! [retour]

Note 1, page 93 : On voulait prendre les décisions ultimes et tout le Conseil fut convoqué : « Lungdi secund de janvier 1553. — George de Laye dictz battonatz detenuz. — Icy a esté parler des responces et proceps dud. battonaz et aussi de ce que ne veult venir à la verité non obstant toutes confrontacions et indices contre luy. Arresté que l’on face demandé après digné tout le Conseilz et que tous doibjent venir, et soit procéder contre luy comme a esté ordonné et qui soit inquis sus sa personne. » (RC part., vol. 6, f° 127 r°.) [retour]

Note 2, page 93 : « N. Philibert Bertellier auditeur instant au nom de Sgr Lieutenantz. » [retour]

Note 3, page 93 : Battonat tente encore d’atténuer sa faute en prétendant qu’il se bornait à faire « les util pour faire une presse pour faire de la dicte monoye des nobles pour monstrer au capitaine Sainct Ambroys ». [retour]

Note 4, page 93 : St-Ambroys « luy avoit promis et convenus deux centz escus soley affin de luy monstrer à faire les alliages ». — Sur la valeur comparative de l’écu d’or sol, et de la monnaie suisse vers 1850, voir la note importante de J.-J. Hisely, Histoire du comté de Gruyère, MDR, t. XI, 1857, p. 430 n. 3. [retour]

Note 5, page 93 : La coupelle est le récipient « dont on se sert pour purifier l’or et l’argent »; c’est aussi l’essai lui-même, destiné à « connaître le véritable titre » de ces métaux. Sur le procédé, cf. Abot de Bazinghem, Traité des monnaies et de la juridiction de la cour des monnaies, en forme de dictionnaire, Paris, 1764, t. I, p. 197. — M. Colin Martin, conservateur du Cabinet des médailles, à Lausanne, veut bien nous écrire à ce propos : « L’essai au marteau serait l’essai de la résistance de la matière et l’essai à la copelle ou coupelle serait l’examen physico-chimique. Il s’agit donc bien d’une éprouvette d’alliage. » [retour]

Note 1, page 94 : Alliage connu sous le nom de métal de potier. En gruérin, le « metô » signifie bronze. [retour]

Note 2, page 94 : « Pourquoy ilz veult dire que ilz sçay faire du vifz argent de l’or, et le aulmenté [augmenter] ? Respond que pour ce que az plus de poyenne à conjeller led. vifz argent et plus de temps que de faire aultrementz. » [retour]

Note 1, page 95 : A propos de tentatives antérieures, on obtint un demi-aveu « Interrogué si n’est pas vray que, en la maison hout ilz demouroit au près de Usex ilz ne besongnoit pas de ladicte monoye. Respond que non pource qui estoit mallade et qui n’y avoit point de comodité pour ce faire. » [retour]

Note 2, page 95 : Voir son ultime interrogatoire du 3 janvier 1553. [retour]

Note 1, page 96 : « Vendition pour noble Amyed filz de n. Amyed Andryon, citoyen, apothicaire de Genève... Personnellement est constitué noble Maurice de Plauzolles habitant de Genève, agissant en ce présent acte comme procureur de noble Betrand [sic] de Sainct Ambroyse comme appart de la dte procure ung publicq instrument receu et signé par egrège Levrier, notaire commital et curial de Chomontz, de l’an présent [1552] et le unxie jour du moys de septembre », aux fins de vendre, ce 19 novembre, « la moytié d’une maison par en devis [indivis] avecque hon. Jehan de la Benolle assixa [assise] à Genève en la rue du Boule, jouxte la dte rue du Boule devers le solleit couchant, la maison des hoirs de feu Jehan Marchant devers le vent... » (Min. Michel Try, vol. VII, f° 300.) [retour]

Note 2, page 96 : Le 7 de septembre 1551, parmi ceux « qui hont jurés », figurait « Noble Bertrand de Sainct Ambroys, escuyr, natif du pays de Languedoc ». Et en marge : « Ne fiat, aufugit tanquam falsarius monet. » (R. Hab. I, p. 52). [retour]

Note 1, page 97 : Depuis le 2 janvier, Battonat ne fut plus soumis à la question extraordinaire. La dernière audience n’apporta que des répétitions et des précisions secondaires. En voici quelques-unes : Battonat est-il venu à Genève « sur l’intention de la lre de Sainct Ambroye à luy adressé ? Respond que ouyr [oui], mès que cella n’estoyt pas la principalle cause... Combien de personnes ilz avoit pour faire ladicte monoye. Respond que ilz n’y falloit que ung home. » Celui qui devait « tiré à la presse... c’estoit luy ou le sgr Sainct Ambroyes ». [retour]

Note 2, page 97 : RC, vol. 46, f° 332. [retour]

Note 1, page 98 : Cf. A. Covelle, op. cit., p. 186; DHBS, t. II, p. 206 (article de H. Deonna); H. Naef, La conquête du vénérable Chapitre de St-Pierre de Genève par les bourgeois (extr. du Bull. de la S d’hist. de Genève, t. VII, 1939), p. 105 n. 2. — Blecheret mourut vers 1560. [retour]

Note 2, page 98 : Cf. J.-A. Galiffe, Notices, t. II, p. 786-787; DHBS, t. II, p. 542 (art. Colladon par H. Deonna); E. Doumergue, Jean Calvin, t. I, 1899, p. 171-172, t. III, passim. — En 1550, le prêtre Jean Glaumeau, de Bourges, notait dans son journal : « Le mardy, XIIe jour d’aust, partirent de ceste ville de Bourges, maistres Leon et Germain Colladon frères, advocatz en ladite ville, avec leurs femmes et enffans et toute leur famille et s’en allèrent demorer à Genève. » Cf. F. Bourquelot, Notice sur le journal de Jean Glaumeau, prêtre de Bourges au XVIe siècle, dans Mémoires de la société impériale des antiquaires de France, t. XXII, 1855, p. 204. — Quinze jours après, le 28 août, les deux frères Colladon, accompagnés de Jean Ragueau « du pays de Berry », étaient reçus à l’habitat de Genève (Habitation A, p. 17). [retour]

Note 1, page 99 : D’ailleurs Colladon, sans cesse de réquisition, n’entendait point travailler gratis. Du jeudi 5 janvier 1553 : « Spect. Germain Colladon. — Icy est esté parlé de ce que le Sgr Germain Colladon desire de estre satisfaict de ce qu’il s’est employé en l’affaire des dernières marches [avec Berne] et de Battonat. Est esté arresté de adviser de luy faire bonne satisfaction. » (RC, vol. 46, f° 330 v°.) [retour]

Note 2, page 99 : Publié, ainsi que celui de Blecheret, aux Pièces complémentaires, à la fin de ce mémoire. [retour]

Note 1, page 100 : Mardi 10 janvier 1553. — « Battonat. — L’on a icy parlé du process de Battonat et vehu les advys de conseil des advocatz. Est esté arresté avoir l’advys de monsr Blescheret sus l’estatt de la pugnition; et pour ce luy en escripre. » (RG, vol. 46, f° 334 v°.) [retour]

Note 2, page 100 : Jeudi 12 janvier 1553. — « George Battonat. — Icy estant vehu l’advys des advocatz sur le process de George Bastonat qu’il se dict de Laye, et bien posé son process, arresté que, attendu » etc... Ibid., f° 335. [retour]

Note 3, page 100 : Le lieu où se proclamait le verdict était immuable; il est précisé dans des textes du XIVe siècle. En 1509, le prix de 3 sols est fixé pour les guets chargés de placer « les bancs, quant messgrs les syndicques donnent les sentences contre les malfaycteurs ». En 1557, les ordonnances rappelaient aux guets de « mettre les bancz devant la Mayson de la ville et aussi les tapis quant se devra prononcer quelque sentence ». Il est évident qu’alors l’usage des tapisseries était depuis longtemps entré dans les mœurs. Cf. C. Martin, La Maison de ville de Genève, MDG, série 4°, 1906, t. III, p. 5-7; É. Rivoire et V. van Berchem, Les Sources du droit du canton de Genève, 1927 ss., t. III, p. 46. — Gregorio Leti devait décrire, plus tard, le trône et le dais que l’on dressait, en pareilles occurrences, contre la façade de l’hôtel de ville, ainsi qu’en témoignent encore les estampes du XVIIIe siècle, en particulier celles rappelant la réconciliation du 10 février 1789 (obligeante communication de M. l’archiviste G. Vaucher). [retour]

Note 1, page 101 : Sentence originale jointe au dossier et portant cette apostille : « Lecta par monsgr le Sindicque Wandel le trezes de janvier mill Vc cinquante et trois » et dessous : « 1553 ». [retour]

Note 1, page 102 : Le Conseil qui s’était réuni peu avant l’exécution, en avait ainsi décidé : « George Battonat condamné. — Icy est esté, jouxte l’arrest de hier, parlé de l’execution de la sentance contre George Battonat hier ordonnée; et d’icelle sentance de son process estant faicte lecture, est arresté que la tromppette alle devant la Justice, sonnant en chescung carraphe accoustumé de battre et fuetter les condampnez, et est lheue par le sgr W [Wandel] scindique. » (RC, vol. 46, f° 335 v°.) [retour]

Note 1, page 103 : Cf. PC I, n° 466. [retour]

Note 1, page 104 : Voir l’article bibliographique très documenté et illustré de E. Babelon, La fabrication et les ateliers dans Berthelot, La Grande encyclopédie (Monnaie, art. XVIII), t. XXIV, p. 132. [retour]

Note 1, page 105 : Les nobles à la rose, qu’en France on appellera, plus tard, aussi des nobles Henri, auraient valu environ 23 à 24 francs or. Cf. P. Larousse, Dictionnaire universel, t. XI, p. 1035. [retour]

Note 2, page 105 : Tous les types de nobles circulèrent jusqu’au XVIIe siècle, veut bien nous écrire M. G. Martin, conservateur du Cabinet des Médailles de Lausanne. « Le plus fréquent est celui représentant le souverain tenant l’épée et ses armes sur un navire. Cela est si vrai que les ordonnances de la fin du XVIe siècle, celles de 1615, 1622, 1627 et le livre des changeurs d’Anvers de 1633 reproduisent les effigies de toute la série. » [retour]

Note 3, page 105 : La constance du motif passe même aux yeux de plusieurs numismates pour avoir donné son nom spécifique à cette sorte de monnaie. La preuve n’en peut être faite que par l’histoire de la langue; il s’agit de savoir depuis quelle époque le terme « à la rose » accompagne le mot « noble », et nous ne le trouvons pas avant Rabelais, vers 1530. Lorsque Gargantua fonde l’abbaye de Thélème, il donne « vingt trois cent soixante neuf mille cinq cent quatorze nobles à la rose, de rente foncière » (Gargantua, liv. I, chap. LIII). Au cas où un texte inconnu de nous, mais antérieur à Henri VIII, produirait l’expression, il resterait vrai que l’emblème lancastrien le vulgarisa. [retour]

Note 1, page 106 : Le fait que, de tous les nobles, celui-ci fut le plus rare, n’infirme pas l’induction; au contraire. Une pièce fleur de coin eût éveillé moins de soupçons étant d’émission récente et, partant, peu connue. [retour]

Note 2, page 106 : Sur la monnaie de Gruyère voir, dans Mélanges Gilliard (p. 685, n. 3), la bibliographie générale que nous avons établie. Le sujet est loin d’être épuisé; un copieux dossier est encore entre nos mains. De fait, le projet comtal comportait « Kronen » et thalers. [retour]

Note 1, page 107 : Cf. Demole, op. cit., p. 93. — Si l’on excepte le monnayage franco-italien de Charles VIII et Louis XII, la monnaie française d’argent demeurait alors le teston et le demi-teston. — M. Colin Martin (Le commerce du change du XVe au XVIIe siècle, dans Mélanges Gilliard, p. 324) donne une planche reproduisant dix-sept des quarante espèces de thalers ayant cours vers 1579. [retour]

Note 2, page 107 : Cf. D.-S. Madai, Vollständiges Thaler-Cabinet, Königsberg, 1765-1768, 4 vol. [retour]

Note 1, page 108 : Cf. RC, vol. 45, ff. 37, 270 v°, 301 v°, 304, 305. [retour]

Note 1, page 109 : RC, vol. 46, f° 80, 23 octobre 1551. [retour]

Note 2, page 109 : Voir chap. IX et pl. [retour]

Note 3, page 109 : PC I, nos 552 et 583. [retour]

Note 1, page 111 : Williston Walker (Jean Calvin, l’homme et l’œuvre, Genève, 1909, p. 378-383) offre un résumé impartial de l’événement et produit une excellente bibliographie à laquelle il faut ajouter aujourd’hui Doumergue, t. VII (1927), Livre I, La défaite des Libertins, p. 1-88. [retour]

Note 2, page 111 : Cf. DHBS, t. VII, p. 45, art. Vandel par H. Grandjean. — P. Vandel avait été procureur général de 1540 à 1544 (cf. G. Werner, Le procureur général, p. 55, n. 5). [retour]

Note 3, page 111 : Cf. DHBS, t. I, p. 721, art. Du Molard par H. Friderich. — Bonivard (Advis et devis de l’ancienne et nouvelle police de Genève, p. 131-132) nous a conservé l’essentiel de sa harangue au Conseil. En 1535, Hudriod du Molard avait été l’un des syndics qui avaient présidé à l’établissement de la Réforme. Cf. A. Roget, t. IV, p. 241, 273; Galiffe, Quelques pages, p. 103; Ed. Favre, op. cit., p. 282; Walker, p. 378; Doumergue, t. VII, p. 33. [retour]

Note 1, page 112 : Sur son procès, voir Ed. Favre, p. 218, 240, 253-265, 268-270, 276, 298-317; DHBS, t. VI, p. 617, art. Tissot par H. Grandjean. — Pierre Tissot ne doit pas être confondu avec son homonyme et contemporain, le médecin. Cf. Léon Gautier, La médecine à Genève jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, MDG, t. XXX, 1906, p. 68-70; A. Roget, t. IV, p. 271; Favre, p. 277, n. 2. [retour]

Note 2, page 112 : Cf. DHBS, t. II, p. 464,. art. Chabod par H. Deonna; Bonivard, op. cit., p. 93, 128, 142; Galiffe, Quelques pages, p. 103; Roget, t. IV, p. 271, 287; Ed. Favre, p. 250. [retour]

Note 1, page 113 : Cf. DHBS, t. II, p. 139, art. Berthelier par D. Lasserre (un lapsus a fait imprimer 11 novembre au lieu de 11 septembre; Walker, p. 382; Roget, t. IV, passim; F. de Crue, Le complot des Fugitifs en 1563, MDG, t. XX, 1881, p. 390; Ed. Favre, 250, 277 n. 1.) — Doumergue (t. VI, p. 107), aussi fougueux que J.-B.-G. Galiffe (Quelques pages, p. 26-62, passim), mais en sens opposé, déploie tous les propos malveillants de Bonivard (en y ajoutant, comme un fait nouveau, l’attaque du 2 janvier 1548, rapportée par le chroniqueur). C’est oublier l’opportunisme de l’ex-prieur qui prenait grand soin de plaire aux calvinistes dont il avait la juste crainte; la gratitude n’était pas son fort. — Par une coïncidence curieuse, il vient de paraître en vente à la librairie H. Sack (Genève), en mars 1944 (Liste 62, n° 117), un mandement des Syndics et Conseil au trésorier général de payer à François de Bonivard sa pension de 35 écus d’or sol, signé de Pierre Vandel et François Béguin (26 décembre 1553). — Sur ce dernier, cf. Bonivard, op. cit., p. 127, 143; Roget, t. IV, p. 334-336; DHBS, t. II, p. 37, art. Béguin par C. Roch. Béguin fut élu procureur général en 1537 (cf. G. Werner, Le procureur général, p. 41). [retour]

Note 2, page 113 : Cf. Roget, t. IV, p. 311. [retour]

Note 3, page 113 : Cf. Ed. Favre, p. 268, 270, 334-357. — Magistri, procureur général en 1556, qui avait remplacé Rigot dont le rôle dans le procès Servet était effacé, fut en butte aux représailles des perrinistes fugitifs (ibid., p. 277, n. 2). Il avait intenté contre Philibert Berthelier deux actions devant le bailli bernois de Ternier et devant les juges de Lausanne. Cf. G. Werner, Le procureur général, p. 43-44. [retour]

Note 1, page 114 : Elle venait alors de perdre son mari. Cf. Favre, p. 282. [retour]

Note 2, page 114 : « Au fond le procès contre Servet était bien en train de devenir le procès contre Calvin », écrit fort justement Émile Doumergue (t. VI, p. 316; voir aussi p. 317, 332-333). [retour]

Note 3, page 114 : Cf. DHBS, t. IV, p. 431, art. Lambert par Ch. Roch; Bonivard, op. cit., p. 76, 125, 129. [retour]

Note 1, page 115 : J.-B.-G. Galiffe (Quelques pages, p. 30, 67, 97, n. 2) rapporte divers épisodes de ses luttes politiques et, pour établir l’équilibre entre les moralistes et les amis de Perrin, divulgue l’inconduite des filles de Lambert. [retour]

Note 1, page 116 : Cf. La Chenaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de la Noblesse, 3e éd., 1863 ss., t. XI, p. 816-817. [retour]

Note 1, page 117 : « Pleyni », selon un texte latin du XIIIe siècle. [retour]

Note 2, page 117 : Cf. Chane Ulysse Chevalier, Dictionnaire topographique du département de l’Isère, Romans, 1920, p. 199, 274, 332. [retour]

Note 3, page 117 : Cf. Gaspard Thaumas de la Thaumassière, Nouveaux commentaires sur les coutumes générales des pays et duché de Berri, Bourges, 1701, p. 76, 79. — Voir encore, du même auteur, l’Histoire du Berri et du diocèse de Bourges, 1689; Louis Raynal, Histoire du Berry, Bourges, 1845-1847; M. Marin, Histoire du Berry et du Bourbonnais, ouvrages qui ne peuvent se consulter dans les bibliothèques suisses. [retour]

Note 1, page 118 : Doumergue (op. cit., t. I, p. 174 n.) mentionne à Bourges la maison du vicomte Toisac. — Un homme entre tous savait à Genève ce que valait le titre, et en quelles conditions il avait été conféré : spectable Léon Colladon, frère aîné de Germain. N’avait-il pas été échevin du lieu en 1542 et 1543 ? Il était de plus le gendre d’un autre échevin qui fut lieutenant général pour le roi. Cf. F. Bourquelot, op. cit., p. 204, n. 1. [retour]

Note 1, page 119 : Les titres de la Maison de Navarre sont, en raison des alliances, fort mouvants. Le duché de Nemours avait été érigé en 1404 par Charles VI en faveur de Charles III de Navarre; ceux de Gandie (à 60 kilomètres de Valence), de Montblanch (près de Tarragone), de Penafiel (à 30 kil. de Porto en Portugal), apanages du royaume de Navarre, avaient été spoliés par Ferdinand d’Aragon, roi d’Espagne, en 1512 (cf. J.-A. Mariéjol, L’Espagne, dans Lavisse et Rambaud, Histoire générale, t. IV, p. 341). [retour]

Note 2, page 119 : On sait qu’Alain d’Albret, comte d’Armagnac et vicomte de Tartas, le grand-père de Henri II de Navarre, devint, par le chef de sa femme, comte de Périgord et vicomte de Limoges. Le comté de Périgord ne peut avoir été omis au protocole initial du diplôme; la faute en est vraisemblablement imputable au copiste genevois. — Jean, père de Henri II, fut roi de Navarre de par son mariage avec Catherine de Foix, devenue en 1482 reine de Navarre, duchesse de Gandie, de Nemours et Pénafiel, comtesse de Foix, de Bigorre et de Ribagorça, dame de Béarn, vicomtesse de Marsan, Gavardan, Nébouzan, etc. (cf. La Chenaye-Desbois, op. cit., t. I, col. 280, art. Albret; t. VIII, col. 169-170, art. Foix). — Sur les vicomtés de Tursan et Gavardan, voir A. de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret, 1881-1886, t. I, p. 121. — A la suite des échanges territoriaux opérés sous le roi de France Henri II, la suscription changea avec la reine Jeanne (voir une procuration de 1562 publiée par le baron de Ruble, t. IV, p. 428-429). [retour]

Note 1, page 120 : Sur Arnaud de Gensana, secrétaire du roi, voir Ruble, op. cit., t. I, p. 104 et passim. — Lascar, actuellement Lescar, près de Pau. [retour]

Note 2, page 120 : N. de Bordenave, Histoire du Béarn et de Navarre (1517 à 1572), éd. Paul Raymond, Paris, 1873, p. 41, n. 2; Ruble, t. I, p. 107. [retour]

Note 1, page 121 : Henri II de Navarre s’est-il servi des talents de Battonat pour battre monnaie ? Nous ne le pensons pas. Ses douzains pourtant ne devaient pas être fameux puisque, par ordonnance du 23 juillet 1556, Antoine et Jeanne, roi et reine, crurent devoir les démonétiser (cf. Ruble, op. cit., t. I, p. 133). [retour]

Note 1, page 122 : C’est-à-dire qu’il ne peut être cité que devant ses juges naturels et qu’il doit être déféré à leur cour. [retour]

Note 1, page 124 : Cf. H. Naef, Les origines de la Réforme à Genève, Genève et Paris, 1936, t. I, p. 289, 314, 320; Léon Gautier, op. cit., p. 35-37, 424. [retour]

Note 2, page 124 : On verra, au chapitre VII, que Beljaquet et Chappuis étaient médecins de la douairière de Gruyère en 1545 déjà. Beljaquet est au service personnel du comte Michel avant le 1er juillet 1550 où se lit, au Registre du Conseil, cet avis : « Mardj premier du moy de julliet mille cinq centz et cinquante. — Advertissement : Par le comte de Gruyres, par la personne du sgr Henry Aubert quil l’a entendu de maistre Lois Beljaquet, médecin dudt comte, aians estés advertys que à Gugniotz prest Orjollet a et se faict grand assemblée de gens, secrètement faicte par le sgr de Dyse, le sgr du Maret, le sgr de Ryez et leurs compaignons; ce que ledt compte a entendu par aulcungs ses parents en secret. Sur quoy est arresté que l’on envoyé des espies » (RC, vol. 45, f° 37). — Gugnaux et Orgelet font partie de l’arrondissement de Lons-le-Saunier (Jura). [retour]

Note 3, page 124 : Cf. L. Gautier, op. cit., p. 21-22, 37-39. [retour]

Note 1, page 125 : Cf. L. Gautier, p. 41-42, 424. [retour]

Note 1, page 126 : A l’audience du 26 décembre, on lui demanda : « S’il est pas fugitifz de la Mayson du Roy de Navarre et qu’il a esté donné charge par ledt Sgr de le chercher et prendre prisonnier. Et pourquoy et quelle offence ou tromperie il avoit faicte audt seigneur ? » [retour]

Note 2, page 126 : Cf. H. Naef, Les origines, t. I, p. 323. — Sur Agrippa, ajouter aux références la bibliographie de L. Gautier, op. cit., p. 505-506, puis L. Febvre, Le problème de l’incroyance au XVIe siècle, Paris, 1942, p. 535, au mot Agrippa. [retour]

Note 1, page 128 : Interrogatoire du 10 septembre 1552. [retour]

Note 1, page 129 : Cf. Ch. Paillard, op. cit., p. 112. — Voir sur Diane et le ménage royal, Dr Cabanès, Une tentative de vitriolage au XVIe siècle, dans Légendes et curiosités de l’histoire, t. III, p. 83-105. [retour]

Note 1, page 130 : Battonat croyait néanmoins conserver les faveurs de Diane, puisque, le 29 décembre, il demandait encore à ses justiciers de quoi écrire à cette dame. [retour]

Note 2, page 130 : Interrogatoire du 14 septembre. [retour]

Note 1, page 131 : Battonat s’est « meslé de medecine à Bourg et mesmement vers ung nommé maistre Jehan Bichonnet, thesaurier des receptes de Bresse, auquel il a donné plusieurs de divers breuvaiges et a ledt Pichonnet [en après est] trépassé quelque tems après ». — A cette attaque, l’inculpé répond que le receveur « est trépassé deux ou troys ans après ». [retour]

Note 2, page 131 : Cf. J.-B.-G. Galiffe, Nouvelles pages d’histoire exacte, Genève, 1863, p. 98-99. [retour]

Note 3, page 131 : C’est avec du « tosse sublimé » (toxicum sublimatum), c’est-à-dire de la mort-aux-rats qu’Antoina Vax avait tenté de faire périr le réformateur (cf. L. Gautier, op. cit., p. 21 et n. 4). [retour]

Note 1, page 132 : Cabanès et Nass, Poisons et sortilèges, t. II, p. 64, 192, 205, 209, 290. [retour]

Note 2, page 132 : Il était interdit désormais de préparer aucun médicament d’empirique, de vendre ni d’acheter cantaride, sublimé, arsenic, etc. (L. Gautier, p. 179). [retour]

Note 1, page 133 : Seuls François Chappuis et Philibert Sarasin virent s’achever l’ouvrage. Cf. L. Gautier, p. 172-185. [retour]

Note 2, page 133 : Cf. La Satyre Menippée (édit. dite de Ratisbonne, 1726), t. II, p. 346. — La dynastie des Miron ne s’en porta pas plus mal. Parmi les médecins du roi qui procédèrent à l’autopsie de « Henry le Grand IVe de ce nom », « A. Miron » est cité immédiatement après le premier médecin Petit. Cf. Dr Cabanès, Les morts mystérieuses de l’histoire, t. I, p. 407. — Le mystère et la science étant frère et sœur, il convient, à la décharge de Battonat, d’avoir quelque indulgence pour ceux qui continuaient d’associer la médecine et les sciences occultes. Agrippa, Paracelse, les séparaient-ils absolument ? Signalons à ce propos les ouvrages très peu connus de Nicolas Bidermann, originaire de Rottweil et médecin de Fribourg en Nuithonie dès 1540. Avant de composer en 1564 son Thesaurus Medicinae, il écrivit vers 1559 un traité de géomancie, demeuré manuscrit et que conserve la Bibliothèque cantonale de Fribourg, sous le titre Das ist die Kunst die man nennt Geomanciam. Les moyens de dépister les voleurs, d’avoir des fils ou des filles, se mêlent aux questions d’astrologie, d’hygiène (quand il faut sevrer ? s’il faut mettre les enfants en nourrice ?) et de divination, terme qui embrasse d’innombrables phénomènes, souverainement inexpliqués, que l’on tente aujourd’hui de répartir entre la psychologie et le magnétisme. Cf. Dr Antonin Favre, L’astrologie et les calendriers au XVIe siècle à Fribourg, dans Etrennes fribourgeoises, 1895, p. 26 ss. [retour]

Note 1, page 134 : Remontrance au Conseil de Genève, du 15 avril 1590 (cf. L. Gautier, p. 200). [retour]

Note 2, page 134 : Bien que le n et le u soient d’une confusion facile, c’est bien Montrenvert que nous lisons plutôt que Monreuvert. [retour]

Note 1, page 135 : S. Guichenon, Histoire de Bresse et de Bugey, Lyon, 1650, IIIe part., p. 44-49. — Le mariage datait de 1536. Les époux n’eurent qu’une fille, semble-t-il, qu’ils marièrent par dispense, en 1548 (elle avait moins de onze ans  !), à son cousin le baron de Saint-Sorlin, dans le but évident d’assurer la lignée. Cf. La Chenaye-Desbois, t. II, col. 536. [retour]

Note 2, page 135 : Fœneste, op, cit., t. I, p. 106. [retour]

Note 1, page 136 : Cf. Eug. Defrance, Catherine de Médicis, ses astrologues et ses magiciens-envoûteurs, Paris, 1911, p. 35, n. 1. — Dans un opuscule fort rare, intitulé Le diable et ses cornes par un Fribourgeois de Joyeuse humeur, 1877 (t. V du Petit traité de botanique populaire, Fribourg, 1876), l’auteur anonyme (l’abbé J.-J. Chenaux, Rd doyen du décanat de la Part-Dieu) relevait avec humour (p. 73) qu’un journal français venait de publier l’annonce suivante : « La préfecture de police a été avisée que certains herboristes vendaient à Paris des herbes magiques, telles que la mandragore, le trèfle à quatre feuilles cueilli à minuit le jour de la Saint-Jean... Ces herbes sont vendues à des prix fous comme philtres pour se faire aimer. Certaines célébrités... en achètent pour des sommes considérables. » Ne s’en vend-il plus en l’an de grâce 1945 ? [retour]

Note 2, page 136 : Contrairement à ce que nous avons publié (Mélanges, p. 682, n. 2), le château de la Baume, à Marboz, hébergeait la famille au XVe siècle déjà. Voir la quittance du bailli et gouverneur donnée à la ville de Bourg par M. de Montrevel en 1537 et les frais d’un Voyage du délégué de Bourg à Marboz, siège du gouverneur en 1548, dans Brossard, Ville de Bourg. Inventaire sommaire des Archives communales antérieures à 1790, Bourg, 1872-1878, t. III, p. 13, col. 1. [retour]

Note 1, page 137 : Cf. La Chenaye-Desbois, t. I, col. 474 (art. Andelot); t. II, col. 537 (art. Baume-Montrevel). — Sur la seigneurie de Mions, en Dombes, cf. Ed. Philipon, Dictionnaire topographique du département de l’Ain, Paris, 1911, p. 260, art. Mions. [retour]

Note 2, page 137 : Ce Michel possédait vraisemblablement le fief de Molland, hameau de Neuville-sur-Ain. Cf. Guigue, Topographie historique du département de l’Ain, 1873, p. 238. — Le 14 septembre, on demanda à Battonat « s’il cognoit point le frère dudt Molland. Dict que non. — Inté quelle praticque il a heu avec Labbé [l’abbé ?]. Respond qu’il n’en a point heu et qu’il ne sçait que c’est. » [retour]

Note 1, page 138 : Cf. La Chenaye-Desbois, t. XVI, col. 627 (art. Queille). Ce personnage, en dépit de son origine auvergnate, semble s’identifier parfaitement avec celui qui comparaît au procès, en audience du 27 décembre 1552. Son mariage avec une fille du seigneur de la Vauguyon date de 1563 seulement. — On penserait à première vue que Jean était baron de la Cueille en Bresse (commune de Poncin, dans l’Ain). Mais le titulaire était alors Philippe de la Chambre, et nous ne trouvons aucun indice d’un éventuel coseigneur (cf. Philipon, op. cit., p. 145; Amédée De Foras, Armorial et nobiliaire de Savoie, Grenoble, 1863 ss., t. V, p. 476, art. Seyssel, etc.). [retour]

Note 2, page 138 : Interrogatoire du 19 septembre. [retour]

Note 1, page 139 : Cf. Defrance, p. 63-65, 68-73. — A la bibliographie indiquée par cet auteur, il convient d’indiquer quelques ouvrages introductifs, en tête desquels Edmund O. von Lippmann (Entstehung and Ausbreitung der Alchemie, Berlin, 1919), lequel (p. 509 n.) fait observer, ce que l’on omet trop souvent, qu’Agrippa, après s’être adonné au grand œuvre, a fini par le désavouer dans son De vanitate scientiarum. En France, Louis Figuier (L’alchimie et les alchimistes, Paris, 1854) passe pour un excellent vulgarisateur, et l’on sait que Ferd. Hoefer (Histoire de la chimie depuis les temps reculés jusqu’à notre époque, Paris, 1866), Marcellin Berthelot (Les origines de l’alchimie, Paris, 1855; Collection des anciens alchimistes grecs, Paris, 1888; Introduction à l’étude de la chimie des anciens et du moyen-âge, Paris, 1889; La chimie au moyen-âge, Paris 1893, etc.), se sont consacrés à l’histoire alchimique. — Sur le fameux horoscope de Henri II, par Luc Gauric, cf. Cabanès et Nass, Poisons et sortilèges, t. II, p. 23-24. — Quant à la magie proprement dite, on peut recourir à l’initiation générale d’Alfred Maury, de l’Institut : La magie et l’astrologie dans l’antiquité et le moyen âge, Paris, 1877. [retour]

Note 1, page 140 : Communication de M. François Picot. — A vrai dire, le parquet entendait « Ernel seraphim » et tenait les termes pour « le nom d’ung esprit ». [retour]

Note 1, page 141 : Aubigné, Fœneste, t. I, 99-101, 124 ss. [retour]

Note 2, page 141 : « Les Chérubins nous donnent la lumière de la pensée », disait Agrippa. « Les Séraphins nous donnent un parfait embrasement d’amour » (Henri Corneille-Agrippa, La philosophie occulte ou la magie, traduction revisée de F. Gaboriau, Paris, Bibl. Chacornac, 1911, t. II, p. 167). [retour]

Note 1, page 142 : Sur les propriétés des anneaux constellés, cf. A. Debay, Histoire des sciences occultes, Paris, 1860, p. 469 ss. Voir ce qu’en dit Agrippa (révision Gaboriau), t. I, p. 119-120. [retour]

Note 2, page 142 : La grande encyclopédie, t. XIX, p. 656 (art. Gygès); P. Larousse, Dictionnaire universel du XIXe siècle, p. 403 (art. anneau); Defrance, op. cit., p. 132, n. 1. [retour]

Note 1, page 143 : É. Gebhart, Conteurs florentins du Moyen âge, Paris, 1909, p. 38. [retour]

Note 2, page 143 : Aubigné, Fœneste, Livre II, ch. XVII, « Enchantemens à la cour sur les amours du Baron » (t. I, p. 121-125). [retour]

Note 3, page 143 : Voir en particulier Alfred Ceresole, Légendes des Alpes vaudoises (illustr. d’Eug. Burnand), Lausanne, 1885, p. 214-215. — Sur le témoignage du Doyen Chenaux (Le diable et ses cornes, p. 65), on pourrait prendre pour un grimoire un opuscule rarissime de 103 pages (18 cm. x 12,5 cm.) qui n’est en fait qu’un recueil de recettes paysannes superstitieuses. L’exemplaire qu’a bien voulu nous communiquer son propriétaire, M. Clément Fontaine, instituteur à Hauteville (canton de Fribourg) — nous l’en remercions ici —, fut imprimé à Fribourg (Imprimerie de Hél. Raemy) en 1858, et porte le titre suivant : Maladies du bétail avec indication des moyens de guérison et un grand nombre d’autres recettes hygiéniques, économiques et domestiques, par M. C. J. A., 1858, chez M. Jovite Hirt, instituteur à Arconciel (canton de Fribourg) et chez tous les libraires du canton. L’auteur qui, dans sa préface, se disait ancien officier de cavalerie, a été justement pris à partie par le Doyen Chenaux dans l’opuscule Le diable et sa queue, 1878 (p. 47, 88, 91-95); il ne doit évidemment pas être assimilé à l’imprimeur-historien Héliodore Raemy de Bertigny (cf. DHBS, t. V, p. 370, art. Raemy par G. Corpataux). Dans le Chroniqueur de Fribourg, journal dont Raemy était l’éditeur, le traité passait aux annonces dans les numéros du 5 au 22 mars; nous ne voyons pas qu’il ait eu jamais l’honneur d’un compte rendu. [retour]

Note 1, page 144 : Le Doyen Chenaux (Le diable et ses cornes, p. 68) qui reproduit ce titre assure que le livret parut à Berne « il y a deux ou trois ans », c’est-à-dire vers 1873. Cette édition ne nous est pas connue et ne saurait que prolonger une longue série. Alfred Ceresole (p. 171-179) décrit et analyse très exactement une copie manuscrite de ce grimoire laquelle semblait pourvue de la date ridicule de 1421, alors que le style démontre qu’elle est du XIXe siècle; 1821 conviendrait mieux. L’exemplaire que nous signalons ci-dessus nous fut prêté par M. Clément Fontaine; il a été imprimé en « Avignon, Offray Aîné Imprimeur Lib. » sans millésime, mais au XIXe siècle; il mesure 12 cm. x 7,5 cm. et comporte 96 pages. Quelques archaïsmes subsistent, d’autres éléments marquent des temps modernes; cette recette, par exemple : « Pour gagner toutes les fois qu’on met aux loteries ». L’opuscule est d’une composition identique à celle de la copie Ceresole. Il est précédé par les planches empruntées au Grimoire du pape Honorius avec un recueil des plus rares secrets. A Rome (1760). La recette de l’invisibilité, reproduite par Chenaux (ut supra) est à la page 88 de l’exemplaire d’Avignon qui contient aussi, à propos de jarretières, une recette toute proche des fameuses bottes de sept lieues du Chat botté. [retour]

Note 1, page 145 : Nous empruntons ce renseignement à M. Clément Fontaine (L’âge d’or au pays de Gruyère, Hauteville en Gruyère, p. 108, n. 1). — Malheureusement l’auteur qui reproduit les passages extraits du Doyen Chenaux n’indique pas ses sources. Nous ignorons donc l’époque et l’origine de la formule. — Une autre, relevée d’un manuscrit, a été signalée par Alfred Ceresole (p. 338) et reproduite dans les Etrennes fribourgeoises de 1895 (p. 70) : « Pour se rendre invisible : — Au renouvellement de la lune, au mois de mai, prenez la tête d’un chat noir, mettez-y de la terre partout où vous pourrez; plantez-y trois fèves rouges, deux aux yeux et une dans la gueule. Lorsque les fèves auront crû et seront mûres, vous n’aurez qu’à ( !) en prendre une dans la bouche, personne ne pourra vous voir. » Où l’on constate avec plaisir que le donneur de conseils n’est pas un ignorant mais un facétieux. [retour]

Note 2, page 145 : Interrogatoire du 27 décembre 1552. — Le Grand grimoire (p. 15) fait de la pierre sanguine un élément préparatoire au « jour de la grande entreprise » : « Vous irez chez un droguiste pour acheter une pierre sanguine dite ematille que vous porterez continuellement avec vous, crainte d’accident. » Alfred Ceresole (p. 173) auquel ce texte n’est pas étranger prend le mot « ématille » pour une déformation de l’adjectif aimantée; c’est hématite qu’il faut lire. [retour]

Note 1, page 146 : La formule du Grand grimoire (p. 81-82) n’est point pour garantir la réussite de l’opération dont le but est miroitant : augmenter l’or; la rareté de l’opuscule nous incite à la transcrire : « Composition de mort, ou la pierre philosophale... Prenez un pot de terre neuf, mettez-y une livre de cuivre rouge, avec une demi chopine d’eau-forte, que vous ferez bouillir pendant demi-heure : après quoi vous y mettrez trois onces de vert-de-gris que vous ferez bouillir une heure; puis vous mettrez deux onces et demie d’arsenic que vous ferez bouillir une heure; vous y mettrez trois onces d’écorce de chêne, bien pulvérisée, que vous laisserez bouillir demi-heure, une potée d’eau-rose bouillie douze minutes, trois onces de noir de fumée que vous laisserez bouillir jusqu’à ce que la composition soit bonne; pour voir si elle est assez cuite, il faut y tremper un clou : si elle y prend, ôtez-la; elle vous produira une livre et demie de bon or; et si elle n’y prend point, c’est une preuve qu’elle n’est pas assez cuite, la liqueur peut servir quatre fois. Il faut délivrer 4 Esc. » (L’abréviation désuète « esc. » (écus) prouve que la formule est recopiée d’une édition plus ancienne.) [retour]

Note 2, page 146 : « L’idée de transmutation n’est pas philosophiquement absurde », écrivait, en 1854, le comte Agénor de Gasparin (Les tables tournantes, Paris, 1889, 5e éd., p. 13, n. 1). — M. F. Jollivet-Castelot (La révolution chimique et la transmutation des métaux, Paris, 1925, chez Chacornac) donne cette définition (p. 48) : « La Pierre Philosophale, envisagée au point de vue chimique... consistait et consiste en une combinaison minérale extrêmement condensée par la chaleur plus ou moins lente appliquée au mixte, et qui est ainsi transformée en un ferment métallique comparable à la diastase. » [retour]

Note 1, page 147 : Interrogatoires des 10, 26 et 27 septembre. [retour]

Note 1, page 148 : La plupart d’entre eux cherchent à obtenir l’or en additionnant de l’argent au trisulfure d’arsenic (orpiment). M. Jollivet-Castelot, président de la Société alchimique de France et directeur du Rose-Croix, assure avoir réalisé l’opération dès 1908. Cet auteur (op. cit., p. 13, 274 ss.) évoque les expériences de nombreux confrères français et étrangers qui auraient, comme lui, obtenu l’or alchimique. Cependant, nous croyons savoir que Berthelot se prêta sans beaucoup de succès au contrôle minutieux du procédé. Fort heureusement, on ne demande pas aux historiens de prendre position. Du moins ont-ils le droit de dire qu’au XXe siècle le grand œuvre conserve ses adeptes, [retour]

Note 2, page 148 : Interrogatoires des 13 octobre, 15 et 23 décembre. [retour]

Note 3, page 148 : « Le blanchiment donne aux flans d’or et d’argent ce brillant mat qui prête tant d’éclat aux espèces monnayées. » (F. Lenormant, Monnaies et médailles, p. 325, cité dans E. Babelon, Grande encyclopédie, t. XXIV, p. 133.) [retour]

Note 1, page 149 : Le métal doré s’obtenait par une forte proportion de cuivre allié à l’or, ce qui le rapproche étrangement de la pierre philosophale du grimoire. [retour]

Note 1, page 150 : Le numismate français E. Babelon (Grande Encyclopédie, t. XXIV, p. 146) faisait, en 1899, la constatation suivante : « La loi ne punit pas la contrefaçon des pièces qui n'ont plus cours, soit en France, soit à l’étranger, et qui sont devenues de purs objets de curiosité ou de collection. » [retour]

Note 2, page 150 : Le 16 décembre 1552 encore, avant d’avoir subi le premier coup d’estrapade, il s’en tient à la négative au sujet des médailles : « Si les sçay point faire, et si en az point faictz aux molles qui pourte ? Respond que n’en az point faict, et le mole qui porte luy az esté donné pour pourté à Jherome, serviteur du conte de Gruyère, comme a dictz. » Même réticence à propos des poisons : il ne les a pas achetés. Ici, le Sr lieutenant intervint en personne et fit appliquer la torture. [retour]

Note 1, page 151 : Camille Jullian, Au seuil de notre histoire, Paris, 1930, t. I, p. 13. Cf. Ménard, Revue des Etudes anciennes, 1906, p. 67-69. [retour]

Note 1, page 152 : On prétend qu’en science exacte le temps ne compte pas. Telle est sans doute la raison pour laquelle l’importante trouvaille du docteur Léon Gautier (op. cit., p. 189-203), publiée en 1906, a passé inaperçue. Nous ne faisons ici qu’en évoquer l’intérêt. [retour]

Note 2, page 152 : Le vulnéraire, qui se vend encore sous le nom d’Eau d’arquebusade, lui devrait-il l’existence, et serait-il le souvenir d’un lointain succès commercial ? Il se pourrait. Nous soumettons l’hypothèse aux pharmacologues, leurs traités ne nous ayant point renseigné. [retour]

Note 1, page 153 : Defrange, op. cit., p. 202, 213, 226; Cabanès et Nass, op. cit., t. II, p. 4. — Sur Cosme Ruggieri et la date de sa mort, cf. ibid. p. 6-7, 357. [retour]

Note 2, page 153 : Théodore-Agrippa d’Aubigné, Mémoires, publiés par Ludovic Lalanne, Paris, 1854, p. 13. [retour]

Note 1, page 154 : T. I, p. 80, 274, 287-290. [retour]

Note 1, page 155 : P. 631-632 et table. [retour]

Note 1, page 156 : Fœneste, t. II, p. 52. [retour]

Note 2, page 156 : Ibid., t. I, p. 104-105. Sur Pierre-Victor Palma Cayet (ou Cayer), voir l’article fort impartial de Haag et Bordier dans La France protestante, 2e éd., Paris, 1881, t. III, col. 944-954. [retour]

Note 1, page 157 : Fœneste, t. I, p. 121. — Sur l’innocence et le supplice de Messire Louis, voir Jean Lorédan, Un grand procès de sorcellerie au XVIIe siècle. L'Abbé Gaufridy et Madeleine de Demandolx. Paris, 1912. [retour]

Note 2, page 157 : L. Gautier, p. 199-201, 301. [retour]

Note 3, page 157 : Publié pour la première fois par A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, 1867, p. 945-947. [retour]

Note 1, page 158 : L’on a vu longtemps, en effet, dans le mot tarot l’anagramme de rota, la roue, symbole de l’éternité, les figures de ce jeu de cartes ayant toutes leur correspondant en langage ésotérique (F. Jollivet-Castelot, op. cit., p. 199-227, « Le tarot alchimique »). Cependant, il aurait même origine que la tôrah hébraïque et la tyndarè grecque et remonterait à un tentara indo-européen qui désignerait « le livre des formules du zodiaque » (cf. Léon Robadey, Quelques mots sur le jeu de tarot, dans Etrennes fribourgeoises 1901, p. 117-123). Voir encore E. Alta, Le tarot égyptien, Vichy, 1922; O. Wirth, Le tarot des imagiers du moyen âge, Paris, 1927. — Sur les sciences occultes et leurs subdivisions, voir la bibliographie établie dans le traité général de L. de Gérin-Ricard, Histoire de l’occultisme, Paris (Payot), 1939. Ajoutons-y C. G. Jung, Psychologie und Alchemie, (270 illustr.), Zurich (Rascher), 1944. [retour]

Note 1, page 159 : Cf. J.-J. Hisely, MDR, t. XI, p. 490. [retour]

Note 1, page 160 : Les actes contemporains le dénomment généralement « Jehan Amié » et « Jehan Amyed ». Deux sceaux portent en exergue « Jehan Amé » et « Jehan Aymé »; nous reproduisons ce dernier, [pl. VIII, p.268] relevé par M. Donald L. Galbreath. De cet auteur, voir Armorial vaudois, 1934, t. I, p. 34. [retour]

Note 1, page 161 : MDR, t. XI, p. 415. Cf. en outre, p. 216, 336, 349-351, 380-386. [retour]

Note 2, page 161 : Ibid., 415-437, 441. [retour]

Note 3, page 161 : A vrai dire, nous ne pouvons plus mettre la succession sous bénéfice d’inventaire et nous ignorons si les héritiers purent faire face à toutes les volontés de la testatrice. [retour]

Note 4, page 161 : Elle signait ainsi. Cf. Hisely, MDR, t. XI, p. 342, n. 3, où l’identité des Eynard et des Monteynard, proposée par J.-A. Galiffe (Not. gén., t. III, p. 202), serait confirmée. [retour]

Note 1, page 162 : Cf. Jean-Baptiste Morel, Le testament de Catherine de Monteynard, comtesse de Gruyères, dame d’Arvillars, douairière de la baronnie d’Aubonne, dans Bulletin de l’Académie Delphinale, 1938-1939, Grenoble, 1940, p. 75-76; La Chenaye-Desbois, t. XIV, col. 249, art. Monteynard qui contient des renseignements peu connus sur Catherine, mêlés à des erreurs que le présent exposé corrige ipso facto. [retour]

Note 2, page 162 : Cf. Foras, t. II, p. 18-19, art. Chevron. — Sur le second prénom, le comte de Foras hésite entre Amable et Annable; M. Morel (op. cit., p. 66) a lu Aimable. Cet auteur donne au personnage le titre de « 2e baron de Savoie »; il faut dire deuxième baron de Chevron, bien que le blason du sire de Chevron-Villette figurât immédiatement après celui de Savoie au tournoi de Chambéry, en 1347. Amable et Aimable sont des prénoms patronymiques portés encore en certaines familles de Savoie (cf. L. E. Piccard, L’abbaye de Filly, dans Mém. et doc. de l’Académie chablaisienne, t. VII, 1893, p. 226, n. 1). [retour]

Note 1, page 163 : L’acte le plus ancien enregistré par J.-J. Hisely (MDR, t. XXIII, p. 569, n° 821) est du 21 janvier 1528, où le comte Jean institue un cens annuel en faveur de la « tresredoubtée dame et contesse Katherine de Monthenard nostre bien aymée femme », rente qui comprend deux fromages, « des plus beaulx et mellieurs que l’on puisse faire ». Voir aussi MDR, t. XI, p. 295. — Foras (t. II, p. 18) établit que, le 31 mars 1527, elle était déjà remariée au comte de Gruyère; à cette date, elle passait reconnaissance pour ses seigneuries d’Arvillard; en 1531, une transaction avec divers héritiers lui reconnaissait aussi les seigneuries de Thénézol, de Bonvillard, de l’Orme et une partie de Chevron, pour reprises dotales. [retour]

Note 2, page 163 : La lettre, datée de Gruyère, le 23 novembre 1539, est signée : « L’entierement vostre bonne bourgeoyse à vous fère service Katherine de Montenard contesse de Gruyere. » Elle appartient aux Archives de Berne et a été relevée par J.-J. Hisely, au dossier Collection Gremaud (N° 44, f° 124), que conservent les Archives de Fribourg, et dont l’archiviste, Mlle J. Niquille, docteur ès lettres, a bien voulu nous donner communication; nous l’en remercions vivement. Ce recueil, en majeure part inédit, devait constituer le troisième volume des Monuments de l’histoire du comté de Gruyère, et rassemble la correspondance comtale. Nous le désignerons de l’abréviation Correspondance. — Cf. MDR, t. XI, p. 345. [retour]

Note 1, page 164 : Ce qui n’empêche pas Catherine d’excuser, le 31 mars 1540, auprès de MM. de Fribourg, l’absence de « monsr de Gruyere mon filz » (Correspondance, f° 169; MDR, t. XI, p. 355, n. 1). [retour]

Note 2, page 164 : Ainsi que pour la plupart des actes généalogiques des Gruyère, la date du mariage de Françoise avec Charles de Challant, seigneur de Villarzel, d’Attalens, de Billens, de Torny-le-Grand, n’est pas fixée. Toutefois, dans une lettre sans millésime, mais datée de « Gruiere le XV de decembre », le comte Jean II écrivait à la ville de Romont : « Messrs les nobles et bourgeoys, j’ey sceuz par ma fillie de Villarselz l’honneur et bon recueilz que luy avés faict à son arrivée en la ville de Romont, le quel honneur je tiens et repute fait à moy mesme » (Correspondance, f° 159). — Il est évident, d’une part, que cette réception est due à son mariage, M. de Challant possédant à Romont une maison; d’autre part que la lettre est antérieure à l’an 1539, puisque Jean II mourut le 23 novembre. Le 12 novembre 1539 encore, le comte parlait de son gendre en ces termes à MM. de Fribourg : « mon fils de Villarseilz » (ibid., f° 123). — Sur ce personnage, voir les renseignements fragmentaires de F. Kuenlin, Dictionnaire géographique, statistique et historique du canton de Fribourg, 1832, p. 419, art. Villarsel; Hisely, MDR, t. XI, p. 341-342 et passim; t. XXIII, nos 860 et 869; F. de Gingins-La-Sarra, Notice sur l’ancienne vidamie de Montreux soit la ci-devant baronie du Châtelard, MDR, t. XVIII, 1863, Annexe, p. 85-86; Martignier et de Crousaz, Dictionnaire historique... du canton de Vaud, 1867, p. 179, art. Châtelard; R. P. Ap. Dellion, Dictionnaire... des paroisses catholiques du canton de Fribourg, t. X, 1899, p. 378, art. Romont-Aruffens; T. de Raemy et P.-E. Martin, Aperçu historique sur les seigneurs et seigneuries d’Attalens et Bossonnens, dans Archives de la Société d’histoire du canton de Fribourg, t. X, 1915, p. 444-445, 447, 449; H. Naef, Antoine Krümmenstoll ou la carrière étrange du premier bailli de Gruyère, extrait des Annales fribourgeoises, 1940, p. 15-17 (et réf. bibl.). [retour]

Note 3, page 164 : De Catherine, Hisely (MDR, t. XI, p. 342) déclarait, sans ambages : le comte Jean « en eut un fils, nommé François, qui porta le titre de Monsieur d’Aubonne ». [retour]

Note 1, page 165 : Cf. MDR, t. XXIII, nos 312, 313, 320. — Sur sa mort, survenue en 1550, cf. ibid., t. XI, p. 433; bibliographie dans H. Naef, Montsalvan, 1945, p. 32-34. [retour]

Note 2, page 165 : Dans le testament retrouvé au chateau de Lucey et publié par M. Morel (p. 66-75), son état civil est libellé en ces termes : « fille de feu Illustre, Manifique et Puissant Seigneur Hector de Montenard, chevalier et gouverneur pour le Roy du compté d’Asti, vefve de Illustre Seigneur Jehan Aimable baron de Chivron et dernièrement de Illustre Seigneur Jehan compte de Gruyères et baron d’Aulbonne ». — Le document n’est d’ailleurs pas olographe; il s’intitule : « Extraict du Testament de Dame Catherine de Monteynard, comtesse de Gruyères et Dame d’Arvillars, Veuve de Jehan, baron de Chivron », établi « Pour le Seigneur de Marcieu, baron d’Arvillars », (Guy, neveu de la testatrice). — Faut-il en déduire que les clauses relatives aux Gruyère ont été omises de la copie ? La question est sans grande portée, la totalité de l’héritage personnel leur échappant. [retour]

Note 3, page 165 : M. Morel a lu Collat, nom qui n’est pas de la région. Mais notre leçon (Callat pour Caillat) n’est pas non plus certaine, car l’on trouve un Pierre Vollat au XVIe siècle et un notaire Isaac Caillat au XVIIe. [retour]

Note 1, page 166 : « Ensemble aussy toutes ses bagues que sont en Arvillars et sa robbe de velloux noyre, sa cotte de velloux viollet et son manteau de velloux noyr ». Marguerite, fille de « Loys de Montenard, baron dudict lieu, seigneur de Chalançon, de la Pierre, de Largentière..., présente et très humblement la dicte dame remerciant », recevait cette part « sur son mariage » (c’est-à-dire la dot de sa tante) « et biens de Theneysol, pour lui aider à marier et pour ce qu’elle l’a norrie ». [retour]

Note 2, page 166 : Nous en ferons plus loin la connaissance. [retour]

Note 3, page 166 : Elle recevait 200 écus d’or, plus 500 florins qui lui étaient dus. [retour]

Note 1, page 167 : « Noble Rose du Mollin de Tayninge », qui n’était pas présente, recevait de sa maîtresse, « pour soy ayder à marier », 300 écus d’or, « avec sa robbe de frise, sa robbe de drap et sa robbe de sarge de soye ». « Noble Marguerite de Curtille », présente, reçoit aux mêmes fins la même somme, ainsi qu’une personne dont le mariage éventuel n’est pas évoqué, « noble Claudine, fille de noble et puissant seigneur Jehan Mestral, seigneur d’Aruffens », à qui reviendront « sa verdugalle de velloux » et « une robbe de satin » à exécuter et payer par le soin des héritiers. — Mais la mieux partagée était la première des « damoyselles », Catherine de Viry, dont nous reparlerons. [retour]

Note 2, page 167 : « L’Anthonie de Conflens » recevait vingt écus d’or, et « la Jeanne Fey... sa seconde chambrière », dix. [retour]

Note 3, page 167 : Hugues, qui était présent, recevait cinquante écus, sans défalcation de ce qui lui est dû et que payeront les maîtres d’hôtel. — Un Jacques Hugues était pasteur à Divonne en 1544 (cf. A.-L. Herminjard, Correspondance des Réformateurs, t. IX, 1897, p. 321, n. 1); sa parenté avec le cuisinier ne saurait s’exclure d’emblée. [retour]

Note 4, page 167 : A « Jehan Chardon » : dix escus. [retour]

Note 5, page 167 : La comtesse cite expressément « Cathelin Champon l’ung de ses serviteurs » (sans doute Champou, soit Champoud), qui aura douze écus, mais elle « commande, veut et ordonne que ses serviteurs et servantes soyent payés et satisfaits de leurs sallayres ». « Noble Nycolas Amodry, son chastellen d’Arvillars », et « Mestre Bernard Bonier [ou Bovier ?] de Bonvilar » recevront chacun cent florins. [retour]

Note 6, page 167 : Il était donc son neveu, fils de Jean-Jacques de Monténard. [retour]

Note 7, page 167 : Jehan-Amable avait en effet quatre enfants naturels, probablement nés avant son mariage; Claude était l’aîné des fils (cf. Foras, t. II, p. 18-19, art. Chevron-Villette). — Hercule et Claude héritèrent l’un et l’autre de 250 écus d’or. Quant au « prothonotayre de Montenard », qui les suit, il était fils de Louis, et recevra cent écus. [retour]

Note 1, page 168 : « A revellé la dicte dame que elle doibt à Lucherne à cense, à raison de cinq pour cent, au seigneur Jacob Fert la somme de mille escus d’or au soleil desquels Illustre seigneur Monsr le comte de Gruyères et manifique, puissant seigneur Monsr du Chastellard sont fiances, lesquels mille escus veult estre payés par ses dicts heritiers dessoubs nommés ». — Il y avait dans la région pour le moins deux seigneurs du Châtelard, Jean de Châtillon, seigneur du Châtelard (Ternier) (cf. Foras, t. IV, p. 88, art. Montchenu-Ternier), et François de Gingins, seigneur du Châtelard (Montreux). Il s’agit probablement de ce dernier, qui avait épousé, le 8 janvier 1542, Claude de Gilliers, baronne de la Sarra (L. de Charrière, Les dynastes de La Sarra, MDR, t. XXVIII, p. 468, n. 3; Recueil de généalogies vaudoises, t. II, 1935, p. 75, art. Gingins par M. Reymond). — La comtesse Catherine reconnaissait aussi devoir mille écus au « seigneur Jacob Rudy, conseiller et changeur de la ville de Balle », dont « nobles Françoys, Jehan et Jehan Loys de Martine » sont arrière-fiances pour MM. du Chastellard, d’Aruffens et d’Allinge. Elle tient à ce que la somme soit payée afin qu’il n’en résulte aucun dommage pour personne. — Sur Jakob Fehr, seigneur de Castelen, et Jakob Rüedi, Oberstzunftmeister de Bâle, cf. DHBS, t. III, p. 74 et t. V, p. 589. [retour]

Note 2, page 168 : Le testament s’ouvrait par la formule traditionnelle : « Au nom de la tressaincte et indivise Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit ». Le protocole initial, que nous avons abrégé, était empreint des doctrines évangéliques : « ayant regard à ce que toute humayne créature est mortelle par le péché de nre premier père Adam, ce nom portant que soyons réintégrés par nre Saulveur Jesuchrist, toutesfoys puisque luy pour nous est mort, nul ne se peult excuser qu’il ne luy faille morir attendant neautmoingts la renovation, car la mort et la vie sont et consiste en la puissance d’icelluy seul Saulveur Jesuchrist. — Et il n’est rien plus certain que il fault morir et rien plus incertain que l’heure de la mort, à laquelle ung chascung chrestien doibt estre toujours prest, attendant la venue du Seigneur, car celuy sera bien heureux lequel le Seigneur J. Christ trouvera veillant, occupé es œuvres de charité procédantes de vive foy au proffict et utilité du prochain à la gloyre du Seigneur, extirpant toutes aynes de bas et questions que pourront survenir ». — Cette terminaison résulte à l’évidence des entretiens de la comtesse et de son directeur spirituel, qui se révélera tout à l’heure. [retour]

Note 1, page 169 : Encore une fois, ce ne sont pas les Gruyère. [retour]

Note 1, page 170 : La demoiselle était fille de Jean Mestral, seigneur d’Aruffens, de Coinsins et d’Allaman, acquéreur de la Maison Blanche à Monte-de-Grand, né en 1488, qui testa en 1565. Cf. Recueil de généalogie vaudoises, t. II, 1935, p. 9, art. Mestral par le Dr V. de Mestral. [retour]

Note 1, page 171 : S’il est vrai, comme l’affirme Foras (t. V, p. 470, art. Seyssel), que Jean de la Chambre-Seyssel, troisième comte de la Chambre et de l’Heuille (ou l’Heuillé, mais non Lulier), temporairement prince d’Orange, mourut en 1544, il faut admettre qu’il est question de son fils de même prénom (ibid., p. 472), qui épousa, le 16 décembre 1546, Aymée de la Baume, fille de Jean comte de Monrevel et de Françoise de Vienne, et mourut en 1582. Il devint en 1562, 1er marquis de la Chambre, et, comme son père, comte de l’Heuille vicomte de Maurienne, baron de Cuynes, de Villars, d’Urtières, de Chamoux, etc. [retour]

Note 2, page 171 : Cet Urban d’Arvillard appartenait évidemment à la famille de Chevron-Villette. On ne saurait l’assimiler cependant sans quelques difficultés à Urban, seigneur de Villette et de Giez, cousin de Jean-Amable baron de Chevron (cf. Foras, t. II, p. 17, art. Chevron). [retour]

Note 3, page 171 : Les Martine et Antoine Tondu étaient les hommes de confiance de la douairière. Elle lègue « à noble Anthoyne Tondu, ung de ses maistres d’hostel, en recompance de plusieurs agréables services, oultre le contenu d’une pollice de la somme de six vingt escus lesquels elle recognoit et confesse légitimement lui debvoir, assavoyr cinq cents escus d’or... » Puis « à noble George Selline » femme de noble Jehan de Martine, « et à noble Françoyse Gleydonne, femme dudict noble Anthoyne Tondu, à une chacune d’elles », 500 écus d’or. — L’évolution généalogique des familles Tondu, Tonduz et de Tondu ne semble avoir jamais été examinée (cf. DHBS, t. VI, p. 631-632). — Quant aux dames, il y a erreur de transcription pour la première; c’était une Ferlin, famille noble originaire de Franche-Comté; un André Ferlin est châtelain d’Aubonne en 1553 (communication de M. Louis Junod; cf. Samuel Olivier, 1675-1735, Généalogies vaudoises, manuscrit des Archives cantonales vaudoises). Françoise Gleydonne appartenait sans doute à la famille vaudoise Liardon-Glardon-Gleyrdon; la désinence féminine à la mode paysanne est alors fréquente. [retour]

Note 1, page 172 : Les témoins requis à la signature sont très nombreux. Sans avoir l’original sous les yeux, il est néanmoins possible de corriger, à leur propos, quelques erreurs de lecture : « Donné, faict et passé au Chateau d’Aulbonne, présents discret Estienne du Martheray (et non de Marthenay), mestre Nycolas Meylan cordonnier, mestre Jehan Moura chappuis (c’est-à-dire charpentier, et non Chappuis), honneste Michel Germeyn », etc., soit, en tout, douze personnes. — La comtesse prend des précautions infinies pour évincer ceux que l’on peut deviner et qui seraient enclins à revendiquer une partie de sa succession. Elle révoque donc « tous aultres testaments, donations, codicilles, clausules et aultres légats », déclare « n’en avoir point faict d’aultre duquel aye souvenance, et veult ce présent testament estre son dernier testament... Et sy ne vault par droict de testament, veult qu’il soit vallidé par droict de donation faicte entre les vifs... et sy ne vault par droict de donation, veult qu’il soit vallidé par le droict lequel mieux vault ». En conséquence, elle charge le notaire de prendre toutes mesures opportunes avec les légataires « par le conseil de gens sçavants, sans toutesfois changer la substance du faict », et de faire corroborer le tout, si besoin en était, « soubs le sceau de manificque seigneur noble Anthoyne... bailly de Morges ». — Le nom de ce personnage a été transcrit « Anthoyne Mornant » (Morel, p. 74); c’est Virmant qu’il fallait lire, par déformation romande : le bailli signait « Anthoynne Wyerman ballifz de Morge » une lettre adressée aux Syndics et Conseil de Genève, le 31 mai 1545, et scellée de son sceau armorié (PH 1352). Il avait assumé sa charge en 1541, pour la seconde fois en 1549, et mourut en 1558. Cf. DHBS, t. VII, p. 298, art. Weyermann soit Wyermann. [retour]

Note 1, page 173 : Par les efforts de Jean II, le comté de Gruyère avait échappé à toute vassalité envers Berne et Fribourg. Cependant, il n’en était pas de même d’Aubonne, où la Réformation s’était introduite sous la pression bernoise, moyennant de très appréciables compensations pour le comte. Cf. Ruchat, Histoire de la Réformation de la Suisse (édition L. Vuilliemin), t. IV, 1837, p. 406-408; MDR, t. XI, p. 319-328, 391-392. [retour]

Note 2, page 173 : Henri Vuilleumier (Histoire de l’Eglise réformée du Pays de Vaud, t. I, 1927, p. 373) a trop accentué l’argument de Ruchat; le problème est à revoir. [retour]

Note 3, page 173 : Il est étrange que cette révélation qui fait aujourd’hui le principal intérêt du testament ait échappé à celui qui nous l’a si heureusement divulgué. — Bien qu’à peu près simultanés, le départ de Jacques Valier et le décès de la douairière semblent dépourvus de toute corrélation. A la requête instante des paroissiens, le baron François et le comte Michel s’interposèrent auprès de MM. de Berne, le 14 janvier 1546, pour conserver cet excellent ministre. Mais Leurs Excellences en avaient besoin à Lausanne, où il fut installé le 26 janvier, pour remplacer Farel et seconder Viret. Sa postérité subsista à Aubonne et posséda la coseigneurie de Saint-Georges. Thomas Malingre lui succéda dans la paroisse. — Cf. Ruchat, t. V, p. 297-298, 318, 413, 415; MDR, t. XI, p. 393-395 (et références); A. Verdeil, Histoire du Canton de Vaud, t. II, 1854, p. 86-90; Herminjard, t. IV, p. 280-281, 287; t. IX, p. 84 et n. 1; Vuilleumier, t. I, p. 406, 659; DHBS, t. VII, p. 32-33, art. de A. Dückert et M. Reymond. [retour]

Note 1, page 175 : George ne disait-il pas, le 12 septembre, que son frère « avoit respondu à Lyon bien pour troys cens cinquante escus de bagues d’or pour le compte de Gruyre » ? [retour]

Note 2, page 175 : Dans une lettre non datée, Michel comte de Gruyère implorait MM. de Berne en faveur d’un « povre gentilhomme Glande de Mollan », détenu dans leurs prisons; nous ne saurions dire s i le personnage était de même souche que le Bressan Michel du même nom. — Cf. Correspondance, f° 131 v°. [retour]

Note 1, page 176 : MDR, t. XI, p. 181-190. [retour]

Note 2, page 176 : Elles étaient certainement parentes, bien que les généalogistes n’aient pas établi le degré de cette parenté. [retour]

Note 1, page 177 : Guichenon, op. cit., t. III, p. 302. — Françoise épousera Ferdinand de Lannoy, duc de Boiano, chevalier de la Toison. De l’aînée, nous aurons à parler. [retour]

Note 1, page 178 : Correspondance, ff. 274 et 276 v°; MDR, t. XI, p. 397 et 398, n. 3. Hisely (ibid., p. 391) fait allusion à la lettre du 30 décembre. [retour]

Note 1, page 179 : Correspondance, f° 132. — Le comte terminait par ce post-scriptum : « Je vous mercie bien humblement l’honneur, le bien et port m’a escript mon frère mons. d’Aulbonne luy faites et à tous les myens pendent que suys absent. L’entierement vostre bon borgeois prest à vous fayre service, Gruere. » — Les « deniers » dont il est question dans cette lettre s’élevaient à 6000 écus en 1545 et n’étaient pas payés (cf. MDR, t. XI, p. 411). [retour]

Note 1, page 180 : Correspondance, f° 276; cf. DHBS, t. II, p. 491, art. Châtillon, par E. Tamini; Ch. Gilliard, Les combats de Gingins... (BHG, 1939), p. 5. [retour]

Note 2, page 180 : Ch. Paillard, op. cit., p. 106. La dépêche adressée à la reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, est du 20 avril 1547. [retour]

Note 1, page 181 : Cf. MDR, t. XI, p. 397 n. 4; L. de Charrière, La baronnie de Rolle et Mont-le-Vieux, MDR, t. XXXIV, p. 79 n. 3. — Dans une lettre adressée de Champvent, un 26 mai, à la ville de Nyon, Claude de Vergy traitait de « biens qui ne sont pas à mon frère M. de Viry mais à mon fils M. de Rolle », et le baron de Grenus qui transcrit la pièce (Documens relatifs à l’histoire du Pays de Vaud, Genève, 1817, p. 190) ajoute qu’en une autre lettre sur le même sujet, et datée du 28 mai, le comte Jean II de Gruyère « appelle M. de Rolle son neveu, et M. de Viry son frère ». Grenus est le premier auteur qui ait cherché à élucider ces relations. — Hisely (MDR, t. XI, p. 397) déclare, nous ignorons d’après quelle source, que Beaufort et Michel de Gruyère avaient été « tous deux enfants d’honneur du roi de France ». [retour]

Note 1, page 182 : L’historique de ce fief entraînant celui de la filiation, nous en traiterons à l’appendice. — Salagine ressortit aujourd’hui à la commune de Bloye (Hte Savoie). [retour]

Note 2, page 182 : Nous reviendrons bientôt sur ces relations familiales. [retour]

Note 1, page 183 : L’argument ne saurait être que subsidiaire, car Michel est, au début du XVIe siècle, l’objet d’un de ces engouements périodiques pour des prénoms importés ou tirés de l’oubli par la mode. Au XVe siècle, un seigneur considéré dans la région se nommait Michel de Gilly, dont la fille Marie devint la femme de Janus de Menthon, coseigneur d’Aubonne précisément (Foras, t. III, p. 426, art. Menthon); et Michel Mangerot baron de la Sarra fut à peu près contemporain de Michel de Viry (L. de Charrière, La Sarra, MDR, t. XXVIII, p. 448-449). [retour]

Note 2, page 183 : Cf. Foras, t. V, p. 370, art. Sallenove, par le cte P. de Viry; Charrière, Rolle, MDR, t. XXXIV, p. 78-80. [retour]

Note 3, page 183 : Cf. L. Junod, Mémoires de Pierrefleur, Lausanne, 1933, p. 84. — Michel de Viry avait hébergé à La Perrière, en 1535, les moniales de Sainte Claire, après leur départ de Genève. Sœur Jeanne de Jussie (Le levain du calvinisme, éd. Grivel, Genève, 1855, p. 216-220) fait du château une heureuse description. [retour]

Note 4, page 183 : Cf. Foras, t. V, p. 370; V. van Berchem, dans Eug. Mottaz, Dictionnaire historique... du canton de Vaud, t. I, p. 505, art. Coppet. — Michel de Viry et sa femme, soustrayant les reliques de leurs églises à la profanation, les avaient transférées au couvent de Morteaux (Doubs) dont leur fils était le prieur. Les Bernois, devenus leurs suzerains, cédèrent aux époux, en 1539, les biens curiaux des seigneuries, à charge d’entretenir le prédicant de Coppet et de Viry. (Charrière, Rolle, MDR, t. XXXIV, p. 80, n. 1.) [retour]

Note 1, page 184 : Les époux de Viry avaient pour fils : François, protonotaire apostolique et prieur de Morteaux dès 1532 (son père paya 1400 écus d’or pour les bulles de nomination), puis Aymé. Après le décès de la douairière de Gruyère, Catherine, l’aînée des filles, trouva refuge chez la duchesse de Lorraine, car celle-ci la dota de 4000 écus d’or. Peut-être fut-ce à son service qu’elle connut son époux le chevalier Gomez Carillo de Acugna; elle mourut en couches l’an 1573. Sa sœur Péronne épousera le seigneur de Montjoye et s’occupera de Guillermette, sa cadette, tandis que Claudine, mariée à Jean Hurtado de Mendoza, semble avoir été sous la protection de Catherine. (Foras, t. V, p. 370-371.) [retour]

Note 2, page 184 : Le texte est emprunté aux « Procédures » de Viry (ibidem), mais P. de Viry situe le décès à l’an 1547, ce qui, on le voit, est erroné. Pauline devra lutter en 1544 contre les cousins de son mari pour aider celui-ci à conserver la baronnie de Viry, mais en vain. Sa grand’mère maternelle, Marguerite d’Amboise, dame de Mortemart, lui ayant légué mille livres tournois, Claude de Vergy son frère lui constitua sur cette somme une rente de vingt livres le 9 juin 1557; elle serait décédée vers 1572. (Cf. André du Chesne, Histoire généalogique de la Maison de Vergy, Paris, 1625, deux tomes en un volume, t. I, p. 330.) [retour]

Note 3, page 184 : Bien qu’il ne soit pas parlé d’eux; Battonat était censé avoir logé chez un maréchal. — Au reste La Perrière n’était pas ruiné, mais les Viry (branche aînée) ne purent réparer les dégâts. Sur son sort au XVIe siècle, cf. Foras, t. V, p. 349, 379 n. 1, Ph. Jamin, Pérégrinations historiques au pays romand, Genève, 1903 ( ?), p. 303-310; sur ses restes actuels, cf. H. Friderich, Châteaux et monastères de la région du Salève, Genève, 1929 ( ?), p. 80-82. [retour]

Note 1, page 185 : Voir actes de 1536 et 1540 (Charrière, Rolle, p. 78-82). — La seigneurie de Mont-le-Vieux avait appartenu aux Viry depuis le XIVe siècle. Cf. Foras, t. V, p. 366. [retour]

Note 2, page 185 : Le 8 juillet 1536, elle était retirée à Montliboz (Jura). Cf. Charrière, Rolle, p. 81. [retour]

Note 3, page 185 : Nous en parlerons à l’appendice. [retour]

Note 1, page 186 : Le 14 mai 1527, une lettre collective, portant son nom et celui de M. de Viry (vraisemblablement Jean, seigneur d’Allemogne, frère du baron Michel), expliquait au duc l’attitude des « forensifs » genevois, exilés que l’évêque tentait de ramener contrairement aux vœux de Charles III. Cf. Registres du Conseil de Genève (abrév. RC), t. X, p. 379, n. [retour]

Note 2, page 186 : RC, t. XI, p. 207, n. 2. [retour]

Note 3, page 186 : Voir sa lettre au duc, écrite du Vuache, le 26 mars 1529 (RC, t. XI, p. 227, n. 1, p. 603-604). Renseigné par M. de « Villarzé » (Charles de Challant, seigneur de Villarsel) sur l’état d’esprit de leur maître, Beaufort explique pourquoi, d’entente avec ses gentilshommes, il avait renoncé à donner l’assaut sur Genève, les « gens de pié » n’étant pas prêts. Il supplie d’autant le duc de pourvoir à ses « villes de frontyères » et d’occuper Genève avant que les Suisses n’y soient militairement installés. Il s’excuse de ne pas se retirer à La Roche, comme il en avait l’ordre, parce que le lieu est « mal propre pour gens de cheval ». Les rivalités étant en cause, Beaufort n’avait donc pas rejoint les « Cuillerands » qui, faute de monde, se bornèrent à la démonstration maladroite connue sous le nom de Nuit des échelles. [retour]

Note 1, page 187 : Les autres capitaines étaient François de Saint-Saphorin et Jean de Viry, seigneur « de la Moille », soit d’Allemogne et « Jean Metral, sr d’Arufin » (cf. RC, t. XI, p. 630). — L’on remarquera que Beaufort est déjà tenu pour baron de Rolle, ce qui permet de supposer que la vente au duc de Savoie avait été une transaction au profit de Jean-Amyé et de Michel de Viry, sous réserve des droits du principal bailleur de fonds. La mariage de Beaufort, survenu entre temps, expliquerait le rachat total. [retour]

Note 2, page 187 : La mort du chanoine fribourgeois Werly, tombé dans une émeute où il combattait, modifia d’un coup le sort de Genève. Les Fribourgeois indignés prièrent l’évêque qu’ils avaient jusqu’ici écarté, de revenir au siège de son diocèse et l’y escortèrent. Le gouverneur de Vaud, Amé de Genève-Lullin, écrivait de Moudon au duc, le 1er juillet 1533, que Gaspard Werly, jurant de venger son frère, s’était abouché avec Beaufort. Mais le gouverneur avait mandé à ce dernier de « non estre pour ceste foys de la partye » car, si même Fribourg ne s’en offusquait pas, « Berne en seroyt marry » (RC, t. XII, p. 303). [retour]

Note 3, page 187 : Cf. A. Roget, Les Suisses et Genève, 1864, t. II, p. 179; J.-A. Gautier, Histoire de Genève, t. II, 1896, p. 482-486, 489-492, 501-503; F. de Crue, La délivrance de Genève, p. 23, 26, 33 ss.; C. Gilliard, Les combats de Gingins et de la Faucille, op. cit., p. 6-7. [retour]

Note 1, page 188 : Pierrefleur (éd. Junod, p. 88) apporte des renseignements qui doivent s’ajouter aux précisions documentaires de F. de Crue (op. cit. p. 55). François, seigneur de Dullin (Savoie, arrt de Chambéry) et de Verey (Verrey, Côte-d’Or), était gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi (La Chenaye-Desbois, t. XIV, col. 105, art. Montbel). [retour]

Note 2, page 188 : En juin 1536, après des conciliabules tenus avec divers gentilshommes, Beaufort avait traversé le lac et gagné le Faucigny. Cf. Charles Gilliard, La conquête du Pays de Vaud par les Bernois, Lausanne, 1935, p. 233-234, 256. [retour]

Note 3, page 188 : D’après une grosse de reconnaissances du 8 avril 1543, Claude de Rye est encore vivante, mais le 7 février 1544, elle ne figure plus dans l’acte de vente du village de Begnins, un des principaux de la seigneurie de Mont-le-Vieux. Beaufort commençait, pour 900 écus d’or, à liquider les biens acquis (Charrière, Rolle, p. 82, 85). [retour]

Note 1, page 189 : Le Registre des Conseils, au 6 juin 1547, cité par Roget (t. II, p. 317), parle du « fils » où il faut entendre « neveu »; le gouverneur de Bresse, nous l’avons dit, n’avait pas de fils. Il s’agit de Claude de la Baume, coadjuteur du cardinal-archevêque de Besançon, dernier prince de Genève; en 1547, il avait vingt ans. Cf. La Chenaye-Desbois, t. II, col. 537, art. Baume-Montrevel. [retour]

Note 2, page 189 : Galiffe, Quelques pages, p. 11-12. [retour]

Note 1, page 190 : Ces péripéties rocambolesques ont trouvé en J.-J. Hisely un narrateur parfait; nous ne prétendons pas en tirer ici un nouveau parti, tout en signalant une étonnante lettre du 18 janvier 1554 (Correspondance, f° 535) que l’écrivain ignorait encore et qui modifie le point de vue. L. de Charrière a cru devoir rectifier le prénom de l’héroïne et substituer Françoise à Marie, ce qui est une erreur manifeste. Cf. MDR, t. XI, p. 398-408; t. XXXIV, p. 86-87. [retour]

Note 2, page 190 : Foras, t. I, p. 152, n. 1-2, art. Beaufort. — La comtesse Claude de Varax devait survivre à ses filles et fit ériger par le duc de Savoie, en 1576, la terre de Varanbon en marquisat qu’elle légua à son neveu Marc de Rye. Cf. M.-L. Guigue, op. cit., p. 413, art. Varanbon. [retour]

Note 1, page 191 : Cf. J.-A. Gautier, t. III, p. 371 et n. 4. — Voir encore la démarche de Berne auprès du comte de Gruyère, relative aux « gentilshommes de M. de Rolle », dans Hisely, MDR, t. XI, p. 465. [retour]

Note 1, page 192 : Les lettres sont annoncées au protocole du 23 novembre dans les termes qu’avait employés Battonat lui-même : « Item pour monstrer la grande familiarité et amytié qu’il avoit avecques monsieur le comte de Gruyre, et que non sans cause il a parlé familirement de luy, il produict cincq missives à luy envoyées par ledict seigneur comte, signées de sa main et sellées de son seau, lesquelles successivement de moct à moct s’ensuyvent. » L’ordre de copie en est : 12 décembre, 4 février, 5 octobre, 3 février, 25 janvier. — Au dos du premier cahier, le greffier annotait la réception par ce mémorandum : « 5 1res missives, 1 en parchemin et 4 en papier. » Les lettres sont insérées dans le deuxième cahier. L’orthographe est-elle conforme à celle des originaux disparus ? nous n’en savons rien. Quant à la ponctuation, quasi inexistante, nous avons dû l’établir. [retour]

Note 1, page 193 : Le copiste a noté « sans vostre meillieur conseil », ce qui ne signifie rien. « Sauf votre conseil » est une formule de politesse : nous pensons, sauf votre avis, avoir mal témoigné nos sentiments. [retour]

Note 1, page 194 : La prononciation traditionnelle de la famille, qui d’ailleurs ne descend pas des Beaufort, est Vara. L’ancienne est authentiquement romande : on disait Vouara, comme Vouarney, Vouarin qui s’écrivaient Vuarney, Vuarrens et aussi Vuarin (cf. L. Junod, Pierrefleur, p. 16, n. 1). La diphtongue voua (oua) a donné lieu à des graphies compliquées dont le type le plus connu est dû à la célébrité de Mme de Warens (Vouarin). On écrivait aussi Wadin, Wippeins, pour Vuadens, Vuippens qui se prononcent en roman Ouadin, Ouipin, etc. — Varax est un hameau près de St-Paul de Varax; le comté revint à la maison de Rye (cf. M.-C. Guigue, op. cit., p. 414). Le nom doit être mis en relation avec le patronyme fribourgeois Dewarrat (Attalens-Bossonnens), issu du toponyme Vuarat, hameau près d’Attalens. Sur le sens originaire (fourrage), voir H. Jaccard, Essai de toponymie, MDR, 2e série, t. VII, 1906, p. 524-525. — L’on a vu que le patronyme Vandel s’écrivait parfois Wandel, selon la prononciation locale. [retour]

Note 2, page 194 : L’induction n’est pas gratuite; les lettres que conservent les Archives de Berne et de Fribourg sont signées « A. Beaufort »; nous n’en connaissons point de Jean comte de Varax, mais sa fille signe « Marie de la Palu ». Voir, par exemple, Correspondance, f° 289, lettres des 6 et 17 juin 1548; MDR, t. XI, p. 399. [retour]

Note 1, page 195 : En 1547, Beaufort devait engager sa baronnie de Chivron, ses seigneuries de Salagny (métagramme de Salagine dont Hisely et Charrière produisent des preuves dans MDR, t. XI, p. 397, n. 4; t. XXXIV, p. 82), Rolle, Mont-le-Vieux et Coppet au comte de Gruyère qui en devint propriétaire en 1550, d’après un acte du 18 décembre (MDR, t. XI, p. 411-412, 460). Beaufort n’en continua pas moins à être appelé généralement M. de Rolle. [retour]

Note 1, page 196 : Cf. MDR, t. XI, p. 380, 386-388; Correspondance, f° 252. [retour]

Note 1, page 197 : Bien que la présence de Michel à Aubonne en février 1545 ne puisse être prouvée à cette heure, elle est du moins vraisemblable; voir plus loin. [retour]

Note 2, page 197 : « Volsu », archaïsme pour voulu. [retour]

Note 3, page 197 : Sans doute, pour : deviendra. [retour]

Note 4, page 197 : « Doint » : donne, subjonctif présent de donner. — Michel de Gruyère nous prodigue ici quelques proverbes oubliés. Le premier s’explique de lui-même; le second emprunte à la fauconnerie. L’oiseau, c’est l’oiseau de proie, faucon, gerfaut, que l’on aveuglait par un chaperon de cuir tant qu’il était au poing : le chasseur lui rendant la lumière à l’instant précis où il doit attaquer le gibier. Enfin, l’on reconnaît la devise genevoise Post tenebras spero lucem, issue, on le sait, de la Vulgate (Job XVII, 2). Cf. H. Naef, Origines, p. 137, n. 1 (bibliogr.). [retour]

Note 1, page 199 : Littré (II, 1596) donne cet exemple dont l’acception « vieillit », dit-il : « Dans quelques jours cette affaire sera faite ou faillie. » [retour]

Note 2, page 199 : La raison péremptoire qui pousse à accepter l’année 1545 au lieu de 1551 est que le comte, cette année-ci, n’en était plus à faire des plans avec Battonat. [retour]

Note 3, page 199 : Cf. MDR, t. XI, p. 388. [retour]

Note 4, page 199 : Entendez : serai. [retour]

Note 1, page 200 : Ce pouvait être, à Romont, la maison de sa sœur Françoise, femme de Charles de Challant, seigneur de Villarsel et d’Attalens, lequel mourut à la fin de 1556. Cf. T. de Raemy et P.-E. Martin, Aperçu historique sur les seigneurs et seigneuries d’Attalens et de Bossonnens, dans Archives de la Société d’histoire du canton de Fribourg, t. X, 1915, p. 450. [retour]

Note 2, page 200 : Cf. MDR, t. XI, p. 388-389, 397, et ci-dessus. [retour]

Note 1, page 201 : Le 18 septembre 1546, Michel écrivait à MM. de Berne « que, desirant vous obeir entierement, je m’en pars tout de present, allant Aubonne... vous supliant me faire cete grace d’avoyr pacience jusques à mon retour que sera dedans huict jours; alors vous l’irés [irai] trouvé... » Tels étaient les plans. D’Oron, le 6 octobre, il traçait ces lignes pour les mêmes destinataires : « Je me suis transpourté en ce lieu d’Horon pensant-je mieulx trouver argent, et suys après pour vendre du mien, à quelque prix que ce soit, pour satisfaire vos sries... et deussé-je bailler pièce pour mille escuz qu’en vailly trois mille, si le feray... » (Correspondance, ff. 280, 281.) Il s’agissait du remboursement des mille écus prêtés jusqu’à Pâques (cf. MDR, t. XI, p. 391). [retour]

Note 1, page 202 : Les mots sont mal placés, mais le sens est clair : c’est Michel qui revient de Berne. [retour]

Note 2, page 202 : « Destourber », du latin disturbare, empêcher, troubler. « Destourbe » équivaut à perturbation (même radical) avec la nuance d’une cause accidentelle. A Orbe, en 1531, les gens sifflaient Farel au prêche « pour le destorber », dit Pierrefleur (cf. L. Junod, op. cit., p. 16, n. 9). [retour]

Note 3, page 202 : Le mot est l’équivalent du mot brigade; nous dirions aujourd’hui, avec la même portée : escouade. — « Si vous eussiez mené la brigade promise au Maréchal », dit Enay au baron de Fœneste (Aubigné, op. cit., t. I, p. 112). Le terme était en voie de passer au sens de cénacle; sous la direction de Jean Daurat, le groupe de Baïf, Ronsard, du Bellay, prenait vers 1549 le nom de Brigade avant d’adopter, en 1556, celui de la Pléiade. Cf. H. Lemonnier, dans E. Lavisse, Histoire de France, t. V/II, p. 265. [retour]

Note 1, page 203 : Le copiste a lu par erreur Myen; nous rétablissons selon la graphie contemporaine. [retour]

Note 2, page 203 : Sur ce versement fait aux Bernois, cf. MDR, t. XI, p. 414. [retour]

Note 3, page 203 : Le 20 décembre 1546, en effet, il y remerciait LL. EE. de la somme qui venait de lui parvenir ainsi que de la lettre de compagnie précisant les conditions du prêt, « car, sus ma vie, ne vouldrois fallir à vous excellences » (Correspondance, fo 283). [retour]

Note 1, page 204 : Pour : néanmoins, (voir ci-devant). [retour]

Note 2, page 204 : Ce proverbe n’appartient pas en propre à Michel; on lui doit cependant de nous l’avoir transmis sous une forme rapide qui ne nous paraît pas avoir été relevée. Littré (t. I, p. 824) signale celle-ci de Cotgrave : « De corsaire à corsaire n’y prend on que barriques rompues » et ce dérivé : « corsaires contre corsaires font rarement leurs affaires. » [retour]

Note 1, page 205 : Michel a promis cent écus à Battonat, s’il lui faisait l’horloge, et il ne demande pas mieux que de les perdre, c’est-à-dire d’obtenir la machine. [retour]

Note 2, page 205 : On peut lire « donrré »; mais l’original portait probablement l’ancien futur du verbe « doner » (Godefroy, t. IX, p. 408). [retour]

Note 1, page 206 : Le 19 février, François de Gruyère, seigneur d’Aubonne en titre, écrivait du château comtal à MM. de Berne : « Et pour ce que ledt sgr de Gruyère n’est ici ains est à Aulbonne, je depart à ceste heure pour le aller trouver et luy porteray vostre lettre. » (Correspondance, f° 283 v°.) [retour]

Note 2, page 206 : On s’en doute, il s’agit d’Henri Cornelis Agrippa, le grand astrologue. Cf. Naef, Origines, 309-351. Voir (ibid., p. 322) le texte où Rabelais moque « Her Trippa » avec sa verve coutumière. Si l’on a le goût des collections, on ajoutera Balzac qui, dans les Cent contes drolatiques (éd. Garnier 1926, illustr. de Gustave Doré, p. 308, « La chière nuictée d’amour »), s’est souvenu du passage. [retour]

Note 1, page 207 : N’oublions pas que le comte dicte ses lettres, en sorte que les erreurs d’interprétation se peuvent succéder en triple cascade : celles du secrétaire, puis du copiste et les nôtres  ! Nous croyons que Michel ici a voulu dire : déjà (jà) prend en moi une rêverie... [retour]

Note 2, page 207 : La phrase est fort obscure; le mot « prinses » prête à malentendu; de plus, le copiste a hésité sur le mot « bien » et écrit de telle façon qu’on puisse lire également « lieu ». Du Cange (dictionnaire français formant le t. VII du Glossarium, éd. Paris 1850, p; 270) donne pour « prinse » et « prise » ce sens : toute espèce de redevance, action de prendre à bail. Mais la prise, en langage roman « présa, préja », équivaut à récolte (cf. Bridel, Glossaire du patois de la Suisse romande, MDR, t. XXI, p. 305; Junod, p. 30, n. 2). Remettre aux prises peut donc signifier : renvoyer une assignation au moment des récoltes. Si le bien plaît aux créanciers, les baux pourraient être conclus alors. [retour]

Note 1, page 210 : Correspondance, ff. 281-283 v°. [retour]

Note 2, page 210 : Cf. J.-J. Hisely et J. Gremaud, Monuments de l’histoire du comté de Gruyère, MDR, t. XXIII, p. 599, n° 880; t. XI, p. 414. — Pierre de Pré revendit ce bien, le 2 janvier 1548, à Ulman de Garmiswyl, châtelain de Vevey. De Pré restait créancier du comte pour 250 écus d’or en 1554; autrement dit, la vente du domaine n’avait pas suffi à amortir la dette; l’humeur de Michel pouvait s’en ressentir longtemps après 1547. Cf. H. Rennefahrt, Der Geltstag des letzten Grafen von Greyerz (Revue d’histoire suisse, 1942), p. 360. — Le 27 avril 1547 encore, un autre « maystre d’hosté », Jehan d’Illens, donzel de Vevey et un second procureur cédaient, au nom de Michel, diverses censes et dîmes, rière la « parroiche de Sainct Martin de Vaux » et la seigneurie de « Pallexieu » (MDR, t. XXIII, p. 599, n° 881). [retour]

Note 1, page 211 : Cf. MDR, t. XI, p. 481-483. — François baron d’Alègre, seigneur d’Oiseri, mourut en 1542. Cf. La Chenaye-Desbois, t. I, col. 288. [retour]

Note 1, page 212 : Correspondance, ff. 283 v°, 285; cf. MDR, t. XI, p. 413-415. [retour]

Note 1, page 213 : Le 23 mai 1525, Amey Martinaz représentait M. de Rochefort (Jean de Menthon, coseigneur d’Aubonne) aux Etats de Vaud où se devaient prendre des mesures défensives envers l’hérésie de Luther (Grenus, op. cit., p. 164). [retour]

Note 2, page 213 : En son testament du 22 août 1503, une autre comtesse de Gruyère, Claude de Seyssel, avait légué déjà 200 florins à Jacquemine Martine d’Aubonne, pour ses bons services (MDR, t. XXIII, p. 188). [retour]

Note 3, page 213 : On se souvient des dons que la douairière fit, en l’occurrence, à sa femme George Ferlin, ainsi qu’au ménage d’Antoine Tondu (Morel, op. cit., p. 68-69). — « Johan Martine d’Aulbonne » est témoin à l’hypothèque du comté, conclue à Fribourg le 7 mai 1547 (MDR, t. XXIII, p. 601, n° 882; t. XI, p. 413-414), châtelain de Claude de Menthon, coseigneur d’Aubonne (L. de Charrière, Les dynastes d’Aubonne, MDR, t. XXVI, p. 284). « Wie underricht bin worden vonn Jhan Marthinaz üwren underthan », écrit, le 28 mars 1547, Antoine Wierman à LL. EE. de Berne. Le 10 décembre 1555, André Thyot narrait au comte Michel les opérations financières de « M. le maistre Martine » et mentionne une dette « que restarrez debvant à Jehan Martine son frère » (Correspondance, ff. 283 v°, 583). [retour]

Note 1, page 214 : « Noble François Martinaz de Perruys » est témoin de l’hommage prêté, l’an 1535, par le comte Jean II au duc de Savoie. Il était donc originaire de Perroy. « Noble François Martines d’Aulbonne, nostre maistre d’ostel », dictait Jean II, le 20 février 1539. Martine sera l’agent principal de Michel dans l’affaire Beaufort-de la Palu. — Sur lui, cf. MDR, t. XXIII, p. 708, 261, 262, 584, 586, 588, 590, 710, 600, 297, 754 (table); t. XI, p. 256, 403-404, 410 n. 3, 413-414, 428, 459; DHBS, t. IV, p. 680, art. Martine par M. Reymond; D. L. Galbreath, Armorial vaudois, 1936, t. II, p. 425. [retour]

Note 2, page 214 : M. Bernard de Vevey (Un diplôme de noblesse octroyé par le comte Michel de Gruyère, dans Annales fribourgeoises, 1943, p. 33-43) a publié la lettre conférée le 10 juillet 1549 à Jean Belfrère, nom qui subsiste sous la forme patoise de Bifrare. — Les lettres pouvaient n’être d’ailleurs qu’une reconnaissance nobiliaire, le qualificatif nobilis étant porté par les Martine au XVe siècle déjà (cf. MDR, t. XXIII, p. 515, n° 701). [retour]

Note 1, page 215 : Cf. MDR, t. XXIII, p. 606, n° 896. — « Monsr le maistre Martinez se tire par devers vous », annonce Beaufort à MM. de Berne, le 16 août 1548; et Michel leur écrivait, le 21 décembre 1549 : « J’ay entendu de mons. le maistre Martine le compte qu’il a fait de ma part avec vous excellences des censes que vous puis debvoir. » Mais voici que, le 23 juillet 1550, le comte de Challant qui résidait à « Vallengin » le désigne en ces termes : « le sgr de Martine mon maistre d’hotel. » — Ce qu’il vous a plu « m’escrire par monsgr de Martine », ainsi s’exprime M. de Gruyère envers MM. de Berne, le 28 décembre 1552, alors que son beau-frère, M. de Villarsel, disait « mon compère le sgr de Martine » (23 août 1552). Cf. Correspondance, ff. 285, 293 v°, 354, 396, 465, 471. — L’emploi de la particule ne nous donne pas le terminus a quo, tant que nous ignorerons la date des délivrances ou confirmations. Il y eut certainement une période où l’usage ne fut pas fixé. [retour]

Note 2, page 215 :Cf. Correspondance, f° 130. — Michel est toujours loin de ses terres le 25 août 1547 (cf. MDR, t. XI, p. 415). [retour]

Note 1, page 216 : Cf. MDR, t. XI, p. 412. — Le 2 mars 1548, Michel était du moins à Gruyère (ibid., 415). — En poursuivant l’épreuve sur les années 1549, 1550, 1551, on trouve que, le 30 décembre 1548, les 5 et 12 janvier 1549, après un bref passage à Fribourg le 7, Michel réside à Gruyère où la neurasthénie l’atteint en mars et avril (MDR, t. XI, p. 456, 421-422; Correspondance, ff. 304 et v°, 306, 307, 309 v°). Le 22 janvier 1550, il est au même lieu, d’où il part pour Baden et Bâle au début de février (Correspondance, ff. 357, 359, 360; MDR, t. XI, p. 428-429, 395). En 1551, il séjourne à Gruyère les 14 et 28 janvier, 6 et 9 février (Correspondance, ff. 423, 425, 426, 429; MDR, t. XI, p. 457, 462). — La résidence à Aubonne s’exclut donc pour janvier et février 1550 et 1551; de plus elle demeure improbable en 1549, ce qui nous amène à désavouer la date que nous avions attribuée d’abord à l’épître du 3 février (cf. Mélanges, p. 684). [retour]

Note 2, page 216 : Le fameux chevalier Jacques de Miolans qui avait rapporté de Terre sainte trois épines de la couronne du Christ, était l’ancêtre commun des futurs époux. Cf. Foras, t. IV, p. 38-39, art. Miolans. [retour]

Note 1, page 217 : Aujourd’hui Etrabonne. — J.-J. Hisely (MDR, t. XI, p. 481) affirme que le mariage se conclut par l’intermédiaire de Claude de Vergy, l’oncle de Michel. Il eût été intéressant de corroborer l’assertion par des preuves. Du reste les Miolans étaient alliés aux Menthon et aux Challant, autres parents communs (Antoinette de Miolans, sœur d’Antelme et de Paule, avait épousé Jean de Menthon; et Amédée de Challant : Louise de Miolans, au début du XVe siècle). Sur la parenté de Madeleine, cf. ibid., t. XI, p. 513, n. 4. [retour]

Note 2, page 217 : Que cette union ait été laborieuse, une lettre de Michel à MM. de Lucerne en donne la preuve. Le 28 mai 1552, il s’excusait du retard de ses affaires « causant la poursuyte du mariage à laquelle suis jour et nuyt » (Correspondance, f° 487). [retour]

Note 3, page 217 : Le nom de ce neveu s’identifie peut-être à « Noble Jehan Loys de Martine, seigneur de Curtille », maître d’hôtel d’« Illustre seigneur Jehan compte de la Chambre »; Jean-Louis, présent au testament de Catherine de Monteynard, reçoit d’elle 300 écus pour « bons et agréables services à elle faicts ». Même somme revient « à Noble Marguerite de Curtille, sa damoyselle, pour soy ayder à marier »; cette personne passait dans les légataires après Rose du Mollin et avant Claudine d’Aruffens. — Jean de la Chambre ayant porté temporairement le titre de prince d’Orange, Martine le servit et restera en charge dès 1559, sous Guillaume de Nassau qui en fit son lieutenant général et le gouverneur de sa principauté. Jean-Louis, qui mourut chevalier, fut aussi seigneur de Combremont et de Villarepos. Cf. A. de Montet (Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Lausanne, 1878, t. II, p. 124; DHBS, t. IV, p. 680, art. Martine par M. Reymond; S. Olivier, Généalogies vaudoises, manuscrit des Archives cantonales Vaudoises.) [retour]

Note 1, page 219 : Le « sgr conte de Challant son cousin », est-il dit dans un rapport du comte Michel, remis en 1541 à MM. de Berne (Correspondance, f° 156 v°). Ils avaient mêmes ancêtres maternels : Pierre de Vergy et Catherine de Gruyère. Guillaume, un aïeul de Michel, était frère de Guillemette qui épousa Claude d’Arberg, seigneur de Valangin. Ce couple eut une fille unique Louise, femme de Philibert de Challant dont René fut le fils. Philibert mourut en 1518, Louise l’an suivant. Guillemette administra la seigneurie de Valangin et termina ses jours le 13 juillet 1543. Cf. Odette Girardin, Le livre de comptes de Guillemette de Vergy (Musée Neuchâtelois, 1917) et réf.; DHBS, t, VII, p. 101, art. Vergy par L. Montandon; Jean Grellet, Les comtes de Neuchâtel (branche d’Arberg), dans Manuel généalogique pour servir à l’histoire de la Suisse, t. I (1900-1908), p. 101-126. [retour]

Note 1, page 220 : J.-J. Hisely (MDR, t. XI, p. 470), qui n’avait point connaissance du procès Battonat, écrit lui-même à propos du monnayage de Michel : « Peut-être employa-t-il à cet effet la vaisselle de la maison de Gruyère. » [retour]

Note 1, page 222 : « Lettre du seigr comte de Gruyère. — Led. seigr comte de Gruyère a envoyé une lre par Pierre Dollens; requérant luy faire restitué certain rolloge que ung orfèvre luy detient; et luy en faire justice aussi de hon[neste] Fran. Paquet que ne le faict, que sache de certaine, que celle pour aultruyt; et luy dire que sent [s’en] doibge desister. Arresté que après digné l’on appelle led. Paquet et relougier, pour leurs faire les remonstrances » (RC, vol. 46, f° 325). — Le texte n’est certes pas limpide. Il semble bien qu’il y ait eu deux personnages sous le même bonnet. Du moins Paquet est-il celui que Michel accusait; l’horloger qui servait autrui avant le comte paraît avoir été l’employé de Paquet, et le Conseil ignorait son nom. [retour]

Note 2, page 222 : RC part., vol. 6, f° 124 r°. — Sur les Butler earl of Ormonde, cf. The Encyclopaedia Britannia, t. XVI, 1929, p. 913. [retour]

Note 3, page 222 : Cf. RC part., vol. 6, f° 126 r°, 30 décembre 1553 [1552], « Laurent Rondelle contre Illue conte de Gruyère ». [retour]

Note 1, page 223 : « Mémoire touchant les pretenduz orologes du sr comte de Gruyre. Il est vray que l’ung d’yceux, assavoir celuy que le dt comte demandoit à Laurent Rondelle a esté laché au dit Rondelle, tant en vertu de l’arrest de noz Srs et supérieurs que par ordonnance du sr Lieutenant. Et quant à l’autre il a esté delivré à No. Pierre Simon ou à aucun de sa part qui l’hors estoit procureur dud. sr comte, et qu’il a ou doibt avoir le procès d’entre ledt sr comte et icelle [sic] Rondelle. » CL, vol. 4, f° 99. [retour]

Note 1, page 225 : Marie-Anne-Elisabeth de Boccard. Cf. J. Schneuwly, La famille Lalive d’Epinay, dans Nouvelles Etrennes fribourgeoises de 1894, p. 124-130. [retour]

Note 2, page 225 : Etrennes fribourgeoises pour l’an de grâce MDCCCIX, à Fribourg en Suisse, chez le Rédacteur. — Nous remercions notre ami M. le comte de Zurich de nous avoir transmis ce dernier écho de Michel alchimiste. [retour]

Note 1, page 227 : Etrennes fribourgeoises, 1806, p. 3. — Le polygraphe citait parmi ses informations les manuscrits de MM. de Lenzbourg, Odet et Girard. « J’y joindrai encore tous les ans des anecdotes inconnues... » ajoutait-il. On ne saurait donc dire que celle-ci provînt des archives précitées. Cf. encore Etrennes de 1808, p. 4. [retour]

Note 1, page 228 : Cf. A. de Foras, t. IV, p. 178, art. Montvuagnard. — François mourut après 1557 et avant 1563. — Nous avons dit qu’en 1552, Michel de Gruyère était son hôte. Au dossier Battonat est jointe, en effet, une lettre originale du comte « Aux magnyffyques segneurs Messsgrs les scyndiques et consceyl de la ville de Genesve », datée « des Scenoche sce Ve de octobre 1552 » et signée de la main du comte : « Gruyere ».

Avis juridique de Germain Colladon
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Lettre de Michel Comte de Gruyère
aux Syndics et Conseil de Genève

Entièrement autographe, elle est apostillée en ces termes que nous transcrivons sans y rien toucher : « Messgrs vous nesteres marri sy voux playt de sce que ma lre net poent cachetee car mon cachetz jey laissez az mon scecretayre lequel et restez az dyvonne. » Le comte excusait l’absence du « segneur Pierre Symon » qui s’était constitué partie dans un procès pendant devant la Seigneurie; Michel venait de l’envoyer pour ses « affeyres très urgens jusques az Basle »; il priait donc de remettre la cause « devant Noël ». Le comte devait à ce Pierre Simon trente écus d’or en 1554 (cf. H. Rennefahrt, op. cit., p. 360). — La réponse du Conseil est mentionnée le 7 octobre (RC, vol. 46, f° 282 v°) : « Lre du cte de Gruyre. — Icy est estee vehue une lre du comte de Gruyre en faveur de Pierre Symond priant de superceder son appellation jusques à l’aultre quartemps. Arresté luy rescryre que, passé trois heures devant que la lre fusse receue, la sentence estoit delivrée, par quoy l’on n’y peult contrevenir. » [retour]

Note 1, page 229 : De Divonne, le 4 juin 1551, Michel avisait les Bernois : « j’ay en charge les affres de mons. de Rolle mon frère »; le 3 novembre 1554, Madeleine de Miolans, au nom de son mari, les suppliait « humblement que M. de Rolle soit arresté », jusqu’à ce qu’il ait « satisfait les créanciers » (Correspondance, ff. 461, 565). [retour]

Note 2, page 229 : On ne sait point quand ni comment l’aventurier termina son existence. Quant à René comte de Challant, seigneur de Valangin, né en 1503, chevalier de l’Annonciade en 1519, il se maria quatre fois; en 1522, il épousa Blanche-Marie, veuve d’Ermès Visconti, puis Mencie de Portugal Lemos (Bragance) qu’il perdit en 1546 et dont il eut deux filles, Philiberte et Isabelle. Comme, en 1557, il déshérite l’aînée en faveur de la seconde, d’abord prétéritée, puis revient peu après sur sa décision, il faut admettre qu’il n’était point remarié alors, Marie de la Palu, sa troisième femme, ne figurant même pas en mention au testament. Elle mourut le 24 mars 1563, tandis qu’il décédait à Ambronay, en 1565, laissant pour le pleurer Peronnette de la Chambre, sa quatrième épouse. — J. Boyve (Annales historiques du comté de Neuchâtel et Valengin, 1854-1855, t. II, p. 462; t. III, p. 54, 76, 143) qui donne sur René de nombreux renseignements, ignore les dernières alliances que certifie en revanche Guichenon (op. cit., t. III, p. 302). Voir en outre, à la Bibliothèque Royale de Turin, le manuscrit de G.-B. de Tillier, Généalogie des familles nobles du duché d’Aoste; La Chenaye-Desbois, t. V, p. 181-183; F. Guasco, Dizionario feudale degli antichi Stati Sardi, dans Bibliotheca della Società storica subalpina, Pignerol, 1911, t. LV et LVIII (art. Challans et Challant); Fréd.-Th. Dubois, Les chevaliers de l’Annonciade du Pays de Vaud dans Archives héraldiques suisses 1911, p. 182; DHBS, t. II, p. 467 (art. de L. Montandon); Gilliard, Conquête, p. 283; D.-L. Galbreath, Armorial vaudois, t. I, 1934, p. 106-107; L. et M. Jéquier, Armorial neuchâtelois, t. I, p. 166-168. [retour]

Note 1, page 230 : Sur les litiges et les procédures qui concernèrent les reprises de Mont-le-Grand, cf. Hisely, MDR, t. XI, p. 457-463; Charrière, MDR, t. XXVIII, p. 141-143; t. XXXIV, p. 88-89, 103. [retour]

Note 1, page 231 : Foras, t. III, p. 314, art. Maillard de Tournon. — La succession de Chevron est fort embrouillée. François, premier baron, avait épousé d’abord Françoise de Savoie, dame d’Arvillard, dont il n’eut pas d’enfants; ses fils d’un second lit (Jeanne de Seyssel) furent Jean-Amable puis Claude, héritiers successifs décédés la même année 1523. Leur cousin Urbain suivit et mourut avant 1526; de sa femme Jeanne du Fresnoy, encore vivante en 1546, il eut Michel et Jean qui partagèrent les biens en 1550. Michel garda la baronnie. Cependant, dès 1531, Marguerite, sœur de Jean-Amable et de Claude, éleva des prétentions ainsi que son mari Alexandre de Sallenove. Ils renoncèrent aux droits sur Chevron, mais non sur Thénézol, Arvillard et les Molettes, à propos desquels s’ouvrira ultérieurement un procès avec Guy de Monteynard-Marcieu. Il est possible que le duc de Savoie ait en 1531 revendiqué des droits de copropriété sur Chevron en raison de Françoise et qu’il en ait investi, moyennant finance, Jean-Amyé de Beaufort qui semble bien avoir usé d’un titre partagé. Cf. Foras, t. II, p. 18-19, art. Chevron-Villette; t. IV, p. 142, art. Montluel. — Chevron ou, comme on disait jadis, Chivron, dépend de la commune de Meyrieu, dans l’Isère. [retour]

Note 1, page 232 : Cf. E. Plaisance, Histoire des Savoyens, Chambéry, 1910, t. I, p. 358. [retour]

Note 2, page 232 : Guichenon, qui n’est pas toujours exact, lui attribuait pour deuxième épouse une dénommée Catherine (cf. Foras, t. I, p. 153); il en faudrait conclure qu’elle aurait succédé à Marie et qu’elle aurait été, en fait, sa troisième femme. [retour]

Note 3, page 232 : Cf. J.-A. Gautier, t. V, p. 4 (note des éditeurs). — Il n’est pas besoin de démontrer que la famille de Rolle — von Roll qui fit souche à Genève, Soleure, Berne, Uri, Forêt-Noire, ne saurait être ici évoquée. On ne confondra donc pas Gauvin avec son homonyme le chevalier colonel Walther von Roll, ami de saint Charles Borromée. Cf. DHBS, t. V, p. 534-536. [retour]

Note 1, page 233 : Une lettre inédite et fort intéressante d’André Thyot, homme de confiance resté fidèle au comte, apprend à son maître, le 10 décembre 1555, en quelles conditions assez scandaleuses Martine acquit la seigneurie de Bourjod, reçue en 1542, semble-t-il, par François de Gruyère (Correspondance, ff. 583, 584), et sur laquelle, en dépit d’échutes successives à René de Challant, en 1553, puis à Claude Jocet, Pierre Ammann, Urbain Quisard, le comte paraît avoir conservé jusqu’à la faillite, la suzeraineté. Les renseignements d’Eug. Mottaz (Dictionnaire historique du canton de Vaud, 1914, t. I, p. 174, art. Bourjod) et ceux qui en dérivent seraient à reviser sur ce point. — Le 15 mai 1552, François de Martine, qui avait épousé Claudine de Gallera, accordait la main de sa fille Michelle, filleule à n’en pas douter du comte son maître, à Noble Louis Franc, seigneur du Crest, qui deviendra premier syndic de Genève. Si l’on en croit J.-A. Galiffe (Notices, t. III, p. 223), Martine, à cette date déjà, se serait intitulé seigneur de Burjod et de Pailly, châtelain de Corbières et conseiller à Moudon. — Sur les relations de Louis Franc et de son oncle Jean de Martine, en 1560, pour lors au service du comte de Challant, cf. H. Naef, La conjuration d'Amboise et Genève, 1922, p. 187, n. 2. [retour]

Note 1, page 236 : Cf. A. du Chesne, Hist. gén. de la Maison de Vergy, (op. cit.) t. I, p. 255-256, 280-283, 289-291. Cet ouvrage, d’un accès difficile en Suisse, se trouve à la Bibliothèque publique de Neuchâtel; son directeur, M. André Bovet, a bien voulu nous en faciliter la consultation. — Voir encore Hisely, MDR, t. X, p. 430-432. — Sur Marguerite, traitée à qui mieux mieux de « fameuse », de « trop célèbre », d’« intrigante et ambitieuse », nous n’avons pas qualité pour prendre parti; il conviendrait cependant de ne pas omettre, à propos du sac de Boudry, la responsabilité qu’elle partageait (et c’est vraiment trop peu dire) avec son troisième époux, Jacques de Vergy. Cf. Boyve, op. cit., t. I, p. 356, 366, 377-382; Mottaz, Dictionnaire (d’après Martignier et de Crousaz), t. I, p. 349-350; L. Galbreath, Armorial vaudois, t. II, 1936, p. 686-687, art. Vergy; A. Piaget, Le Château de Champvent et le comte Louis de Neuchâtel dans Revue historique vaudoise, 1938, p. 257-272 (extrait du Musée Neuchâtelois, 1937). [retour]

Note 2, page 236 : D’après Jean Molinet, il fut chargé la veille de la bataille « de faire le guet avec deux cents lances » (du Chesne, t. I, p. 293). On ignore pourquoi ce guet se relâcha. [retour]

Note 1, page 237 : Le 8 juin 1492 avec Berne, le vendredi avant la Ste-Catherine 1505 avec Fribourg; les traités sont publiés par du Chesne, t. I, p. 305 et 317. — Les Viry et d’autres féodaux suivirent l’exemple. Cf. F. de Gingins, Episodes des guerres de Bourgogne, MDR, t. VIII, p. 385, n. 1; Cérenville et Gilliard, Moudon, MDR, 2e série, t. XIV, p. 374. — Contrairement à ce que répètent les dictionnaires, le château de Champvent ne fut pas brûlé après la bataille de Grandson, ainsi qu’en témoigne son état actuel; le biographe des Vergy d’ailleurs ne parle pas d’incendie. [retour]

Note 2, page 237 : Cf. du Chesne, t. I, p. 328-332; t. II (Preuves), p. 321, 325-326. [retour]

Note 1, page 238 : En raison des controverses généalogiques, certaines précisions doivent être rappelées. Guillaume, seigneur d’Autrey et de Champvent, fut d’abord seigneur de Montferrand (1512). Il servit Charles, roi d’Espagne puis empereur, en devint le conseiller et le chambellan et mourut auprès de lui, à Bruxelles, le 26 juin 1531. Son mariage avec Marine de Bourgogne est certain, mais l’époque ne l’est pas. Marine, dite aussi Marie, était issue de la maison « des derniers ducs », comme dit le chartographe des Vergy, André du Chesne, en taisant toutefois que cette petite-fille de Philippe le Bon avait pour père Baudoin, bâtard de Bourgogne, auteur de la branche de Falais et Breda. Elevée près la reine de Hongrie, elle mourut en 1567; on la trouve à Champvent en 1552. Les époux, qui eurent postérité, furent tous deux inhumés à Champlitte. Cf. du Chesne, t. I, p. 328-341; t. II, 361; R. P. Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France, des pairs, grands officiers de la couronne de France, Paris, 1733, t. VII, p. 39. [retour]

Note 1, page 239 : Sur la succession de Gruyère, cf. Hisely, MDR, t. XI, p. 169-192; t. XXIII, p. 190-192. — Du Chesne se basant sur une épitaphe mal déchiffrée croyait qu’Hélène était morte en 1522 au lieu de 1502, date dont les preuves irréfutables ont été données par Hisely (ibid., t. XI, p. 192, n. 3, 211-213). Néanmoins E. Diener (Grafen von Greyerz, dans Manuel généalogique pour servir à l’histoire de la Suisse, t. I, 1900-1908, p. 96, n° 68) qui, par une étrange aberration, ne tient compte que des Monuments d’Hisely et non de son Histoire, répète l’erreur de du Chesne transmise par E. de Rodt (Die Grafen von Greyerz, dans Der Schweizerische Geschichtsforscher, t. XIII), auteur auquel il s’abandonne sans contrôle. [retour]

Note 2, page 239 : Cf. Hisely, MDR, t. XI, p. 216, 244, 341. [retour]

Note 3, page 239 : Créé maréchal du vivant de son père en 1513, il achève sa vie le 19 janvier 1560, âgé de 75 ans. Il serait donc né en 1485, ce qui justifierait nos considérations sur la raison d’Etat qui lui imposa son mariage avec Hélène de Gruyère. Il laissait une fille unique; la branche aînée s’éteint avec lui. Les seigneurs de Champvent représenteront seuls désormais les Vergy sur terre vaudoise. Cf. du Chesne, t. I, p. 332-339; t. II, p. 348-350. [retour]

Note 1, page 240 : Du Chesne, t. I, p. 331; t. II, p. 347, 359. [retour]

Note 2, page 240 : A Rose, célibataire lors du testament, une dot de 12 000 livres permettra d’épouser en 1542 Guillaume de Mervilliers, gentilhomme de la maison du Roi; elle ne lui donnera pas d’enfant. — Hélène avait épousé Pierre de Barbançon, seigneur de Robais, baron de Verchin, allié par sa mère aux Luxembourg; auprès de ses cousines, leurs filles, Michel a-t-il trouvé recours en son exil ? [retour]

Note 3, page 240 : Du Chesne, t. I, p. 330. — D’après P. de Viry (Foras, t, V, p. 370), le contrat dotal du 20 juillet 1516 stipulerait qu’« Appoline (alias Pauline) de Vergy » serait fille de Guillaume « et de Hte et Pte Dame Marina de Bourgogne » qui, à l’époque, n’était pas mariée. Nous ne nous chargeons pas d’expliquer cette erreur patente (répétée dans Archives héraldiques suisses (AHS), 1923, p. 90) où deux générations sont confondues; la mère de Pauline était Anne de Rochechouart, fille de Marguerite d’Amboise; la preuve complémentaire est donnée dans le legs de la dite Marguerite à sa petite-fille (voir ci-dessus, chap. VII, p. 184, n. 2). [retour]

Note 4, page 240 : Cf. Charrière, Rolle, MDR, t. XXXIV, p. 59; Foras, t. V, p. 368. — Rappelons que Rolle appartenait jusqu’alors à Gaston de Foix, comte de Longueville et duc de Maella en Aragon. [retour]

Note 5, page 240 : Cet Amédée était vidomne de Genève et le contrat de vente fut passé dans la maison Bolomier qu’il y avait acquise. On lui attribue la tour de Viry à Rolle (cf. Fréd.-Th. Dubois, Deux armoiries de Viry au château de Rolle, AHS, 1923, p. 91). Nommé, en 1513, bailli de Vaud par Marguerite d’Autriche, il devra céder devant Pierre de Beaufort, de par la volonté du duc Charles de Savoie. Il fut enseveli au couvent de Coppet en 1518. Cf. V. van Berchem, dans E. Mottaz, Dictionnaire, t. I, p. 505, art. Coppet. [retour]

Note 1, page 241 : Cf. du Chesne, t. I, p. 108-110, 379-383, 228-229, 238; A. Kleinclausz, Histoire de Bourgogne, 1924, p. 95. [retour]

Note 1, page 242 : Chacun sait que « Amye, Amyed » selon la tradition, « Aymé » (Aimé) selon l’usage qui commençait à s’introduire, sont les formes diverses d’Amédée (latin : Amadeus). Elles sont donc fluctuantes et empêchent de distinguer les homonymes par une notation définitive. [retour]

Note 2, page 242 : Jadis Boëx, près Chambéry. — Pour les généalogies Beaufort et Beaufort-Menthon, voir les schèmes qui terminent la présente étude. [retour]

Note 3, page 242 : Le 2 mars 1483, François de Gruyère, baron d’Oron, faisait ratifier acte « per Petrum de Belloforti, dominum Boschy, ballivum Vuaudi » (MDR, t. XXIII, p. 483, n° 639). [retour]

Note 4, page 242 : Cf. Foras, t. I, p. 148-149, 153, art. Beaufort, Le troisième fils de Pierre (II) fut Guigon, mort en bas âge. [retour]

Note 1, page 243 : Nicod est mentionné pour la première fois, le 1er avril 1519; il entre en fonction le 23 septembre. Cf. RC, t. VIII, 1922, p. 305 et n. 3. — « Le duc voulut mettre pour son lieutenant à Genève un de plus grande autorité que Consilii, et le déposant du vidomnat mit en sa place le seigneur de Salagine, de la maison de Beaufort », écrit Bonivard, Chroniques de Genève (éd. Revilliod), t. II, p. 203. [retour]

Note 2, page 243 : J. Spon (Histoire de Genève, 1730, éd. 4°, p. 169), puis J.-A. Gautier (op. cit., t. II, p. 192) se sont faits l’écho de ce renseignement, tiré d’une note du « Bonivard des Archives » qu’a bien voulu rechercher pour nous M. Paul-F. Geisendorf, l’auteur des Annalistes genevois. A la page 345, ligne 29 de l’original, le chroniqueur, ayant écrit d’abord à propos du duc : « Or avoit il un vidomne appelé Verniau au lieu de Consilii », etc., biffa le mot Consilii et le remplaça en marge par ces mots : « Salagine qui estoit mort ». Nous espérons montrer que le fait paraît exact. [retour]

Note 3, page 243 : Voir B. de Cérenville et Ch. Gilliard, Moudon sous le régime savoyard, MDR, 2e série, t. XIV, 1929, p. 395, 448-449. Les notes documentaires de Gilliard précisent les enseignements incertains de Foras (t. I, p. 153). Toutefois, Ch. Gilliard fait d’Antoine de Beaufort, capitaine de Chillon, un frère du bailli de Vaud et, par conséquent, de l’ancien vidomne; l’opinion est à reviser. D’après Foras (t. I, p. 149), on ne trouve, parmi les contemporains homonymes, qu’un Antoine(-Baptiste) de Beaufort, chevalier et seigneur d’Héry, issu de la branche de Louis, lequel Antoine vivait encore en 1539 et avait pour frère précisément un nommé Pierre. Ils avaient épousé deux sœurs, Claudine et Antoinette, filles de Jean de Menthon, seigneur de Gouvette, et de Jeanne-Françoise d’Aglié dont nous parlerons (ibid., t. III, p. 426, art. Menthon). Antoine et Pierre achetant Châtel-St-Denis à Georges de Menthon, cousin germain de leurs femmes au nom desquelles ils agissaient, revendirent la seigneurie à Fribourg en 1513. (Cf. Chane Philipona, Histoire de la Seigneurie et du Bailliage de Châtel-St-Denis, 1921, p. 380, 395; Hisely, MDR, t. XI, p. 236). L’identité d’Antoine-Baptiste et du capitaine de Chillon que Pierrefleur (p. 115) intitule « le seigneur de Riez », c’est-à-dire d’Héry, ne saurait faire aucun doute. A la mort du bailli Pierre, son cousin, Antoine avait brigué auprès du duc et obtenu sa charge. Le Conseil de la Ville de Moudon lui avait offert huit pots de vin à cette occasion (« Anthonio de Belloforti, gubernatori et ballivo Vuaudi moderno »; Comptes de Moudon, 1525-1526, f° XII, 22 mai 1526). Le 25 août 1526 (ibid., f° XVII), il est cité en termes définitifs : « cum nobili Anthonio de Belloforti, domino Heyriaci, gubernatori et ballivo Vuaudi ». Cependant ce nouveau bailli avait un compétiteur sérieux en la personne d’Aymon ou Amé de Genève-Lullin qui avait la faveur populaire. Désigné, le 6 juin déjà, par la douairière Marguerite d’Autriche, il finira par l’emporter, aux instances des Etats de Vaud, et Beaufort conservera la capitainerie de Chillon jusqu’à la reddition du château, le 19 mars 1536. — Nous remercions M. Junod de nous avoir communiqué les textes inédits ci-dessus. [retour]

Note 1, page 244 : Une note de M. Duvernoy, transmise par L. de Charrière (Rolle, MDR, t. XXXIV, p. 80 n.), déclarait que « le baron de Rolle était fils de François de Beaufort ». L’assertion, qui ne pouvait s'étayer sur des preuves, parait insoutenable aujourd'hui. [retour]

Note 1, page 245 : Cf. Foras, t. I, p. 149. — Jeanne-Aimée de Salagine testait en 1641; son homonyme, veuve avant 1626, fut baronne de Confignon. Cf. ibid., t. II, p. 147 n. 2, art. Confignon. [retour]

Note 2, page 245 : Cf. Foras, t. I, p. 153. — Si Nicod s’est marié en 1530, Jean-Amyé n’était point issu de ce mariage. Quant à supposer une identité des deux Nicod, cela n’est guère admissible, le vidomne agissant, en 1489 déjà, en qualité de curateur d’un orphelin Amédée, fils de feu Blaise de Beaufort. Lequel Amédée, vu l’époque, ne peut être assimilé non plus à Jean-Amyé. [retour]

Note 1, page 246 : Le manoir de Villard-Chabot est sur le rivage du lac d’Annecy. [retour]

Note 1, page 247 : Foras, t. I, p. 150-151. — Jean-François coseigneur de Villarchabod, appelé ailleurs Pierre-Jean-François par le même généalogiste (p. 154), épousa Guigonne des Amblards de Chignin, dame de Châteaubochard, veuve après 1536 de Jean de Menthon, seigneur de Rochefort, vidomne de Morges et coseigneur d’Aubonne; il en eut une fille Françoise. Quant à Pierre, il fut d’Eglise (ibid., t. III, p. 426-427, art. Menthon). [retour]

Note 2, page 247 : T. III, p. 422. [retour]

Note 1, page 248 : Cf. Foras, t. III, p. 413, 463. Il arriva aux Menthon de prétendre au titre de barons d’Aubonne, dont ils étaient en fait les coseigneurs. [retour]

Note 2, page 248 : Il était cousin germain d’Huguette, comtesse de Gruyère. [retour]

Note 3, page 248 : Foras, t. III, p. 426. — Elle était veuve quand, le 10 septembre 1514, elle assistait au contrat de sa petite-fille, Mye de Beaufort, qui épousait Pierre de Monthoux (ibid., t. I, p. 151). Mye était fille de Jean, coseigneur de Villarchabod et de Françoise de Menthon, propre fille de Jeanne-Françoise d’Aglié. Celle-ci appartenait à la famille des comtes de Saint-Martin dont l’origine remontait, dit-on, à la Maison d’Ivrée. Une branche s’établit à Genève où meurt, en 1389, le chanoine Richard. Son neveu Barthélemy est secrétaire du Conseil en 1406; Pierre d’Aillé de Beaufort en est le frère. Huet d’Alliex, sgr du Rosey, bourgeois de Genève à la fin du XVe siècle, l’est aussi de Fribourg; ses descendants ajoutèrent au Rosey (près Rolle), la seigneurie de Corbières (Fribourg). Cf. J.-A. Galiffe, Notices, t. II, p. 6-9; E. Chavannes, Extraits des Manuaux du Conseil de Lausanne, MDR, t. XXXV, p. 206; M. Reymond, Les dignitaires de N.-D. de Lausanne, MDR, t. VIII, 2e sér., p. 252. [retour]

Note 1, page 249 : De fait, on ne trouve dans aucune lignée Beaufort de Louis qui puisse avoir été son époux. [retour]

Note 2, page 249 : Henri de Menthon, chevalier et bailli de Vaud, décédé après le 14 mars 1437, eut pour héritiers ses fils Guillaume, François, Philibert et Jean. De Guillaume descendent Louis, Bernard, Antoine, Marguerite, et il en sera parlé ci-après. De François qui épouse Jeanne de Varax sont issus de nombreux enfants dont Huguette, comtesse de Gruyère. De Philibert, sgr de Couvette, naît Jean, second mari de Jeanne d’Aglié, veuve de Louis (dit de Beaufort). De Jean, coseigneur d’Aubonne, naissent Claude, Louis et Louise. Cf. Foras, t. III, p. 420-423; L. de Charrière, Les dynastes d’Aubonne, MDR, t. XXVI, tabl. IV. [retour]

Note 1, page 250 : Bernard avait épousé en 1463 Marguerite de Challant; leur fille Hélène devint, en 1478, la femme d’Amédée de Viry. Quant à Marguerite, elle se remaria à André de Chevron-Villette (Foras, t. II, p. 17). [retour]

Note 1, page 251 : Cf. Foras, t. III, p. 421; H. Friderich, op. cit., p. 63, d’après le Sommaire des Fiefs de Carouge. — Bien que le fief de Villard sous Salève, dit le château d’Arvillard, ait dépendu de la seigneurie de ce nom, près Chambéry, il ne nous est pas possible d’affirmer que Georges et Marguerite aient été détenteurs de la seigneurie, au même titre que les Chevron-Villette. George de Valpergue est député par le duc de Savoie à Genève, le 4 avril 1460. Cf. RC, t. I, p. 406. [retour]

Note 2, page 251 : Michel de Viry était d’ailleurs beaucoup plus âgé que Beaufort. Si l’on ignore la date de sa naissance, on connaît celle du contrat dotal de ses parents qui est de 1478; comme il fut l’aîné des fils, on peut approximativement situer son origine entre 1480 et 1490. En ce qui concerne Jean-Amyé, l’on n’a guère d’autre point de repère que l’année 1527 où il servait d’informateur au duc de Savoie sur les affaires de Genève (voir ci-dessus). Il avait donc nécessairement atteint l’âge d’homme (vingt-cinq ans peut-être, s’il servit d’émule à Michel de Gruyère). [retour]

Note 3, page 251 : De Jeanne-Françoise d’Aglié, le chevalier Jean de Menthon, coseigneur de Couvette, n’eut qu’un fils Claude, décédé sans postérité, et cinq filles : 1. Françoise, femme de Jean de Beaufort-Villarchabod, veuve en 1527, dont naquirent entre autres Jean-François et Jean-Amédée de Villarchabod; 2. Bernarde, abbesse de Ste-Catherine; 3. Antoinette, femme de Pierre de Beaufort de Marthod; 4. Claudine, épouse d’Antoine de Beaufort, bailli de Vaud et capitaine de Chillon; 5. Barthélemie, femme de Mainfroy de Salins (1560). Cf. Foras, t. III, 426; I, 151. [retour]

Note 1, page 253 : Sur le meurtre de Goudier et ses conséquences, voir Victor van Berchem, Amé Lévrier, dans Etrennes genevoises, 1925, p. 18 et 19 (et références); cf. encore RC, t. IX, p. 482 (renvoi à p. 46). [retour]

Note 2, page 253 : Nicod y assista ainsi que Pierre le bailli de Vaud, cité après lui dans l’ordre hiérarchique. Cf. RC, t. IX, p. 9, 38. [retour]

Note 3, page 253 : Cf. RC, t. IX, p. 45. — Nous ne cachons pas que notre interprétation s’écarte de celle des historiens qui, s’appuyant sur le seul procès-verbal du Conseil, laissent à Bezanson Hugues tout le mérite d’une initiative évidemment combinée. [retour]

Note 1, page 254 : Le 9 août 1521, ses intérêts se traitent par intermédiaire. On a vendu du vin « que l’on dit » être à M. de Salagine. En ce cas, et pour l’instant, la ville ne percevra pas de gabelle. S’il ne lui appartient pas en propre, que la gabelle soit payée pour le vin vendu en muid (RC, t. IX, 97). [retour]

Note 2, page 254 : RC, t. IX, p. 136-138, 159. [retour]

Note 3, page 254 : Le rapport, bien qu’indirect, devait être exact. Le 9 février 1524, le premier syndic Antoine de la Fontaine faisait au Conseil récit de l’audience à laquelle le duc l’avait convoqué, lui et ses collègues, en présence du grand vicaire; et c’était à ce dernier que Charles avait dit « se intellexisse spirituales et episcopales officiarios hujus civitatis se immiscere in hac civitate causis profanis, deffectu vicedompnorum qui retroactis temporibus exercuerunt officium, cum non essent magne facultatis » (RC, t. IX, p. 365). Ces termes péjoratifs sont un indice de plus que Salagine était en effet décédé. Le duc aurait évité sans doute de traiter publiquement un vivant avec une telle liberté. [retour]

Note 1, page 255 : Claude, seigneur de Senoches, avait épousé, en 1499, Claudine dont ses frères Nicod et Pierre constituèrent la dot; elle testa en 1525. Cf. Foras, t. IV, p. 178, art. Montvuagnard. [retour]

Note 1, page 256 : Le nom que portait Battonat avait d’agréables résonances. Cf. du Chesne, p. 332, 360-362. [retour]

Note 1, page 269 : Cahier de deux feuilles et demie (20 x 28 cm.), désormais reversé au PC I, n° 477. Traces de plis en quatre. Cf. ci-dessus, p. 49. [retour]

Note 1, page 270 : Nous trouvons ici la situation exacte du lieu de « Commung », mentionné dans les interrogatoires. [retour]

Note 2, page 270 : Le viguier sait à peine signer; nous ne saurions dire qui, du clerc ou du gentilhomme, s’est montré le plus inexact dans la graphie du nom. [retour]

Note 1, page 271 : « Ainsin ay deppouzé Ratz ». [retour]

Note 1, page 272 : « Pierre Bourgeoys » (telle est sa signature) connaît fort bien le vicomte, « l’antant et frequantant tant au dt Alez que Caumons ». [retour]

Note 1, page 273 : Cf. p. 20-22. [retour]

Note 2, page 273 : Ce jour-là le greffier ne se mit pas en peine d’identifier davantage le prévenu et se borna à noter : « Personnellement constitué le susd. Reymund. » [retour]

Note 3, page 273 : Cf. p. 76, n. 3. [retour]

Note 4, page 273 : RC, vol. 46, f° 316 v°. — « Le vendredi second jour du moys de décembre 1552 », en présence des syndics « no. Jehan Amyed Bothollier, Hudriol du Mollard », du trésorier et des conseillers. [retour]

Note 1, page 274 : « Responces de Reymond Dragioz, le 3 de janvier 1553, no. Jehan Amyed Bothollier p. [premier syndic]. Led. jure en la presence de no. Anthoenne Chicand, Jehan Lambert, Claude Delestral, Claude Rigot, Jehan Baptiste Septz, Jehan Buttini, Jehan Pernet, Pierre Dorsière. » (Ancien PC II, n° 1006, versé au PC I, n° 477.) [retour]

Note 2, page 274 : Ce « luy » désigne Reymond et non pas Innocent. [retour]

Note 3, page 274 : Au verso de la page 1. — Au recto de la suivante, on lit : « George Battonat dict de Laye. » [retour]

Note 1, page 275 : Ils appartenaient au PC II, n° 1006 et sont classés désormais à PC I, n° 477. [retour]

Note 2, page 275 : Plauzolles, dont Maurice portait le nom, est une localité du Gard. [retour]

Note 3, page 275 : R. Hab. I, p. 59. — Nous laissons le mot, qui peut prêter à méprise, dans sa forme originale. [retour]

Note 4, page 275 : Cf. La France protestante, 2e éd., t. I, col. 691-700; A.-L. Herminjard, Correspondance des Réformateurs, pass.; H. Heyer, L’Eglise de Genève (1535-1909), p. 421; DHBS, t. I, p. 506. — Ce fut sous le titre modeste d’« estudiant es bonnes lettres » que Baduel se fit recevoir à la bourgeoisie, le 9 mai 1555 (Covelle, Livre des bourgeois, p. 243). [retour]

Note 5, page 275 : Cf. Covelle, p. 241, 243. — Gassin devint bourgeois le 22 avril 1555; Genas, le 2 mai. — Sur Gassin, cf. Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au Royaume de France (éd. Baum et Cunitz), t. I, p. 244. [retour]

Note 1, page 276 : Communication de M. Paul-F. Geisendorf, docteur ès lettres. [retour]

Note 2, page 276 : La date ayant disparu avec le préambule ne se peut fixer que par approximation. Elle est immédiatement antérieure au 26 septembre, où Battonat confessait la disparition de son outillage « au privé ». [retour]

Note 3, page 276 : RC part., vol. 6, f° 70 (« mardi quart octobris 1552 »). [retour]

Note 1, page 277 : « Gerbel pour lieutenant, saultier, Mallagnod, Verna, Rigoct, Beguyn, Deletra, Lupy Tissot, Pernet. » (Ancien PC II, n° 1006.) [retour]

Note 2, page 277 : C’est-à-dire au troisième degré. Par un jeu de mot involontaire, le greffier a écrit : « de gré ». [retour]

Note 3, page 277 : RC part., vol. 6, f° 83 v°. [retour]

Note 1, page 278 : RC part., vol. 6, f° 86 r°. — Le secrétaire avait écrit d’abord Pissiolle, puis corrigé. [retour]

Note 2, page 278 : ibid., f° 142 r°. [retour]

Note 1, page 279 : Voir ci-dessus, p. 59, 62 ss. [retour]

Note 2, page 279 : Ce cahier (PC II, n° 5151) vient d’être versé au dossier principal; il mesure 19 cm. x 29 cm. et porte au crayon une inscription moderne. Il se composait de cinq feuilles dont l’une servant de couverture; celle-ci subsiste, mais une feuille a disparu en sorte que, sur les dix-sept pages rédigées, il n’en reste que treize. Le texte est d’une orthographe et d’une ponctuation soignées; les accents aigus sont placés (on trouve même « és »); la cédille est employée ainsi que le point d’interrogation. [retour]

Note 3, page 279 : L’opinion ne saurait être énoncée que sous réserve. De nombreuses pièces signées de Lambert rendent du moins l’opinion plausible. Quel que soit d’ailleurs le rédacteur, il serait excessif de lui attribuer en toute propriété un texte issu nécessairement de consultations successives. [retour]

Note 1, page 280 : Colladon écrivait régulièrement « alchymie ». [retour]

Note 2, page 280 : Colladon avait compris 250 livres (cf. ci-dessus, p. 80). — Peyron est le diminutif régulier de Pierre. [retour]

Note 3, page 280 : Une trouvaille fortuite avait donc donné à Battonat l’idée de vendre des médailles antiques, puis d’en contrefaire, tant le commerce s’en montrait fructueux. [retour]

Note 1, page 281 : Voir à ce sujet, p. 138-142. — C’est Ernel et non plus Ervel ou Erver qui se lit ici; la supposition du juriste sur la signification du terme en vaut d’autres. [retour]

Note 2, page 281 : Ce personnage, qui paraît avoir servi de premier intermédiaire entre Saint-Ambroys et Battonat, ne nous est pas connu. [retour]

Note 3, page 281 : Le procureur, remarque ensuite que Battonat « s’est toujours mal gouverné » et n’a pu s’entretenir « à si grandz estatz dont il se vante ». Cette répétition, supprimée du mémoire déposé par le procureur général devant le juge, semble bien confirmer l’idée que le présent dossier est encore un projet. [retour]

Note 1, page 282 : En marge : « L. 1a De falsa moneta C. » [retour]

Note 2, page 282 : En marge : « L. 2 Cod. tit. » [retour]

Note 1, page 283 : On ne saurait trop regretter que l’histoire de ces faussaires équilibristes ne nous soit pas racontée. [retour]

Note 1, page 284 : L’observation du procureur montre en quelle estime on tenait les postes royaux dont le prix ne s’accordait pas aux ressources des chevaucheurs de juments. [retour]

Note 2, page 284 : En marge : « L. Si quis non dicatur rapere, C. De Episc. et cle. — L. de sex ord. crimi. » [retour]

Note 3, page 284 : En marge : « L. Quicunque et L. Lege Cornelia de falsis ff. » [retour]

Note 4, page 284 : En marge : « Extravagan. de cri. fals. » [retour]

Note 1, page 285 : On reconnaît ici, dans les termes, l’argument dont fit usage Claude Rigot et qui, depuis les mots : « Et par les bons autheurs », a été rajouté en surcharge par Germain Colladon lui-même. [retour]

Note 1, page 286 : En marge : « L. qui falsam et de fal. — L. cogitationis de penis. Ubi Bar[tole], Bal[de]. — L. non ideo minus; C. de Accusa. » [retour]

Note 2, page 286 : « Si is qui cum tanto, C. de Sicas. L. quisquis, C ad legem Jul. manet doct. L. quis non dicatur, C de Episcopis et cle. » [retour]

Note 3, page 286 : « Bar[tole] L. lege cornelia ff. de falsis. » [retour]

Note 4, page 286 : « Titul. que sint regalie, Ju.feud. » [retour]

Note 5, page 286 : « L. 1 et 2, C de fal. moneta. » [retour]

Note 1, page 287 : « Hypol. de Marcil. In l. qui falsam et de fals. arg. — L. maiorem, C de fal. — L. In civilem, C de furt. » — Hippolyte Marsili, jurisconsulte à Bologne, né en 1482 mort en 1529, était donc une autorité récente. Cf. Ulysse Chevalier, Répertoire des sources historiques du Moyen Age. Paris, 1877-1886, col. 1511. [retour]

Note 2, page 287 : « Quicunque, eodem titul.; de fals. ff. » [retour]

Note 3, page 287 : Ant. Rampinus de Isernia fut assassiné en 1353; il avait fait un commentaire sur l’usage des fiefs. On l’avait surnommé l’Evangéliste des jurisconsultes du Royaume de Naples. Cf. L. Moréri (éd. 1732), t. IV, p. 767. [retour]

Note 4, page 287 : « A lex consil. 104 parti, valu. » [retour]

Note 1, page 288 : Voir ci-dessus, p. 79, n. 2 et 80, n. 1. [retour]

Note 2, page 288 : Rédigé sur une feuille de quatre pages, mesurant 190 mm. X 285 mm., comportant quatorze articles, il se complète d’une demi-feuille de 215 mm. x 320 mm., où se trouvent, consignés d’une autre écriture, les articles finaux 15 et 16 (cote ancienne PC II, n° 5151, aujourd’hui PC I, n° 477). [retour]

Note 3, page 288 : C’est-à-dire : que l’on regarde bien. [retour]

Note 4, page 288 : Acceptant cette suggestion, le Conseil assembla les médecins le 21 décembre. Cf. ci-dessus, p. 86 et 122 ss. [retour]

Note 1, page 289 : La phrase qui porte des ratures et des corrections se termine, après « frère », par l’abréviation lm ou lin, peut-être le début de « l’Innocent ». [retour]

Note 2, page 289 : Cette notation de l’expression « Item est » ne se trouve qu’une fois, bien qu’elle soit la plus logique. — La numérotation marginale des articles 2 à 9 est en chiffres arabes; les chiffres romains sont employés de 10 à 13, puis l’on revient, de 14 à 16, aux chiffres arabes. [retour]

Note 1, page 290 : Elle lui sera « présentée » le 22 décembre. [retour]

Note 2, page 290 : Blecheret entendait terminer ici son mémoire dont les dernières lignes, de plus en plus serrées, devaient suffire au développement; l’adjonction tardive de la page suivante est peut-être écrite par l’un des fils de Jean-Louis. [retour]

Note 3, page 290 : Cf. p. 97. — La feuille (230 x 285 mm.) comporte trois pages manuscrites; au dos de la quatrième, l’indication contemporaine « contre battonat » (ancienne note PC II, n° 5151). [retour]

Note 1, page 291 : C’est-à-dire, sans que le prisonnier soit descendu de la poulie. [retour]

Note 2, page 291 : Le point d’interrogation qui, à l’époque, est encore d’un usage rare, a été ici lisiblement apposé. Partout ailleurs, nous l’avons mis nous-même. [retour]

Note 1, page 292 : Forme transitive franco-provencale (donc romande), analogue à répéter, mais équivalant à interroger de nouveau, redemander. [retour]

Note 2, page 292 : Original papier, 195 x 285 mm., plis et traces de sceau (cire verte); adresse au verso. PC I, n° 477 (anct PC II, n° 5151). [retour]

Note 3, page 292 : Allusion à la pièce précédente (V B). [retour]

Note 4, page 292 : Cet avis sur la sentence à prononcer ne s’est pas retrouvé. [retour]

 


 

 

 

 

 

 

 

 

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